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Immigration au Danemark: quand la gauche regarde la réalité en face

La réalité, une intruse pour la politique française.


Le Danemark est gouverné par la social-démocratie et il est devenu un exemple pour tous ceux qui aspirent à une forme d’humanisme qui ne soit pas niais, à une forme de générosité qui ne soit pas suicidaire ni du gaspillage. On ne compte plus les chefs de parti qui se rendent dans ce pays pour découvrir ses secrets, pour comprendre sa logique et tenter d’appréhender ses recettes pour les appliquer dans leur propre nation. Notre ministre en charge du Renouveau démocratique Olivier Véran s’y est rendu le 4 mai 2023, et Eric Ciotti (LR) le 23. Mais cela ne s’enseigne pas aussi facilement, à supposer même que cette réussite danoise puisse se transmettre. Non pas seulement à cause des spécificités de ce royaume, rendant de toutes façons impossible une copie conforme ailleurs, mais surtout parce qu’il y a dans l’esprit et la manière danoise un pragmatisme et une lucidité aux antipodes de la méthode française. Il faut à nouveau citer Charles Péguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ». Le réel au Danemark est un allié, en France il est un adversaire. Pour le Danemark, rien ne peut s’accomplir sans le réel, pour la France, il convient de le mettre entre parenthèses. Il est une chance pour les Danois, il est un intrus pour le pouvoir français qui préfère l’ignorer. Par idéologie ou pour s’en inspirer, dans le meilleur des cas, mais tardivement et partiellement. C’est la politique, chez nous, qui devrait imposer sa loi au réel et évidemment c’est le réel qui gagne à tout coup…

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C’est à cause de cette propension « à ne jamais voir ce que l’on voit » qu’avant l’action, les partis et les autorités sont incapables de s’accorder sur les constats, les chiffres, les données de toutes sortes. Comme s’il convenait d’introduire la subjectivité des convictions, l’affrontement des antagonismes, de l’aléatoire, de l’équivoque, dans ce qui est pourtant incontestable. Cette obsession de faire fi du réel touche plus particulièrement la gauche et l’extrême gauche parce que la structure, les dérives, la dégradation de notre monde renvoient de plus en plus à l’obligation d’une politique conservatrice, d’autorité, de sauvegarde. Plus de lucidité que d’espérance. Le réel devrait briser net les pulsions révolutionnaires sauf quand l’extrémisme décide de penser et de proposer comme s’il n’était pas là. La droite et l’extrême droite ne sont pas, elles, complètement à l’abri d’une écoute trop distraite du réel, notamment à cause de ce prurit qui trop longtemps a incité la première à se laisser gangrener par la gauche et la seconde à préférer un projet techniquement provocateur à l’enseignement d’une réalité trop sage.

Pour le Danemark, on doit changer de politique quand le réel la contredit. En France on n’est pas loin, absurdement, quand le réel n’est pas conforme à nos vœux, de vouloir le reléguer, pour n’avoir rien à changer à l’idéologie ou au projet politique. Mieux vaut dénier ce qui est, au bénéfice de ce qui devrait être, plutôt qu’inventer un futur plausible à partir d’un présent immédiat et solide. Il est patent que cette approche théorique ou idéologique, au lieu d’être empirique est spécialement détestable en matière d’immigration et de droit d’asile, pour la France comme pour l’Union européenne. Il me semble toutefois que cette distance mise à l’égard du réel ne concerne pas que le domaine politique mais pourrait constituer une clé pour tant d’autres secteurs de la vie française, y compris sur le plan médiatique, où l’animosité des débats paraît résulter plus d’une inaptitude à s’accorder sur des éléments objectifs, factuels et vérifiables que sur une passion de la dispute, la première aggravant la seconde.

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Ce ne serait pas une médiocre avancée pour notre République que d’accepter au moins ce consensus constituant la réalité et sa définition exacte comme le terreau nécessaire à toute élaboration politique ou autres. Le Danemark cesserait alors d’être un modèle pour devenir comparable à une France en réussite.

«Un homme, c’est un homme, mais un bel homme c’est autre chose»*

Le radeau des médusés


Jeudi 8 juin, un individu venu de Suède, Syrien d’origine, sans doute facilement irritable, frappe d’une lame acérée quatre enfants en bas âge et deux retraités, sur une rive du lac d’Annecy. Ce lieu de villégiature paraissait pourtant éloigné de la tragédie contemporaine, épargné à tout jamais par les délits et les crimes quotidiens dont s’effraie et auxquels se résigne le pays des Lumières vacillantes et en voie d’extinction…

Depuis, M. Schneidermann a versé sa petite liqueur fielleuse dans Libération (autrefois journal de garnements effrontés, de vieux adolescents migraineux, tout en plumes souvent talentueuses et urticantes : on y cherchera en vain de telles personnalités aujourd’hui). Dans sa chronique du 9 juin, sous le titre « Henri d’Arc », l’illustre pourfendeur du neofascisme dénonçait l’influence délétère de CNews, refuge bolloréen des « cathos-tradi » (sic) qui concluent, n’en doutons pas, leurs prières par un très approprié « nazi-soit-il » (1). M. Schneidermann n’est certes pas menacé de périr par noyade dans un bénitier, mais nous lui déconseillons d’approcher d’un peu près le bûcher des vaniteux : il ferait un excellent combustible (2).
Nous publions ci-après, sans lui en demander l’autorisation mais en forme d’hommage à son talent de polémiste, la conclusion de la réponse que lui adressa Jean-Paul Pelras sur le site L’agri, le 11 juin :
« Que ferions-nous, monsieur Schneidermann, sans les prédicateurs de votre acabit ? Ceux qui s’interposent entre le courage et la théologie avec une appréciation à géométrie variable dès qu’il s’agit d’influencer les esprits. Et qu’auriez-vous fait, oui, en définitive, qu’auriez-vous fait à la place d’Henri ? C’est peut-être autour de cette question que vous devriez disserter dans les colonnes de Libé. Avant de vous vautrer dans les eaux basses d’une chronique qui brocarde un héros, de surcroît, sacrilège suprême, affublé sur sa manche d’un petit drapeau français, pour désigner, en abusant des « voix » détournées, ce et ceux que vous détestez.»

D’Ondine à Sandrine

Sœurs « qui après nous vivrez », dont l’espoir est sans limite et le chagrin inépuisable, entendez la réponse d’Ondine aux hommes. Songez d’abord aux manifestations embarrassées de leur désir et entendez librement la fantaisie amoureuse qu’il suscite ; inspirez, corrigez aussi les vaines et merveilleuses figures de géométrie dans les spasmes, que cette même fantaisie leur inspire. Oubliez un instant la face blême des peloteurs contrefaits, des frôleurs du métropolitain, et l’ombre épouvantable des assassins qui sortent un couteau de leur braguette. Tant il est avéré que les brutes, les psychopathes et, récemment, les « chrétiens d’Orient » forment une légion dangereuse, qui se répand sur le territoire national.
À titre personnel, je voudrais qu’Ondine, la belle et audacieuse nixe, par ses seules paroles tendres, couvrît de honte Sandrine Rousseau, qui prétend porter la parole des femmes, qu’elle n’imagine que meurtries, salies, souillées, et qu’elle espère rassembler sous sa triste bannière en soufflant dans une vuvuzela de réjouissances foraines. Inlassable donneuse de leçons, notre sans domicile fixe des dernières élections législatives (3) croit trouver dans les crimes réels, avérés, nombreux, autant d’occasions d’ouvrir sur la place publique un parapluie de camelot vite rempli de sa logorrhée moralisatrice, qui trahit surtout un déplaisant carriérisme.

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Les femmes de l’écologie se suivent et se ressemblent. Ce que disait Françoise Hardy de l’ineffable Cécile Duflot, irait fort bien sous le portrait en pied de Sandrine Rousseau :
« Ses combats pour l’environnement ont beau être d’une importance incontestable, comment ne pas être choqué par l’arrogance et le sectarisme de cette petite bonne femme, persuadée de détenir la vérité au point de ne pas vouloir entendre ceux qui ne pensent pas tout à fait comme elle ou qui contredisent ses assertions en leur opposant des faits et des chiffres incontournables? Comment ne pas être irrité par sa logorrhée débitée sur un rythme de plus en plus précipité au point qu’on finit par avoir envie sinon de l’étrangler, du moins de la bâillonner pour qu’elle se taise enfin et nous laisse souffler? Elle ne parle pas: elle glapit.» (4)

« Je savais bien qu’il devait y avoir une raison pour être fille. La raison est que les hommes sont aussi beaux…» Ondine, Jean Giraudoux (5)

Alors, Ondine ?
C’est une très jeune fille, qui vit dans une cabane de pêcheur avec ses parents adoptifs. Son origine est mystérieuse, il faut la chercher du côté de l’eau, dans le lac même sur les bords duquel elle fut trouvée (6)
Un chevalier se présente, un jour, il demande un abri, il a faim :
[Le Chevalier, Auguste (le père), Eugénie (la mère), Ondine]
Ondine, de la porte où elle est restée immobile. – Comme vous êtes beau !
Auguste. – Que dis-tu, petite effrontée ?
Ondine. – Je dis : comme il est beau !
Auguste. – C’est notre fille, Seigneur. Elle n’a pas d’usage.
Ondine. – Je dis que je suis bien heureuse de savoir que les hommes sont aussi beaux… Mon cœur n’en bat plus !…
Auguste. – Vas-tu te taire !
Ondine. – J’en frissonne !
Auguste. – Elle a quinze ans, Chevalier. Excusez-la…
Ondine. – Je savais bien qu’il devait y avoir une raison pour être fille. La raison est que les hommes sont aussi beaux…
Auguste. – Tu ennuies notre hôte…
Ondine. – Je ne l’ennuie pas du tout… Je lui plais… Vois comme il me regarde… Comment t’appelles-tu ?
Auguste. – On ne tutoie pas un seigneur, pauvre enfant !
Ondine, qui s’est approchée. – Qu’il est beau ! Regarde cette oreille, père, c’est un coquillage ! Tu penses que je vais lui dire vous, à cette oreille ?… À qui appartiens-tu petite oreille ?… Comment s’appelle-t-il ?
Le Chevalier. – Il s’appelle Hans…
Ondine. – J’aurais dû m’en douter. Quand on est heureux et qu’on ouvre la bouche, on dit Hans…
Le Chevalier. – Hans von Wittenstein…
Ondine. – Quand il y a de la rosée, le matin, et qu’on est oppressée, et qu’une buée sort de vous, malgré soi on dit Hans…
Le Chevalier. – Von Wittenstein zu Wittenstein…
Ondine. – Quel joli nom ! Que c’est joli, l’écho dans un nom !… Pourquoi es-tu ici ?… Pour me prendre ?…
Auguste. – C’en est assez… Va dans ta chambre…
Ondine. – Prends-moi !… Emporte-moi !
Jean Giraudoux, Ondine, acte I, scène 3 (extrait)

Du savon et de son bon usage…

Ondine n’appartient pas à notre monde : elle est une nixe, une fille des eaux, une créature du lac. Cependant, sous l’effet d’un coup de foudre sensuel, elle prend le risque de rompre avec son ordre « naturel ». Ce qu’elle croit saisir des hommes dans la personne du chevalier fonde un amour absolu, éternel. Elle l’a trouvé si attirant, qu’elle en a conclu qu’il lui était destiné.
Ondine est vouée au malheur, bien sûr, mais elle aura connu le sentiment mystérieux, que les humains, ces êtres attachants et décevants, nomment l’amour.
J’ai vu Ondine à la Comédie française, dans la mise en scène de Raymond Rouleau, en 1974. Jean-Luc Bouté y était le chevalier. Ce magnifique comédien, disparu prématurément, a laissé un souvenir ineffaçable à ceux qui l’ont connu. Il paraissait sur la scène, mobile, puissant, le regard d’un singulier éclat, et l’on était envoûté par sa silhouette dure et ses traits de florentin renaissant croqué par Léonard de Vinci. Isabelle Adjani incarnait Ondine, c’est-à-dire qu’elle rendait sensible à la fois son essence extra-humaine et le consentement heureux à sa nouvelle, terrible et adorable condition. Elle n’avait pas vingt ans, en paraissait quinze à peine. Elle aussi venait d’ailleurs, comme suscitée par une source magique.
Un esprit malicieux verrait peut-être dans Ondine une manière de transgenre : elle s’affranchit de tous les interdits génétiques et culturels qui la faisaient appartenir à l’ordre lacustre. Mais sa métamorphose n’est pas le fruit d’une protestation, d’un malaise, elle ne s’accomplit pas dans la revendication, elle ne fonde pas une fierté nouvelle : elle produit une évidence et une fatalité.
Madame Rousseau et ses amis triompheront-ils un jour ? La Nupes de Jean-Luc Mélenchon, un Louis de Funès toujours furieux sans le charme, un trotskiste d’arrondissement, nous imposera-t-elle son organisation de petits commissaires du peu et du peuple pour bloc d’immeubles et communauté de communes ? Connaîtrons-nous cet Enfer vert qu’ils portent tous dans leurs bagages et dans lequel il « brûlent » de nous jeter (toujours Jeanne d’Arc !) ?

