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La fin des populistes est-elle la fin du populisme?

Dans la même semaine, Donald Trump a été mis en accusation pour avoir emporté chez lui des documents classifiés appartenant aux archives nationales des États-Unis, pendant que Boris Johnson a été contraint – selon lui – de démissionner en tant que député par une commission parlementaire qui l’accuse d’avoir menti devant la Chambre des Communes… Est-ce la fin des deux leaders populistes ? Est-ce la fin du grand élan populiste qui a vu le jour en 2016 ?


Les antipopulistes sont en train de jubiler – de nouveau. Leurs deux bêtes noires favorites, Donald Trump et Boris Johnson, font l’objet de litiges aptes à mettre en doute leur avenir politique. Et les deux populistes y réagissent de manière tout à fait prévisible en se prétendant chacun victime d’une campagne de persécution antidémocratique. Cette défense même conforte leurs critiques qui y voient une preuve de plus que ces politiques pour le moins inorthodoxes ne comprennent rien à la démocratie. Mais le sort de Johnson et de Trump ne signale pas la fin des préoccupations populaires qui les ont portés au pouvoir.

Coïncidence, Trump doit comparaître devant un tribunal à Miami le 13 juin, le même jour où le verdict de la Commission des privilèges sur Johnson est rendu public

Le serpent de mer du partygate

Dans la nuit du vendredi au samedi, Boris Johnson a publié une déclaration où il annonçait sa démission en tant que député parlementaire. En avril 2022, la Chambre des Communes, sans opposition de la part des députés conservateurs, a donné un mandat à une commission parlementaire, la « Commission des privilèges » (Committee of Privileges), pour enquêter sur les déclarations faites par M. Johnson devant le parlement à propos des fêtes qui ont eu lieu au 10 Downing Street pendant la pandémie. La Commission devait répondre à la question suivante : le Premier ministre de l’époque a-t-il sciemment menti au parlement à propos de ces infractions aux règles du confinement ? Autrement dit, est-il coupable de dissimulation au sujet de l’affaire surnommée Partygate ? L’enquête a commencé en juin 2022 et la Commission a passé au crible de très nombreux documents officiels, dont une nouvelle catégorie qui figure désormais dans toutes les enquêtes administratives outre-Manche : celle des messages échangés par des politiques et des fonctionnaires dans des groupes WhatsApp. En mars de cette année, M. Johnson a fait une première déposition par écrit avant d’être longuement interrogé par la Commission. Il a reconnu avoir communiqué au parlement des informations qui se sont révélées erronées, mais a nié l’avoir fait intentionnellement.

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Or, jeudi 8 juin, la Commission lui a envoyé par avance ses conclusions qui sont que, oui, il a menti sciemment. La conséquence d’un tel verdict pour l’ancien Premier ministre aurait été une suspension d’au moins dix jours. Une telle suspension créerait à son tour l’opportunité de déclencher un mécanisme spécial, une « pétition de destitution », permettant à d’autres candidats éventuels de contester le siège occupé actuellement par Johnson. En d’autres termes, le résultat aurait été une élection partielle dans une circonscription où BoJo n’a pas du tout une majorité écrasante. Voilà pourquoi ce dernier prétend avoir été forcé de démissionner. Selon l’expression consacrée en anglais, il a décidé de sauter avant d’être poussé (he decided to jump before he was pushed). Sa démission a l’avantage de mettre fin hic et nunc à l’enquête de la Commission, censée rendre public son rapport mardi 13 juin. [Pour des raisons dites « techniques », la Commission a reporté la publication au 15 juin].

Dans sa déclaration, Boris Johnson a accusé la Commission des privilèges d’être un tribunal fantoche (on dit en anglais, kangaroo court, littéralement « tribunal de kangourou » – l’origine du terme est inconnue). Selon lui, elle n’a pas apporté « la moindre preuve » de sa culpabilité. Elle serait l’instrument d’une véritable « chasse aux sorcières » qui serait dirigée contre lui. À travers elle, une « petite poignée d’individus » essayerait de détourner le processus démocratique par lequel Johnson et le Parti conservateur ont été élus triomphalement en décembre 2019.

Une Commission dirigée par une Travailliste…

L’accusation de Johnson contre la Commission n’est pas tout à fait dénuée de fondement. Sa présidente est travailliste, selon une tradition qui veut que ce soit un député de l’opposition. Les six autres membres de la Commission comprennent un deuxième travailliste, un membre du Parti nationaliste écossais et quatre députés conservateurs. Tous – ses collègues conservateurs inclus – ont critiqué ou condamné Johnson, et certains ont déjà indiqué publiquement qu’ils pensaient qu’il avait menti devant les Communes. Pourtant, le récit victimaire de BoJo va plus loin encore, car il évoque un complot ourdi par des ennemis dans son propre parti, des ennemis déterminés à l’éliminer pour se venger du Brexit. Selon lui, son élimination serait même l’étape préliminaire d’une tentative de renverser le Brexit. Sans en faire le cerveau de ce complot, il accuse le Premier ministre actuel, Rishi Sunak, pourtant un Brexiteur, d’avoir trahi le legs de Johnson en échouant à exploiter les opportunités créées par le Brexit. Johnson a déclaré que le programme du gouvernement de Sunak aurait dû comporter une grande politique d’investissements par l’État, des baisses d’impôts, la construction de nouveaux logements et un accord commercial avec les États-Unis. En réalité, Johnson n’a pas mis en œuvre un tel programme quand il était au pouvoir, et Joe Biden, en dépit des discussions plutôt positives qu’il a eues avec Sunak à Washington la semaine dernière, n’est visiblement pas pressé de conclure un véritable accord. Peu importe, pour Johnson, Sunak est le Brutus à son Jules César, celui qui a asséné le coup de grâce à Johnson, il y a un an, en le suppliant de démissionner.

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Sa démission maintenant en tant que député sera très gênante pour Sunak et le Parti car elle provoquera une élection partielle dans sa circonscription d’Uxbridge, pas loin de Londres, à un moment où les sondages sont très largement favorables au Parti travailliste. Cette gêne sera d’autant plus grande que deux supporteurs de Johnson, dont une ancienne secrétaire d’État à la Culture, aux Médias et aux Sports, Nadine Dorries, viennent de démissionner en tant que députés, avec effet immédiat, provoquant au total trois élections partielles en même temps. La démission subite de Dorries est peut-être liée à un nouveau différend entre Johnson et Sunak. En tant qu’ancien Premier ministre, Johnson avait le droit de compiler une liste de décorations, distinctions et autres titres honorifiques qui seraient conférés aux personnes de son choix. C’est ainsi que son vieil ami et allié, Jacob Rees-Mogg (désormais Sir Jacob) vient d’être fait chevalier. Dorries devait recevoir une pairie, lui ouvrant les portes de la Chambre des Lords, mais, avec un petit nombre d’autres noms qui figuraient sur la « honours list » de Johnson, le sien en a été exclu. Cette liste devant être approuvée par le Premier ministre actuel, Johnson a accusé Sunak d’avoir purgé certains de ses soutiens. Sunak a riposté en prétextant l’intervention d’une Commission d’approbation de la Chambre des Lords. La trivialité même de cette prise de bec n’aide en rien à redorer le blason du Parti conservateur. Pourtant, si Johnson espérait que son annonce allait déclencher une vague de révolte contre Sunak, il doit être déçu. À part les trois départs, il n’y a eu aucun signe de guerre civile au sein du Parti. Johnson prépare-t-il un grand retour au pouvoir ? Il a dit quitter la politique « au moins pour le moment », « at least for now ». Certains observateurs ont cru momentanément que la démission de Dorries avait pour objectif de permettre à Johnson de se présenter tout de suite dans sa circonscription à elle, mais c’était une idée chimérique de leur part. Nigel Farage a déjà proposé à Johnson de faire une alliance pour défendre le Brexit, mais Johnson ne voudra rien faire en politique en dehors de son Parti. Et pourtant, il vient d’en démissionner. Le chemin du retour en politique, s’il décide de l’emprunter, risque d’être long.

Les cartons de Mar-a-Lago

Pendant ce temps, celui à qui on compare Johnson depuis 2016, Donald Trump, fait face à ses propres difficultés. La publication d’une mise en accusation fédérale a révélé que l’ancien président est l’objet de multiples chefs d’inculpation pour infraction à la loi sur l’espionnage et pour entrave à l’exercice de la justice. L’année dernière, environ 13 000 documents ont été saisis par les autorités fédérales dans sa maison de Mar-a-Lago, en Floride. Ces documents auraient dû être confiés aux archives nationales quand Trump a quitté la Maison Blanche. Parmi eux, il y en avait qui étaient top secret et concernaient la capacité nucléaire des États-Unis, ou un plan d’attaque de l’Iran, ou même la personnalité du président français, Emmanuel Macron. Trump les avait stockés chez lui – dans sa chambre à coucher, dans une salle de bains et une salle de bal.

