La légion étrangère organise un concert le 18 juin à l’Olympia. Foncez découvrir ses chants mythiques.
La Légion étrangère est une troupe d’élite de l’armée française. Constituée de soldats étrangers qui ont choisi de servir le drapeau avec « honneur et fidélité », elle est l’incarnation d’une France rêvée capable de fabriquer des citoyens avec des gens venus du monde entier – et qui apprennent le français en chantant. La Légion, c’est, enfin, une grande famille qui n’abandonne jamais les siens : sur le terrain – c’est bien le moins –, mais aussi une fois leur service achevé. Beaucoup de légionnaires, cabossés par la vie, parfois handicapés ou sans ressources, sont pris en charge à Puyloubier, où se trouve l’institution des Invalides de la LE. Une raison supplémentaire pour assister au concert exceptionnel que donnera la musique de la Légion à l’Olympia le 18 juin. Cette fête de la solidarité, selon le mot du général Lardet, le « père Légion » (commandant de la Légion étrangère) où résonneront des chants mythiques, sera aussi le dernier tour de piste du lieutenant-colonel Émile Lardeux, chef de la musique de la LE depuis quinze ans. Alors n’hésitez pas ! En achetant vos places, vous vous préparez une bonne soirée. Et vous faites une bonne action pour le pays.
Le couple Macron est désormais en roue libre. S’il y en a qui, de quoi je me mêle, s’interrogeaient sur l’authenticité de ce couple, ils peuvent jour après jour, toucher du doigt le ciment prompt qui lie ces deux êtres. Ce ciment, c’est un culot hors norme, une indécence qui, à force d’être répétée, bouscule les traditions d’une classe politique terrorisée.
Bridget
Sans remaniement, elle est la nouvelle ministre de l’Éducation Nationale. Loin de moi l’idée de plaindre le Pap qui n’a que l’utilité d’une soupape d’insécurité pour l’avenir de l’enseignement donné aux futurs citoyens. S’il n’a pas le courage de démissionner après avoir été humilié, c’est son problème. Et pas une fois, deux fois en un mois. Par une first lady qui, sans mandat ni pantalon, mais en talons aiguille, se permet de piétiner ses plates-bandes. Quand le feu couve sous l’abaya, le Pap, mutique depuis sa prise de fonction, prend deux doses de whisky, inspire, expire lentement, fait enfin entendre le son de sa voix : “mes biens chères sœurs, je suis contre le port de l’uniforme.” Sacré Charlemagne ! Les sœurs se marrent à se plier le voile en deux. Bridget convoque la presse pour dire : “mes biens chers frères, l’uniforme, je suis pour.” Les frères pleurent de rire à se rincer la barbe en feu. Au-delà de ce combat de poule, de poulet, du déboulé décomplexé de Bridget dans la lumière, ce blablatage illustre le renoncement et l’impuissance du pouvoir à endiguer l’assaut des fous sur la citadelle républicaine. L’émergence du dossier sur le harcèlement à l’école, via deux ou trois faits divers sordides, confirme l’avènement de Brigitte aux commandes du ministère. Elle humiliait le Pap, maintenant elle le lapide, lui coupe les bras. Pas de bras, pas de chocolat Trogneux pour Papounet. La séquence alimente la nostalgie d’une Anémone et son charisme de géranium dans le parc de l’Élysée.
L’essentiel de son agenda est consacré à faire souffrir une Borne qui en redemande. Le sado-masochisme se pratique au sein de l’exécutif, pendant que de ZAD en ZUP, de serres en bassines, de préfectures en sous-préfectures, la casserole et le sécateur ont fait la nique à la faucille et au marteau. Attention, le président ne passe pas tout son temps à planter des aiguilles dans sa poupée Bornée. Excité comme une puce électronique depuis l’avènement de Chat GPT, il est regonflé comme un Larcher devant une andouillette. Au point de confier “pousser pour que Mbappé reste au PSG”. Voilà la praline que les gueux attendaient. Qui va enfin mettre du beurre dans leurs épinards, surtout si c’est Brigitte qui fait la sauce.
Pauvre de nous
Heureusement, il nous reste les faits divers, les chaines infos, les néo-assassins et le Boursin. Aujourd’hui on fomente le crime parfait pendant des mois. Sans la moindre faute, dans le secret. Tout ça pour une fois la victime découpée, enterrée, nickel chrome, avoir tout bien fait, convoquer la Presse, blablater, pleurnicher, se trahir, se noyer. Pour boucler l’enquête, la Crim n’a qu’à regarder la télé ! Bref, le politique et l’assassin sont aujourd’hui dans la même galère, plombés par leur excès frénétique de communication.
Vittorio De Sica, en 1960, donnait un chef-d’œuvre qu’on peut revoir sur Arte.
Italie, 1943/1944. Cesira, jeune veuve qui élève seule Rosetta sa fille de 14 ans, décide, après un violent bombardement, de quitter Rome pour rejoindre son village natal de Santa-Eufemia dans le Bas-Latium. Adapté du roman éponyme d’Alberto Moravia, le film de Vittorio De Sica est le récit du destin dur et misérable d’Italiens modestes. Le cinéaste s’attache à montrer la vie des réfugiés ayant fui les grandes villes pilonnées par les bombes – au moment du débarquement allié – pour se rendre à la campagne afin d’y retrouver un peu de calme et une sécurité relative. De Sica, avec beaucoup de sens de l’observation et humour, dresse un portrait attachant de ces paysans et petits artisans, quelque peu ignorants, qui hésitent entre soutien au Duce et aux Allemands, et les forces alliées en marche pour libérer le pays du joug des forces de l’Axe. Ils désirent plus que tout la paix, peu en importe le prix. Cesira, interprétée par Sophia Loren, est une sorte de mère courage, forte et vindicative, prête à tous les sacrifices pour préserver sa fille Rosetta (Eleonora Brown) des horreurs de la guerre. Femme malicieuse, drôle et tragique, elle trouve en face d’elle, Michele, joué par Jean-Paul Belmondo, sobre et excellent comme chez Jean-Pierre Melville, Jean-Luc Godard ou Philippe De Broca. Michele est un enseignant lucide et humaniste ayant songé à devenir prêtre. Il est parfaitement conscient de l’abominable mascarade du fascisme à bout de souffle. Les fascistes purs et durs sont présents, représentés par deux miliciens butés et méchants. Michele essaye de faire prendre conscience de la situation à ses compatriotes apeurés par ses conseils et lectures à voix haute.
Puis, lentement, le film va se transformer, passant de la chronique paysanne en temps de guerre à une tragédie contemporaine sombre et cruelle. Le danger semble pourtant s’éloigner lorsque les Alliés arrivent… Mais le destin tragique des personnages est inscrit depuis le début. Michele, repéré pour ses idées, est tué par les Allemands, Cesira et sa fille Rosetta sont violemment agressées et violées dans une église en ruine.
De Sica filme la réalité sur les exactions commises en 1944 par des hommes du général Juin constitués de soldats originaires des colonies. Nous sommes très loin de la bienveillance et de l’angélisme d’Indigènes de Rachid Bouchareb. Le Mal est présent partout, peu importe les visages, la couleur de peau ou la nation de ceux qui le servent. Il frappe dur dans un lieu consacré à Dieu. La Ciociara est un film âpre, un mélodrame tendu, magnifié par le noir et blanc tranché signé par le chef-opérateur, Gábor Pogány, qui permettra à Sophia Loren d’obtenir le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 1961 et l’Oscar de la meilleure actrice en 1962 à Hollywood.
La Ciociara – Italie/France – 1960 – 1h57 – V.O.S.T.F. Sur ARTE.TV jusqu’au 18/06/2023
Déserts médicaux. La loi Valletoux, qui vise à améliorer l’accès aux soins, a été adoptée la nuit dernière. Elle incite notamment l’hôpital privé à participer davantage à la permanence des soins les weekends, et propose une allocation mensuelle aux médecins qui signeront des « contrats d’engagement de service public » dans un secteur géographique sinistré. Mais, les députés ont finalement refusé de réguler les installations de médecins. C’est tout notre rapport à l’accès aux soins qu’il faut revoir, selon notre chroniqueuse.
La question de savoir s’il faut forcer les médecins à se relocaliser dans les campagnes en France est un sujet complexe et controversé. Il existe, c’est vrai, une pénurie de médecins dans certaines régions rurales françaises, ce qui peut entraîner des difficultés d’accès aux soins pour les populations locales. Bien sûr, on s’indigne des déserts médicaux, surtout lorsqu’on en est victime ! Mais la solution n’est pas près d’être trouvée. D’abord lorsqu’on est un libéral, on estime que la liberté de s’installer pour qui que ce soit est absolument prioritaire et que finalement le médecin est aussi un entrepreneur comme un autre. Oui, bien sûr il y a la vocation de soigner des gens, mais il y a aussi les années d’études, le dévouement, le temps de travail, le gain financier de moins en moins proportionnel aux efforts fournis et aux études longues et difficiles…
Un gouvernement digne de ce nom doit dans ses missions régaliennes assurer la répartition des soins sur tout le territoire, mais encore faut-il que les médecins acceptent de se rendre au fin fond de nos provinces et qu’ils puissent avoir les moyens de s’installer. Pour les spécialistes par exemple c’est mission impossible : un ophtalmo, avec le coût d’un cabinet équipé, n’a aucune chance de rentabiliser son activité dans des campagnes peu peuplées. On ne peut que les regrouper dans les hôpitaux régionaux qui eux aussi connaissent la crise. Et que dire de la valse des maternités qui jouent à fermera, ne fermera pas… Des femmes étant obligées de faire 1H30 de voiture, en Savoie par exemple, pour accoucher ! Ceux qui sont concernés directement estiment bien sûr qu’il est nécessaire de prendre des mesures « obligatoires » pour inciter les médecins à s’installer dans ces zones. Or, l’isolement, les opportunités professionnelles limitées pour les conjoints, les infrastructures de santé insuffisantes, les conditions de travail difficiles et les faibles rémunérations sont très dissuasives pour les médecins en réalité… En revanche on peut être choqué que sur la Côte d’Azur les médecins pullulent; on pourrait presque envisager, comme pour les pharmacies, de limiter certaines installations dans les zones privilégiées.
Pourtant on a bien essayé de mettre en place des incitations financières plutôt que des mesures coercitives. Des programmes de bourses d’études pour les étudiants en médecine acceptant de s’engager à exercer dans des régions rurales après l’obtention de leur diplôme, des avantages fiscaux pour les médecins s’installant dans les zones rurales ou encore le développement des infrastructures et des services de soutien dans ces régions pour inciter les médecins à s’y installer… mais rien n’y fait. La preuve encore avec la loi Valletoux passée cette nuit à l’Assemblée sur la liberté d’installation des médecins, une occasion ratée de mieux pourvoir les déserts médicaux. En fait, la question est multifactorielle et dépend de notre façon de consommer la médecine ! Prenons l’exemple des ophtalmologistes dont on se plaint qu’il faille attendre trois mois pour avoir un rendez-vous. Est-ce vraiment nécessaire d’avoir une ordonnance pour se faire prescrire des lunettes de vue, alors qu’aujourd’hui, les avancées techniques permettent à n’importe quel opticien de mesurer aussi bien que le spécialiste exactement les mesures nécessaires à la confection des verres ? Cette contrainte n’est-elle pas simplement là pour conserver une clientèle captive ? De la même façon, les médecins s’opposent à ce que de nombreux actes puissent être effectués en pharmacie. Piqures, vaccins… Et pourquoi ne pas multiplier et installer des télé-consultations médicales comme c’est déjà le cas dans certaines pharmacies ? La bobologie (à ne pas prendre certes à la légère) peut largement se traiter à distance.
En fin de compte, l’objectif principal devrait être de trouver un équilibre entre la nécessité d’améliorer l’accès aux soins de santé dans les zones rurales mais surtout la nécessité absolue de changer de comportements quitte à lutter contre le lobbying de certains. La technologie va changer complètement la donne, encore faut-il réfléchir à la façon de l’intégrer dans un parcours de soin traditionnel et périmé. Chat GPT 4 a déjà fait la preuve de la qualité des diagnostics les plus courants, et, mieux, a été jugé plus empathique avec le patient dans ses explications qu’un médecin en face à face !
Il faut changer de mode de « consommation médicale » et à tous les niveaux, car c’est bien de cela dont il s’agit dans une forte majorité des cas; on le voit bien à l’utilisation abusive qui est faite des urgences, lesquelles peuvent se retrouver à négliger les cas graves à cause de l’encombrement dû à la pénurie des consultations possibles. Dans beaucoup de petites villes, des maisons de santé sont évoquées depuis des années et on ne voit rien venir. Impossible de faire faire un point de suture à un enfant sans aller aux urgences, est-ce normal ? De même le numerus clausus, remplacé par le numerus apertus qui l’a bien un peu reformé mais insuffisamment ; le résultat ne se ressent pas encore, étant donné le nombre d’années d’études, et la pénurie demeure. Le sage montre la lune et nous nous obstinons à regarder le réverbère, en médecine comme ailleurs… Ne manque-t-il pas aussi un regard entrepreneurial et une approche fondée sur le bon sens ? Le manque de vision politique est le principal problème dans tant de domaines.
On objectera que, en matière d’affichage décalé, le métro parisien en aura vu d’autres.
En la circonstance, la campagne visée ici est à porter au (douteux) crédit du Musée de l’Histoire de l’Immigration. D’emblée, une question pointe son nez. Une nation fière de ce qu’elle est dirigée non pas par des élites confites en autoflagellation, mais par des guides confiants en eux-mêmes et dans les peuples qu’ils gouvernent, n’aurait-elle pas préféré se doter d’un musée, non pas de l’immigration, mais de l’identité, ou à tout le moins, pour ne froisser personne, de l’intégration. D’ailleurs, très vraisemblablement à « l’insu du plein gré » de ses promoteurs, c’est bel et bien cet axe-là qui se trouve mis en avant dans cette campagne. Venons-en à l’affiche. Elle représente Louis XIV en majesté, assorti de cette légende qui se voudrait explicative : « C’est fou tous ces étrangers qui ont fait l’histoire de France. » Étranger, le Roi-Soleil, né en France, le serait parce que sa mère était Espagnole et sa grand-mère Autrichienne. Soulignons quand même que l’Espagne n’est pas le Bénin, ni l’Autriche, l’Afghanistan. Passons. Rappelons aussi que le grand-père n’est autre qu’Henri IV, ce franchouillard mâtiné béarnais, trousseur de jupons et génie fondateur du rite de la poule au pot. Et le père, Louis XIII d’une moindre ardeur, dit-on, pour ce qui est de trousser. Le tempérament français est dans ce domaine aussi très riche en nuances.
Cela dit, acceptons un instant de délirer avec les grands inspirés dudit musée et voyons en Louis XIV un étranger. Étranger donc ce roi sous qui Colbert géra et réforma, Pascal pensa si puissamment et si loin, La Fontaine, Corneille, Molière, Racine, et tant d’autres créèrent, inventèrent, composèrent, exhaussant au plus haut l’art, l’esprit à la française, oui, faisons de ce roi un étranger. Alors, une seule évidence s’impose : quel magnifique exemple d’intégration ! Le summum de l’assimilation, parfaitement accomplie, aboutie. Merci, oh oui, merci aux gens du musée mentionné ci-dessus de livrer aux foules cette belle leçon ! Ainsi, un étranger, rejeton d’étrangères, peut devenir non seulement plus Français que Français, mais, infiniment mieux encore, il peut devenir la France ! La France rien de moins. La grande leçon est bien là : être Français, qu’on soit roi ou manant, c’est, au fond, « être la France ». Cela relève moins d’une affaire de génétique que d’âme, d’esprit et de cœur ! On connaît le poignant aveu de Romain Gary : « Je n’ai pas une seule de goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines. » Eh bien, c’est cela, avant tout, être français, avoir la France au cœur. Respirer France, penser France, rêver France. Au risque de nous répéter, sachons gré aux gens du Musée de l’Histoire de l’Immigration de mettre si bien en exergue une intégration si parfaitement achevée que celle de notre grand roi. Telle n’était pas leur intention initiale, sans doute, mais, comme dirait l’autre, on n’est jamais à l’abri d’un malentendu. Grâce à eux, on peut espérer que les paumés-camés de migrants de la station Porte de La Chapelle s’arrêteront devant l’affiche. Il ne leur restera plus alors qu’à suivre l’exemple. Malin, non ? On peut rêver… Et on en viendrait presque à ne pas trop regretter que tout cela se fasse, comme d’usage, avec nos sous.
L’affaire des archives conservées à Mar-a-Lago est la plus susceptible de le faire tomber
Comment expliquer le nombre et la variété des poursuites judiciaires dont Donald Trump fait l’objet ? Certes, c’est un personnage hors du commun dont l’approche en politique teste les limites de ce qui est normal et même de ce qui est légal. Pourtant, la prolifération des procès au cours de la période qui précède la prochaine élection présidentielle, en novembre 2024, soulève au moins la possibilité d’un acharnement judiciaire. Essayons d’y voir clair.
Une avalanche de procédures
Premièrement, Donald Trump, avec trois de ses enfants, est accusé par la procureure générale Démocrate de New York, Letitia James, d’avoir surévalué les biens immobiliers de sa famille de plusieurs milliards de dollars. La supposée fraude fiscale se monte à 250 millions de dollars. Pas trop d’inquiétude ici : le cas devrait pouvoir être réglé au civil à l’amiable.