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Pour le temps qui reste, c’est encore Giraudoux, que nous consulterons :  
 […] Hector – « Et il y en aura d’autres après lui, n’est-ce pas, pourvu qu’ils se découpent sur l’horizon, sur le mur ou sur le drap ? C’est bien ce que je supposais. Vous n’aimez pas Pâris, Hélène. Vous aimez les hommes ! ».
Hélène – « Je ne les déteste pas. C’est agréable de les frotter contre soi comme de grands savons. On en est toute pure… » (La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Acte I, scène 8).
Il nous reste encore les sources, les ombres errantes et bienveillantes, les villes énormes, les êtres qu’on frôle et qu’on étreint. 


Notes

1) Depuis plusieurs mois, la gauche « lin et coton recyclé » (L’Obs en tête) se répand en dénonciations d’un prétendu péril, la chaîne CNews. Elle serait non seulement le repaire de la Réaction, mais encore diffuserait des idées aussi dangereuses que celles qui figuraient dans le catalogue de frustrations et d’anathèmes, paru en 1935 sous la signature d’un obscur caporal autrichien (qu’on prétendit longtemps monorchide) souvent vêtu d’une Lederhose (culotte de peau) bavaroise à pont, tendance Oktoberfest, peu seyant sur les cuisses maigres et les genoux cagneux. On s’étonnera simplement que l’immense armée des bien-pensants craigne à ce point une entreprise privée relativement modeste si on la compare aux moyens et aux relais dont disposent ces innombrables soldats des idées correctes garanties sans trace de « droitisme » (voir note 3).

2) Considérant le prénom de M. Schneidermann, je me suis refusé à écrire dans le corps de l’article, reprenant ainsi son procédé d’ironie, Daniel D’Arc. Cette espèce de paronomase m’évoque immédiatement un chanteur que j’aimais beaucoup et ne veut pas mêler à ce détournement.

3) On verra le documentaire que Tristan Waldeck, pour l’émission « Complément d’enquête » (France 2, 13 avril)  a consacré à Sandrine Rousseau. Je ne croyais pas possible qu’une chaîne de la télévision d’État mît en évidence les contradictions, les omissions, les inventions d’une femme politique de la mouvance verte extrême. Ce traitement est réservé ordinairement à la droite, me semble-t-il. On s’amusera, ou l’on se désolera des arguties que développe Sandrine R. lorsque le journaliste l’interroge sur l’appartement qu’elle prétendait habiter dans le XIIIe arrondissement, grâce à une attestation de domicile très complaisante… En a-t-elle seulement franchi le seuil ? « Je misais sur ce logement ». Bref, alors qu’elle présentait sa candidature à la députation dans ce quartier parisien, en 2022, il apparaît qu’elle n’y avait pas de domicile légal ; or, aux yeux de la loi, cela constitue un délit. Les Verts et leurs alliés nous promettent et nous préparent un avenir de contraintes, de remords et de punitions. En attendant, ils nous administrent quotidiennement des leçons de maintien démocratique.

4) Françoise Hardy, Avis non autorisés, éditions Des Équateurs.

5) Il y aurait bien des choses, et des plus désagréables, à dire sur l’homme Giraudoux. Ce n’est pas le lieu, ici, pour son procès. J’accepte d’aggraver mon cas en affirmant que j’aime ses pièces de théâtre et que je déplore qu’on ne les monte plus.

6) Sur un thème proche, on entendra le merveilleux « Chant à la lune », de préférence par Renée Fleming, extrait de Rusalka, opéra du compositeur Anton Dvorak (1841-1904).
Rusalka est une divinité des eaux, amoureuse éperdue du jeune prince qui se baigne fréquemment dans le lac où elle séjourne. La nymphe sollicite une sorcière d’un service : lui donner la forme (et les formes) d’une femme incarnée. Elle sera exaucée, mais au prix d’une sévère infirmité (elle devient muette), et d’une terrible menace : la damnation si le prince ne l’aime pas en retour.
Il la voit, il s’en éprend, puis il s’en lasse. Il s’éloigne, mais, la retrouve, veut la reconquérir. Elle le met en garde : s’il lui donne un baiser, il mourra dans l’instant.
Il l’embrasse, et meurt. Rusalka sombre dans les eaux noires.

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Ce que l’on sait de l’offensive ukrainienne

« Des actions contre-offensives et défensives ont lieu en Ukraine, et je n’en parlerai pas en détail », a déclaré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors d’une conférence de presse le samedi 10 juin. Le point sur le front et la stratégie de l’armée ukrainienne.


Depuis une petite semaine, les forces ukrainiennes sont engagées dans une série d’opérations sur un front de quelques 200 kilomètres, entre Bakhmout et Zaporijia. Ces opérations sont accompagnées de frappes en profondeur menées par l’artillerie (canon et roquettes) et des forces spéciales, allant jusqu’à quelques dizaines de kilomètres derrière le front, et visent notamment l’infrastructure ferroviaire, épine dorsale de la logistique des forces russes.

La contre-offensive pas encore à son maximum

Sur le front, on peut identifier quatre efforts importants conduits par les Ukrainiens, essentiellement sans la participation de la plupart des nouvelles brigades formées, équipées et entrainées ces derniers mois – du moins pour le moment. Certaines unités équipées de matériel occidental ont été engagées, mais plusieurs nouvelles unités ukrainiennes n’ont pas encore été identifiées sur le front ce qui laisse penser à une opération échelonnée dont l’intensité n’est pas encore arrivée à son maximum.

L’objectif militaire ukrainien est désormais clair : couper les voies de communication terrestres entre Louhansk – Donetsk et Kherson et la Crimée. Cela ne veut pas nécessairement dire que les Ukrainiens cherchent la « photo de victoire » d’un de leurs soldats se baignant dans la mer d’Azov entre Marioupol et Melitopol ! Du point de vue militaire, les Ukrainiens peuvent interdire tout mouvement sur ces voies de communication terrestres sans prendre les plages et ainsi atteindre l’objectif sans reprendre physiquement l’intégralité du territoire aujourd’hui annexé par la Russie.

Une opération longue

Une fois cet objectif atteint, les forces ukrainiennes vont s’organiser pour défendre leurs acquis et mettre la pression sur les Russes pour qu’ils évacuent la rive gauche du Dniepr, les régions de Kherson et Zaporijia. Comme nous l’avons vu pendant l’offensive de septembre-novembre 2022, le succès ne peut pas être mesuré aux avancées en kilomètres des forces ukrainiennes mais par le déficit logistique de l’un ou l’autre des belligérants (lorsque les forces combattantes consomment plus qu’elles ne reçoivent en réapprovisionnement). Les rares informations vérifiables (photos et vidéo authentifiées, datées et géolocalisées, certaines chaines cryptées) font état de quelques avancées ukrainiennes, de contre-offensives russes ainsi que de preuves de destructions de matériel hors contexte tactique. Puisque pour les Ukrainiens, une percée suivie d’une exploitation en profondeur et un écroulement de la défense russe n’est pas l’unique méthode pour atteindre leurs objectifs, même si le front est statique, le bilan peut être dramatique pour les Russes – les poussant jusqu’à l’abandon de ces deux régions. Pour cela, il faut maintenir la pression de manière permanente à la fois sur les unités au front (les obligeant à consommer essence, matériel, munitions et vivres) et sur la logistique en profondeur, détruisant des dépôts et ralentissant l’acheminement par trains et camions de tout ce dont les combattants ont besoin…

L’automne dernier, les forces ukrainiennes ont mis dix semaines (fin août – début novembre) pour obliger les Russes à abandonner la rive droite du Dniepr et la ville de Kherson. Cette fois-ci, leurs moyens sont bien supérieurs (en nombre, en matériel, en qualité), mais la tâche est aussi beaucoup plus compliquée. Le front est long et les Russes ont créé un espace de défense avec obstacles, mines, positions fortifiées et camouflées, stocks de vivres et munitions. Les Ukrainiens n’ont pas une option de contournement massive (au-delà des commandos) par opération de débarquement par voie maritime, et le rôle que leurs forces héliportées peuvent jouer n’est pas encore très clair. Dans ces conditions, quand on essaie de percer sans effet de surprise exactement là où l’ennemi vous attend, il ne vous reste que vos éventuels avantages tactiques et technologiques. Selon quelques indices publiés, les Ukrainiens essaient autant que faire se peut d’agir la nuit et de maximiser l’avantage de leur artillerie (meilleures portée et précision) pour détruire celle des Russes. Cependant, alors que la presse internationale s’attendait à une « contre-offensive » spectaculaire, nous sommes bien face à une opération longue (sur plusieurs semaines) dont l’évolution n’est pas visible, on l’a dit. Mais il faudra suivre de près l’engagement des nouvelles unités ukrainiennes avant de pouvoir tirer tous les renseignements utiles concernant l’avance de l’offensive.               

Les silences d’Abdelmassih H.

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Le suspect de l’attaque d’Annecy n’aurait rien dit pendant ses 48 heures de garde à vue. Pourquoi la si libérale Suède – du moins à l’époque – n’a pas voulu intégrer Abdelmassih H. à sa communauté nationale, alors que sa propre épouse était naturalisée ?


Jeudi 8 juin dernier, la France renouait avec la trop habituelle horreur des attaques au couteau. Cette fois-ci, les victimes étaient des enfants en bas âge dans un parc longeant le majestueux lac bordant la ville d’Annecy. Répondant au nom d’Abdelmassih H., l’assaillant de 31 ans est un réfugié syrien installé en France depuis tout juste quatre mois qui vivait dans un hall entre deux immeubles du centre de la ville. L’homme dont le prénom porté généralement par les chrétiens arabophones signifie « serviteur du messie », a embrassé une croix durant la commission de ces actes barbares et hurlé dans un anglais aléatoire « In the name of Jesus Christ » avant d’évoquer son ex-épouse et sa fille… du même âge que les enfants du parc. Depuis son arrestation et sa mise en garde à vue, il a gardé le silence, n’exprimant pas plus de remords que d’explications quant à son geste. Prostré en position fœtale dans sa cellule, il ne s’est pas alimenté et n’a pas bougé.

Naturalisation refusée en Suède…

La magistrate chargée de l’enquête n’a pour l’heure pu rapporter que des éléments matériels peu concluants, indiquant qu’Abdelmassih H. portait un couteau pliable, deux images pieuses chrétiennes, une croix autour du cou, 480 euros en espèces et un permis suédois. Abdelmassih H. était en effet passé par la Suède après s’être enfui en Turquie durant la guerre civile syrienne. Après avoir obtenu un permis de séjour permanent en 2013, il s’était installé avant de faire souche avec son épouse, une autre Syrienne qui avait obtenu la nationalité suédoise en 2021. De son côté, Abdelmassih H. avait vu toutes ses demandes de naturalisation refusées par les autorités suédoises, avant que l’Office suédois des migrations ne rejette définitivement sa demande en février 2022.

A lire aussi: J’me présente, je m’appelle Henri

Pourquoi la si libérale Suède, du moins à l’époque, n’a pas voulu intégrer Abdelmassih H. à sa communauté nationale alors que sa propre épouse était naturalisée ? Tout simplement parce qu’il avait déclaré avoir servi dans l’armée syrienne de juin 2011 à décembre 2012. Suffisant pour l’Office des migrations suédois puisqu’un « candidat à la naturalisation » qui aurait pu être actif ou aurait eu « une influence décisive sur une organisation dont on pense que les activités comprenaient des abus systématiques, étendus et flagrants tels que la torture, le meurtre et les exécutions extrajudiciaires ne peut pas obtenir la nationalité suédoise avant prescription d’un délai spécifique ». Lequel a été fixé à vingt-cinq ans.

… mais résident permanent

Il y a là une forme de bon sens, de logique élémentaire. Pourtant, en dépit de son passé militaire probablement traumatique, Abdelmassih H. a été admis en tant que résident permanent et a pu, grâce aux accords de Schengen, se promener dans toute l’Europe et commettre son acte démoniaque de la semaine passée. Au fond, l’important n’est pas de savoir s’il était musulman ou chrétien, si son acte était ou non politiquement motivé. De toute évidence, bien que la magistrate chargée de l’instruction se soit montrée prudente en déclarant qu’à ce stade il n’était pas possible de se prononcer sur le fait qu’Abelmassih H. souffre d’une maladie mentale, l’homme était un désaxé profond. Quelle autre civilisation que la nôtre a permis de laisser entrer sur son territoire des centaines de milliers de personnes revenant de zones de conflits particulièrement violentes, totalement inadaptées à notre mode de vie et donc potentiellement dangereuses ?

Si tous les « migrants » de Syrie, du Soudan, du Congo ou d’Afghanistan, ne sont pas tous des candidats à l’assassinat, au viol, au trafic de drogue, à la mendicité ou au vol, il y a de toute évidence parmi eux de nombreux profils qui en sont capables. On le voit bien, du reste, avec l’affaire d’Annecy. L’islamo-terrorisme est une circonstance aggravante du dérèglement des flux migratoires, mais il n’y a pas besoin de ce problème supplémentaire pour que ces arrivées soient déjà en elles-mêmes indésirables. La vérité est que nous subissons un phénomène qui ne peut être combattu qu’avec une grande coordination européenne et une résolution sans faille. Assaillie par ces exilés, la Suède a d’ailleurs fini par choisir un gouvernement qui a fait de la lutte contre l’immigration sa priorité absolue. Actuel premier ministre de Suède, Ulf Kristersson a même affirmé qu’il allait engager la rétro-migration de nombreux individus prétendument « réfugiés » ou arrivés dans la clandestinité.

