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Mississippi Pride

Conflit fratricide entre le Nord et le Sud, la guerre de Sécession (1861-1865) a profondément divisé les États-Unis. Une histoire douloureuse qui continue de hanter le subconscient des Américains. Chaque année, le Mississippi continue d’honorer la mémoire de ceux qui sont tombés pour la « Cause perdue », au nom d’un idéal mythifié par Hollywood. Plusieurs voix s’élèvent désormais afin que cesse cet hommage controversé, également présent dans d’autres anciens États sudistes.


État emblématique du sud des États-Unis d’Amérique, le Mississippi est indissociable de la guerre de Sécession et de l’histoire de la ségrégation raciale. Souhaitant perpétuer une tradition vieille de trois décennies, le gouverneur (Républicain) Tate Reeves a ouvert le « mois de l’histoire confédérée ». Il s’agit d’une série d’événements qui honore la mémoire des soldats sudistes tombés au champ d’honneur. L’information a été révélée sur la page Facebook des Sons of Confederate Veterans (SCV) qui a publié la copie du communiqué officiel. Loin d’être méconnue dans cette partie des États-Unis, la SCV est une association qui cultive la mémoire de ceux qui sont morts pour la « Cause perdue », qui organise régulièrement des conférences réhabilitant l’héritage esclavagiste de la Confédération et qui reste associée à certains mouvements suprémacistes blancs (comme la Ligue du Sud qui lutte pour une nouvelle sécession, ou le Ku Klux Klan). Ses membres portent d’ailleurs tous un badge représentant le « Dixie Flag ». Emblème officiel du Mississippi, ce drapeau, orné d’une croix bleue constellée des douze états sécessionnistes sur fond rouge, a été définitivement descendu en 2020 du mât du Capitole sur lequel il flottait depuis plus d’un siècle à Jackson, sa capitale.

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« Alors que nous rendons hommage à tous ceux qui ont perdu la vie pendant la guerre civile, il est important que tous les Américains réfléchissent au passé de notre nation, aient un aperçu de nos erreurs et de nos succès, et comprennent pleinement que les leçons apprises hier et aujourd’hui nous mèneront vers un avenir apaisé si nous nous efforçons soigneusement et sérieusement de comprendre et d’apprécier notre héritage et les opportunités qui s’offrent à nous », peut-on lire dans le communiqué. Très rapidement, certaines organisations de droits civiques se sont levées pour condamner cet hommage, sorte de « Pride confédérée », qui est loin d’être anodine, selon elles. Selon le Mississippi Free Press, journal local, Tate Reeves conserverait des liens étroits avec le SCV. Il a participé à plusieurs réunions de l’association néo-confédérée, comme en 2013 où il l’a félicitée « d’avoir gardé une histoire intacte pour la jeunesse » après que les orateurs ont comparé les « Yankees » (surnom donné aux Nordistes) « aux nazis allemands de la Seconde Guerre mondiale ».  Comme bon nombre d’États aux États-Unis, le Mississippi a été la proie du Black Lives Matter. Le mouvement, né après la mort de l’Afro-américain George Floyd (2020), affirme lutter contre le racisme systémique dans le pays. Durant des mois, il a fait pression pour que soient retirés tous les symboles sudistes rappelant l’histoire raciste du Mississippi. Trônant sur un campus d’université, la statue d’un soldat confédéré saluant militairement a été promptement enlevée en juillet 2020 et reléguée dans un cimetière où reposent les restes des soldats sudistes. Parallèlement, on s’est empressé d’ériger une statue d’Emmett Till, un jeune afro-américain enlevé et tué par le Ku Klux Klan en 1955 pour avoir serré de trop près une adolescente blanche. Agacé par la pression constante maintenue par le BLM, Tate Reeves a critiqué publiquement la « théorie critique de la race », qui traite des inégalités raciales dans le système juridique et dans toute la société, l’accusant d’être un outil d’endoctrinement utilisé pour « humilier les Blancs ». « Les enfants sont traînés devant la classe et sont contraints de se déclarer comme oppresseurs, se sentir coupables à cause de leur couleur de peau ou parce qu’ils sont intrinsèquement une victime à cause de leur race », s’est irrité le gouverneur, qui entend faire fi du wokisme ambiant qui consiste à réécrire l’histoire de manière permanente sans recontextualiser quoi que ce soit du passé. Le Mississippi n’est pas le seul État des États-Unis à participer au « mois de l’histoire confédérée » qui s’étale d’avril à mai. Le Texas (où une tentative d’interdiction a échoué) comme l’Alabama (théâtre d’incidents raciaux au plus fort de la lutte pour les droits civiques entre 1950 et 1970) ont maintenu cet événement quand d’autres ont fini par s’en retirer (Georgie, Virginie…) par craintes d’émeutes raciales. Au Tennessee, la proclamation « encourageant tous les habitants à approfondir leurs connaissances » sur cette époque capitale de l’histoire de cet État a donné lieu à un vaste débat qui a divisé le Congrès local. D’autant que le document évoque « la lutte héroïque de quatre ans des Confédérés pour les droits des États, la liberté individuelle, le contrôle du gouvernement local et une lutte déterminée pour des croyances profondément ancrées », prenant soin de ne jamais évoquer l’esclavage comme raison du déclenchement du conflit. Une déclaration qui est intervenue après que deux élus afro-américains aient été au cœur d’une polémique, expulsés du Congrès après avoir participé au sein du Capitole à une manifestation contre les armes. Dans cette affaire, une élue blanche (qui était également présente à leurs côtés) n’a pas fait l’objet de sanctions, soulevant une vague de protestation sur les réseaux sociaux.

L’Allemagne publie sa première stratégie de sécurité nationale

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À l’Est, y’a du nouveau ! L’analyse géopolitique de Gil Mihaely


Ce matin, le chancelier allemand Olaf Scholz et les membres de son gouvernement ont présenté la stratégie de sécurité nationale de l’Allemagne, un document attendu depuis longtemps. S’il faut en citer un seul extrait, ce serait sans doute celui-ci : « Nous avons payé chaque mètre cube de gaz russe au double et au triple en termes de croissance nationale ». Cette phrase de l’introduction signée par la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, contient à elle seule tout l’esprit de ce document.

Bien que l’Allemagne ait eu par le passé des documents d’orientation sur la sécurité, elle n’a jamais publié un document de stratégie globale. Et c’est peut-être pour cette raison que le document a été rédigé et publié sous l’égide du ministère des Affaires étrangères, ce qui lui confère un air diplomatique plutôt que martial.

Devant la presse, le chancelier Scholz a souligné que depuis que son gouvernement avait accepté d’élaborer une stratégie, l’architecture de la sécurité de l’Europe avait radicalement changé. Il a cité l’invasion de l’Ukraine, la guerre en cours et la destruction d’infrastructures essentielles telles que les gazoducs Nord Stream comme autant d’éléments qui donnent un nouvel élan à l’élaboration et la mise en œuvre du plan.

Une stratégie en quatre points

Scholz a également souligné que, si les anciens documents de politique générale étaient axés sur la défense, la nouvelle stratégie s’appuierait plutôt sur la politique étrangère. Le chancelier a souligné l’importance pour l’Allemagne d’être approvisionnée en matières premières de manière sûre et permanente. Annalena Baerbock a reconnu qu’il fallait mettre davantage l’accent sur la sécurité depuis l’invasion.

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Selon le document, la stratégie allemande est fondée sur quatre points : la Russie est la menace principale, l’OTAN est l’alpha et l’omega de la défense européenne et donc allemande, la Chine n’est pas une menace pour le moment, et enfin, des Etats membres de l’UE devraient avancer en groupe sur des sujets particuliers sans passer par l’unanimité des 27.

La classe politique allemande tire donc publiquement les leçons de l’échec avoué de la politique russe des deux précédents chanceliers avec deux conséquences : diminuer les dépendances extérieures (en dehors de l’Europe et de l’OTAN)  dans les domaines critiques (dont l’énergie mais pas uniquement) et une meilleure intégration à l’OTAN (plus de capacités, meilleure coordination à tous les niveaux). La mise en avant de l’article 44 de la Constitution européenne, permettant à un groupe d’États membres qui le souhaiterait et disposerait des capacités nécessaires pour mettre en œuvre une « mission de l’Union européenne », indique également une volonté allemande de plus de souplesse dans le fonctionnement des institutions pour répondre plus rapidement aux défis sécuritaires et économiques.

La question chinoise habilement traitée

Enfin, le cas de la Chine, habilement traité, continue à poser des questions à plus long terme.

Il est tout à fait judicieux, surtout quand on désigne clairement un adversaire – la Russie – et qu’on s’engage clairement derrière l’Ukraine, d’éviter un deuxième front et donc de ne pas exacerber les relations avec la Chine. Mais en même temps, si on construit – et c’est parfaitement compréhensible et logique – sa défense nationale sur l’OTAN et donc sur les États-Unis, il faut s’attendre à ce que ces derniers essaient tôt ou tard de vous arrimer à leur stratégie chinoise. Cependant, ce genre d’ambiguïtés est souvent nécessaire et il vaut mieux reléguer certains sujets qui fâchent à plus tard et se concentrer sur les crises proches dans le temps et l’espace. 

Pour conclure, la publication de ce document, premier dans son genre, est un signe fort du retour officiel de l’Allemagne dans le Grand Jeu européen et mondial, non pas comme bailleur de fonds et fabricant de machines mais comme une force avec une dimension militaire importante. Et c’est un fait qui mérite d’être souligné.

Invisibilisation des femmes: les wokistes plus forts que le patriarcat

Université Johns-Hopkins de Baltimore. Avec leur glossaire LGBT, les wokistes prouvent qu’ils sont finalement les plus forts pour invisibiliser les femmes. J. K. Rowling se marre – et notre directeur adjoint de la rédaction avec elle !


Les féministes – disons, les femmes qui se sont battues pour les droits des femmes – se plaignent de ce que le rôle du beau sexe dans l’histoire ait été « invisibilisé ». Les hauts faits des femmes, le travail des femmes, auraient été ignorés au profit de ceux des hommes.

Maintenant, certaines féministes se plaignent de ce qu’un autre processus d’invisibilisation des femmes soit à l’œuvre, déclenché cette fois, non par les hommes, mais par les idéologues du genre. Ces idéologues militent pour que les termes traditionnels portant sur le sexe des individus soient remplacés par un vocabulaire « gender-neutral » (neutre par rapport au genre).

La plus célèbre et la plus courageuse de ces féministes est la créatrice de Harry Potter. J. K. Rowling s’est plainte à de nombreuses reprises sur Twitter du remplacement de mots comme « woman » ou « mother » par « personne qui menstrue » (menstruating person), « personne enceinte » (pregnant person), « personne munie d’un utérus » (person with a womb) ou « personne qui donne naissance » (birth-giver). Dans le monde anglophone, certaines institutions dans les domaines de la médecine, de l’éducation et de l’édition ont été amenées à adopter ce vocabulaire byzantin pour plaire aux personnes transgenres et non-binaires, très minoritaires, ainsi qu’aux activistes de gauche – sans doute plus nombreux – qui exploitent la cause de ces derniers pour régler leur propre compte avec la société.

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Le dernier exemple en date concerne la prestigieuse Université américaine Johns-Hopkins, pourtant très réputée dans le domaine de la médecine et dont le personnel devrait donc connaître quelque chose à l’anatomie et à la biologie humaines. Le site de l’établissement, où les frais de scolarité avoisinent les 55 000 euros par an, propose aux étudiants et professeurs, parmi d’autres ressources destinées à encourager la diversité et l’inclusivité sur le campus, un « Glossaire LGBTQ ». Cette semaine, pour marquer le Mois des fiertés LGBT, la définition du mot « lesbienne » a été modifiée pour plaire aux extrémistes du wokisme. On a découvert que, plutôt qu’« une femme attirée par les femmes », une lesbienne est « un non-homme attiré par des non-hommes » (A non-man attracted to non-men). Le site a expliqué que cette mise à jour prenait en compte le fait que des personnes non-binaires peuvent vouloir adopter cette étiquette (« this updated definition includes non-binary people who may also identify with this label »). 

Rowling a immédiatement partagé sur Twitter l’alinéa en question, en pointant la différence entre la nouvelle définition de lesbienne, où la femme disparaît dans le néant, et de gay, où l’homme garde toute sa place, le glossaire définissant le terme par « un homme […] attiré par d’autres hommes ». Il s’agit d’une forme de sexisme pratiquement à l’ancienne. La célèbre romancière commente : « Homme : aucune définition n’est nécessaire. Non-homme (anciennement connu sous le nom de femme) : un être définissable uniquement par référence au mâle. Une absence, un vide où il n’y a pas de virilité ».


Devant la vague de protestations, le site de l’université a mis hors ligne son glossaire en ajoutant une justification dont l’incohérence sur le plan de l’argumentation et presque sur celui de la syntaxe en dit long sur l’absence de réflexion qui préside à ces décisions.

