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Une histoire bien française

Cette Nouvelle histoire de France est une sacrée somme. Sous la direction d’Éric Anceau, une centaine de contributeurs explorent tous les domaines, toutes les notions qui illustrent la singularité de notre histoire commune. Une brillante riposte à la vision «mondialisée» de Patrick Boucheron.


Une bouffée de panique saisit l’amateur d’histoire lorsqu’il soupèse ce volume d’un millier de pages dont la graphie exige, outre un meuble de chevet résistant au gabarit d’un ouvrage plus propice à la baguenaude qu’au bachotage, une acuité visuelle impeccable.

Cette Nouvelle histoire de France, projet de longue haleine mené par Éric Anceau, spécialiste émérite des deux premières Républiques françaises et de nos deux défunts empires, réussit la prouesse de fédérer cent signatures, et non des moindres. Cette somme magistrale, relecture chorale de notre geste nationale, est aux antipodes de la fameuse Histoire mondiale de la France parue en 2017 sous le patronage de Patrick Boucheron qui, on s’en souvient, avait provoqué la brusque bifurcation à droite toute d’un Pierre Nora (1931-2025), désireux de s’extraire de la bien-pensance idéologique.

C’est un truisme de seriner que les « lieux de mémoire », tout comme les événements historiques avérés, ne sont jamais gravés dans le marbre, et qu’à l’instar des édifices du patrimoine, ils restent soumis à la perspective par laquelle on les observe. Récemment, on pouvait lire sous la plume un rien condescendante d’un contributeur à ce quotidien du soir dont le nom m’échappe : « Éric Anceau croit soigner nos maux mémoriels. Il a simplement coordonné un livre de référence. » C’est gentil de lui reconnaître au moins un mérite. Mais comme au temps de la Terreur, cette tribune somme le citoyen Anceau de justifier le sens de son ouvrage : « L’enjeu principal du livre est le seul sujet à ne pas faire l’objet d’une analyse sérieuse », tance le procureur. Le prétoire s’accommoderait à la rigueur de la réussite de cette Nouvelle histoire de France. Mais il exige davantage. C’est comme si on demandait à Lavisse, à Michelet ou à Henri Martin de fournir un alibi à leurs travaux !

Que le lecteur se rassure : l’ouvrage contient assez d’indices croisés pour disculper les auteurs de tout parti pris mémoriel univoque. Nouvelle histoire de France appelle la lecture buissonnière. Je m’empresse d’appeler au calme ceux à qui la simple idée de se taper une « recherche du temps perdu » chronologique, depuis Clovis jusqu’au crépuscule de la Cinquième en passant par la monarchie des Valois et celle de Juillet, donnerait des fièvres méningitiques : le récit cursif n’est jamais qu’un survol – même fort étayé. « Régimes et Violences » occupe exactement 251 pages, soit la première partie du volume (Bruno Dumézil, Nicolas Le Roux, Xavier Hélary, Thierry Lentz, Olivier Tort, Éric Anceau y contribuent). Comme dans l’ensemble du livre, à ces textes de haute tenue sont adjoints des « focus » propres à portraiturer tel personnage essentiel (Jeanne d’Arc, Catherine de Médicis, Mirabeau, Robespierre…) et à relater tel fait considérable ou investi d’une portée symbolique (Saint-Barthélemy, retour des cendres de Napoléon, etc.).

Intitulée « Politiques et Spiritualités », la deuxième partie interroge l’évolution de notions transhistoriques telles que « le faste », « l’administration », « la diplomatie », « la technocratie », « l’école et l’enseignement », « le catholicisme », « les juifs et le judaïsme », « l’islam », « la franc-maçonnerie »… Vivier inépuisable, ce corpus presque encyclopédique galvanise la curiosité.

Au chapitre « Nation », Anceau observe que « la nation politique telle qu’elle fut advenue en 1789 et la nation républicaine qui a vu le jour un siècle plus tard sont aujourd’hui très mises à mal. C’est, conclut-il, aux Français et aux dirigeants qu’ils se choisiront à l’avenir qu’il appartiendra de résoudre cette équation que Benjamin Constant avait présentée voilà deux siècles : la conciliation de la liberté des anciens et celle des modernes. » C’est dit bien poliment.

« Espaces et Sociétés » explore les concepts de « Frontières », renvoie à notre relation problématique à l’Algérie, aux connotations liées par exemple à l’idée de « Peuple », rappelle l’importance du mouvement ouvrier, les mutations de la paysannerie – toujours dans une perspective historique dûment raccordée à l’actualité. Yannick Ripa condense ainsi en dix pages (inévitables) « l’histoire des femmes et du genre » (sic). Dominique Garcia l’assure de son côté : « On ne naît pas Gaulois, on le devient. »

Baptisée « Patrimoines et Identités », la quatrième partie creuse, sur un peu plus de 200 pages, l’idée d’« élaboration(s) de la nature » ou la notion de « paysage(s) », lesquels, à en croire Jean-Robert Pitte, peuvent sombrer sous « la poussée du profane » dans ce « laisser-aller généralisé » dont « les éoliennes, un non-sens paysager et énergétique », incarnent la catastrophe. Alexandre Gady, brillant comme à l’accoutumée, synthétise la notion de « patrimoine architectural », « au moment de la perte de sens qui travaille une part importante de la société », tandis qu’Anne Pingeot se demande à bon escient « à quoi sert la sculpture ? ».

Tout est donc passé ici au pressoir de l’histoire : des vins aux musées, du savoir-vivre (Frédéric Rouvillois) au Tour de France, de l’histoire de France au cinéma (David Chanteranne) à l’histoire en chansons (Florent Barraco)… L’ami Jonathan Siksou, penché sur « loisirs et tourisme », remarque élégamment que « le loisir de délassement a progressivement laissé place au loisir de divertissement ». De fait, la trivialité lucrative et segmentée de l’industrie touristique (parcs à thèmes, immeubles flottants pour croisiéristes, régression infantile des masses, tourisme « de niche » ou ratifié par smartphone) est une révolution planétaire dans laquelle la France occupe le podium : 100 millions de visiteurs annuels ! L’ancien agrément aristocratique n’est plus. Le seul « vrai luxe, près de chez soi ou à l’autre bout du monde, c’est l’isolement, le confort du “privé” : avion, bateau, piscine, villa, jardin, cuisinier… Tout pour soi seul, loin des autres. » Qui hissera le drapeau ?

Nouvelle histoire de France, Éric Anceau (dir.), Passés/Composés, 2025.

Nouvelle histoire de France

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Chessy: la France open bar!

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Le maire de Chessy (77) et ses adjoints démissionnent pour ne pas avoir à marier un étranger sous OQTF. Elisabeth Lévy réagit à l’affaire dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


Pas de maire, pas de mariage ! Pour éviter d’appliquer une décision de justice absurde qui légitime selon lui une violation de la loi, le maire de Chessy a sorti l’arme nucléaire: lui et ses adjoints ont démissionné de sorte qu’il n’y a plus d’officier d’état civil ni d’ailleurs de pouvoir exécutif dans cette commune de 9000 habitants qui abrite Eurodisney.

Pour Tondelier, soupçonner un mariage blanc c’est raciste !

Mais avant d’en arriver là, Olivier Bourjot avait tenté d’alerter la préfecture et le Parquet de Meaux sur la volonté de cet étranger clandestin prié de quitter la France en 2022 qui, en 2025 a décidé d’épouser une ressortissante européenne. Pour le maire, c’était un mariage arrangé pour obtenir des papiers. Le Parquet affirme de son côté que l’enquête n’a pas prouvé de fraude au mariage. Et mercredi dernier, le juge des référés ordonnait à la mairie de publier les bans.

Nous sommes en présence d’une absurdité, d’un nouveau méfait de l’Etat de droit. Le mariage est un droit fondamental, nous dit la justice. Et visiblement, le droit pour un pays de choisir qui il accueille ne l’est pas. En réalité, l’Etat de droit tel que nos juges le conçoivent (ou l’interprètent), c’est que les individus ont tous les droits et les Etats aucun. S’opposer à ce mariage ce serait être contre l’amour, nous dit l’écologiste Marine Tondelier… On n’a donc même pas le droit d’exiger le respect de nos lois. Un homme qui n’a pas le droit d’être là peut exiger d’être marié : c’est la France open bar !

Robert Ménard attendu au tribunal, les députés à l’Assemblée…

Le maire a-t-il trouvé la parade ? Eh bien non ! Le Parquet aurait pu laisser filer, regarder ailleurs, mais le procureur de Meaux semble très sourcilleux sur le droit des amoureux. La démission du maire, a-t-il averti, ne change rien à l’infraction. Même démissionnaire, l’édile peut être sanctionné. Exactement comme Robert Ménard, le maire de Béziers. Rappelons que ce dernier n’a pas démissionné mais purement et simplement refusé de marier un Algérien sous OQTF. Il a refusé d’accepter le deal que la justice lui offrait en refusant de plaider coupable en échange d’une peine légère. Ceux qui le connaissent ne sont pas étonnés, mais il prend un risque tout à fait réel : il passera en correctionnelle, et, si jamais il tombe sur un magistrat sansfrontiériste, il pourrait écoper d’une peine d’inéligibilité et pourquoi pas une exécution provisoire – c’est à la mode ! Un maire élu triomphalement trois fois pourrait ainsi être mis hors jeu parce qu’il refuse une décision absurde contraire à la dignité de la France. Cette décision de justice signifie qu’une obligation prononcée par l’Etat ne vaut rien. De plus, au bout de trois ans, l’OQTF n’est plus opératoire, parait-il. Sur TF1, le 13 mai, face à Robert Ménard, le président de la République avait parlé de situations ubuesques et souhaité une loi interdisant le mariage d’étrangers en situation irrégulière. Cette loi a été votée par le Sénat. Il est peut être temps de la ressortir des tiroirs. En prime, nous saurons si nos députés ont encore une once de bon sens.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

Letizia Bonaparte, mater regum

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Si Madame n’avait pas été la mère de Napoléon 1er et de tant d’autres souverains éphémères, si elle n’avait pas participé bon gré, mal gré, à l’épopée impériale, rien dans sa vie n’aurait justifié qu’on lui consacrât une biographie aussi considérable que celle que vient de publier Laëtitia de Witt dont la grand-mère paternelle était une Bonaparte.

Cependant, il se serait probablement trouvé en Corse un érudit local pour évoquer cette jeune femme de petite noblesse qui était, dit-on, d’une grande beauté, intrépide et dotée d’un fort caractère dont hérita sans doute le plus célèbre des ses fils. Elle devint une figure parmi les indépendantistes de l’île, aux côtés de son époux, Charles Bonaparte, un arriviste forcené, du temps qu’il était un partisan proche de Pascal Paoli en lutte contre la domination de la République de Gênes. Et avant que l’une et l’autre ne se ralliassent à l’idée d’appartenir au royaume de France.

Une héroïne romantique

Jeune et perpétuellement enceinte, elle vécut des cavalcades éperdues pour fuir l’ennemi, tour à tour français et paoliste. Elle se cacha dans une grotte et plus tard dans une tour de guet génoise surplombant les flots de la Méditerranée afin d’échapper au danger en fuyant son île. Bref, elle affronta les aventures d’une héroïne romantique, tout comme un personnage de Mérimée en un temps où ces péripéties se vivaient autrement que dans les romans.

La légende napoléonienne l’a depuis figée dans sa majesté de Mater regum ou sculptée dans le marbre blanc de la Mater dolorosa. Dépouillée dès le Consulat de son rôle de chef de famille par Napoléon qui régentait sa parenté comme un capitaine en campagne, elle fut tout cela en fonction des circonstances. 

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Digne dans le malheur, elle se révéla prudente, sinon avare dans la prospérité, habile gestionnaire des fonds considérables alloués par l’empereur à Madame, Mère de l’Empereur et Roi. Des fonds qu’elle n’était pas la dernière de la famille à réclamer pour tenir son rang, prenant ainsi la place si décriée des princes du sang de l’Ancien Régime en compagnie de ses enfants, presque tous avides de dignités et de richesses qu’ils n’avaient guère méritées et qui n’étaient dues qu’au seul génie de leur frère. Car ils étaient nombreux, ces Napoléonides, à vouloir s’enrichir sur le dos de la France et des nations soumises à l’instar de vautours couronnés, alors qu’ils n’avaient que bien peu de qualités grandioses pour le justifier, à l’exception notable de la grande-duchesse Elisa et du prince Eugène.

Sous le diadème, l’accent corse

Laetitia de Witt

Laëtitia de Witt, en historienne, mais aussi en femme d’aujourd’hui, n’a guère de goût pour la légende et les mythes, comme tant de ses prédécesseurs parmi les biographes de Madame. Pas d’inutiles envolées lyriques, ni d’affirmations péremptoires dans son ouvrage, mais beaucoup de questionnements sur des sujets à propos desquels manquent parfois les documents, les lettres, les mémoires, les actes officiels, et qui dévoilent, s’il en était encore besoin, qu’on peut avoir atteint des sommets dans l’Histoire sans que tout soit parfaitement lisible pour la postérité.  

Et plutôt que d’embellir ou de noircir des faits dont on ne sait parfois rien ou pas grand chose, l’autrice s’interroge sur la véracité des faits, leur vraisemblance. D’autant que la réalité historique est bien assez extraordinaire sans qu’il soit besoin de l’enjoliver.

C’est dans l’adversité que les personnages historiques sont souvent les plus remarquables. Sous l’Empire, toute digne qu’elle était, Madame n’avait pas toujours un caractère délicieux, ni la belle voix grave qu’on prête aux héroïnes des grandes épopées de l’Antiquité. Son accent corse devait paraître quelque peu rustique sous le diadème et les velours rebrodés d’or, bien qu’on louât  l’élégante sobriété de ses manières. Outre une beauté à la romaine qu’admirent les contemporains, elle était naturellement majestueuse, comme se devait de l’être la mère de César, tout en demeurant simple, dépouillée de vaine afféterie.

Feu le roi leur père

Sans beaucoup fréquenter la Cour impériale en dehors des représentations nécessaires et aimant mieux à se retirer avec des proches dans son château de Pont, joli présent de son fils (elle avait refusé une aile du Grand Trianon), elle était toutefois sourcilleuse sur le chapitre des préséances. Non sans raison d’ailleurs, suivant en cela le bon sens un peu abrupt des matriarches qui ne se voient pas facilement céder le pas à une jeunesse, fut-elle de sang impérial et royal.