Deuxièmement, une enquête a été lancée par la procureure Démocrate Fani Willis contre Donald Trump en Géorgie à propos d’une supposée tentative d’influencer l’élection présidentielle de 2020 lors d’une conversation téléphonique avec le secrétaire d’état de Géorgie, le Républicain Brad Raffensperger. Lors de cette conversation enregistrée par ce dernier et livrée au Washington Post, Donald Trump, conscient de la très faible avance de Joe Biden dans cet Etat (10 000 voix), demande instamment au secrétaire d’Etat de lui « trouver 11 000 votes » favorables. Selon Alan Dershowitz, professeur émérite de Droit à Harvard et avocat de Trump lors de la première tentative de destitution, le fait que Trump, entouré de ses avocats lors de la conversation, ait demandé de « trouver » 10 000 votes et non « forger » ou « créer » n’a rien de répréhensible.[1]
En outre, le ministère de la Justice (aux États-Unis, l’Attorney General fait office de procureur général ET de ministre de la Justice) a mené une vaste enquête sur les actions de M. Trump lors de l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021. Le procureur général/ministre de la Justice Merrick Garland a laissé ouverte la possibilité que Donald Trump soit poursuivi pour avoir « incité » à une « insurrection », selon le mot de la commission du 6 janvier de la Chambre des représentants. On sait depuis les vidéos publiées par Tucker Carlson (avant son éviction de Fox News) que les « terroristes intérieurs » étaient en réalité des pieds nickelés, jusqu’au « Chaman » à casque de viking, Jacob Chansley, qu’on voit sur des vidéos de surveillance déambuler tranquillement dans le Capitole accompagné de deux policiers… Seule une insurgée, Ashli Babbit, a été tuée à bout portant par un policier. Aucun parlementaire ni membre du personnel n’a été blessé et les déprédations dans le Temple de la démocratie américaine sont très limitées. L’attaque est en réalité surtout symbolique. Donald Trump a invité le public à exercer son droit protégé par le Premier Amendement (concernant la liberté d’expression) et à marcher « pacifiquement et patriotiquement » sur le Capitole. Ce qui est protégé par la Constitution. Le fait qu’il ait « chauffé » ses troupes en éructant pendant une heure sur la prétendue élection volée n’y change rien : rien n’indique que Trump ait fomenté ou participé à l’insurrection. Il pourrait être difficile de l’inculper dans cette affaire.
Ashli Babbitt D.R.
Donald Trump doit encore faire face aux accusations d’avoir acheté le silence d’une actrice pornographique, Stormy Daniels, une enquête menée par le procureur Démocrate de New York, Alvin Bragg, qui a reçu indirectement par l’entremise d’un comité de campagne « Color of Change », 6 millions de dollars de l’Open Society de Georges Soros[2].
Donald Trump fait également face à des poursuites civiles pour coups et blessures et diffamation engagées par la chroniqueuse et ex-journaliste E. Jean Carroll (le viol n’ayant pas été retenu). Ces deux affaires pourraient se régler au civil moyennant des dédommagements importants mais qui rentrent dans les possibilités financières du milliardaire républicain.
Reste, probablement, l’affaire la plus délicate, pour laquelle il vient d’être inculpé le 13 juin par un tribunal floridien à Miami et pour laquelle il est très vulnérable : avoir conservé des documents top secrets, déclassifiés ou pas, dans son somptueux manoir de Mar-a-Lago (Palm Beach, Floride). Cette série d’accusations fait suite à une perquisition menée par le FBI sur ordre du Procureur général Garland et approuvée aussi par un juge Démocrate, Bruce Reinhart.[3] Trump pourrait au minimum être inculpé pour obstruction de la justice car il avait préalablement reçu une citation à comparaître et l’a ignorée. Il fait face à 37 chefs d’inculpation dont celui d’avoir illégalement conservé des documents relatifs à des secrets nucléaires et des capacités de défense de pays alliés. En septembre 2021, au Bedminster Club, il aurait montré à un représentant de son comité d’action politique ne disposant pas d’autorisation (« clearance ») une carte d’état-major classifiée relative à une opération militaire. Comme Hillary Clinton dont les emails compromettants échangés sur une messagerie non-sécurisée lui avaient en partie coûté l’élection de 2016, Donald Trump pourrait se voir reprocher par de potentiels électeurs le fait de conserver des secrets d’État dans sa salle de bains surtout s’il a ordonné de les y cacher.
Des affaires qui galvanisent les plus radicaux des MAGA
Si cette avalanche de procès peut galvaniser les troupes Républicaines trumpistes (les MAGA) et lui assurer la victoire à la Primaire Républicaine au détriment de Ron DeSantis, elle peut également lui aliéner les électeurs centristes et indépendants lors de l’élection présidentielle de 2024. Si Trump arrive jusque-là ! Puisqu’il pourrait d’ici quelques mois être jugé et lourdement condamné (il risque la prison ferme) alors qu’il serait déjà nommé par les Républicains candidat à la présidentielle… Tenant compte des lenteurs de la justice, il pourrait même être entre-temps redevenu président des Etats-Unis !
Pour l’instant, en effet, un récent sondage Washington Post-ABC News a montré que 44% des personnes interrogées ont déclaré qu’elles voteraient « probablement » ou « certainement » pour M. Trump, tandis que 38% seulement ont déclaré la même chose pour M. Biden. Quelque 12% des personnes interrogées sont indécises[4]. Elles pourraient faire la différence en novembre 2024.
[1] Interrogé par l’émission « American Thought Leaders », le 8 mai, sur Epoch TV. Il est l’auteur de Get Trump: The Threat to Civil Liberties, Due Process, and Our Constitutional Rule of Law (Hot Books, 2023).
[2] Les Républicains accusent le procureur Bragg d’être soutenu par Soros. La presse libérale affirme que seul Color of Change, qui soutient la campagne de Bragg en faveur d’une action pénale juste pour les Noirs, a reçu de l’argent. Soros n’a pas directement soutenu la campagne de Bragg.
[3] Breinhart a été donateur pour la campagne présidentielle de Barack Obama ET pour la Primaire républicaine de Jeb Bush. Avocat de certains clients de Jeffrey Epstein, il a subi en Floride une campagne à connotation antisémite.
Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. « J’aime qu’on me contredise ! », pourrait être sa devise.
Voici venue la grande contrition. Ils demandent tous à être pardonnés.
Dans son dernier livre, Quelques mois dans ma vie, qui n’est malheureusement pas un roman, Michel Houellebecq présente ses « excuses à tous les musulmans » qui ont pu être offensés par un texte « idiot » – « c’est-à-dire, j’en ai bien peur, à peu près tous les musulmans ». Pour lui, finalement, « le problème n’est pas l’islam, c’est la délinquance ».
Pour le dixième anniversaire du « mariage pour tous » (merci Mme Taubira), les anciens inquisiteurs, au Parlement ou dans la rue, nous disent qu’ils ont évolué. La rage de 2013 a laissé place à des propos doucereux. Pas pour tous, ils ont leurs insoumis. Mais qui, aujourd’hui ou demain, reviendrait sur ce droit ?
Quel est le prochain épisode de ce grand renoncement ? Valeurs actuelles envisagerait une couverture avec Edwy Plenel pour rendre hommage au travail d’investigation de Mediapart au cours des quinze dernières années (merci à eux). Causeur ferait sensation avec un entretien croisé Adèle Haenel/Greta Thunberg.
Diablerie ! Dans le bocage vendéen, ce nouveau fumet venu de Paris n’est pas apprécié. Les troupes se forment pour partir à l’assaut. Tout n’est pas perdu. À l’Assemblée, les élus du Rassemblement national ne se sont pas levés pour s’associer à l’hommage au maire de Saint-Brévin. Les Républicains ont pris la main sur le prochain texte « immigration ». Ayant pris la mesure d’un véritable danger politique pour lui, le président Macron a dégoupillé une grenade avec un mot, un seul : « décivilisation ».
Boum ? Même pas. Les maux qui existent exigent une action publique forte et non une surenchère sémantique qui nourrit un climat détestable, dans une société de plus en plus fracturée par le séparatisme social et culturel, des frustrations toujours plus grandes, de la colère et de la haine. Alors discutons sérieusement et agissons pour un plan d’action permettant de réduire la consommation des drogues, notamment cannabis et cocaïne, qui connaît une progression affolante. On pourra continuer à parler de la santé publique, de l’hécatombe routière, des trafics et de l’économie parallèle, de la vie rendue impossible pour les habitants des quartiers populaires, rien ne changera sans de nouvelles réponses. Parlons de l’état de la psychiatrie en France. Presque vingt ans après le drame à l’hôpital psychiatrique de Pau, rien n’a été réglé[1]. Tout s’est aggravé. Parlons du rôle essentiel des 500 000 élus locaux, sentinelles de notre République, trop souvent abandonnés par l’État. Je viens ici de reprendre les trois sujets à partir desquels Emmanuel Macron a parlé de « décivilisation ». Lui qui, depuis 2017 à la tête du pays et, avant, de la commission Attali au ministère de l’Économie en passant par le secrétariat général de l’Élysée, n’a cessé d’attaquer les services publics et les politiques publiques, dont celles qui soignent et qui protègent. Quel est son bilan ?
Il devrait présenter des excuses.
[1] En décembre 2004, un jeune homme de 21 ans tuait sauvagement une infirmière et une aide-soignante dans l’hôpital où il avait été interné à trois reprises pour schizophrénie.
«C’est fou tous ces étrangers qui ont fait l’histoire de France» peut-on lire sur une affiche de promotion pour le Musée de l’histoire de l’immigration, à côté de la photo de… Louis XIV.
Pourquoi subir la loi des minorités ? Leurs plaintes sont des prétextes pour justifier leur tyrannie. L’Absurdistan se profile au bout de leurs caprices. Il y a plusieurs sujets, l’écologisme, le néo-féminisme, le wokisme donc, l’antiracisme se calquent sur l’islamisme et son accusation en islamophobie, dans un même ressort victimaire. À la moindre contrariété, ces groupuscules hurlent au fascisme, au racisme, à l’extrême droite, à l’homophobie, à la transphobie, etc. C’est ainsi que l’écriture inclusive et ses mots défigurés, créés au nom d’un égalitarisme sexuel forcené, s’installent dans un monde universitaire vidé de l’esprit critique. Même Sylvie Retailleau, la ministre de l’Enseignement supérieur, a renoncé à rappeler au respect de la langue au prétexte de préserver « la liberté pédagogique ».
La lâcheté est l’alliée de ces lobbies. Les délires des petits hommes verts les font ressembler aux extraterrestres que la Nasa aurait identifiés. La municipalité EELV de Lyon a ainsi subventionné la « performance » en « écosexualité » du groupe Lundy Grandpré : diffusée sur une vidéo, la scène montre des hommes et des femmes nus qui font l’amour avec la « terre érotique », en appliquant la théorie d’Annie Sprinkle. Cette ex-star du porno explique : « Quand tu es face à un arbre, tu n’as pas envie de l’étreindre comme un phallus géant ? … Et quand tu te promènes dans une prairie fraîchement coupée, tu n’as pas envie de fourrer ton visage dans les brins d’herbes, de les humer, de les lécher comme une chatte […] ». Qui arrêtera ce dérèglement des esprits ?
Il faut prendre ces pertes de la raison au sérieux. Seule une minorité suffit pour faire des révolutions. Or, face à ces offensives communautaristes – religieuses, ethniques, sexuelles, hygiénistes – les résistances disparates sont inefficaces. De surcroit, ces lubies d’idéologues sont confortées par le diversitisme, cette pensée officielle au service des déconstructeurs et de la négation des réalités. La falsification est un procédé assumé. Ce mercredi est apparue sur les réseaux une campagne du Musée d’histoire de l’immigration montrant un portrait de Louis XIV, dont la mère était espagnole et la grand-mère autrichienne, avec ce slogan : « C’est fou, tous ces étrangers qui ont fait l’histoire de France », amalgamant le vieil apport européen à la survenue, en 40 ans, de la civilisation musulmane. Il est vrai que, pour le sociologue Jean Viard, commentant l’attaque au couteau d’un réfugié syrien contre des bébés : « Il faut rappeler que la délinquance des immigrés n’est pas supérieure aux taux des Français […] L’essentiel des immigrés, aujourd’hui, sont des universitaires ». Avant lui, Jacques Attali avait assuré (Les Echos, 3 octobre 2019) : « Il n’y a aucun envahissement de la France ni de l’Europe par l’Islam ou par l’Afrique […] 99 % des migrants non européens s’intègrent parfaitement dans la nation française (…) L’islam n’est pas une menace pour la France, il en est une composante depuis le VIIIe siècle ». Les minorités et leurs protecteurs sont les ennemis de la démocratie, construite sur la loi du plus grand nombre.
Au grand dam des apôtres de #MeToo, l’auteur de 99 francs se met à nu dans un essai rempli de souvenirs et d’aphorismes sur la « partouze permanente » qui habite son cerveau. On y apprend au passage que s’il est beaucoup drogué durant des années, c’est pour calmer sa frénésie sexuelle, et pas pour battre des records de sybaritisme.
Causeur. Tout d’abord, permettez cette question pro domo. Votre livre commence par le récit de l’intrusion à votre domicile, en 2018, d’un commando néoféministe. Votre crime n’était pas seulement d’avoir signé notre pétition « Touche pas à ma pute », c’est vous qui nous en aviez donné l’idée ! Vous nous en avez voulu ?
Frédéric Beigbeder. Mais oui, c’est vrai, tout ça, c’est de votre faute… (rires) Non je ne vous en veux absolument pas ! Et je continue de penser que notre combat commun, et perdu, contre la pénalisation des clients de la prostitution, était un combat juste. C’est ce que disent du reste les dirigeants de Médecins du monde ou du Strass, le syndicat majoritaire de la profession, très inquiets au sujet des conditions des travailleurs et travailleuses sexuels, encore plus précaires depuis l’entrée en vigueur de la loi de 2018 qui punit d’une amende de 1 500 euros toute personne ayant recours à leurs services. Ce n’est certes pas le combat de ma vie, mais si on vous disait « être boulanger, c’est légal, mais attention quand vous achetez du pain, vous êtes un délinquant », ce serait terriblement absurde et hypocrite, n’est-ce pas ? Eh bien, un tel principe, appliqué à la prostitution, a hélas été voté à l’unanimité par l’Assemblée nationale.
Revenons-en au livre. Comme son titre l’indique, il porte essentiellement sur la sexualité, notamment l’obsession sexuelle masculine, et la vôtre en particulier…
Je prends effectivement mon cas pour une généralité. (rires)
Vous dites que les écrivains homosexuels peuvent être très crus sur ce sujet, alors que les romanciers hétéros, tels que vous, ont plus de réserves…
Plutôt que de crudité, je parlerais d’honnêteté. Certains écrivains homos, comme mon ami Guillaume Dustan, comme Arthur Dreyfus ou Renaud Camus à ses débuts, parlent sans hypocrisie de leur frénésie sexuelle. Tandis que les hétéros assument moins leurs désirs. Il y a des exceptions, bien sûr. Parmi mes écrivains favoris figurent de très grands obsédés, comme Henry Miller, dont la trilogie Sexus est quelque chose d’hallucinant. N’oublions pas non plus les deux Charles, Bukowski et Baudelaire. Seulement, ces auteurs restent des cas isolés, et je n’ai pas d’explication à ce mystère. Mais avec ce qui m’est arrivé depuis la sortie de mon livre, j’ai vu combien il est compliqué de parler de sexualité hétéro dans notre société.
De quoi voulez-vous parler ?
J’ai subi un déferlement de haine sur les réseaux sociaux, avec des menaces de mort. Des militantes ont même tagué la librairie Mollat à Bordeaux et tenté d’empêcher la conférence que je devais y donner. Il existe donc une tentative de censure sur mon livre, qui dit pourtant des choses très banales. Mais voilà, des gens veulent qu’il n’existe pas.
Il y a, dans ce livre, un chapitre sur la cocaïne, substance que vous connaissez bien. Contre toute attente, vous n’en parlez pas comme d’un dopant érotique, qui rendrait moins timide et plus performant au lit. Vous dites au contraire que la cocaïne calme la libido.
Exact. On a une image complètement fausse de la cocaïne. La drogue qui excite, c’est le viagra. Alors que la cocaïne, c’est un anesthésiant, un anti-aphrodisiaque. C’est la drogue de la débandade. Si je devais expliquer sociologiquement son succès à la fin du siècle dernier, je m’interrogerais sur les liens avec l’épidémie de sida. À cette époque, on cherchait peut-être inconsciemment un moyen d’avoir moins d’érections. Un peu comme quand on donnait du bromure aux conscrits, pour calmer leurs ardeurs. La cocaïne a peut-être été le bromure des fêtards en danger des années 1980.
Vous écrivez aussi que la cocaïne « anesthésie le chagrin d’être coupé du monde merveilleux des femmes inconnues »…
Pour se trouver des excuses, tous les toxicomanes essaient de théoriser leurs mauvaises habitudes. Donc il ne faut pas nécessairement me croire sur parole. Mais quand j’avais une vie moins rangée, il est vrai que je me justifiais souvent en disant : puisqu’on ne peut plus se draguer, alors on va se droguer.
La cocaïne est donc une fuite ?
Une fuite, oui. Mais c’est aussi une quête. De quoi ? Je l’ignore. Je me suis demandé si je ne cherchais pas dans la drogue non pas une autre réalité, mais une manière plus intense de voir la réalité. J’ai aussi été frappé par le mot de l’écrivain américain Jay McInerney, selon qui sa génération, celle des baby-boomers, a survécu à la « guerre de la drogue ». Nous qui sommes les premiers êtres humains à avoir connu un monde sans conflit armé, n’avons-nous pas voulu malgré tout nous mettre en danger en nous droguant, à la manière de ceux qui font de l’alpinisme ou qui conduisent des motos à deux cents à l’heure ? Ce besoin de tutoyer la mort est probablement inhérent à la condition humaine.
Cela dit, vous écrivez aussi que la cocaïne est la seule drogue qui donne l’impression de tout contrôler. Que voulez-vous dire ?
Je ne sais pas si vous avez essayé ce produit, et je vous le déconseille, mais son principal danger, c’est qu’il donne confiance en soi. On se sent important. On reconnaît d’ailleurs souvent les cocaïnomanes à leur vantardise. Ils disent beaucoup de bien d’eux-mêmes et, pire encore, ils le répètent tout le temps. Non seulement ils sont mégalos, mais ils sont mégalos en boucle ! C’est pour cela que la cocaïne menace tant les gens timides, fragiles, peu sûrs d’eux. Comme Yves Saint-Laurent par exemple, qui devait être hypersensible et se sentait sans doute à l’abri, un peu moins vulnérable, quand il en prenait. C’est pareil pour Françoise Sagan, je pense.
François Sagan dont vous jugez que les meilleurs romans sont les premiers. Voulez-vous dire que la drogue a gâché son talent ?