Après avoir admis que le glossaire n’avait pas la prétention de fournir au lecteur tous les sens attribués par tout le monde aux termes en question, le texte se justifie : « Dès que nous avons pris connaissance du langage en question [aucun « langage » n’a été précisé], nous avons commencé à travailler pour déterminer l’origine et le contexte des définitions du glossaire [mais c’est leur propre glossaire !]. Nous avons supprimé la page de notre site Web pendant que nous recueillons plus d’informations ».

Capture du message publié par l’université.

En plus du raisonnement tortueux, voire incompréhensible, des deux premières phrases, on se demande de quelles informations supplémentaires on aurait besoin pour constater que leur nouvelle définition de « lesbienne » constitue une insulte aux femmes. Dans leur quête hâtive de vertu ostentatoire, les autorités universitaires n’ont pas pris en considération toutes les conséquences de leur action.

Pour ma part, en tant que représentant du vieux patriarcat, j’avoue que les wokistes ont fait fort dans cette invisibilisation des femmes, peut-être plus fort que nous. C’est sans doute parce que les femmes avaient un rôle essentiel dans le vieux patriarcat, tandis que dans le monde dystopique des wokistes, ni les femmes, ni les hommes n’ont aucun rôle à jouer.

« Couvrez ce mot en N » que je ne saurais voir…

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Sans prévenir, Disney purge un passage du film « au cinq Oscars » de 1972, The French Connection. De telles pratiques, si elle partent d’un bon sentiment, empêcheront demain d’avoir des témoignages des discours polémiques tenus dans les sociétés du passé.


C’est un peu en cachette que le groupe Disney aurait décidé de censurer sur certaines plateformes numériques le chef-d’œuvre du cinéma « French Connection », dont il détient les droits, en effaçant un passage dans lequel le personnage principal lâche l’insulte « nègre ». Le film est adapté d’un livre inspiré lui-même de l’histoire vraie de la lutte de policiers new-yorkais contre un trafic de drogue initié à Marseille. Quand il remporte cinq Oscars, en 1972, dont celui du meilleur film, personne ne reproche dans la réalisation de William Friedkin le langage cru de Popeye, flic blanc bourru et borderline incarné par Gene Hackman. Au contraire, c’est justement toute l’ambivalence de ce personnage obsédé par sa quête de justice qui porte l’histoire du film avec un souci de vérité crue dans laquelle évoluent ces policiers. Dans un documentaire de 2003, l’acteur Roy Scheider qui incarne l’acolyte de Popeye, rappelle d’ailleurs que lors de projections du film, l’assistance afro-américaine applaudissait la fameuse scène censurée, car enfin on montrait un policier blanc avoir ce type d’insultes à la bouche, comme cela pouvait être le cas dans la vraie vie… Le film est donc un témoignage sans filtre d’une époque et d’un milieu rude dans lequel on s’invective violemment. C’est également le témoignage d’une époque où le public comprenait le contexte d’une fiction et n’était pas offensé pour un mot dans un dialogue de cinéma… Il y a deux ans, un autre chef-d’œuvre du cinéma, « Autant en emporte le vent », a été attaqué en raison de ses « préjugés racistes » conduisant à des avertissements par la plateforme de streaming HBO. La démarche était moins critiquable qu’un effacement en catimini, comme pour « French Connection », certes, mais on aurait tout de même préféré qu’il soit rappelé que le film de Victor Fleming avait obtenu dix Oscars dont un pour l’actrice Hattie McDaniel, première Afro-américaine, récompensée en 1940. Nous vivons une époque dominée par les « éveillés » d’un prétendu progressisme qui s’offensent de tout et veulent effacer tout ce qui peut atteindre leur extrême sensibilité…

A relire, Patrice Jean: Mort à la littérature!

Nous interprétons le passé à travers le prisme du présent, sans aucune mise en perspective historique et contextuelle. Le « N-word » (le Mot en N) fait d’ailleurs l’objet d’une hystérie particulière de la part des offensés de tout poil : au Canada et surtout aux États-Unis, de nombreux professeurs ont été victimes ces dernières années d’appels au boycott, de manifestations, de menaces, de suspensions universitaires et même de licenciements pour avoir prononcé le mot « nègre » en citant des anciens auteurs de la littérature nord américaine… Cela peut paraître d’autant plus surprenant quand on sait que « nègre » est certainement le qualificatif le plus employé aujourd’hui par les rappeurs noirs américains, reprenant une habitude lexicale forte de la jeunesse afro-américaine. Mais justement, ce qui est reproché aujourd’hui aux universitaires ou à un film de plus de cinquante ans, c’est que cela soit un blanc qui dise le mot. Comme pour le mouvement Black Lives Matter, il y a une dérive d’un combat à l’origine légitime et partagé contre le racisme, mais qui s’oriente lui-même dans une vision raciste en essentialisant les individus selon leur couleur de peau… Là où justement le véritable antiracisme ne devrait plus faire de différence ! C’est ce qu’explique brillamment le Professeur Daniel Derivois, dans The Conversation, en s’appuyant sur l’histoire d’Haïti qui « avait déjà dépoussiéré le mot nègre de ses scories esclavagistes, coloniales et idéologiques. Haïti a montré au monde entier que derrière le nègre comme insulte et astuce de domination se cache aussi et d’abord un homme libre, un être humain à part entière ». En souhaitant importer leur nouvel interdit idéologique, les offensés nord-américains, bien relayés par les pseudo-progressistes occidentaux, peuvent priver le reste du monde d’une conception bien plus intéressante et altruiste d’un mot que sa réduction à une insulte discriminante. C’est ainsi qu’Aimé Césaire revendiquait fièrement sa négritude, et que le terme n’a désormais plus aucune connotation liée à la couleur de la peau dans le langage haïtien ! D’ailleurs, l’échange complet dans le dialogue censuré de « French Connection » est assez révélateur de l’ambivalence du personnage qui prononce « nègre », bien moins manichéen qu’il n’y paraît :

— Comment diable, j’aurais pu deviner qu’il avait un couteau ?
— Jamais croire un nègre.
— Il aurait très bien pu être blanc.
— Jamais croire personne !

Bien entendu, malgré la belle leçon haïtienne d’universalisme, le mot « nègre » reste une véritable insulte raciste la plupart du temps, que cela soit dans un film des années soixante-dix ou encore de nos jours. Mais au lieu de céder à un puritanisme moderne, Disney et tous les autres géants du divertissement et de la diffusion en streaming seraient bien plus inspirés de ne pas s’abaisser à ce mouvement de censure et laisser le public libre d’apprécier une œuvre dans son contexte historique et sa liberté artistique.

La cancel culture, en science aussi

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Si la France reste moins touchée par les annulations que les pays anglo-saxons, la cote d’alerte est atteinte dans le monde scientifique, alerte Marcel Kuntz, exemples à l’appui.


Pour certains, la cancel culture n’existe pas ! Affirmation étonnante, car en m’intéressant à ce concept d’« annulation » lors de la rédaction de mon livre De la déconstruction au wokisme. La science menacée, j’ai pu très facilement recenser de nombreux cas, en me concentrant uniquement sur ceux qui ont eu lieu en milieu universitaire – au sens large, c’est-à-dire qui inclut les organismes de recherche. Il ne s’agit là que des cas médiatisés ou du moins accessibles sur internet. En parcourant ces cas listés dans mon livre, on peut imaginer que l’atmosphère régnant dans de nombreuses universités d’Amérique du Nord est propice à ce que l’on peut appeler des petites censures de tous les jours, non médiatisées. Face à cela, le personnel concerné a bien sûr compris qu’il vaut mieux s’autocensurer si on veut éviter les ennuis…


Mais comment cette cancel culture, quelle que soit le terme utilisé, se manifeste-t-elle concrètement ? Prenons d’abord des exemples dans les sciences humaines et sociales (SHS). Souvent, le phénomène d’« annulation » est initié par certains étudiants « hypersensibilisés » à la « race » et plus généralement à la « justice sociale » (ou plutôt à l’injustice qu’ils considèrent, à tort ou à raison, comme existant dans la société à l’égard des minorités). La deuxième phase du processus consiste à harceler le coupable supposé, en meute, en utilisant largement les réseaux sociaux. Les accusateurs peuvent se dire agressés, choqués, voire simplement mal à l’aise… Pour parler trivialement : il ne leur en faut pas beaucoup pour se déchaîner… La troisième phase est celle de la soumission des dirigeants des organismes à la meute, soit parce qu’ils partagent l’idéologie des accusateurs, soit par peur des conséquences, par exemple à la suite de menaces de vandalisme.

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De quoi ces accusateurs publics peuvent-ils se plaindre ? Prenons un premier cas : ils peuvent s’offusquer simplement d’entendre certains termes. Par exemple, dans un cours d’histoire qui explique que des mots étaient au départ destinés à insulter les Noirs ou les homosexuels, mais que ces derniers ont pu, dans certains cas, les retourner en arme contre la discrimination. L’hypersensibilisation aboutit ainsi à refuser de prendre en compte l’ensemble des explications factuelles du cours, au profit d’une perception erronée du contenu de l’enseignement, en l’occurrence des mots qui ne sont qu’une illustration du cours sont pris au pied de la lettre, si on peut dire. La réalité est celle que l’on s’est choisie, par fanatisme.

Le même type de réaction peut aussi se déclencher si un universitaire veut argumenter, face à la pensée dominante qui a décrété que tel personnage historique était raciste, que selon lui ledit personnage ne l’était pas. L’universitaire est alors lui-même accusé de racisme, pour avoir contesté le racisme.

Si l’on veut éviter les désagréments, qui peuvent aller jusqu’au licenciement, il est également recommandé de prêter allégeance aux idées politiques « progressistes », c’est-à-dire inclusivistes. Il ne faut pas se hasarder à contester la discrimination « positive », ni à s’interroger sur les politiques connues sous le nom de « Diversity, Inclusion, and Equity » qui aboutissent à faire passer au second plan le mérite lors de recrutements, en attribuant des postes à des personnes issues de groupes supposés discriminés parce qu’ils appartiennent à un tel groupe.

Les sciences expérimentales sont touchées

On pourrait croire que ces phénomènes sont limités aux SHS, notoirement imprégnées d’idéologie dans certaines écoles de pensée… Il n’en est rien : les sciences dites dures ne sont pas si dures que cela face à l’idéologie dominante…

Vouloir expliquer que les gens ne peuvent pas changer leur sexe biologique peut vous exposer à l’annulation pour « transphobie ». Il ne fait pas bon rappeler des faits biologiques sur le sexe, ni contester la racialisation des interprétations de données scientifiques, ni contester la novlangue woke, comme le terme fourre-tout de « micro-agression ». Parler dans un cours, à propos du virus de la covid-19, de « virus chinois » peut vous mener au licenciement pour racisme ! Évidemment, les wokes ne contestent pas la dénomination de « grippe espagnole » (qui n’avait pourtant rien d’ibérique !). Tout le monde ne peut être victime de « racisme » selon les nouveaux antiracistes…

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Il est également conseillé de ne pas tenter un pastiche des idées préconçues des chapelles postmodernes des SHS. Ainsi, le professeur Peter Boghossian et des collègues ont réussi à publier dans une revue spécialisée d’un tel cénacle, une « étude » dont le titre traduit en français est « Réactions humaines à la culture du viol et performativité queer au sein des parcs à chiens de Portland, Oregon ». Cette parodie d’« étude » affirmait avoir inspecté les parties génitales d’environ 10 000 chiens tout en interrogeant leurs propriétaires sur leur sexualité. Le manuscrit soumis fut accepté, car il contenait des thèmes prisés dans cette chapelle… Plutôt que d’en rire, l’université de Portland a mis en cause Boghossian, en statuant qu’il avait « violé les directives éthiques sur la recherche sur des sujets humains », car il aurait dû demander une autorisation préalable avant de réaliser sa parodie d’étude… Il a de plus été accusé de falsification, car il n’avait évidemment pas inspecté les parties génitales des chiens du parc… Comme quoi, la cancel culture n’a pas la culture de l’humour !

En Europe aussi

Il n’est sans doute pas utile de détailler ici des cas médiatisés de conférences menacées, voire « cancellées » en France, concernant Alain Finkielkraut, Sylviane Agacinski et d’autres, ni des cours mystérieusement annulés, ni des évènements déplorables à Science Po qui défrayent régulièrement la chronique… 

Prenons un exemple qui illustre l’imprégnation idéologique woke qui peut exister dans un organisme de recherche, en l’occurrence le CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, et comment il a pratiqué l’« annulation », sans appel. Le contexte est un colloque du CERN en septembre 2018 sur la « théorie des hautes énergies et genre ». On note le mélange étonnant entre physique de haute volée et « genre ». Dans la ligne de l’idéologie du genre, toutes les présentations de la session « genre » prétendaient voir des discriminations contre les femmes dans le monde universitaire. Toutes sauf une, celle du physicien Alessandro Strumia, qui avait analysé les publications et recrutements en physique fondamentale pendant les dernières années, pour conclure à l’absence de discrimination à l’encontre des femmes. Coupable d’avoir rompu l’unanimisme en faveur de la rééducation des mâles supposés sexistes, la présentation de Strumia fut retirée du site web dédié et son auteur ne vit pas son contrat renouvelé au CERN. Mais à part cela la cancel culture n’existe pas…

La fin du débat civilisé

Il peut bien sûr exister des sanctions légitimes, en cas de délit ou de non-respect de la déontologie (scientifique, médicale…). Mais la cancel culture, ce n’est pas cela : elle est en réalité le remplacement d’une culture du débat civilisé entre personnes qui ont des désaccords, par un refus de reconnaitre à l’autre le simple droit de s’exprimer. Et cela se propage en sciences expérimentales aussi ! La cote d’alerte est atteinte.