Elle apprécia d’ailleurs fort peu que Napoléon, qu’elle avait assis sur le pot durant sa petite enfance, à Ajaccio, exigeât qu’elle lui donne de la Majesté impériale et qu’elle s’adressât désormais à lui en le nommant Sire.

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Elle n’aima pas l’impératrice Joséphine qui était tout le contraire d’elle-même et à laquelle elle reprochait son inconduite. Et pas davantage l’impératrice Marie-Louise, en bonne belle-mère voyant ses brus d’un œil torve. Mais elle eut beaucoup d’affection pour la vertueuse reine Julie, l’épouse de Joseph, ou pour la bonne reine Catherine, une princesse de Wurtemberg, épouse de Jérôme. Et elle finit par aimer la reine Hortense, l’épouse de Louis, une Beauharnais certes, et fille de Joséphine de surcroît, mais qui aima ses fils jusqu’au dernier dévouement, vertu à laquelle Madame Mère ne pouvait qu’être sensible. Car elle avait le jugement et les sentiments des femmes du sud, un peu abrupts, sinon intransigeants, mais sachant apprécier la droiture, la loyauté, la dignité, la fidélité à la famille, à la tribu. Elle passa sa vie à veiller comme elle le pouvait sur sa nombreuse progéniture, pour autant qu’il soit possible de se préoccuper de tant de rois éparpillés dans toute l’Europe ; à tenter de réconcilier entre eux les membres de la tribu impériale, aussi susceptibles, aussi soucieux de leur rang et de leur fortune que « s’ils avaient été les héritiers de feu le roi leur père », comme ironisait l’empereur qui par ailleurs les tyrannisait. Des Corses pour tout dire. Avec l’esprit clanique et le goût des insulaires pour les querelles byzantines.

L’exil à Rome

Les plus beaux chapitres du livre sont ceux consacrés à l’exil à Rome où le pape Pie VII, si abominablement malmené par Napoléon 1er, avait généreusement abrité Madame Mère, son frère le cardinal, et nombre de ces rois déchus honnis par les vieilles monarchies, épiés et partout tombés en disgrâce après les Cent Jours et Waterloo. Installée dans son superbe palais à l’angle du Corso et de la place de Venise, attentive à ceux de ses enfants les plus malheureux, la Mater dolorosa porta sur Napoléon honteusement crucifié à Sainte Hélène l’essentiel de son anxiété maternelle.

Mais avec la mort de l’empereur en 1821, elle eut encore à souffrir de celles d’Elisa en 1820 et de Pauline en 1825. Puis, coup sur coup, celles de cinq de ses petits-enfants : Paul-Marie, fils de Lucien en 1827; puis Jeanne, sa sœur en 1829 ; en 1831, Napoléon-Louis, fils de Louis et d’Hortense et frère de Louis-Napoléon, futur Napoléon III ; en 1832, le roi de Rome devenu duc de Reichstadt, avec lequel s’écroulaient les espoirs de restauration impériale ; en 1833, Frédéric-Napoléon, fils d’Elisa.  

Un lieu de pèlerinage

Devenue aveugle dans ses dernières années, incapable de se déplacer à la suite d’une chute, accablée par les deuils, mais toujours stoïque, repliée dans son palais romain dont elle a fait « un temple du souvenir », Madame participe à l’édification de la légende napoléonienne en luttant de tout son maigre pouvoir pour la mémoire de son fils. Son palais de Rome devient un lieu de pèlerinage. En témoigne un familier de l’Empire: « Ce qui me frappa d’abord, ce fut le silence qui régnait dans une aussi somptueuse demeure… A l’angle de la cheminée, une femme était couchée à demi sur une chaise longue : c’était la mère de l’empereur… Le salon était orné de beaux tableaux représentant la famille de Napoléon. Rien ne m’a paru touchant comme cette mère illustre privée de ses enfants et entourée de leurs portraits. Immobile sur sa chaise, elle me parut souffrante, souffrante de ses douleurs physiques, de sa vieillesse, de ses souvenirs, mais héroïquement résignée… Elle voulut vivre longtemps, chargée de la couronne du malheur ».      

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Madame s’éteindra à son tour, à l’âge de 86 ans, durant le carnaval romain de 1836, entourée de quelques-uns de ses enfants et petits-enfants. Plus tard Napoléon III fera revenir en Corse la dépouille de son aïeule qui repose désormais dans la Chapelle impériale que le dernier empereur fit édifier à Ajaccio.

Une seule décennie

Dans un ouvrage bien mené, fort imposant étant donné la (relative) minceur du sujet – la biographie d’une femme qui ne joua aucun rôle fondamental sur le plan historique et dont l’existence ne fut essentielle que pour sa famille, une famille qui certes régna sur l’Europe, mais durant une seule décennie – l’autrice a effectué un travail qui semble définitif. Sauf découvertes inespérées et révélations inattendues, que pourrait-on dire d’autre de Madame ?

Ce livre mériterait d’être l’ultime biographie de la mère et grand-mère des empereurs des Français. Mère aussi des rois d’Espagne, de Naples, de Hollande et de Westphalie, des grandes-duchesses de Toscane et de Berg, de cette duchesse de Guastalla qui fut la plus aimable de sa fratrie, et de ce prince de Canino et de Musignano, le seul à ne pas devoir ses titres à Napoléon 1er.

Curieusement, Laëtitia de Witt, si scrupuleuse, commet deux anachronismes dans son livre.

L’un, à propos de 1792 où elle parle de l’empereur d’Autriche à qui la France déclare la guerre.  Mais n’existait alors qu’un empereur du Saint Empire romain germanique, et ce dernier, beau-frère de Louis XVI, n’allait être combattu qu’en tant que roi de Hongrie et de Bohême et archiduc d’Autriche, et non en tant qu’empereur. (Le titre d’empereur d’Autriche ne sera créé qu’en 1804, à l’époque de la dissolution du Saint Empire par Napoléon 1er, futur gendre de François II, empereur du Saint Empire qui lors devient François 1er, empereur d’Autriche).

L’autre en évoquant le gotha à propos des familles régnantes au temps de l’Empire. Un terme qui n’existait pas alors, l’almanach du duché saxon de Gotha n’ayant alors nullement conquis la place prépondérante qu’il occupera dans l’Europe monarchique dès la seconde moitié du XIXe siècle.


Letizia Bonaparte. Par Laëtitia de Witt. Editions Tallandier. 495 pages.

Suicide économique, mode d’emploi

Chaque mois le vice-président de l’Institut des libertés décode l’actualité économique. Et le compte n’y est pas.


La palme des idées économiques les plus stupides du mois n’est pas difficile à décerner. Sébastien Lecornu et Yaël Braun-Pivet sont de loin les grands gagnants. Commençons par la présidente de l’Assemblée nationale, qui veut encore augmenter la taxation des héritages, voire les supprimer carrément ! « Le truc qui vous tombe du ciel, à un moment ça suffit », a-t-elle déclaré le 15 octobre sur France 2. Pas étonnant que Philippe Aghion, le prix Nobel d’économie 2025, qui préfère la croissance à l’impôt, soit « atterré par le niveau intellectuel et économique de certains députés qui ne comprennent rien à l’économie, ne s’informent pas, ne lisent pas », comme il l’a confié lors de son audition devant la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale le 28 octobre. Il n’a pas tort. Tous les élus du Palais-Bourbon qui brocardent à longueur de séance les « ultra-riches », comme ils les appellent, ne parlent jamais, par exemple, des 36 joueurs de football de la Ligue 1 figurant dans la liste des 100 salariés les mieux payés de France (il faut, selon l’Insee, gagner plus de 312 458 euros par mois pour rentrer dans ce club) ! Avec de tels démagogues à la tête du pays, parmi lesquels il convient bien sûr de citer Emmanuel Macron (huit ans de pouvoir au compteur) et Bruno Le Maire (sept ans à Bercy), on comprend pourquoi nos finances publiques affichent un bilan si calamiteux. Pour se rendre compte de l’étendue de la catastrophe, il faut se rappeler qu’en 1958, année désastreuse qui marqua la fin de la IVe République, notre endettement s’élevait à 75 % du PIB. Dès qu’il entra à Matignon, de Gaulle demanda à Antoine Pinay de lui résumer la situation : « Sur tous les postes à la fois, nous sommes au bord du désastre », répondit le nouveau ministre des Finances. En 2025, notre dette publique est proche de 120 % du PIB. C’est presque deux fois pire.

Autre bonnet d’âne économique du mois : Sébastien Lecornu, qui est devenu à lui tout seul une véritable usine à inventer de nouvelles taxes. Le budget qu’il a présenté comprend 40 milliards d’euros d’impôts et 30 milliards de dépenses supplémentaires. À cela s’ajoute la honteuse capitulation/suspension sur les retraites. Emmanuel Macron l’a acceptée en échange de sa survie à l’Élysée. Ce n’est pas trop grave, puisque cela fait trente ans qu’on essaye sans aucun succès de réformer les retraites : Balladur en 1993, Raffarin en 2003, Fillon en 2010, Ayrault en 2014, Philippe de 2017 à 2020, Borne en 2023 et Bayrou avec son conclave en 2025.

La transformation de l’impôt sur la fortune immobilière en impôt sur la fortune improductive est un dispositif que personne à Bercy n’aurait osé imaginer tellement il est stupide. Rappelons que l’amendement a été déposé par Jean-Paul Matteï, élu du Modem, et voté par le Rassemblement national… Il a même été question d’inclure dans la base imposable les fonds Euro des contrats d’assurance-vie, alors qu’il s’agit d’une machine à absorber les emprunts émis par l’État français ! On est bien en présence de mesures irréfléchies votées à la va-vite et uniquement par idéologie et populisme. Tous ceux qui se sont donné la peine de comprendre comment fonctionne l’économie savent bien qu’en dehors de l’or, du bitcoin et de ses dérivés, il n’existe pas d’épargne improductive. La quasi-totalité des placements des Français sont enregistrés sur des supports constitués d’obligations, d’actions et d’immobilier, c’est-à-dire d’actifs ayant un lien avec l’économie réelle, les services publics, les entreprises et la construction. La logique d’une écrasante majorité de nos politiciens est pourtant claire : taxer plus pour dépenser plus et s’endetter plus. Pendant ce temps, la Grèce, l’Italie et le Portugal se redressent. Pas la France. À force d’assistanat généralisé et d’étouffement de l’initiative individuelle, on peut se demander si nos gouvernants ne cherchent pas à faire ressembler la France au Venezuela, ce pays si riche et pourtant ruiné par le socialisme et la coupure avec la réalité. À Caracas, l’incapacité, depuis vingt ans, à maîtriser la dette a eu pour effet de détruire l’État et de jeter la population dans la misère. L’esprit d’arrogance de nos dirigeants et leur aveuglement devant les réalités rappellent terriblement les funestes Nicolas Maduro et Hugo Chávez.

La France insoumise (LFI) trouve pourtant que le budget présenté au Parlement est trop austère ! Pour Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, il faut absolument « développer la résistance populaire et parlementaire pour lutter contre ce budget cruel ». Son parti prône, excusez du peu, 168 milliards de dépenses nouvelles, qu’il propose de faire financer par les « ultra-riches », c’est-à-dire les footballeurs et les grandes entreprises. C’est la grande idée de l’économiste Gabriel Zucman, soutien de Jean-Luc Mélenchon. Une idée qui a ressuscité en quelques jours seulement la lutte des classes dans notre pays, et qui est plébiscitée par 86 % des Français, selon un sondage IFOP, y compris chez les sympathisants de droite. Cela montre une fois de plus à quel point nos compatriotes sont sous-éduqués en matière économique. Vous avez dit suicide économique, moral et politique ?

À l’exception du pétrole qui baisse partout sauf dans les stations-service, toutes les valeurs de marché ont monté depuis le début de l’année. Même si la Bourse de Paris, qui culmine dans ses plus hauts historiques, reste à la traîne par rapport à Francfort. Les alarmes retentissent cependant partout : avec l’afflux de liquidités, le développement exponentiel des investissements dans l’intelligence artificielle et l’explosion des cryptomonnaies « stables », n’est-on pas en train de voir se constituer une bulle spéculative ? Maigre consolation, tandis que la France est en proie à l’instabilité et croule sous les dettes, les grandes entreprises tricolores cotées vont bien. La raison est simple. Comme elles sont bien gérées, elles réalisent l’essentiel de leur activité en dehors de notre pays.

Fachorama sous le sapin, « Historock » au pilori!

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Dans notre drôle de pays, la haine antiflic est autorisée, tandis que l’histoire de France est censurée, déplore Isabelle Marchandier.


La Horde récidive ! Après Antifa, le jeu, présenté en 2022 comme un « jeu coopératif » mais qui était en réalité un manuel d’initiation aux méthodes des black blocs (perturber des meetings, bloquer des expulsions, agir masqué et vêtu de noir et autres joyeusetés) voici Fachorama, un jeu des « sept familles » rigolo et repensé pour cibler tout ce que le collectif range dans « l’extrême droite », avec en ligne de mire l’institution régalienne par excellence: la police.

Trop cool

Les noms ne sont pas cités, mais les caricatures sont transparentes : Éric Zemmour devient « le polémiste islamophobe », Marine Le Pen « l’héritière populiste », les catholiques « les réactionnaires anti-IVG »… et les policiers écopent d’une carte infamante: « flic raciste de la BAC ». Chaque carte devient ainsi une cible symbolique.

Comme Antifa, le jeu, Fachorama est vendu à la Fnac et sur Amazon. À croire que l’argent n’a pas d’odeur lorsqu’il s’agit de combattre l’extrême droite, pour ces militants qui portent en bandoulière leur anticapitalisme radical mais n’hésitent pas à transformer leur doctrine en produit de consommation marketé. Derrière le jeu, le message implicite est limpide : jouer aux antifas, c’est tendance; et la haine antiflic, c’est cool.

A lire aussi, Eric Zemmour et Mgr Rougé: La crosse et le réséda

Imaginons un instant un « sept familles antiwoke » édité par le Puy du Fou : Sandrine Rousseau en « écoféministe misandre », Mélenchon en « tribun immigrationniste », Barthès et Lucet en « propagandistes progressistes », Rima Hassan en « militante antisioniste », et LFI en « parti du grand remplacement ». Un tel jeu serait retiré des rayons en vingt-quatre heures, déclenchant tribunes indignées, manifestations antifas, sermons médiatiques dans Libération et Télérama et les éternels anathèmes sur « les heures les plus sombres de notre Histoire ». Le chaos serait, bien sûr, toléré au nom de la lutte contre le retour du péril brun. Mais lorsqu’il s’agit de viser la droite, l’Église ou la police, tout devient soudain « pédagogique ». L’immunité morale de l’ultragauche reste totale.