A relire: Suède: vous ne viendrez plus chez nous par hasard

Décivilisation

Chargé de recherches au CNRS, Xavier Briffault explique à Atlantico qu’une méta-analyse portant sur 40 études et  11 000 personnes montre « une prévalence de troubles dépressifs chez les migrants de 32%, soit presque trois fois plus élevée que dans la population générale (…) La prévalence des troubles de stress post-traumatique est de 31%, soit 18 fois plus élevée qu’ici, en France, où le taux de ce type de troubles est généralement bas ». En janvier 2022, un Français ancien soldat d’élite en Afghanistan surnommé le « cannibale des Pyrénées » s’échappait de l’hôpital Marchant de Toulouse et agressait une femme âgée de 72 ans dans l’espoir de littéralement la dévorer. Un voisin s’interposait alors en pleine nuit, opposant son fusil pour se défendre. Un héros comme Henri. Nous avons déjà des crimes commis par nos propres « traumatisés », bien qu’il ne s’agisse pas d’une excuse : pourquoi en importer d’autres par millions ?

Pourtant, certains s’acharnent. Idéologues, ils ne voient pas le problème, ignorent la récurrence des cas graves. Ainsi de Benoit Hamon qui nous exhorte à ne pas « exploiter la peur ». Pour le socialiste, « demain la migration ne sera pas le problème, mais peut-être la solution ». De l’autre côté, il y a Henri, Français héroïque à qui l’on cherche des poux parce que trop catho et trop patriote. Bref, nous évoluons dans une réalité parallèle où la vérité est sans cesse attaquée. L’immigration massive de personnes qui échappent à l’horreur pour l’importer ici est un crime contre notre pays, contre notre civilisation. Nous ne pouvons plus laisser des bombes à retardement errer dans les rues. Le cas d’Annecy, malgré ses spécificités et ses zones d’ombre, l’illustre crûment.

Djokovic: le moine soldat des courts

Sacré hier à Roland-Garros pour la troisième fois de sa carrière, le Serbe est devenu le joueur le plus titré de l’histoire en Grand Chelem avec 23 titres.


Il triomphe, il terrasse, il flamboie, il agace, il irrite, il dérange, il clive. Mais il met tout le monde d’accord dès qu’il prend possession d’un court sur quelque continent que ce soit. Vingt-trois grands chelems, qui dit mieux ? Ou plutôt qui dira mieux désormais… À part Djokovic lui-même, peut-être bien ? Bref, l’homme frise le surhomme à maints égards. Ceux qui le côtoient ne cachent pas – en privé – qu’il atteint ce niveau, qu’il s’y maintient avec une telle constance – à trente-six ans – au prix d’une approche quasi obsessionnelle ou névrotique, non seulement de son sport, mais de sa vie même. Voire. On se doute bien qu’un tel parcours ne se réalise pas en se contentant du minimum et moins encore dans le culte de la désinvolture. Certes non. Alors, évidemment, on est tenté de se demander si l’extraordinaire force mentale dont cet immense compétiteur fait montre d’exploit en exploit ne se nourrirait pas d’une autre force, morale celle-là. Voire spirituelle. À peine remis de l’émotion de son vingt-troisième succès en grand chelem à Roland Garros, il prend le micro qu’on lui tend et quel est le mot qui, dans le flux des propos de convention, lui vient aux lèvres ? C’est le mot de « valeurs ». Les valeurs que quotidiennement, confesse-t-il ainsi urbi et orbi en prédicateur missionné, il s’efforce d’inculquer à ses enfants, adorables au demeurant. Son enfance à lui, c’était déjà le tennis. Pratiqué d’emblée frénétiquement. À ceci près qu’il devait jongler avec les bombardements de son coin de Serbie pour caler ses entraînements. C’était la guerre. Les enfants des guerres ne deviennent jamais des adultes comme les autres. Le temps était compté, on enchaînait les tie break plutôt que des jeux entiers ou des sets. D’où peut-être bien son insolente supériorité dans cet exercice encore aujourd’hui ? Cette incursion en territoire de « valeurs » me semble receler un aveu surprenant et magnifique. L’aveu que ce qui le fait se lever chaque matin et se battre jour après jour dépasse de loin les motivations habituelles du sportif, du guerrier des stades où de la piste, juste occupé de force musculaire, d’énergie mentale et de gloire clinquante. Chez lui, il y a au-dessus de cela une implication qui, je le pense, ressortit à une forme de mysticisme. Ce serait cela le vrai grand secret. Et je ne peux m’empêcher de voir en Novak Djokovic, raide de maintien, marmoréen dans la plupart de ses attitudes, une espèce de moine soldat des courts. La raquette est son glaive. Et la coupe des Mousquetaires qu’il brandit, une préfiguration du graal ultime à la conquête duquel il ne cesse de rêver. Et dont il est probablement le seul à connaître le secret. Quelque chose comme le surpassement de l’être au point qu’il n’y a plus rien à prouver, non seulement à quiconque, mais d’abord à soi-même.

Marie Stuart - Reine tragique

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Le prince assassiné - Duc d'Enghien

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Henri est bien plus qu’Henri

Il n’est jamais trop tard pour célébrer. En compagnie de multiples admirations et contre quelques dérisions. Le billet de Philippe Bilger.


Henri d’Anselme, le héros d’Annecy âgé de 24 ans, celui qui avec courage a empêché le criminel syrien d’aggraver encore son massacre, a été questionné avec finesse et délicatesse durant 25 minutes, par Pascal Praud, le 9 juin. Pour tous ceux qui se trouvaient sur le plateau – j’en étais – et sans doute pour les téléspectateurs, ce fut un moment d’émotion et d’intense gravité, à cause de la tragédie du 8 juin et grâce à la qualité humaine et intellectuelle d’Henri. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire référence à ce que j’avais entendu sur France Inter dans l’émission de Sonia Devillers, le 8 juin, avec Elias Sanbar comme invité. Celui-ci dénonçait le culte des origines, approuvé par Sonia Devillers, qui, avec sarcasme, clairement pour s’en moquer, a raillé « les cathédrales ». Daniel Schneidermann, dans la journée du 9 juin, a publié une chronique dans Libération « Henri d’Arc, un héros chez Bolloré » – dans laquelle il ironise sur « l’occasion pour Pascal Praud de pousser à fond sur le sentier de la transcendance ».

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Leçon de courage

Entre Sonia Devillers tournant en dérision les cathédrales (mais sans que Henri soit en cause) et Daniel Schneidermann, il y a eu précisément l’intervention d’Henri sur CNews où, avec modestie et intelligence, il a fait surgir dans le débat des vertus et des croyances qui, évoquées avec gravité et humour à la fois, ont constitué une sorte de miraculeux intermède mettant à l’honneur une autre jeunesse, d’autres élans et des valeurs trop ignorées. Avec quelle audace il a osé parler de la foi, du courage, de l’humilité, du chemin des cathédrales qu’il avait déjà commencé à parcourir et du fait qu’on ne pouvait se réclamer de Jésus-Christ en agressant de petits enfants, les plus fragiles d’entre nous… Comme il a tenu à faire partager cette conviction que ce qu’il a accompli et qui était instinctif devrait être, face au péril et pour protéger autrui, l’action de chacun. Mais rien de pesant ni de didactique dans ces échanges formidables où une qualité d’âme et d’esprit se révélait dans sa pureté…

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Je ne vois pas au nom de quoi on pouvait s’autoriser condescendance, aigreur ou critique face à cet exemple dont on n’était pas obligé de partager la foi pour admirer la personne… Je ne vois pas non plus pourquoi la transcendance aurait été absente du questionnement puisqu’elle se trouvait au cœur de la personnalité d’Henri et de sa conception de la vie… Pour ma part, si aucune dissonance ne m’éloigne d’une profonde admiration pour Henri, je souhaiterais cependant prévenir d’une tentation : le porter d’autant plus aux nues que ces hommages nous dispenseraient de manifester du courage à chaque fois que la quotidienneté nous en donne l’occasion. J’entends bien que ce n’est pas le courage d’Henri qui dans la banalité des jours risque de nous échoir. Mais de cette vertu capitale, il y a mille visages et je crains que nous soyons prêts à nous passer trop souvent du nôtre.

Henri est bien plus qu’Henri : son exemple devrait nous inciter à réfléchir sur nous-mêmes et je songe tout particulièrement aux politiques, de tous bords. Ce courage physique, cette indifférence à l’égard de ce qui pourrait l’atteindre, Henri les a portés au plus haut. Mais pourquoi, alors que son chemin était le plus dur, les politiques (au pouvoir et dans l’opposition) nous donnent-ils souvent l’impression d’être dénués de l’audace minimale, du courage seul remède contre la bêtise et la haine, qui devrait les faire se comporter avec cette sorte d’évidence qui a mû, sur un autre plan, Henri ?

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Je suis lassé de ces hommages permanents rendus à des personnalités que nous qualifions d’emblématiques, comme si elles n’appartenaient pas à notre condition et que nous n’en étions pas solidaires. Comme si nous étions voués à ne jamais les imiter. De ces politiques donnant le mauvais exemple quand, face à la folie du monde et aux atrocités, face à la résistance de quelques-uns, ils devraient au moins se tenir bien et, à leur place, faire preuve du courage qu’on attend d’eux, quelle qu’en soit la nature.

Il ne faudrait pas que Henri devienne l’éblouissante exception qui confirmerait la règle de l’abaissement.

Qui aura la peau de Cléopâtre?

Avec son docu-fiction, la Reine Cléopâtre, sorti le 10 mai, et en avançant la thèse d’une reine Cléopâtre noire, Netflix flatte un certain public. La plateforme change.org lui emboite le pas, en censurant une pétition.


L’esclandre déclenché par la série La Reine Cléopâtre de Netflix, sortie le 10 mai, est largement connu. En choisissant une actrice noire pour jouer la pharaonne dans un « docu-fiction », la productrice et narratrice Jada Pinkett Smith, l’épouse du célèbre gifleur, accrédite la thèse afrocentriste qui fait de la dernière de la lignée des Ptolémées une femme d’origine majoritairement subsaharienne. Cette thèse, propagée dans certaines universités américaines, est condamnée comme fausse par la plupart des spécialistes. La stratégie de Netflix est manifestement de flatter un certain public afro-américain au prix de la vérité historique.

Sans surprise, les Égyptiens ont vivement protesté contre ce qu’ils considèrent comme une appropriation culturelle. Ce qui a moins attiré l’attention générale, c’est la lutte intersectionnelle que la série a mise en lumière, confrontant deux visions contestables, ainsi que l’arbitrage entre ces deux visions, imposé par le complexe techno-industriel californien. Dès avant la sortie de la série, deux Égyptiens avaient posté sur le site change.org une pétition pour protester contre la « falsification » de l’histoire promue par la « pseudoscience » qu’est l’afrocentrisme. Cléopâtre n’était pas une « reine noire », mais une Grecque. En moins de deux jours, la pétition a récolté plus de 85 000 signatures, avant d’être retirée par change.org au motif que des « informations » dans le texte auraient violé « le règlement de la communauté ». C’est peut-être parce que la pétition affirmait que « l’Égypte n’a jamais été NOIRE, et elle n’a jamais été BLANCHE », ce qui n’est pas tout à fait exact.

La lignée des Ptolémées, les descendants d’un général macédonien d’Alexandre le Grand, était européenne, tandis que les interactions entre l’empire des anciens Égyptiens et les Nubiens de peau noire au sud ont été nombreuses et complexes. Si la plateforme californienne n’a pas eu le courage de donner de telles précisions, c’est sûrement parce qu’elle est gênée par une abondance d’erreurs intersectionnelles. Des deux thèses fausses, Netflix promeut l’une, change.org supprime l’autre.

L’homme enceint, ou le mensonge banalisé

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Le déconomètre s’emballe ! Il est inquiétant de voir à quel point nos médias progressistes les plus sérieux reprennent la doxa de l’idéologie du genre, sans la moindre distance.


La pensée totalitaire, qui fait passer des mensonges énormes pour des vérités banales, a de plus en plus d’alliés complaisants. Les médias « progressistes », enrôlés par la propagande LGBT+ et ses oukases, sont de ceux-ci. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la caution moutonnière donnée au magazine britannique Glamour. Ce dernier a mis en une cette semaine la photo d’une femme enceinte transgenre, Logan Brown, qui se revendique homme. « Un homme transgenre enceint fait la une du magazine Glamour UK », a relayé BFMTV, sans s’arrêter sur la portée de la fiction de l’homme enceint. Le Parisien a repris l’information sans recul : « A 27 ans, le britannique Logan Brown est un homme transgenre et il a donné naissance à une fille ». Déjà, il y a un an, le Planning familial avait publié un visuel représentant un couple transgenre avec comme légende : « Au Planning, on sait que des hommes aussi peuvent être enceints ». Ceux qui avaient protesté contre cette manipulation du réel, en rappelant qu’un homme ne peut enfanter, avaient été accusés par le Planning de porter des propos haineux et d’extrême droite. Contester la réalité de l’homme enceint vaut d’être potentiellement poursuivi pour transphobie par les idéologues de la théorie du genre. Dans son alerte contre le totalitarisme (1984), George Orwell fait admettre à un esprit récalcitrant, brisé intellectuellement par la terreur du parti, que 2+2= 5. C’est ce même processus d’une soumission idéologique à un monde faux, ennemi du bon sens qui est à l’œuvre aujourd’hui.