On me dira que la France est moins touchée par les « annulations ». Certes il est heureux qu’elle résiste mieux que d’autres au wokisme. Mais ne nous y trompons pas, si le statut de la fonction publique et une tradition de liberté dans le monde universitaire offrent une certaine protection aux personnels, les murs sont déjà fissurés dans bien des domaines par l’idéologie de la déconstruction et sa volonté de créer un homme nouveau.

De la déconstruction au wokisme: la science menacée

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Mémoire sélective

Normalisation…


La chienlit, trop peu pour elle ! Interrogée le 9 mai dans la matinale de Sud Radio au sujet des concerts de casseroles qui perturbent depuis plusieurs semaines les déplacements d’Emmanuel Macron et de ses ministres, Marine Le Pen s’est flattée de ne pas s’abaisser à un activisme aussi bruyant et puéril.

« En cinquante ans, nous n’avons jamais empêché le meeting d’un adversaire de se tenir », a-t-elle même plastronné en gage de sa « normalité » républicaine.

A lire aussi: Mélenchon/Le Pen, un match déjà plié?

Sauf que Mme Le Pen oublie un peu vite les élections européennes de 1979. Cette année-là, il y a quarante-quatre ans donc, son parti n’était pas aussi urbain qu’elle le prétend. Constitué de quelques centaines d’adhérents, le FN n’avait alors pas les moyens de présenter une liste. Et son président, en lutte contre ce qu’il appelait « l’élection truquée de la bande des quatre » (les communistes, les socialistes, les centristes et les gaullistes), ne savait pas quoi inventer pour faire parler de lui. S’estimant bâillonné, il organisa ainsi le 8 juin une manifestation « pour le droit d’expression ». Mais pas n’importe où. C’est en effet à une réunion publique d’une membre éminente de la majorité, Simone Veil, rue Lepic à Paris, que Jean-Marie Le Pen se rendit en personne avec ses militants. Toute ressemblance avec les casserolades d’aujourd’hui étant bien sûr fortuite… Après avoir débordé le service d’ordre, le groupe entra dans la salle, entonna des slogans, fit voler des chaises, lança des œufs. Celle qui allait remporter la première place du scrutin, avec 27,61 % des suffrages, et devenir un mois plus tard présidente du Parlement européen, leur répondit en faisant cette fameuse sortie : « Vous ne me faites pas peur. Pas peur du tout ! J’ai survécu à bien pire que vous. Vous êtes des SS aux petits pieds ! » Marine Le Pen, qui avait alors 10 ans, n’est évidemment pour rien dans cette affaire. Mais au lieu de taire (ou d’oublier) les méthodes passées de son père, pourquoi ne pas s’amuser de les voir à présent encouragées par ses opposants de la Nupes ?

Quand Christophe Dechavanne parle de géopolitique avec Ibrahim Maalouf 

La propagande et les mensonges prospèrent dans les médias publics. Trois exemples parmi mille, relevés par notre chroniqueur Didier Desrimais.


Le 27 mai, dans “Quelle époque”, l’émission de la télé publique la mieux-correctement-pensante du moment (sévèrement concurrencée toutefois par celle de Karim Rissouli, “C ce soir”), le grand spécialiste de politique internationale Christophe Dechavanne a interviewé le non moins célèbre géo-politicien Ibrahim Maalouf sur le multiculturalisme au Liban. Il n’y avait aucun problème au Liban, a dit en substance ce dernier, jusqu’au jour où « des gens ont commencé à penser comme lui [comme Eric Zemmour NDLA], et c’est ce qui a fait que les communautés ont arrêté de vivre ensemble alors qu’elles vivaient justement très bien ; ce qui a créé une grande partie de la guerre civile, c’est lié au fait que les gens se sont isolés les uns face aux autres ».

Maalouf, un récidiviste

M. Maalouf est trompettiste et Franco-libanais. Léa Salamé, l’animatrice de l’émission en question, est Franco-libanaise et manque de souffle : sans doute asphyxiée par la très courte et décoiffante démonstration de son double compatriote, elle n’en releva pas la bêtise. Ce que nous ferons (trop) rapidement pour elle : n’en déplaise à M. Maalouf, c’est bien le multiculturalisme qui a détruit le Liban et conduit à la guerre civile en 1975, surtout à partir du moment où le rapport de force s’est inversé et a vu les chrétiens – majoritairement maronites – devenir minoritaires face à des musulmans de plus en plus revendicatifs et vindicatifs au fur et à mesure que leur nombre augmentait (arrivée massive de Palestiniens dès 1948 puis, plus tard, de Syriens sunnites). La corruption généralisée, la création des milices défendant chacune des communautés religieuses tiraillées par les enjeux régionaux (conflit palestino-israélien, guerre en Syrie, influence iranienne, etc.) et, depuis 1982, la présence du Hezbollah, dont le but avoué est la destruction d’Israël, n’ont fait qu’envenimer les choses. Il est peu probable que le Liban sorte un jour prochain du marasme dans lequel il est actuellement – et Éric Zemmour n’y est pour rien.

Ibrahim Maalouf n’en est pas à sa première ineptie : en 2021, après avoir vu la retransmission du traditionnel concert du Nouvel An à Vienne, il reprochait à l’orchestre philharmonique de la capitale autrichienne de se faire « remarquer par son manque de diversité ethnique ». Quelques jours plus tard, il affirmait sur France 5, dans l’émission “C à vous”, que le milieu de la musique classique est systémiquement « sexiste et raciste ». La violoniste Zhang Zhang le contredisant fermement en lui rappelant les strictes modalités de recrutement des orchestres symphoniques obligeant les jurys à choisir les plus doués des musiciens sans pouvoir tenir compte ni du sexe ni de la couleur de peau des candidats, Ibrahim Maalouf balança sur les réseaux une rumeur bien fausse et bien sale sur la façon dont la violoniste avait pu échapper au régime chinois et poursuivre ses études. M. Maalouf devrait continuer de faire ce qu’il fait le mieux, jouer de la trompette, et nous épargner ses airs de pipeau, entre autres ses considérations wokes sur la musique classique ou ses réflexions imbéciles sur l’histoire du pays qui l’a vu naître.

Camille Étienne, comme Greta Thunberg mais en VF

Camille Étienne a marché « pour la planète » avec Greta Thunberg et a voyagé avec Cécile Duflot pour défendre « l’Affaire du siècle » (recours juridique intenté contre l’État français pour inaction contre le réchauffement climatique). Cette jeune militante écologiste est en ce moment la coqueluche des médias publics qui raffolent des deux ou trois idées creuses et rabâchées que cette jacasseuse est capable de dupliquer mécaniquement. Le jeudi 18 mai, lors du Grand entretien matutinal sur France Inter, Camille Étienne, après avoir admonesté l’État français, a pu affirmer sans être contredite que l’éco-anxiété a été créée par… les puissants lobbys de l’industrie pétrolière et les dirigeants gouvernementaux pour « patholigiser individuellement les citoyens » et empêcher l’action collective.

A lire aussi : Immigration au Danemark: quand la gauche regarde la réalité en face

Il nous semblait pourtant que cette notion avait vu le jour dans les discours des écologistes politiques les plus radicaux, et qu’elle devait servir à démontrer les ravages d’une prise de conscience de notre jeunesse à propos de l’apocalypse annoncée. Camille Étienne déploie un discours pré-formaté reposant sur le rapport du GIEC : remettre en cause les conclusions de ce dernier sur l’activité humaine comme principale cause du réchauffement climatique relève d’un crime de la pensée. Quand bien même une majorité de gens ne penseraient pas comme les rapporteurs du GIEC ou les militants radicaux, l’heure n’est plus au débat ou au consensus, selon Camille Étienne : « Il faut faire le deuil de l’illusion dun consensus […] une récente étude américaine montre qu’on a besoin de 3,5 % de la population pour bousculer un ordre établi. […] Parfois, une minorité active, organisée, suffit à renverser l’ordre établi. » Hypnotisés, les journalistes de France Inter ont omis de dire à cette écolo que cet axiome révolutionnaire n’a pas attendu une « récente étude américaine » pour être connu de n’importe quel quidam ayant écouté les cours de son professeur d’histoire, et qu’il fut celui de tous les mouvements finissant généralement dans la terreur, le despotisme ou le totalitarisme : Saint Just, Lénine, Trotsky, Mao et Castro, pour ne citer que les exemples les plus saillants, ont appliqué avec ardeur ce concept de la « minorité organisée renversant l’ordre établi » avec les conséquences qu’on sait. Il est vrai que, pour le moment, la militante écolo se satisfait, à titre d’exemple révolutionnaire, de la « désobéissance civile » des étudiants de l’école d’agronomie qui ont « bifurqué » et sont partis se régénérer les neurones dans les potagers d’une ZAD au lieu de mettre leurs connaissances agronomiques au service d’une agriculture qu’elle appelle pourtant de ses vœux – on a vu des révolutions plus… révolutionnaires.

Jean Viard / Lilian Thuram: même combat!

Last but not least, Jean Viard, sociologue, macroniste, immigrationniste et mondialiste, est le pur produit de cette sociologie sociologisante de gauche qui aura peu cherché et beaucoup milité – son directeur de thèse fut… Edgar Morin, il y a des signes qui ne trompent pas. Sur le plateau de “C à vous”, assuré de n’être point contredit, Jean Viard a lâché des énormités qui, si le ridicule tuait, auraient dû le foudroyer sur place.

La première : « On est une société métisse ! C’est quoi le mythe, on va tous devenir blancs ?! On n’a jamais été tous blancs ! » Nous avons échappé de justesse à la démonstration dite « de la feuille de papier » chère à Lilian Thuram – rappel : prenez une feuille de papier, montrez-la à un enfant, demandez-lui s’il pense que sa peau est exactement de la même couleur que cette feuille, attendez la réponse qui ne peut être que négative, faites ensuite une leçon de morale antiraciste à deux balles en dénonçant le « mythe » de la peau blanche véhiculé par de vilains fachos.

La deuxième : « L’essentiel des immigrés aujourd’hui sont des universitaires. » On se pince. Dans quelle partie de son cerveau Jean Viard est-il allé pêcher cette assertion ? Dans l’hémisphère gauche, bien entendu, là où siège la salle de contrôle idéologique permettant de délirer avec un extraordinaire aplomb.

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La troisième (après l’évocation du drame d’Annecy) : « Des actes fous de ce genre (mettant en péril de très jeunes enfants) il n’y en avait pas encore eu, en tout cas ici (en France). » Jean Viard a apparemment oublié les enfants juifs tués par Mohamed Merah. La quatrième : « Il faut toujours rappeler que le taux de délinquance des immigrés n’est pas supérieur au taux des Français. » Correction : en 2019, les étrangers représentaient 14 % des auteurs d’affaires suivies par la justice et 23 % des personnes incarcérées alors qu’ils ne représentent que 7,4 % de la population générale [1], sans compter la surreprésentation dans les vols, le trafic de drogue et les agressions à l’arme blanche, en sus des immigrés récents, légaux ou illégaux, des jeunes Français issus de l’immigration extra-européenne. Le même Jean Viard avait par ailleurs déjà expliqué, sur le site d’information marseillais Gomet’, que les problèmes de délinquance liés à la drogue étaient surtout dus à « la société française refusant de faire une place à ces jeunes issus de l’immigration du Maghreb et qui pourtant continuent pour la plupart à faire des efforts pour tenter de s’intégrer ».

Plus c’est gros…

Le point commun à ces trois événements se déroulant dans des médias publics ? L’absence totale de réaction des journalistes. Plus c’est gros, plus ça passe, et les journalistes de l’audiovisuel public semblent dans l’incapacité de reprendre, de corriger ou, tout simplement, de questionner l’invité, surtout s’il est de gauche, sur les documents, les sources, les données lui permettant d’asséner des affirmations qui, pour certaines d’entre elles, paraissent immédiatement pour ce qu’elles sont : des contre-vérités, des mensonges, des fantasmes idéologiques.

