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Heureux l’homme qui a vécu parmi les chiens!

La chronique du dimanche de Monsieur Nostalgie


Heureux l’homme qui a vécu parmi les chiens!
Brigitte Bardot visite un refuge pour Chiens à Carnoules dans le Var, 20 décembre 1998 © NICE MATIN/SIPA

L’écrivain Stéphane Hoffmann fait une déclaration d’amour, une déambulation sensible et littéraire au pays des chiens réels ou imaginaires, dans la collection des Dictionnaires amoureux…


Il manquait cruellement à l’appel. Les papes, les cafés et même les trains ont droit à leur beau volume, à couverture jaune dans la collection créée par Jean-Claude Simoën et illustrée par Alain Bouldouyre. Chez les écrivains, le chat détient un magistère culturel, voire moral ; on loue son indépendance, sa sauvagerie et son anarchisme. Il coche toutes les cases du refus d’obéissance et d’une factice liberté. Il serait le miroir du créateur, insoumis et dissident. Pendant que l’un écrit seul dans la nuit, l’autre est un vagabond des songes. On le pare de toutes les qualités d’orgueil et de nonchalance. Il n’est pas un sentimental ou un mendiant de l’amour. Alors que patelin, « docile », fidèle et généreux, le chien patachon est le compagnon collant et gourmand, viscéralement attaché à la figure de son « maître ». Une bête qui ne se serait pas émancipée du regard des hommes est-elle notre égale ? Stéphane Hoffmann, romancier délicat, styliste baulois qui travaille dans les interstices, en légèreté, en élégance ébréchée, est un propriétaire heureux de chiens. Il était le plus habilité à nous guider, à capter leur onde nostalgique, à nous émouvoir et à nous divertir. Un bon Dictionnaire amoureux doit être à la fois une source d’évasion et de savoir. Un savoir foutraque où cohabitent des entrées aussi incongrues que « Freud et les chiens » ou « les réverbères ». De quel bord politique sont-ils ? Quelle est leur place dans la chanson ? Pourquoi leur interdit-on d’entrer dans les églises ? Comment devient-on chien-guide d’aveugle ? Ou plus dramatiquement, comment notre pays peut-il supporter ces déferlantes d’abandons aux premières lueurs de l’été ? Au langage froid des statistiques, Hoffmann préfère se souvenir d’un geste héroïque, quand le père Raimondet « sauva un chiot d’une mort certaine » dans les années 1960, près du marché Jules Vallès. Hoffmman n’est pas un éducateur certifié, ni expert en pedigree ou en Canicross, il ne disserte pas du caractère soupe au lait du teckel ou de l’odorat exponentiel du Saint-Hubert, il évoque ses chers disparus, son compagnonnage parfois mouvementé avec ses amis de toujours, il y eut Skasia, Deroxa, Lilus, Itsy Bitsy et Joli Cœur ; cette école des absents a fait de ce néophyte, un observateur attentif et curieux. Suivons-le, avec bonheur.

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Dès les premières pages, il prévient le lecteur : « ce livre est moins un livre de connaissance qu’un livre de reconnaissance ». Il ajoute : « c’est un hommage au génie des chiens ». Dans cette encyclique, il n’est question que d’amour et de partage. Hoffmann a foi en eux. Leur amour inconditionnel n’est pas une servitude, mais au contraire, une confiance saine, sans équivoque, une éthique de la bonté. Et pourtant, ils sont usants, ils demandent du temps et de la patience, l’apprentissage de la propreté n’est pas une sinécure. Dans cette galerie de portraits canins, Hoffmann est, comme à son habitude, pétri de littérature et de culture populaire, ce qui rend la lecture soyeuse, on passe de Buck à Mabrouk, de Baltique à Croc-Blanc, de Miraut de Louis Pergaud à Didier d’Alain Chabat. On s’amuse et on apprend des dizaines d’anecdotes. Le grand mérite d’Hoffmann, c’est son sens de la fidélité. Une fidélité de Patou pour tous ceux qui ont écrit sur le sujet avec talent. Quel plaisir de lire les noms de Jacques Brenner, François Nourissier, Jean Dutourd, Michel Déon ou du vibrionnant Maurice Druon. Une entrée est même consacrée à l’inoubliable Christine de Rivoyre, landaise et cavalière émérite. L’auteur en profite au passage pour tacler l’indéboulonnable statue Deleuze qui préférait les tiques aux aboiements, étrange garçon. Hoffmann s’intéresse aux véritables amis des chiens, ceux qui y ont dédié leur vie, leur argent et leur âme. Comment comprendre le complexe Alain Delon sans la complicité avec son Malinois jusqu’au dernier souffle ? Et Brigitte Bardot, lâchement moquée, on se souvient des ricanements quand elle abandonna sa carrière d’actrice d’un coup, sans préméditation. Son œuvre immense de protection et de soutien à la cause animale perdure aujourd’hui, il ridiculise tous les salisseurs de mémoire. Ce dictionnaire est assurément l’un des plus attachants de la collection.

Dictionnaire amoureux des chiens de Stéphane Hoffmann – Plon 672 pages

Dictionnaire amoureux des chiens

Prix: 27,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 27,00 €



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Journaliste et écrivain. Dernières publications : "Tendre est la province", (Équateurs), "Les Bouquinistes" (Héliopoles), et "Monsieur Nostalgie" (Héliopoles).

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