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Certes, il est vrai que l’on a trouvé des documents officiels dans les propriétés privées d’autres politiques, notamment Hilary Clinton (les fameux e-mails sur son serveur personnel), Mike Pence, le vice-président de Trump, et… Joe Biden. Et ces personnes n’ont pas eu droit aux mêmes poursuites que le propriétaire de Mar-a-Lago. Pourtant, comme dans le cas de Johnson, accusé d’avoir menti intentionnellement, Trump est accusé, à la différence des autres, d’avoir emporté ces documents en connaissance de cause et en sachant que c’était illégal. Une pièce maîtresse du ministère public est un enregistrement fait six mois après que Trump a quitté la Maison Blanche où ce dernier indiquerait de manière explicite qu’il sait que la possession de certains documents qu’il détient chez lui est contre la loi. Autre coïncidence, Trump doit comparaître devant un tribunal à Miami le 13 juin, le même jour où le verdict de la Commission des privilèges sur Johnson est rendu public. Comme Johnson, Trump allègue un complot le visant personnellement. Il prétend que le ministère de la Justice a été transformé en arme (« weaponized ») contre lui et il accuse Joe Biden d’être « totalement corrompu ». Comme Johnson, Trump trouve facilement des prétextes pour dénoncer un manque d’impartialité dans l’action des autorités. Si les chefs d’accusation qui pèsent contre Trump peuvent encourir une peine d’emprisonnement allant jusqu’à 20 ans, une condamnation ne peut pas l’empêcher, sur le plan juridique, de se porter candidat à l’élection présidentielle de 2024. Il est d’ailleurs peu probable qu’un verdict soit rendu auparavant. En revanche, ces poursuites pourraient empêcher Trump de gagner des votes en dehors de sa base. Enfin, un autre procès, cette fois pour avoir tenté – prétend-on – de renverser le résultat de l’élection de 2020 dans l’état de Géorgie, pourrait s’ajouter aux difficultés de l’ancien président.

Il n’est pas donc certain que les deux figures du populisme de 2016 fassent leur retour au pouvoir. Pourtant, les électeurs qui avaient voté pour eux sont toujours là et les raisons pour lesquelles ils leur ont donné leur voix n’ont pas vraiment changé. Les grandes préoccupations au sujet de l’immigration incontrôlée, de la puissance toujours grandissante des multinationales, de l’ingérence des institutions supranationales dans les affaires des nations démocratiques n’ont pas disparu. Qu’on approuve ou non l’action politique de Trump et de Johnson, ils ont eu le mérite de répondre directement à ces préoccupations. Avec la coïncidence de la mort de leur précurseur Berlusconi, il est possible – mais pas certain – que leur style particulier de charisme ait fait son temps, mais ce qui reste certain, c’est que les besoins populaires auquel ce style semblait répondre sont toujours là.

La France en shoot libre

Les organisations criminelles sont les grandes gagnantes de la mondialisation. Et la France fait face à une déferlante inédite de cocaïne. Conséquences: la corruption infuse à divers niveaux de la société, les cartels se livrent à une guerre sanglante et savent qu’ils ne risquent pas grand-chose en défiant un État faible.


Ça ne fait plus les gros titres. Les morts par balle au cours de règlements de compte entre dealers sont monnaie si courante (et pas seulement à Marseille, mais dans de petites villes autrefois paisibles) que, sauf bilan spécialement lourd, on ne s’y attarde guère. Pour dire quoi, d’ailleurs, qu’on ne sache déjà ? Commenter le énième plan antidrogue ? Curieusement, l’adoption par le gouvernement d’une « feuille de route », le 16 juillet 2022, n’a pas fait détaler les trafiquants. Sur le terrain, la chair à canon du deal semble n’avoir peur de rien, sinon des bandes rivales. Qu’ils se tuent entre eux, pensent nombre de braves gens, oubliant qu’ils peuvent essuyer une balle perdue. Difficile, de surcroît, d’ignorer que, derrière cette violence devenue quotidienne, se déploie une hydre criminelle puissante.

Faut-il en conclure qu’après la libanisation (déjà à l’œuvre), la France est menacée de mexicanisation ? Aussi séduisante soit cette hyperbole, nous ne vivons pas (pas encore ?) dans une de ces séries Netflix où de gros bonnets du trafic, aussi séduisants que sans pitié (qui sont parfois d’affriolantes femmes d’affaires), côtoient les célébrités de la politique et du showbiz, pendant que leurs hommes de main enlèvent, assassinent, torturent et font chanter. La France n’est pas dirigée en sous-main par des mafieux.

Mollesse de l’Etat

Cependant, alors que notre État s’illustre par sa mollesse face à ceux qui le défient, les premiers signaux faibles de contamination mafieuse ou crypto-mafieuse de la sphère publique apparaissent. Plusieurs élus ont été impliqués dans des affaires de stups, comme à Bagnolet, Saint-Denis ou Canteleu, dont la maire a dû démissionner car elle était sous la coupe de trafiquants. Dans les ports, en particulier au Havre, des dockers se retrouvent placés devant un choix diabolique entre corruption et terreur. À ce stade, les réseaux ne parviennent sans doute pas à s’assurer la complicité de hauts responsables ou de magistrats. Ce sont des employés municipaux, des fonctionnaires subalternes, des agents de terrain qui, souvent, constituent les maillons faibles. Si narco-État est excessif, il existe déjà des narco-territoires.

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Dans les cercles dirigeants, on parle désormais de menace stratégique ou systémique. Au printemps 2022, les services de Matignon écrivent dans une note préparatoire à une réunion européenne sur le trafic de stupéfiants : « Ce type de trafic représente ainsi une menace systémique sur les institutions publiques des États membres, y compris leurs systèmes judiciaires, ainsi que sur le respect de l’État de droit. » Le rapport annuel 2022 de la délégation parlementaire au renseignement (DPR), délaisse en partie le terrorisme au profit du crime organisé. Rappelant que Rotterdam et Anvers sont les ports-passoires à partir desquels la cocaïne se déverse sur l’Europe, ils craignent que la France devienne à son tour un « narco-État » 2.0. Sans employer le terme, la procureure de Paris, Laure Beccuau, confirme la gravité de la situation dans un entretien retentissant au Monde [1]. Évoquant une affaire de corruption douanière jugée l’an dernier, elle conclut : « L’étape d’après, c’est la corruption de la police, ou des magistrats. C’est-à-dire une infiltration des agents engagés à lutter contre la criminalité. »

La cocaïne, drogue phare en France

Le crime organisé est le premier gagnant de la mondialisation. « Sur 90 millions de conteneurs débarqués chaque année en Europe, seuls 2 à 3 % sont contrôlés », remarque Michel Gandilhon, auteur d’un passionnant ouvrage sur le trafic de drogue en France (voir son interview pages 54-55). À la faveur du libre-échangisme frénétique se sont constituées des organisations puissantes, dotées de véritables armées privées et régies par une hiérarchie et une discipline de fer – ce qui fait une sacrée différence avec les administrations chargées de les combattre. Maîtrisant tous les rouages de l’économie financière, elles investissent l’argent des trafics dans les activités légales. Pour Laure Beccuau, ce qui se passe en Belgique et aux Pays-Bas, où la mafia menace la vie du Premier ministre et de la princesse héritière, démontre qu’elles n’ont « aucune limite dans leurs moyens financiers, aucune limite dans leurs frontières ni dans leurs champs d’action ».

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Championne d’Europe de consommation du cannabis (ce qui interroge sur l’intérêt d’une prohibition aussi rigoureuse dans la loi qu’inexistante dans les faits), et sans doute du maillage commercial (plus de 4 000 points de deal), la France subit, comme ses voisins, une déferlante de cocaïne, la saturation du marché américain ayant conduit les trafiquants à mettre le paquet sur l’Europe. Les saisies record représentent une goutte d’eau dans l’afflux de poudre blanche, dont l’usage se démocratise à grande allure. Les cartels internationaux ont établi des joint-ventures avec les réseaux spécialisés dans le cannabis, très bien implantés sur le territoire français. C’est que la France est à la fois, résume Beccuau « un pays de réception, de transit et de consommation ».