C’est un peu sévère et c’est un débat purement littéraire. Mais j’ai l’impression que le charme, l’insolence et la légèreté teintée de cynisme de ses romans de jeunesse, disons jusqu’à La Chamade, ont perdu ensuite en virtuosité. C’est assez triste à dire, mais c’est la réalité. Ensuite, je n’ai pas la prétention de tout réduire à la drogue. Je remarque juste que son écriture s’est abîmée après son accident de voiture. Elle s’est alors retrouvée à l’hôpital, où on lui a donné de la morphine, et puis elle a basculé dans la cocaïne.
En parlant d’accident de voiture, vous mentionnez également dans votre livre Pierre Palmade, dont vous remarquez qu’il est votre « sosie ». Qu’avez-vous ressenti quand vous avez appris qu’il avait brisé la vie d’une famille en provoquant un accident sous l’effet de la drogue ?
J’ai pensé qu’il devait être extrêmement malheureux d’avoir causé une tragédie pareille. J’imagine qu’on ne peut pas se remettre d’avoir fait autant de mal à des gens. J’ajoute que quand on est célèbre, en plus de la prison, on a une double peine : la punition médiatique. C’est comme ça. Je n’ai pas grand-chose d’original à rajouter. Si ce n’est que je suis par principe opposé aux lynchages, c’est même le sujet de mon livre. Dès qu’il y a une meute contre quelqu’un, j’ai tendance à me sentir solidaire du camp adverse.
Aujourd’hui, la cocaïne serait passée de mode. Comment l’expliquez-vous ?
C’est normal. Il y a des modes dans tout. Dans l’habillement comme dans la drogue. Mais je dois reconnaître que je ne me suis pas tout de suite rendu compte que la cocaïne était devenue ringarde. J’avais connu la période précédente, celle où, quand vous proposiez à des amis d’aller s’enfermer avec eux dans un endroit pour « taper », c’était le sommet du glamour. C’était célébré au cinéma ou dans les romans. Et puis au début des années 2000, ça a commencé à être un truc de boomer minable, de vieux dégueulasse, comme dit Bukowski. La cocaïne est passée du statut de « glamour » à celui de « pathétique ». Et comme je suis très influençable, et que j’ai toujours envie d’être dans le coup, je me suis finalement dit que je devais absolument arrêter cette chose.
L’heure du bilan est donc arrivée. Qu’avez-vous perdu en vous droguant ?
Par esprit de contradiction, je vous dirais d’abord que j’en garde aussi de bons souvenirs. J’ai connu des moments de drôlerie, des nuits interminables, dont je ne me souviens pas mais que je ne renie pas. Ne transformez pas mon livre en ouvrage de morale ! Je ne suis pas une bonne sœur. Mais pour répondre à votre question, je dirais que la cocaïne m’a fait perdre du temps et de l’argent. Que ça fatigue beaucoup aussi. Que ça ne donne pas de talent. Que ça rend même un peu con. Et que c’est très mauvais pour la santé. Bref, j’ai passé l’âge de ces bêtises. Ça va quand on a 20 ans. Mais ça devient grotesque quand on approche des 60.
Cela dit, vous écrivez qu’on ne peut jamais s’estimer vainqueur de l’addiction.
C’est une règle qui s’applique à n’importe quelle drogue. À l’alcool aussi. Et même au sucre. Je peux vous en parler car, m’étant récemment découvert diabétique, j’ai dû arrêter les pâtisseries en même temps que la cocaïne. C’est un combat quotidien. Il faut se protéger contre les tentations. Essayer de tenir jusqu’au jour suivant. Vous voyez, il est à présent 14 h 20, je suis dans ma maison avec mes enfants, je ne suis donc pas menacé. Mais ce soir, passé minuit, si je sors avec des amis toxicos, je serai en danger. Je ne dis pas que je dois fuir toutes les occasions, mais j’essaie de les espacer. On apprend cela aux Narcotiques anonymes, dont le programme, en 12 étapes me semble-t-il, est assez bien fait.
Vous participez à des réunions des Narcotiques anonymes ?
Bien sûr. Et ça fonctionne. On y rencontre des gens dans la détresse. Ce sont des séances au cours desquelles chacun peut témoigner de son cas. Ils appellent cela des « partages ». On s’exprime à tour de rôle. On n’a pas le droit d’interrompre celui qui parle. Certains ont perdu leurs amis, morts d’overdose. D’autres ont été quittés par leur femme. Il y a aussi ceux qui ont été mis à la porte de leur travail, ceux qui ont fait de la prison et ont des enfants qui ne leur adressent plus la parole. Et on se dit qu’on n’a pas envie d’en arriver là. Pour un romancier, c’est une mine d’or.
On dit qu’il y a aussi une dimension religieuse dans ces réunions.
C’est vrai. Ce n’est pas ce que je préfère. Il y a un embrigadement presque sectaire, assez flippant. Je n’étais pas au courant de cela. Mais ça ne retire rien à l’intérêt de ces « partages ».
Écrire sur cette question vous a-t-il aidé à vous en sortir ?
Non. Si j’ai écrit le chapitre « Adieu la coke », c’est parce que je n’avais rien lu de tel dans la littérature, notamment anglo-saxonne, que je connaissais à ce sujet. J’ai voulu raconter de la façon la plus sincère possible comment on découvre la chose, pourquoi ça nous plaît, comment on s’enfonce dedans, et pourquoi ça devient ridicule à un moment de continuer. Ce n’est pas un manuel de désintoxication. C’est juste un témoignage, comme ceux des Narcotiques anonymes. Avec une ambition littéraire bien sûr. Je ne suis pas un auteur de développement personnel… Cela dit, si je pouvais avoir les tirages d’un auteur de développement personnel, je serais ravi !
Vous avez écrit Nouvelles sous ecstasy, vous avez lancé une marque de vodka (à déguster avec modération) et dans votre dernier livre, vous chantez les louanges du meursault (toujours avec modération). S’il ne fallait retenir qu’une seule drogue, ça serait laquelle ?
Je vais vous faire une réponse facile : la littérature ! C’est ma drogue dure. Une journée sans lire et je suis en manque. Ça veut peut-être dire que je suis accro au silence, à la solitude. Cependant, je crois que la lecture comme gymnastique mentale est bonne pour tout le monde. Au moins une heure par jour. Je recommande cela aux personnes âgées.
C’est presque de droite, ce que vous dites…
Je ne vous le fais pas dire. L’autre jour, j’ai déclaré à la télévision que je voulais remplacer la trinité « Sexe, drogue et rock’n roll » par « Amour, Dieu et la France ». Que n’avais-je pas dit ! Je me suis fait traiter de réac partout, limite de facho. C’est un vrai problème, ça. Parce que l’amour, Dieu et la France, il me semble que ce n’est ni de droite ni de gauche.
Sous la direction de Daniel Salvatore Schiffer, l’ouvrage collectif Repenser le rôle de l’intellectuel (Editions de l’Aube, 2023) explique en quoi l’intellectuel, tombé de son magistère, peut encore être utile dans nos temps troublés. Peut-il s’engager dans l’action collective sans sacrifier sa liberté de penser aux impératifs du groupe, de nos jours ? Avec notamment Belinda Cannone, Luc Ferry, Renée Fregosi, Nathalie Heinich, Edgar Morin, Sabine Prokhoris, Robert Redeker, Frédéric Schiffter, Dominique Schnapper, Guy Sorman, Pierre-André Taguieff, Patrick Vassort, Alain Vircondelet…
L’intention qui a présidé à la naissance de cet ouvrage collectif est très bien exposée par Daniel Salvatore Schiffer dans l’introduction qui sert de fil rouge à l’ouvrage : « les intellectuels, frappés de discrédit par les erreurs de jugement, les dérives idéologiques ou les errances politiques de certains d’entre eux sont menacés de disparition. Or le monde d’aujourd’hui, objet d’importantes et de multiples transformations, a besoin de sens, de lignes directrices, de projets, de perspectives. (…) D’où la nécessité de repenser le rôle de l’intellectuel contemporain et à venir. »
Daniel Salvatore Schiffer
La problématique est claire, les réponses, elles, sont en clair-obscur, entre rubrique nécrologique (la posture de l’intellectuel est-elle encore possible à l’ère des réseaux sociaux et de l’horizontalité ?), constat d’imposture (la trahison des clercs, cette propension de certains intellectuels à se soumettre à l’idéologie plutôt qu’à faire œuvre de vérité, a participé au désaveu que subissent aujourd’hui ceux que l’on voit parfois plus comme des militants que comme des penseurs de leurs temps) et la difficulté à faire entendre une voix modérée et argumentée, dans le fracas d’un débat public qui cherche plus souvent à désigner l’ennemi qu’à créer un avenir commun. Autre question lancinante qui traverse cet ouvrage et certaines contributions : la figure de l’intellectuel a été conçue comme une façon d’interpeller le pouvoir et de s’opposer à la raison d’État. Comment jouer ce rôle quand la menace de censure et de restriction des libertés monte de la société, voire est portée par des minorités actives qui mettent en avant un sentiment de persécution et un discours victimaire ? Enfin, si le combat en faveur du capitaine Dreyfus a cristallisé la figure de l’intellectuel, c’est que la cause était simple : Dreyfus était innocent et ses accusateurs coupables. Le combat en faveur de la vérité et de la justice était clair. Mais ensuite ? Pour quelques consciences lucides, combien de beaux esprits de leurs temps ont été aveugles sur la réalité du fascisme et du nazisme, quand ils ne l’ont pas accompagnée ? Combien de grands penseurs et artistes ont encensé Staline et l’URSS, sans faire jamais leur aggiornamento face aux massacres de masse de leurs héros, de Staline à Pol Pot en passant par Mao ? Et aujourd’hui, l’université est le lieu d’une guérilla où la reductio ad hitlerum et la qualification de « fasciste » peut facilement être donnée à toute personnalité qui ne communie pas dans le décolonialisme, la convergence des luttes, la dénonciation du racisme d’Etat et du rejet de l’islam par des Français présentés comme ontologiquement racistes. Les intellectuels semblent avoir fort peu appris du naufrage de leur soutien idéologique aux totalitarismes et reproduisent, avec la même violence décomplexée qu’au temps du communisme, les erreurs de ceux qui les ont précédés. Ces erreurs ont pourtant déconsidéré leurs voix et amoindri leur rôle. Finalement la question qui reste posée au terme de cet ouvrage subsiste : peut-on s’engager et demeurer fidèle à la quête de vérité et de justice qui doit être celle de l’intellectuel ? Comment faire entendre une voix singulière quand on veut être dans l’action, qui, elle, nécessite des leviers collectifs ? Peut-on à la fois servir la vérité et la justice et s’aventurer dans l’action politique ? L’aveuglement face aux totalitarismes et à la radicalité actuelle est-elle liée à un besoin de contrôle, de théorisation et de modélisation qui amène à préférer une logique de soumission à l’idéologie plutôt que d’affronter le vertige de l’entre-deux et de la complexité qu’est souvent la condition humaine des hommes et celle historique et sociologique des sociétés ? L’intellectuel est-il attiré par le totalitarisme car il cherche à trouver l’équation ultime du sens de la vie, cela au détriment d’une histoire où l’action des hommes est un équilibre perpétuellement chancelant entre guerre et paix, exploitation et émancipation, éducation et ignorance, production et création, raison et passion… ?
Le naufrage des intellectuels est merveilleusement bien résumé par cette fameuse phrase « Plutôt avoir tort avec Sartre que raison avec Aron ». En quelques mots c’est toute l’exigence du factuel, l’effort de l’honnêteté intellectuelle, la quête de vérité et le devoir de justice qui sont anéantis. Le tout au profit d’une cause, élevée au rang d’ultime vertu mais qui sert plus à intenter des procès à ses contradicteurs qu’à bâtir des sociétés plus justes. Au vu du spectacle que lui offre le monde médiatique et universitaire, le lecteur peut se demander si ce microcosme n’est pas resté bloqué en compagnie de Sartre, au lieu d’avoir appris de ses erreurs pour cheminer enfin aux côtés de Aron. Les intellectuels seraient-ils comme les aristocrates de la fin de l’Ancien régime, des personnes qui n’ont rien oublié ni rien appris ?
Les intellectuels sont un des acteurs de la dispute civilisée que devrait être le débat public. Leur quête de connaissance et leur indépendance d’esprit est la condition pour que le conflit ritualisé soit tranché démocratiquement en mettant en lumière les enjeux et les limites de l’action humaine. Mais force est de constater qu’ils ont été plus souvent les serviteurs illuminés des pires idéologies que les voix de la raison, de la responsabilité et de la modération. La figure type de l’intellectuel, la figure sartrienne illustre parfaitement cette impasse. L’homme s’est beaucoup trompé sans jamais le reconnaitre, n’a pas brillé par son courage quand prendre position pouvait vous mettre en danger de mort et s’est comporté en parrain poursuivant de sa vindicte ceux qui ne pensaient pas comme lui. Triste sire, sans doute, mais qui reste une figure auréolée du prestige de ses engagements, sans que jamais leur pertinence soit interrogée. Peut-être parce que l’intellectuel idéal est un oxymore, il doit être un guide mais en même temps marcher au milieu de la foule, il doit éclairer le chemin tout en laissant chacun user de sa propre lanterne, il doit penser l’avenir sans l’enfermer dans ses propres représentations, inciter à l’action en mettant à distance l’idéologie et sans se vautrer dans la promesse utopique, il doit cultiver l’espoir tout en se gardant de l’exaltation voire de l’adhésion, il doit choisir un camp tout en préservant sa neutralité axiologique. Il est l’homme de la rigueur et de la raison qui laisse la vie le bousculer et l’émouvoir. Or peut-on s’engager dans l’action collective sans sacrifier sa liberté de penser aux impératifs du groupe ? Les intellectuels ont eux-mêmes montré que leur réponse à cette question était diverse mais que l’amour du censeur était fort chez ceux qui se targuent pourtant d’indépendance d’esprit.
A toutes ces questions, il n’y a jamais de réponses définitives.
C’est tout l’intérêt de ce livre choral, où les contributions se mêlent entre témoignages personnels et analyses intellectuelles.
Au travers des différentes contributions, à défaut de savoir comment refaire du débat public un enjeu démocratique plutôt qu’un tribunal en mode comité de salut public, on peut constater que le rôle de l’intellectuel idéal est celui d’un humaniste, d’un honnête homme, qui refuse l’excès et sait dominer ses émotions sans les altérer.
Ce livre en offre quelques beaux exemples, les quelques extraits que nous vous proposons devraient vous en convaincre.