Pendant ce temps

Et pendant ce temps, un spectacle historique pour enfants est… censuré. À Montrouge, Historock, opéra rock retraçant dix-sept grandes étapes du récit national (de la construction des cathédrales au général de Gaulle) a été annulé pour « propagande réactionnaire ».

Pourtant, aucune consigne politique, aucun slogan n’est martelé pendant le spectacle : ce sont simplement de grandes figures et des moments de l’histoire de France qui sont mis en scène, sous la direction pédagogique de l’historien Dimitri Casali et avec le parrainage de l’académicien Jean Tulard, à destination d’élèves de CM1-CM2.

Dans un pays où l’enseignement chronologique disparaît et où le niveau scolaire s’effondre, l’initiative était salutaire : redonner aux enfants le goût d’une continuité historique que l’école ne transmet plus, à travers une mise en scène rock’n’roll. Mais c’est justement ce qui dérange : la chronologie est désormais perçue comme un retour du « roman national », donc suspecte, voire raciste. Résultat : annulé !

En France, on peut offrir à un adolescent un jeu qui insulte les policiers, mais pas un spectacle qui raconte l’histoire de son pays. On célèbre la haine antiflic, mais on interdit l’histoire de France.

Un pays qui se méfie de son passé finit toujours par se renier lui-même.


Fachorama, 13 €

https://www.historock.com

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Canada: offensive législative d’envergure contre la haine

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Au Canada, la fin de « l’exception religieuse » dans la poursuite des discours haineux ne sera pas sans conséquences – et n’est peut-être pas indispensable selon notre chroniqueur.


La haine est fille de la crainte.
Tertullien.

Un peu de mépris épargne beaucoup de haine.
Jacques Deval.

La haine renfermée est plus dangereuse que la haine ouverte.
Denis Diderot.


Nul n’est prophète en son pays. Il fallait donc que l’esprit voltairien se concrétisât aux États-Unis, pays qui est devenu la lumière des nations en matière de liberté d’expression, laquelle est consacrée et protégée, non pas dans n’importe quel amendement de la Constitution, mais, quel symbole, dans le tout premier. Après l’indépendance, on a eu le sens des priorités. Comme le constate de manière indéfectible la Cour suprême américaine, ce texte ne fait aucune exception pour les discours dits « haineux ». Grosso modo, les seules limites sont les menaces et la diffamation visant des personnes spécifiques et le risque de trouble imminent à l’ordre public.

Le Canada constitue bien une société distincte en ce que son Code criminel (suivant peut-être l’exemple français) sanctionne non seulement le négationnisme, mais les discours haineux et incitations de toutes sortes, sauf le moyen de défense suivant (l’exception religieuse) :

« [L’accusé] a, de bonne foi [le mot est bien choisi!], exprimé une opinion sur un sujet religieux ou une opinion fondée sur un texte religieux auquel il croit, ou a tenté d’en établir le bien-fondé par argument ».

On a dénoncé une lacune dans la loi pénale canadienne que le Parlement canadien vient de combler en abolissant cette exception.

Il est utile de rappeler les événements qui sont à l’origine de cette modification.

A Montréal, l’imam autoproclamé Adil Charkaoui a prononcé des discours en octobre 2023 au cours de manifestations propalestiniennes. Voici (en v.f.) un extrait de son éloquence : « Allah, charge-toi de ces agresseurs sionistes. Allah, charge-toi des ennemis du peuple de Gaza. Allah, recense-les tous un par un puis extermine-les, et n’exclus aucun d’eux ! » (la v.o. n’est malheureusement pas disponible).

D’une part, d’aucuns virent en lui un « extrémiste » appelant « à exterminer les juifs ». D’autre part, l’intéressé a onctueusement répliqué qu’il s’agissait d’un appel à Dieu, et que n’a jamais été prononcé le mot « Juif ».

Au final, nulle poursuite ne fut engagée contre lui. Voici le sybillin communiqué du ministère public :

« la preuve ne permet pas de prouver hors de tout doute raisonnable que les paroles prononcées constituent de l’incitation à la haine à l’endroit d’un groupe identifiable au sens de la disposition du Code criminel applicable, considérant l’interprétation qui en est faite par les tribunaux »

Ce texte vise :

« Quiconque, par la communication de déclarations en un endroit public, incite à la haine contre un groupe identifiable, lorsqu’une telle incitation est susceptible d’entraîner une violation de la paix ».

(Incidemment, on se demande comment l’enquête a pu être aussi chronophage (environ 8 mois) vu que la réponse était évidente au bout de quelques minutes, après simple lecture des textes au regard des faits, qui étaient constants).

Décryptage.

On peut supposer que les procureurs ne sont pas éternisés à envisager un délicat débat d’« identification » politico-sémantique concernant les termes « juifs » et « sionistes », et leur possible chevauchement. Il est permis de conjecturer que la solution fut encore plus simple.

M. Charkaoui rappelle, avec pertinence, qu’il s’est alors borné à adresser sa supplique (qui ne pèche pas par excès d’humanisme) au seul Allah. S’en offusquer, c’est prendre au sérieux un délire qui relève plus de la psychiatrie que du droit pénal; c’est là accorder un peu trop d’importance audit Allah, tant sur le plan de son existence que de ses pouvoirs ou de sa volonté d’intervention sur terre. (La situation eût pu être différente s’il avait lancé un appel aux séides (de chair et surtout de sang) d’Allah à perpétrer des actes de violence). Au minimum, en l’espèce, une « violation de la paix » était tout simplement inconcevable et des accusations ne pouvaient tenir la route plus de cinq minutes.

Le communiqué des procureurs est évasif, mais il est fort probable que l’exception religieuse n’a même pas joué dans cette affaire : on évoque « la » disposition, au singulier, du Code criminel applicable et son interprétation jurisprudentielle. Le serviteur d’Allah en cause n’a exprimé aucune opinion, de bonne ou de mauvaise foi, sur un quelconque sujet religieux, même s’il a invité son Créateur, par sa prière adressée directement à ce dernier, à châtier des mécréants, une démarche sans conteste religieuse (qui s’inscrit dans une respectable tradition plus que millénaire), d’où l’équivoque. Mais qu’importe? Cette confusion, savamment entretenue dans les milieux politiques a… incité le législateur à agir à cet égard. Cependant, il s’aventure ainsi dans des sables mouvants.

Le chef de l’opposition conservatrice, Pierre Poilièvre voit, correctement, dans cette mesure une atteinte plus générale à la liberté d’expression et à la liberté de religion : le nouveau texte « criminalisera des passages de la Bible, du Coran, de la Torah et d’autres textes sacrés ». La réponse outragée du ministre fédéral de la justice Sean Fraser? Il « n’empêchera en aucun cas, à mon avis (sic), un leader religieux de lire ses textes sacrés. Il ne criminalisera pas la foi et, selon moi, suggérer (en v.o., « soutenir » en v.f.) le contraire revient à dénaturer les valeurs défendues par les grandes religions du pays et du monde entier ».

Quelques mots sur ces valeurs.

Il faut inviter le ministre à (re)lire, par exemple, dans l’Ancien Testament, le livre de Josué, un chef d’œuvre en matière d’extermination ordonnée et planifiée. Il n’est plus vraiment d’actualité vu que les Amalécites se font rares au Proche-Orient, encore que certains millénaristes israéliens d’idéologie catégoriquement préhellénistique, y voient une possible source d’inspiration au sujet d’une population plus contemporaine. Par contre, la malédiction visant les juifs déicides (sionistes ou non), prônée par les Evangiles (surtout johannique) depuis deux mille ans, y est toujours bien exposée, même si le concile de Vatican II a décrété une trêve en 1965.

(Petit florilège des enseignements attribués à un (in)certain Yehochoua de Natzrat : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison… Celui qui n’est pas avec moi est contre moi…   Le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné… Quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir, etc. ». On trouvera de nombreux autres messages d’amour du prochain du même acabit, sténographiquement consignés, en compulsant le Nouveau Testament, en vente dans toutes bonnes librairies).

La lettre de la nouvelle loi canadienne réfute donc clairement les rassérénantes déclarations du ministre. Cela dit, la panique n’est pas de mise pour le croyant et le clerc ordinaires : en pratique, ils pourront, la plupart du temps, compter sur la circonspecte cécité des forces de l’ordre, sous réserve de poursuites sélectives, toujours possibles (les juges seront alors appelés à trancher de subtils points de théologie…). Quant aux auteurs mêmes de ces textes, ils sont évidemment hors de portée depuis de nombreuses lunes, expiant leurs péchés pour l’éternité dans les marmites infernales.

Retenons surtout que la nouvelle loi n’a aucune incidence sur la rhétorique Charkaouesque. Tout ça pour ça. (L’obstination de Pierre Poilièvre à réclamer l’emprisonnement du tribun – une manie chez lui, comme le sait Justin Trudeau – révèle une sinistre et incohérente malhonnêteté intellectuelle). Encore que le législateur canadien a quand même fait œuvre utile en donnant une éclairante et bien nécessaire définition de la « haine » : « sentiment plus fort que le dédain ou l’aversion et comportant de la détestation ou du dénigrement‍ ». On comprend nettement mieux maintenant. Dissuasion assurée pour les Charkaoui.

Sur le plan des principes, le législateur canadien, et français, seraient bien avisés de s’inspirer de l’esprit américano-voltairien et, au lieu d’en faciliter la diffusion et le retentissement, de traiter par un silence méprisant les psychoses, « codées » ou non, que les vociférants gourous puisent dans la lecture littérale de légendes et symboles conçus il y a des siècles et des millénaires afin de terrifier le bédouin illettré lambda et ainsi d’assurer la cohésion sociale minimale du kfar, du qarya et de Trifouilly-les-Oies.

Mais autant prêcher dans le désert.


PS. Voici l’émouvant témoignage d’une musulmane opprimée au Québec par la population d’accueil, à savoir les « Kebs » (âmes sensibles s’abstenir) :

« Ils veulent nous assimiler… Mais à quoi exactement ? À boire jusqu’à perdre la raison, à conduire sous influence et à mettre en danger la vie d’innocents? À banaliser les relations sans engagement, à coucher avec tout ce qui bouge, jusqu’à contracter des maladies et briser des familles?, À avoir des enfants avec plusieurs partenaires, au point où parfois on ne sait même plus qui est le père biologique?, Abandonné les parents dans des CHSLD ! [Note : EHPAD en France] Si c’est cela leur modèle, alors non, nous n’en voulons pas. Nos valeurs — la famille, la responsabilité, la pudeur, le respect, la stabilité — ne sont pas un obstacle, elles sont une protection. Mais c’est nos préjugés des antimusulman! Mais nous refusons de nous laisser entraîner dans un mode de vie qui détruit les repères, la dignité et la morale. Nous savons qui nous sommes, et personne ne pourra nous assimiler à un modèle qui ne reflète ni notre histoire, ni notre foi, ni notre identité. »

Hadjira Belkacem une femme fièrement voilée !

Association de la sépulture musulmane au Québec[1]


[1] https://www.facebook.com/photo/?fbid=885357094057657

Madame Mamdani, une grande artiste on vous dit!

Rama Duwaji fait entrer la gen Z à la mairie de New York – et on est vivement prié de se réjouir


La plupart des médias ont célébré sans nuance la victoire de Zohran Mamdani à New York.

Ils ont trouvé une nouvelle raison d’euphorie en la personne de son épouse, Rama Duwaji, musulmane comme lui et artiste branchée au service de toutes les causes palestino-wokistes.

Que ce soit outre-Atlantique ou en France, de Marie-Claire à Madame Figaro en passant par Elle, Grazia, France Inter ou Le Point, des articles dithyrambiques prolifèrent. Ou plutôt c’est quasiment un seul article qui se répète à l’identique, recrachant les mêmes hyperboles louangeuses et reproduisant les mêmes éléments biographiques copiés presque tels quels sur le site personnel de cette femme de 28 ans. Elle est belle ! Plutôt quelconque. Une icône de la mode ! Plutôt mal fringuée. Elle est si Gen Z, car elle a rencontré son mari sur une appli, Hinge ! Trivial. Une plasticienne talentueuse ! Elle produit des gribouillis représentant les mêmes têtes de femmes moyen-orientales, dont la plupart ressemblent à la sienne. C’est une artiste engagée ! Elle prétend qu’elle « interroge les nuances de la sororité et des espaces communautaires », parle des obstacles rencontrés par des femmes de couleur dans le domaine du « bien-être mental » et ose aborder les dilemmes de la pilosité corporelle.

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Sur Instagram, où elle est suivie par 1,4 million de blancs-becs progressistes, elle dénonce un « génocide » à Gaza et ressasse le lamento victimaire. Un dessin montre une femme de couleur vêtue d’un keffieh sous le genou d’un flic, tout comme George Floyd. Original ! On répète que toutes ses qualités feraient d’elle une nouvelle princesse Diana, sauf qu’elle a un CV plus maigre que celle qui s’est engagée contre le sida et les mines antipersonnel.

Elle proclame qu’elle est syrienne et de Damas. Certes, ses parents le sont, mais elle est née au Texas et, entre 9 et 19 ans, a vécu avec sa famille aux Émirats, avant de revenir en Amérique. Parmi ses « clients », elle cite le prestigieux musée d’avant-garde Tate Modern. En réalité, un de ses dessins a été posté sur la page Facebook de l’association des jeunes amis de l’institution. Peu importe à ses laudateurs. Quand on aime, on ne chipote pas.

1977, bain de sang au Brésil: le phénomène Filho


Chaque film de Kleber Mendonça Filho est un émerveillement. Depuis Les bruits de Recife (2012), film urbain sur les gates communities dévorant l’espace habité par la classe moyenne brésilienne, jusqu’à Bacurau ( 2018), où un village du Nordeste a mystérieusement disparu des cartes numériques, en passant par Aquarius (2016), où une critique musicale à la retraite affronte un promoteur qui, en vue d’une lucrative opération immobilière, entend la chasser de son appartement, et jusqu’à son documentaire Portraits fantômes (2023) – que votre serviteur confesse n’avoir pas vu, celui-là – , le cinéaste originaire du Pernambouco élabore des fictions qui articulent un ancrage solide dans la réalité sociologique brésilienne à une remarquable virtuosité scénaristique.

