Accueil Culture «La Fin des temps» au Châtelet: il paraît que le conte japonais est envoûtant…

«La Fin des temps» au Châtelet: il paraît que le conte japonais est envoûtant…


«La Fin des temps» au Châtelet: il paraît que le conte japonais est envoûtant…
"La Fin des temps" © Thomas Amouroux

Était-il indispensable de transposer à la scène le conte philosophique de l’écrivain japonais Haruki Murakami, La Fin du monde et le Pays des merveilles sans merci, sous le titre d’un spectacle intitulé La Fin des temps ?


Pour les Japonais peut-être. Pour nous Français, la question se pose. Car il faut vraiment que l’auteur du conte ait porté un nom universellement connu et que le metteur en scène de cette adaptation théâtrale et chorégraphique ait été Philippe Decouflé pour que l’on se soit hasardé à faire venir cette production à Paris.

Deux histoires

On ne sait rien de l’accueil qu’on lui a fait au Pays du Soleil levant. Ici, au Théâtre du Châtelet, il semble qu’elle ait séduit une bonne partie du public. Et pourtant, quel ennui que l’adaptation de ces deux histoires entremêlées, celle d’un jeune homme vivant dans une mégapole hostile, dangereuse, et qui redoute d’y perdre son âme, et celle d’un autre qui, lui, perd son ombre dans une cité étrange et totalitaire où s’ébrouent des licornes.

Il est probable que le livre de Murakami soit tout à fait envoûtant et qu’il délivre un message du plus grand intérêt. Mais, réduit aux scènes retenues pour l’adaptation théâtrale et à des dialogues dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas renversants, l’ouvrage paraît terriblement insipide.

Un bonbon rose

L’utilisation de micros pour des acteurs qui s’expriment en langue japonaise semble ici parfaitement inutile quand les surtitrages suffiraient, puisqu’il est peu probable que le public possède la langue de Tanizaki, Kawabata ou Mishima, hormis quelques Japonais ou japonisants égarés là, dans la salle du Châtelet. Or ces micros contribuent à dénaturer les voix, à les rendre artificielles, comme dans les comédies musicales. Et à générer ainsi un certain désintérêt. Quant au jeu théâtral stéréotypé de certains des acteurs, il n’arrange pas les choses, même si, dans le cas le plus flagrant, celui de la jeune fille en rose, il correspond, aussi caricatural soit-il, à une réalité : celle de ces jeunes filles, au Japon en particulier, qui se sont transformées en poupées occidentales dont elles ont adopté le costume de foire et l’apparence sucrée.

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Les licornes

Pourtant, ici et là, entre deux tunnels de dialogues, se déroulent des scènes séduisantes pour le regard : ce paysage où les éléments végétaux du décor (K Ishihara) rappellent ces papiers découpés qui faisaient fureur dans les siècles passés et où folâtrent les licornes auxquelles Decouflé confère quelque chose de hiératique et charmant à la fois… même si lesdites licornes flirtent avec un je ne sais quoi de kitsch ; quelques séquences joliment chorégraphiées pour une dizaine de danseurs ;  ou encore les tenues (Ayako Maeda) extrêmement bien imaginées de ces créatures effroyables qui peuplent les souterrains des métropoles.

En découvrant l’ouvrage que des Japonais lui offraient de mettre en scène, Philippe Decouflé confesse avoir tout d’abord pensé que cela lui serait impossible. Avec autant de comédiens que de danseurs, il s’est malgré tout lancé dans l’entreprise. Mais vraiment, quel intérêt réel offre ce spectacle où s’intercalent deux contes se déroulant dans deux mondes antagonistes ?

Ici une mégapole violente et déshumanisée, là une cité onirique et totalitaire que garde un personnage ressemblant étrangement au Barthélémy des aventures de Philémon dans les bandes dessinées éponymes. Un spectacle qui apparaît comme le « digest » d’une œuvre littéraire dont on suppose, dont on espère qu’elle délivre un propos autrement plus élaboré que ce qu’on en devine au travers de sa transposition sur la scène.

La Fin des temps. 2h30

Jusqu’au 21 octobre 2026

Théâtre du Châtelet ; 01 40 28 28 40



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