EXTRAITS
« Bien sûr, publier c’est intervenir: tout livre est une prise de parole dans la grande conversation de son temps. Mais par ailleurs, nous savons que les écrivains sont des êtres du « dégagement », du biais, de la langue réinventée et d’une forme de solitude. L’écrivain est celui qui se retire pour mieux voir et mieux dire, comme le notait Virginia Woolf : « C’est une erreur de croire que la littérature peut être prélevée sur le vif. Il faut sortir de la vie… » La distance est ce qui, paradoxalement, les aide à penser la réalité, soit par la vertu des modèles imaginaires – de la fiction – qu’ils inventent, soit par celle des réflexions et des analyses qu’ils élaborent. Ils peuvent ainsi fournir de nouvelles représentations de l’homme dans lesquelles chacun peut se réfléchir. D’ailleurs, Woolf elle-même n’a-t-elle pas participé activement aux débats de son temps ? De sorte qu’on peut se demander si l’engagement de l’écrivain ne réside pas, aussi, dans sa capacité de dégagement. Se dégager de l’idéologie régnante et des modes, mais aussi se dégager de la pression commerciale qui valorise une littérature de divertissement ou d’exaltation de l’ego, échapper à la doxa qui promeut une subversion de commande, officielle et généralisée, se libérer d’une parole qui nous réduit à être parlés avant même que nous ayons pensé. Ce dernier point est celui où se joue par excellence la partie de l’écrivain : parce qu’il cherche à parler une langue qui lui appartienne en propre, il est celui qui, à l’écoute passionnée de chaque mot, chaque phrase et discours, est doté d’une vigilance qui lui permet de remarquer « l’abus du langage ». Songeons à la critique que fit Maurice Blanchot des proclamations politiques de Heidegger favorables à Hitler, trente ans avant que fussent connus les Cahiers noirs : « Voilà, pour moi, la responsabilité la plus grave: il y a eu corruption d’écriture, abus, travestissement et détournement du langage. Sur celui-ci pèsera dorénavant un soupçon. (…) Les chefs-d’œuvre ne sont pas nés seuls et dans la solitude ; ils sont le résultat de nombreuses années de pensées en commun, de pensées élaborées par l’esprit d’un peuple entier », écrivait Virginia Woolf dans Une chambre à soi. Nous sommes reliés (nous portons l’humanité en nous), nous sommes un élément du tout, élément dans un tout qui nous dépasse amplement : la planète, la collectivité et l’histoire humaines, un tout qui n’ôte rien à la valeur très précieuse de notre personne, mais qui empêche de la considérer comme suffisante, car l’individu minimal est trop étroit. Le moi est une « position d’équilibre », disait Henri Michaux dans la postface de Plume, un point de rencontre, dirais-je, entre Moi et l’humanité, et c’est la seule forme d’existence intéressante. Les « pensées en commun » que contribuent à façonner les écrivains, il faut parfois les défendre au cœur de la cité, et ainsi prendre part à l’aventure humaine en perpétuant le processus civilisateur. » Belinda Cannone, Écrivaine
A propos de Raymond Aron: « Comme Max Weber, qui était son modèle dans l’univers des idées, il préférait l’éthique de la responsabilité à celle de la conviction. Du coup, j’ai lu et relu les textes, parmi les plus profonds et justes qu’il ait écrits, qu’il avait consacrés à l’œuvre de Weber et notamment à la fameuse distinction entre ces deux éthiques. Que disaient-ils au fond? Que l’éthique de la responsabilité, contrairement à une idée reçue, mais tout à fait fausse, n’est nullement réductible au cynisme de la « realpolitik », bien au contraire. Rappelons en deux mots les termes du débat. L’éthique de la conviction, c’est celle qui règne sans partage dans l’univers des intellectuels moralistes depuis la nuit des temps. Elle tient en une phrase : fiat justicia pereat mundus, « que justice soit faite, le monde dût-il en périr. » On y défend les principes en se moquant du réel. L’éthique de la responsabilité ne songe nullement à abandonner les principes éthiques, mais a seulement compris qu’il fallait tenir compte du réel pour les appliquer et les incarner, fût-ce au prix de compromis qu’on aurait tort de confondre avec de la compromission. Tragique de l’histoire ou, comme dit Weber, « antinomies de l’action historique » : contrairement à ce qu’imagine de façon irénique, mais surtout très confortable, l’intellectuel saisit par l’éthique de la conviction, le militaire ou le politique n’ont presque jamais le choix entre le bien et le mal. Ce serait trop facile. Dans l’immense majorité des cas, ils doivent choisir entre plusieurs maux, leur devoir, tout à la fois guidé par l’éthique et l’intelligence, étant seulement de faire le choix du moindre mal en toute lucidité. » Luc Ferry, Philosophe
« Comme l’a parfaitement expliqué Gérald Bronner, le passage à l’extrême se fait par l’évacuation de toute autre idée compensatrice, modératrice ou contradictoire avec l’idée première. Indigénisme, décolonialisme, racialisme, transgenrisme, féminicisme, conscience « woke », retournent ainsi en doctrines sectaires aliénantes, les instruments critiques de l’épistémologie ou de l’anthropologie et les idéaux émancipateurs du progressisme, du féminisme, de l’antiracisme, de la libération des mœurs. Leur pensée syllogistique procède par assignation systématique à identité préétablie, dénonciation obsessionnelle de maux, en grande partie, imaginaires, exigence fanatique de repentance, « déconstruction » du réel et credo incantatoire rejetant en vrac l’universalisme, l’humanisme, la démocratie, la république et la science. Et si la persuasion ne fonctionne pas, les menaces puis les agressions physiques sont leurs modes d’actions. En France, ce mouvement polymorphe a pris le pouvoir au sein des instances universitaires et des différentes institutions culturelles en faisant fond sur un entrisme clanique plus ancien se réclamant de Pierre Bourdieu. Se considérant en lutte, en résistance contre les pouvoirs établis, ces intellectuels « bourdivins » ont préparé le terrain en pervertissant la notion kantienne de critique transformée en dénonciation tous azimuts des dominations. À leur sens, l’universitaire doit être « critique » c’est- à-dire « engagé » comme on disait jadis. Ils ont explicitement transformé leur enseignement et leurs recherches académiques en combat politique où tout collègue n’appartenant pas au clan est un ennemi à abattre, où toute autre conception du métier d’enseignant est à rejeter sans discussion. Ces courants ont appauvri ainsi considérablement l’enseignement et la recherche universitaire en en chassant le pluralisme théorique et méthodologique. (…)
Ces nouveaux maîtres à penser politico-universitaires participent activement au conformisme du politiquement correct et à la revalorisation politique de la « violence révolutionnaire ». (…) La dictature serait un fantasme ou un épouvantail brandi par les démocraties parlementaires pour se valoriser et justifier leurs supposées turpitudes. La dictature apparaîtrait « en réalité aujourd’hui surtout comme un objet discursif construit à des fins identitaires de légitimation de la démocratie (et donc de la supériorité de l’Occident) : en effet pour que la démocratie demeure « le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres » il faut que son Autre, la dictature, soit synonyme d’enfer ». De même que la démocratie, la dictature qui ne serait qu’un mot, un élément de discours ne recouvrant aucune réalité politique concrète. La dictature serait une notion écran qui masquerait les enjeux de domination, véritable autoritarisme au cœur des démocraties occidentales. » Renée Fregosi, Philosophe
« Pour rendre compte de la disparition de l’intellectuel, il faut commencer par la crise de l’universel. L’intellectuel était un homme du monde. Victor Hugo est intervenu auprès des autorités américaines pour sauver de sa condamnation à mort le militant noir anti-esclavagiste John Brown, il a protesté contre la répression sauvage menée en Algérie par les troupes françaises, contre l’expédition du Mexique, contre la mise à sac du palais d’Été de Pékin par les troupes franco-anglaises, il a soutenu la libération de Cuba et il a lutté pour l’amnistie des communards. L’auteur des Misérables jouissait d’une audience mondiale, et rien de ce qui était humain ne lui était étranger. Cet universel a disparu. Au début du XXIe siècle, le monde unifié par la mondialisation n’a contradictoirement plus d’unité, et Salman Rushdie est davantage connu comme victime du fanatisme que comme combattant. » Christian Godin, Philosophe
« Nous savons tous en effet à quel point les réseaux sociaux sont devenus aujourd’hui le lieu d’expression privilégié des opinions: inutile de développer ce point même s’il exigerait une enquête sociologique en bonne et due forme. Or leur principale caractéristique – outre la spectaculaire augmentation qu’ils permettent de la vitesse de diffusion des mots et des images, dans le temps, et de leur extension, dans l’espace – c’est l’absence de médiation autre que purement technique: cliquer sur un lien, poster des propos sur un site. La disparition des filtres éditoriaux traditionnellement constitués par le travail des intermédiaires spécialisés que sont les journalistes a une conséquence immédiate: n’importe qui peut exprimer son opinion, sans que celle-ci ait à être justifiée par une quelconque compétence. L’expression « propos de café du commerce » a été suremployée, mais elle s’applique parfaitement à ces nouveaux organes médiatiques, que je qualifierais volontiers de « propos de ragots sociaux ». Cette quasi-disparition de l’intermédiation est parfois interprétée comme une forme de démocratisation: tout un chacun désormais est à même de se poser en intellectuel sans avoir dû se soumettre à de longues années d’étude, ni à la production d’une œuvre susceptible de lui conférer une autorité. Ma propre interprétation du phénomène est toutefois un peu moins irénique et un peu plus inquiète. Car cette situation, née d’un spectaculaire progrès technologique, entraîne deux régressions majeures. La première régression est le brouillage de la distinction entre savoir et opinion, ou, en d’autres termes, entre science et idéologie: brouillage dont on ne cesse de voir grossir les effets délétères dans le monde universitaire, où pullulent ceux que j’ai nommés les « académo-militants », qui cherchent à imposer leurs causes politiques en les faisant passer pour des productions scientifiques au mépris de la qualité proprement épistémique. La seconde régression est la tentation, pour permettre à une opinion de surnager dans l’océan des « posts », de tourner en sa faveur « l’économie de l’attention » en se livrant aux propos les plus provocants, les plus radicaux, les plus « disruptifs », pour utiliser un terme devenu – non par hasard – très tendance. Et là, c’est dans l’arène politique que nous constatons tous les jours les effets pervers du phénomène, avec la tendance à la radicalisation des opinions, alimentées en outre par l’épidémie d’« infox » et de complotisme que favorise l’économie de l’attention en milieu numérique » Nathalie Heinich, Sociologue
« Le XXe siècle fut celui de la déroute des intellectuels, en dépit de tout le bien que leur vanité leur dicte de penser d’eux-mêmes, de l’importance ontologique qu’ils s’attribuent, et du rôle dans l’histoire dont ils se pavanent. Tout s’est passé comme si les intellectuels n’apprenaient jamais rien de la réalité historique : de Staline en Mao, de Trotski en Castro et en Chavez, de Khmers rouges en ayatollah Khomeyni, ils se firent, une génération par-dessus l’autre, les aèdes et les aides de camp des ogres et bouchers. Ce charabia pédant qu’était la prose révolutionnaire expliquait tout, justifiait tout : machine à dévorer la réalité, à terroriser l’intelligence, il couvrait de sa logomachie les oppressions et les massacres. Il les accompagnait telle une litanie sacrificielle afin de rendre sourds aux cris des suppliciés. La dilection des intellectuels, qui a fini par lasser les peuples, pour les politiques sanguinaires, exige une explication. « Lorsque l’erreur porte les livrées de la vérité, elle est souvent plus respectée que la vérité elle-même, et ce faux respect a des suites très dangereuses », écrivit Malebranche. Passées aux rayons X, les pages des intellectuels les plus en vue au xxe siècle sont aussi rouges de sang que la blouse d’un chirurgien qui vient d’opérer. Un impératif muet en émane: Il faut que le sang coule! Nous, les intellectuels, les ventriloques de l’histoire, devons bénir cette hémorragie. Pourquoi ? Ce tropisme n’est aucunement hasard ou malignité. Il est nécessité. Il est enfermé analytiquement dans le préjugé majeur des intellectuels depuis les années 1900 – préjugé dont Péguy, la figure de proue de la première vague des intellectuels, sut se garder. Voyons dans cet impératif sanguinaire une conséquence inévitable du dogme que les intellectuels épousèrent: Dieu est mort. En faisant énoncer cette assertion par l’insensé, Nietzsche s’est protégé de ses conséquences. « Insensé », voilà qui est lourd de sens en effet. Qui croit en la mort de Dieu est abandonné par le bon sens. Un tel homme est perdu : il ne lui reste que la raison. La raison sans le bon sens. La raison idéogène. La raison en délire. Kant avait vu venir le danger d’une raison non tenue en laisse. D’où les trois forteresses concentriques qu’il éleva dans la partie féconde de son existence : les Critiques. Apparemment classique, le criticisme est d’architecture féodale, dessinant la carte d’un ensemble de centres disciplinaires fortifiés d’où la raison ne pourrait s’échapper. Qu’est la Critique de la raison pure sinon une maison de redressement pour la raison ? (…)
Qu’est-il arrivé pour que les intellectuels dérivent vers le culte des régimes totalitaires? Le rideau se lève sur l’ouverture du Discours de la Méthode, datant de 1637 : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. » Votre professeur de philosophie vous transmettra le message du cavalier français qui, au dire de Péguy, partit d’un si bon pas : le bon sens est l’un des noms de la raison. Ou mieux : ce bon sens n’est rien d’autre que la raison bien appliquée. Devenu cliché délavé, figé en proverbial pour la culture commune, cet adage cartésien n’est plus du tout compris. Or voici que vous le prenez au sérieux, que vous le rendez à sa puissance, que vous retournez à sa source vive ; sa signification alors vous saute à la figure: le bon sens, ce fameux bon sens que nos contemporains renvoient à la fadeur et à l’ennui, à la médiocrité du conformisme, est l’ancrage de l’existence dans la raison. Cette définition appelle ce corollaire : le bon sens est la domestication, ou la civilisation, de la raison. Il civilise la raison. Il la rend docile, il l’éduque. Il la rend humaine. Quand cette éducation manque, quand le bon sens ne la bride pas tel un surmoi, la raison vire totalitaire. Tous les pièges dans lesquelles tombèrent – à la différence des gens moins cultivés – naïvement nombre d’intellectuels (stalinisme, maoïsme, fascisme, nazisme, khmerougisme, etc., en attendant les suivants, sans doute liés à l’écologie) s’expliquent par cette inéducation de la raison. » Robert Redeker, Philosophe
« Pourquoi des esprits qui vouent leur intelligence, leur imagination, leur sensibilité, à la création et à la pensée, éprouvent-ils le désir d’exister sur le plan idéologique, là même où s’accomplit la négation de l’intelligence, de l’imagination, de la sensibilité? Pourquoi deviennent-ils les propagandistes, voire les mouchards, de tel ou tel pouvoir, les idiots utiles de tel ou tel parti, les prédicateurs de telle ou telle morale ? Peut-être faut-il chercher la réponse, encore une fois, chez Flaubert. À travers monsieur Homais, Flaubert ne portraiture pas qu’un bourgeois – soit, selon sa définition, un « homme qui pense bassement » du fait qu’il surestime son rang et sa qualité dans la société –, mais surtout un homme qui pense bêtement parce qu’il nourrit une haute opinion de son rôle d’éveilleur – trait que l’intellectuel partage avec lui. » Frédéric Schiffter, Philosophe
« L’évolution de la République n’est pas seule en cause. Au cours du XXe siècle, les intellectuels eux-mêmes sont loin d’avoir été toujours à la hauteur des espérances que leur conduite dans l’affaire Dreyfus avait fait naître. Beaucoup d’entre eux n’ont pas su résister à l’idéologie des deux totalitarismes du siècle qui niaient l’universalité des droits de l’homme et condamnaient radicalement le régime démocratique. Au cours des années 1930, de grands écrivains ont dérivé et admiré les régimes fascistes et nazi, dont la force, la jeunesse et l’efficacité les impressionnaient, alors qu’ils déploraient la faiblesse et le désordre des démocraties. Les délires antisémites de Céline n’ont pas provoqué les indignations qu’on aurait pu attendre, son génie littéraire permettait de négliger ses partis pris politiques. On appréciait la poésie si délicate de Robert Brasillach. Les analyses politiques de Charles Maurras étaient très largement admirées. Comme le disait Julien Benda dans La Trahison des clercs, les sympathisants des fascismes étaient des « partisans de l’autorité, chose naturelle puisqu’il élimine les deux réalités qu’ils ont le plus en horreur : la liberté humaine et l’action historique de l’individu. » La victoire des démocraties et l’alliance militaire avec l’Union soviétique a provoqué une réaction forte, mais si les thèmes ont changé, on retrouve la même fascination des intellectuels pour la puissance des ennemis de la démocratie. Certains d’entre eux, dont beaucoup n’avaient pas été parmi les résistants les plus actifs, participèrent activement à l’épuration des écrivains qui suivit la Seconde Guerre mondiale. Les communistes, alliés de l’URSS, le génie littéraire d’Aragon aidant, furent particulièrement actifs. Leurs «compagnons de route » manifestèrent avec fracas leur détestation d’Albert Camus et de ceux qui, avec lui, dénonçaient les camps de concentration soviétiques. Le monde intellectuel dans sa majorité refusa jusque dans les années 1970 de reconnaître unanimement la réalité du goulag et la tyrannie d’une forme politique dans laquelle on déportait les intellectuels qui entendaient user de la liberté de penser et de critiquer – curieux héritage de l’Affaire pour des intellectuels qui invoquaient les valeurs de la liberté. Il fallut tout le génie de Soljenitsyne et l’évolution des plus jeunes générations (celle dite des «nouveaux philosophes ») pour que la majorité des intellectuels se désolidarise du soviétisme. La « tentation totalitaire », pour reprendre la formule de Jean-François Revel, a duré longtemps et la dénonciation du totalitarisme et de tous les régimes totalitaires – fascistes et communistes – est longtemps apparue en France comme une attitude « de droite », qui marginalisait dans le monde intellectuel devenu avec le temps de plus en plus médiatique. La comparaison entre les deux régimes elle-même paraissait scandaleuse. Nouvelle « trahison des clercs » ? Dominique Schnapper, Sociologue
« Le révolutionnarisme diffus est à l’ordre du jour. Mais les nouveaux révolutionnaires ne rêvent plus d’une révolution prolétarienne. Leur imaginaire utopiste, toujours fondé sur l’idée qu’« un autre monde est possible », s’est restructuré autour d’une vision radicale des luttes écologistes antimodernes (décroissance, animalisme et véganisme, etc.) et des luttes néoféministes dérivées de la « théorie du genre » et de la « théorie queer ». L’autre monde qu’ils croient possible est un monde sans patriarcat, sans hétéronormativité, sans capitalisme (ni « néolibéralisme »), sans colonialisme (ni néocolonialisme) et sans racisme. Ce monde parfait de l’avenir est donc un monde « sans », purifié de tous les éléments qui faisaient du vieux monde un monde mauvais. L’utopisme révolutionnaire reste attractif, surtout pour les jeunes désireux de s’engager dans le combat politique au nom du Bien et du Juste, afin de faire triompher la Vertu. Les leçons de la Terreur robespierriste ont été oubliées tandis que celles de la Grande Terreur stalinienne n’ont pas été tirées. C’est peut-être le prix à payer pour n’avoir pas organisé le grand procès qui s’imposait: le procès du communisme, sur le modèle du procès de Nuremberg. D’où l’oubli du totalitarisme communiste, qui contraste avec la culture ritualisée de la mémoire répulsive du totalitarisme nazi. Face aux deux systèmes totalitaires du xxe siècle, le traitement mémoriel est loin d’être égal, comme l’a justement fait observer l’historien Alain Besançon: amnésie pour le stalinisme, hypermnésie pour le national-socialisme. Si les crimes du communisme ont finalement été reconnus, ils sont restés sans châtiment. Le coût élevé de cet aveuglement mêlé de complaisance doit être souligné : non seulement le monstre communiste n’a pas été terrassé partout dans le monde, mais ses rejetons continuent de séduire et de sévir dans nombre de pays. Les néonazis sont marginalisés, diabolisés et condamnés, comme il se doit, tandis que les néocommunistes plastronnent et ne cessent de donner des leçons de morale et de politique. Ce qui frappe chez les intellectuels communistes ou gauchistes, c’est leur certitude d’avoir raison en fin de compte et malgré tout, leur assurance inentamable dans l’affirmation de leurs dogmes idéologiques, même lorsqu’ils se heurtent à la dure et triste réalité. Le journaliste et écrivain stalinien André Wurmser (1899-1984), ancien secrétaire du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (1934-1939) et éditorialiste au quotidien L’Humanité (1954-1984), ne cachait pas sa conviction profonde d’avoir la raison de son côté ou plus exactement dans son camp : « Les communistes n’ont pas toujours raison ; ils ont fondamentalement raison. »(…)
Pour rester crédibles tout en déchaînant les passions mauvaises pour mobiliser les masses, les sociopathes de l’avenir radieux ont remplacé leurs promesses de justice parfaite et de bonheur universel par des accusations et des menaces visant les ennemis politiques qu’ils se donnent au gré des circonstances. La diabolisation et la criminalisation de l’ennemi ont pris le pas sur les actions de propagande en faveur de la construction d’un monde parfait et unifié, peuplé par une humanité désaliénée, enfin délivrée. C’est ainsi que Satan a fini par prendre le double visage du « fasciste » et du « raciste », ces incarnations fantasmées de «l’homme en trop ». Pierre-André Taguieff, Philosophe, historien des idées
« L’émergence d’une société numérique renforce sans doute le processus de disparition des intellectuels. L’intelligence artificielle, qui n’a d’intelligence que le nom, porte en elle la honte prométhéenne évoquée par Gunther Anders et perçue par les individus. Elle freine davantage encore le désir et les possibilités de voir émerger la parole critique des intellectuels dans la cité ; car là est bien leur rôle : intervenir dans la cité afin de permettre la controverse, le conflit, le combat, au nom de valeurs, d’un mode de vie, d’un avenir possible. La disparition des intellectuels serait, pour partie, celle des idées, des débats et de la démocratie. » Patrick Vassort, Sociologue et directeur de la revue Illusio
La légion étrangère organise un concert le 18 juin à l’Olympia. Foncez découvrir ses chants mythiques.