Cette fois, on ne rigole plus. Quand Alphonse Allais titrait un de ses recueils : Deux et deux font cinq (1895), c’était pour en rire. Désormais, un danger pour l’intelligence et la démocratie se précise, avec cette offensive de minorités sexuelles intolérantes visant à imposer leurs lubies par leur victimisation et des procès en déviance. Ces assauts irrationnels auraient encore, naguère, relevé de l’asile de fous. Ils pourraient certes rester ridicules. Or ils ont trouvé dans une gauche sans repères, gagnée par le gauchisme culturel (Jean-Pierre Le Goff) et son esprit de sérieux, des oreilles envoutées. L’abrutissement de certains médias, qui ne cessent pourtant d’en appeler à la morale et à la vérité des faits, aveugle ces redresseurs de torts sur la fabrique du mensonge le plus grossier. Le gouvernement lui-même, qui dit vouloir traquer les désinformations et en appelle à la raison, soutient l’emballement du déconomètre : Pap Ndiaye s’inscrit dans la lignée du wokisme et des combats communautaristes du lobby transgenre. Tandis que le pouvoir alerte sur l’extrême droite, qui serait représentée par la pensée souverainiste qui veut redonner la parole au peuple, la France se laisse subvertir par les déconstructeurs et la tyrannie des minorités. La pensée fausse, qui en cinquante ans a précipité la France dans son déclin, s’emballe maintenant dans l’absurde. Urgent de rappeler que « l’homme enceint » est un imposteur.

1984

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Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Les Italiens du quai de Conti

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Jusqu’au 2 juillet, l’Académie des beaux-arts rend hommage au photographe Bruno Barbey (1941-2020) dans une exposition gratuite située Pavillon Comtesse de Caen…


C’était quoi l’Italie des années 1960 ? Des jeunes filles fières à l’œil sombre, des gamins pouilleux en cravate, des carcasses de Topolino, des terrains vagues, de la poussière, des soutanes, des putes et des gueules pas possibles. Il faudra précisément dater le jour où les hommes ont perdu sur leur visage, les traits d’une émotion naturelle, aucunement trafiquée par les modes et les médias, une vérité qui explose pleine face, qui saisit dans une rue de Naples ou de Milan, dans la misère des après-guerres qui n’en finissent plus ou l’opulence des fragiles résurrections économiques.

Bruno Barbey sous le charme de l’Italie des années 60

Bruno Barbey, figure historique du photojournalisme, pilier de l’agence Magnum, membre de l’Académie des beaux-arts avait photographié l’Italie entre 1962 et 1966 avant de couvrir tous les conflits de la planète, du Biafra à la guerre du Golfe. Ses reportages sur un pays balloté entre néoréalisme et Dolce Vita devaient alors constituer le troisième volume publié par l’éditeur Robert Delpire d’une série débutée par Les Américains de Robert Frank en 1958, puis suivie par Les Allemands de Réné Burri en 1962. Ce livre intitulé Les Italiens ne vit le jour que 40 années plus tard en 2002 et a fait l’objet d’une reparution l’année dernière préfacée par l’écrivain Giosuè Calaciura aux éditions delpire & co. Ces clichés en noir et blanc sont désormais visibles sur les bords de la Seine, au Pavillon Comtesse de Caen, dans l’antre de l’Institut, dans une exposition gratuite et libre d’accès. Pourquoi faut-il pénétrer dans cette chambre noire, ce confessionnal silencieux, à deux pas du tumulte touristique des quais et venir prendre, non pas un bain de soleil, mais plutôt recevoir une homélie de ce peuple ami ? Parce que Barbey a saisi l’essence même des Italiens, l’effronterie sauvage et le poids des siècles, la vie traditionnelle des campagnes et les prémices d’une américanisation, les bouleversements en gestation et les habitudes ancrées dans les mémoires, la foi et la paix des braves, le pain de fesse et la communion, les habits rapiécés et les uniformes carnavalesques, ce moment de bascule où le pays plongea dans la civilisation marchande jusqu’à perdre son âme. Barbey, du nord au sud de la Botte, prend le pouls d’une nation qui cahote sur les chemins de l’expansion ; les traces du désastre sont pourtant là, à bout touchant, les grandes bacchanales de la consommation ne sont réservées qu’à une poignée de privilégiés. Pour l’heure, l’Italie se réanime doucement, difficilement, dans la gêne et la sueur, le labeur et l’incertitude du lendemain, la précarité n’est pas un mot de technocrate lancé dans une assemblée d’experts, elle se vit au quotidien pour des millions d’Italiens.


Les temps nouveaux laissent bon nombre d’entre eux sur le carreau. Chez d’autres nations plus geignardes, ces difficultés de se nourrir, de se loger ou de trouver un travail pourraient être un frein à la légèreté et à la famille ; chez eux, la rudesse de l’instant présent s’accompagne d’un détachement quasi-fataliste et d’une pointe de morgue, il y a dans leurs yeux, la lumière des bannis qui ne sombrent pas. L’Italie souffre certainement, elle n’a pas décidé cependant de mourir. Sa jeunesse nécessiteuse flambe pour exister, les plus anciens courbent le dos dans les champs, et puis surtout, le plus étonnant dans un pays fissuré géographiquement, c’est une forme de cohésion qui semble naître, très étrangère à notre individualisme français, tous ces gens de peu ne se détournent pas de l’objectif, ils le fixent. Leur assurance nous fait du bien. Elle nous redonne espoir dans la dignité.

Beauté insolente

Et surtout, ils sont beaux. Les femmes parlent avec leurs mains, les gamins posent avec insolence, les vieux ouvriers ressemblent à des acteurs d’Hollywood, on monte à cinq sur une Lambretta dans les rires et un équilibre plus qu’instable, les belles de Milan en robe de soirée sont des lointaines cousines de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, on lit le Corriere dello Sport chez le coiffeur, les Cadillac immatriculées Corps Diplomatiques se garent au pied de la Piazza di Spagna, la casse est le décor idéal pour gaspiller son énergie, on vend des fumetti et des poulpes sur les étals de marché ; entre les processions et le Luna Park du dimanche, notre cœur balance. En sortant de cette exposition, j’ai repensé à cette phrase d’Henri Calet dans Jeunesses : « D’une façon générale, j’aime bien les gens qui n’ont rien à me dire ». Les photos de Barbey me font le même effet, elles se regardent sans aucune explication.  


Informations pratiques : https://www.academiedesbeauxarts.fr/exposition-hommage-bruno-barbey-les-italiens

Naples, 1966

Jeunesse

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Emmanuel Macron s’adore trop pour reconnaître ses failles

Macron persiste à croire que l’économie revivifiée (en supposant qu’elle advienne) remettra la France d’aplomb, avec un zeste de « transition écologique » pour la galerie. C’est ne rien comprendre à la détresse qui mine notre vieille nation angoissée par sa survie.


Vexé comme un pou, il a balayé la remarque : « Je ne suis jamais méprisant ! » (TF1, 15 mai). Emmanuel Macron s’adore trop pour reconnaître ses failles. Elles le poussent à sa perte. Il a dit aussi (L’Opinion, ce même 15 mai) : « Le déni des réalités, c’est le carburant des extrêmes. » Très juste. Toutefois, son premier déni est de refuser d’admettre qu’il est devenu imbuvable. C’est du moins ce que disent des citoyens et des observateurs perplexes; j’en fais partie. La haine envers le chef d’État devient même hystérique : le voici grimé en Hitler sur des affiches, un 49.3 en guise de moustache. Cette répulsion est une blessure cruelle et injuste pour celui qui aime ceux qui l’aiment. Ce technocrate cérébral, fou de lui-même, n’est pas dénué d’empathie ni d’une gentillesse émotive : rien n’est plus humaine que son indignation devant les décérébrés qui ont tabassé l’autre jour, à Amiens, son petit-neveu, Jean-Baptiste Trogneux, ciblé pour son lien familial. Ces rustres ont exprimé l’air du temps, dans une détestation primaire. Cependant, dénoncer les caricatures et les violences n’est pas suffisant. Il faut comprendre les ressorts du rejet vomitif que Macron suscite.

L’explication ? Macron paie sa morgue. Son travers intime, qui déborde sur la lippe, est mimétiquement porté par son clan. La Macronie est la caricature d’une classe sociale déracinée, à l’aise dans la mondialisation pour les riches. Le président paie moins une « dérive autoritaire » (Charles de Courson), qu’une lâcheté dissimulée derrière l’autoritarisme des faibles. Le petit despote excelle dans l’évitement. Jupiter pour la galerie, il a laissé la violence légitime – celle de l’État – se faire humilier par la loi des plus fort : celle des voyous des cités diversitaires, dresseurs d’enfants sauvages, des casseurs des manifs syndicales, des djihadistes de la conquête territoriale, des minorités pleurnichardes. La violence politique, qui s’ajoute aux autres explosions dans une spirale apparemment irrépressible, répond à une pratique illibérale du pouvoir, mise au service des intérêts d’une caste accrochée à ses privilèges comme la bernique à son rocher. La réconciliation entre Macron et la France profonde, cette « classe moyenne » qu’il cherche à amadouer par des promesses de baisse d’impôts (2 milliards à l’horizon 2027), n’aura pas lieu.

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Le divorce est consommé. Le peuple maltraité est en état de légitime défense. L’argent public, que la Macronie est prête à distribuer pour acheter la paix, ne suffira pas à éteindre ses ressentiments. À peine ouvre-t-il la bouche pour protester, ce peuple révolté, qu’il devient « nauséabond » au nez sensible des néo-Versaillais sans manières, fascinés par les puissants industriels internationaux. Le big boss de la « start-up nation » a invité, dans le cadre de l’opération « Choose France », 200 des plus grands patrons du monde à souper chez Louis XIV, sans mesurer le décalage symbolique d’une telle réception. L’usage du 49.3, utilisé par le gouvernement pour empêcher un libre vote parlementaire sur la réforme des retraites, a été une violence démocratique dont Macron n’a pas fini d’avoir à rendre compte. La décision arbitraire de son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, le 12 mai, d’interdire des manifestations et des réunions soupçonnées de défendre des idées d’extrême droite ou d’ultra-droite, en laissant l’extrême gauche partir à l’assaut de la République, a aggravé la pente liberticide de la Macronie : elle confond l’hygiénisme sanitaire et les pensées aseptisées. Le choix de disperser d’autorité des migrants dans des bourgs et des campagnes est une autre manière de brutaliser continûment une société qui veut fuir une immigration fauteuse de troubles. Auditionné par le Sénat le 17 mai après un incendie criminel contre son domicile, le maire démissionnaire de Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique), Yannick Morez, a expliqué que « l’État ne souhaitait pas informer les habitants » de sa décision de pérenniser un centre de migrants près d’une école, laissant à la mairie le soin d’appliquer la volonté de Paris.

Eh bien, non ! Ces manières de gouverner à la schlague ne sont pas des méthodes. Un président qui se prétend à l’écoute et affirme n’être jamais méprisant ne se comporte pas ainsi. Déjà, lors de ses vœux de décembre 2018, il avait accusé les gilets jaunes, cette insurrection de la France invisible, de s’en prendre « aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels », dans une affabulation destinée à flétrir la « foule haineuse » des braves gens. Innombrables ont été ses saillies pour salir les oubliés, coupables d’exiger le respect élémentaire de ceux d’en haut. C’est ainsi que le personnel soignant non vacciné, en première ligne et sans masque lors de la déferlante du Covid, a été ensuite répudié pour avoir refusé l’injection. Or, comme le rappelle le sociologue au CNRS Frédéric Pierru (Libération) : « Le soignant croquemitaine antivax est un fantasme. Leur rejet portait uniquement sur le vaccin anti-Covid […]. Ils ne voulaient pas devenir des cobayes. » L’avenir a montré qu’ils avaient bien raison.

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Macron, à rebours de ses démentis, a fait du déni sa marque de fabrique. Il persiste à croire que seule l’économie revivifiée remettra la France d’aplomb, avec un zeste de « transition écologique » pour la galerie. C’est ne rien comprendre à la détresse collective qui mine la vieille nation malmenée par ses dirigeants frivoles, angoissée par sa survie. Ce ne sont pas les gadgets démocratiques, comme ces grands et petits débats ou ces conventions citoyennes, qui retisseront les liens. Quand le président assure par exemple à propos de l’euthanasie, toujours content de lui : « Ce qu’on est en train de faire sur la fin de vie est un petit modèle d’innovation démocratique avec des citoyens », il se paie de mots, se moque du monde. Cette infantilisation des gens est une injure à l’intelligence collective. La seule innovation démocratique serait de banaliser le référendum afin de rendre la parole aux Français méprisés. Ils peuvent toujours attendre…

Immigration au Danemark: quand la gauche regarde la réalité en face

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La première ministre danoise, Mette Frederiksen au congrès européen en Belgique, le 24/03/2023 © CHINE NOUVELLE/SIPA

La réalité, une intruse pour la politique française.