Intrigue arachnéenne

C’est vrai plus que jamais de L’Agent secret, son dernier long métrage (pas loin de 3h !), doublement couronné à Cannes cette année, et par un Prix de la mise en scène, et par un Prix d’interprétation masculine attribué à fort juste titre à l’excellent Wagner Moura (cf. en 2012 le s-f Elysium, de Neill Blomkamb, avec Matt Damon et Judie Foster – qu’on peut toujours visionner sur Netflix – ; ou bien, en 2015,   Narcos, encore Netflix, série qui en 2015 le voyait camper Pablo Escobar, sans oublier Civil War, d’Alex Garland, l’an passé… et lui encore sous les traits d’un policier, en 2007 et 2010 dans Tropa de elite 1 et 2, double pépite signée José Padilha).

Autant dire que le dernier Kleber Mendonça Filho nous arrive sur les écrans précédé d’une rumeur – d’une aura favorable. Arachnéenne, mémorielle, volcanique, l’intrigue nous ramène au temps de la dictature brésilienne (1964-1985), plus précisément en 1977. En fuite, semble-t-il en raison de ses positions politiques, en tous cas poursuivi comme on le verra par des tueurs à gage qui ne rigolent pas, un universitaire quadragénaire (dans le rôle, Wagner Moura, justement), Armando, ou Marcelo – sur son prénom il laissera planer le doute – au volant d’une de ces « Coccinelles » vintage importées de RFA en grand nombre, regagne Recife, sa ville natale, alors en plein carnaval, pour y retrouver les siens.  Entre autres son fils, un garçon élevé par ses beaux-parents (lui, Alexandre, est projectionniste) depuis la mort prématurée de sa femme, et qui ne rêve que de voir Les dents de la mer au cinéma…  

Fausses pistes

Non loin du bitume, lors d’un arrêt en rase campagne pour faire le plein d’essence, Armando/ Marcelo avait avisé un essaim de mouches et une meute de chiens errants s’attardant autour d’un cadavre qui pourrissait là, recouvert d’un carton… Suspicieux, deux policiers véhiculés l’avaient laissé reprendre son chemin, non sans empocher leur dîme au passage : voilà pour l’entrée en matière. Plus loin, à la morgue, il y aura cette jambe en décomposition, prise dans la mâchoire d’un requin. Plus tard encore dans le film, on verra même cette jambe s’animer d’une vie propre pour agresser la noria des sodomites qui s’empalent joyeusement dans la moiteur nocturne d’un jardin public : scène surréaliste ! Accueilli chez une pittoresque aïeule plus ou moins anarchiste, le héros en cavale tentera, entre deux bains de sang, de s’en sortir vivant. Ce n’est pas gagné.   

L’Agent secret se ramifie ainsi de façon tout à la fois captivante, arachnéenne, énigmatique, sous la forme de trois chapitres, – 1, Le cauchemar du petit garçon ; 2, L’institut d’identification ; 3, Transfusion de sang –  lesquels embrassent tour à tour plusieurs époques dans une coulée narrative labyrinthique, la trame multipliant allègrement les fausses pistes, sous les espèces d’un thriller onirique tendu d’un bout à l’autre, par le miracle d’une dextérité scénaristique sans pareil, où passé et présent viennent, in fine, se nouer à travers les enregistrements sur cassettes dans lesquels une jeune chercheuse archiviste, bien des années après ces événements tragi-comiques, reconstitue l’écheveau de ces temps troublés. Mais également, cerise sur le gâteau, à travers l’enfant de Marcelo, dans un dénouement qui nous le montre adulte, devenu médecin d’hôpital… sous les traits du même Wagner Moura, cette fois glabre, rajeuni, la tignasse rasée de près.  

Du grand art : la crudité d’un réalisme noir se conjugue aux effluves de la réminiscence, à la parfaite maîtrise de l’ellipse et à un sens aigu du second degré. Ainsi par exemple de la courte séquence (rétrospectivement testamentaire, puisque l’acteur en question est mort le mois dernier) où l’on voit éructer – dans un allemand à couper au couteau ! –  le légendaire Udo Kier (1944-1925) à la prunelle lacustre, dans une courte séquence parfaitement gratuite dans l’économie du récit, – impayable !  


L’Agent secret. Film de Kleber Mendonça Filho. Avec Wagner Moura, Maria Fernanda Cândido, Udo Kier…  Brésil, 2025, couleur.

Durée : 2h36

En salles le 17 décembre 2025

Un loup pour l’homme

La publicité de Noël des magasins Intermarché connait un grand succès. Tout le monde nous dit que c’est la preuve que les gens n’aiment pas l’intelligence artificielle, et qu’ils ont envie de manger plus sainement. Mais, on peut aussi voir dans la réussite de ce petit conte une tout autre raison. Quand une publicité n’est pas woke, cela nous change de l’ordinaire et nous ravit…


Le loup végétarien de la publicité Intermarché fait un carton mondial. C’est une publicité qui est devenue le produit, et un conte de Noel devenu un conte de fée pour ses créateurs. Depuis sa sortie le 6 décembre, ce dessin animé de 2’30 a engrangé près d’un milliard de vues dans le monde entier. Et l’engouement est tel que le héros du film, un loup végétarien, sera bientôt commercialisé en peluche, réclamée par nombre de consommateurs. 

Panique dans la forêt

Ce loup est d’abord un succès du coq gaulois, puisqu’il a été réalisé sans une once d’IA par Illogic Studio, une société d’animation créée par deux copains d’école à Montpellier qui ont fait travailler 70 artistes pendant six mois. Quant à la bande-son, sans doute essentielle dans le succès, elle est aussi made in France : c’est la chanson de Claude François, le Mal-aimé.

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Je vous fais le pitch. Un loup qui débarque dans la forêt sème la panique chez les animaux. Ils détallent tous en le voyant. « Sympa… » pense-t-il amer et sombre, pas content de se retrouver tout seul. Si tu ne mangeais pas les autres, ça ne se passerait pas comme ça, lui lance un petit hérisson. Plus soucieux de relations sociales que de gastronomie, le loup se met promptement aux carottes-champignons. Et comme dans Astérix, tout finit par un banquet où le loup copine avec l’agneau…

Pas un film woke

Cette apologie du véganisme ne serait-elle pas un peu woke ? Pas du tout – c’est là l’interprétation la plus commune. Moi, je vais vous dévoiler le sens caché du film. D’abord, ce loup n’est pas végan : il mange du poisson, animal qui n’a pas la chance de vivre dans la forêt. Ce n’est donc pas la viande que le loup arrête de dévorer, mais ses semblables qui habitent dans la forêt. Et, ensuite, c’est tout le contraire du wokisme. Il y a en réalité dans ce petit conte une apologie de l’assimilation – à Rome fais comme les Romains. Le loup n’exige pas des autres animaux qu’ils fassent un effort d’inclusion et approuvent son mode de vie. Pour s’intégrer à la forêt, le loup en adopte les codes et les mœurs. Et en renonçant à certaines de ses habitudes, il devient un citoyen de la forêt, égal aux autres et accepté par eux.

Et si Intermarché avait retrouvé la recette du vivre ensemble ?


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retailleau: le pied sur l’accélérateur?

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Alors que dans son livre écrit en prison, l’ancien président Nicolas Sarkozy semble céder aux sirènes de l’union des droites et plutôt le négliger, Bruno Retailleau doit vite annoncer aux Français ses intentions pour la présidentielle –  et tourner la page de la guéguerre avec Laurent Wauquiez.


Il y a parfois de bonnes nouvelles dans l’actualité et dans les analyses politiques. Par exemple, quand je lis dans La Tribune Dimanche cet article de Ludovic Vigogne nous expliquant « pourquoi Bruno Retailleau va accélérer ».

Il me paraît évident que le président des Républicains n’a pas un arbitrage à opérer, mais un cumul à assumer, qui concerne à la fois le présent et l’avenir. Il a une mission fondamentale à remplir : redonner à la droite une image inventive, courageuse, libre, intègre et intelligente. Nul doute que cette entreprise pourrait déjà suffire à une personnalité ordinaire, mais j’ai la faiblesse de penser que Bruno Retailleau, malgré sa volonté de ne jamais apparaître comme supérieur ou condescendant à l’égard de ses concitoyens, échappe à cette banalisation et qu’il est capable de se préoccuper aussi bien d’aujourd’hui que de demain.

Demain, ce sera l’élection présidentielle de 2027. Quel que soit le mode de désignation qui sera choisi par les adhérents de LR et la qualité de ceux qui participeront probablement à ce débat capital – je songe tout particulièrement à David Lisnard -, comme les plus proches conseillers de Bruno Retailleau, je suis persuadé qu’il est urgent, pour lui, d’annoncer sa candidature aux Français.

J’imagine la richesse intellectuelle et politique qui naîtra d’un parti prêt à toutes les ruptures bienfaisantes qu’appellera un programme de véritable droite, et de sa reprise talentueuse et convaincante lors d’une campagne présidentielle où la sincérité, la constance et l’expérience feront la différence. Essayons d’imaginer en Bruno Retailleau un François Fillon tel qu’il fut lors de sa primaire conquérante, mais qui ne serait pas disqualifié par les sautes de son caractère ni par une imprévisibilité trop solitaire pour la victoire à atteindre.

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Il ne faut surtout pas que Retailleau se sente obligé de choisir entre ses responsabilités créatrices de président de parti et son devoir de faire gagner la droite en 2027. Les premières irrigueront le second, et son ambition présidentielle, déclarée au sein du parti, apportera puissance, densité et crédibilité à la révolution qu’il entend mener en son sein.

Ce dessein mené sur un double front sera aussi un moyen d’éradiquer la lutte sournoise ou ostensible que Laurent Wauquiez mène contre lui, déplorable posture de mauvais perdant qui a permis à Sébastien Lecornu de déployer ses manœuvres et ses connivences occultes au détriment de l’intérêt du pays. Laurent Wauquiez, qui dirige le groupe parlementaire, n’a pas le moindre scrupule à faire obstacle, de manière obsessionnelle, au président du parti ; mais j’espère qu’il adoptera une autre attitude face à un Retailleau candidat crédible et respecté à l’élection présidentielle. Rien n’est assuré, mais, sauf à considérer Wauquiez comme totalement irresponsable et cynique jusqu’à l’extrême, on peut encore croire à une embellie au bénéfice de 2027.

Cette annonce faite à la France, attendue par beaucoup, sera d’autant plus nécessaire qu’elle fera justice du reproche d’erreur tactique et de légèreté adressé à Bruno Retailleau, alors même que le défaut de loyauté qu’il a imputé à Sébastien Lecornu révèle bien davantage son authenticité humaine que sa maladresse politique. Lui faire grief de n’avoir pas démissionné à cause de l’Algérie, c’est oublier qu’il n’a cessé de se battre pour durcir la pratique molle d’une diplomatie dite offensive, offensive surtout à proportion de l’absence de risque, mais frileuse lorsque l’adversaire est de taille et fait peur.

Jusqu’à aujourd’hui, Bruno Retailleau a eu l’élégance de ne pas tirer toutes les conséquences de son éclatant triomphe face à Laurent Wauquiez pour la présidence du parti. On frémit à l’idée de ce qu’il aurait pu devenir sous cette autre égide ! Désormais, il doit sortir les griffes et ne plus accepter que l’on abuse de sa tolérance. Il ne s’agit pas seulement de lui, mais de la droite, de son avenir et du besoin qu’a le pays de sortir du macronisme, avec un homme véritablement de confiance.


Bardella : dur d’être favori pour la présidentielle !
En recevant le président du RN, jeudi dernier, le « Forum BFMTV » a établi son record d’audience et dépassé le million de téléspectateurs.
Le 11 décembre, lors de l’émission de trois heures qui lui était consacrée sur BFM TV, questionné longuement par une pluralité de citoyens, Jordan Bardella s’est efforcé de leur répondre tant bien que mal. La pertinence de ses répliques et de ses analyses pouvait évidemment être discutée ; mais ce qui m’a frappé – pour moi, c’était la première fois -, c’était l’extrême inconfort et le malaise de sa posture, ainsi que le caractère contraignant du comportement qu’on attendait de lui. Je l’ai trouvé d’une patience infinie ; pourtant, il n’était pas toujours facile de conserver un air souriant et aimable face à la teneur de certaines interrogations, qui relevaient davantage de l’affirmation ou de la pétition de principe que de l’expression d’incertitudes et de doutes susceptibles de justifier les éclaircissements du président du Rassemblement national.
Au-delà du ton péremptoire, parfois sommaire et presque condescendant de plusieurs interventions citoyennes, j’ai surtout admiré la résilience médiatique et politique de Jordan Bardella, fréquemment traité comme s’il en savait moins que quiconque par des interlocuteurs persuadés que leur présence sur le plateau légitimait un extrémisme de la forme, nourrissant l’illusion de leur supériorité face à un invité condamné à la retenue, toute réaction brutale pouvant aussitôt être interprétée comme un défaut d’écoute ou de tolérance disqualifiant…
J’ai songé – alors qu’en général j’avais plutôt tendance à envier le rôle de l’invité politique qui avait la chance de transmettre ses messages – combien il était presque douloureux d’être un politique aujourd’hui, même si nul ne les contraint à cette épreuve. Dans ces forums, le citoyen a tous les droits et il convient de le traiter avec délicatesse, même quand il est ignare. La démagogie est obligatoire : il faut dire à Dupont ou à Mohamed qu’il a en partie raison, même quand il a tout faux ! Je me suis dit, en considérant Jordan Bardella – pour ses successeurs ce sera la même chose, même si Jean-Luc Mélenchon, j’en suis persuadé, n’aurait pas cette résignation tranquille -, que la politique était vraiment devenue un sale métier, et qu’il fallait rendre grâce aux courageux qui continuaient à l’exercer. Autre chose m’a intéressé dans le questionnement politique adressé à Jordan Bardella ce soir-là : la difficulté manifeste à s’habituer à sa loyauté — pourtant probable — à l’égard de Marine Le Pen. Médias comme citoyens aspirent à de la jalousie et de la concurrence. Il y aurait comme un saisissement indigné si ce duo ne rejouait pas la rivalité Balladur–Chirac, s’il rompait avec cette obligation tacite de trahison selon laquelle une double ambition ne saurait s’exprimer sans rupture ni déchirement • PB

Une histoire bien française

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DR / Hannah Assouline

Cette Nouvelle histoire de France est une sacrée somme. Sous la direction d’Éric Anceau, une centaine de contributeurs explorent tous les domaines, toutes les notions qui illustrent la singularité de notre histoire commune. Une brillante riposte à la vision «mondialisée» de Patrick Boucheron.