La Légion étrangère est une troupe d’élite de l’armée française. Constituée de soldats étrangers qui ont choisi de servir le drapeau avec « honneur et fidélité », elle est l’incarnation d’une France rêvée capable de fabriquer des citoyens avec des gens venus du monde entier – et qui apprennent le français en chantant. La Légion, c’est, enfin, une grande famille qui n’abandonne jamais les siens : sur le terrain – c’est bien le moins –, mais aussi une fois leur service achevé. Beaucoup de légionnaires, cabossés par la vie, parfois handicapés ou sans ressources, sont pris en charge à Puyloubier, où se trouve l’institution des Invalides de la LE. Une raison supplémentaire pour assister au concert exceptionnel que donnera la musique de la Légion à l’Olympia le 18 juin. Cette fête de la solidarité, selon le mot du général Lardet, le « père Légion » (commandant de la Légion étrangère) où résonneront des chants mythiques, sera aussi le dernier tour de piste du lieutenant-colonel Émile Lardeux, chef de la musique de la LE depuis quinze ans. Alors n’hésitez pas ! En achetant vos places, vous vous préparez une bonne soirée. Et vous faites une bonne action pour le pays.
Le couple Macron est désormais en roue libre. S’il y en a qui, de quoi je me mêle, s’interrogeaient sur l’authenticité de ce couple, ils peuvent jour après jour, toucher du doigt le ciment prompt qui lie ces deux êtres. Ce ciment, c’est un culot hors norme, une indécence qui, à force d’être répétée, bouscule les traditions d’une classe politique terrorisée.
Bridget
Sans remaniement, elle est la nouvelle ministre de l’Éducation Nationale. Loin de moi l’idée de plaindre le Pap qui n’a que l’utilité d’une soupape d’insécurité pour l’avenir de l’enseignement donné aux futurs citoyens. S’il n’a pas le courage de démissionner après avoir été humilié, c’est son problème. Et pas une fois, deux fois en un mois. Par une first lady qui, sans mandat ni pantalon, mais en talons aiguille, se permet de piétiner ses plates-bandes. Quand le feu couve sous l’abaya, le Pap, mutique depuis sa prise de fonction, prend deux doses de whisky, inspire, expire lentement, fait enfin entendre le son de sa voix : “mes biens chères sœurs, je suis contre le port de l’uniforme.” Sacré Charlemagne ! Les sœurs se marrent à se plier le voile en deux. Bridget convoque la presse pour dire : “mes biens chers frères, l’uniforme, je suis pour.” Les frères pleurent de rire à se rincer la barbe en feu. Au-delà de ce combat de poule, de poulet, du déboulé décomplexé de Bridget dans la lumière, ce blablatage illustre le renoncement et l’impuissance du pouvoir à endiguer l’assaut des fous sur la citadelle républicaine. L’émergence du dossier sur le harcèlement à l’école, via deux ou trois faits divers sordides, confirme l’avènement de Brigitte aux commandes du ministère. Elle humiliait le Pap, maintenant elle le lapide, lui coupe les bras. Pas de bras, pas de chocolat Trogneux pour Papounet. La séquence alimente la nostalgie d’une Anémone et son charisme de géranium dans le parc de l’Élysée.
L’essentiel de son agenda est consacré à faire souffrir une Borne qui en redemande. Le sado-masochisme se pratique au sein de l’exécutif, pendant que de ZAD en ZUP, de serres en bassines, de préfectures en sous-préfectures, la casserole et le sécateur ont fait la nique à la faucille et au marteau. Attention, le président ne passe pas tout son temps à planter des aiguilles dans sa poupée Bornée. Excité comme une puce électronique depuis l’avènement de Chat GPT, il est regonflé comme un Larcher devant une andouillette. Au point de confier “pousser pour que Mbappé reste au PSG”. Voilà la praline que les gueux attendaient. Qui va enfin mettre du beurre dans leurs épinards, surtout si c’est Brigitte qui fait la sauce.
Pauvre de nous
Heureusement, il nous reste les faits divers, les chaines infos, les néo-assassins et le Boursin. Aujourd’hui on fomente le crime parfait pendant des mois. Sans la moindre faute, dans le secret. Tout ça pour une fois la victime découpée, enterrée, nickel chrome, avoir tout bien fait, convoquer la Presse, blablater, pleurnicher, se trahir, se noyer. Pour boucler l’enquête, la Crim n’a qu’à regarder la télé ! Bref, le politique et l’assassin sont aujourd’hui dans la même galère, plombés par leur excès frénétique de communication.
Vittorio De Sica, en 1960, donnait un chef-d’œuvre qu’on peut revoir sur Arte.
Italie, 1943/1944. Cesira, jeune veuve qui élève seule Rosetta sa fille de 14 ans, décide, après un violent bombardement, de quitter Rome pour rejoindre son village natal de Santa-Eufemia dans le Bas-Latium. Adapté du roman éponyme d’Alberto Moravia, le film de Vittorio De Sica est le récit du destin dur et misérable d’Italiens modestes. Le cinéaste s’attache à montrer la vie des réfugiés ayant fui les grandes villes pilonnées par les bombes – au moment du débarquement allié – pour se rendre à la campagne afin d’y retrouver un peu de calme et une sécurité relative. De Sica, avec beaucoup de sens de l’observation et humour, dresse un portrait attachant de ces paysans et petits artisans, quelque peu ignorants, qui hésitent entre soutien au Duce et aux Allemands, et les forces alliées en marche pour libérer le pays du joug des forces de l’Axe. Ils désirent plus que tout la paix, peu en importe le prix. Cesira, interprétée par Sophia Loren, est une sorte de mère courage, forte et vindicative, prête à tous les sacrifices pour préserver sa fille Rosetta (Eleonora Brown) des horreurs de la guerre. Femme malicieuse, drôle et tragique, elle trouve en face d’elle, Michele, joué par Jean-Paul Belmondo, sobre et excellent comme chez Jean-Pierre Melville, Jean-Luc Godard ou Philippe De Broca. Michele est un enseignant lucide et humaniste ayant songé à devenir prêtre. Il est parfaitement conscient de l’abominable mascarade du fascisme à bout de souffle. Les fascistes purs et durs sont présents, représentés par deux miliciens butés et méchants. Michele essaye de faire prendre conscience de la situation à ses compatriotes apeurés par ses conseils et lectures à voix haute.
Puis, lentement, le film va se transformer, passant de la chronique paysanne en temps de guerre à une tragédie contemporaine sombre et cruelle. Le danger semble pourtant s’éloigner lorsque les Alliés arrivent… Mais le destin tragique des personnages est inscrit depuis le début. Michele, repéré pour ses idées, est tué par les Allemands, Cesira et sa fille Rosetta sont violemment agressées et violées dans une église en ruine.
De Sica filme la réalité sur les exactions commises en 1944 par des hommes du général Juin constitués de soldats originaires des colonies. Nous sommes très loin de la bienveillance et de l’angélisme d’Indigènes de Rachid Bouchareb. Le Mal est présent partout, peu importe les visages, la couleur de peau ou la nation de ceux qui le servent. Il frappe dur dans un lieu consacré à Dieu. La Ciociara est un film âpre, un mélodrame tendu, magnifié par le noir et blanc tranché signé par le chef-opérateur, Gábor Pogány, qui permettra à Sophia Loren d’obtenir le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 1961 et l’Oscar de la meilleure actrice en 1962 à Hollywood.
La Ciociara – Italie/France – 1960 – 1h57 – V.O.S.T.F. Sur ARTE.TV jusqu’au 18/06/2023
Déserts médicaux. La loi Valletoux, qui vise à améliorer l’accès aux soins, a été adoptée la nuit dernière. Elle incite notamment l’hôpital privé à participer davantage à la permanence des soins les weekends, et propose une allocation mensuelle aux médecins qui signeront des « contrats d’engagement de service public » dans un secteur géographique sinistré. Mais, les députés ont finalement refusé de réguler les installations de médecins. C’est tout notre rapport à l’accès aux soins qu’il faut revoir, selon notre chroniqueuse.
La question de savoir s’il faut forcer les médecins à se relocaliser dans les campagnes en France est un sujet complexe et controversé. Il existe, c’est vrai, une pénurie de médecins dans certaines régions rurales françaises, ce qui peut entraîner des difficultés d’accès aux soins pour les populations locales. Bien sûr, on s’indigne des déserts médicaux, surtout lorsqu’on en est victime ! Mais la solution n’est pas près d’être trouvée. D’abord lorsqu’on est un libéral, on estime que la liberté de s’installer pour qui que ce soit est absolument prioritaire et que finalement le médecin est aussi un entrepreneur comme un autre. Oui, bien sûr il y a la vocation de soigner des gens, mais il y a aussi les années d’études, le dévouement, le temps de travail, le gain financier de moins en moins proportionnel aux efforts fournis et aux études longues et difficiles…
Un gouvernement digne de ce nom doit dans ses missions régaliennes assurer la répartition des soins sur tout le territoire, mais encore faut-il que les médecins acceptent de se rendre au fin fond de nos provinces et qu’ils puissent avoir les moyens de s’installer. Pour les spécialistes par exemple c’est mission impossible : un ophtalmo, avec le coût d’un cabinet équipé, n’a aucune chance de rentabiliser son activité dans des campagnes peu peuplées. On ne peut que les regrouper dans les hôpitaux régionaux qui eux aussi connaissent la crise. Et que dire de la valse des maternités qui jouent à fermera, ne fermera pas… Des femmes étant obligées de faire 1H30 de voiture, en Savoie par exemple, pour accoucher ! Ceux qui sont concernés directement estiment bien sûr qu’il est nécessaire de prendre des mesures « obligatoires » pour inciter les médecins à s’installer dans ces zones. Or, l’isolement, les opportunités professionnelles limitées pour les conjoints, les infrastructures de santé insuffisantes, les conditions de travail difficiles et les faibles rémunérations sont très dissuasives pour les médecins en réalité… En revanche on peut être choqué que sur la Côte d’Azur les médecins pullulent; on pourrait presque envisager, comme pour les pharmacies, de limiter certaines installations dans les zones privilégiées.
Pourtant on a bien essayé de mettre en place des incitations financières plutôt que des mesures coercitives. Des programmes de bourses d’études pour les étudiants en médecine acceptant de s’engager à exercer dans des régions rurales après l’obtention de leur diplôme, des avantages fiscaux pour les médecins s’installant dans les zones rurales ou encore le développement des infrastructures et des services de soutien dans ces régions pour inciter les médecins à s’y installer… mais rien n’y fait. La preuve encore avec la loi Valletoux passée cette nuit à l’Assemblée sur la liberté d’installation des médecins, une occasion ratée de mieux pourvoir les déserts médicaux. En fait, la question est multifactorielle et dépend de notre façon de consommer la médecine ! Prenons l’exemple des ophtalmologistes dont on se plaint qu’il faille attendre trois mois pour avoir un rendez-vous. Est-ce vraiment nécessaire d’avoir une ordonnance pour se faire prescrire des lunettes de vue, alors qu’aujourd’hui, les avancées techniques permettent à n’importe quel opticien de mesurer aussi bien que le spécialiste exactement les mesures nécessaires à la confection des verres ? Cette contrainte n’est-elle pas simplement là pour conserver une clientèle captive ? De la même façon, les médecins s’opposent à ce que de nombreux actes puissent être effectués en pharmacie. Piqures, vaccins… Et pourquoi ne pas multiplier et installer des télé-consultations médicales comme c’est déjà le cas dans certaines pharmacies ? La bobologie (à ne pas prendre certes à la légère) peut largement se traiter à distance.
En fin de compte, l’objectif principal devrait être de trouver un équilibre entre la nécessité d’améliorer l’accès aux soins de santé dans les zones rurales mais surtout la nécessité absolue de changer de comportements quitte à lutter contre le lobbying de certains. La technologie va changer complètement la donne, encore faut-il réfléchir à la façon de l’intégrer dans un parcours de soin traditionnel et périmé. Chat GPT 4 a déjà fait la preuve de la qualité des diagnostics les plus courants, et, mieux, a été jugé plus empathique avec le patient dans ses explications qu’un médecin en face à face !
Il faut changer de mode de « consommation médicale » et à tous les niveaux, car c’est bien de cela dont il s’agit dans une forte majorité des cas; on le voit bien à l’utilisation abusive qui est faite des urgences, lesquelles peuvent se retrouver à négliger les cas graves à cause de l’encombrement dû à la pénurie des consultations possibles. Dans beaucoup de petites villes, des maisons de santé sont évoquées depuis des années et on ne voit rien venir. Impossible de faire faire un point de suture à un enfant sans aller aux urgences, est-ce normal ? De même le numerus clausus, remplacé par le numerus apertus qui l’a bien un peu reformé mais insuffisamment ; le résultat ne se ressent pas encore, étant donné le nombre d’années d’études, et la pénurie demeure. Le sage montre la lune et nous nous obstinons à regarder le réverbère, en médecine comme ailleurs… Ne manque-t-il pas aussi un regard entrepreneurial et une approche fondée sur le bon sens ? Le manque de vision politique est le principal problème dans tant de domaines.
On objectera que, en matière d’affichage décalé, le métro parisien en aura vu d’autres.
En la circonstance, la campagne visée ici est à porter au (douteux) crédit du Musée de l’Histoire de l’Immigration. D’emblée, une question pointe son nez. Une nation fière de ce qu’elle est dirigée non pas par des élites confites en autoflagellation, mais par des guides confiants en eux-mêmes et dans les peuples qu’ils gouvernent, n’aurait-elle pas préféré se doter d’un musée, non pas de l’immigration, mais de l’identité, ou à tout le moins, pour ne froisser personne, de l’intégration. D’ailleurs, très vraisemblablement à « l’insu du plein gré » de ses promoteurs, c’est bel et bien cet axe-là qui se trouve mis en avant dans cette campagne. Venons-en à l’affiche. Elle représente Louis XIV en majesté, assorti de cette légende qui se voudrait explicative : « C’est fou tous ces étrangers qui ont fait l’histoire de France. » Étranger, le Roi-Soleil, né en France, le serait parce que sa mère était Espagnole et sa grand-mère Autrichienne. Soulignons quand même que l’Espagne n’est pas le Bénin, ni l’Autriche, l’Afghanistan. Passons. Rappelons aussi que le grand-père n’est autre qu’Henri IV, ce franchouillard mâtiné béarnais, trousseur de jupons et génie fondateur du rite de la poule au pot. Et le père, Louis XIII d’une moindre ardeur, dit-on, pour ce qui est de trousser. Le tempérament français est dans ce domaine aussi très riche en nuances.
Cela dit, acceptons un instant de délirer avec les grands inspirés dudit musée et voyons en Louis XIV un étranger. Étranger donc ce roi sous qui Colbert géra et réforma, Pascal pensa si puissamment et si loin, La Fontaine, Corneille, Molière, Racine, et tant d’autres créèrent, inventèrent, composèrent, exhaussant au plus haut l’art, l’esprit à la française, oui, faisons de ce roi un étranger. Alors, une seule évidence s’impose : quel magnifique exemple d’intégration ! Le summum de l’assimilation, parfaitement accomplie, aboutie. Merci, oh oui, merci aux gens du musée mentionné ci-dessus de livrer aux foules cette belle leçon ! Ainsi, un étranger, rejeton d’étrangères, peut devenir non seulement plus Français que Français, mais, infiniment mieux encore, il peut devenir la France ! La France rien de moins. La grande leçon est bien là : être Français, qu’on soit roi ou manant, c’est, au fond, « être la France ». Cela relève moins d’une affaire de génétique que d’âme, d’esprit et de cœur ! On connaît le poignant aveu de Romain Gary : « Je n’ai pas une seule de goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines. » Eh bien, c’est cela, avant tout, être français, avoir la France au cœur. Respirer France, penser France, rêver France. Au risque de nous répéter, sachons gré aux gens du Musée de l’Histoire de l’Immigration de mettre si bien en exergue une intégration si parfaitement achevée que celle de notre grand roi. Telle n’était pas leur intention initiale, sans doute, mais, comme dirait l’autre, on n’est jamais à l’abri d’un malentendu. Grâce à eux, on peut espérer que les paumés-camés de migrants de la station Porte de La Chapelle s’arrêteront devant l’affiche. Il ne leur restera plus alors qu’à suivre l’exemple. Malin, non ? On peut rêver… Et on en viendrait presque à ne pas trop regretter que tout cela se fasse, comme d’usage, avec nos sous.
L’affaire des archives conservées à Mar-a-Lago est la plus susceptible de le faire tomber
Comment expliquer le nombre et la variété des poursuites judiciaires dont Donald Trump fait l’objet ? Certes, c’est un personnage hors du commun dont l’approche en politique teste les limites de ce qui est normal et même de ce qui est légal. Pourtant, la prolifération des procès au cours de la période qui précède la prochaine élection présidentielle, en novembre 2024, soulève au moins la possibilité d’un acharnement judiciaire. Essayons d’y voir clair.
Une avalanche de procédures
Premièrement, Donald Trump, avec trois de ses enfants, est accusé par la procureure générale Démocrate de New York, Letitia James, d’avoir surévalué les biens immobiliers de sa famille de plusieurs milliards de dollars. La supposée fraude fiscale se monte à 250 millions de dollars. Pas trop d’inquiétude ici : le cas devrait pouvoir être réglé au civil à l’amiable.