Le Danemark est gouverné par la social-démocratie et il est devenu un exemple pour tous ceux qui aspirent à une forme d’humanisme qui ne soit pas niais, à une forme de générosité qui ne soit pas suicidaire ni du gaspillage. On ne compte plus les chefs de parti qui se rendent dans ce pays pour découvrir ses secrets, pour comprendre sa logique et tenter d’appréhender ses recettes pour les appliquer dans leur propre nation. Notre ministre en charge du Renouveau démocratique Olivier Véran s’y est rendu le 4 mai 2023, et Eric Ciotti (LR) le 23. Mais cela ne s’enseigne pas aussi facilement, à supposer même que cette réussite danoise puisse se transmettre. Non pas seulement à cause des spécificités de ce royaume, rendant de toutes façons impossible une copie conforme ailleurs, mais surtout parce qu’il y a dans l’esprit et la manière danoise un pragmatisme et une lucidité aux antipodes de la méthode française. Il faut à nouveau citer Charles Péguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ». Le réel au Danemark est un allié, en France il est un adversaire. Pour le Danemark, rien ne peut s’accomplir sans le réel, pour la France, il convient de le mettre entre parenthèses. Il est une chance pour les Danois, il est un intrus pour le pouvoir français qui préfère l’ignorer. Par idéologie ou pour s’en inspirer, dans le meilleur des cas, mais tardivement et partiellement. C’est la politique, chez nous, qui devrait imposer sa loi au réel et évidemment c’est le réel qui gagne à tout coup…

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C’est à cause de cette propension « à ne jamais voir ce que l’on voit » qu’avant l’action, les partis et les autorités sont incapables de s’accorder sur les constats, les chiffres, les données de toutes sortes. Comme s’il convenait d’introduire la subjectivité des convictions, l’affrontement des antagonismes, de l’aléatoire, de l’équivoque, dans ce qui est pourtant incontestable. Cette obsession de faire fi du réel touche plus particulièrement la gauche et l’extrême gauche parce que la structure, les dérives, la dégradation de notre monde renvoient de plus en plus à l’obligation d’une politique conservatrice, d’autorité, de sauvegarde. Plus de lucidité que d’espérance. Le réel devrait briser net les pulsions révolutionnaires sauf quand l’extrémisme décide de penser et de proposer comme s’il n’était pas là. La droite et l’extrême droite ne sont pas, elles, complètement à l’abri d’une écoute trop distraite du réel, notamment à cause de ce prurit qui trop longtemps a incité la première à se laisser gangrener par la gauche et la seconde à préférer un projet techniquement provocateur à l’enseignement d’une réalité trop sage.

Pour le Danemark, on doit changer de politique quand le réel la contredit. En France on n’est pas loin, absurdement, quand le réel n’est pas conforme à nos vœux, de vouloir le reléguer, pour n’avoir rien à changer à l’idéologie ou au projet politique. Mieux vaut dénier ce qui est, au bénéfice de ce qui devrait être, plutôt qu’inventer un futur plausible à partir d’un présent immédiat et solide. Il est patent que cette approche théorique ou idéologique, au lieu d’être empirique est spécialement détestable en matière d’immigration et de droit d’asile, pour la France comme pour l’Union européenne. Il me semble toutefois que cette distance mise à l’égard du réel ne concerne pas que le domaine politique mais pourrait constituer une clé pour tant d’autres secteurs de la vie française, y compris sur le plan médiatique, où l’animosité des débats paraît résulter plus d’une inaptitude à s’accorder sur des éléments objectifs, factuels et vérifiables que sur une passion de la dispute, la première aggravant la seconde.

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Ce ne serait pas une médiocre avancée pour notre République que d’accepter au moins ce consensus constituant la réalité et sa définition exacte comme le terreau nécessaire à toute élaboration politique ou autres. Le Danemark cesserait alors d’être un modèle pour devenir comparable à une France en réussite.

«Un homme, c’est un homme, mais un bel homme c’est autre chose»*

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Isabelle Adjani dans la pièce de théâtre "Ondine", de Jean Giraudoux, Comédie Française, 1972 © LIDO/SIPA

Le radeau des médusés


Jeudi 8 juin, un individu venu de Suède, Syrien d’origine, sans doute facilement irritable, frappe d’une lame acérée quatre enfants en bas âge et deux retraités, sur une rive du lac d’Annecy. Ce lieu de villégiature paraissait pourtant éloigné de la tragédie contemporaine, épargné à tout jamais par les délits et les crimes quotidiens dont s’effraie et auxquels se résigne le pays des Lumières vacillantes et en voie d’extinction…

Depuis, M. Schneidermann a versé sa petite liqueur fielleuse dans Libération (autrefois journal de garnements effrontés, de vieux adolescents migraineux, tout en plumes souvent talentueuses et urticantes : on y cherchera en vain de telles personnalités aujourd’hui). Dans sa chronique du 9 juin, sous le titre « Henri d’Arc », l’illustre pourfendeur du neofascisme dénonçait l’influence délétère de CNews, refuge bolloréen des « cathos-tradi » (sic) qui concluent, n’en doutons pas, leurs prières par un très approprié « nazi-soit-il » (1). M. Schneidermann n’est certes pas menacé de périr par noyade dans un bénitier, mais nous lui déconseillons d’approcher d’un peu près le bûcher des vaniteux : il ferait un excellent combustible (2).
Nous publions ci-après, sans lui en demander l’autorisation mais en forme d’hommage à son talent de polémiste, la conclusion de la réponse que lui adressa Jean-Paul Pelras sur le site L’agri, le 11 juin :
« Que ferions-nous, monsieur Schneidermann, sans les prédicateurs de votre acabit ? Ceux qui s’interposent entre le courage et la théologie avec une appréciation à géométrie variable dès qu’il s’agit d’influencer les esprits. Et qu’auriez-vous fait, oui, en définitive, qu’auriez-vous fait à la place d’Henri ? C’est peut-être autour de cette question que vous devriez disserter dans les colonnes de Libé. Avant de vous vautrer dans les eaux basses d’une chronique qui brocarde un héros, de surcroît, sacrilège suprême, affublé sur sa manche d’un petit drapeau français, pour désigner, en abusant des « voix » détournées, ce et ceux que vous détestez.»

D’Ondine à Sandrine

Sœurs « qui après nous vivrez », dont l’espoir est sans limite et le chagrin inépuisable, entendez la réponse d’Ondine aux hommes. Songez d’abord aux manifestations embarrassées de leur désir et entendez librement la fantaisie amoureuse qu’il suscite ; inspirez, corrigez aussi les vaines et merveilleuses figures de géométrie dans les spasmes, que cette même fantaisie leur inspire. Oubliez un instant la face blême des peloteurs contrefaits, des frôleurs du métropolitain, et l’ombre épouvantable des assassins qui sortent un couteau de leur braguette. Tant il est avéré que les brutes, les psychopathes et, récemment, les « chrétiens d’Orient » forment une légion dangereuse, qui se répand sur le territoire national.
À titre personnel, je voudrais qu’Ondine, la belle et audacieuse nixe, par ses seules paroles tendres, couvrît de honte Sandrine Rousseau, qui prétend porter la parole des femmes, qu’elle n’imagine que meurtries, salies, souillées, et qu’elle espère rassembler sous sa triste bannière en soufflant dans une vuvuzela de réjouissances foraines. Inlassable donneuse de leçons, notre sans domicile fixe des dernières élections législatives (3) croit trouver dans les crimes réels, avérés, nombreux, autant d’occasions d’ouvrir sur la place publique un parapluie de camelot vite rempli de sa logorrhée moralisatrice, qui trahit surtout un déplaisant carriérisme.

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Les femmes de l’écologie se suivent et se ressemblent. Ce que disait Françoise Hardy de l’ineffable Cécile Duflot, irait fort bien sous le portrait en pied de Sandrine Rousseau :
« Ses combats pour l’environnement ont beau être d’une importance incontestable, comment ne pas être choqué par l’arrogance et le sectarisme de cette petite bonne femme, persuadée de détenir la vérité au point de ne pas vouloir entendre ceux qui ne pensent pas tout à fait comme elle ou qui contredisent ses assertions en leur opposant des faits et des chiffres incontournables? Comment ne pas être irrité par sa logorrhée débitée sur un rythme de plus en plus précipité au point qu’on finit par avoir envie sinon de l’étrangler, du moins de la bâillonner pour qu’elle se taise enfin et nous laisse souffler? Elle ne parle pas: elle glapit.» (4)

« Je savais bien qu’il devait y avoir une raison pour être fille. La raison est que les hommes sont aussi beaux…» Ondine, Jean Giraudoux (5)

Alors, Ondine ?
C’est une très jeune fille, qui vit dans une cabane de pêcheur avec ses parents adoptifs. Son origine est mystérieuse, il faut la chercher du côté de l’eau, dans le lac même sur les bords duquel elle fut trouvée (6)
Un chevalier se présente, un jour, il demande un abri, il a faim :
[Le Chevalier, Auguste (le père), Eugénie (la mère), Ondine]
Ondine, de la porte où elle est restée immobile. – Comme vous êtes beau !
Auguste. – Que dis-tu, petite effrontée ?
Ondine. – Je dis : comme il est beau !
Auguste. – C’est notre fille, Seigneur. Elle n’a pas d’usage.
Ondine. – Je dis que je suis bien heureuse de savoir que les hommes sont aussi beaux… Mon cœur n’en bat plus !…
Auguste. – Vas-tu te taire !
Ondine. – J’en frissonne !
Auguste. – Elle a quinze ans, Chevalier. Excusez-la…
Ondine. – Je savais bien qu’il devait y avoir une raison pour être fille. La raison est que les hommes sont aussi beaux…
Auguste. – Tu ennuies notre hôte…
Ondine. – Je ne l’ennuie pas du tout… Je lui plais… Vois comme il me regarde… Comment t’appelles-tu ?
Auguste. – On ne tutoie pas un seigneur, pauvre enfant !
Ondine, qui s’est approchée. – Qu’il est beau ! Regarde cette oreille, père, c’est un coquillage ! Tu penses que je vais lui dire vous, à cette oreille ?… À qui appartiens-tu petite oreille ?… Comment s’appelle-t-il ?
Le Chevalier. – Il s’appelle Hans…
Ondine. – J’aurais dû m’en douter. Quand on est heureux et qu’on ouvre la bouche, on dit Hans…
Le Chevalier. – Hans von Wittenstein…
Ondine. – Quand il y a de la rosée, le matin, et qu’on est oppressée, et qu’une buée sort de vous, malgré soi on dit Hans…
Le Chevalier. – Von Wittenstein zu Wittenstein…
Ondine. – Quel joli nom ! Que c’est joli, l’écho dans un nom !… Pourquoi es-tu ici ?… Pour me prendre ?…
Auguste. – C’en est assez… Va dans ta chambre…
Ondine. – Prends-moi !… Emporte-moi !
Jean Giraudoux, Ondine, acte I, scène 3 (extrait)

Du savon et de son bon usage…

Ondine n’appartient pas à notre monde : elle est une nixe, une fille des eaux, une créature du lac. Cependant, sous l’effet d’un coup de foudre sensuel, elle prend le risque de rompre avec son ordre « naturel ». Ce qu’elle croit saisir des hommes dans la personne du chevalier fonde un amour absolu, éternel. Elle l’a trouvé si attirant, qu’elle en a conclu qu’il lui était destiné.
Ondine est vouée au malheur, bien sûr, mais elle aura connu le sentiment mystérieux, que les humains, ces êtres attachants et décevants, nomment l’amour.
J’ai vu Ondine à la Comédie française, dans la mise en scène de Raymond Rouleau, en 1974. Jean-Luc Bouté y était le chevalier. Ce magnifique comédien, disparu prématurément, a laissé un souvenir ineffaçable à ceux qui l’ont connu. Il paraissait sur la scène, mobile, puissant, le regard d’un singulier éclat, et l’on était envoûté par sa silhouette dure et ses traits de florentin renaissant croqué par Léonard de Vinci. Isabelle Adjani incarnait Ondine, c’est-à-dire qu’elle rendait sensible à la fois son essence extra-humaine et le consentement heureux à sa nouvelle, terrible et adorable condition. Elle n’avait pas vingt ans, en paraissait quinze à peine. Elle aussi venait d’ailleurs, comme suscitée par une source magique.
Un esprit malicieux verrait peut-être dans Ondine une manière de transgenre : elle s’affranchit de tous les interdits génétiques et culturels qui la faisaient appartenir à l’ordre lacustre. Mais sa métamorphose n’est pas le fruit d’une protestation, d’un malaise, elle ne s’accomplit pas dans la revendication, elle ne fonde pas une fierté nouvelle : elle produit une évidence et une fatalité.
Madame Rousseau et ses amis triompheront-ils un jour ? La Nupes de Jean-Luc Mélenchon, un Louis de Funès toujours furieux sans le charme, un trotskiste d’arrondissement, nous imposera-t-elle son organisation de petits commissaires du peu et du peuple pour bloc d’immeubles et communauté de communes ? Connaîtrons-nous cet Enfer vert qu’ils portent tous dans leurs bagages et dans lequel il « brûlent » de nous jeter (toujours Jeanne d’Arc !) ?