Une bouffée de panique saisit l’amateur d’histoire lorsqu’il soupèse ce volume d’un millier de pages dont la graphie exige, outre un meuble de chevet résistant au gabarit d’un ouvrage plus propice à la baguenaude qu’au bachotage, une acuité visuelle impeccable.

Cette Nouvelle histoire de France, projet de longue haleine mené par Éric Anceau, spécialiste émérite des deux premières Républiques françaises et de nos deux défunts empires, réussit la prouesse de fédérer cent signatures, et non des moindres. Cette somme magistrale, relecture chorale de notre geste nationale, est aux antipodes de la fameuse Histoire mondiale de la France parue en 2017 sous le patronage de Patrick Boucheron qui, on s’en souvient, avait provoqué la brusque bifurcation à droite toute d’un Pierre Nora (1931-2025), désireux de s’extraire de la bien-pensance idéologique.

C’est un truisme de seriner que les « lieux de mémoire », tout comme les événements historiques avérés, ne sont jamais gravés dans le marbre, et qu’à l’instar des édifices du patrimoine, ils restent soumis à la perspective par laquelle on les observe. Récemment, on pouvait lire sous la plume un rien condescendante d’un contributeur à ce quotidien du soir dont le nom m’échappe : « Éric Anceau croit soigner nos maux mémoriels. Il a simplement coordonné un livre de référence. » C’est gentil de lui reconnaître au moins un mérite. Mais comme au temps de la Terreur, cette tribune somme le citoyen Anceau de justifier le sens de son ouvrage : « L’enjeu principal du livre est le seul sujet à ne pas faire l’objet d’une analyse sérieuse », tance le procureur. Le prétoire s’accommoderait à la rigueur de la réussite de cette Nouvelle histoire de France. Mais il exige davantage. C’est comme si on demandait à Lavisse, à Michelet ou à Henri Martin de fournir un alibi à leurs travaux !

Que le lecteur se rassure : l’ouvrage contient assez d’indices croisés pour disculper les auteurs de tout parti pris mémoriel univoque. Nouvelle histoire de France appelle la lecture buissonnière. Je m’empresse d’appeler au calme ceux à qui la simple idée de se taper une « recherche du temps perdu » chronologique, depuis Clovis jusqu’au crépuscule de la Cinquième en passant par la monarchie des Valois et celle de Juillet, donnerait des fièvres méningitiques : le récit cursif n’est jamais qu’un survol – même fort étayé. « Régimes et Violences » occupe exactement 251 pages, soit la première partie du volume (Bruno Dumézil, Nicolas Le Roux, Xavier Hélary, Thierry Lentz, Olivier Tort, Éric Anceau y contribuent). Comme dans l’ensemble du livre, à ces textes de haute tenue sont adjoints des « focus » propres à portraiturer tel personnage essentiel (Jeanne d’Arc, Catherine de Médicis, Mirabeau, Robespierre…) et à relater tel fait considérable ou investi d’une portée symbolique (Saint-Barthélemy, retour des cendres de Napoléon, etc.).

Intitulée « Politiques et Spiritualités », la deuxième partie interroge l’évolution de notions transhistoriques telles que « le faste », « l’administration », « la diplomatie », « la technocratie », « l’école et l’enseignement », « le catholicisme », « les juifs et le judaïsme », « l’islam », « la franc-maçonnerie »… Vivier inépuisable, ce corpus presque encyclopédique galvanise la curiosité.

Au chapitre « Nation », Anceau observe que « la nation politique telle qu’elle fut advenue en 1789 et la nation républicaine qui a vu le jour un siècle plus tard sont aujourd’hui très mises à mal. C’est, conclut-il, aux Français et aux dirigeants qu’ils se choisiront à l’avenir qu’il appartiendra de résoudre cette équation que Benjamin Constant avait présentée voilà deux siècles : la conciliation de la liberté des anciens et celle des modernes. » C’est dit bien poliment.

« Espaces et Sociétés » explore les concepts de « Frontières », renvoie à notre relation problématique à l’Algérie, aux connotations liées par exemple à l’idée de « Peuple », rappelle l’importance du mouvement ouvrier, les mutations de la paysannerie – toujours dans une perspective historique dûment raccordée à l’actualité. Yannick Ripa condense ainsi en dix pages (inévitables) « l’histoire des femmes et du genre » (sic). Dominique Garcia l’assure de son côté : « On ne naît pas Gaulois, on le devient. »

Baptisée « Patrimoines et Identités », la quatrième partie creuse, sur un peu plus de 200 pages, l’idée d’« élaboration(s) de la nature » ou la notion de « paysage(s) », lesquels, à en croire Jean-Robert Pitte, peuvent sombrer sous « la poussée du profane » dans ce « laisser-aller généralisé » dont « les éoliennes, un non-sens paysager et énergétique », incarnent la catastrophe. Alexandre Gady, brillant comme à l’accoutumée, synthétise la notion de « patrimoine architectural », « au moment de la perte de sens qui travaille une part importante de la société », tandis qu’Anne Pingeot se demande à bon escient « à quoi sert la sculpture ? ».

Tout est donc passé ici au pressoir de l’histoire : des vins aux musées, du savoir-vivre (Frédéric Rouvillois) au Tour de France, de l’histoire de France au cinéma (David Chanteranne) à l’histoire en chansons (Florent Barraco)… L’ami Jonathan Siksou, penché sur « loisirs et tourisme », remarque élégamment que « le loisir de délassement a progressivement laissé place au loisir de divertissement ». De fait, la trivialité lucrative et segmentée de l’industrie touristique (parcs à thèmes, immeubles flottants pour croisiéristes, régression infantile des masses, tourisme « de niche » ou ratifié par smartphone) est une révolution planétaire dans laquelle la France occupe le podium : 100 millions de visiteurs annuels ! L’ancien agrément aristocratique n’est plus. Le seul « vrai luxe, près de chez soi ou à l’autre bout du monde, c’est l’isolement, le confort du “privé” : avion, bateau, piscine, villa, jardin, cuisinier… Tout pour soi seul, loin des autres. » Qui hissera le drapeau ?

Nouvelle histoire de France, Éric Anceau (dir.), Passés/Composés, 2025.

Nouvelle histoire de France

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Chessy: la France open bar!

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DR.

Le maire de Chessy (77) et ses adjoints démissionnent pour ne pas avoir à marier un étranger sous OQTF. Elisabeth Lévy réagit à l’affaire dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


Pas de maire, pas de mariage ! Pour éviter d’appliquer une décision de justice absurde qui légitime selon lui une violation de la loi, le maire de Chessy a sorti l’arme nucléaire: lui et ses adjoints ont démissionné de sorte qu’il n’y a plus d’officier d’état civil ni d’ailleurs de pouvoir exécutif dans cette commune de 9000 habitants qui abrite Eurodisney.

Pour Tondelier, soupçonner un mariage blanc c’est raciste !

Mais avant d’en arriver là, Olivier Bourjot avait tenté d’alerter la préfecture et le Parquet de Meaux sur la volonté de cet étranger clandestin prié de quitter la France en 2022 qui, en 2025 a décidé d’épouser une ressortissante européenne. Pour le maire, c’était un mariage arrangé pour obtenir des papiers. Le Parquet affirme de son côté que l’enquête n’a pas prouvé de fraude au mariage. Et mercredi dernier, le juge des référés ordonnait à la mairie de publier les bans.

Nous sommes en présence d’une absurdité, d’un nouveau méfait de l’Etat de droit. Le mariage est un droit fondamental, nous dit la justice. Et visiblement, le droit pour un pays de choisir qui il accueille ne l’est pas. En réalité, l’Etat de droit tel que nos juges le conçoivent (ou l’interprètent), c’est que les individus ont tous les droits et les Etats aucun. S’opposer à ce mariage ce serait être contre l’amour, nous dit l’écologiste Marine Tondelier… On n’a donc même pas le droit d’exiger le respect de nos lois. Un homme qui n’a pas le droit d’être là peut exiger d’être marié : c’est la France open bar !

Robert Ménard attendu au tribunal, les députés à l’Assemblée…

Le maire a-t-il trouvé la parade ? Eh bien non ! Le Parquet aurait pu laisser filer, regarder ailleurs, mais le procureur de Meaux semble très sourcilleux sur le droit des amoureux. La démission du maire, a-t-il averti, ne change rien à l’infraction. Même démissionnaire, l’édile peut être sanctionné. Exactement comme Robert Ménard, le maire de Béziers. Rappelons que ce dernier n’a pas démissionné mais purement et simplement refusé de marier un Algérien sous OQTF. Il a refusé d’accepter le deal que la justice lui offrait en refusant de plaider coupable en échange d’une peine légère. Ceux qui le connaissent ne sont pas étonnés, mais il prend un risque tout à fait réel : il passera en correctionnelle, et, si jamais il tombe sur un magistrat sansfrontiériste, il pourrait écoper d’une peine d’inéligibilité et pourquoi pas une exécution provisoire – c’est à la mode ! Un maire élu triomphalement trois fois pourrait ainsi être mis hors jeu parce qu’il refuse une décision absurde contraire à la dignité de la France. Cette décision de justice signifie qu’une obligation prononcée par l’Etat ne vaut rien. De plus, au bout de trois ans, l’OQTF n’est plus opératoire, parait-il. Sur TF1, le 13 mai, face à Robert Ménard, le président de la République avait parlé de situations ubuesques et souhaité une loi interdisant le mariage d’étrangers en situation irrégulière. Cette loi a été votée par le Sénat. Il est peut être temps de la ressortir des tiroirs. En prime, nous saurons si nos députés ont encore une once de bon sens.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

Letizia Bonaparte, mater regum

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Portrait de Letizia Bonaparte (1750-1836)

Si Madame n’avait pas été la mère de Napoléon 1er et de tant d’autres souverains éphémères, si elle n’avait pas participé bon gré, mal gré, à l’épopée impériale, rien dans sa vie n’aurait justifié qu’on lui consacrât une biographie aussi considérable que celle que vient de publier Laëtitia de Witt dont la grand-mère paternelle était une Bonaparte.

Cependant, il se serait probablement trouvé en Corse un érudit local pour évoquer cette jeune femme de petite noblesse qui était, dit-on, d’une grande beauté, intrépide et dotée d’un fort caractère dont hérita sans doute le plus célèbre des ses fils. Elle devint une figure parmi les indépendantistes de l’île, aux côtés de son époux, Charles Bonaparte, un arriviste forcené, du temps qu’il était un partisan proche de Pascal Paoli en lutte contre la domination de la République de Gênes. Et avant que l’une et l’autre ne se ralliassent à l’idée d’appartenir au royaume de France.

Une héroïne romantique

Jeune et perpétuellement enceinte, elle vécut des cavalcades éperdues pour fuir l’ennemi, tour à tour français et paoliste. Elle se cacha dans une grotte et plus tard dans une tour de guet génoise surplombant les flots de la Méditerranée afin d’échapper au danger en fuyant son île. Bref, elle affronta les aventures d’une héroïne romantique, tout comme un personnage de Mérimée en un temps où ces péripéties se vivaient autrement que dans les romans.

La légende napoléonienne l’a depuis figée dans sa majesté de Mater regum ou sculptée dans le marbre blanc de la Mater dolorosa. Dépouillée dès le Consulat de son rôle de chef de famille par Napoléon qui régentait sa parenté comme un capitaine en campagne, elle fut tout cela en fonction des circonstances. 

A lire aussi: Félix Vallotton et l’art du vivre-ensemble

Digne dans le malheur, elle se révéla prudente, sinon avare dans la prospérité, habile gestionnaire des fonds considérables alloués par l’empereur à Madame, Mère de l’Empereur et Roi. Des fonds qu’elle n’était pas la dernière de la famille à réclamer pour tenir son rang, prenant ainsi la place si décriée des princes du sang de l’Ancien Régime en compagnie de ses enfants, presque tous avides de dignités et de richesses qu’ils n’avaient guère méritées et qui n’étaient dues qu’au seul génie de leur frère. Car ils étaient nombreux, ces Napoléonides, à vouloir s’enrichir sur le dos de la France et des nations soumises à l’instar de vautours couronnés, alors qu’ils n’avaient que bien peu de qualités grandioses pour le justifier, à l’exception notable de la grande-duchesse Elisa et du prince Eugène.

Sous le diadème, l’accent corse

Laetitia de Witt

Laëtitia de Witt, en historienne, mais aussi en femme d’aujourd’hui, n’a guère de goût pour la légende et les mythes, comme tant de ses prédécesseurs parmi les biographes de Madame. Pas d’inutiles envolées lyriques, ni d’affirmations péremptoires dans son ouvrage, mais beaucoup de questionnements sur des sujets à propos desquels manquent parfois les documents, les lettres, les mémoires, les actes officiels, et qui dévoilent, s’il en était encore besoin, qu’on peut avoir atteint des sommets dans l’Histoire sans que tout soit parfaitement lisible pour la postérité.  

Et plutôt que d’embellir ou de noircir des faits dont on ne sait parfois rien ou pas grand chose, l’autrice s’interroge sur la véracité des faits, leur vraisemblance. D’autant que la réalité historique est bien assez extraordinaire sans qu’il soit besoin de l’enjoliver.

C’est dans l’adversité que les personnages historiques sont souvent les plus remarquables. Sous l’Empire, toute digne qu’elle était, Madame n’avait pas toujours un caractère délicieux, ni la belle voix grave qu’on prête aux héroïnes des grandes épopées de l’Antiquité. Son accent corse devait paraître quelque peu rustique sous le diadème et les velours rebrodés d’or, bien qu’on louât  l’élégante sobriété de ses manières. Outre une beauté à la romaine qu’admirent les contemporains, elle était naturellement majestueuse, comme se devait de l’être la mère de César, tout en demeurant simple, dépouillée de vaine afféterie.

Feu le roi leur père

Sans beaucoup fréquenter la Cour impériale en dehors des représentations nécessaires et aimant mieux à se retirer avec des proches dans son château de Pont, joli présent de son fils (elle avait refusé une aile du Grand Trianon), elle était toutefois sourcilleuse sur le chapitre des préséances. Non sans raison d’ailleurs, suivant en cela le bon sens un peu abrupt des matriarches qui ne se voient pas facilement céder le pas à une jeunesse, fut-elle de sang impérial et royal.

Elle apprécia d’ailleurs fort peu que Napoléon, qu’elle avait assis sur le pot durant sa petite enfance, à Ajaccio, exigeât qu’elle lui donne de la Majesté impériale et qu’elle s’adressât désormais à lui en le nommant Sire.