Deuxièmement, une enquête a été lancée par la procureure Démocrate Fani Willis contre Donald Trump en Géorgie à propos d’une supposée tentative d’influencer l’élection présidentielle de 2020 lors d’une conversation téléphonique avec le secrétaire d’état de Géorgie, le Républicain Brad Raffensperger. Lors de cette conversation enregistrée par ce dernier et livrée au Washington Post, Donald Trump, conscient de la très faible avance de Joe Biden dans cet Etat (10 000 voix), demande instamment au secrétaire d’Etat de lui « trouver 11 000 votes » favorables. Selon Alan Dershowitz, professeur émérite de Droit à Harvard et avocat de Trump lors de la première tentative de destitution, le fait que Trump, entouré de ses avocats lors de la conversation, ait demandé de « trouver » 10 000 votes et non « forger » ou « créer » n’a rien de répréhensible.[1]
En outre, le ministère de la Justice (aux États-Unis, l’Attorney General fait office de procureur général ET de ministre de la Justice) a mené une vaste enquête sur les actions de M. Trump lors de l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021. Le procureur général/ministre de la Justice Merrick Garland a laissé ouverte la possibilité que Donald Trump soit poursuivi pour avoir « incité » à une « insurrection », selon le mot de la commission du 6 janvier de la Chambre des représentants. On sait depuis les vidéos publiées par Tucker Carlson (avant son éviction de Fox News) que les « terroristes intérieurs » étaient en réalité des pieds nickelés, jusqu’au « Chaman » à casque de viking, Jacob Chansley, qu’on voit sur des vidéos de surveillance déambuler tranquillement dans le Capitole accompagné de deux policiers… Seule une insurgée, Ashli Babbit, a été tuée à bout portant par un policier. Aucun parlementaire ni membre du personnel n’a été blessé et les déprédations dans le Temple de la démocratie américaine sont très limitées. L’attaque est en réalité surtout symbolique. Donald Trump a invité le public à exercer son droit protégé par le Premier Amendement (concernant la liberté d’expression) et à marcher « pacifiquement et patriotiquement » sur le Capitole. Ce qui est protégé par la Constitution. Le fait qu’il ait « chauffé » ses troupes en éructant pendant une heure sur la prétendue élection volée n’y change rien : rien n’indique que Trump ait fomenté ou participé à l’insurrection. Il pourrait être difficile de l’inculper dans cette affaire.
Ashli Babbitt D.R.
Donald Trump doit encore faire face aux accusations d’avoir acheté le silence d’une actrice pornographique, Stormy Daniels, une enquête menée par le procureur Démocrate de New York, Alvin Bragg, qui a reçu indirectement par l’entremise d’un comité de campagne « Color of Change », 6 millions de dollars de l’Open Society de Georges Soros[2].
Donald Trump fait également face à des poursuites civiles pour coups et blessures et diffamation engagées par la chroniqueuse et ex-journaliste E. Jean Carroll (le viol n’ayant pas été retenu). Ces deux affaires pourraient se régler au civil moyennant des dédommagements importants mais qui rentrent dans les possibilités financières du milliardaire républicain.
Reste, probablement, l’affaire la plus délicate, pour laquelle il vient d’être inculpé le 13 juin par un tribunal floridien à Miami et pour laquelle il est très vulnérable : avoir conservé des documents top secrets, déclassifiés ou pas, dans son somptueux manoir de Mar-a-Lago (Palm Beach, Floride). Cette série d’accusations fait suite à une perquisition menée par le FBI sur ordre du Procureur général Garland et approuvée aussi par un juge Démocrate, Bruce Reinhart.[3] Trump pourrait au minimum être inculpé pour obstruction de la justice car il avait préalablement reçu une citation à comparaître et l’a ignorée. Il fait face à 37 chefs d’inculpation dont celui d’avoir illégalement conservé des documents relatifs à des secrets nucléaires et des capacités de défense de pays alliés. En septembre 2021, au Bedminster Club, il aurait montré à un représentant de son comité d’action politique ne disposant pas d’autorisation (« clearance ») une carte d’état-major classifiée relative à une opération militaire. Comme Hillary Clinton dont les emails compromettants échangés sur une messagerie non-sécurisée lui avaient en partie coûté l’élection de 2016, Donald Trump pourrait se voir reprocher par de potentiels électeurs le fait de conserver des secrets d’État dans sa salle de bains surtout s’il a ordonné de les y cacher.
Des affaires qui galvanisent les plus radicaux des MAGA
Si cette avalanche de procès peut galvaniser les troupes Républicaines trumpistes (les MAGA) et lui assurer la victoire à la Primaire Républicaine au détriment de Ron DeSantis, elle peut également lui aliéner les électeurs centristes et indépendants lors de l’élection présidentielle de 2024. Si Trump arrive jusque-là ! Puisqu’il pourrait d’ici quelques mois être jugé et lourdement condamné (il risque la prison ferme) alors qu’il serait déjà nommé par les Républicains candidat à la présidentielle… Tenant compte des lenteurs de la justice, il pourrait même être entre-temps redevenu président des Etats-Unis !
Pour l’instant, en effet, un récent sondage Washington Post-ABC News a montré que 44% des personnes interrogées ont déclaré qu’elles voteraient « probablement » ou « certainement » pour M. Trump, tandis que 38% seulement ont déclaré la même chose pour M. Biden. Quelque 12% des personnes interrogées sont indécises[4]. Elles pourraient faire la différence en novembre 2024.
[1] Interrogé par l’émission « American Thought Leaders », le 8 mai, sur Epoch TV. Il est l’auteur de Get Trump: The Threat to Civil Liberties, Due Process, and Our Constitutional Rule of Law (Hot Books, 2023).
[2] Les Républicains accusent le procureur Bragg d’être soutenu par Soros. La presse libérale affirme que seul Color of Change, qui soutient la campagne de Bragg en faveur d’une action pénale juste pour les Noirs, a reçu de l’argent. Soros n’a pas directement soutenu la campagne de Bragg.
[3] Breinhart a été donateur pour la campagne présidentielle de Barack Obama ET pour la Primaire républicaine de Jeb Bush. Avocat de certains clients de Jeffrey Epstein, il a subi en Floride une campagne à connotation antisémite.
Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. « J’aime qu’on me contredise ! », pourrait être sa devise.
Voici venue la grande contrition. Ils demandent tous à être pardonnés.
Dans son dernier livre, Quelques mois dans ma vie, qui n’est malheureusement pas un roman, Michel Houellebecq présente ses « excuses à tous les musulmans » qui ont pu être offensés par un texte « idiot » – « c’est-à-dire, j’en ai bien peur, à peu près tous les musulmans ». Pour lui, finalement, « le problème n’est pas l’islam, c’est la délinquance ».
Pour le dixième anniversaire du « mariage pour tous » (merci Mme Taubira), les anciens inquisiteurs, au Parlement ou dans la rue, nous disent qu’ils ont évolué. La rage de 2013 a laissé place à des propos doucereux. Pas pour tous, ils ont leurs insoumis. Mais qui, aujourd’hui ou demain, reviendrait sur ce droit ?
Quel est le prochain épisode de ce grand renoncement ? Valeurs actuelles envisagerait une couverture avec Edwy Plenel pour rendre hommage au travail d’investigation de Mediapart au cours des quinze dernières années (merci à eux). Causeur ferait sensation avec un entretien croisé Adèle Haenel/Greta Thunberg.
Diablerie ! Dans le bocage vendéen, ce nouveau fumet venu de Paris n’est pas apprécié. Les troupes se forment pour partir à l’assaut. Tout n’est pas perdu. À l’Assemblée, les élus du Rassemblement national ne se sont pas levés pour s’associer à l’hommage au maire de Saint-Brévin. Les Républicains ont pris la main sur le prochain texte « immigration ». Ayant pris la mesure d’un véritable danger politique pour lui, le président Macron a dégoupillé une grenade avec un mot, un seul : « décivilisation ».
Boum ? Même pas. Les maux qui existent exigent une action publique forte et non une surenchère sémantique qui nourrit un climat détestable, dans une société de plus en plus fracturée par le séparatisme social et culturel, des frustrations toujours plus grandes, de la colère et de la haine. Alors discutons sérieusement et agissons pour un plan d’action permettant de réduire la consommation des drogues, notamment cannabis et cocaïne, qui connaît une progression affolante. On pourra continuer à parler de la santé publique, de l’hécatombe routière, des trafics et de l’économie parallèle, de la vie rendue impossible pour les habitants des quartiers populaires, rien ne changera sans de nouvelles réponses. Parlons de l’état de la psychiatrie en France. Presque vingt ans après le drame à l’hôpital psychiatrique de Pau, rien n’a été réglé[1]. Tout s’est aggravé. Parlons du rôle essentiel des 500 000 élus locaux, sentinelles de notre République, trop souvent abandonnés par l’État. Je viens ici de reprendre les trois sujets à partir desquels Emmanuel Macron a parlé de « décivilisation ». Lui qui, depuis 2017 à la tête du pays et, avant, de la commission Attali au ministère de l’Économie en passant par le secrétariat général de l’Élysée, n’a cessé d’attaquer les services publics et les politiques publiques, dont celles qui soignent et qui protègent. Quel est son bilan ?
Il devrait présenter des excuses.
[1] En décembre 2004, un jeune homme de 21 ans tuait sauvagement une infirmière et une aide-soignante dans l’hôpital où il avait été interné à trois reprises pour schizophrénie.
«C’est fou tous ces étrangers qui ont fait l’histoire de France» peut-on lire sur une affiche de promotion pour le Musée de l’histoire de l’immigration, à côté de la photo de… Louis XIV.
Pourquoi subir la loi des minorités ? Leurs plaintes sont des prétextes pour justifier leur tyrannie. L’Absurdistan se profile au bout de leurs caprices. Il y a plusieurs sujets, l’écologisme, le néo-féminisme, le wokisme donc, l’antiracisme se calquent sur l’islamisme et son accusation en islamophobie, dans un même ressort victimaire. À la moindre contrariété, ces groupuscules hurlent au fascisme, au racisme, à l’extrême droite, à l’homophobie, à la transphobie, etc. C’est ainsi que l’écriture inclusive et ses mots défigurés, créés au nom d’un égalitarisme sexuel forcené, s’installent dans un monde universitaire vidé de l’esprit critique. Même Sylvie Retailleau, la ministre de l’Enseignement supérieur, a renoncé à rappeler au respect de la langue au prétexte de préserver « la liberté pédagogique ».
La lâcheté est l’alliée de ces lobbies. Les délires des petits hommes verts les font ressembler aux extraterrestres que la Nasa aurait identifiés. La municipalité EELV de Lyon a ainsi subventionné la « performance » en « écosexualité » du groupe Lundy Grandpré : diffusée sur une vidéo, la scène montre des hommes et des femmes nus qui font l’amour avec la « terre érotique », en appliquant la théorie d’Annie Sprinkle. Cette ex-star du porno explique : « Quand tu es face à un arbre, tu n’as pas envie de l’étreindre comme un phallus géant ? … Et quand tu te promènes dans une prairie fraîchement coupée, tu n’as pas envie de fourrer ton visage dans les brins d’herbes, de les humer, de les lécher comme une chatte […] ». Qui arrêtera ce dérèglement des esprits ?
Il faut prendre ces pertes de la raison au sérieux. Seule une minorité suffit pour faire des révolutions. Or, face à ces offensives communautaristes – religieuses, ethniques, sexuelles, hygiénistes – les résistances disparates sont inefficaces. De surcroit, ces lubies d’idéologues sont confortées par le diversitisme, cette pensée officielle au service des déconstructeurs et de la négation des réalités. La falsification est un procédé assumé. Ce mercredi est apparue sur les réseaux une campagne du Musée d’histoire de l’immigration montrant un portrait de Louis XIV, dont la mère était espagnole et la grand-mère autrichienne, avec ce slogan : « C’est fou, tous ces étrangers qui ont fait l’histoire de France », amalgamant le vieil apport européen à la survenue, en 40 ans, de la civilisation musulmane. Il est vrai que, pour le sociologue Jean Viard, commentant l’attaque au couteau d’un réfugié syrien contre des bébés : « Il faut rappeler que la délinquance des immigrés n’est pas supérieure aux taux des Français […] L’essentiel des immigrés, aujourd’hui, sont des universitaires ». Avant lui, Jacques Attali avait assuré (Les Echos, 3 octobre 2019) : « Il n’y a aucun envahissement de la France ni de l’Europe par l’Islam ou par l’Afrique […] 99 % des migrants non européens s’intègrent parfaitement dans la nation française (…) L’islam n’est pas une menace pour la France, il en est une composante depuis le VIIIe siècle ». Les minorités et leurs protecteurs sont les ennemis de la démocratie, construite sur la loi du plus grand nombre.
Au grand dam des apôtres de #MeToo, l’auteur de 99 francs se met à nu dans un essai rempli de souvenirs et d’aphorismes sur la « partouze permanente » qui habite son cerveau. On y apprend au passage que s’il est beaucoup drogué durant des années, c’est pour calmer sa frénésie sexuelle, et pas pour battre des records de sybaritisme.
Causeur. Tout d’abord, permettez cette question pro domo. Votre livre commence par le récit de l’intrusion à votre domicile, en 2018, d’un commando néoféministe. Votre crime n’était pas seulement d’avoir signé notre pétition « Touche pas à ma pute », c’est vous qui nous en aviez donné l’idée ! Vous nous en avez voulu ?
Frédéric Beigbeder. Mais oui, c’est vrai, tout ça, c’est de votre faute… (rires) Non je ne vous en veux absolument pas ! Et je continue de penser que notre combat commun, et perdu, contre la pénalisation des clients de la prostitution, était un combat juste. C’est ce que disent du reste les dirigeants de Médecins du monde ou du Strass, le syndicat majoritaire de la profession, très inquiets au sujet des conditions des travailleurs et travailleuses sexuels, encore plus précaires depuis l’entrée en vigueur de la loi de 2018 qui punit d’une amende de 1 500 euros toute personne ayant recours à leurs services. Ce n’est certes pas le combat de ma vie, mais si on vous disait « être boulanger, c’est légal, mais attention quand vous achetez du pain, vous êtes un délinquant », ce serait terriblement absurde et hypocrite, n’est-ce pas ? Eh bien, un tel principe, appliqué à la prostitution, a hélas été voté à l’unanimité par l’Assemblée nationale.
Revenons-en au livre. Comme son titre l’indique, il porte essentiellement sur la sexualité, notamment l’obsession sexuelle masculine, et la vôtre en particulier…
Je prends effectivement mon cas pour une généralité. (rires)
Vous dites que les écrivains homosexuels peuvent être très crus sur ce sujet, alors que les romanciers hétéros, tels que vous, ont plus de réserves…
Plutôt que de crudité, je parlerais d’honnêteté. Certains écrivains homos, comme mon ami Guillaume Dustan, comme Arthur Dreyfus ou Renaud Camus à ses débuts, parlent sans hypocrisie de leur frénésie sexuelle. Tandis que les hétéros assument moins leurs désirs. Il y a des exceptions, bien sûr. Parmi mes écrivains favoris figurent de très grands obsédés, comme Henry Miller, dont la trilogie Sexus est quelque chose d’hallucinant. N’oublions pas non plus les deux Charles, Bukowski et Baudelaire. Seulement, ces auteurs restent des cas isolés, et je n’ai pas d’explication à ce mystère. Mais avec ce qui m’est arrivé depuis la sortie de mon livre, j’ai vu combien il est compliqué de parler de sexualité hétéro dans notre société.
De quoi voulez-vous parler ?
J’ai subi un déferlement de haine sur les réseaux sociaux, avec des menaces de mort. Des militantes ont même tagué la librairie Mollat à Bordeaux et tenté d’empêcher la conférence que je devais y donner. Il existe donc une tentative de censure sur mon livre, qui dit pourtant des choses très banales. Mais voilà, des gens veulent qu’il n’existe pas.
Il y a, dans ce livre, un chapitre sur la cocaïne, substance que vous connaissez bien. Contre toute attente, vous n’en parlez pas comme d’un dopant érotique, qui rendrait moins timide et plus performant au lit. Vous dites au contraire que la cocaïne calme la libido.
Exact. On a une image complètement fausse de la cocaïne. La drogue qui excite, c’est le viagra. Alors que la cocaïne, c’est un anesthésiant, un anti-aphrodisiaque. C’est la drogue de la débandade. Si je devais expliquer sociologiquement son succès à la fin du siècle dernier, je m’interrogerais sur les liens avec l’épidémie de sida. À cette époque, on cherchait peut-être inconsciemment un moyen d’avoir moins d’érections. Un peu comme quand on donnait du bromure aux conscrits, pour calmer leurs ardeurs. La cocaïne a peut-être été le bromure des fêtards en danger des années 1980.
Vous écrivez aussi que la cocaïne « anesthésie le chagrin d’être coupé du monde merveilleux des femmes inconnues »…
Pour se trouver des excuses, tous les toxicomanes essaient de théoriser leurs mauvaises habitudes. Donc il ne faut pas nécessairement me croire sur parole. Mais quand j’avais une vie moins rangée, il est vrai que je me justifiais souvent en disant : puisqu’on ne peut plus se draguer, alors on va se droguer.
La cocaïne est donc une fuite ?
Une fuite, oui. Mais c’est aussi une quête. De quoi ? Je l’ignore. Je me suis demandé si je ne cherchais pas dans la drogue non pas une autre réalité, mais une manière plus intense de voir la réalité. J’ai aussi été frappé par le mot de l’écrivain américain Jay McInerney, selon qui sa génération, celle des baby-boomers, a survécu à la « guerre de la drogue ». Nous qui sommes les premiers êtres humains à avoir connu un monde sans conflit armé, n’avons-nous pas voulu malgré tout nous mettre en danger en nous droguant, à la manière de ceux qui font de l’alpinisme ou qui conduisent des motos à deux cents à l’heure ? Ce besoin de tutoyer la mort est probablement inhérent à la condition humaine.
Cela dit, vous écrivez aussi que la cocaïne est la seule drogue qui donne l’impression de tout contrôler. Que voulez-vous dire ?
Je ne sais pas si vous avez essayé ce produit, et je vous le déconseille, mais son principal danger, c’est qu’il donne confiance en soi. On se sent important. On reconnaît d’ailleurs souvent les cocaïnomanes à leur vantardise. Ils disent beaucoup de bien d’eux-mêmes et, pire encore, ils le répètent tout le temps. Non seulement ils sont mégalos, mais ils sont mégalos en boucle ! C’est pour cela que la cocaïne menace tant les gens timides, fragiles, peu sûrs d’eux. Comme Yves Saint-Laurent par exemple, qui devait être hypersensible et se sentait sans doute à l’abri, un peu moins vulnérable, quand il en prenait. C’est pareil pour Françoise Sagan, je pense.
François Sagan dont vous jugez que les meilleurs romans sont les premiers. Voulez-vous dire que la drogue a gâché son talent ?
