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Flávio Bolsonaro mettra-t-il Lula à la retraite?

Le « milicien » contre le « corrompu » Deuxième tour dimanche!


Flávio Bolsonaro mettra-t-il Lula à la retraite?
Le candidat de droite Flavio Bolsonaro (au premier plan) et derrière lui le président de gauche sortant Luiz Inácio Lula da Silva, Sao Paolo, 18 octobre 2026 © Aloisio Mauricio/Fotoarena/Sipa USA/SIPA

Le débat Lula–Flávio Bolsonaro sur la chaîne Band a offert aux téléspectateurs un pugilat révélateur d’un Brésil plus clivé que jamais. Les deux adversaires politiques débattront une nouvelle fois vendredi, sur TV Globo, juste avant le second tour.


À six jours du second tour de l’élection présidentielle, Flávio Bolsonaro conserve une courte avance dans la plupart des sondages face au président sortant Lula. Encore difficilement imaginable quelques semaines auparavant, sa victoire consacrerait moins une simple alternance qu’un retour dynastique : celui d’un bolsonarisme capable de survivre politiquement à son fondateur et de s’inscrire durablement dans l’histoire du Brésil moderne…

Le verdict du premier tour a déjoué la plupart des pronostics. Avec 47 % des suffrages, le sénateur Flávio Bolsonaro, 45 ans, candidat du Parti libéral et représentant d’une droite conservatrice décomplexée, a devancé de deux points Luiz Inácio Lula da Silva. À 80 ans, l’ancien syndicaliste de la métallurgie brigue un quatrième mandat non consécutif et dispute sa septième élection présidentielle. Une longévité politique exceptionnelle, qui fait de lui tout à la fois un monument national et, aux yeux de ses adversaires, le symbole d’un système usé jusqu’à la corde, irrémédiablement corrompu et devenu incapable de concevoir sa propre sortie de scène. Dans l’entre-deux-tours, trois candidats éliminés, Augusto Cury, Ronaldo Caiado et Romeu Zema, issus de la droite ou du centre droit, ont apporté leur soutien au fils de Jair Bolsonaro. Ensemble, ils avaient recueilli un peu plus de 5 % des suffrages. Mais, dans un scrutin aussi serré, la logique arithmétique des ralliements ne suffira pas nécessairement.

Le premier grand débat de l’entre-deux-tours, organisé dimanche 18 octobre par la chaîne Band à São Paulo, était donc attendu comme un possible tournant. Il n’a finalement départagé ni les hommes ni les projets. Il a surtout offert le spectacle, brutal et parfois burlesque, d’un Brésil plus clivé que jamais, devenu presque incapable de se parler à lui-même. D’un côté, Lula défend l’intervention sociale de l’État, la protection des catégories populaires et une souveraineté nationale méfiante envers les injonctions du puissant voisin états-unien. De l’autre, Flávio Bolsonaro capitalise sur l’insécurité, le rejet viscéral de la gauche et du Parti des travailleurs, la défiance envers un État jugé dispendieux et l’usure d’un président qui appartient à la vie politique brésilienne depuis près d’un demi-siècle.

Une confrontation physique et agressive

Le format retenu par Band autorisait les candidats à circuler librement sur le plateau et à gérer une partie de leur temps de parole. Cette liberté scénographique a rapidement transformé le débat en une confrontation corporelle, où la manière d’occuper l’espace comptait presque autant que les arguments échangés.

Flávio Bolsonaro s’est régulièrement placé derrière Lula, multipliant les mimiques, les sourires sarcastiques et les signes de dénégation pendant que son adversaire s’adressait aux téléspectateurs. La stratégie rappelait, toutes proportions gardées, celle de Donald Trump rôdant derrière Hillary Clinton lors d’un débat de la campagne présidentielle américaine de 2016. Lula a parfois éprouvé les plus grandes difficultés à dissimuler son irritation. Il a traité son adversaire de « menteur invétéré », de « voyou » et de « clown », tandis que Flávio Bolsonaro lui prédisait que « le Brésil allait le mettre à la retraite ».