A lire aussi, du même auteur: Le canal de la renommée

Pour le temps qui reste, c’est encore Giraudoux, que nous consulterons :  
 […] Hector – « Et il y en aura d’autres après lui, n’est-ce pas, pourvu qu’ils se découpent sur l’horizon, sur le mur ou sur le drap ? C’est bien ce que je supposais. Vous n’aimez pas Pâris, Hélène. Vous aimez les hommes ! ».
Hélène – « Je ne les déteste pas. C’est agréable de les frotter contre soi comme de grands savons. On en est toute pure… » (La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Acte I, scène 8).
Il nous reste encore les sources, les ombres errantes et bienveillantes, les villes énormes, les êtres qu’on frôle et qu’on étreint. 


Notes

1) Depuis plusieurs mois, la gauche « lin et coton recyclé » (L’Obs en tête) se répand en dénonciations d’un prétendu péril, la chaîne CNews. Elle serait non seulement le repaire de la Réaction, mais encore diffuserait des idées aussi dangereuses que celles qui figuraient dans le catalogue de frustrations et d’anathèmes, paru en 1935 sous la signature d’un obscur caporal autrichien (qu’on prétendit longtemps monorchide) souvent vêtu d’une Lederhose (culotte de peau) bavaroise à pont, tendance Oktoberfest, peu seyant sur les cuisses maigres et les genoux cagneux. On s’étonnera simplement que l’immense armée des bien-pensants craigne à ce point une entreprise privée relativement modeste si on la compare aux moyens et aux relais dont disposent ces innombrables soldats des idées correctes garanties sans trace de « droitisme » (voir note 3).

2) Considérant le prénom de M. Schneidermann, je me suis refusé à écrire dans le corps de l’article, reprenant ainsi son procédé d’ironie, Daniel D’Arc. Cette espèce de paronomase m’évoque immédiatement un chanteur que j’aimais beaucoup et ne veut pas mêler à ce détournement.

3) On verra le documentaire que Tristan Waldeck, pour l’émission « Complément d’enquête » (France 2, 13 avril)  a consacré à Sandrine Rousseau. Je ne croyais pas possible qu’une chaîne de la télévision d’État mît en évidence les contradictions, les omissions, les inventions d’une femme politique de la mouvance verte extrême. Ce traitement est réservé ordinairement à la droite, me semble-t-il. On s’amusera, ou l’on se désolera des arguties que développe Sandrine R. lorsque le journaliste l’interroge sur l’appartement qu’elle prétendait habiter dans le XIIIe arrondissement, grâce à une attestation de domicile très complaisante… En a-t-elle seulement franchi le seuil ? « Je misais sur ce logement ». Bref, alors qu’elle présentait sa candidature à la députation dans ce quartier parisien, en 2022, il apparaît qu’elle n’y avait pas de domicile légal ; or, aux yeux de la loi, cela constitue un délit. Les Verts et leurs alliés nous promettent et nous préparent un avenir de contraintes, de remords et de punitions. En attendant, ils nous administrent quotidiennement des leçons de maintien démocratique.

4) Françoise Hardy, Avis non autorisés, éditions Des Équateurs.

5) Il y aurait bien des choses, et des plus désagréables, à dire sur l’homme Giraudoux. Ce n’est pas le lieu, ici, pour son procès. J’accepte d’aggraver mon cas en affirmant que j’aime ses pièces de théâtre et que je déplore qu’on ne les monte plus.

6) Sur un thème proche, on entendra le merveilleux « Chant à la lune », de préférence par Renée Fleming, extrait de Rusalka, opéra du compositeur Anton Dvorak (1841-1904).
Rusalka est une divinité des eaux, amoureuse éperdue du jeune prince qui se baigne fréquemment dans le lac où elle séjourne. La nymphe sollicite une sorcière d’un service : lui donner la forme (et les formes) d’une femme incarnée. Elle sera exaucée, mais au prix d’une sévère infirmité (elle devient muette), et d’une terrible menace : la damnation si le prince ne l’aime pas en retour.
Il la voit, il s’en éprend, puis il s’en lasse. Il s’éloigne, mais, la retrouve, veut la reconquérir. Elle le met en garde : s’il lui donne un baiser, il mourra dans l’instant.
Il l’embrasse, et meurt. Rusalka sombre dans les eaux noires.

Migraine

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LA GUERRE DE TROIE N'AURA PAS LIEU

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Ondine

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Avis non autorisés...

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Ce que l’on sait de l’offensive ukrainienne

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Blindés ukrainiens détruits, Ukraine, 9 juin 2023 © AP/SIPA

« Des actions contre-offensives et défensives ont lieu en Ukraine, et je n’en parlerai pas en détail », a déclaré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors d’une conférence de presse le samedi 10 juin. Le point sur le front et la stratégie de l’armée ukrainienne.


Depuis une petite semaine, les forces ukrainiennes sont engagées dans une série d’opérations sur un front de quelques 200 kilomètres, entre Bakhmout et Zaporijia. Ces opérations sont accompagnées de frappes en profondeur menées par l’artillerie (canon et roquettes) et des forces spéciales, allant jusqu’à quelques dizaines de kilomètres derrière le front, et visent notamment l’infrastructure ferroviaire, épine dorsale de la logistique des forces russes.

La contre-offensive pas encore à son maximum

Sur le front, on peut identifier quatre efforts importants conduits par les Ukrainiens, essentiellement sans la participation de la plupart des nouvelles brigades formées, équipées et entrainées ces derniers mois – du moins pour le moment. Certaines unités équipées de matériel occidental ont été engagées, mais plusieurs nouvelles unités ukrainiennes n’ont pas encore été identifiées sur le front ce qui laisse penser à une opération échelonnée dont l’intensité n’est pas encore arrivée à son maximum.

L’objectif militaire ukrainien est désormais clair : couper les voies de communication terrestres entre Louhansk – Donetsk et Kherson et la Crimée. Cela ne veut pas nécessairement dire que les Ukrainiens cherchent la « photo de victoire » d’un de leurs soldats se baignant dans la mer d’Azov entre Marioupol et Melitopol ! Du point de vue militaire, les Ukrainiens peuvent interdire tout mouvement sur ces voies de communication terrestres sans prendre les plages et ainsi atteindre l’objectif sans reprendre physiquement l’intégralité du territoire aujourd’hui annexé par la Russie.

Une opération longue

Une fois cet objectif atteint, les forces ukrainiennes vont s’organiser pour défendre leurs acquis et mettre la pression sur les Russes pour qu’ils évacuent la rive gauche du Dniepr, les régions de Kherson et Zaporijia. Comme nous l’avons vu pendant l’offensive de septembre-novembre 2022, le succès ne peut pas être mesuré aux avancées en kilomètres des forces ukrainiennes mais par le déficit logistique de l’un ou l’autre des belligérants (lorsque les forces combattantes consomment plus qu’elles ne reçoivent en réapprovisionnement). Les rares informations vérifiables (photos et vidéo authentifiées, datées et géolocalisées, certaines chaines cryptées) font état de quelques avancées ukrainiennes, de contre-offensives russes ainsi que de preuves de destructions de matériel hors contexte tactique. Puisque pour les Ukrainiens, une percée suivie d’une exploitation en profondeur et un écroulement de la défense russe n’est pas l’unique méthode pour atteindre leurs objectifs, même si le front est statique, le bilan peut être dramatique pour les Russes – les poussant jusqu’à l’abandon de ces deux régions. Pour cela, il faut maintenir la pression de manière permanente à la fois sur les unités au front (les obligeant à consommer essence, matériel, munitions et vivres) et sur la logistique en profondeur, détruisant des dépôts et ralentissant l’acheminement par trains et camions de tout ce dont les combattants ont besoin…

L’automne dernier, les forces ukrainiennes ont mis dix semaines (fin août – début novembre) pour obliger les Russes à abandonner la rive droite du Dniepr et la ville de Kherson. Cette fois-ci, leurs moyens sont bien supérieurs (en nombre, en matériel, en qualité), mais la tâche est aussi beaucoup plus compliquée. Le front est long et les Russes ont créé un espace de défense avec obstacles, mines, positions fortifiées et camouflées, stocks de vivres et munitions. Les Ukrainiens n’ont pas une option de contournement massive (au-delà des commandos) par opération de débarquement par voie maritime, et le rôle que leurs forces héliportées peuvent jouer n’est pas encore très clair. Dans ces conditions, quand on essaie de percer sans effet de surprise exactement là où l’ennemi vous attend, il ne vous reste que vos éventuels avantages tactiques et technologiques. Selon quelques indices publiés, les Ukrainiens essaient autant que faire se peut d’agir la nuit et de maximiser l’avantage de leur artillerie (meilleures portée et précision) pour détruire celle des Russes. Cependant, alors que la presse internationale s’attendait à une « contre-offensive » spectaculaire, nous sommes bien face à une opération longue (sur plusieurs semaines) dont l’évolution n’est pas visible, on l’a dit. Mais il faudra suivre de près l’engagement des nouvelles unités ukrainiennes avant de pouvoir tirer tous les renseignements utiles concernant l’avance de l’offensive.               

Les silences d’Abdelmassih H.

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Vue aérienne d'Annecy © Francois Glories/SIPA

Le suspect de l’attaque d’Annecy n’aurait rien dit pendant ses 48 heures de garde à vue. Pourquoi la si libérale Suède – du moins à l’époque – n’a pas voulu intégrer Abdelmassih H. à sa communauté nationale, alors que sa propre épouse était naturalisée ?


Jeudi 8 juin dernier, la France renouait avec la trop habituelle horreur des attaques au couteau. Cette fois-ci, les victimes étaient des enfants en bas âge dans un parc longeant le majestueux lac bordant la ville d’Annecy. Répondant au nom d’Abdelmassih H., l’assaillant de 31 ans est un réfugié syrien installé en France depuis tout juste quatre mois qui vivait dans un hall entre deux immeubles du centre de la ville. L’homme dont le prénom porté généralement par les chrétiens arabophones signifie « serviteur du messie », a embrassé une croix durant la commission de ces actes barbares et hurlé dans un anglais aléatoire « In the name of Jesus Christ » avant d’évoquer son ex-épouse et sa fille… du même âge que les enfants du parc. Depuis son arrestation et sa mise en garde à vue, il a gardé le silence, n’exprimant pas plus de remords que d’explications quant à son geste. Prostré en position fœtale dans sa cellule, il ne s’est pas alimenté et n’a pas bougé.

Naturalisation refusée en Suède…

La magistrate chargée de l’enquête n’a pour l’heure pu rapporter que des éléments matériels peu concluants, indiquant qu’Abdelmassih H. portait un couteau pliable, deux images pieuses chrétiennes, une croix autour du cou, 480 euros en espèces et un permis suédois. Abdelmassih H. était en effet passé par la Suède après s’être enfui en Turquie durant la guerre civile syrienne. Après avoir obtenu un permis de séjour permanent en 2013, il s’était installé avant de faire souche avec son épouse, une autre Syrienne qui avait obtenu la nationalité suédoise en 2021. De son côté, Abdelmassih H. avait vu toutes ses demandes de naturalisation refusées par les autorités suédoises, avant que l’Office suédois des migrations ne rejette définitivement sa demande en février 2022.

A lire aussi: J’me présente, je m’appelle Henri

Pourquoi la si libérale Suède, du moins à l’époque, n’a pas voulu intégrer Abdelmassih H. à sa communauté nationale alors que sa propre épouse était naturalisée ? Tout simplement parce qu’il avait déclaré avoir servi dans l’armée syrienne de juin 2011 à décembre 2012. Suffisant pour l’Office des migrations suédois puisqu’un « candidat à la naturalisation » qui aurait pu être actif ou aurait eu « une influence décisive sur une organisation dont on pense que les activités comprenaient des abus systématiques, étendus et flagrants tels que la torture, le meurtre et les exécutions extrajudiciaires ne peut pas obtenir la nationalité suédoise avant prescription d’un délai spécifique ». Lequel a été fixé à vingt-cinq ans.

… mais résident permanent

Il y a là une forme de bon sens, de logique élémentaire. Pourtant, en dépit de son passé militaire probablement traumatique, Abdelmassih H. a été admis en tant que résident permanent et a pu, grâce aux accords de Schengen, se promener dans toute l’Europe et commettre son acte démoniaque de la semaine passée. Au fond, l’important n’est pas de savoir s’il était musulman ou chrétien, si son acte était ou non politiquement motivé. De toute évidence, bien que la magistrate chargée de l’instruction se soit montrée prudente en déclarant qu’à ce stade il n’était pas possible de se prononcer sur le fait qu’Abelmassih H. souffre d’une maladie mentale, l’homme était un désaxé profond. Quelle autre civilisation que la nôtre a permis de laisser entrer sur son territoire des centaines de milliers de personnes revenant de zones de conflits particulièrement violentes, totalement inadaptées à notre mode de vie et donc potentiellement dangereuses ?

Si tous les « migrants » de Syrie, du Soudan, du Congo ou d’Afghanistan, ne sont pas tous des candidats à l’assassinat, au viol, au trafic de drogue, à la mendicité ou au vol, il y a de toute évidence parmi eux de nombreux profils qui en sont capables. On le voit bien, du reste, avec l’affaire d’Annecy. L’islamo-terrorisme est une circonstance aggravante du dérèglement des flux migratoires, mais il n’y a pas besoin de ce problème supplémentaire pour que ces arrivées soient déjà en elles-mêmes indésirables. La vérité est que nous subissons un phénomène qui ne peut être combattu qu’avec une grande coordination européenne et une résolution sans faille. Assaillie par ces exilés, la Suède a d’ailleurs fini par choisir un gouvernement qui a fait de la lutte contre l’immigration sa priorité absolue. Actuel premier ministre de Suède, Ulf Kristersson a même affirmé qu’il allait engager la rétro-migration de nombreux individus prétendument « réfugiés » ou arrivés dans la clandestinité.