Il serait injuste d’affirmer que les gouvernements – et les services de police – ne font rien. Mais ils sont bien incapables d’enrayer un phénomène aussi massif. Pour Michel Gandilhon, l’arsenal antidrogue peut éventuellement comporter un volet libéralisation (pour le cannabis), à la stricte condition de ne pas suivre l’exemple américain : « Au lieu d’abandonner le marché au privé, il faut un monopole d’État strictement régulé ». Cependant, le nerf de la guerre reste la sanction pénale, beaucoup trop clémente et incertaine en France. « C’est en instaurant des peines dissuasives qu’on a mis fin à la French Connection », explique-t-il. Face aux cartels, notre humanisme mou n’est guère de saison.

Autant ne pas se bercer d’illusions. Sauf à adopter une législation impitoyable à la singapourienne (voir page 49), l’État ne peut pas gagner la guerre contre les multinationales du crime. Reste à espérer qu’il soit capable de ne pas la perdre.

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[1]. Laure Beccuau, procureure de Paris : « L’infiltration de nos sociétés par les réseaux criminels dépasse toutes les fictions », propos recueillis par Simon Piel et Thomas Saintourens, Le Monde, 22 novembre 2022.

Un cavalier pas toujours très à cheval sur les principes

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L’Italie pleure la disparition de Silvio Berlusconi, qui fut un réformateur libéral et patriote. Une journée de deuil national est décrétée pour l’homme qui détient le record de longévité à la tête du Conseil des ministres.


La disparition de Berlusconi tourne une page de l’Italie. Pour bien comprendre ce qu’il a représenté et continuera de représenter pour les Italiens, il faut comprendre d’où il venait et qui il était ; et se rappeler ce qu’était l’Italie lorsqu’il se lança en politique en 1994.

Berlusconi vient d’une famille de la classe moyenne bourgeoise milanaise. Rien ne le prédestinait à devenir un grand homme d’affaires.  Pourtant, après des études de Droit, il se lança dans l’immobilier. Via sa holding Fininvest, il bâtit un empire dans le secteur de la promotion immobilière puis, dans les années 80, grâce notamment à l’appui de son ami Bettino Craxi, dirigeant du Parti Socialiste italien (PSI) et président du conseil de 1983 à 1987, l’étendit au monde des médias.

Trois ans après la chute du mur de Berlin, en 1992, arriva l’opération « mains propres ». L’Italie sortait de 47 ans d’une vie politique sclérosée où, sur fond de guerre froide, s’opposaient deux blocs politiques; l’un ancré dans la démocratie chrétienne conduite par Andreotti, l’autre, le parti communiste, qui, esseulé, miné par les attentats commis par les brigades rouges, n’était jamais arrivé au pouvoir, d’autre part. En 1992, l’opération « mains propres », conduite par une équipe de magistrats milanais, révéla un vaste système de pots-de-vin, spécialement dans le domaine des appels d’offres. Une grande partie de la classe politique de l’époque fut décimée. Parmi eux, Bettino Craxi, le dirigeant charismatique du Parti Socialiste Italien (PSI) qui, pour éviter d’aller en prison, s’enfuit en Tunisie où il mourut en 2000.

1994: le séïsme Forza Italia

Berlusconi décida alors de faire son entrée dans l’arène politique. C’est son succès d’homme issu de l’Italie moyenne, combiné au dégoût que la classe dirigeante classique inspira aux Italiens suite aux révélations de corruption dans le cadre de l’opération « mains propres » en 1992, qui séduisit et convainquit nombre d’entre eux de voter pour son nouveau parti, Forza Italia. En 1994, puis en 2004 et encore en 2008, Berlusconi fut Président du Conseil italien pour une durée totale de 9 ans 1 mois et 20 jours. Jamais, depuis la guerre, une personne n’avait occupé cette fonction aussi longtemps en Italie.

Que l’on se reconnaisse dans ses idées ou non, il est indéniable que Berlusconi contribua à assouplir les mœurs dans un pays jusqu’alors cadenassé entre la rigueur des chrétiens-démocrates et l’austérité du communisme italien.

Sa politique fut résolument atlantiste, libérale sur le plan social-économique et pro européenne.

Atlantiste, il le fut lorsqu’il soutint l’invasion de l’Irak en 2003 par les Etats-Unis. Atlantiste, il le fut aussi lorsque l’administration Obama demanda à l’Europe de soutenir davantage la mission de l’OTAN en Afghanistan, le gouvernement Berlusconi augmentant le contingent italien d’un millier de soldats, plus que n’importe quelle autre nation européenne. Cela n’empêcha pas Berlusconi, à l’instar de certains dirigeants français, de s’être échiné pour que l’Italie soit une tête de pont entre l’Europe et la Russie. Son amitié avec Poutine – qui, à la lumière de la guerre en Ukraine, jette un véritable malaise même parmi ceux qui l’ont soutenue – est bien connue.

Sur le plan social, le gouvernement de Berlusconi de 2003 adopta la loi Biagi, du nom de son promoteur, assassiné par les brigades rouges en 2002. Entre autres, cette loi rendit les licenciements plus flexibles et facilita le recrutement de personnes dites « défavorisées », parmi lesquelles les femmes, celles-ci ayant la possibilité de bénéficier lors de l’embauche, de contrats d’insertion d’une réduction égale ou supérieure à 25 % des cotisations de sécurité sociale et de prévoyance à la charge de l’employeur.

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Sur le plan économique, les gouvernements de Berlusconi sont à l’origine d’importantes réformes. La réforme Maroni de 2004 institua un système d’incitations pour les personnes reportant leur départ à la retraite, celles qui choisissent le report pouvant ainsi bénéficier d’un super bonus consistant en un versement, dans le paquet de paie, des cotisations de sécurité sociale qui auraient autrement été payées à l’institution de sécurité sociale. La loi Maroni augmenta aussi l’âge de la retraite : tout en laissant inchangée la condition de cotisation de minimum 35 ans, elle modifia l’âge minimum d’accès de départ à la retraite, la faisant passer de 57 à 60 ans à partir de 2008, à 61 ans à partir de 2010 et à 62 ans à partir de 2014.

Le gouvernement Berlusconi de 2001 abrogea les droits de succession (réintroduits, depuis).

En 2008, son gouvernement de l’époque supprima la taxe communale d’habitation pour la résidence principale.

J’ai vu choir un gominé

La carrière de Berlusconi fut aussi émaillée de scandales (les fameux Bunga-bunga), de poursuites judiciaires et de lois ad personam (telle que la loi dépénalisant les faux bilans). Il convient tout de même de préciser que parmi toutes les poursuites dont il fit l’objet, Berlusconi ne fut condamné qu’une seule fois définitivement par la Cour de cassation italienne, pour fraude fiscale. Cela lui valut de faire des travaux d’intérêt général.

Ce dernier point peut conduire un Français à établir un parallèle avec Bernard Tapie (surtout si l’on compare le Milan AC et l’OM). Pourtant, ce parallèle ne peut être que très partiel : car au contraire d’un Tapie dont le français était basé sur la gouaille, Berlusconi s’exprimait dans un excellent italien, plus proche du français d’un Balladur.

De gauche à droite : Silvio Berlusconi, Giorgia Meloni, Matteo Salvini, 27 juillet 2022. © Luigi Mistrulli/SIPA

Si d’aucuns pensent qu’il n’est entré en politique que pour se protéger de poursuites judiciaires dont il se savait la cible, il est indéniable qu’il cultivait aussi une véritable fibre patriotique pour son pays. Lui qui fut le président du grand Milan AC, il regrettait qu’il y eût trop de joueurs étrangers dans le championnat de football italien.

Enfin, Berlusconi fut résolument Européen. C’est grâce à Berlusconi que la coalition de centre-droit actuellement au gouvernement a pris une orientation européenne : il a œuvré en coulisses depuis plus de 10 ans pour faire accepter à la Ligue et à Fratelli d’Italia que, malgré les défauts de la construction de l’Union européenne, le destin de l’Italie est en Europe et pas ailleurs.

La disparition de Berlusconi devrait à présent rebattre les cartes de la politique italienne, le parti qu’il a fondé, Forza Italia, étant menacé d’implosion. L’ombre de Berlusconi continuera donc de s’étendre dans les prochaines semaines dans les hémicycles de la chambre des députés et du Sénat italiens. Jusqu’à faire tomber le gouvernement Meloni?