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Elle n’aima pas l’impératrice Joséphine qui était tout le contraire d’elle-même et à laquelle elle reprochait son inconduite. Et pas davantage l’impératrice Marie-Louise, en bonne belle-mère voyant ses brus d’un œil torve. Mais elle eut beaucoup d’affection pour la vertueuse reine Julie, l’épouse de Joseph, ou pour la bonne reine Catherine, une princesse de Wurtemberg, épouse de Jérôme. Et elle finit par aimer la reine Hortense, l’épouse de Louis, une Beauharnais certes, et fille de Joséphine de surcroît, mais qui aima ses fils jusqu’au dernier dévouement, vertu à laquelle Madame Mère ne pouvait qu’être sensible. Car elle avait le jugement et les sentiments des femmes du sud, un peu abrupts, sinon intransigeants, mais sachant apprécier la droiture, la loyauté, la dignité, la fidélité à la famille, à la tribu. Elle passa sa vie à veiller comme elle le pouvait sur sa nombreuse progéniture, pour autant qu’il soit possible de se préoccuper de tant de rois éparpillés dans toute l’Europe ; à tenter de réconcilier entre eux les membres de la tribu impériale, aussi susceptibles, aussi soucieux de leur rang et de leur fortune que « s’ils avaient été les héritiers de feu le roi leur père », comme ironisait l’empereur qui par ailleurs les tyrannisait. Des Corses pour tout dire. Avec l’esprit clanique et le goût des insulaires pour les querelles byzantines.

L’exil à Rome

Les plus beaux chapitres du livre sont ceux consacrés à l’exil à Rome où le pape Pie VII, si abominablement malmené par Napoléon 1er, avait généreusement abrité Madame Mère, son frère le cardinal, et nombre de ces rois déchus honnis par les vieilles monarchies, épiés et partout tombés en disgrâce après les Cent Jours et Waterloo. Installée dans son superbe palais à l’angle du Corso et de la place de Venise, attentive à ceux de ses enfants les plus malheureux, la Mater dolorosa porta sur Napoléon honteusement crucifié à Sainte Hélène l’essentiel de son anxiété maternelle.

Mais avec la mort de l’empereur en 1821, elle eut encore à souffrir de celles d’Elisa en 1820 et de Pauline en 1825. Puis, coup sur coup, celles de cinq de ses petits-enfants : Paul-Marie, fils de Lucien en 1827; puis Jeanne, sa sœur en 1829 ; en 1831, Napoléon-Louis, fils de Louis et d’Hortense et frère de Louis-Napoléon, futur Napoléon III ; en 1832, le roi de Rome devenu duc de Reichstadt, avec lequel s’écroulaient les espoirs de restauration impériale ; en 1833, Frédéric-Napoléon, fils d’Elisa.  

Un lieu de pèlerinage

Devenue aveugle dans ses dernières années, incapable de se déplacer à la suite d’une chute, accablée par les deuils, mais toujours stoïque, repliée dans son palais romain dont elle a fait « un temple du souvenir », Madame participe à l’édification de la légende napoléonienne en luttant de tout son maigre pouvoir pour la mémoire de son fils. Son palais de Rome devient un lieu de pèlerinage. En témoigne un familier de l’Empire: « Ce qui me frappa d’abord, ce fut le silence qui régnait dans une aussi somptueuse demeure… A l’angle de la cheminée, une femme était couchée à demi sur une chaise longue : c’était la mère de l’empereur… Le salon était orné de beaux tableaux représentant la famille de Napoléon. Rien ne m’a paru touchant comme cette mère illustre privée de ses enfants et entourée de leurs portraits. Immobile sur sa chaise, elle me parut souffrante, souffrante de ses douleurs physiques, de sa vieillesse, de ses souvenirs, mais héroïquement résignée… Elle voulut vivre longtemps, chargée de la couronne du malheur ».      

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Madame s’éteindra à son tour, à l’âge de 86 ans, durant le carnaval romain de 1836, entourée de quelques-uns de ses enfants et petits-enfants. Plus tard Napoléon III fera revenir en Corse la dépouille de son aïeule qui repose désormais dans la Chapelle impériale que le dernier empereur fit édifier à Ajaccio.

Une seule décennie

Dans un ouvrage bien mené, fort imposant étant donné la (relative) minceur du sujet – la biographie d’une femme qui ne joua aucun rôle fondamental sur le plan historique et dont l’existence ne fut essentielle que pour sa famille, une famille qui certes régna sur l’Europe, mais durant une seule décennie – l’autrice a effectué un travail qui semble définitif. Sauf découvertes inespérées et révélations inattendues, que pourrait-on dire d’autre de Madame ?

Ce livre mériterait d’être l’ultime biographie de la mère et grand-mère des empereurs des Français. Mère aussi des rois d’Espagne, de Naples, de Hollande et de Westphalie, des grandes-duchesses de Toscane et de Berg, de cette duchesse de Guastalla qui fut la plus aimable de sa fratrie, et de ce prince de Canino et de Musignano, le seul à ne pas devoir ses titres à Napoléon 1er.

Curieusement, Laëtitia de Witt, si scrupuleuse, commet deux anachronismes dans son livre.

L’un, à propos de 1792 où elle parle de l’empereur d’Autriche à qui la France déclare la guerre.  Mais n’existait alors qu’un empereur du Saint Empire romain germanique, et ce dernier, beau-frère de Louis XVI, n’allait être combattu qu’en tant que roi de Hongrie et de Bohême et archiduc d’Autriche, et non en tant qu’empereur. (Le titre d’empereur d’Autriche ne sera créé qu’en 1804, à l’époque de la dissolution du Saint Empire par Napoléon 1er, futur gendre de François II, empereur du Saint Empire qui lors devient François 1er, empereur d’Autriche).

L’autre en évoquant le gotha à propos des familles régnantes au temps de l’Empire. Un terme qui n’existait pas alors, l’almanach du duché saxon de Gotha n’ayant alors nullement conquis la place prépondérante qu’il occupera dans l’Europe monarchique dès la seconde moitié du XIXe siècle.


Letizia Bonaparte. Par Laëtitia de Witt. Editions Tallandier. 495 pages.

Suicide économique, mode d’emploi

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Chaque mois le vice-président de l’Institut des libertés décode l’actualité économique. Et le compte n’y est pas.


La palme des idées économiques les plus stupides du mois n’est pas difficile à décerner. Sébastien Lecornu et Yaël Braun-Pivet sont de loin les grands gagnants. Commençons par la présidente de l’Assemblée nationale, qui veut encore augmenter la taxation des héritages, voire les supprimer carrément ! « Le truc qui vous tombe du ciel, à un moment ça suffit », a-t-elle déclaré le 15 octobre sur France 2. Pas étonnant que Philippe Aghion, le prix Nobel d’économie 2025, qui préfère la croissance à l’impôt, soit « atterré par le niveau intellectuel et économique de certains députés qui ne comprennent rien à l’économie, ne s’informent pas, ne lisent pas », comme il l’a confié lors de son audition devant la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale le 28 octobre. Il n’a pas tort. Tous les élus du Palais-Bourbon qui brocardent à longueur de séance les « ultra-riches », comme ils les appellent, ne parlent jamais, par exemple, des 36 joueurs de football de la Ligue 1 figurant dans la liste des 100 salariés les mieux payés de France (il faut, selon l’Insee, gagner plus de 312 458 euros par mois pour rentrer dans ce club) ! Avec de tels démagogues à la tête du pays, parmi lesquels il convient bien sûr de citer Emmanuel Macron (huit ans de pouvoir au compteur) et Bruno Le Maire (sept ans à Bercy), on comprend pourquoi nos finances publiques affichent un bilan si calamiteux. Pour se rendre compte de l’étendue de la catastrophe, il faut se rappeler qu’en 1958, année désastreuse qui marqua la fin de la IVe République, notre endettement s’élevait à 75 % du PIB. Dès qu’il entra à Matignon, de Gaulle demanda à Antoine Pinay de lui résumer la situation : « Sur tous les postes à la fois, nous sommes au bord du désastre », répondit le nouveau ministre des Finances. En 2025, notre dette publique est proche de 120 % du PIB. C’est presque deux fois pire.

Autre bonnet d’âne économique du mois : Sébastien Lecornu, qui est devenu à lui tout seul une véritable usine à inventer de nouvelles taxes. Le budget qu’il a présenté comprend 40 milliards d’euros d’impôts et 30 milliards de dépenses supplémentaires. À cela s’ajoute la honteuse capitulation/suspension sur les retraites. Emmanuel Macron l’a acceptée en échange de sa survie à l’Élysée. Ce n’est pas trop grave, puisque cela fait trente ans qu’on essaye sans aucun succès de réformer les retraites : Balladur en 1993, Raffarin en 2003, Fillon en 2010, Ayrault en 2014, Philippe de 2017 à 2020, Borne en 2023 et Bayrou avec son conclave en 2025.

La transformation de l’impôt sur la fortune immobilière en impôt sur la fortune improductive est un dispositif que personne à Bercy n’aurait osé imaginer tellement il est stupide. Rappelons que l’amendement a été déposé par Jean-Paul Matteï, élu du Modem, et voté par le Rassemblement national… Il a même été question d’inclure dans la base imposable les fonds Euro des contrats d’assurance-vie, alors qu’il s’agit d’une machine à absorber les emprunts émis par l’État français ! On est bien en présence de mesures irréfléchies votées à la va-vite et uniquement par idéologie et populisme. Tous ceux qui se sont donné la peine de comprendre comment fonctionne l’économie savent bien qu’en dehors de l’or, du bitcoin et de ses dérivés, il n’existe pas d’épargne improductive. La quasi-totalité des placements des Français sont enregistrés sur des supports constitués d’obligations, d’actions et d’immobilier, c’est-à-dire d’actifs ayant un lien avec l’économie réelle, les services publics, les entreprises et la construction. La logique d’une écrasante majorité de nos politiciens est pourtant claire : taxer plus pour dépenser plus et s’endetter plus. Pendant ce temps, la Grèce, l’Italie et le Portugal se redressent. Pas la France. À force d’assistanat généralisé et d’étouffement de l’initiative individuelle, on peut se demander si nos gouvernants ne cherchent pas à faire ressembler la France au Venezuela, ce pays si riche et pourtant ruiné par le socialisme et la coupure avec la réalité. À Caracas, l’incapacité, depuis vingt ans, à maîtriser la dette a eu pour effet de détruire l’État et de jeter la population dans la misère. L’esprit d’arrogance de nos dirigeants et leur aveuglement devant les réalités rappellent terriblement les funestes Nicolas Maduro et Hugo Chávez.

La France insoumise (LFI) trouve pourtant que le budget présenté au Parlement est trop austère ! Pour Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, il faut absolument « développer la résistance populaire et parlementaire pour lutter contre ce budget cruel ». Son parti prône, excusez du peu, 168 milliards de dépenses nouvelles, qu’il propose de faire financer par les « ultra-riches », c’est-à-dire les footballeurs et les grandes entreprises. C’est la grande idée de l’économiste Gabriel Zucman, soutien de Jean-Luc Mélenchon. Une idée qui a ressuscité en quelques jours seulement la lutte des classes dans notre pays, et qui est plébiscitée par 86 % des Français, selon un sondage IFOP, y compris chez les sympathisants de droite. Cela montre une fois de plus à quel point nos compatriotes sont sous-éduqués en matière économique. Vous avez dit suicide économique, moral et politique ?

À l’exception du pétrole qui baisse partout sauf dans les stations-service, toutes les valeurs de marché ont monté depuis le début de l’année. Même si la Bourse de Paris, qui culmine dans ses plus hauts historiques, reste à la traîne par rapport à Francfort. Les alarmes retentissent cependant partout : avec l’afflux de liquidités, le développement exponentiel des investissements dans l’intelligence artificielle et l’explosion des cryptomonnaies « stables », n’est-on pas en train de voir se constituer une bulle spéculative ? Maigre consolation, tandis que la France est en proie à l’instabilité et croule sous les dettes, les grandes entreprises tricolores cotées vont bien. La raison est simple. Comme elles sont bien gérées, elles réalisent l’essentiel de leur activité en dehors de notre pays.

Fachorama sous le sapin, « Historock » au pilori!

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La Horde.

Dans notre drôle de pays, la haine antiflic est autorisée, tandis que l’histoire de France est censurée, déplore Isabelle Marchandier.


La Horde récidive ! Après Antifa, le jeu, présenté en 2022 comme un « jeu coopératif » mais qui était en réalité un manuel d’initiation aux méthodes des black blocs (perturber des meetings, bloquer des expulsions, agir masqué et vêtu de noir et autres joyeusetés) voici Fachorama, un jeu des « sept familles » rigolo et repensé pour cibler tout ce que le collectif range dans « l’extrême droite », avec en ligne de mire l’institution régalienne par excellence: la police.

Trop cool

Les noms ne sont pas cités, mais les caricatures sont transparentes : Éric Zemmour devient « le polémiste islamophobe », Marine Le Pen « l’héritière populiste », les catholiques « les réactionnaires anti-IVG »… et les policiers écopent d’une carte infamante: « flic raciste de la BAC ». Chaque carte devient ainsi une cible symbolique.

Comme Antifa, le jeu, Fachorama est vendu à la Fnac et sur Amazon. À croire que l’argent n’a pas d’odeur lorsqu’il s’agit de combattre l’extrême droite, pour ces militants qui portent en bandoulière leur anticapitalisme radical mais n’hésitent pas à transformer leur doctrine en produit de consommation marketé. Derrière le jeu, le message implicite est limpide : jouer aux antifas, c’est tendance; et la haine antiflic, c’est cool.

A lire aussi, Eric Zemmour et Mgr Rougé: La crosse et le réséda

Imaginons un instant un « sept familles antiwoke » édité par le Puy du Fou : Sandrine Rousseau en « écoféministe misandre », Mélenchon en « tribun immigrationniste », Barthès et Lucet en « propagandistes progressistes », Rima Hassan en « militante antisioniste », et LFI en « parti du grand remplacement ». Un tel jeu serait retiré des rayons en vingt-quatre heures, déclenchant tribunes indignées, manifestations antifas, sermons médiatiques dans Libération et Télérama et les éternels anathèmes sur « les heures les plus sombres de notre Histoire ». Le chaos serait, bien sûr, toléré au nom de la lutte contre le retour du péril brun. Mais lorsqu’il s’agit de viser la droite, l’Église ou la police, tout devient soudain « pédagogique ». L’immunité morale de l’ultragauche reste totale.