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Deux raisons peuvent expliquer cette apathie. La première pourrait être l’inculture crasse des journalistes en question – Anne-Élisabeth Lemoine est bien gentille mais donne toujours l’impression de découvrir la lune quand un de ses invités affirme une ânerie avec un peu d’assurance. Pour ce qui est de l’émission de Léa Salamé, si nous n’attendions aucune réaction intelligente de la part du clown médiatique, opportuniste et inculte qu’est Christophe Dechavanne, nous espérions de la journaliste une remarque permettant, pour le moins, de nuancer les propos d’Ibrahim Maalouf. Elle a préféré aller dans le sens de ce dernier parce qu’il mettait (bêtement) en cause Zemmour – ce qui nous amène à la deuxième raison de l’apathie des journalistes : l’idéologie. L’audiovisuel public, cela n’est plus un mystère pour personne, baigne dans le wokisme, l’écologisme, l’immigrationnisme et l’antifascisme de théâtre. Les invités de gauche les plus radicaux peuvent assommer l’auditoire à coups de mensonges et d’allégations sommaires nourrissant la propagande sans rencontrer de résistance. Il arrive même que des journalistes d’émissions publiques mettent eux-mêmes tout en œuvre pour divulguer cette propagande et contrecarrer une réalité qui les gêne – le dernier exemple en date, à savoir l’émission de M. Rissouli autour du meurtre de la petite Lola, restera sans doute dans les annales de l’histoire journalistique comme la plus grosse entourloupe orwellienne d’inversion du réel et de manipulation médiatique de ce premier quart du XXIe siècle, le point d’orgue du discours mensonger qui s’amplifie dans les médias publics au fur et à mesure que la réalité réelle apparaît et qu’il devient plus difficile d’en cacher les sombres conséquences.

Un juste regard: Se souvenir pour changer le monde

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[1] https://www.lejdd.fr/societe/immigration-pourquoi-le-lien-avec-la-delinquance-est-une-illusion-136006

Liaisons dangereuses au Japon

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Infiniment subtil, l’art narratif de Kôji Fukada échappe au procédé, déjoue magnifiquement le prévisible. C’était déjà le cas dans le diptyque Fuis-moi je te fuis, suis-moi je te fuis. Plus encore que dans Harmonium, son film précédent, tout aussi splendide. Dans la plastique ultra maîtrisée du cinéaste japonais, distances physique, émotionnelle, morale tendent élastiquement un rapport complexe, étagé, foisonnant, entre les personnages : la matière fondamentalement fortuite de la vie surgit perpétuellement dans les situations qui y adviennent, faisant sans cesse bifurquer le récit, et ce de manière totalement inattendue. Le suspense, chez Fukada, tient tout entier dans la surprise de l’aléa.

Au cœur d’une cité en périphérie d’une ville japonaise (laquelle, ce n’est pas précisé), deux barres d’immeubles assez moches se font face, séparées par un terrain de sport, une aire de jeux et des parkings. Jiro (Kento Nagayamo), chef du bureau d’aide sociale de la mairie, y occupe un petit appartement avec sa femme Taeko (Fumino Kimura) et, issu d’une liaison antérieure, son jeune fils Keita, champion national junior d’un jeu vidéo en ligne baptisé « Othello », qui attire des followers par milliers. Les parents de Jiro habitent dans l’autre barre en vis-à-vis, le couple a donc vue sur eux depuis leur balcon. Cette topologie inscrit sa marque dans le rapport de proximité de la famille : on ne se quitte pas des yeux.

Signes

Les beaux-parents de Taeko auraient espéré une bru non divorcée, et un petit-fils qui soit de leur sang, option plus conforme à leurs critères ; l’ex de leur beau rejeton y répondait davantage… En attendant, les voisins ont organisé au pied de l’immeuble une charmante chorégraphie pour l’anniversaire du père de Jiro : le film paraît ainsi lancé tout droit sur le registre gentillet d’une chronique conjugale et tribale au sein de la classe moyenne nipponne, en milieu périurbain.


C’est là où Fukada déploie son talent foudroyant : un événement soudain, que rien, vraiment rien ne laissait pressentir (chut !) va désorienter toute la suite, propulsée vers des échelles temporelles, géographiques, morales toujours plus surprenantes, dans un enchaînement de fausses pistes qui tiennent le spectateur en haleine de bout en bout. Passé ce premier coup de théâtre qui a fait entrer la tragédie dans la comédie sociale, surgit Park (joué par l’acteur malentendant Atom Sunada), SDF sourd-muet d’origine coréenne bientôt pris en charge par l’ONG où Taeko est employée, et dont on s’avise que, père biologique de Keita, il est son ancien mari qui l’avait abandonnée, elle et leur enfant, et avec lequel elle communique désormais, comme jadis, en langue des signes. 

Doux et grave

L’histoire va circuler ainsi, cruelle, sans l’adjuvent de la moindre musique off, sans céder jamais à la sensiblerie, de la sphère privée à l’espace public. Se déplacer de l’intimité des corps jusqu’à l’extériorité urbaine. Se mouvoir à travers les rigidités patriarcales, les traditions d’accueil, les empêchements sociétaux qui ont cours dans l’archipel. Naviguer du territoire japonais à celui de la Corée du Sud, selon une savante combinatoire, aux motifs infiniment variés, qui réactive sans trêve la curiosité du spectateur. Love life, c’est d’abord une chanson, celle qui a inspiré le titre du film. Elle accompagne le générique de fin : « Quelle que soit la distance qui nous sépare, rien ne peut m’empêcher de t’aimer ». Même la trahison. Ainsi va la vie. Restituée ici dans sa douceur et dans sa gravité.   

Love Life. Film de Kôji Fukada. Japon, couleur, 2022. Durée : 2h04. En salles le 14 juin.

Annecy: Henri d’Anselme, messager d’une renaissance?

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Éric Ciotti demande au président Macron la légion d’honneur pour Henri, l’homme au sac à dos. Mais pourquoi le héros d’Annecy embarrasse-t-il tant à gauche ? L’analyse d’Ivan Rioufol.


Est-ce un signe supplémentaire d’une possible renaissance ? Les ricanements qui ont accompagné le geste héroïque d’Henri d’Anselme, 24 ans – qui a empêché vendredi à Annecy à un Syrien « chrétien » de s’acharner au couteau sur des bébés – sont vite apparus ridicules, y compris aux yeux des médias les plus conformistes. La chronique balourde de Daniel Schneidermann, publiée ce lundi dans Libération (« Henri d’Arc, un héros chez Bolloré »), vaut à son auteur des critiques qui auraient été improbables il y a encore peu. Scheidermann, revenant sur le témoignage de l’ancien chef scout d’Europe vendredi chez Pascal Praud sur CNews, se plait à tourner en dérision la dimension spirituelle revendiquée par ce pèlerin engagé pour neuf mois dans un tour de France des cathédrales. Le chroniqueur de Libé trouve notamment ridicule que le jeune homme puisse dire, répondant à l’explication de son geste : « Je n’ai pas réfléchi. J’ai peut-être été poussé. Je ne sais pas, mais je sais que je n’étais pas là par hasard (…) Dans ces moments on dit à la Sainte Vierge et à Dieu qu’on se laisse faire et que c’est eux qui vont décider ». Dans ce temps pénible de dérèglement des esprits – autrement plus grave dans ses conséquences immédiates que le dérèglement climatique – la sobriété et la modestie des propos inspirés d’Henri d’Anselme viennent au contraire redonner un peu d’espoir sur les sources d’un réveil des consciences au cœur d’une jeunesse française sensible à la fragilité de son héritage. Par un significatif retournement de situation, c’est le réflexe pavlovien du journaliste donneur de leçons – qui a omis de mentionner en circonstance aggravante que cet homme providentiel est également admirateur de l’écrivain royaliste Jean Raspail – qui devient ringard aux yeux de beaucoup.

A relire, Gabriel Robin: Les silences d’Abdelmassih H.

La bravoure n’appartient évidemment pas seulement à ce jeune catholique qui a cherché à chasser l’emprise démoniaque du prétendu chrétien demandeur d’asile en France (après l’avoir obtenu en Suède). Dans ce combat inégal contre le tueur au couteau, revient en mémoire les deniers mots du père Hamel, égorgé dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray par un jeune islamiste : « Va-t’en, Satan ! ». D’autres héros du quotidien se sont révélés dans le passé, à commencer par le colonel Arnaud Beltrame, qui a donné sa vie pour sauver un otage. Citons aussi Franck Terrier, qui avait pris en chasse sur son scooter le camion fonçant dans la foule à Nice, le 14 juillet 2016, Lassana Bathily, l’employé malien de l’Hypercacher de Vincennes, qui avait sauvé plusieurs personnes lors de la prise d’otages du 9 novembre 2015, Yoav Hattab, tué à cette occasion après avoir essayé de s’emparer d’une des armes du terroriste, Mamoudou Gassama, clandestin malien, qui avait sauvé un enfant accroché à un balcon, etc.

D.R.

Reste que la survenue du « héros au sac au dos » s’accompagne d’un message qui parle à ceux qui se désespèrent de l’endormissement des esprits amnésiques. Que dit le messager ? « Levez la tête, arrêtez de subir le mal. Ce que nos ancêtres ont fait de grand, de beau et de bien, ce sont les cathédrales, symboles d’unité, d’espoir, d’espérance ».

Avec une économie de mots, Anselme, étudiant en philosophie, a dit l’essentiel.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Le Roi au-delà de la mer

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Introduction à l’écosexualité

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C’est la vidéo du jour. Et elle enrage les opposants au maire EELV de Lyon, suspecté de financer des délires subversifs où « l’on baise avec les plantes et partage des tisanes »…


Sur la musique envoûtante du générique de la série Vikings, « If i had a heart », on aperçoit tout de suite une inquiétante silhouette languissante à quatre pattes, derrière un plant de rhubarbe. Cheveux teints en bleu, ongles verts et intégralement nu, l’homme rampe dans un potager (gare à ne pas se choper des aoûtats, par cette chaleur). Puis, il trempe animalement sa langue dans une source. Désaltéré, il relève la tête, sensuellement, et vient l’écraser contre les feuilles.

Une séquence audacieuse

Avec effroi, nous découvrons, tout de suite après, que la performance a droit à des spectateurs, sans doute bouleversés par l’explicite et audacieuse séquence. On nous offre aussi une vue plus générale de ce jardin. Des gens vont et viennent, ici et là, au milieu de l’éden, presque mécaniquement. Ils sont orchestrés par deux artistes, lesquels mènent la danse – dont l’homme qui se prend pour un ver de terre déjà évoqué. Au point où nous en sommes, on ne tiendra pas rigueur à la femme du duo d’être les seins à l’air, et on ne s’atterdera pas sur le mauvais goût de certains noms des tisanes proposées à la consommation (la « Queen », la « Yoga et Je t’aime », la « MusculaFion »…). Heureusement, l’adorateur des plantes réenfile vite son slip rouge. La bonne humeur semble au rendez-vous ; on se balade, on se sourit…

A lire aussi: L’homme enceint, ou le mensonge banalisé

Bref, un programme familial, auquel même les plus jeunes semblent prendre part [1]. Ne voudriez-vous pas que vos enfants soient ainsi initiés à la pratique de l’éco sexualité ?


 « La ville de Lyon et son maire, Grégory Doucet sabrent 37 subventions culturelles pour financer des individus nus dans un jardin avec sextoys, devant des enfants », tance dans son tweet Pierre Olivier, le maire LR du 2e arrondissement de la ville [2]. Car oui, c’est peut-être un détail pour vous, mais ce qui semble être un sextoy est planté dans la terre. Ou alors, une plante phallique qui y ressemble furieusement !

Bienvenue dans le monde extraordinaire de l’éco sexualité !

Nous sommes allés sur le site d’où provient la vidéo pour en savoir plus. « On fait des narrations, mais qui restent flex, sinon ça ne marcherait pas. On ne peut pas être trop fasciste avec les plantes », y explique Akène Lenoir, danseur du conservatoire de Lyon, interprète et performeur au slip rouge, dans la vidéo accompagnant son « petit manuel indocile d’introduction à l’écosexualité ».

Lucile Genin et lui forment le duo Lundy Grandpré. La performance date de juin 2021 ; c’est une expérimentation menée à la Factatory dans laquelle les artistes envisagent le « jardin comme espace de subversion des normes établies. Un jardin où l’on danse ensemble en hommage aux godes, liens subversifs entre le public et le privé, l’intime et le politique. Un jardin où l’on baise avec les plantes et partage des tisanes. Un jardin où l’on éveille son corps aux joies de la pratique et de la pensée écosexuelle »… Reste une question : pourquoi cet amour excessif pour les godes, et donc le plastique, alors que la nature a créé le concombre ou la carotte ? Alerte au greenwashing !


[1] Important de noter que sur les images consultables, les artistes ont slip et culotte sur les plans où l’on voit des enfants.

[2] Sollicitée par Lyon Mag qui a relayé la vidéo et le tweet de l’élu LR, la mairie n’a pas encore pris le temps de répondre.