Edouard Philippe veut en finir avec les vacances d’été

Taper sur les profs, c’est toujours rentable


« Si nous disons que le système éducatif a pour but essentiel l’éducation des enfants et pas forcément, ni le confort des professeurs, ni le confort des parents, alors, nous devrons accepter l’idée de nous poser des questions qui fâchent mais qui sont au cœur des problèmes »

Édouard Philippe, Bordeaux, 9 juin 2023

Edouard Philippe, qui a besoin d’exister ces temps-ci, a fait savoir qu’il souhaitait réduire la durée des vacances d’été. Cette haine envieuse du prof m’a toujours fasciné. On croirait que ce métier est une charge héréditaire qu’on se transmet d’une génération à l’autre alors qu’on n’interdit à personne de passer les concours. L’homme politique de droite se reconnait, quand il veut masquer sa politique néolibérale et antisociale, aux diversions démagogiques qu’il utilise pour que le bon peuple ait de quoi haïr près de chez lui. Car l’homme de droite a une peur panique, c’est que le bon peuple se mette soudain à se penser comme classe sociale et à regarder ce qui se passe au-dessus de chez lui et plus dans la gamelle du voisin. Ces diversions sont au nombre de trois, et elles reviennent en boucle, à un moment ou à un autre, dans le discours de conquête du pouvoir de l’homme de droite, surtout quand il veut faire bosser 40 heures hebdomadaires jusqu’à 67 ans tout en baissant les impôts des hyper-riches. 1) L’immigration et, en particulier, dans l’immigration, les Arabes. Le « Ils viennent manger le pain des Français » des années 60-80 a été remplacé depuis les années 90 par « Ils sont la cinquième colonne du grand remplacement. » 2) La fraude sociale: il est bien connu que ce sont les allocataires des minimas sociaux, qui parfois, horreur, sont des immigrés, qui expliquent le déficit et pas trente ans de cadeaux aux entreprises et une indulgence coupable pour les niches fiscales ou une certaine indolence à récupérer les dizaines de milliards de l’évasion du même nom. 3) Les fonctionnaires, à l’exception notable de la police qui est armée et qui protège, in fine, les lieux de pouvoir. Et parmi les fonctionnaires, les profs et leurs fameux trois mois de vacances, leur sécurité de l’emploi, leur semaine de 15h. À part de rares exceptions, les ministres de l’Éducation sont les seuls à ne pas défendre leurs agents mais à les offrir, périodiquement, en pâture à l’opinion, avec une première place partagée sur le podium par MM. Allègre et Blanquer qui avaient porté le mépris de l’enseignant au rang des beaux-arts… Alors oui, on peut confirmer qu’Edouard Philippe est bien de droite et qu’il est bien engagé dans une course présidentielle. On lui signalera juste qu’il faudra prévoir des salles de plus en plus grandes pour faire passer les job dating trois jours avant la rentrée, puisque prof, avec des discours de ce genre, plus personne n’a envie de faire ça…

Immigration au Danemark: quand la gauche regarde la réalité en face

La réalité, une intruse pour la politique française.


Le Danemark est gouverné par la social-démocratie et il est devenu un exemple pour tous ceux qui aspirent à une forme d’humanisme qui ne soit pas niais, à une forme de générosité qui ne soit pas suicidaire ni du gaspillage. On ne compte plus les chefs de parti qui se rendent dans ce pays pour découvrir ses secrets, pour comprendre sa logique et tenter d’appréhender ses recettes pour les appliquer dans leur propre nation. Notre ministre en charge du Renouveau démocratique Olivier Véran s’y est rendu le 4 mai 2023, et Eric Ciotti (LR) le 23. Mais cela ne s’enseigne pas aussi facilement, à supposer même que cette réussite danoise puisse se transmettre. Non pas seulement à cause des spécificités de ce royaume, rendant de toutes façons impossible une copie conforme ailleurs, mais surtout parce qu’il y a dans l’esprit et la manière danoise un pragmatisme et une lucidité aux antipodes de la méthode française. Il faut à nouveau citer Charles Péguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ». Le réel au Danemark est un allié, en France il est un adversaire. Pour le Danemark, rien ne peut s’accomplir sans le réel, pour la France, il convient de le mettre entre parenthèses. Il est une chance pour les Danois, il est un intrus pour le pouvoir français qui préfère l’ignorer. Par idéologie ou pour s’en inspirer, dans le meilleur des cas, mais tardivement et partiellement. C’est la politique, chez nous, qui devrait imposer sa loi au réel et évidemment c’est le réel qui gagne à tout coup…

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C’est à cause de cette propension « à ne jamais voir ce que l’on voit » qu’avant l’action, les partis et les autorités sont incapables de s’accorder sur les constats, les chiffres, les données de toutes sortes. Comme s’il convenait d’introduire la subjectivité des convictions, l’affrontement des antagonismes, de l’aléatoire, de l’équivoque, dans ce qui est pourtant incontestable. Cette obsession de faire fi du réel touche plus particulièrement la gauche et l’extrême gauche parce que la structure, les dérives, la dégradation de notre monde renvoient de plus en plus à l’obligation d’une politique conservatrice, d’autorité, de sauvegarde. Plus de lucidité que d’espérance. Le réel devrait briser net les pulsions révolutionnaires sauf quand l’extrémisme décide de penser et de proposer comme s’il n’était pas là. La droite et l’extrême droite ne sont pas, elles, complètement à l’abri d’une écoute trop distraite du réel, notamment à cause de ce prurit qui trop longtemps a incité la première à se laisser gangrener par la gauche et la seconde à préférer un projet techniquement provocateur à l’enseignement d’une réalité trop sage.

Pour le Danemark, on doit changer de politique quand le réel la contredit. En France on n’est pas loin, absurdement, quand le réel n’est pas conforme à nos vœux, de vouloir le reléguer, pour n’avoir rien à changer à l’idéologie ou au projet politique. Mieux vaut dénier ce qui est, au bénéfice de ce qui devrait être, plutôt qu’inventer un futur plausible à partir d’un présent immédiat et solide. Il est patent que cette approche théorique ou idéologique, au lieu d’être empirique est spécialement détestable en matière d’immigration et de droit d’asile, pour la France comme pour l’Union européenne. Il me semble toutefois que cette distance mise à l’égard du réel ne concerne pas que le domaine politique mais pourrait constituer une clé pour tant d’autres secteurs de la vie française, y compris sur le plan médiatique, où l’animosité des débats paraît résulter plus d’une inaptitude à s’accorder sur des éléments objectifs, factuels et vérifiables que sur une passion de la dispute, la première aggravant la seconde.

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Ce ne serait pas une médiocre avancée pour notre République que d’accepter au moins ce consensus constituant la réalité et sa définition exacte comme le terreau nécessaire à toute élaboration politique ou autres. Le Danemark cesserait alors d’être un modèle pour devenir comparable à une France en réussite.

«Un homme, c’est un homme, mais un bel homme c’est autre chose»*

Le radeau des médusés


Jeudi 8 juin, un individu venu de Suède, Syrien d’origine, sans doute facilement irritable, frappe d’une lame acérée quatre enfants en bas âge et deux retraités, sur une rive du lac d’Annecy. Ce lieu de villégiature paraissait pourtant éloigné de la tragédie contemporaine, épargné à tout jamais par les délits et les crimes quotidiens dont s’effraie et auxquels se résigne le pays des Lumières vacillantes et en voie d’extinction…

Depuis, M. Schneidermann a versé sa petite liqueur fielleuse dans Libération (autrefois journal de garnements effrontés, de vieux adolescents migraineux, tout en plumes souvent talentueuses et urticantes : on y cherchera en vain de telles personnalités aujourd’hui). Dans sa chronique du 9 juin, sous le titre « Henri d’Arc », l’illustre pourfendeur du neofascisme dénonçait l’influence délétère de CNews, refuge bolloréen des « cathos-tradi » (sic) qui concluent, n’en doutons pas, leurs prières par un très approprié « nazi-soit-il » (1). M. Schneidermann n’est certes pas menacé de périr par noyade dans un bénitier, mais nous lui déconseillons d’approcher d’un peu près le bûcher des vaniteux : il ferait un excellent combustible (2).
Nous publions ci-après, sans lui en demander l’autorisation mais en forme d’hommage à son talent de polémiste, la conclusion de la réponse que lui adressa Jean-Paul Pelras sur le site L’agri, le 11 juin :
« Que ferions-nous, monsieur Schneidermann, sans les prédicateurs de votre acabit ? Ceux qui s’interposent entre le courage et la théologie avec une appréciation à géométrie variable dès qu’il s’agit d’influencer les esprits. Et qu’auriez-vous fait, oui, en définitive, qu’auriez-vous fait à la place d’Henri ? C’est peut-être autour de cette question que vous devriez disserter dans les colonnes de Libé. Avant de vous vautrer dans les eaux basses d’une chronique qui brocarde un héros, de surcroît, sacrilège suprême, affublé sur sa manche d’un petit drapeau français, pour désigner, en abusant des « voix » détournées, ce et ceux que vous détestez.»