Pendant ce temps

Et pendant ce temps, un spectacle historique pour enfants est… censuré. À Montrouge, Historock, opéra rock retraçant dix-sept grandes étapes du récit national (de la construction des cathédrales au général de Gaulle) a été annulé pour « propagande réactionnaire ».

Pourtant, aucune consigne politique, aucun slogan n’est martelé pendant le spectacle : ce sont simplement de grandes figures et des moments de l’histoire de France qui sont mis en scène, sous la direction pédagogique de l’historien Dimitri Casali et avec le parrainage de l’académicien Jean Tulard, à destination d’élèves de CM1-CM2.

Dans un pays où l’enseignement chronologique disparaît et où le niveau scolaire s’effondre, l’initiative était salutaire : redonner aux enfants le goût d’une continuité historique que l’école ne transmet plus, à travers une mise en scène rock’n’roll. Mais c’est justement ce qui dérange : la chronologie est désormais perçue comme un retour du « roman national », donc suspecte, voire raciste. Résultat : annulé !

En France, on peut offrir à un adolescent un jeu qui insulte les policiers, mais pas un spectacle qui raconte l’histoire de son pays. On célèbre la haine antiflic, mais on interdit l’histoire de France.

Un pays qui se méfie de son passé finit toujours par se renier lui-même.


Fachorama, 13 €

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Canada: offensive législative d’envergure contre la haine

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L'imam québécois Adil Charkaoui, photographié au tribunal à Ottawa en 2006, est surveillé par les autorités depuis des années © TOM HANSON/AP/SIPA

Au Canada, la fin de « l’exception religieuse » dans la poursuite des discours haineux ne sera pas sans conséquences – et n’est peut-être pas indispensable selon notre chroniqueur.


La haine est fille de la crainte.
Tertullien.

Un peu de mépris épargne beaucoup de haine.
Jacques Deval.

La haine renfermée est plus dangereuse que la haine ouverte.
Denis Diderot.


Nul n’est prophète en son pays. Il fallait donc que l’esprit voltairien se concrétisât aux États-Unis, pays qui est devenu la lumière des nations en matière de liberté d’expression, laquelle est consacrée et protégée, non pas dans n’importe quel amendement de la Constitution, mais, quel symbole, dans le tout premier. Après l’indépendance, on a eu le sens des priorités. Comme le constate de manière indéfectible la Cour suprême américaine, ce texte ne fait aucune exception pour les discours dits « haineux ». Grosso modo, les seules limites sont les menaces et la diffamation visant des personnes spécifiques et le risque de trouble imminent à l’ordre public.

Le Canada constitue bien une société distincte en ce que son Code criminel (suivant peut-être l’exemple français) sanctionne non seulement le négationnisme, mais les discours haineux et incitations de toutes sortes, sauf le moyen de défense suivant (l’exception religieuse) :

« [L’accusé] a, de bonne foi [le mot est bien choisi!], exprimé une opinion sur un sujet religieux ou une opinion fondée sur un texte religieux auquel il croit, ou a tenté d’en établir le bien-fondé par argument ».

On a dénoncé une lacune dans la loi pénale canadienne que le Parlement canadien vient de combler en abolissant cette exception.

Il est utile de rappeler les événements qui sont à l’origine de cette modification.

A Montréal, l’imam autoproclamé Adil Charkaoui a prononcé des discours en octobre 2023 au cours de manifestations propalestiniennes. Voici (en v.f.) un extrait de son éloquence : « Allah, charge-toi de ces agresseurs sionistes. Allah, charge-toi des ennemis du peuple de Gaza. Allah, recense-les tous un par un puis extermine-les, et n’exclus aucun d’eux ! » (la v.o. n’est malheureusement pas disponible).

D’une part, d’aucuns virent en lui un « extrémiste » appelant « à exterminer les juifs ». D’autre part, l’intéressé a onctueusement répliqué qu’il s’agissait d’un appel à Dieu, et que n’a jamais été prononcé le mot « Juif ».

Au final, nulle poursuite ne fut engagée contre lui. Voici le sybillin communiqué du ministère public :

« la preuve ne permet pas de prouver hors de tout doute raisonnable que les paroles prononcées constituent de l’incitation à la haine à l’endroit d’un groupe identifiable au sens de la disposition du Code criminel applicable, considérant l’interprétation qui en est faite par les tribunaux »

Ce texte vise :

« Quiconque, par la communication de déclarations en un endroit public, incite à la haine contre un groupe identifiable, lorsqu’une telle incitation est susceptible d’entraîner une violation de la paix ».

(Incidemment, on se demande comment l’enquête a pu être aussi chronophage (environ 8 mois) vu que la réponse était évidente au bout de quelques minutes, après simple lecture des textes au regard des faits, qui étaient constants).

Décryptage.

On peut supposer que les procureurs ne sont pas éternisés à envisager un délicat débat d’« identification » politico-sémantique concernant les termes « juifs » et « sionistes », et leur possible chevauchement. Il est permis de conjecturer que la solution fut encore plus simple.

M. Charkaoui rappelle, avec pertinence, qu’il s’est alors borné à adresser sa supplique (qui ne pèche pas par excès d’humanisme) au seul Allah. S’en offusquer, c’est prendre au sérieux un délire qui relève plus de la psychiatrie que du droit pénal; c’est là accorder un peu trop d’importance audit Allah, tant sur le plan de son existence que de ses pouvoirs ou de sa volonté d’intervention sur terre. (La situation eût pu être différente s’il avait lancé un appel aux séides (de chair et surtout de sang) d’Allah à perpétrer des actes de violence). Au minimum, en l’espèce, une « violation de la paix » était tout simplement inconcevable et des accusations ne pouvaient tenir la route plus de cinq minutes.

Le communiqué des procureurs est évasif, mais il est fort probable que l’exception religieuse n’a même pas joué dans cette affaire : on évoque « la » disposition, au singulier, du Code criminel applicable et son interprétation jurisprudentielle. Le serviteur d’Allah en cause n’a exprimé aucune opinion, de bonne ou de mauvaise foi, sur un quelconque sujet religieux, même s’il a invité son Créateur, par sa prière adressée directement à ce dernier, à châtier des mécréants, une démarche sans conteste religieuse (qui s’inscrit dans une respectable tradition plus que millénaire), d’où l’équivoque. Mais qu’importe? Cette confusion, savamment entretenue dans les milieux politiques a… incité le législateur à agir à cet égard. Cependant, il s’aventure ainsi dans des sables mouvants.

Le chef de l’opposition conservatrice, Pierre Poilièvre voit, correctement, dans cette mesure une atteinte plus générale à la liberté d’expression et à la liberté de religion : le nouveau texte « criminalisera des passages de la Bible, du Coran, de la Torah et d’autres textes sacrés ». La réponse outragée du ministre fédéral de la justice Sean Fraser? Il « n’empêchera en aucun cas, à mon avis (sic), un leader religieux de lire ses textes sacrés. Il ne criminalisera pas la foi et, selon moi, suggérer (en v.o., « soutenir » en v.f.) le contraire revient à dénaturer les valeurs défendues par les grandes religions du pays et du monde entier ».

Quelques mots sur ces valeurs.

Il faut inviter le ministre à (re)lire, par exemple, dans l’Ancien Testament, le livre de Josué, un chef d’œuvre en matière d’extermination ordonnée et planifiée. Il n’est plus vraiment d’actualité vu que les Amalécites se font rares au Proche-Orient, encore que certains millénaristes israéliens d’idéologie catégoriquement préhellénistique, y voient une possible source d’inspiration au sujet d’une population plus contemporaine. Par contre, la malédiction visant les juifs déicides (sionistes ou non), prônée par les Evangiles (surtout johannique) depuis deux mille ans, y est toujours bien exposée, même si le concile de Vatican II a décrété une trêve en 1965.

(Petit florilège des enseignements attribués à un (in)certain Yehochoua de Natzrat : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison… Celui qui n’est pas avec moi est contre moi…   Le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné… Quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir, etc. ». On trouvera de nombreux autres messages d’amour du prochain du même acabit, sténographiquement consignés, en compulsant le Nouveau Testament, en vente dans toutes bonnes librairies).

La lettre de la nouvelle loi canadienne réfute donc clairement les rassérénantes déclarations du ministre. Cela dit, la panique n’est pas de mise pour le croyant et le clerc ordinaires : en pratique, ils pourront, la plupart du temps, compter sur la circonspecte cécité des forces de l’ordre, sous réserve de poursuites sélectives, toujours possibles (les juges seront alors appelés à trancher de subtils points de théologie…). Quant aux auteurs mêmes de ces textes, ils sont évidemment hors de portée depuis de nombreuses lunes, expiant leurs péchés pour l’éternité dans les marmites infernales.

Retenons surtout que la nouvelle loi n’a aucune incidence sur la rhétorique Charkaouesque. Tout ça pour ça. (L’obstination de Pierre Poilièvre à réclamer l’emprisonnement du tribun – une manie chez lui, comme le sait Justin Trudeau – révèle une sinistre et incohérente malhonnêteté intellectuelle). Encore que le législateur canadien a quand même fait œuvre utile en donnant une éclairante et bien nécessaire définition de la « haine » : « sentiment plus fort que le dédain ou l’aversion et comportant de la détestation ou du dénigrement‍ ». On comprend nettement mieux maintenant. Dissuasion assurée pour les Charkaoui.

Sur le plan des principes, le législateur canadien, et français, seraient bien avisés de s’inspirer de l’esprit américano-voltairien et, au lieu d’en faciliter la diffusion et le retentissement, de traiter par un silence méprisant les psychoses, « codées » ou non, que les vociférants gourous puisent dans la lecture littérale de légendes et symboles conçus il y a des siècles et des millénaires afin de terrifier le bédouin illettré lambda et ainsi d’assurer la cohésion sociale minimale du kfar, du qarya et de Trifouilly-les-Oies.

Mais autant prêcher dans le désert.


PS. Voici l’émouvant témoignage d’une musulmane opprimée au Québec par la population d’accueil, à savoir les « Kebs » (âmes sensibles s’abstenir) :

« Ils veulent nous assimiler… Mais à quoi exactement ? À boire jusqu’à perdre la raison, à conduire sous influence et à mettre en danger la vie d’innocents? À banaliser les relations sans engagement, à coucher avec tout ce qui bouge, jusqu’à contracter des maladies et briser des familles?, À avoir des enfants avec plusieurs partenaires, au point où parfois on ne sait même plus qui est le père biologique?, Abandonné les parents dans des CHSLD ! [Note : EHPAD en France] Si c’est cela leur modèle, alors non, nous n’en voulons pas. Nos valeurs — la famille, la responsabilité, la pudeur, le respect, la stabilité — ne sont pas un obstacle, elles sont une protection. Mais c’est nos préjugés des antimusulman! Mais nous refusons de nous laisser entraîner dans un mode de vie qui détruit les repères, la dignité et la morale. Nous savons qui nous sommes, et personne ne pourra nous assimiler à un modèle qui ne reflète ni notre histoire, ni notre foi, ni notre identité. »

Hadjira Belkacem une femme fièrement voilée !

Association de la sépulture musulmane au Québec[1]


[1] https://www.facebook.com/photo/?fbid=885357094057657

Madame Mamdani, une grande artiste on vous dit!

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Rama Duwaji. DR.

Rama Duwaji fait entrer la gen Z à la mairie de New York – et on est vivement prié de se réjouir


La plupart des médias ont célébré sans nuance la victoire de Zohran Mamdani à New York.

Ils ont trouvé une nouvelle raison d’euphorie en la personne de son épouse, Rama Duwaji, musulmane comme lui et artiste branchée au service de toutes les causes palestino-wokistes.

Que ce soit outre-Atlantique ou en France, de Marie-Claire à Madame Figaro en passant par Elle, Grazia, France Inter ou Le Point, des articles dithyrambiques prolifèrent. Ou plutôt c’est quasiment un seul article qui se répète à l’identique, recrachant les mêmes hyperboles louangeuses et reproduisant les mêmes éléments biographiques copiés presque tels quels sur le site personnel de cette femme de 28 ans. Elle est belle ! Plutôt quelconque. Une icône de la mode ! Plutôt mal fringuée. Elle est si Gen Z, car elle a rencontré son mari sur une appli, Hinge ! Trivial. Une plasticienne talentueuse ! Elle produit des gribouillis représentant les mêmes têtes de femmes moyen-orientales, dont la plupart ressemblent à la sienne. C’est une artiste engagée ! Elle prétend qu’elle « interroge les nuances de la sororité et des espaces communautaires », parle des obstacles rencontrés par des femmes de couleur dans le domaine du « bien-être mental » et ose aborder les dilemmes de la pilosité corporelle.

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Sur Instagram, où elle est suivie par 1,4 million de blancs-becs progressistes, elle dénonce un « génocide » à Gaza et ressasse le lamento victimaire. Un dessin montre une femme de couleur vêtue d’un keffieh sous le genou d’un flic, tout comme George Floyd. Original ! On répète que toutes ses qualités feraient d’elle une nouvelle princesse Diana, sauf qu’elle a un CV plus maigre que celle qui s’est engagée contre le sida et les mines antipersonnel.

Elle proclame qu’elle est syrienne et de Damas. Certes, ses parents le sont, mais elle est née au Texas et, entre 9 et 19 ans, a vécu avec sa famille aux Émirats, avant de revenir en Amérique. Parmi ses « clients », elle cite le prestigieux musée d’avant-garde Tate Modern. En réalité, un de ses dessins a été posté sur la page Facebook de l’association des jeunes amis de l’institution. Peu importe à ses laudateurs. Quand on aime, on ne chipote pas.

1977, bain de sang au Brésil: le phénomène Filho

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Wagner Moura © Ad Vitam Distribution

Chaque film de Kleber Mendonça Filho est un émerveillement. Depuis Les bruits de Recife (2012), film urbain sur les gates communities dévorant l’espace habité par la classe moyenne brésilienne, jusqu’à Bacurau ( 2018), où un village du Nordeste a mystérieusement disparu des cartes numériques, en passant par Aquarius (2016), où une critique musicale à la retraite affronte un promoteur qui, en vue d’une lucrative opération immobilière, entend la chasser de son appartement, et jusqu’à son documentaire Portraits fantômes (2023) – que votre serviteur confesse n’avoir pas vu, celui-là – , le cinéaste originaire du Pernambouco élabore des fictions qui articulent un ancrage solide dans la réalité sociologique brésilienne à une remarquable virtuosité scénaristique.