A relire: Suède: vous ne viendrez plus chez nous par hasard

Décivilisation

Chargé de recherches au CNRS, Xavier Briffault explique à Atlantico qu’une méta-analyse portant sur 40 études et  11 000 personnes montre « une prévalence de troubles dépressifs chez les migrants de 32%, soit presque trois fois plus élevée que dans la population générale (…) La prévalence des troubles de stress post-traumatique est de 31%, soit 18 fois plus élevée qu’ici, en France, où le taux de ce type de troubles est généralement bas ». En janvier 2022, un Français ancien soldat d’élite en Afghanistan surnommé le « cannibale des Pyrénées » s’échappait de l’hôpital Marchant de Toulouse et agressait une femme âgée de 72 ans dans l’espoir de littéralement la dévorer. Un voisin s’interposait alors en pleine nuit, opposant son fusil pour se défendre. Un héros comme Henri. Nous avons déjà des crimes commis par nos propres « traumatisés », bien qu’il ne s’agisse pas d’une excuse : pourquoi en importer d’autres par millions ?

Pourtant, certains s’acharnent. Idéologues, ils ne voient pas le problème, ignorent la récurrence des cas graves. Ainsi de Benoit Hamon qui nous exhorte à ne pas « exploiter la peur ». Pour le socialiste, « demain la migration ne sera pas le problème, mais peut-être la solution ». De l’autre côté, il y a Henri, Français héroïque à qui l’on cherche des poux parce que trop catho et trop patriote. Bref, nous évoluons dans une réalité parallèle où la vérité est sans cesse attaquée. L’immigration massive de personnes qui échappent à l’horreur pour l’importer ici est un crime contre notre pays, contre notre civilisation. Nous ne pouvons plus laisser des bombes à retardement errer dans les rues. Le cas d’Annecy, malgré ses spécificités et ses zones d’ombre, l’illustre crûment.

Djokovic: le moine soldat des courts

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Novak Djokovic, Paris, 11 juin 2023 © CHINE NOUVELLE/SIPA

Sacré hier à Roland-Garros pour la troisième fois de sa carrière, le Serbe est devenu le joueur le plus titré de l’histoire en Grand Chelem avec 23 titres.


Il triomphe, il terrasse, il flamboie, il agace, il irrite, il dérange, il clive. Mais il met tout le monde d’accord dès qu’il prend possession d’un court sur quelque continent que ce soit. Vingt-trois grands chelems, qui dit mieux ? Ou plutôt qui dira mieux désormais… À part Djokovic lui-même, peut-être bien ? Bref, l’homme frise le surhomme à maints égards. Ceux qui le côtoient ne cachent pas – en privé – qu’il atteint ce niveau, qu’il s’y maintient avec une telle constance – à trente-six ans – au prix d’une approche quasi obsessionnelle ou névrotique, non seulement de son sport, mais de sa vie même. Voire. On se doute bien qu’un tel parcours ne se réalise pas en se contentant du minimum et moins encore dans le culte de la désinvolture. Certes non. Alors, évidemment, on est tenté de se demander si l’extraordinaire force mentale dont cet immense compétiteur fait montre d’exploit en exploit ne se nourrirait pas d’une autre force, morale celle-là. Voire spirituelle. À peine remis de l’émotion de son vingt-troisième succès en grand chelem à Roland Garros, il prend le micro qu’on lui tend et quel est le mot qui, dans le flux des propos de convention, lui vient aux lèvres ? C’est le mot de « valeurs ». Les valeurs que quotidiennement, confesse-t-il ainsi urbi et orbi en prédicateur missionné, il s’efforce d’inculquer à ses enfants, adorables au demeurant. Son enfance à lui, c’était déjà le tennis. Pratiqué d’emblée frénétiquement. À ceci près qu’il devait jongler avec les bombardements de son coin de Serbie pour caler ses entraînements. C’était la guerre. Les enfants des guerres ne deviennent jamais des adultes comme les autres. Le temps était compté, on enchaînait les tie break plutôt que des jeux entiers ou des sets. D’où peut-être bien son insolente supériorité dans cet exercice encore aujourd’hui ? Cette incursion en territoire de « valeurs » me semble receler un aveu surprenant et magnifique. L’aveu que ce qui le fait se lever chaque matin et se battre jour après jour dépasse de loin les motivations habituelles du sportif, du guerrier des stades où de la piste, juste occupé de force musculaire, d’énergie mentale et de gloire clinquante. Chez lui, il y a au-dessus de cela une implication qui, je le pense, ressortit à une forme de mysticisme. Ce serait cela le vrai grand secret. Et je ne peux m’empêcher de voir en Novak Djokovic, raide de maintien, marmoréen dans la plupart de ses attitudes, une espèce de moine soldat des courts. La raquette est son glaive. Et la coupe des Mousquetaires qu’il brandit, une préfiguration du graal ultime à la conquête duquel il ne cesse de rêver. Et dont il est probablement le seul à connaître le secret. Quelque chose comme le surpassement de l’être au point qu’il n’y a plus rien à prouver, non seulement à quiconque, mais d’abord à soi-même.

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Henri est bien plus qu’Henri

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D.R.

Il n’est jamais trop tard pour célébrer. En compagnie de multiples admirations et contre quelques dérisions. Le billet de Philippe Bilger.


Henri d’Anselme, le héros d’Annecy âgé de 24 ans, celui qui avec courage a empêché le criminel syrien d’aggraver encore son massacre, a été questionné avec finesse et délicatesse durant 25 minutes, par Pascal Praud, le 9 juin. Pour tous ceux qui se trouvaient sur le plateau – j’en étais – et sans doute pour les téléspectateurs, ce fut un moment d’émotion et d’intense gravité, à cause de la tragédie du 8 juin et grâce à la qualité humaine et intellectuelle d’Henri. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire référence à ce que j’avais entendu sur France Inter dans l’émission de Sonia Devillers, le 8 juin, avec Elias Sanbar comme invité. Celui-ci dénonçait le culte des origines, approuvé par Sonia Devillers, qui, avec sarcasme, clairement pour s’en moquer, a raillé « les cathédrales ». Daniel Schneidermann, dans la journée du 9 juin, a publié une chronique dans Libération « Henri d’Arc, un héros chez Bolloré » – dans laquelle il ironise sur « l’occasion pour Pascal Praud de pousser à fond sur le sentier de la transcendance ».

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Leçon de courage

Entre Sonia Devillers tournant en dérision les cathédrales (mais sans que Henri soit en cause) et Daniel Schneidermann, il y a eu précisément l’intervention d’Henri sur CNews où, avec modestie et intelligence, il a fait surgir dans le débat des vertus et des croyances qui, évoquées avec gravité et humour à la fois, ont constitué une sorte de miraculeux intermède mettant à l’honneur une autre jeunesse, d’autres élans et des valeurs trop ignorées. Avec quelle audace il a osé parler de la foi, du courage, de l’humilité, du chemin des cathédrales qu’il avait déjà commencé à parcourir et du fait qu’on ne pouvait se réclamer de Jésus-Christ en agressant de petits enfants, les plus fragiles d’entre nous… Comme il a tenu à faire partager cette conviction que ce qu’il a accompli et qui était instinctif devrait être, face au péril et pour protéger autrui, l’action de chacun. Mais rien de pesant ni de didactique dans ces échanges formidables où une qualité d’âme et d’esprit se révélait dans sa pureté…

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Je ne vois pas au nom de quoi on pouvait s’autoriser condescendance, aigreur ou critique face à cet exemple dont on n’était pas obligé de partager la foi pour admirer la personne… Je ne vois pas non plus pourquoi la transcendance aurait été absente du questionnement puisqu’elle se trouvait au cœur de la personnalité d’Henri et de sa conception de la vie… Pour ma part, si aucune dissonance ne m’éloigne d’une profonde admiration pour Henri, je souhaiterais cependant prévenir d’une tentation : le porter d’autant plus aux nues que ces hommages nous dispenseraient de manifester du courage à chaque fois que la quotidienneté nous en donne l’occasion. J’entends bien que ce n’est pas le courage d’Henri qui dans la banalité des jours risque de nous échoir. Mais de cette vertu capitale, il y a mille visages et je crains que nous soyons prêts à nous passer trop souvent du nôtre.

Henri est bien plus qu’Henri : son exemple devrait nous inciter à réfléchir sur nous-mêmes et je songe tout particulièrement aux politiques, de tous bords. Ce courage physique, cette indifférence à l’égard de ce qui pourrait l’atteindre, Henri les a portés au plus haut. Mais pourquoi, alors que son chemin était le plus dur, les politiques (au pouvoir et dans l’opposition) nous donnent-ils souvent l’impression d’être dénués de l’audace minimale, du courage seul remède contre la bêtise et la haine, qui devrait les faire se comporter avec cette sorte d’évidence qui a mû, sur un autre plan, Henri ?

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Je suis lassé de ces hommages permanents rendus à des personnalités que nous qualifions d’emblématiques, comme si elles n’appartenaient pas à notre condition et que nous n’en étions pas solidaires. Comme si nous étions voués à ne jamais les imiter. De ces politiques donnant le mauvais exemple quand, face à la folie du monde et aux atrocités, face à la résistance de quelques-uns, ils devraient au moins se tenir bien et, à leur place, faire preuve du courage qu’on attend d’eux, quelle qu’en soit la nature.

Il ne faudrait pas que Henri devienne l’éblouissante exception qui confirmerait la règle de l’abaissement.

Qui aura la peau de Cléopâtre?

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© D.R.

Avec son docu-fiction, la Reine Cléopâtre, sorti le 10 mai, et en avançant la thèse d’une reine Cléopâtre noire, Netflix flatte un certain public. La plateforme change.org lui emboite le pas, en censurant une pétition.


L’esclandre déclenché par la série La Reine Cléopâtre de Netflix, sortie le 10 mai, est largement connu. En choisissant une actrice noire pour jouer la pharaonne dans un « docu-fiction », la productrice et narratrice Jada Pinkett Smith, l’épouse du célèbre gifleur, accrédite la thèse afrocentriste qui fait de la dernière de la lignée des Ptolémées une femme d’origine majoritairement subsaharienne. Cette thèse, propagée dans certaines universités américaines, est condamnée comme fausse par la plupart des spécialistes. La stratégie de Netflix est manifestement de flatter un certain public afro-américain au prix de la vérité historique.

Sans surprise, les Égyptiens ont vivement protesté contre ce qu’ils considèrent comme une appropriation culturelle. Ce qui a moins attiré l’attention générale, c’est la lutte intersectionnelle que la série a mise en lumière, confrontant deux visions contestables, ainsi que l’arbitrage entre ces deux visions, imposé par le complexe techno-industriel californien. Dès avant la sortie de la série, deux Égyptiens avaient posté sur le site change.org une pétition pour protester contre la « falsification » de l’histoire promue par la « pseudoscience » qu’est l’afrocentrisme. Cléopâtre n’était pas une « reine noire », mais une Grecque. En moins de deux jours, la pétition a récolté plus de 85 000 signatures, avant d’être retirée par change.org au motif que des « informations » dans le texte auraient violé « le règlement de la communauté ». C’est peut-être parce que la pétition affirmait que « l’Égypte n’a jamais été NOIRE, et elle n’a jamais été BLANCHE », ce qui n’est pas tout à fait exact.

La lignée des Ptolémées, les descendants d’un général macédonien d’Alexandre le Grand, était européenne, tandis que les interactions entre l’empire des anciens Égyptiens et les Nubiens de peau noire au sud ont été nombreuses et complexes. Si la plateforme californienne n’a pas eu le courage de donner de telles précisions, c’est sûrement parce qu’elle est gênée par une abondance d’erreurs intersectionnelles. Des deux thèses fausses, Netflix promeut l’une, change.org supprime l’autre.

L’homme enceint, ou le mensonge banalisé

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Affiche du Planning familial. © Twitter de Laurence Trochu

Le déconomètre s’emballe ! Il est inquiétant de voir à quel point nos médias progressistes les plus sérieux reprennent la doxa de l’idéologie du genre, sans la moindre distance.


La pensée totalitaire, qui fait passer des mensonges énormes pour des vérités banales, a de plus en plus d’alliés complaisants. Les médias « progressistes », enrôlés par la propagande LGBT+ et ses oukases, sont de ceux-ci. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la caution moutonnière donnée au magazine britannique Glamour. Ce dernier a mis en une cette semaine la photo d’une femme enceinte transgenre, Logan Brown, qui se revendique homme. « Un homme transgenre enceint fait la une du magazine Glamour UK », a relayé BFMTV, sans s’arrêter sur la portée de la fiction de l’homme enceint. Le Parisien a repris l’information sans recul : « A 27 ans, le britannique Logan Brown est un homme transgenre et il a donné naissance à une fille ». Déjà, il y a un an, le Planning familial avait publié un visuel représentant un couple transgenre avec comme légende : « Au Planning, on sait que des hommes aussi peuvent être enceints ». Ceux qui avaient protesté contre cette manipulation du réel, en rappelant qu’un homme ne peut enfanter, avaient été accusés par le Planning de porter des propos haineux et d’extrême droite. Contester la réalité de l’homme enceint vaut d’être potentiellement poursuivi pour transphobie par les idéologues de la théorie du genre. Dans son alerte contre le totalitarisme (1984), George Orwell fait admettre à un esprit récalcitrant, brisé intellectuellement par la terreur du parti, que 2+2= 5. C’est ce même processus d’une soumission idéologique à un monde faux, ennemi du bon sens qui est à l’œuvre aujourd’hui.

