Marion Maréchal et Dominique de Villepin ont confronté leurs opinions chez Maxime Switek et Sonia Mabrouk sur BFMTV, jeudi dernier. La nièce de Marine Le Pen a rhabillé l’ancien Premier ministre pour l’hiver.
Ce débat, c’était en fait la confrontation entre la grandiloquence du verbe creux et la tranquille affirmation du réel. Inutile de préciser, semble-t-il, qui des deux participants jouait de la grandiloquence et qui avançait sous la bannière du réel.
Villepin n’est à l’aise que dans la prédication sans obstacle, sans contradiction, lorsqu’il peut déployer ses longues périodes oratoires, ses morceaux de bravoure qui, d’ailleurs, le plus souvent, au bout du bout, nous font penser au Trissotin de Molière dont on ne manquait pas de se gausser. « On cherche ce qu’il a dit après qu’il a parlé », ironisait-on. Même sentiment en écoutant M. de Villepin, tant son propos est filandreux, nébuleux, bavard.
Là, face à Marion Maréchal, la mécanique ne pouvait pas marcher, la péroraison n’ayant pas la latitude de se déployer, de remplir sa petite fonction quasi hypnotique.
En réalité, il y avait également dans cette joute, serrée mais toujours courtoise, l’opposition entre deux époques de la vie publique du pays. M. de Villepin se croit encore dans les années 70/80, où la politique s’inspirait encore des bons vieux accommodements de la tradition radicale-socialiste, tendance cassoulet de la Quatrième République. Sous le discours, sous l’aisance rhétorique, la faconde, l’immobilisme en majesté. Le vide.
Sur tous les sujets (le climat insurrectionnel de ces derniers jours, l’immigration, l’intégration, la transition écologique), Villepin s’est trouvé dépassé. Dépassé par l’insigne talent de Marion Maréchal, c’est un fait, mais aussi, encore une fois, par la puissance argumentaire que constitue à elle seule l’évocation de « la réalité vraie », comme dirait l’autre.
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Cela était particulièrement patent lorsque l’ex-Premier ministre s’égarait à contester la légitimité du recours au référendum prôné par la droite nationale (sur l’immigration par exemple), se fourvoyant jusqu’à condamner cette initiative au motif qu’elle serait antirépublicaine. Avec son charmant sourire, son opposante se fit un plaisir de souligner que, si tel était le cas, le général de Gaulle s’était montré lui-même antirépublicain. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. À mesure que les sujets étaient abordés, le même décalage se constatait : d’un côté, le vent du verbe politicien à l’ancienne ; de l’autre, la référence solide, argumentée, au concret des enjeux et de la vie du pays telle qu’elle est.
On atteint des sommets sur le plan des principes lorsque se trouve abordée la notion de « Français de souche ». Pour Villepin, dans la République, le Français de souche n’existe pas. Je ne fais que citer son propos, hélas. Alors Marion Maréchal, toujours un aimable sourire aux lèvres, de lui rappeler tranquillement que, dans son remarquable et remarqué discours à l’ONU en 2003, il avait ouvert sa prestation en évoquant « ce vieux pays » au nom duquel il parlait. Qu’était-ce donc que le peuple de ce vieux pays ? questionna malicieusement Marion. Pas de réponse, évidemment. Des sommets encore, lorsque lui est rappelée la molle bienveillance dont il a fait preuve, aux affaires, pour les Frères musulmans et leur stratégie d’entrisme dans les rouages de notre République. Là, il n’eut d’autre échappatoire que la mauvaise foi. « Vous mentez », eut alors beau jeu de lui lancer sa contradictrice.
Villepin, niant l’existence du « Français de souche dans la République », commet une erreur gravissime, qui consiste tout simplement à évacuer la réalité supérieure qu’est la nation. La nation, qui s’impose en premier quel que soit le régime sous lequel elle se trouve régie à tel ou tel moment de son histoire. Et la nation, c’est bien sûr avant tout un peuple, un peuple clairement identifié. En l’occurrence, le nôtre. La tare majeure des élites de notre pays ces temps-ci est bel et bien à dénicher dans ce genre de trahison intellectuelle.
En fait, M. de Villepin est sorti de là « façon puzzle », comme il est dit dans Les Tontons flingueurs. Sa pensée politique, éculée, usée, tragiquement impuissante, est ramenée à ce qu’elle est : un exercice de fin de dîner entre soi dans les beaux quartiers.
Il faut dire que, d’entrée de jeu, Sonia Mabrouk avait quelque peu sonné la charge. « Vous êtes un coucou. Vous ne savez plus où vous habitez », devait-elle asséner, elle aussi souriante. Elle mettait ainsi en exergue le fait que cet homme supposé de droite triomphait avec grand plaisir à la fête de l’Huma et pouvait se flatter d’engranger les caresses répétées et plutôt lourdingues de Mediapart.
En effet, il ne sait plus où il habite, M. de Villepin. Il n’est pas le seul dans son petit monde politique sans couleur et sans saveur, sans conviction, sans exigence vraie, relique de temps déjà anciens et surtout totalement dépassés. Il ne sait peut-être pas où il habite, mais ce soir de débat, c’est bel et bien dans sa cour que son adversaire l’a renvoyé jouer.
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