Mississippi Pride

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Une garde d'honneur plie définitivement l'ancien drapeau du Mississippi, le 1ᵉʳ juillet 2020, Capitole, Jackson, Mississipi © Rogelio V. Solis/AP/SIPA

Conflit fratricide entre le Nord et le Sud, la guerre de Sécession (1861-1865) a profondément divisé les États-Unis. Une histoire douloureuse qui continue de hanter le subconscient des Américains. Chaque année, le Mississippi continue d’honorer la mémoire de ceux qui sont tombés pour la « Cause perdue », au nom d’un idéal mythifié par Hollywood. Plusieurs voix s’élèvent désormais afin que cesse cet hommage controversé, également présent dans d’autres anciens États sudistes.


État emblématique du sud des États-Unis d’Amérique, le Mississippi est indissociable de la guerre de Sécession et de l’histoire de la ségrégation raciale. Souhaitant perpétuer une tradition vieille de trois décennies, le gouverneur (Républicain) Tate Reeves a ouvert le « mois de l’histoire confédérée ». Il s’agit d’une série d’événements qui honore la mémoire des soldats sudistes tombés au champ d’honneur. L’information a été révélée sur la page Facebook des Sons of Confederate Veterans (SCV) qui a publié la copie du communiqué officiel. Loin d’être méconnue dans cette partie des États-Unis, la SCV est une association qui cultive la mémoire de ceux qui sont morts pour la « Cause perdue », qui organise régulièrement des conférences réhabilitant l’héritage esclavagiste de la Confédération et qui reste associée à certains mouvements suprémacistes blancs (comme la Ligue du Sud qui lutte pour une nouvelle sécession, ou le Ku Klux Klan). Ses membres portent d’ailleurs tous un badge représentant le « Dixie Flag ». Emblème officiel du Mississippi, ce drapeau, orné d’une croix bleue constellée des douze états sécessionnistes sur fond rouge, a été définitivement descendu en 2020 du mât du Capitole sur lequel il flottait depuis plus d’un siècle à Jackson, sa capitale.

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« Alors que nous rendons hommage à tous ceux qui ont perdu la vie pendant la guerre civile, il est important que tous les Américains réfléchissent au passé de notre nation, aient un aperçu de nos erreurs et de nos succès, et comprennent pleinement que les leçons apprises hier et aujourd’hui nous mèneront vers un avenir apaisé si nous nous efforçons soigneusement et sérieusement de comprendre et d’apprécier notre héritage et les opportunités qui s’offrent à nous », peut-on lire dans le communiqué. Très rapidement, certaines organisations de droits civiques se sont levées pour condamner cet hommage, sorte de « Pride confédérée », qui est loin d’être anodine, selon elles. Selon le Mississippi Free Press, journal local, Tate Reeves conserverait des liens étroits avec le SCV. Il a participé à plusieurs réunions de l’association néo-confédérée, comme en 2013 où il l’a félicitée « d’avoir gardé une histoire intacte pour la jeunesse » après que les orateurs ont comparé les « Yankees » (surnom donné aux Nordistes) « aux nazis allemands de la Seconde Guerre mondiale ».  Comme bon nombre d’États aux États-Unis, le Mississippi a été la proie du Black Lives Matter. Le mouvement, né après la mort de l’Afro-américain George Floyd (2020), affirme lutter contre le racisme systémique dans le pays. Durant des mois, il a fait pression pour que soient retirés tous les symboles sudistes rappelant l’histoire raciste du Mississippi. Trônant sur un campus d’université, la statue d’un soldat confédéré saluant militairement a été promptement enlevée en juillet 2020 et reléguée dans un cimetière où reposent les restes des soldats sudistes. Parallèlement, on s’est empressé d’ériger une statue d’Emmett Till, un jeune afro-américain enlevé et tué par le Ku Klux Klan en 1955 pour avoir serré de trop près une adolescente blanche. Agacé par la pression constante maintenue par le BLM, Tate Reeves a critiqué publiquement la « théorie critique de la race », qui traite des inégalités raciales dans le système juridique et dans toute la société, l’accusant d’être un outil d’endoctrinement utilisé pour « humilier les Blancs ». « Les enfants sont traînés devant la classe et sont contraints de se déclarer comme oppresseurs, se sentir coupables à cause de leur couleur de peau ou parce qu’ils sont intrinsèquement une victime à cause de leur race », s’est irrité le gouverneur, qui entend faire fi du wokisme ambiant qui consiste à réécrire l’histoire de manière permanente sans recontextualiser quoi que ce soit du passé. Le Mississippi n’est pas le seul État des États-Unis à participer au « mois de l’histoire confédérée » qui s’étale d’avril à mai. Le Texas (où une tentative d’interdiction a échoué) comme l’Alabama (théâtre d’incidents raciaux au plus fort de la lutte pour les droits civiques entre 1950 et 1970) ont maintenu cet événement quand d’autres ont fini par s’en retirer (Georgie, Virginie…) par craintes d’émeutes raciales. Au Tennessee, la proclamation « encourageant tous les habitants à approfondir leurs connaissances » sur cette époque capitale de l’histoire de cet État a donné lieu à un vaste débat qui a divisé le Congrès local. D’autant que le document évoque « la lutte héroïque de quatre ans des Confédérés pour les droits des États, la liberté individuelle, le contrôle du gouvernement local et une lutte déterminée pour des croyances profondément ancrées », prenant soin de ne jamais évoquer l’esclavage comme raison du déclenchement du conflit. Une déclaration qui est intervenue après que deux élus afro-américains aient été au cœur d’une polémique, expulsés du Congrès après avoir participé au sein du Capitole à une manifestation contre les armes. Dans cette affaire, une élue blanche (qui était également présente à leurs côtés) n’a pas fait l’objet de sanctions, soulevant une vague de protestation sur les réseaux sociaux.

L’Allemagne publie sa première stratégie de sécurité nationale

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Mme Annalena Baerbock, ministre des Affaires étrangères de l'Allemagne, et M. Scholz, Chancelier, Berlin, 14 juin 2023 © Action Press/Shutterstock/SIPA

À l’Est, y’a du nouveau ! L’analyse géopolitique de Gil Mihaely


Ce matin, le chancelier allemand Olaf Scholz et les membres de son gouvernement ont présenté la stratégie de sécurité nationale de l’Allemagne, un document attendu depuis longtemps. S’il faut en citer un seul extrait, ce serait sans doute celui-ci : « Nous avons payé chaque mètre cube de gaz russe au double et au triple en termes de croissance nationale ». Cette phrase de l’introduction signée par la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, contient à elle seule tout l’esprit de ce document.

Bien que l’Allemagne ait eu par le passé des documents d’orientation sur la sécurité, elle n’a jamais publié un document de stratégie globale. Et c’est peut-être pour cette raison que le document a été rédigé et publié sous l’égide du ministère des Affaires étrangères, ce qui lui confère un air diplomatique plutôt que martial.

Devant la presse, le chancelier Scholz a souligné que depuis que son gouvernement avait accepté d’élaborer une stratégie, l’architecture de la sécurité de l’Europe avait radicalement changé. Il a cité l’invasion de l’Ukraine, la guerre en cours et la destruction d’infrastructures essentielles telles que les gazoducs Nord Stream comme autant d’éléments qui donnent un nouvel élan à l’élaboration et la mise en œuvre du plan.

Une stratégie en quatre points

Scholz a également souligné que, si les anciens documents de politique générale étaient axés sur la défense, la nouvelle stratégie s’appuierait plutôt sur la politique étrangère. Le chancelier a souligné l’importance pour l’Allemagne d’être approvisionnée en matières premières de manière sûre et permanente. Annalena Baerbock a reconnu qu’il fallait mettre davantage l’accent sur la sécurité depuis l’invasion.

A lire aussi, du même auteur: Ce que l’on sait de l’offensive ukrainienne

Selon le document, la stratégie allemande est fondée sur quatre points : la Russie est la menace principale, l’OTAN est l’alpha et l’omega de la défense européenne et donc allemande, la Chine n’est pas une menace pour le moment, et enfin, des Etats membres de l’UE devraient avancer en groupe sur des sujets particuliers sans passer par l’unanimité des 27.

La classe politique allemande tire donc publiquement les leçons de l’échec avoué de la politique russe des deux précédents chanceliers avec deux conséquences : diminuer les dépendances extérieures (en dehors de l’Europe et de l’OTAN)  dans les domaines critiques (dont l’énergie mais pas uniquement) et une meilleure intégration à l’OTAN (plus de capacités, meilleure coordination à tous les niveaux). La mise en avant de l’article 44 de la Constitution européenne, permettant à un groupe d’États membres qui le souhaiterait et disposerait des capacités nécessaires pour mettre en œuvre une « mission de l’Union européenne », indique également une volonté allemande de plus de souplesse dans le fonctionnement des institutions pour répondre plus rapidement aux défis sécuritaires et économiques.

La question chinoise habilement traitée

Enfin, le cas de la Chine, habilement traité, continue à poser des questions à plus long terme.

Il est tout à fait judicieux, surtout quand on désigne clairement un adversaire – la Russie – et qu’on s’engage clairement derrière l’Ukraine, d’éviter un deuxième front et donc de ne pas exacerber les relations avec la Chine. Mais en même temps, si on construit – et c’est parfaitement compréhensible et logique – sa défense nationale sur l’OTAN et donc sur les États-Unis, il faut s’attendre à ce que ces derniers essaient tôt ou tard de vous arrimer à leur stratégie chinoise. Cependant, ce genre d’ambiguïtés est souvent nécessaire et il vaut mieux reléguer certains sujets qui fâchent à plus tard et se concentrer sur les crises proches dans le temps et l’espace. 

Pour conclure, la publication de ce document, premier dans son genre, est un signe fort du retour officiel de l’Allemagne dans le Grand Jeu européen et mondial, non pas comme bailleur de fonds et fabricant de machines mais comme une force avec une dimension militaire importante. Et c’est un fait qui mérite d’être souligné.

Invisibilisation des femmes: les wokistes plus forts que le patriarcat

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D.R.

Université Johns-Hopkins de Baltimore. Avec leur glossaire LGBT, les wokistes prouvent qu’ils sont finalement les plus forts pour invisibiliser les femmes. J. K. Rowling se marre – et notre directeur adjoint de la rédaction avec elle !


Les féministes – disons, les femmes qui se sont battues pour les droits des femmes – se plaignent de ce que le rôle du beau sexe dans l’histoire ait été « invisibilisé ». Les hauts faits des femmes, le travail des femmes, auraient été ignorés au profit de ceux des hommes.

Maintenant, certaines féministes se plaignent de ce qu’un autre processus d’invisibilisation des femmes soit à l’œuvre, déclenché cette fois, non par les hommes, mais par les idéologues du genre. Ces idéologues militent pour que les termes traditionnels portant sur le sexe des individus soient remplacés par un vocabulaire « gender-neutral » (neutre par rapport au genre).

La plus célèbre et la plus courageuse de ces féministes est la créatrice de Harry Potter. J. K. Rowling s’est plainte à de nombreuses reprises sur Twitter du remplacement de mots comme « woman » ou « mother » par « personne qui menstrue » (menstruating person), « personne enceinte » (pregnant person), « personne munie d’un utérus » (person with a womb) ou « personne qui donne naissance » (birth-giver). Dans le monde anglophone, certaines institutions dans les domaines de la médecine, de l’éducation et de l’édition ont été amenées à adopter ce vocabulaire byzantin pour plaire aux personnes transgenres et non-binaires, très minoritaires, ainsi qu’aux activistes de gauche – sans doute plus nombreux – qui exploitent la cause de ces derniers pour régler leur propre compte avec la société.

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Le dernier exemple en date concerne la prestigieuse Université américaine Johns-Hopkins, pourtant très réputée dans le domaine de la médecine et dont le personnel devrait donc connaître quelque chose à l’anatomie et à la biologie humaines. Le site de l’établissement, où les frais de scolarité avoisinent les 55 000 euros par an, propose aux étudiants et professeurs, parmi d’autres ressources destinées à encourager la diversité et l’inclusivité sur le campus, un « Glossaire LGBTQ ». Cette semaine, pour marquer le Mois des fiertés LGBT, la définition du mot « lesbienne » a été modifiée pour plaire aux extrémistes du wokisme. On a découvert que, plutôt qu’« une femme attirée par les femmes », une lesbienne est « un non-homme attiré par des non-hommes » (A non-man attracted to non-men). Le site a expliqué que cette mise à jour prenait en compte le fait que des personnes non-binaires peuvent vouloir adopter cette étiquette (« this updated definition includes non-binary people who may also identify with this label »). 

Rowling a immédiatement partagé sur Twitter l’alinéa en question, en pointant la différence entre la nouvelle définition de lesbienne, où la femme disparaît dans le néant, et de gay, où l’homme garde toute sa place, le glossaire définissant le terme par « un homme […] attiré par d’autres hommes ». Il s’agit d’une forme de sexisme pratiquement à l’ancienne. La célèbre romancière commente : « Homme : aucune définition n’est nécessaire. Non-homme (anciennement connu sous le nom de femme) : un être définissable uniquement par référence au mâle. Une absence, un vide où il n’y a pas de virilité ».


Devant la vague de protestations, le site de l’université a mis hors ligne son glossaire en ajoutant une justification dont l’incohérence sur le plan de l’argumentation et presque sur celui de la syntaxe en dit long sur l’absence de réflexion qui préside à ces décisions.