C’est un peu sévère et c’est un débat purement littéraire. Mais j’ai l’impression que le charme, l’insolence et la légèreté teintée de cynisme de ses romans de jeunesse, disons jusqu’à La Chamade, ont perdu ensuite en virtuosité. C’est assez triste à dire, mais c’est la réalité. Ensuite, je n’ai pas la prétention de tout réduire à la drogue. Je remarque juste que son écriture s’est abîmée après son accident de voiture. Elle s’est alors retrouvée à l’hôpital, où on lui a donné de la morphine, et puis elle a basculé dans la cocaïne.
En parlant d’accident de voiture, vous mentionnez également dans votre livre Pierre Palmade, dont vous remarquez qu’il est votre « sosie ». Qu’avez-vous ressenti quand vous avez appris qu’il avait brisé la vie d’une famille en provoquant un accident sous l’effet de la drogue ?
J’ai pensé qu’il devait être extrêmement malheureux d’avoir causé une tragédie pareille. J’imagine qu’on ne peut pas se remettre d’avoir fait autant de mal à des gens. J’ajoute que quand on est célèbre, en plus de la prison, on a une double peine : la punition médiatique. C’est comme ça. Je n’ai pas grand-chose d’original à rajouter. Si ce n’est que je suis par principe opposé aux lynchages, c’est même le sujet de mon livre. Dès qu’il y a une meute contre quelqu’un, j’ai tendance à me sentir solidaire du camp adverse.
Aujourd’hui, la cocaïne serait passée de mode. Comment l’expliquez-vous ?
C’est normal. Il y a des modes dans tout. Dans l’habillement comme dans la drogue. Mais je dois reconnaître que je ne me suis pas tout de suite rendu compte que la cocaïne était devenue ringarde. J’avais connu la période précédente, celle où, quand vous proposiez à des amis d’aller s’enfermer avec eux dans un endroit pour « taper », c’était le sommet du glamour. C’était célébré au cinéma ou dans les romans. Et puis au début des années 2000, ça a commencé à être un truc de boomer minable, de vieux dégueulasse, comme dit Bukowski. La cocaïne est passée du statut de « glamour » à celui de « pathétique ». Et comme je suis très influençable, et que j’ai toujours envie d’être dans le coup, je me suis finalement dit que je devais absolument arrêter cette chose.
L’heure du bilan est donc arrivée. Qu’avez-vous perdu en vous droguant ?
Par esprit de contradiction, je vous dirais d’abord que j’en garde aussi de bons souvenirs. J’ai connu des moments de drôlerie, des nuits interminables, dont je ne me souviens pas mais que je ne renie pas. Ne transformez pas mon livre en ouvrage de morale ! Je ne suis pas une bonne sœur. Mais pour répondre à votre question, je dirais que la cocaïne m’a fait perdre du temps et de l’argent. Que ça fatigue beaucoup aussi. Que ça ne donne pas de talent. Que ça rend même un peu con. Et que c’est très mauvais pour la santé. Bref, j’ai passé l’âge de ces bêtises. Ça va quand on a 20 ans. Mais ça devient grotesque quand on approche des 60.
Cela dit, vous écrivez qu’on ne peut jamais s’estimer vainqueur de l’addiction.
C’est une règle qui s’applique à n’importe quelle drogue. À l’alcool aussi. Et même au sucre. Je peux vous en parler car, m’étant récemment découvert diabétique, j’ai dû arrêter les pâtisseries en même temps que la cocaïne. C’est un combat quotidien. Il faut se protéger contre les tentations. Essayer de tenir jusqu’au jour suivant. Vous voyez, il est à présent 14 h 20, je suis dans ma maison avec mes enfants, je ne suis donc pas menacé. Mais ce soir, passé minuit, si je sors avec des amis toxicos, je serai en danger. Je ne dis pas que je dois fuir toutes les occasions, mais j’essaie de les espacer. On apprend cela aux Narcotiques anonymes, dont le programme, en 12 étapes me semble-t-il, est assez bien fait.
Vous participez à des réunions des Narcotiques anonymes ?
Bien sûr. Et ça fonctionne. On y rencontre des gens dans la détresse. Ce sont des séances au cours desquelles chacun peut témoigner de son cas. Ils appellent cela des « partages ». On s’exprime à tour de rôle. On n’a pas le droit d’interrompre celui qui parle. Certains ont perdu leurs amis, morts d’overdose. D’autres ont été quittés par leur femme. Il y a aussi ceux qui ont été mis à la porte de leur travail, ceux qui ont fait de la prison et ont des enfants qui ne leur adressent plus la parole. Et on se dit qu’on n’a pas envie d’en arriver là. Pour un romancier, c’est une mine d’or.
On dit qu’il y a aussi une dimension religieuse dans ces réunions.
C’est vrai. Ce n’est pas ce que je préfère. Il y a un embrigadement presque sectaire, assez flippant. Je n’étais pas au courant de cela. Mais ça ne retire rien à l’intérêt de ces « partages ».
Écrire sur cette question vous a-t-il aidé à vous en sortir ?
Non. Si j’ai écrit le chapitre « Adieu la coke », c’est parce que je n’avais rien lu de tel dans la littérature, notamment anglo-saxonne, que je connaissais à ce sujet. J’ai voulu raconter de la façon la plus sincère possible comment on découvre la chose, pourquoi ça nous plaît, comment on s’enfonce dedans, et pourquoi ça devient ridicule à un moment de continuer. Ce n’est pas un manuel de désintoxication. C’est juste un témoignage, comme ceux des Narcotiques anonymes. Avec une ambition littéraire bien sûr. Je ne suis pas un auteur de développement personnel… Cela dit, si je pouvais avoir les tirages d’un auteur de développement personnel, je serais ravi !
Vous avez écrit Nouvelles sous ecstasy, vous avez lancé une marque de vodka (à déguster avec modération) et dans votre dernier livre, vous chantez les louanges du meursault (toujours avec modération). S’il ne fallait retenir qu’une seule drogue, ça serait laquelle ?
Je vais vous faire une réponse facile : la littérature ! C’est ma drogue dure. Une journée sans lire et je suis en manque. Ça veut peut-être dire que je suis accro au silence, à la solitude. Cependant, je crois que la lecture comme gymnastique mentale est bonne pour tout le monde. Au moins une heure par jour. Je recommande cela aux personnes âgées.
C’est presque de droite, ce que vous dites…
Je ne vous le fais pas dire. L’autre jour, j’ai déclaré à la télévision que je voulais remplacer la trinité « Sexe, drogue et rock’n roll » par « Amour, Dieu et la France ». Que n’avais-je pas dit ! Je me suis fait traiter de réac partout, limite de facho. C’est un vrai problème, ça. Parce que l’amour, Dieu et la France, il me semble que ce n’est ni de droite ni de gauche.
Sous la direction de Daniel Salvatore Schiffer, l’ouvrage collectif Repenser le rôle de l’intellectuel (Editions de l’Aube, 2023) explique en quoi l’intellectuel, tombé de son magistère, peut encore être utile dans nos temps troublés. Peut-il s’engager dans l’action collective sans sacrifier sa liberté de penser aux impératifs du groupe, de nos jours ? Avec notamment Belinda Cannone, Luc Ferry, Renée Fregosi, Nathalie Heinich, Edgar Morin, Sabine Prokhoris, Robert Redeker, Frédéric Schiffter, Dominique Schnapper, Guy Sorman, Pierre-André Taguieff, Patrick Vassort, Alain Vircondelet…
L’intention qui a présidé à la naissance de cet ouvrage collectif est très bien exposée par Daniel Salvatore Schiffer dans l’introduction qui sert de fil rouge à l’ouvrage : « les intellectuels, frappés de discrédit par les erreurs de jugement, les dérives idéologiques ou les errances politiques de certains d’entre eux sont menacés de disparition. Or le monde d’aujourd’hui, objet d’importantes et de multiples transformations, a besoin de sens, de lignes directrices, de projets, de perspectives. (…) D’où la nécessité de repenser le rôle de l’intellectuel contemporain et à venir. »
Daniel Salvatore Schiffer
La problématique est claire, les réponses, elles, sont en clair-obscur, entre rubrique nécrologique (la posture de l’intellectuel est-elle encore possible à l’ère des réseaux sociaux et de l’horizontalité ?), constat d’imposture (la trahison des clercs, cette propension de certains intellectuels à se soumettre à l’idéologie plutôt qu’à faire œuvre de vérité, a participé au désaveu que subissent aujourd’hui ceux que l’on voit parfois plus comme des militants que comme des penseurs de leurs temps) et la difficulté à faire entendre une voix modérée et argumentée, dans le fracas d’un débat public qui cherche plus souvent à désigner l’ennemi qu’à créer un avenir commun. Autre question lancinante qui traverse cet ouvrage et certaines contributions : la figure de l’intellectuel a été conçue comme une façon d’interpeller le pouvoir et de s’opposer à la raison d’État. Comment jouer ce rôle quand la menace de censure et de restriction des libertés monte de la société, voire est portée par des minorités actives qui mettent en avant un sentiment de persécution et un discours victimaire ? Enfin, si le combat en faveur du capitaine Dreyfus a cristallisé la figure de l’intellectuel, c’est que la cause était simple : Dreyfus était innocent et ses accusateurs coupables. Le combat en faveur de la vérité et de la justice était clair. Mais ensuite ? Pour quelques consciences lucides, combien de beaux esprits de leurs temps ont été aveugles sur la réalité du fascisme et du nazisme, quand ils ne l’ont pas accompagnée ? Combien de grands penseurs et artistes ont encensé Staline et l’URSS, sans faire jamais leur aggiornamento face aux massacres de masse de leurs héros, de Staline à Pol Pot en passant par Mao ? Et aujourd’hui, l’université est le lieu d’une guérilla où la reductio ad hitlerum et la qualification de « fasciste » peut facilement être donnée à toute personnalité qui ne communie pas dans le décolonialisme, la convergence des luttes, la dénonciation du racisme d’Etat et du rejet de l’islam par des Français présentés comme ontologiquement racistes. Les intellectuels semblent avoir fort peu appris du naufrage de leur soutien idéologique aux totalitarismes et reproduisent, avec la même violence décomplexée qu’au temps du communisme, les erreurs de ceux qui les ont précédés. Ces erreurs ont pourtant déconsidéré leurs voix et amoindri leur rôle. Finalement la question qui reste posée au terme de cet ouvrage subsiste : peut-on s’engager et demeurer fidèle à la quête de vérité et de justice qui doit être celle de l’intellectuel ? Comment faire entendre une voix singulière quand on veut être dans l’action, qui, elle, nécessite des leviers collectifs ? Peut-on à la fois servir la vérité et la justice et s’aventurer dans l’action politique ? L’aveuglement face aux totalitarismes et à la radicalité actuelle est-elle liée à un besoin de contrôle, de théorisation et de modélisation qui amène à préférer une logique de soumission à l’idéologie plutôt que d’affronter le vertige de l’entre-deux et de la complexité qu’est souvent la condition humaine des hommes et celle historique et sociologique des sociétés ? L’intellectuel est-il attiré par le totalitarisme car il cherche à trouver l’équation ultime du sens de la vie, cela au détriment d’une histoire où l’action des hommes est un équilibre perpétuellement chancelant entre guerre et paix, exploitation et émancipation, éducation et ignorance, production et création, raison et passion… ?
Le naufrage des intellectuels est merveilleusement bien résumé par cette fameuse phrase « Plutôt avoir tort avec Sartre que raison avec Aron ». En quelques mots c’est toute l’exigence du factuel, l’effort de l’honnêteté intellectuelle, la quête de vérité et le devoir de justice qui sont anéantis. Le tout au profit d’une cause, élevée au rang d’ultime vertu mais qui sert plus à intenter des procès à ses contradicteurs qu’à bâtir des sociétés plus justes. Au vu du spectacle que lui offre le monde médiatique et universitaire, le lecteur peut se demander si ce microcosme n’est pas resté bloqué en compagnie de Sartre, au lieu d’avoir appris de ses erreurs pour cheminer enfin aux côtés de Aron. Les intellectuels seraient-ils comme les aristocrates de la fin de l’Ancien régime, des personnes qui n’ont rien oublié ni rien appris ?
Les intellectuels sont un des acteurs de la dispute civilisée que devrait être le débat public. Leur quête de connaissance et leur indépendance d’esprit est la condition pour que le conflit ritualisé soit tranché démocratiquement en mettant en lumière les enjeux et les limites de l’action humaine. Mais force est de constater qu’ils ont été plus souvent les serviteurs illuminés des pires idéologies que les voix de la raison, de la responsabilité et de la modération. La figure type de l’intellectuel, la figure sartrienne illustre parfaitement cette impasse. L’homme s’est beaucoup trompé sans jamais le reconnaitre, n’a pas brillé par son courage quand prendre position pouvait vous mettre en danger de mort et s’est comporté en parrain poursuivant de sa vindicte ceux qui ne pensaient pas comme lui. Triste sire, sans doute, mais qui reste une figure auréolée du prestige de ses engagements, sans que jamais leur pertinence soit interrogée. Peut-être parce que l’intellectuel idéal est un oxymore, il doit être un guide mais en même temps marcher au milieu de la foule, il doit éclairer le chemin tout en laissant chacun user de sa propre lanterne, il doit penser l’avenir sans l’enfermer dans ses propres représentations, inciter à l’action en mettant à distance l’idéologie et sans se vautrer dans la promesse utopique, il doit cultiver l’espoir tout en se gardant de l’exaltation voire de l’adhésion, il doit choisir un camp tout en préservant sa neutralité axiologique. Il est l’homme de la rigueur et de la raison qui laisse la vie le bousculer et l’émouvoir. Or peut-on s’engager dans l’action collective sans sacrifier sa liberté de penser aux impératifs du groupe ? Les intellectuels ont eux-mêmes montré que leur réponse à cette question était diverse mais que l’amour du censeur était fort chez ceux qui se targuent pourtant d’indépendance d’esprit.
A toutes ces questions, il n’y a jamais de réponses définitives.
C’est tout l’intérêt de ce livre choral, où les contributions se mêlent entre témoignages personnels et analyses intellectuelles.
Au travers des différentes contributions, à défaut de savoir comment refaire du débat public un enjeu démocratique plutôt qu’un tribunal en mode comité de salut public, on peut constater que le rôle de l’intellectuel idéal est celui d’un humaniste, d’un honnête homme, qui refuse l’excès et sait dominer ses émotions sans les altérer.
Ce livre en offre quelques beaux exemples, les quelques extraits que nous vous proposons devraient vous en convaincre.