Le moment le plus spectaculaire de la soirée survint lorsque Lula s’éloigna ostensiblement de Flávio Bolsonaro en déclarant vouloir rester à distance d’un « milicien ». Il faisait ainsi allusion aux liens supposés du clan Bolsonaro avec les groupes para-policiers qui exercent leur emprise sur certains quartiers populaires de Rio de Janeiro. Le fils de Jair Bolsonaro répliqua en évoquant le risque de se faire voler son portefeuille, avant de montrer le mot « corrompu » inscrit dans la paume de sa main.

La corruption, principal champ de bataille

La corruption et les soupçons visant les deux familles ont constitué le véritable cœur du face-à-face. Flávio Bolsonaro a interrogé le président sur son fils, Fábio Luís Lula da Silva, dit « Lulinha », cité dans plusieurs affaires présumées, ainsi que sur les fraudes affectant l’Institut national de sécurité sociale. Lula lui a répondu que son fils ne devait bénéficier d’aucune protection s’il avait commis des infractions. Le président sortant a aussitôt contre-attaqué en évoquant une enquête relative au financement d’un projet de film consacré à Jair Bolsonaro et les controverses financières entourant son adversaire. Il a finalement proposé que les deux candidats rendent publics leurs relevés bancaires et téléphoniques afin que le pays puisse découvrir, selon sa propre formule, « qui est le voleur ».

Le duel révélait ainsi une vulnérabilité commune. Lula demeure exposé à l’évocation de ses anciennes condamnations pour corruption, annulées pour des motifs de procédure et de compétence juridictionnelle, mais dont l’empreinte politique n’a jamais complètement disparu. S’y ajoute le souvenir des immenses scandales ayant marqué les années de pouvoir du Parti des travailleurs, du Mensalão de 2005, vaste système de mensualités occultes versées à des parlementaires alliés afin de garantir leur soutien aux projets du gouvernement Lula, jusqu’au séisme provoqué par l’opération Lava Jato. Lancée en 2014, cette dernière mit au jour un système de marchés surfacturés et de commissions occultes organisé autour de la compagnie pétrolière publique Petrobras, impliquant de grandes entreprises et des responsables de plusieurs partis, dont le PT. Flávio Bolsonaro, de son côté, prétend incarner la rupture tout en portant un patronyme devenu indissociable des controverses judiciaires, financières et institutionnelles de sa propre famille.

Sécurité : la guerre ou la coordination

Si les attaques personnelles ont souvent étouffé le débat d’idées, la question de la sécurité publique a cependant fait apparaître une différence politique nettement identifiable. Flávio Bolsonaro a promis de déclarer la « guerre au narcoterrorisme » et de faire reconnaître les principales factions criminelles comme des organisations terroristes ou narcoterroristes. Lula a défendu une approche plus fédérale et institutionnelle. Il a mis en avant son projet de réforme constitutionnelle de la sécurité publique afin d’améliorer la coordination entre le gouvernement central, les États et les différentes forces de police. Là où Flávio Bolsonaro parle de guerre, le président sortant invoque la coopération. Là où le premier promet une démonstration d’autorité, le second propose une réorganisation des compétences.

Le discours sécuritaire de Flávio Bolsonaro rencontre une réalité plus contradictoire que ne le suggèrent ses formules martiales. Le Brésil a certes encore enregistré 40 775 morts violentes intentionnelles en 2025, soit près de 112 par jour, mais ce total a diminué de 8 % en un an et atteint son niveau le plus faible depuis 2012. La peur ne repose pourtant pas sur une simple illusion statistique. Plus de quatre Brésiliens sur dix âgés de 16 ans et plus déclarent percevoir la présence de factions criminelles ou de milices dans leur quartier, tandis que 6 602 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre, soit environ une mort violente sur six. À cette emprise territoriale s’ajoute un système pénitentiaire proche de l’asphyxie : le pays compte près de 965 000 détenus pour moins de 680 000 places. Le paradoxe est saisissant. La violence létale recule globalement au Brésil, mais des dizaines de millions de ses habitants déclarent vivre dans des quartiers où le crime organisé exerce une influence quotidienne, au sein d’un État qui emprisonne beaucoup sans toujours parvenir à restaurer son autorité.