Après avoir admis que le glossaire n’avait pas la prétention de fournir au lecteur tous les sens attribués par tout le monde aux termes en question, le texte se justifie : « Dès que nous avons pris connaissance du langage en question [aucun « langage » n’a été précisé], nous avons commencé à travailler pour déterminer l’origine et le contexte des définitions du glossaire [mais c’est leur propre glossaire !]. Nous avons supprimé la page de notre site Web pendant que nous recueillons plus d’informations ».

Capture du message publié par l’université.

En plus du raisonnement tortueux, voire incompréhensible, des deux premières phrases, on se demande de quelles informations supplémentaires on aurait besoin pour constater que leur nouvelle définition de « lesbienne » constitue une insulte aux femmes. Dans leur quête hâtive de vertu ostentatoire, les autorités universitaires n’ont pas pris en considération toutes les conséquences de leur action.

Pour ma part, en tant que représentant du vieux patriarcat, j’avoue que les wokistes ont fait fort dans cette invisibilisation des femmes, peut-être plus fort que nous. C’est sans doute parce que les femmes avaient un rôle essentiel dans le vieux patriarcat, tandis que dans le monde dystopique des wokistes, ni les femmes, ni les hommes n’ont aucun rôle à jouer.

« Couvrez ce mot en N » que je ne saurais voir…

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Gene Hackman dans "The French Connection", 1971 © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Sans prévenir, Disney purge un passage du film « au cinq Oscars » de 1972, The French Connection. De telles pratiques, si elle partent d’un bon sentiment, empêcheront demain d’avoir des témoignages des discours polémiques tenus dans les sociétés du passé.


C’est un peu en cachette que le groupe Disney aurait décidé de censurer sur certaines plateformes numériques le chef-d’œuvre du cinéma « French Connection », dont il détient les droits, en effaçant un passage dans lequel le personnage principal lâche l’insulte « nègre ». Le film est adapté d’un livre inspiré lui-même de l’histoire vraie de la lutte de policiers new-yorkais contre un trafic de drogue initié à Marseille. Quand il remporte cinq Oscars, en 1972, dont celui du meilleur film, personne ne reproche dans la réalisation de William Friedkin le langage cru de Popeye, flic blanc bourru et borderline incarné par Gene Hackman. Au contraire, c’est justement toute l’ambivalence de ce personnage obsédé par sa quête de justice qui porte l’histoire du film avec un souci de vérité crue dans laquelle évoluent ces policiers. Dans un documentaire de 2003, l’acteur Roy Scheider qui incarne l’acolyte de Popeye, rappelle d’ailleurs que lors de projections du film, l’assistance afro-américaine applaudissait la fameuse scène censurée, car enfin on montrait un policier blanc avoir ce type d’insultes à la bouche, comme cela pouvait être le cas dans la vraie vie… Le film est donc un témoignage sans filtre d’une époque et d’un milieu rude dans lequel on s’invective violemment. C’est également le témoignage d’une époque où le public comprenait le contexte d’une fiction et n’était pas offensé pour un mot dans un dialogue de cinéma… Il y a deux ans, un autre chef-d’œuvre du cinéma, « Autant en emporte le vent », a été attaqué en raison de ses « préjugés racistes » conduisant à des avertissements par la plateforme de streaming HBO. La démarche était moins critiquable qu’un effacement en catimini, comme pour « French Connection », certes, mais on aurait tout de même préféré qu’il soit rappelé que le film de Victor Fleming avait obtenu dix Oscars dont un pour l’actrice Hattie McDaniel, première Afro-américaine, récompensée en 1940. Nous vivons une époque dominée par les « éveillés » d’un prétendu progressisme qui s’offensent de tout et veulent effacer tout ce qui peut atteindre leur extrême sensibilité…

A relire, Patrice Jean: Mort à la littérature!

Nous interprétons le passé à travers le prisme du présent, sans aucune mise en perspective historique et contextuelle. Le « N-word » (le Mot en N) fait d’ailleurs l’objet d’une hystérie particulière de la part des offensés de tout poil : au Canada et surtout aux États-Unis, de nombreux professeurs ont été victimes ces dernières années d’appels au boycott, de manifestations, de menaces, de suspensions universitaires et même de licenciements pour avoir prononcé le mot « nègre » en citant des anciens auteurs de la littérature nord américaine… Cela peut paraître d’autant plus surprenant quand on sait que « nègre » est certainement le qualificatif le plus employé aujourd’hui par les rappeurs noirs américains, reprenant une habitude lexicale forte de la jeunesse afro-américaine. Mais justement, ce qui est reproché aujourd’hui aux universitaires ou à un film de plus de cinquante ans, c’est que cela soit un blanc qui dise le mot. Comme pour le mouvement Black Lives Matter, il y a une dérive d’un combat à l’origine légitime et partagé contre le racisme, mais qui s’oriente lui-même dans une vision raciste en essentialisant les individus selon leur couleur de peau… Là où justement le véritable antiracisme ne devrait plus faire de différence ! C’est ce qu’explique brillamment le Professeur Daniel Derivois, dans The Conversation, en s’appuyant sur l’histoire d’Haïti qui « avait déjà dépoussiéré le mot nègre de ses scories esclavagistes, coloniales et idéologiques. Haïti a montré au monde entier que derrière le nègre comme insulte et astuce de domination se cache aussi et d’abord un homme libre, un être humain à part entière ». En souhaitant importer leur nouvel interdit idéologique, les offensés nord-américains, bien relayés par les pseudo-progressistes occidentaux, peuvent priver le reste du monde d’une conception bien plus intéressante et altruiste d’un mot que sa réduction à une insulte discriminante. C’est ainsi qu’Aimé Césaire revendiquait fièrement sa négritude, et que le terme n’a désormais plus aucune connotation liée à la couleur de la peau dans le langage haïtien ! D’ailleurs, l’échange complet dans le dialogue censuré de « French Connection » est assez révélateur de l’ambivalence du personnage qui prononce « nègre », bien moins manichéen qu’il n’y paraît :

— Comment diable, j’aurais pu deviner qu’il avait un couteau ?
— Jamais croire un nègre.
— Il aurait très bien pu être blanc.
— Jamais croire personne !

Bien entendu, malgré la belle leçon haïtienne d’universalisme, le mot « nègre » reste une véritable insulte raciste la plupart du temps, que cela soit dans un film des années soixante-dix ou encore de nos jours. Mais au lieu de céder à un puritanisme moderne, Disney et tous les autres géants du divertissement et de la diffusion en streaming seraient bien plus inspirés de ne pas s’abaisser à ce mouvement de censure et laisser le public libre d’apprécier une œuvre dans son contexte historique et sa liberté artistique.

La cancel culture, en science aussi

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Image d'illustration Unsplash

Si la France reste moins touchée par les annulations que les pays anglo-saxons, la cote d’alerte est atteinte dans le monde scientifique, alerte Marcel Kuntz, exemples à l’appui.


Pour certains, la cancel culture n’existe pas ! Affirmation étonnante, car en m’intéressant à ce concept d’« annulation » lors de la rédaction de mon livre De la déconstruction au wokisme. La science menacée, j’ai pu très facilement recenser de nombreux cas, en me concentrant uniquement sur ceux qui ont eu lieu en milieu universitaire – au sens large, c’est-à-dire qui inclut les organismes de recherche. Il ne s’agit là que des cas médiatisés ou du moins accessibles sur internet. En parcourant ces cas listés dans mon livre, on peut imaginer que l’atmosphère régnant dans de nombreuses universités d’Amérique du Nord est propice à ce que l’on peut appeler des petites censures de tous les jours, non médiatisées. Face à cela, le personnel concerné a bien sûr compris qu’il vaut mieux s’autocensurer si on veut éviter les ennuis…


Mais comment cette cancel culture, quelle que soit le terme utilisé, se manifeste-t-elle concrètement ? Prenons d’abord des exemples dans les sciences humaines et sociales (SHS). Souvent, le phénomène d’« annulation » est initié par certains étudiants « hypersensibilisés » à la « race » et plus généralement à la « justice sociale » (ou plutôt à l’injustice qu’ils considèrent, à tort ou à raison, comme existant dans la société à l’égard des minorités). La deuxième phase du processus consiste à harceler le coupable supposé, en meute, en utilisant largement les réseaux sociaux. Les accusateurs peuvent se dire agressés, choqués, voire simplement mal à l’aise… Pour parler trivialement : il ne leur en faut pas beaucoup pour se déchaîner… La troisième phase est celle de la soumission des dirigeants des organismes à la meute, soit parce qu’ils partagent l’idéologie des accusateurs, soit par peur des conséquences, par exemple à la suite de menaces de vandalisme.

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De quoi ces accusateurs publics peuvent-ils se plaindre ? Prenons un premier cas : ils peuvent s’offusquer simplement d’entendre certains termes. Par exemple, dans un cours d’histoire qui explique que des mots étaient au départ destinés à insulter les Noirs ou les homosexuels, mais que ces derniers ont pu, dans certains cas, les retourner en arme contre la discrimination. L’hypersensibilisation aboutit ainsi à refuser de prendre en compte l’ensemble des explications factuelles du cours, au profit d’une perception erronée du contenu de l’enseignement, en l’occurrence des mots qui ne sont qu’une illustration du cours sont pris au pied de la lettre, si on peut dire. La réalité est celle que l’on s’est choisie, par fanatisme.

Le même type de réaction peut aussi se déclencher si un universitaire veut argumenter, face à la pensée dominante qui a décrété que tel personnage historique était raciste, que selon lui ledit personnage ne l’était pas. L’universitaire est alors lui-même accusé de racisme, pour avoir contesté le racisme.

Si l’on veut éviter les désagréments, qui peuvent aller jusqu’au licenciement, il est également recommandé de prêter allégeance aux idées politiques « progressistes », c’est-à-dire inclusivistes. Il ne faut pas se hasarder à contester la discrimination « positive », ni à s’interroger sur les politiques connues sous le nom de « Diversity, Inclusion, and Equity » qui aboutissent à faire passer au second plan le mérite lors de recrutements, en attribuant des postes à des personnes issues de groupes supposés discriminés parce qu’ils appartiennent à un tel groupe.

Les sciences expérimentales sont touchées

On pourrait croire que ces phénomènes sont limités aux SHS, notoirement imprégnées d’idéologie dans certaines écoles de pensée… Il n’en est rien : les sciences dites dures ne sont pas si dures que cela face à l’idéologie dominante…

Vouloir expliquer que les gens ne peuvent pas changer leur sexe biologique peut vous exposer à l’annulation pour « transphobie ». Il ne fait pas bon rappeler des faits biologiques sur le sexe, ni contester la racialisation des interprétations de données scientifiques, ni contester la novlangue woke, comme le terme fourre-tout de « micro-agression ». Parler dans un cours, à propos du virus de la covid-19, de « virus chinois » peut vous mener au licenciement pour racisme ! Évidemment, les wokes ne contestent pas la dénomination de « grippe espagnole » (qui n’avait pourtant rien d’ibérique !). Tout le monde ne peut être victime de « racisme » selon les nouveaux antiracistes…

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Il est également conseillé de ne pas tenter un pastiche des idées préconçues des chapelles postmodernes des SHS. Ainsi, le professeur Peter Boghossian et des collègues ont réussi à publier dans une revue spécialisée d’un tel cénacle, une « étude » dont le titre traduit en français est « Réactions humaines à la culture du viol et performativité queer au sein des parcs à chiens de Portland, Oregon ». Cette parodie d’« étude » affirmait avoir inspecté les parties génitales d’environ 10 000 chiens tout en interrogeant leurs propriétaires sur leur sexualité. Le manuscrit soumis fut accepté, car il contenait des thèmes prisés dans cette chapelle… Plutôt que d’en rire, l’université de Portland a mis en cause Boghossian, en statuant qu’il avait « violé les directives éthiques sur la recherche sur des sujets humains », car il aurait dû demander une autorisation préalable avant de réaliser sa parodie d’étude… Il a de plus été accusé de falsification, car il n’avait évidemment pas inspecté les parties génitales des chiens du parc… Comme quoi, la cancel culture n’a pas la culture de l’humour !