Cette fois, on ne rigole plus. Quand Alphonse Allais titrait un de ses recueils : Deux et deux font cinq (1895), c’était pour en rire. Désormais, un danger pour l’intelligence et la démocratie se précise, avec cette offensive de minorités sexuelles intolérantes visant à imposer leurs lubies par leur victimisation et des procès en déviance. Ces assauts irrationnels auraient encore, naguère, relevé de l’asile de fous. Ils pourraient certes rester ridicules. Or ils ont trouvé dans une gauche sans repères, gagnée par le gauchisme culturel (Jean-Pierre Le Goff) et son esprit de sérieux, des oreilles envoutées. L’abrutissement de certains médias, qui ne cessent pourtant d’en appeler à la morale et à la vérité des faits, aveugle ces redresseurs de torts sur la fabrique du mensonge le plus grossier. Le gouvernement lui-même, qui dit vouloir traquer les désinformations et en appelle à la raison, soutient l’emballement du déconomètre : Pap Ndiaye s’inscrit dans la lignée du wokisme et des combats communautaristes du lobby transgenre. Tandis que le pouvoir alerte sur l’extrême droite, qui serait représentée par la pensée souverainiste qui veut redonner la parole au peuple, la France se laisse subvertir par les déconstructeurs et la tyrannie des minorités. La pensée fausse, qui en cinquante ans a précipité la France dans son déclin, s’emballe maintenant dans l’absurde. Urgent de rappeler que « l’homme enceint » est un imposteur.

1984

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Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Les Italiens du quai de Conti

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Palerme 1966 © Bruno Barbey/ Magnum

Jusqu’au 2 juillet, l’Académie des beaux-arts rend hommage au photographe Bruno Barbey (1941-2020) dans une exposition gratuite située Pavillon Comtesse de Caen…


C’était quoi l’Italie des années 1960 ? Des jeunes filles fières à l’œil sombre, des gamins pouilleux en cravate, des carcasses de Topolino, des terrains vagues, de la poussière, des soutanes, des putes et des gueules pas possibles. Il faudra précisément dater le jour où les hommes ont perdu sur leur visage, les traits d’une émotion naturelle, aucunement trafiquée par les modes et les médias, une vérité qui explose pleine face, qui saisit dans une rue de Naples ou de Milan, dans la misère des après-guerres qui n’en finissent plus ou l’opulence des fragiles résurrections économiques.

Bruno Barbey sous le charme de l’Italie des années 60

Bruno Barbey, figure historique du photojournalisme, pilier de l’agence Magnum, membre de l’Académie des beaux-arts avait photographié l’Italie entre 1962 et 1966 avant de couvrir tous les conflits de la planète, du Biafra à la guerre du Golfe. Ses reportages sur un pays balloté entre néoréalisme et Dolce Vita devaient alors constituer le troisième volume publié par l’éditeur Robert Delpire d’une série débutée par Les Américains de Robert Frank en 1958, puis suivie par Les Allemands de Réné Burri en 1962. Ce livre intitulé Les Italiens ne vit le jour que 40 années plus tard en 2002 et a fait l’objet d’une reparution l’année dernière préfacée par l’écrivain Giosuè Calaciura aux éditions delpire & co. Ces clichés en noir et blanc sont désormais visibles sur les bords de la Seine, au Pavillon Comtesse de Caen, dans l’antre de l’Institut, dans une exposition gratuite et libre d’accès. Pourquoi faut-il pénétrer dans cette chambre noire, ce confessionnal silencieux, à deux pas du tumulte touristique des quais et venir prendre, non pas un bain de soleil, mais plutôt recevoir une homélie de ce peuple ami ? Parce que Barbey a saisi l’essence même des Italiens, l’effronterie sauvage et le poids des siècles, la vie traditionnelle des campagnes et les prémices d’une américanisation, les bouleversements en gestation et les habitudes ancrées dans les mémoires, la foi et la paix des braves, le pain de fesse et la communion, les habits rapiécés et les uniformes carnavalesques, ce moment de bascule où le pays plongea dans la civilisation marchande jusqu’à perdre son âme. Barbey, du nord au sud de la Botte, prend le pouls d’une nation qui cahote sur les chemins de l’expansion ; les traces du désastre sont pourtant là, à bout touchant, les grandes bacchanales de la consommation ne sont réservées qu’à une poignée de privilégiés. Pour l’heure, l’Italie se réanime doucement, difficilement, dans la gêne et la sueur, le labeur et l’incertitude du lendemain, la précarité n’est pas un mot de technocrate lancé dans une assemblée d’experts, elle se vit au quotidien pour des millions d’Italiens.


Les temps nouveaux laissent bon nombre d’entre eux sur le carreau. Chez d’autres nations plus geignardes, ces difficultés de se nourrir, de se loger ou de trouver un travail pourraient être un frein à la légèreté et à la famille ; chez eux, la rudesse de l’instant présent s’accompagne d’un détachement quasi-fataliste et d’une pointe de morgue, il y a dans leurs yeux, la lumière des bannis qui ne sombrent pas. L’Italie souffre certainement, elle n’a pas décidé cependant de mourir. Sa jeunesse nécessiteuse flambe pour exister, les plus anciens courbent le dos dans les champs, et puis surtout, le plus étonnant dans un pays fissuré géographiquement, c’est une forme de cohésion qui semble naître, très étrangère à notre individualisme français, tous ces gens de peu ne se détournent pas de l’objectif, ils le fixent. Leur assurance nous fait du bien. Elle nous redonne espoir dans la dignité.

Beauté insolente

Et surtout, ils sont beaux. Les femmes parlent avec leurs mains, les gamins posent avec insolence, les vieux ouvriers ressemblent à des acteurs d’Hollywood, on monte à cinq sur une Lambretta dans les rires et un équilibre plus qu’instable, les belles de Milan en robe de soirée sont des lointaines cousines de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, on lit le Corriere dello Sport chez le coiffeur, les Cadillac immatriculées Corps Diplomatiques se garent au pied de la Piazza di Spagna, la casse est le décor idéal pour gaspiller son énergie, on vend des fumetti et des poulpes sur les étals de marché ; entre les processions et le Luna Park du dimanche, notre cœur balance. En sortant de cette exposition, j’ai repensé à cette phrase d’Henri Calet dans Jeunesses : « D’une façon générale, j’aime bien les gens qui n’ont rien à me dire ». Les photos de Barbey me font le même effet, elles se regardent sans aucune explication.  


Informations pratiques : https://www.academiedesbeauxarts.fr/exposition-hommage-bruno-barbey-les-italiens

Naples, 1966

Jeunesse

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Emmanuel Macron s’adore trop pour reconnaître ses failles

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© Eliot Blondet-Pool/SIPA

Macron persiste à croire que l’économie revivifiée (en supposant qu’elle advienne) remettra la France d’aplomb, avec un zeste de « transition écologique » pour la galerie. C’est ne rien comprendre à la détresse qui mine notre vieille nation angoissée par sa survie.


Vexé comme un pou, il a balayé la remarque : « Je ne suis jamais méprisant ! » (TF1, 15 mai). Emmanuel Macron s’adore trop pour reconnaître ses failles. Elles le poussent à sa perte. Il a dit aussi (L’Opinion, ce même 15 mai) : « Le déni des réalités, c’est le carburant des extrêmes. » Très juste. Toutefois, son premier déni est de refuser d’admettre qu’il est devenu imbuvable. C’est du moins ce que disent des citoyens et des observateurs perplexes; j’en fais partie. La haine envers le chef d’État devient même hystérique : le voici grimé en Hitler sur des affiches, un 49.3 en guise de moustache. Cette répulsion est une blessure cruelle et injuste pour celui qui aime ceux qui l’aiment. Ce technocrate cérébral, fou de lui-même, n’est pas dénué d’empathie ni d’une gentillesse émotive : rien n’est plus humaine que son indignation devant les décérébrés qui ont tabassé l’autre jour, à Amiens, son petit-neveu, Jean-Baptiste Trogneux, ciblé pour son lien familial. Ces rustres ont exprimé l’air du temps, dans une détestation primaire. Cependant, dénoncer les caricatures et les violences n’est pas suffisant. Il faut comprendre les ressorts du rejet vomitif que Macron suscite.

L’explication ? Macron paie sa morgue. Son travers intime, qui déborde sur la lippe, est mimétiquement porté par son clan. La Macronie est la caricature d’une classe sociale déracinée, à l’aise dans la mondialisation pour les riches. Le président paie moins une « dérive autoritaire » (Charles de Courson), qu’une lâcheté dissimulée derrière l’autoritarisme des faibles. Le petit despote excelle dans l’évitement. Jupiter pour la galerie, il a laissé la violence légitime – celle de l’État – se faire humilier par la loi des plus fort : celle des voyous des cités diversitaires, dresseurs d’enfants sauvages, des casseurs des manifs syndicales, des djihadistes de la conquête territoriale, des minorités pleurnichardes. La violence politique, qui s’ajoute aux autres explosions dans une spirale apparemment irrépressible, répond à une pratique illibérale du pouvoir, mise au service des intérêts d’une caste accrochée à ses privilèges comme la bernique à son rocher. La réconciliation entre Macron et la France profonde, cette « classe moyenne » qu’il cherche à amadouer par des promesses de baisse d’impôts (2 milliards à l’horizon 2027), n’aura pas lieu.

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Le divorce est consommé. Le peuple maltraité est en état de légitime défense. L’argent public, que la Macronie est prête à distribuer pour acheter la paix, ne suffira pas à éteindre ses ressentiments. À peine ouvre-t-il la bouche pour protester, ce peuple révolté, qu’il devient « nauséabond » au nez sensible des néo-Versaillais sans manières, fascinés par les puissants industriels internationaux. Le big boss de la « start-up nation » a invité, dans le cadre de l’opération « Choose France », 200 des plus grands patrons du monde à souper chez Louis XIV, sans mesurer le décalage symbolique d’une telle réception. L’usage du 49.3, utilisé par le gouvernement pour empêcher un libre vote parlementaire sur la réforme des retraites, a été une violence démocratique dont Macron n’a pas fini d’avoir à rendre compte. La décision arbitraire de son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, le 12 mai, d’interdire des manifestations et des réunions soupçonnées de défendre des idées d’extrême droite ou d’ultra-droite, en laissant l’extrême gauche partir à l’assaut de la République, a aggravé la pente liberticide de la Macronie : elle confond l’hygiénisme sanitaire et les pensées aseptisées. Le choix de disperser d’autorité des migrants dans des bourgs et des campagnes est une autre manière de brutaliser continûment une société qui veut fuir une immigration fauteuse de troubles. Auditionné par le Sénat le 17 mai après un incendie criminel contre son domicile, le maire démissionnaire de Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique), Yannick Morez, a expliqué que « l’État ne souhaitait pas informer les habitants » de sa décision de pérenniser un centre de migrants près d’une école, laissant à la mairie le soin d’appliquer la volonté de Paris.

Eh bien, non ! Ces manières de gouverner à la schlague ne sont pas des méthodes. Un président qui se prétend à l’écoute et affirme n’être jamais méprisant ne se comporte pas ainsi. Déjà, lors de ses vœux de décembre 2018, il avait accusé les gilets jaunes, cette insurrection de la France invisible, de s’en prendre « aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels », dans une affabulation destinée à flétrir la « foule haineuse » des braves gens. Innombrables ont été ses saillies pour salir les oubliés, coupables d’exiger le respect élémentaire de ceux d’en haut. C’est ainsi que le personnel soignant non vacciné, en première ligne et sans masque lors de la déferlante du Covid, a été ensuite répudié pour avoir refusé l’injection. Or, comme le rappelle le sociologue au CNRS Frédéric Pierru (Libération) : « Le soignant croquemitaine antivax est un fantasme. Leur rejet portait uniquement sur le vaccin anti-Covid […]. Ils ne voulaient pas devenir des cobayes. » L’avenir a montré qu’ils avaient bien raison.

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Macron, à rebours de ses démentis, a fait du déni sa marque de fabrique. Il persiste à croire que seule l’économie revivifiée remettra la France d’aplomb, avec un zeste de « transition écologique » pour la galerie. C’est ne rien comprendre à la détresse collective qui mine la vieille nation malmenée par ses dirigeants frivoles, angoissée par sa survie. Ce ne sont pas les gadgets démocratiques, comme ces grands et petits débats ou ces conventions citoyennes, qui retisseront les liens. Quand le président assure par exemple à propos de l’euthanasie, toujours content de lui : « Ce qu’on est en train de faire sur la fin de vie est un petit modèle d’innovation démocratique avec des citoyens », il se paie de mots, se moque du monde. Cette infantilisation des gens est une injure à l’intelligence collective. La seule innovation démocratique serait de banaliser le référendum afin de rendre la parole aux Français méprisés. Ils peuvent toujours attendre…