D’Ondine à Sandrine

Sœurs « qui après nous vivrez », dont l’espoir est sans limite et le chagrin inépuisable, entendez la réponse d’Ondine aux hommes. Songez d’abord aux manifestations embarrassées de leur désir et entendez librement la fantaisie amoureuse qu’il suscite ; inspirez, corrigez aussi les vaines et merveilleuses figures de géométrie dans les spasmes, que cette même fantaisie leur inspire. Oubliez un instant la face blême des peloteurs contrefaits, des frôleurs du métropolitain, et l’ombre épouvantable des assassins qui sortent un couteau de leur braguette. Tant il est avéré que les brutes, les psychopathes et, récemment, les « chrétiens d’Orient » forment une légion dangereuse, qui se répand sur le territoire national.
À titre personnel, je voudrais qu’Ondine, la belle et audacieuse nixe, par ses seules paroles tendres, couvrît de honte Sandrine Rousseau, qui prétend porter la parole des femmes, qu’elle n’imagine que meurtries, salies, souillées, et qu’elle espère rassembler sous sa triste bannière en soufflant dans une vuvuzela de réjouissances foraines. Inlassable donneuse de leçons, notre sans domicile fixe des dernières élections législatives (3) croit trouver dans les crimes réels, avérés, nombreux, autant d’occasions d’ouvrir sur la place publique un parapluie de camelot vite rempli de sa logorrhée moralisatrice, qui trahit surtout un déplaisant carriérisme.

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Les femmes de l’écologie se suivent et se ressemblent. Ce que disait Françoise Hardy de l’ineffable Cécile Duflot, irait fort bien sous le portrait en pied de Sandrine Rousseau :
« Ses combats pour l’environnement ont beau être d’une importance incontestable, comment ne pas être choqué par l’arrogance et le sectarisme de cette petite bonne femme, persuadée de détenir la vérité au point de ne pas vouloir entendre ceux qui ne pensent pas tout à fait comme elle ou qui contredisent ses assertions en leur opposant des faits et des chiffres incontournables? Comment ne pas être irrité par sa logorrhée débitée sur un rythme de plus en plus précipité au point qu’on finit par avoir envie sinon de l’étrangler, du moins de la bâillonner pour qu’elle se taise enfin et nous laisse souffler? Elle ne parle pas: elle glapit.» (4)

« Je savais bien qu’il devait y avoir une raison pour être fille. La raison est que les hommes sont aussi beaux…» Ondine, Jean Giraudoux (5)

Alors, Ondine ?
C’est une très jeune fille, qui vit dans une cabane de pêcheur avec ses parents adoptifs. Son origine est mystérieuse, il faut la chercher du côté de l’eau, dans le lac même sur les bords duquel elle fut trouvée (6)
Un chevalier se présente, un jour, il demande un abri, il a faim :
[Le Chevalier, Auguste (le père), Eugénie (la mère), Ondine]
Ondine, de la porte où elle est restée immobile. – Comme vous êtes beau !
Auguste. – Que dis-tu, petite effrontée ?
Ondine. – Je dis : comme il est beau !
Auguste. – C’est notre fille, Seigneur. Elle n’a pas d’usage.
Ondine. – Je dis que je suis bien heureuse de savoir que les hommes sont aussi beaux… Mon cœur n’en bat plus !…
Auguste. – Vas-tu te taire !
Ondine. – J’en frissonne !
Auguste. – Elle a quinze ans, Chevalier. Excusez-la…
Ondine. – Je savais bien qu’il devait y avoir une raison pour être fille. La raison est que les hommes sont aussi beaux…
Auguste. – Tu ennuies notre hôte…
Ondine. – Je ne l’ennuie pas du tout… Je lui plais… Vois comme il me regarde… Comment t’appelles-tu ?
Auguste. – On ne tutoie pas un seigneur, pauvre enfant !
Ondine, qui s’est approchée. – Qu’il est beau ! Regarde cette oreille, père, c’est un coquillage ! Tu penses que je vais lui dire vous, à cette oreille ?… À qui appartiens-tu petite oreille ?… Comment s’appelle-t-il ?
Le Chevalier. – Il s’appelle Hans…
Ondine. – J’aurais dû m’en douter. Quand on est heureux et qu’on ouvre la bouche, on dit Hans…
Le Chevalier. – Hans von Wittenstein…
Ondine. – Quand il y a de la rosée, le matin, et qu’on est oppressée, et qu’une buée sort de vous, malgré soi on dit Hans…
Le Chevalier. – Von Wittenstein zu Wittenstein…
Ondine. – Quel joli nom ! Que c’est joli, l’écho dans un nom !… Pourquoi es-tu ici ?… Pour me prendre ?…
Auguste. – C’en est assez… Va dans ta chambre…
Ondine. – Prends-moi !… Emporte-moi !
Jean Giraudoux, Ondine, acte I, scène 3 (extrait)

Du savon et de son bon usage…

Ondine n’appartient pas à notre monde : elle est une nixe, une fille des eaux, une créature du lac. Cependant, sous l’effet d’un coup de foudre sensuel, elle prend le risque de rompre avec son ordre « naturel ». Ce qu’elle croit saisir des hommes dans la personne du chevalier fonde un amour absolu, éternel. Elle l’a trouvé si attirant, qu’elle en a conclu qu’il lui était destiné.
Ondine est vouée au malheur, bien sûr, mais elle aura connu le sentiment mystérieux, que les humains, ces êtres attachants et décevants, nomment l’amour.
J’ai vu Ondine à la Comédie française, dans la mise en scène de Raymond Rouleau, en 1974. Jean-Luc Bouté y était le chevalier. Ce magnifique comédien, disparu prématurément, a laissé un souvenir ineffaçable à ceux qui l’ont connu. Il paraissait sur la scène, mobile, puissant, le regard d’un singulier éclat, et l’on était envoûté par sa silhouette dure et ses traits de florentin renaissant croqué par Léonard de Vinci. Isabelle Adjani incarnait Ondine, c’est-à-dire qu’elle rendait sensible à la fois son essence extra-humaine et le consentement heureux à sa nouvelle, terrible et adorable condition. Elle n’avait pas vingt ans, en paraissait quinze à peine. Elle aussi venait d’ailleurs, comme suscitée par une source magique.
Un esprit malicieux verrait peut-être dans Ondine une manière de transgenre : elle s’affranchit de tous les interdits génétiques et culturels qui la faisaient appartenir à l’ordre lacustre. Mais sa métamorphose n’est pas le fruit d’une protestation, d’un malaise, elle ne s’accomplit pas dans la revendication, elle ne fonde pas une fierté nouvelle : elle produit une évidence et une fatalité.
Madame Rousseau et ses amis triompheront-ils un jour ? La Nupes de Jean-Luc Mélenchon, un Louis de Funès toujours furieux sans le charme, un trotskiste d’arrondissement, nous imposera-t-elle son organisation de petits commissaires du peu et du peuple pour bloc d’immeubles et communauté de communes ? Connaîtrons-nous cet Enfer vert qu’ils portent tous dans leurs bagages et dans lequel il « brûlent » de nous jeter (toujours Jeanne d’Arc !) ?

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Pour le temps qui reste, c’est encore Giraudoux, que nous consulterons :  
 […] Hector – « Et il y en aura d’autres après lui, n’est-ce pas, pourvu qu’ils se découpent sur l’horizon, sur le mur ou sur le drap ? C’est bien ce que je supposais. Vous n’aimez pas Pâris, Hélène. Vous aimez les hommes ! ».
Hélène – « Je ne les déteste pas. C’est agréable de les frotter contre soi comme de grands savons. On en est toute pure… » (La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Acte I, scène 8).
Il nous reste encore les sources, les ombres errantes et bienveillantes, les villes énormes, les êtres qu’on frôle et qu’on étreint. 


Notes

1) Depuis plusieurs mois, la gauche « lin et coton recyclé » (L’Obs en tête) se répand en dénonciations d’un prétendu péril, la chaîne CNews. Elle serait non seulement le repaire de la Réaction, mais encore diffuserait des idées aussi dangereuses que celles qui figuraient dans le catalogue de frustrations et d’anathèmes, paru en 1935 sous la signature d’un obscur caporal autrichien (qu’on prétendit longtemps monorchide) souvent vêtu d’une Lederhose (culotte de peau) bavaroise à pont, tendance Oktoberfest, peu seyant sur les cuisses maigres et les genoux cagneux. On s’étonnera simplement que l’immense armée des bien-pensants craigne à ce point une entreprise privée relativement modeste si on la compare aux moyens et aux relais dont disposent ces innombrables soldats des idées correctes garanties sans trace de « droitisme » (voir note 3).