En Europe aussi

Il n’est sans doute pas utile de détailler ici des cas médiatisés de conférences menacées, voire « cancellées » en France, concernant Alain Finkielkraut, Sylviane Agacinski et d’autres, ni des cours mystérieusement annulés, ni des évènements déplorables à Science Po qui défrayent régulièrement la chronique… 

Prenons un exemple qui illustre l’imprégnation idéologique woke qui peut exister dans un organisme de recherche, en l’occurrence le CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, et comment il a pratiqué l’« annulation », sans appel. Le contexte est un colloque du CERN en septembre 2018 sur la « théorie des hautes énergies et genre ». On note le mélange étonnant entre physique de haute volée et « genre ». Dans la ligne de l’idéologie du genre, toutes les présentations de la session « genre » prétendaient voir des discriminations contre les femmes dans le monde universitaire. Toutes sauf une, celle du physicien Alessandro Strumia, qui avait analysé les publications et recrutements en physique fondamentale pendant les dernières années, pour conclure à l’absence de discrimination à l’encontre des femmes. Coupable d’avoir rompu l’unanimisme en faveur de la rééducation des mâles supposés sexistes, la présentation de Strumia fut retirée du site web dédié et son auteur ne vit pas son contrat renouvelé au CERN. Mais à part cela la cancel culture n’existe pas…

La fin du débat civilisé

Il peut bien sûr exister des sanctions légitimes, en cas de délit ou de non-respect de la déontologie (scientifique, médicale…). Mais la cancel culture, ce n’est pas cela : elle est en réalité le remplacement d’une culture du débat civilisé entre personnes qui ont des désaccords, par un refus de reconnaitre à l’autre le simple droit de s’exprimer. Et cela se propage en sciences expérimentales aussi ! La cote d’alerte est atteinte.

On me dira que la France est moins touchée par les « annulations ». Certes il est heureux qu’elle résiste mieux que d’autres au wokisme. Mais ne nous y trompons pas, si le statut de la fonction publique et une tradition de liberté dans le monde universitaire offrent une certaine protection aux personnels, les murs sont déjà fissurés dans bien des domaines par l’idéologie de la déconstruction et sa volonté de créer un homme nouveau.

De la déconstruction au wokisme: la science menacée

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Mémoire sélective

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© The Gainesville Sun-SIPA

Normalisation…


La chienlit, trop peu pour elle ! Interrogée le 9 mai dans la matinale de Sud Radio au sujet des concerts de casseroles qui perturbent depuis plusieurs semaines les déplacements d’Emmanuel Macron et de ses ministres, Marine Le Pen s’est flattée de ne pas s’abaisser à un activisme aussi bruyant et puéril.

« En cinquante ans, nous n’avons jamais empêché le meeting d’un adversaire de se tenir », a-t-elle même plastronné en gage de sa « normalité » républicaine.

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Sauf que Mme Le Pen oublie un peu vite les élections européennes de 1979. Cette année-là, il y a quarante-quatre ans donc, son parti n’était pas aussi urbain qu’elle le prétend. Constitué de quelques centaines d’adhérents, le FN n’avait alors pas les moyens de présenter une liste. Et son président, en lutte contre ce qu’il appelait « l’élection truquée de la bande des quatre » (les communistes, les socialistes, les centristes et les gaullistes), ne savait pas quoi inventer pour faire parler de lui. S’estimant bâillonné, il organisa ainsi le 8 juin une manifestation « pour le droit d’expression ». Mais pas n’importe où. C’est en effet à une réunion publique d’une membre éminente de la majorité, Simone Veil, rue Lepic à Paris, que Jean-Marie Le Pen se rendit en personne avec ses militants. Toute ressemblance avec les casserolades d’aujourd’hui étant bien sûr fortuite… Après avoir débordé le service d’ordre, le groupe entra dans la salle, entonna des slogans, fit voler des chaises, lança des œufs. Celle qui allait remporter la première place du scrutin, avec 27,61 % des suffrages, et devenir un mois plus tard présidente du Parlement européen, leur répondit en faisant cette fameuse sortie : « Vous ne me faites pas peur. Pas peur du tout ! J’ai survécu à bien pire que vous. Vous êtes des SS aux petits pieds ! » Marine Le Pen, qui avait alors 10 ans, n’est évidemment pour rien dans cette affaire. Mais au lieu de taire (ou d’oublier) les méthodes passées de son père, pourquoi ne pas s’amuser de les voir à présent encouragées par ses opposants de la Nupes ?

Quand Christophe Dechavanne parle de géopolitique avec Ibrahim Maalouf 

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Christophe Dechavane et Ibrahim Maalouf, sur le plateau de Léa Salamé © Capture France 2

La propagande et les mensonges prospèrent dans les médias publics. Trois exemples parmi mille, relevés par notre chroniqueur Didier Desrimais.


Le 27 mai, dans “Quelle époque”, l’émission de la télé publique la mieux-correctement-pensante du moment (sévèrement concurrencée toutefois par celle de Karim Rissouli, “C ce soir”), le grand spécialiste de politique internationale Christophe Dechavanne a interviewé le non moins célèbre géo-politicien Ibrahim Maalouf sur le multiculturalisme au Liban. Il n’y avait aucun problème au Liban, a dit en substance ce dernier, jusqu’au jour où « des gens ont commencé à penser comme lui [comme Eric Zemmour NDLA], et c’est ce qui a fait que les communautés ont arrêté de vivre ensemble alors qu’elles vivaient justement très bien ; ce qui a créé une grande partie de la guerre civile, c’est lié au fait que les gens se sont isolés les uns face aux autres ».

Maalouf, un récidiviste

M. Maalouf est trompettiste et Franco-libanais. Léa Salamé, l’animatrice de l’émission en question, est Franco-libanaise et manque de souffle : sans doute asphyxiée par la très courte et décoiffante démonstration de son double compatriote, elle n’en releva pas la bêtise. Ce que nous ferons (trop) rapidement pour elle : n’en déplaise à M. Maalouf, c’est bien le multiculturalisme qui a détruit le Liban et conduit à la guerre civile en 1975, surtout à partir du moment où le rapport de force s’est inversé et a vu les chrétiens – majoritairement maronites – devenir minoritaires face à des musulmans de plus en plus revendicatifs et vindicatifs au fur et à mesure que leur nombre augmentait (arrivée massive de Palestiniens dès 1948 puis, plus tard, de Syriens sunnites). La corruption généralisée, la création des milices défendant chacune des communautés religieuses tiraillées par les enjeux régionaux (conflit palestino-israélien, guerre en Syrie, influence iranienne, etc.) et, depuis 1982, la présence du Hezbollah, dont le but avoué est la destruction d’Israël, n’ont fait qu’envenimer les choses. Il est peu probable que le Liban sorte un jour prochain du marasme dans lequel il est actuellement – et Éric Zemmour n’y est pour rien.

Ibrahim Maalouf n’en est pas à sa première ineptie : en 2021, après avoir vu la retransmission du traditionnel concert du Nouvel An à Vienne, il reprochait à l’orchestre philharmonique de la capitale autrichienne de se faire « remarquer par son manque de diversité ethnique ». Quelques jours plus tard, il affirmait sur France 5, dans l’émission “C à vous”, que le milieu de la musique classique est systémiquement « sexiste et raciste ». La violoniste Zhang Zhang le contredisant fermement en lui rappelant les strictes modalités de recrutement des orchestres symphoniques obligeant les jurys à choisir les plus doués des musiciens sans pouvoir tenir compte ni du sexe ni de la couleur de peau des candidats, Ibrahim Maalouf balança sur les réseaux une rumeur bien fausse et bien sale sur la façon dont la violoniste avait pu échapper au régime chinois et poursuivre ses études. M. Maalouf devrait continuer de faire ce qu’il fait le mieux, jouer de la trompette, et nous épargner ses airs de pipeau, entre autres ses considérations wokes sur la musique classique ou ses réflexions imbéciles sur l’histoire du pays qui l’a vu naître.

Camille Étienne, comme Greta Thunberg mais en VF

Camille Étienne a marché « pour la planète » avec Greta Thunberg et a voyagé avec Cécile Duflot pour défendre « l’Affaire du siècle » (recours juridique intenté contre l’État français pour inaction contre le réchauffement climatique). Cette jeune militante écologiste est en ce moment la coqueluche des médias publics qui raffolent des deux ou trois idées creuses et rabâchées que cette jacasseuse est capable de dupliquer mécaniquement. Le jeudi 18 mai, lors du Grand entretien matutinal sur France Inter, Camille Étienne, après avoir admonesté l’État français, a pu affirmer sans être contredite que l’éco-anxiété a été créée par… les puissants lobbys de l’industrie pétrolière et les dirigeants gouvernementaux pour « patholigiser individuellement les citoyens » et empêcher l’action collective.

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Il nous semblait pourtant que cette notion avait vu le jour dans les discours des écologistes politiques les plus radicaux, et qu’elle devait servir à démontrer les ravages d’une prise de conscience de notre jeunesse à propos de l’apocalypse annoncée. Camille Étienne déploie un discours pré-formaté reposant sur le rapport du GIEC : remettre en cause les conclusions de ce dernier sur l’activité humaine comme principale cause du réchauffement climatique relève d’un crime de la pensée. Quand bien même une majorité de gens ne penseraient pas comme les rapporteurs du GIEC ou les militants radicaux, l’heure n’est plus au débat ou au consensus, selon Camille Étienne : « Il faut faire le deuil de l’illusion dun consensus […] une récente étude américaine montre qu’on a besoin de 3,5 % de la population pour bousculer un ordre établi. […] Parfois, une minorité active, organisée, suffit à renverser l’ordre établi. » Hypnotisés, les journalistes de France Inter ont omis de dire à cette écolo que cet axiome révolutionnaire n’a pas attendu une « récente étude américaine » pour être connu de n’importe quel quidam ayant écouté les cours de son professeur d’histoire, et qu’il fut celui de tous les mouvements finissant généralement dans la terreur, le despotisme ou le totalitarisme : Saint Just, Lénine, Trotsky, Mao et Castro, pour ne citer que les exemples les plus saillants, ont appliqué avec ardeur ce concept de la « minorité organisée renversant l’ordre établi » avec les conséquences qu’on sait. Il est vrai que, pour le moment, la militante écolo se satisfait, à titre d’exemple révolutionnaire, de la « désobéissance civile » des étudiants de l’école d’agronomie qui ont « bifurqué » et sont partis se régénérer les neurones dans les potagers d’une ZAD au lieu de mettre leurs connaissances agronomiques au service d’une agriculture qu’elle appelle pourtant de ses vœux – on a vu des révolutions plus… révolutionnaires.

Jean Viard / Lilian Thuram: même combat!

Last but not least, Jean Viard, sociologue, macroniste, immigrationniste et mondialiste, est le pur produit de cette sociologie sociologisante de gauche qui aura peu cherché et beaucoup milité – son directeur de thèse fut… Edgar Morin, il y a des signes qui ne trompent pas. Sur le plateau de “C à vous”, assuré de n’être point contredit, Jean Viard a lâché des énormités qui, si le ridicule tuait, auraient dû le foudroyer sur place.

La première : « On est une société métisse ! C’est quoi le mythe, on va tous devenir blancs ?! On n’a jamais été tous blancs ! » Nous avons échappé de justesse à la démonstration dite « de la feuille de papier » chère à Lilian Thuram – rappel : prenez une feuille de papier, montrez-la à un enfant, demandez-lui s’il pense que sa peau est exactement de la même couleur que cette feuille, attendez la réponse qui ne peut être que négative, faites ensuite une leçon de morale antiraciste à deux balles en dénonçant le « mythe » de la peau blanche véhiculé par de vilains fachos.

La deuxième : « L’essentiel des immigrés aujourd’hui sont des universitaires. » On se pince. Dans quelle partie de son cerveau Jean Viard est-il allé pêcher cette assertion ? Dans l’hémisphère gauche, bien entendu, là où siège la salle de contrôle idéologique permettant de délirer avec un extraordinaire aplomb.

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La troisième (après l’évocation du drame d’Annecy) : « Des actes fous de ce genre (mettant en péril de très jeunes enfants) il n’y en avait pas encore eu, en tout cas ici (en France). » Jean Viard a apparemment oublié les enfants juifs tués par Mohamed Merah. La quatrième : « Il faut toujours rappeler que le taux de délinquance des immigrés n’est pas supérieur au taux des Français. » Correction : en 2019, les étrangers représentaient 14 % des auteurs d’affaires suivies par la justice et 23 % des personnes incarcérées alors qu’ils ne représentent que 7,4 % de la population générale [1], sans compter la surreprésentation dans les vols, le trafic de drogue et les agressions à l’arme blanche, en sus des immigrés récents, légaux ou illégaux, des jeunes Français issus de l’immigration extra-européenne. Le même Jean Viard avait par ailleurs déjà expliqué, sur le site d’information marseillais Gomet’, que les problèmes de délinquance liés à la drogue étaient surtout dus à « la société française refusant de faire une place à ces jeunes issus de l’immigration du Maghreb et qui pourtant continuent pour la plupart à faire des efforts pour tenter de s’intégrer ».

Plus c’est gros…

Le point commun à ces trois événements se déroulant dans des médias publics ? L’absence totale de réaction des journalistes. Plus c’est gros, plus ça passe, et les journalistes de l’audiovisuel public semblent dans l’incapacité de reprendre, de corriger ou, tout simplement, de questionner l’invité, surtout s’il est de gauche, sur les documents, les sources, les données lui permettant d’asséner des affirmations qui, pour certaines d’entre elles, paraissent immédiatement pour ce qu’elles sont : des contre-vérités, des mensonges, des fantasmes idéologiques.