« Bien sûr, publier c’est intervenir: tout livre est une prise de parole dans la grande conversation de son temps. Mais par ailleurs, nous savons que les écrivains sont des êtres du « dégagement », du biais, de la langue réinventée et d’une forme de solitude. L’écrivain est celui qui se retire pour mieux voir et mieux dire, comme le notait Virginia Woolf : « C’est une erreur de croire que la littérature peut être prélevée sur le vif. Il faut sortir de la vie… » La distance est ce qui, paradoxalement, les aide à penser la réalité, soit par la vertu des modèles imaginaires – de la fiction – qu’ils inventent, soit par celle des réflexions et des analyses qu’ils élaborent. Ils peuvent ainsi fournir de nouvelles représentations de l’homme dans lesquelles chacun peut se réfléchir. D’ailleurs, Woolf elle-même n’a-t-elle pas participé activement aux débats de son temps ? De sorte qu’on peut se demander si l’engagement de l’écrivain ne réside pas, aussi, dans sa capacité de dégagement. Se dégager de l’idéologie régnante et des modes, mais aussi se dégager de la pression commerciale qui valorise une littérature de divertissement ou d’exaltation de l’ego, échapper à la doxa qui promeut une subversion de commande, officielle et généralisée, se libérer d’une parole qui nous réduit à être parlés avant même que nous ayons pensé. Ce dernier point est celui où se joue par excellence la partie de l’écrivain : parce qu’il cherche à parler une langue qui lui appartienne en propre, il est celui qui, à l’écoute passionnée de chaque mot, chaque phrase et discours, est doté d’une vigilance qui lui permet de remarquer « l’abus du langage ». Songeons à la critique que fit Maurice Blanchot des proclamations politiques de Heidegger favorables à Hitler, trente ans avant que fussent connus les Cahiers noirs : « Voilà, pour moi, la responsabilité la plus grave: il y a eu corruption d’écriture, abus, travestissement et détournement du langage. Sur celui-ci pèsera dorénavant un soupçon. (…) Les chefs-d’œuvre ne sont pas nés seuls et dans la solitude ; ils sont le résultat de nombreuses années de pensées en commun, de pensées élaborées par l’esprit d’un peuple entier », écrivait Virginia Woolf dans Une chambre à soi. Nous sommes reliés (nous portons l’humanité en nous), nous sommes un élément du tout, élément dans un tout qui nous dépasse amplement : la planète, la collectivité et l’histoire humaines, un tout qui n’ôte rien à la valeur très précieuse de notre personne, mais qui empêche de la considérer comme suffisante, car l’individu minimal est trop étroit. Le moi est une « position d’équilibre », disait Henri Michaux dans la postface de Plume, un point de rencontre, dirais-je, entre Moi et l’humanité, et c’est la seule forme d’existence intéressante. Les « pensées en commun » que contribuent à façonner les écrivains, il faut parfois les défendre au cœur de la cité, et ainsi prendre part à l’aventure humaine en perpétuant le processus civilisateur. » Belinda Cannone, Écrivaine
A propos de Raymond Aron: « Comme Max Weber, qui était son modèle dans l’univers des idées, il préférait l’éthique de la responsabilité à celle de la conviction. Du coup, j’ai lu et relu les textes, parmi les plus profonds et justes qu’il ait écrits, qu’il avait consacrés à l’œuvre de Weber et notamment à la fameuse distinction entre ces deux éthiques. Que disaient-ils au fond? Que l’éthique de la responsabilité, contrairement à une idée reçue, mais tout à fait fausse, n’est nullement réductible au cynisme de la « realpolitik », bien au contraire. Rappelons en deux mots les termes du débat. L’éthique de la conviction, c’est celle qui règne sans partage dans l’univers des intellectuels moralistes depuis la nuit des temps. Elle tient en une phrase : fiat justicia pereat mundus, « que justice soit faite, le monde dût-il en périr. » On y défend les principes en se moquant du réel. L’éthique de la responsabilité ne songe nullement à abandonner les principes éthiques, mais a seulement compris qu’il fallait tenir compte du réel pour les appliquer et les incarner, fût-ce au prix de compromis qu’on aurait tort de confondre avec de la compromission. Tragique de l’histoire ou, comme dit Weber, « antinomies de l’action historique » : contrairement à ce qu’imagine de façon irénique, mais surtout très confortable, l’intellectuel saisit par l’éthique de la conviction, le militaire ou le politique n’ont presque jamais le choix entre le bien et le mal. Ce serait trop facile. Dans l’immense majorité des cas, ils doivent choisir entre plusieurs maux, leur devoir, tout à la fois guidé par l’éthique et l’intelligence, étant seulement de faire le choix du moindre mal en toute lucidité. » Luc Ferry, Philosophe
« Comme l’a parfaitement expliqué Gérald Bronner, le passage à l’extrême se fait par l’évacuation de toute autre idée compensatrice, modératrice ou contradictoire avec l’idée première. Indigénisme, décolonialisme, racialisme, transgenrisme, féminicisme, conscience « woke », retournent ainsi en doctrines sectaires aliénantes, les instruments critiques de l’épistémologie ou de l’anthropologie et les idéaux émancipateurs du progressisme, du féminisme, de l’antiracisme, de la libération des mœurs. Leur pensée syllogistique procède par assignation systématique à identité préétablie, dénonciation obsessionnelle de maux, en grande partie, imaginaires, exigence fanatique de repentance, « déconstruction » du réel et credo incantatoire rejetant en vrac l’universalisme, l’humanisme, la démocratie, la république et la science. Et si la persuasion ne fonctionne pas, les menaces puis les agressions physiques sont leurs modes d’actions. En France, ce mouvement polymorphe a pris le pouvoir au sein des instances universitaires et des différentes institutions culturelles en faisant fond sur un entrisme clanique plus ancien se réclamant de Pierre Bourdieu. Se considérant en lutte, en résistance contre les pouvoirs établis, ces intellectuels « bourdivins » ont préparé le terrain en pervertissant la notion kantienne de critique transformée en dénonciation tous azimuts des dominations. À leur sens, l’universitaire doit être « critique » c’est- à-dire « engagé » comme on disait jadis. Ils ont explicitement transformé leur enseignement et leurs recherches académiques en combat politique où tout collègue n’appartenant pas au clan est un ennemi à abattre, où toute autre conception du métier d’enseignant est à rejeter sans discussion. Ces courants ont appauvri ainsi considérablement l’enseignement et la recherche universitaire en en chassant le pluralisme théorique et méthodologique. (…)
Ces nouveaux maîtres à penser politico-universitaires participent activement au conformisme du politiquement correct et à la revalorisation politique de la « violence révolutionnaire ». (…) La dictature serait un fantasme ou un épouvantail brandi par les démocraties parlementaires pour se valoriser et justifier leurs supposées turpitudes. La dictature apparaîtrait « en réalité aujourd’hui surtout comme un objet discursif construit à des fins identitaires de légitimation de la démocratie (et donc de la supériorité de l’Occident) : en effet pour que la démocratie demeure « le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres » il faut que son Autre, la dictature, soit synonyme d’enfer ». De même que la démocratie, la dictature qui ne serait qu’un mot, un élément de discours ne recouvrant aucune réalité politique concrète. La dictature serait une notion écran qui masquerait les enjeux de domination, véritable autoritarisme au cœur des démocraties occidentales. » Renée Fregosi, Philosophe
« Pour rendre compte de la disparition de l’intellectuel, il faut commencer par la crise de l’universel. L’intellectuel était un homme du monde. Victor Hugo est intervenu auprès des autorités américaines pour sauver de sa condamnation à mort le militant noir anti-esclavagiste John Brown, il a protesté contre la répression sauvage menée en Algérie par les troupes françaises, contre l’expédition du Mexique, contre la mise à sac du palais d’Été de Pékin par les troupes franco-anglaises, il a soutenu la libération de Cuba et il a lutté pour l’amnistie des communards. L’auteur des Misérables jouissait d’une audience mondiale, et rien de ce qui était humain ne lui était étranger. Cet universel a disparu. Au début du XXIe siècle, le monde unifié par la mondialisation n’a contradictoirement plus d’unité, et Salman Rushdie est davantage connu comme victime du fanatisme que comme combattant. » Christian Godin, Philosophe
« Nous savons tous en effet à quel point les réseaux sociaux sont devenus aujourd’hui le lieu d’expression privilégié des opinions: inutile de développer ce point même s’il exigerait une enquête sociologique en bonne et due forme. Or leur principale caractéristique – outre la spectaculaire augmentation qu’ils permettent de la vitesse de diffusion des mots et des images, dans le temps, et de leur extension, dans l’espace – c’est l’absence de médiation autre que purement technique: cliquer sur un lien, poster des propos sur un site. La disparition des filtres éditoriaux traditionnellement constitués par le travail des intermédiaires spécialisés que sont les journalistes a une conséquence immédiate: n’importe qui peut exprimer son opinion, sans que celle-ci ait à être justifiée par une quelconque compétence. L’expression « propos de café du commerce » a été suremployée, mais elle s’applique parfaitement à ces nouveaux organes médiatiques, que je qualifierais volontiers de « propos de ragots sociaux ». Cette quasi-disparition de l’intermédiation est parfois interprétée comme une forme de démocratisation: tout un chacun désormais est à même de se poser en intellectuel sans avoir dû se soumettre à de longues années d’étude, ni à la production d’une œuvre susceptible de lui conférer une autorité. Ma propre interprétation du phénomène est toutefois un peu moins irénique et un peu plus inquiète. Car cette situation, née d’un spectaculaire progrès technologique, entraîne deux régressions majeures. La première régression est le brouillage de la distinction entre savoir et opinion, ou, en d’autres termes, entre science et idéologie: brouillage dont on ne cesse de voir grossir les effets délétères dans le monde universitaire, où pullulent ceux que j’ai nommés les « académo-militants », qui cherchent à imposer leurs causes politiques en les faisant passer pour des productions scientifiques au mépris de la qualité proprement épistémique. La seconde régression est la tentation, pour permettre à une opinion de surnager dans l’océan des « posts », de tourner en sa faveur « l’économie de l’attention » en se livrant aux propos les plus provocants, les plus radicaux, les plus « disruptifs », pour utiliser un terme devenu – non par hasard – très tendance. Et là, c’est dans l’arène politique que nous constatons tous les jours les effets pervers du phénomène, avec la tendance à la radicalisation des opinions, alimentées en outre par l’épidémie d’« infox » et de complotisme que favorise l’économie de l’attention en milieu numérique » Nathalie Heinich, Sociologue
« Le XXe siècle fut celui de la déroute des intellectuels, en dépit de tout le bien que leur vanité leur dicte de penser d’eux-mêmes, de l’importance ontologique qu’ils s’attribuent, et du rôle dans l’histoire dont ils se pavanent. Tout s’est passé comme si les intellectuels n’apprenaient jamais rien de la réalité historique : de Staline en Mao, de Trotski en Castro et en Chavez, de Khmers rouges en ayatollah Khomeyni, ils se firent, une génération par-dessus l’autre, les aèdes et les aides de camp des ogres et bouchers. Ce charabia pédant qu’était la prose révolutionnaire expliquait tout, justifiait tout : machine à dévorer la réalité, à terroriser l’intelligence, il couvrait de sa logomachie les oppressions et les massacres. Il les accompagnait telle une litanie sacrificielle afin de rendre sourds aux cris des suppliciés. La dilection des intellectuels, qui a fini par lasser les peuples, pour les politiques sanguinaires, exige une explication. « Lorsque l’erreur porte les livrées de la vérité, elle est souvent plus respectée que la vérité elle-même, et ce faux respect a des suites très dangereuses », écrivit Malebranche. Passées aux rayons X, les pages des intellectuels les plus en vue au xxe siècle sont aussi rouges de sang que la blouse d’un chirurgien qui vient d’opérer. Un impératif muet en émane: Il faut que le sang coule! Nous, les intellectuels, les ventriloques de l’histoire, devons bénir cette hémorragie. Pourquoi ? Ce tropisme n’est aucunement hasard ou malignité. Il est nécessité. Il est enfermé analytiquement dans le préjugé majeur des intellectuels depuis les années 1900 – préjugé dont Péguy, la figure de proue de la première vague des intellectuels, sut se garder. Voyons dans cet impératif sanguinaire une conséquence inévitable du dogme que les intellectuels épousèrent: Dieu est mort. En faisant énoncer cette assertion par l’insensé, Nietzsche s’est protégé de ses conséquences. « Insensé », voilà qui est lourd de sens en effet. Qui croit en la mort de Dieu est abandonné par le bon sens. Un tel homme est perdu : il ne lui reste que la raison. La raison sans le bon sens. La raison idéogène. La raison en délire. Kant avait vu venir le danger d’une raison non tenue en laisse. D’où les trois forteresses concentriques qu’il éleva dans la partie féconde de son existence : les Critiques. Apparemment classique, le criticisme est d’architecture féodale, dessinant la carte d’un ensemble de centres disciplinaires fortifiés d’où la raison ne pourrait s’échapper. Qu’est la Critique de la raison pure sinon une maison de redressement pour la raison ? (…)
Qu’est-il arrivé pour que les intellectuels dérivent vers le culte des régimes totalitaires? Le rideau se lève sur l’ouverture du Discours de la Méthode, datant de 1637 : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. » Votre professeur de philosophie vous transmettra le message du cavalier français qui, au dire de Péguy, partit d’un si bon pas : le bon sens est l’un des noms de la raison. Ou mieux : ce bon sens n’est rien d’autre que la raison bien appliquée. Devenu cliché délavé, figé en proverbial pour la culture commune, cet adage cartésien n’est plus du tout compris. Or voici que vous le prenez au sérieux, que vous le rendez à sa puissance, que vous retournez à sa source vive ; sa signification alors vous saute à la figure: le bon sens, ce fameux bon sens que nos contemporains renvoient à la fadeur et à l’ennui, à la médiocrité du conformisme, est l’ancrage de l’existence dans la raison. Cette définition appelle ce corollaire : le bon sens est la domestication, ou la civilisation, de la raison. Il civilise la raison. Il la rend docile, il l’éduque. Il la rend humaine. Quand cette éducation manque, quand le bon sens ne la bride pas tel un surmoi, la raison vire totalitaire. Tous les pièges dans lesquelles tombèrent – à la différence des gens moins cultivés – naïvement nombre d’intellectuels (stalinisme, maoïsme, fascisme, nazisme, khmerougisme, etc., en attendant les suivants, sans doute liés à l’écologie) s’expliquent par cette inéducation de la raison. » Robert Redeker, Philosophe
« Pourquoi des esprits qui vouent leur intelligence, leur imagination, leur sensibilité, à la création et à la pensée, éprouvent-ils le désir d’exister sur le plan idéologique, là même où s’accomplit la négation de l’intelligence, de l’imagination, de la sensibilité? Pourquoi deviennent-ils les propagandistes, voire les mouchards, de tel ou tel pouvoir, les idiots utiles de tel ou tel parti, les prédicateurs de telle ou telle morale ? Peut-être faut-il chercher la réponse, encore une fois, chez Flaubert. À travers monsieur Homais, Flaubert ne portraiture pas qu’un bourgeois – soit, selon sa définition, un « homme qui pense bassement » du fait qu’il surestime son rang et sa qualité dans la société –, mais surtout un homme qui pense bêtement parce qu’il nourrit une haute opinion de son rôle d’éveilleur – trait que l’intellectuel partage avec lui. » Frédéric Schiffter, Philosophe
« L’évolution de la République n’est pas seule en cause. Au cours du XXe siècle, les intellectuels eux-mêmes sont loin d’avoir été toujours à la hauteur des espérances que leur conduite dans l’affaire Dreyfus avait fait naître. Beaucoup d’entre eux n’ont pas su résister à l’idéologie des deux totalitarismes du siècle qui niaient l’universalité des droits de l’homme et condamnaient radicalement le régime démocratique. Au cours des années 1930, de grands écrivains ont dérivé et admiré les régimes fascistes et nazi, dont la force, la jeunesse et l’efficacité les impressionnaient, alors qu’ils déploraient la faiblesse et le désordre des démocraties. Les délires antisémites de Céline n’ont pas provoqué les indignations qu’on aurait pu attendre, son génie littéraire permettait de négliger ses partis pris politiques. On appréciait la poésie si délicate de Robert Brasillach. Les analyses politiques de Charles Maurras étaient très largement admirées. Comme le disait Julien Benda dans La Trahison des clercs, les sympathisants des fascismes étaient des « partisans de l’autorité, chose naturelle puisqu’il élimine les deux réalités qu’ils ont le plus en horreur : la liberté humaine et l’action historique de l’individu. » La victoire des démocraties et l’alliance militaire avec l’Union soviétique a provoqué une réaction forte, mais si les thèmes ont changé, on retrouve la même fascination des intellectuels pour la puissance des ennemis de la démocratie. Certains d’entre eux, dont beaucoup n’avaient pas été parmi les résistants les plus actifs, participèrent activement à l’épuration des écrivains qui suivit la Seconde Guerre mondiale. Les communistes, alliés de l’URSS, le génie littéraire d’Aragon aidant, furent particulièrement actifs. Leurs «compagnons de route » manifestèrent avec fracas leur détestation d’Albert Camus et de ceux qui, avec lui, dénonçaient les camps de concentration soviétiques. Le monde intellectuel dans sa majorité refusa jusque dans les années 1970 de reconnaître unanimement la réalité du goulag et la tyrannie d’une forme politique dans laquelle on déportait les intellectuels qui entendaient user de la liberté de penser et de critiquer – curieux héritage de l’Affaire pour des intellectuels qui invoquaient les valeurs de la liberté. Il fallut tout le génie de Soljenitsyne et l’évolution des plus jeunes générations (celle dite des «nouveaux philosophes ») pour que la majorité des intellectuels se désolidarise du soviétisme. La « tentation totalitaire », pour reprendre la formule de Jean-François Revel, a duré longtemps et la dénonciation du totalitarisme et de tous les régimes totalitaires – fascistes et communistes – est longtemps apparue en France comme une attitude « de droite », qui marginalisait dans le monde intellectuel devenu avec le temps de plus en plus médiatique. La comparaison entre les deux régimes elle-même paraissait scandaleuse. Nouvelle « trahison des clercs » ? Dominique Schnapper, Sociologue
« Le révolutionnarisme diffus est à l’ordre du jour. Mais les nouveaux révolutionnaires ne rêvent plus d’une révolution prolétarienne. Leur imaginaire utopiste, toujours fondé sur l’idée qu’« un autre monde est possible », s’est restructuré autour d’une vision radicale des luttes écologistes antimodernes (décroissance, animalisme et véganisme, etc.) et des luttes néoféministes dérivées de la « théorie du genre » et de la « théorie queer ». L’autre monde qu’ils croient possible est un monde sans patriarcat, sans hétéronormativité, sans capitalisme (ni « néolibéralisme »), sans colonialisme (ni néocolonialisme) et sans racisme. Ce monde parfait de l’avenir est donc un monde « sans », purifié de tous les éléments qui faisaient du vieux monde un monde mauvais. L’utopisme révolutionnaire reste attractif, surtout pour les jeunes désireux de s’engager dans le combat politique au nom du Bien et du Juste, afin de faire triompher la Vertu. Les leçons de la Terreur robespierriste ont été oubliées tandis que celles de la Grande Terreur stalinienne n’ont pas été tirées. C’est peut-être le prix à payer pour n’avoir pas organisé le grand procès qui s’imposait: le procès du communisme, sur le modèle du procès de Nuremberg. D’où l’oubli du totalitarisme communiste, qui contraste avec la culture ritualisée de la mémoire répulsive du totalitarisme nazi. Face aux deux systèmes totalitaires du xxe siècle, le traitement mémoriel est loin d’être égal, comme l’a justement fait observer l’historien Alain Besançon: amnésie pour le stalinisme, hypermnésie pour le national-socialisme. Si les crimes du communisme ont finalement été reconnus, ils sont restés sans châtiment. Le coût élevé de cet aveuglement mêlé de complaisance doit être souligné : non seulement le monstre communiste n’a pas été terrassé partout dans le monde, mais ses rejetons continuent de séduire et de sévir dans nombre de pays. Les néonazis sont marginalisés, diabolisés et condamnés, comme il se doit, tandis que les néocommunistes plastronnent et ne cessent de donner des leçons de morale et de politique. Ce qui frappe chez les intellectuels communistes ou gauchistes, c’est leur certitude d’avoir raison en fin de compte et malgré tout, leur assurance inentamable dans l’affirmation de leurs dogmes idéologiques, même lorsqu’ils se heurtent à la dure et triste réalité. Le journaliste et écrivain stalinien André Wurmser (1899-1984), ancien secrétaire du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (1934-1939) et éditorialiste au quotidien L’Humanité (1954-1984), ne cachait pas sa conviction profonde d’avoir la raison de son côté ou plus exactement dans son camp : « Les communistes n’ont pas toujours raison ; ils ont fondamentalement raison. »(…)
Pour rester crédibles tout en déchaînant les passions mauvaises pour mobiliser les masses, les sociopathes de l’avenir radieux ont remplacé leurs promesses de justice parfaite et de bonheur universel par des accusations et des menaces visant les ennemis politiques qu’ils se donnent au gré des circonstances. La diabolisation et la criminalisation de l’ennemi ont pris le pas sur les actions de propagande en faveur de la construction d’un monde parfait et unifié, peuplé par une humanité désaliénée, enfin délivrée. C’est ainsi que Satan a fini par prendre le double visage du « fasciste » et du « raciste », ces incarnations fantasmées de «l’homme en trop ». Pierre-André Taguieff, Philosophe, historien des idées
« L’émergence d’une société numérique renforce sans doute le processus de disparition des intellectuels. L’intelligence artificielle, qui n’a d’intelligence que le nom, porte en elle la honte prométhéenne évoquée par Gunther Anders et perçue par les individus. Elle freine davantage encore le désir et les possibilités de voir émerger la parole critique des intellectuels dans la cité ; car là est bien leur rôle : intervenir dans la cité afin de permettre la controverse, le conflit, le combat, au nom de valeurs, d’un mode de vie, d’un avenir possible. La disparition des intellectuels serait, pour partie, celle des idées, des débats et de la démocratie. » Patrick Vassort, Sociologue et directeur de la revue Illusio