2) Considérant le prénom de M. Schneidermann, je me suis refusé à écrire dans le corps de l’article, reprenant ainsi son procédé d’ironie, Daniel D’Arc. Cette espèce de paronomase m’évoque immédiatement un chanteur que j’aimais beaucoup et ne veut pas mêler à ce détournement.

3) On verra le documentaire que Tristan Waldeck, pour l’émission « Complément d’enquête » (France 2, 13 avril)  a consacré à Sandrine Rousseau. Je ne croyais pas possible qu’une chaîne de la télévision d’État mît en évidence les contradictions, les omissions, les inventions d’une femme politique de la mouvance verte extrême. Ce traitement est réservé ordinairement à la droite, me semble-t-il. On s’amusera, ou l’on se désolera des arguties que développe Sandrine R. lorsque le journaliste l’interroge sur l’appartement qu’elle prétendait habiter dans le XIIIe arrondissement, grâce à une attestation de domicile très complaisante… En a-t-elle seulement franchi le seuil ? « Je misais sur ce logement ». Bref, alors qu’elle présentait sa candidature à la députation dans ce quartier parisien, en 2022, il apparaît qu’elle n’y avait pas de domicile légal ; or, aux yeux de la loi, cela constitue un délit. Les Verts et leurs alliés nous promettent et nous préparent un avenir de contraintes, de remords et de punitions. En attendant, ils nous administrent quotidiennement des leçons de maintien démocratique.

4) Françoise Hardy, Avis non autorisés, éditions Des Équateurs.

5) Il y aurait bien des choses, et des plus désagréables, à dire sur l’homme Giraudoux. Ce n’est pas le lieu, ici, pour son procès. J’accepte d’aggraver mon cas en affirmant que j’aime ses pièces de théâtre et que je déplore qu’on ne les monte plus.

6) Sur un thème proche, on entendra le merveilleux « Chant à la lune », de préférence par Renée Fleming, extrait de Rusalka, opéra du compositeur Anton Dvorak (1841-1904).
Rusalka est une divinité des eaux, amoureuse éperdue du jeune prince qui se baigne fréquemment dans le lac où elle séjourne. La nymphe sollicite une sorcière d’un service : lui donner la forme (et les formes) d’une femme incarnée. Elle sera exaucée, mais au prix d’une sévère infirmité (elle devient muette), et d’une terrible menace : la damnation si le prince ne l’aime pas en retour.
Il la voit, il s’en éprend, puis il s’en lasse. Il s’éloigne, mais, la retrouve, veut la reconquérir. Elle le met en garde : s’il lui donne un baiser, il mourra dans l’instant.
Il l’embrasse, et meurt. Rusalka sombre dans les eaux noires.

Migraine

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LA GUERRE DE TROIE N'AURA PAS LIEU

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Ondine

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Avis non autorisés...

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Ce que l’on sait de l’offensive ukrainienne

« Des actions contre-offensives et défensives ont lieu en Ukraine, et je n’en parlerai pas en détail », a déclaré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors d’une conférence de presse le samedi 10 juin. Le point sur le front et la stratégie de l’armée ukrainienne.


Depuis une petite semaine, les forces ukrainiennes sont engagées dans une série d’opérations sur un front de quelques 200 kilomètres, entre Bakhmout et Zaporijia. Ces opérations sont accompagnées de frappes en profondeur menées par l’artillerie (canon et roquettes) et des forces spéciales, allant jusqu’à quelques dizaines de kilomètres derrière le front, et visent notamment l’infrastructure ferroviaire, épine dorsale de la logistique des forces russes.

La contre-offensive pas encore à son maximum

Sur le front, on peut identifier quatre efforts importants conduits par les Ukrainiens, essentiellement sans la participation de la plupart des nouvelles brigades formées, équipées et entrainées ces derniers mois – du moins pour le moment. Certaines unités équipées de matériel occidental ont été engagées, mais plusieurs nouvelles unités ukrainiennes n’ont pas encore été identifiées sur le front ce qui laisse penser à une opération échelonnée dont l’intensité n’est pas encore arrivée à son maximum.

L’objectif militaire ukrainien est désormais clair : couper les voies de communication terrestres entre Louhansk – Donetsk et Kherson et la Crimée. Cela ne veut pas nécessairement dire que les Ukrainiens cherchent la « photo de victoire » d’un de leurs soldats se baignant dans la mer d’Azov entre Marioupol et Melitopol ! Du point de vue militaire, les Ukrainiens peuvent interdire tout mouvement sur ces voies de communication terrestres sans prendre les plages et ainsi atteindre l’objectif sans reprendre physiquement l’intégralité du territoire aujourd’hui annexé par la Russie.

Une opération longue

Une fois cet objectif atteint, les forces ukrainiennes vont s’organiser pour défendre leurs acquis et mettre la pression sur les Russes pour qu’ils évacuent la rive gauche du Dniepr, les régions de Kherson et Zaporijia. Comme nous l’avons vu pendant l’offensive de septembre-novembre 2022, le succès ne peut pas être mesuré aux avancées en kilomètres des forces ukrainiennes mais par le déficit logistique de l’un ou l’autre des belligérants (lorsque les forces combattantes consomment plus qu’elles ne reçoivent en réapprovisionnement). Les rares informations vérifiables (photos et vidéo authentifiées, datées et géolocalisées, certaines chaines cryptées) font état de quelques avancées ukrainiennes, de contre-offensives russes ainsi que de preuves de destructions de matériel hors contexte tactique. Puisque pour les Ukrainiens, une percée suivie d’une exploitation en profondeur et un écroulement de la défense russe n’est pas l’unique méthode pour atteindre leurs objectifs, même si le front est statique, le bilan peut être dramatique pour les Russes – les poussant jusqu’à l’abandon de ces deux régions. Pour cela, il faut maintenir la pression de manière permanente à la fois sur les unités au front (les obligeant à consommer essence, matériel, munitions et vivres) et sur la logistique en profondeur, détruisant des dépôts et ralentissant l’acheminement par trains et camions de tout ce dont les combattants ont besoin…

L’automne dernier, les forces ukrainiennes ont mis dix semaines (fin août – début novembre) pour obliger les Russes à abandonner la rive droite du Dniepr et la ville de Kherson. Cette fois-ci, leurs moyens sont bien supérieurs (en nombre, en matériel, en qualité), mais la tâche est aussi beaucoup plus compliquée. Le front est long et les Russes ont créé un espace de défense avec obstacles, mines, positions fortifiées et camouflées, stocks de vivres et munitions. Les Ukrainiens n’ont pas une option de contournement massive (au-delà des commandos) par opération de débarquement par voie maritime, et le rôle que leurs forces héliportées peuvent jouer n’est pas encore très clair. Dans ces conditions, quand on essaie de percer sans effet de surprise exactement là où l’ennemi vous attend, il ne vous reste que vos éventuels avantages tactiques et technologiques. Selon quelques indices publiés, les Ukrainiens essaient autant que faire se peut d’agir la nuit et de maximiser l’avantage de leur artillerie (meilleures portée et précision) pour détruire celle des Russes. Cependant, alors que la presse internationale s’attendait à une « contre-offensive » spectaculaire, nous sommes bien face à une opération longue (sur plusieurs semaines) dont l’évolution n’est pas visible, on l’a dit. Mais il faudra suivre de près l’engagement des nouvelles unités ukrainiennes avant de pouvoir tirer tous les renseignements utiles concernant l’avance de l’offensive.               

Les silences d’Abdelmassih H.

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Le suspect de l’attaque d’Annecy n’aurait rien dit pendant ses 48 heures de garde à vue. Pourquoi la si libérale Suède – du moins à l’époque – n’a pas voulu intégrer Abdelmassih H. à sa communauté nationale, alors que sa propre épouse était naturalisée ?