Économie : la « tronçonneuse » contre l’État protecteur

Flávio Bolsonaro a concentré ses attaques sur la dette, le niveau des dépenses publiques et le coût de la vie. Il a accusé le gouvernement de multiplier les mesures sociales à quelques jours du scrutin afin de s’assurer politiquement sa réélection. À l’entendre, Lula serait devenu le représentant d’un État à la fois obèse et impuissant, capable de dépenser toujours davantage sans améliorer sensiblement le quotidien des Brésiliens. Le président sortant a répondu en agitant le spectre d’une politique de coupes budgétaires inspirée de la « tronçonneuse » de Javier Milei. Le président argentin est devenu l’une des principales références des droites libérales et libertariennes du continent sud-américain, tout autant qu’un repoussoir commode pour les gauches régionales. Lula a opposé à ce modèle les investissements destinés aux petits entrepreneurs, les politiques de soutien aux ménages et l’abandon de la semaine de travail dite « 6×1 », qui impose six jours travaillés pour un seul jour de repos.

L’économie brésilienne continue pourtant de croître, portée notamment par la puissance exportatrice du pays et le niveau relativement élevé des cours mondiaux des matières premières. Mais les indicateurs macroéconomiques ne se transforment pas automatiquement en satisfaction politique. Pour de nombreux ménages, l’embellie statistique demeure abstraite face au prix de l’alimentation, au coût du logement, à l’endettement et au sentiment de déclassement.

Le père absent, omniprésent

Absent du plateau, Jair Bolsonaro n’en demeure pas moins le troisième homme de cette présidentielle. Condamné à vingt-sept ans et trois mois de prison pour son rôle dirigeant dans l’entreprise de subversion institutionnelle ayant suivi sa défaite de 2022 et culminé avec l’invasion des sièges des « trois pouvoirs » à Brasília, le 8 janvier 2023, l’ancien président purge désormais sa peine à son domicile, selon un régime humanitaire justifié par son état de santé. Sa défense a engagé une procédure extraordinaire de révision de sa condamnation, mais celle-ci ne doit être examinée par la Cour suprême qu’après l’élection présidentielle. Enfermé mais politiquement omniprésent, Jair Bolsonaro observe désormais son fils tenter d’accomplir dans les urnes la revanche familiale que lui-même ne peut plus conduire. Le bolsonarisme n’est déjà plus seulement un courant politique : il tend à devenir une entreprise familiale de conquête du pouvoir. Tandis que Flávio vise la présidence, Michelle et Carlos Bolsonaro ont été élus au Sénat, tandis que Jair Renan et Renato Bolsonaro entreront à la Chambre des députés.

Deux candidats, deux Brésils

Il serait hasardeux de désigner un vainqueur incontestable au terme de ce débat. Flávio Bolsonaro en a imposé le rythme, mais pas nécessairement la stature. Il est apparu combatif, confiant et maître de sa stratégie ; son insolence et ses provocations ont également pu le faire passer pour un héritier encore insuffisamment présidentiel. Lula a revendiqué l’expérience de l’État, la protection des plus fragiles et l’indépendance de la nation. Mais il n’est pas toujours parvenu à se maintenir au-dessus de la mêlée. En cédant à l’irritation, il s’est parfois laissé entraîner sur le terrain choisi par son adversaire, celui du pugilat et de la revanche personnelle.

Surtout, aucun des deux hommes n’a véritablement tenté de réparer la fracture brésilienne. Chacun s’est adressé à son propre pays. À Flávio Bolsonaro, le Brésil de l’ordre, de la sanction, des Églises évangéliques et de la revanche contre la gauche affairiste et corrompue ; À Lula, celui de la protection sociale, de la mémoire ouvrière, du Nordeste et de la souveraineté nationale. Le vieux dirigeant s’affiche également en porte-voix du Sud global et en figure historique des BRICS, défenseur d’un monde multipolaire face à l’hégémonie américaine.

Le prochain sondage Datafolha, baromètre très suivi de la vie électorale brésilienne, doit être publié jeudi 22 octobre. Réalisé entièrement après l’émission, il permettra d’en mesurer les premiers effets sur le rapport de forces. Un dernier face-à-face entre les deux finalistes est annoncé vendredi 23 octobre sur TV Globo, à seulement deux jours d’un scrutin qui s’annonce déjà historique et décisif pour l’avenir de ce pays-continent.




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