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Deux raisons peuvent expliquer cette apathie. La première pourrait être l’inculture crasse des journalistes en question – Anne-Élisabeth Lemoine est bien gentille mais donne toujours l’impression de découvrir la lune quand un de ses invités affirme une ânerie avec un peu d’assurance. Pour ce qui est de l’émission de Léa Salamé, si nous n’attendions aucune réaction intelligente de la part du clown médiatique, opportuniste et inculte qu’est Christophe Dechavanne, nous espérions de la journaliste une remarque permettant, pour le moins, de nuancer les propos d’Ibrahim Maalouf. Elle a préféré aller dans le sens de ce dernier parce qu’il mettait (bêtement) en cause Zemmour – ce qui nous amène à la deuxième raison de l’apathie des journalistes : l’idéologie. L’audiovisuel public, cela n’est plus un mystère pour personne, baigne dans le wokisme, l’écologisme, l’immigrationnisme et l’antifascisme de théâtre. Les invités de gauche les plus radicaux peuvent assommer l’auditoire à coups de mensonges et d’allégations sommaires nourrissant la propagande sans rencontrer de résistance. Il arrive même que des journalistes d’émissions publiques mettent eux-mêmes tout en œuvre pour divulguer cette propagande et contrecarrer une réalité qui les gêne – le dernier exemple en date, à savoir l’émission de M. Rissouli autour du meurtre de la petite Lola, restera sans doute dans les annales de l’histoire journalistique comme la plus grosse entourloupe orwellienne d’inversion du réel et de manipulation médiatique de ce premier quart du XXIe siècle, le point d’orgue du discours mensonger qui s’amplifie dans les médias publics au fur et à mesure que la réalité réelle apparaît et qu’il devient plus difficile d’en cacher les sombres conséquences.

Un juste regard: Se souvenir pour changer le monde

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[1] https://www.lejdd.fr/societe/immigration-pourquoi-le-lien-avec-la-delinquance-est-une-illusion-136006

Liaisons dangereuses au Japon

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© Art House Films

Infiniment subtil, l’art narratif de Kôji Fukada échappe au procédé, déjoue magnifiquement le prévisible. C’était déjà le cas dans le diptyque Fuis-moi je te fuis, suis-moi je te fuis. Plus encore que dans Harmonium, son film précédent, tout aussi splendide. Dans la plastique ultra maîtrisée du cinéaste japonais, distances physique, émotionnelle, morale tendent élastiquement un rapport complexe, étagé, foisonnant, entre les personnages : la matière fondamentalement fortuite de la vie surgit perpétuellement dans les situations qui y adviennent, faisant sans cesse bifurquer le récit, et ce de manière totalement inattendue. Le suspense, chez Fukada, tient tout entier dans la surprise de l’aléa.

Au cœur d’une cité en périphérie d’une ville japonaise (laquelle, ce n’est pas précisé), deux barres d’immeubles assez moches se font face, séparées par un terrain de sport, une aire de jeux et des parkings. Jiro (Kento Nagayamo), chef du bureau d’aide sociale de la mairie, y occupe un petit appartement avec sa femme Taeko (Fumino Kimura) et, issu d’une liaison antérieure, son jeune fils Keita, champion national junior d’un jeu vidéo en ligne baptisé « Othello », qui attire des followers par milliers. Les parents de Jiro habitent dans l’autre barre en vis-à-vis, le couple a donc vue sur eux depuis leur balcon. Cette topologie inscrit sa marque dans le rapport de proximité de la famille : on ne se quitte pas des yeux.

Signes

Les beaux-parents de Taeko auraient espéré une bru non divorcée, et un petit-fils qui soit de leur sang, option plus conforme à leurs critères ; l’ex de leur beau rejeton y répondait davantage… En attendant, les voisins ont organisé au pied de l’immeuble une charmante chorégraphie pour l’anniversaire du père de Jiro : le film paraît ainsi lancé tout droit sur le registre gentillet d’une chronique conjugale et tribale au sein de la classe moyenne nipponne, en milieu périurbain.


C’est là où Fukada déploie son talent foudroyant : un événement soudain, que rien, vraiment rien ne laissait pressentir (chut !) va désorienter toute la suite, propulsée vers des échelles temporelles, géographiques, morales toujours plus surprenantes, dans un enchaînement de fausses pistes qui tiennent le spectateur en haleine de bout en bout. Passé ce premier coup de théâtre qui a fait entrer la tragédie dans la comédie sociale, surgit Park (joué par l’acteur malentendant Atom Sunada), SDF sourd-muet d’origine coréenne bientôt pris en charge par l’ONG où Taeko est employée, et dont on s’avise que, père biologique de Keita, il est son ancien mari qui l’avait abandonnée, elle et leur enfant, et avec lequel elle communique désormais, comme jadis, en langue des signes. 

Doux et grave

L’histoire va circuler ainsi, cruelle, sans l’adjuvent de la moindre musique off, sans céder jamais à la sensiblerie, de la sphère privée à l’espace public. Se déplacer de l’intimité des corps jusqu’à l’extériorité urbaine. Se mouvoir à travers les rigidités patriarcales, les traditions d’accueil, les empêchements sociétaux qui ont cours dans l’archipel. Naviguer du territoire japonais à celui de la Corée du Sud, selon une savante combinatoire, aux motifs infiniment variés, qui réactive sans trêve la curiosité du spectateur. Love life, c’est d’abord une chanson, celle qui a inspiré le titre du film. Elle accompagne le générique de fin : « Quelle que soit la distance qui nous sépare, rien ne peut m’empêcher de t’aimer ». Même la trahison. Ainsi va la vie. Restituée ici dans sa douceur et dans sa gravité.   

Love Life. Film de Kôji Fukada. Japon, couleur, 2022. Durée : 2h04. En salles le 14 juin.

Annecy: Henri d’Anselme, messager d’une renaissance?

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Image : Capture My TF1

Éric Ciotti demande au président Macron la légion d’honneur pour Henri, l’homme au sac à dos. Mais pourquoi le héros d’Annecy embarrasse-t-il tant à gauche ? L’analyse d’Ivan Rioufol.


Est-ce un signe supplémentaire d’une possible renaissance ? Les ricanements qui ont accompagné le geste héroïque d’Henri d’Anselme, 24 ans – qui a empêché vendredi à Annecy à un Syrien « chrétien » de s’acharner au couteau sur des bébés – sont vite apparus ridicules, y compris aux yeux des médias les plus conformistes. La chronique balourde de Daniel Schneidermann, publiée ce lundi dans Libération (« Henri d’Arc, un héros chez Bolloré »), vaut à son auteur des critiques qui auraient été improbables il y a encore peu. Scheidermann, revenant sur le témoignage de l’ancien chef scout d’Europe vendredi chez Pascal Praud sur CNews, se plait à tourner en dérision la dimension spirituelle revendiquée par ce pèlerin engagé pour neuf mois dans un tour de France des cathédrales. Le chroniqueur de Libé trouve notamment ridicule que le jeune homme puisse dire, répondant à l’explication de son geste : « Je n’ai pas réfléchi. J’ai peut-être été poussé. Je ne sais pas, mais je sais que je n’étais pas là par hasard (…) Dans ces moments on dit à la Sainte Vierge et à Dieu qu’on se laisse faire et que c’est eux qui vont décider ». Dans ce temps pénible de dérèglement des esprits – autrement plus grave dans ses conséquences immédiates que le dérèglement climatique – la sobriété et la modestie des propos inspirés d’Henri d’Anselme viennent au contraire redonner un peu d’espoir sur les sources d’un réveil des consciences au cœur d’une jeunesse française sensible à la fragilité de son héritage. Par un significatif retournement de situation, c’est le réflexe pavlovien du journaliste donneur de leçons – qui a omis de mentionner en circonstance aggravante que cet homme providentiel est également admirateur de l’écrivain royaliste Jean Raspail – qui devient ringard aux yeux de beaucoup.

A relire, Gabriel Robin: Les silences d’Abdelmassih H.

La bravoure n’appartient évidemment pas seulement à ce jeune catholique qui a cherché à chasser l’emprise démoniaque du prétendu chrétien demandeur d’asile en France (après l’avoir obtenu en Suède). Dans ce combat inégal contre le tueur au couteau, revient en mémoire les deniers mots du père Hamel, égorgé dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray par un jeune islamiste : « Va-t’en, Satan ! ». D’autres héros du quotidien se sont révélés dans le passé, à commencer par le colonel Arnaud Beltrame, qui a donné sa vie pour sauver un otage. Citons aussi Franck Terrier, qui avait pris en chasse sur son scooter le camion fonçant dans la foule à Nice, le 14 juillet 2016, Lassana Bathily, l’employé malien de l’Hypercacher de Vincennes, qui avait sauvé plusieurs personnes lors de la prise d’otages du 9 novembre 2015, Yoav Hattab, tué à cette occasion après avoir essayé de s’emparer d’une des armes du terroriste, Mamoudou Gassama, clandestin malien, qui avait sauvé un enfant accroché à un balcon, etc.

D.R.

Reste que la survenue du « héros au sac au dos » s’accompagne d’un message qui parle à ceux qui se désespèrent de l’endormissement des esprits amnésiques. Que dit le messager ? « Levez la tête, arrêtez de subir le mal. Ce que nos ancêtres ont fait de grand, de beau et de bien, ce sont les cathédrales, symboles d’unité, d’espoir, d’espérance ».

Avec une économie de mots, Anselme, étudiant en philosophie, a dit l’essentiel.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Le Roi au-delà de la mer

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Introduction à l’écosexualité

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D.R.

C’est la vidéo du jour. Et elle enrage les opposants au maire EELV de Lyon, suspecté de financer des délires subversifs où « l’on baise avec les plantes et partage des tisanes »…


Sur la musique envoûtante du générique de la série Vikings, « If i had a heart », on aperçoit tout de suite une inquiétante silhouette languissante à quatre pattes, derrière un plant de rhubarbe. Cheveux teints en bleu, ongles verts et intégralement nu, l’homme rampe dans un potager (gare à ne pas se choper des aoûtats, par cette chaleur). Puis, il trempe animalement sa langue dans une source. Désaltéré, il relève la tête, sensuellement, et vient l’écraser contre les feuilles.

Une séquence audacieuse

Avec effroi, nous découvrons, tout de suite après, que la performance a droit à des spectateurs, sans doute bouleversés par l’explicite et audacieuse séquence. On nous offre aussi une vue plus générale de ce jardin. Des gens vont et viennent, ici et là, au milieu de l’éden, presque mécaniquement. Ils sont orchestrés par deux artistes, lesquels mènent la danse – dont l’homme qui se prend pour un ver de terre déjà évoqué. Au point où nous en sommes, on ne tiendra pas rigueur à la femme du duo d’être les seins à l’air, et on ne s’atterdera pas sur le mauvais goût de certains noms des tisanes proposées à la consommation (la « Queen », la « Yoga et Je t’aime », la « MusculaFion »…). Heureusement, l’adorateur des plantes réenfile vite son slip rouge. La bonne humeur semble au rendez-vous ; on se balade, on se sourit…

A lire aussi: L’homme enceint, ou le mensonge banalisé

Bref, un programme familial, auquel même les plus jeunes semblent prendre part [1]. Ne voudriez-vous pas que vos enfants soient ainsi initiés à la pratique de l’éco sexualité ?


 « La ville de Lyon et son maire, Grégory Doucet sabrent 37 subventions culturelles pour financer des individus nus dans un jardin avec sextoys, devant des enfants », tance dans son tweet Pierre Olivier, le maire LR du 2e arrondissement de la ville [2]. Car oui, c’est peut-être un détail pour vous, mais ce qui semble être un sextoy est planté dans la terre. Ou alors, une plante phallique qui y ressemble furieusement !

Bienvenue dans le monde extraordinaire de l’éco sexualité !

Nous sommes allés sur le site d’où provient la vidéo pour en savoir plus. « On fait des narrations, mais qui restent flex, sinon ça ne marcherait pas. On ne peut pas être trop fasciste avec les plantes », y explique Akène Lenoir, danseur du conservatoire de Lyon, interprète et performeur au slip rouge, dans la vidéo accompagnant son « petit manuel indocile d’introduction à l’écosexualité ».

Lucile Genin et lui forment le duo Lundy Grandpré. La performance date de juin 2021 ; c’est une expérimentation menée à la Factatory dans laquelle les artistes envisagent le « jardin comme espace de subversion des normes établies. Un jardin où l’on danse ensemble en hommage aux godes, liens subversifs entre le public et le privé, l’intime et le politique. Un jardin où l’on baise avec les plantes et partage des tisanes. Un jardin où l’on éveille son corps aux joies de la pratique et de la pensée écosexuelle »… Reste une question : pourquoi cet amour excessif pour les godes, et donc le plastique, alors que la nature a créé le concombre ou la carotte ? Alerte au greenwashing !


[1] Important de noter que sur les images consultables, les artistes ont slip et culotte sur les plans où l’on voit des enfants.

[2] Sollicitée par Lyon Mag qui a relayé la vidéo et le tweet de l’élu LR, la mairie n’a pas encore pris le temps de répondre.