Jeudi 8 juin dernier, la France renouait avec la trop habituelle horreur des attaques au couteau. Cette fois-ci, les victimes étaient des enfants en bas âge dans un parc longeant le majestueux lac bordant la ville d’Annecy. Répondant au nom d’Abdelmassih H., l’assaillant de 31 ans est un réfugié syrien installé en France depuis tout juste quatre mois qui vivait dans un hall entre deux immeubles du centre de la ville. L’homme dont le prénom porté généralement par les chrétiens arabophones signifie « serviteur du messie », a embrassé une croix durant la commission de ces actes barbares et hurlé dans un anglais aléatoire « In the name of Jesus Christ » avant d’évoquer son ex-épouse et sa fille… du même âge que les enfants du parc. Depuis son arrestation et sa mise en garde à vue, il a gardé le silence, n’exprimant pas plus de remords que d’explications quant à son geste. Prostré en position fœtale dans sa cellule, il ne s’est pas alimenté et n’a pas bougé.

Naturalisation refusée en Suède…

La magistrate chargée de l’enquête n’a pour l’heure pu rapporter que des éléments matériels peu concluants, indiquant qu’Abdelmassih H. portait un couteau pliable, deux images pieuses chrétiennes, une croix autour du cou, 480 euros en espèces et un permis suédois. Abdelmassih H. était en effet passé par la Suède après s’être enfui en Turquie durant la guerre civile syrienne. Après avoir obtenu un permis de séjour permanent en 2013, il s’était installé avant de faire souche avec son épouse, une autre Syrienne qui avait obtenu la nationalité suédoise en 2021. De son côté, Abdelmassih H. avait vu toutes ses demandes de naturalisation refusées par les autorités suédoises, avant que l’Office suédois des migrations ne rejette définitivement sa demande en février 2022.

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Pourquoi la si libérale Suède, du moins à l’époque, n’a pas voulu intégrer Abdelmassih H. à sa communauté nationale alors que sa propre épouse était naturalisée ? Tout simplement parce qu’il avait déclaré avoir servi dans l’armée syrienne de juin 2011 à décembre 2012. Suffisant pour l’Office des migrations suédois puisqu’un « candidat à la naturalisation » qui aurait pu être actif ou aurait eu « une influence décisive sur une organisation dont on pense que les activités comprenaient des abus systématiques, étendus et flagrants tels que la torture, le meurtre et les exécutions extrajudiciaires ne peut pas obtenir la nationalité suédoise avant prescription d’un délai spécifique ». Lequel a été fixé à vingt-cinq ans.

… mais résident permanent

Il y a là une forme de bon sens, de logique élémentaire. Pourtant, en dépit de son passé militaire probablement traumatique, Abdelmassih H. a été admis en tant que résident permanent et a pu, grâce aux accords de Schengen, se promener dans toute l’Europe et commettre son acte démoniaque de la semaine passée. Au fond, l’important n’est pas de savoir s’il était musulman ou chrétien, si son acte était ou non politiquement motivé. De toute évidence, bien que la magistrate chargée de l’instruction se soit montrée prudente en déclarant qu’à ce stade il n’était pas possible de se prononcer sur le fait qu’Abelmassih H. souffre d’une maladie mentale, l’homme était un désaxé profond. Quelle autre civilisation que la nôtre a permis de laisser entrer sur son territoire des centaines de milliers de personnes revenant de zones de conflits particulièrement violentes, totalement inadaptées à notre mode de vie et donc potentiellement dangereuses ?

Si tous les « migrants » de Syrie, du Soudan, du Congo ou d’Afghanistan, ne sont pas tous des candidats à l’assassinat, au viol, au trafic de drogue, à la mendicité ou au vol, il y a de toute évidence parmi eux de nombreux profils qui en sont capables. On le voit bien, du reste, avec l’affaire d’Annecy. L’islamo-terrorisme est une circonstance aggravante du dérèglement des flux migratoires, mais il n’y a pas besoin de ce problème supplémentaire pour que ces arrivées soient déjà en elles-mêmes indésirables. La vérité est que nous subissons un phénomène qui ne peut être combattu qu’avec une grande coordination européenne et une résolution sans faille. Assaillie par ces exilés, la Suède a d’ailleurs fini par choisir un gouvernement qui a fait de la lutte contre l’immigration sa priorité absolue. Actuel premier ministre de Suède, Ulf Kristersson a même affirmé qu’il allait engager la rétro-migration de nombreux individus prétendument « réfugiés » ou arrivés dans la clandestinité.

A relire: Suède: vous ne viendrez plus chez nous par hasard

Décivilisation

Chargé de recherches au CNRS, Xavier Briffault explique à Atlantico qu’une méta-analyse portant sur 40 études et  11 000 personnes montre « une prévalence de troubles dépressifs chez les migrants de 32%, soit presque trois fois plus élevée que dans la population générale (…) La prévalence des troubles de stress post-traumatique est de 31%, soit 18 fois plus élevée qu’ici, en France, où le taux de ce type de troubles est généralement bas ». En janvier 2022, un Français ancien soldat d’élite en Afghanistan surnommé le « cannibale des Pyrénées » s’échappait de l’hôpital Marchant de Toulouse et agressait une femme âgée de 72 ans dans l’espoir de littéralement la dévorer. Un voisin s’interposait alors en pleine nuit, opposant son fusil pour se défendre. Un héros comme Henri. Nous avons déjà des crimes commis par nos propres « traumatisés », bien qu’il ne s’agisse pas d’une excuse : pourquoi en importer d’autres par millions ?

Pourtant, certains s’acharnent. Idéologues, ils ne voient pas le problème, ignorent la récurrence des cas graves. Ainsi de Benoit Hamon qui nous exhorte à ne pas « exploiter la peur ». Pour le socialiste, « demain la migration ne sera pas le problème, mais peut-être la solution ». De l’autre côté, il y a Henri, Français héroïque à qui l’on cherche des poux parce que trop catho et trop patriote. Bref, nous évoluons dans une réalité parallèle où la vérité est sans cesse attaquée. L’immigration massive de personnes qui échappent à l’horreur pour l’importer ici est un crime contre notre pays, contre notre civilisation. Nous ne pouvons plus laisser des bombes à retardement errer dans les rues. Le cas d’Annecy, malgré ses spécificités et ses zones d’ombre, l’illustre crûment.

Djokovic: le moine soldat des courts

Sacré hier à Roland-Garros pour la troisième fois de sa carrière, le Serbe est devenu le joueur le plus titré de l’histoire en Grand Chelem avec 23 titres.


Il triomphe, il terrasse, il flamboie, il agace, il irrite, il dérange, il clive. Mais il met tout le monde d’accord dès qu’il prend possession d’un court sur quelque continent que ce soit. Vingt-trois grands chelems, qui dit mieux ? Ou plutôt qui dira mieux désormais… À part Djokovic lui-même, peut-être bien ? Bref, l’homme frise le surhomme à maints égards. Ceux qui le côtoient ne cachent pas – en privé – qu’il atteint ce niveau, qu’il s’y maintient avec une telle constance – à trente-six ans – au prix d’une approche quasi obsessionnelle ou névrotique, non seulement de son sport, mais de sa vie même. Voire. On se doute bien qu’un tel parcours ne se réalise pas en se contentant du minimum et moins encore dans le culte de la désinvolture. Certes non. Alors, évidemment, on est tenté de se demander si l’extraordinaire force mentale dont cet immense compétiteur fait montre d’exploit en exploit ne se nourrirait pas d’une autre force, morale celle-là. Voire spirituelle. À peine remis de l’émotion de son vingt-troisième succès en grand chelem à Roland Garros, il prend le micro qu’on lui tend et quel est le mot qui, dans le flux des propos de convention, lui vient aux lèvres ? C’est le mot de « valeurs ». Les valeurs que quotidiennement, confesse-t-il ainsi urbi et orbi en prédicateur missionné, il s’efforce d’inculquer à ses enfants, adorables au demeurant. Son enfance à lui, c’était déjà le tennis. Pratiqué d’emblée frénétiquement. À ceci près qu’il devait jongler avec les bombardements de son coin de Serbie pour caler ses entraînements. C’était la guerre. Les enfants des guerres ne deviennent jamais des adultes comme les autres. Le temps était compté, on enchaînait les tie break plutôt que des jeux entiers ou des sets. D’où peut-être bien son insolente supériorité dans cet exercice encore aujourd’hui ? Cette incursion en territoire de « valeurs » me semble receler un aveu surprenant et magnifique. L’aveu que ce qui le fait se lever chaque matin et se battre jour après jour dépasse de loin les motivations habituelles du sportif, du guerrier des stades où de la piste, juste occupé de force musculaire, d’énergie mentale et de gloire clinquante. Chez lui, il y a au-dessus de cela une implication qui, je le pense, ressortit à une forme de mysticisme. Ce serait cela le vrai grand secret. Et je ne peux m’empêcher de voir en Novak Djokovic, raide de maintien, marmoréen dans la plupart de ses attitudes, une espèce de moine soldat des courts. La raquette est son glaive. Et la coupe des Mousquetaires qu’il brandit, une préfiguration du graal ultime à la conquête duquel il ne cesse de rêver. Et dont il est probablement le seul à connaître le secret. Quelque chose comme le surpassement de l’être au point qu’il n’y a plus rien à prouver, non seulement à quiconque, mais d’abord à soi-même.

