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La parfaite continuité entre les casseurs du 17 octobre

Pour pouvoir réprimer l’émeute, les experts cherchent à savoir à quelle population ils ont affaire…


La parfaite continuité entre les casseurs du 17 octobre
Paris, 11e arrondissement, 18 octobre 2026 © Oualid Abdellaoui/JNA Press/Cover Images/SIPA

Bobos, black bloc, enfants d’immigrés… La France polémique sur les origines sociales ou ethniques des émeutiers et des casseurs.


C’est une dame d’origine asiatique visiblement très secouée mais qui s’exprime avec ordre et clarté. Son bistrot-tabac de la Rue Beaurepaire, tout près de la Place de la République, a été vandalisé et pillé pendant ce samedi apocalyptique. « Il y avait des femmes et des enfants de douze ans ! Douze ans, vous vous rendez compte ! » Voici une hypothèse que des études plus poussées démontreront sans doute : il y a une parfaite continuité entre les casseurs du point de vue de l’âge, entre douze et cinquante ans, de l’ethnie, du plus blanc au plus noir, et de l’origine sociale, du plus bourgeois au plus prolétaire. Bien sûr, certaines catégories sont surreprésentées, les banlieusards dotés d’un long casier judiciaire sont à coup sûr infiniment plus nombreux que les lycéens de Saint-Louis en folie. Un petit diable me pousse à ajouter : continuité religieuse, du plus musulman au plus catho. Sur l’énorme quantité de casseurs, il n’est pas exclu que quelques jeunes gens aient acclamé Léon XIV il y a un mois et revivent la joie des foules fusionnelles dans les boutiques de luxe pillées au centre de Paris.

Un nouvel homme est en train d’advenir

Les causes sont simplissimes. Jérôme Fourquet et Ruben Rabinovitch ont récemment publié le nouveau Décalogue, il s’appelle Homo occidentalis, à mon avis Homo gallicus serait plus exact. Il s’agit d’un changement anthropologique qui a surgi dans les dernières décades du XXème siècle dans les idées dominantes, la politique et l’éducation des enfants. Il n’y a plus de devoirs, il n’y a que des droits, il n’y a plus de transmission, il n’y a que de l’innovation, il n’y a plus de sacrifices à faire pour les autres, il n’y a que le triomphe de l’individualisme le plus forcené. Ajoutons qu’il n’y plus de vrais juges, mais des magistrats qui se prennent pour des assistantes sociales. Tout cela était connu par petits bouts, mais le génie des deux auteurs a été d’en faire la synthèse.

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Freud serait stupéfait de constater que son fameux “surmoi” s’est envolé comme brume au soleil, Rousseau n’en reviendrait pas que la “conscience, instinct divin, immortelle et céleste voix, juge infaillible du bien et du mal” ne parle plus dans la tête des jeunes gens qui lynchent des passants ou fusillent leurs proviseurs. Les gens à qui il reste un surmoi et une conscience sont ceux qui ont reçu une autre éducation parce qu’ils sont âgés ou ont eu des parents sérieux et responsables.

Autre lecture qui peut nous éclairer en ces temps ténébreux : La psychologie des foules de Gustave Le Bon, paru en 1895. Du fait du nombre, un individu en foule peut ressentir un sentiment de « puissance invincible » et voir ses inhibitions s’effondrer. Il pourra accomplir des actions qu’il n’aurait jamais accomplies seul (par exemple, piller un magasin de façon non préméditée) : « le sentiment de responsabilité (…) disparaît entièrement. « Ceci vaut surtout pour les foules anonymes et hétérogènes, où l’individu, noyé dans la masse, est difficile (voire impossible) à retrouver par la suite », écrit un commentateur de l’œuvre du sociologue[1].

Tous ensemble, ouais !

Les commentateurs qui segmentent la foule des casseurs, qui disent par exemple que le cortège des gentils lycéens s’est fait vampiriser par les méchants Black Blocs, sont dans l’erreur. Le gentil lycéen d’Henri IV qui vit dans la jubilation de l’action commune place de la République entrera sans états d’âme dans la boutique de la pauvre dame d’origine asiatique pour y voler avec joie ce très cher paquet de cigares cubains qu’il offrira à son père en rentrant à la maison. “Comment c’était, cet après-midi, Jean-Eudes ?” “Cool, papa, très cool.”

Je me limiterai à critiquer deux “segmentateurs” qui passent pour des hommes sérieux et sans aucun lien avec l’extrême-gauche. Xavier Raufer, sur Atlantico, voit partout la main des Black Blocs. Bien pratiques, les Black Blocs. Ils sont Allemands, Belges, invisibles et omniprésents. Ils servent à se dissimuler la consternante réalité : toute une génération de jeunes Français a basculé dans la bêtise et l’ignominie. Pour Christophe Guilluy qui va publier un nouvel opus, Peripheria est saine tandis que Metropolia est vérolée. On se souvient des images récentes de jeunes filles souchiennes chantant des horreurs islamistes dans l’église d’un village de Vendée… Guilluy me fait penser à cette image cruelle de Julien Gracq sur ceux qui, n’ayant pour tout outil qu’un marteau, voient tous les problèmes en forme de clou.

‑O mânes de Raymond Marcellin, inspirez-nous ! Le seul remède au chaos français serait une répression sévère, mais nul aujourd’hui n’osera l’appliquer.


[1] article de Wikipedia sur La psychologie des foules



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Alain Neurohr a fait une carrière de professeur agrégé de Lettres Classiques dans le Secondaire et le Supérieur. Il a publié sous le pseudonyme d'Alain Nueil des romans chez Grasset, au Fleuve Noir et au Mercure de France.

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