Intrigue arachnéenne

C’est vrai plus que jamais de L’Agent secret, son dernier long métrage (pas loin de 3h !), doublement couronné à Cannes cette année, et par un Prix de la mise en scène, et par un Prix d’interprétation masculine attribué à fort juste titre à l’excellent Wagner Moura (cf. en 2012 le s-f Elysium, de Neill Blomkamb, avec Matt Damon et Judie Foster – qu’on peut toujours visionner sur Netflix – ; ou bien, en 2015,   Narcos, encore Netflix, série qui en 2015 le voyait camper Pablo Escobar, sans oublier Civil War, d’Alex Garland, l’an passé… et lui encore sous les traits d’un policier, en 2007 et 2010 dans Tropa de elite 1 et 2, double pépite signée José Padilha).

Autant dire que le dernier Kleber Mendonça Filho nous arrive sur les écrans précédé d’une rumeur – d’une aura favorable. Arachnéenne, mémorielle, volcanique, l’intrigue nous ramène au temps de la dictature brésilienne (1964-1985), plus précisément en 1977. En fuite, semble-t-il en raison de ses positions politiques, en tous cas poursuivi comme on le verra par des tueurs à gage qui ne rigolent pas, un universitaire quadragénaire (dans le rôle, Wagner Moura, justement), Armando, ou Marcelo – sur son prénom il laissera planer le doute – au volant d’une de ces « Coccinelles » vintage importées de RFA en grand nombre, regagne Recife, sa ville natale, alors en plein carnaval, pour y retrouver les siens.  Entre autres son fils, un garçon élevé par ses beaux-parents (lui, Alexandre, est projectionniste) depuis la mort prématurée de sa femme, et qui ne rêve que de voir Les dents de la mer au cinéma…  

Fausses pistes

Non loin du bitume, lors d’un arrêt en rase campagne pour faire le plein d’essence, Armando/ Marcelo avait avisé un essaim de mouches et une meute de chiens errants s’attardant autour d’un cadavre qui pourrissait là, recouvert d’un carton… Suspicieux, deux policiers véhiculés l’avaient laissé reprendre son chemin, non sans empocher leur dîme au passage : voilà pour l’entrée en matière. Plus loin, à la morgue, il y aura cette jambe en décomposition, prise dans la mâchoire d’un requin. Plus tard encore dans le film, on verra même cette jambe s’animer d’une vie propre pour agresser la noria des sodomites qui s’empalent joyeusement dans la moiteur nocturne d’un jardin public : scène surréaliste ! Accueilli chez une pittoresque aïeule plus ou moins anarchiste, le héros en cavale tentera, entre deux bains de sang, de s’en sortir vivant. Ce n’est pas gagné.   

L’Agent secret se ramifie ainsi de façon tout à la fois captivante, arachnéenne, énigmatique, sous la forme de trois chapitres, – 1, Le cauchemar du petit garçon ; 2, L’institut d’identification ; 3, Transfusion de sang –  lesquels embrassent tour à tour plusieurs époques dans une coulée narrative labyrinthique, la trame multipliant allègrement les fausses pistes, sous les espèces d’un thriller onirique tendu d’un bout à l’autre, par le miracle d’une dextérité scénaristique sans pareil, où passé et présent viennent, in fine, se nouer à travers les enregistrements sur cassettes dans lesquels une jeune chercheuse archiviste, bien des années après ces événements tragi-comiques, reconstitue l’écheveau de ces temps troublés. Mais également, cerise sur le gâteau, à travers l’enfant de Marcelo, dans un dénouement qui nous le montre adulte, devenu médecin d’hôpital… sous les traits du même Wagner Moura, cette fois glabre, rajeuni, la tignasse rasée de près.  

Du grand art : la crudité d’un réalisme noir se conjugue aux effluves de la réminiscence, à la parfaite maîtrise de l’ellipse et à un sens aigu du second degré. Ainsi par exemple de la courte séquence (rétrospectivement testamentaire, puisque l’acteur en question est mort le mois dernier) où l’on voit éructer – dans un allemand à couper au couteau ! –  le légendaire Udo Kier (1944-1925) à la prunelle lacustre, dans une courte séquence parfaitement gratuite dans l’économie du récit, – impayable !  


L’Agent secret. Film de Kleber Mendonça Filho. Avec Wagner Moura, Maria Fernanda Cândido, Udo Kier…  Brésil, 2025, couleur.

Durée : 2h36

En salles le 17 décembre 2025

Un loup pour l’homme

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Publicité Intermarché.

La publicité de Noël des magasins Intermarché connait un grand succès. Tout le monde nous dit que c’est la preuve que les gens n’aiment pas l’intelligence artificielle, et qu’ils ont envie de manger plus sainement. Mais, on peut aussi voir dans la réussite de ce petit conte une tout autre raison. Quand une publicité n’est pas woke, cela nous change de l’ordinaire et nous ravit…


Le loup végétarien de la publicité Intermarché fait un carton mondial. C’est une publicité qui est devenue le produit, et un conte de Noel devenu un conte de fée pour ses créateurs. Depuis sa sortie le 6 décembre, ce dessin animé de 2’30 a engrangé près d’un milliard de vues dans le monde entier. Et l’engouement est tel que le héros du film, un loup végétarien, sera bientôt commercialisé en peluche, réclamée par nombre de consommateurs. 

Panique dans la forêt

Ce loup est d’abord un succès du coq gaulois, puisqu’il a été réalisé sans une once d’IA par Illogic Studio, une société d’animation créée par deux copains d’école à Montpellier qui ont fait travailler 70 artistes pendant six mois. Quant à la bande-son, sans doute essentielle dans le succès, elle est aussi made in France : c’est la chanson de Claude François, le Mal-aimé.

A lire aussi, éditorial: Attention, tu risques de te faire violer très fort!

Je vous fais le pitch. Un loup qui débarque dans la forêt sème la panique chez les animaux. Ils détallent tous en le voyant. « Sympa… » pense-t-il amer et sombre, pas content de se retrouver tout seul. Si tu ne mangeais pas les autres, ça ne se passerait pas comme ça, lui lance un petit hérisson. Plus soucieux de relations sociales que de gastronomie, le loup se met promptement aux carottes-champignons. Et comme dans Astérix, tout finit par un banquet où le loup copine avec l’agneau…

Pas un film woke

Cette apologie du véganisme ne serait-elle pas un peu woke ? Pas du tout – c’est là l’interprétation la plus commune. Moi, je vais vous dévoiler le sens caché du film. D’abord, ce loup n’est pas végan : il mange du poisson, animal qui n’a pas la chance de vivre dans la forêt. Ce n’est donc pas la viande que le loup arrête de dévorer, mais ses semblables qui habitent dans la forêt. Et, ensuite, c’est tout le contraire du wokisme. Il y a en réalité dans ce petit conte une apologie de l’assimilation – à Rome fais comme les Romains. Le loup n’exige pas des autres animaux qu’ils fassent un effort d’inclusion et approuvent son mode de vie. Pour s’intégrer à la forêt, le loup en adopte les codes et les mœurs. Et en renonçant à certaines de ses habitudes, il devient un citoyen de la forêt, égal aux autres et accepté par eux.

Et si Intermarché avait retrouvé la recette du vivre ensemble ?


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retailleau: le pied sur l’accélérateur?

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Nicolas Sarkozy et Bruno Retailleau, Villiers sur Marne, 20 mai 2025 © J.E.E/SIPA

Alors que dans son livre écrit en prison, l’ancien président Nicolas Sarkozy semble céder aux sirènes de l’union des droites et plutôt le négliger, Bruno Retailleau doit vite annoncer aux Français ses intentions pour la présidentielle –  et tourner la page de la guéguerre avec Laurent Wauquiez.


Il y a parfois de bonnes nouvelles dans l’actualité et dans les analyses politiques. Par exemple, quand je lis dans La Tribune Dimanche cet article de Ludovic Vigogne nous expliquant « pourquoi Bruno Retailleau va accélérer ».

Il me paraît évident que le président des Républicains n’a pas un arbitrage à opérer, mais un cumul à assumer, qui concerne à la fois le présent et l’avenir. Il a une mission fondamentale à remplir : redonner à la droite une image inventive, courageuse, libre, intègre et intelligente. Nul doute que cette entreprise pourrait déjà suffire à une personnalité ordinaire, mais j’ai la faiblesse de penser que Bruno Retailleau, malgré sa volonté de ne jamais apparaître comme supérieur ou condescendant à l’égard de ses concitoyens, échappe à cette banalisation et qu’il est capable de se préoccuper aussi bien d’aujourd’hui que de demain.

Demain, ce sera l’élection présidentielle de 2027. Quel que soit le mode de désignation qui sera choisi par les adhérents de LR et la qualité de ceux qui participeront probablement à ce débat capital – je songe tout particulièrement à David Lisnard -, comme les plus proches conseillers de Bruno Retailleau, je suis persuadé qu’il est urgent, pour lui, d’annoncer sa candidature aux Français.

J’imagine la richesse intellectuelle et politique qui naîtra d’un parti prêt à toutes les ruptures bienfaisantes qu’appellera un programme de véritable droite, et de sa reprise talentueuse et convaincante lors d’une campagne présidentielle où la sincérité, la constance et l’expérience feront la différence. Essayons d’imaginer en Bruno Retailleau un François Fillon tel qu’il fut lors de sa primaire conquérante, mais qui ne serait pas disqualifié par les sautes de son caractère ni par une imprévisibilité trop solitaire pour la victoire à atteindre.

A lire aussi: Mais… quelle bataille culturelle?

Il ne faut surtout pas que Retailleau se sente obligé de choisir entre ses responsabilités créatrices de président de parti et son devoir de faire gagner la droite en 2027. Les premières irrigueront le second, et son ambition présidentielle, déclarée au sein du parti, apportera puissance, densité et crédibilité à la révolution qu’il entend mener en son sein.

Ce dessein mené sur un double front sera aussi un moyen d’éradiquer la lutte sournoise ou ostensible que Laurent Wauquiez mène contre lui, déplorable posture de mauvais perdant qui a permis à Sébastien Lecornu de déployer ses manœuvres et ses connivences occultes au détriment de l’intérêt du pays. Laurent Wauquiez, qui dirige le groupe parlementaire, n’a pas le moindre scrupule à faire obstacle, de manière obsessionnelle, au président du parti ; mais j’espère qu’il adoptera une autre attitude face à un Retailleau candidat crédible et respecté à l’élection présidentielle. Rien n’est assuré, mais, sauf à considérer Wauquiez comme totalement irresponsable et cynique jusqu’à l’extrême, on peut encore croire à une embellie au bénéfice de 2027.

Cette annonce faite à la France, attendue par beaucoup, sera d’autant plus nécessaire qu’elle fera justice du reproche d’erreur tactique et de légèreté adressé à Bruno Retailleau, alors même que le défaut de loyauté qu’il a imputé à Sébastien Lecornu révèle bien davantage son authenticité humaine que sa maladresse politique. Lui faire grief de n’avoir pas démissionné à cause de l’Algérie, c’est oublier qu’il n’a cessé de se battre pour durcir la pratique molle d’une diplomatie dite offensive, offensive surtout à proportion de l’absence de risque, mais frileuse lorsque l’adversaire est de taille et fait peur.

Jusqu’à aujourd’hui, Bruno Retailleau a eu l’élégance de ne pas tirer toutes les conséquences de son éclatant triomphe face à Laurent Wauquiez pour la présidence du parti. On frémit à l’idée de ce qu’il aurait pu devenir sous cette autre égide ! Désormais, il doit sortir les griffes et ne plus accepter que l’on abuse de sa tolérance. Il ne s’agit pas seulement de lui, mais de la droite, de son avenir et du besoin qu’a le pays de sortir du macronisme, avec un homme véritablement de confiance.


Bardella : dur d’être favori pour la présidentielle !
En recevant le président du RN, jeudi dernier, le « Forum BFMTV » a établi son record d’audience et dépassé le million de téléspectateurs.
Le 11 décembre, lors de l’émission de trois heures qui lui était consacrée sur BFM TV, questionné longuement par une pluralité de citoyens, Jordan Bardella s’est efforcé de leur répondre tant bien que mal. La pertinence de ses répliques et de ses analyses pouvait évidemment être discutée ; mais ce qui m’a frappé – pour moi, c’était la première fois -, c’était l’extrême inconfort et le malaise de sa posture, ainsi que le caractère contraignant du comportement qu’on attendait de lui. Je l’ai trouvé d’une patience infinie ; pourtant, il n’était pas toujours facile de conserver un air souriant et aimable face à la teneur de certaines interrogations, qui relevaient davantage de l’affirmation ou de la pétition de principe que de l’expression d’incertitudes et de doutes susceptibles de justifier les éclaircissements du président du Rassemblement national.
Au-delà du ton péremptoire, parfois sommaire et presque condescendant de plusieurs interventions citoyennes, j’ai surtout admiré la résilience médiatique et politique de Jordan Bardella, fréquemment traité comme s’il en savait moins que quiconque par des interlocuteurs persuadés que leur présence sur le plateau légitimait un extrémisme de la forme, nourrissant l’illusion de leur supériorité face à un invité condamné à la retenue, toute réaction brutale pouvant aussitôt être interprétée comme un défaut d’écoute ou de tolérance disqualifiant…
J’ai songé – alors qu’en général j’avais plutôt tendance à envier le rôle de l’invité politique qui avait la chance de transmettre ses messages – combien il était presque douloureux d’être un politique aujourd’hui, même si nul ne les contraint à cette épreuve. Dans ces forums, le citoyen a tous les droits et il convient de le traiter avec délicatesse, même quand il est ignare. La démagogie est obligatoire : il faut dire à Dupont ou à Mohamed qu’il a en partie raison, même quand il a tout faux ! Je me suis dit, en considérant Jordan Bardella – pour ses successeurs ce sera la même chose, même si Jean-Luc Mélenchon, j’en suis persuadé, n’aurait pas cette résignation tranquille -, que la politique était vraiment devenue un sale métier, et qu’il fallait rendre grâce aux courageux qui continuaient à l’exercer. Autre chose m’a intéressé dans le questionnement politique adressé à Jordan Bardella ce soir-là : la difficulté manifeste à s’habituer à sa loyauté — pourtant probable — à l’égard de Marine Le Pen. Médias comme citoyens aspirent à de la jalousie et de la concurrence. Il y aurait comme un saisissement indigné si ce duo ne rejouait pas la rivalité Balladur–Chirac, s’il rompait avec cette obligation tacite de trahison selon laquelle une double ambition ne saurait s’exprimer sans rupture ni déchirement • PB