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Henri est bien plus qu’Henri

Il n’est jamais trop tard pour célébrer. En compagnie de multiples admirations et contre quelques dérisions. Le billet de Philippe Bilger.


Henri d’Anselme, le héros d’Annecy âgé de 24 ans, celui qui avec courage a empêché le criminel syrien d’aggraver encore son massacre, a été questionné avec finesse et délicatesse durant 25 minutes, par Pascal Praud, le 9 juin. Pour tous ceux qui se trouvaient sur le plateau – j’en étais – et sans doute pour les téléspectateurs, ce fut un moment d’émotion et d’intense gravité, à cause de la tragédie du 8 juin et grâce à la qualité humaine et intellectuelle d’Henri. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire référence à ce que j’avais entendu sur France Inter dans l’émission de Sonia Devillers, le 8 juin, avec Elias Sanbar comme invité. Celui-ci dénonçait le culte des origines, approuvé par Sonia Devillers, qui, avec sarcasme, clairement pour s’en moquer, a raillé « les cathédrales ». Daniel Schneidermann, dans la journée du 9 juin, a publié une chronique dans Libération « Henri d’Arc, un héros chez Bolloré » – dans laquelle il ironise sur « l’occasion pour Pascal Praud de pousser à fond sur le sentier de la transcendance ».

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Leçon de courage

Entre Sonia Devillers tournant en dérision les cathédrales (mais sans que Henri soit en cause) et Daniel Schneidermann, il y a eu précisément l’intervention d’Henri sur CNews où, avec modestie et intelligence, il a fait surgir dans le débat des vertus et des croyances qui, évoquées avec gravité et humour à la fois, ont constitué une sorte de miraculeux intermède mettant à l’honneur une autre jeunesse, d’autres élans et des valeurs trop ignorées. Avec quelle audace il a osé parler de la foi, du courage, de l’humilité, du chemin des cathédrales qu’il avait déjà commencé à parcourir et du fait qu’on ne pouvait se réclamer de Jésus-Christ en agressant de petits enfants, les plus fragiles d’entre nous… Comme il a tenu à faire partager cette conviction que ce qu’il a accompli et qui était instinctif devrait être, face au péril et pour protéger autrui, l’action de chacun. Mais rien de pesant ni de didactique dans ces échanges formidables où une qualité d’âme et d’esprit se révélait dans sa pureté…

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Je ne vois pas au nom de quoi on pouvait s’autoriser condescendance, aigreur ou critique face à cet exemple dont on n’était pas obligé de partager la foi pour admirer la personne… Je ne vois pas non plus pourquoi la transcendance aurait été absente du questionnement puisqu’elle se trouvait au cœur de la personnalité d’Henri et de sa conception de la vie… Pour ma part, si aucune dissonance ne m’éloigne d’une profonde admiration pour Henri, je souhaiterais cependant prévenir d’une tentation : le porter d’autant plus aux nues que ces hommages nous dispenseraient de manifester du courage à chaque fois que la quotidienneté nous en donne l’occasion. J’entends bien que ce n’est pas le courage d’Henri qui dans la banalité des jours risque de nous échoir. Mais de cette vertu capitale, il y a mille visages et je crains que nous soyons prêts à nous passer trop souvent du nôtre.

Henri est bien plus qu’Henri : son exemple devrait nous inciter à réfléchir sur nous-mêmes et je songe tout particulièrement aux politiques, de tous bords. Ce courage physique, cette indifférence à l’égard de ce qui pourrait l’atteindre, Henri les a portés au plus haut. Mais pourquoi, alors que son chemin était le plus dur, les politiques (au pouvoir et dans l’opposition) nous donnent-ils souvent l’impression d’être dénués de l’audace minimale, du courage seul remède contre la bêtise et la haine, qui devrait les faire se comporter avec cette sorte d’évidence qui a mû, sur un autre plan, Henri ?

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Je suis lassé de ces hommages permanents rendus à des personnalités que nous qualifions d’emblématiques, comme si elles n’appartenaient pas à notre condition et que nous n’en étions pas solidaires. Comme si nous étions voués à ne jamais les imiter. De ces politiques donnant le mauvais exemple quand, face à la folie du monde et aux atrocités, face à la résistance de quelques-uns, ils devraient au moins se tenir bien et, à leur place, faire preuve du courage qu’on attend d’eux, quelle qu’en soit la nature.

Il ne faudrait pas que Henri devienne l’éblouissante exception qui confirmerait la règle de l’abaissement.

La fin des populistes est-elle la fin du populisme?

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Nations Unies, 19 septembre 2017 © CHINE NOUVELLE/SIPA

Dans la même semaine, Donald Trump a été mis en accusation pour avoir emporté chez lui des documents classifiés appartenant aux archives nationales des États-Unis, pendant que Boris Johnson a été contraint – selon lui – de démissionner en tant que député par une commission parlementaire qui l’accuse d’avoir menti devant la Chambre des Communes… Est-ce la fin des deux leaders populistes ? Est-ce la fin du grand élan populiste qui a vu le jour en 2016 ?


Les antipopulistes sont en train de jubiler – de nouveau. Leurs deux bêtes noires favorites, Donald Trump et Boris Johnson, font l’objet de litiges aptes à mettre en doute leur avenir politique. Et les deux populistes y réagissent de manière tout à fait prévisible en se prétendant chacun victime d’une campagne de persécution antidémocratique. Cette défense même conforte leurs critiques qui y voient une preuve de plus que ces politiques pour le moins inorthodoxes ne comprennent rien à la démocratie. Mais le sort de Johnson et de Trump ne signale pas la fin des préoccupations populaires qui les ont portés au pouvoir.

Coïncidence, Trump doit comparaître devant un tribunal à Miami le 13 juin, le même jour où le verdict de la Commission des privilèges sur Johnson est rendu public

Le serpent de mer du partygate

Dans la nuit du vendredi au samedi, Boris Johnson a publié une déclaration où il annonçait sa démission en tant que député parlementaire. En avril 2022, la Chambre des Communes, sans opposition de la part des députés conservateurs, a donné un mandat à une commission parlementaire, la « Commission des privilèges » (Committee of Privileges), pour enquêter sur les déclarations faites par M. Johnson devant le parlement à propos des fêtes qui ont eu lieu au 10 Downing Street pendant la pandémie. La Commission devait répondre à la question suivante : le Premier ministre de l’époque a-t-il sciemment menti au parlement à propos de ces infractions aux règles du confinement ? Autrement dit, est-il coupable de dissimulation au sujet de l’affaire surnommée Partygate ? L’enquête a commencé en juin 2022 et la Commission a passé au crible de très nombreux documents officiels, dont une nouvelle catégorie qui figure désormais dans toutes les enquêtes administratives outre-Manche : celle des messages échangés par des politiques et des fonctionnaires dans des groupes WhatsApp. En mars de cette année, M. Johnson a fait une première déposition par écrit avant d’être longuement interrogé par la Commission. Il a reconnu avoir communiqué au parlement des informations qui se sont révélées erronées, mais a nié l’avoir fait intentionnellement.

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Or, jeudi 8 juin, la Commission lui a envoyé par avance ses conclusions qui sont que, oui, il a menti sciemment. La conséquence d’un tel verdict pour l’ancien Premier ministre aurait été une suspension d’au moins dix jours. Une telle suspension créerait à son tour l’opportunité de déclencher un mécanisme spécial, une « pétition de destitution », permettant à d’autres candidats éventuels de contester le siège occupé actuellement par Johnson. En d’autres termes, le résultat aurait été une élection partielle dans une circonscription où BoJo n’a pas du tout une majorité écrasante. Voilà pourquoi ce dernier prétend avoir été forcé de démissionner. Selon l’expression consacrée en anglais, il a décidé de sauter avant d’être poussé (he decided to jump before he was pushed). Sa démission a l’avantage de mettre fin hic et nunc à l’enquête de la Commission, censée rendre public son rapport mardi 13 juin. [Pour des raisons dites « techniques », la Commission a reporté la publication au 15 juin].

Dans sa déclaration, Boris Johnson a accusé la Commission des privilèges d’être un tribunal fantoche (on dit en anglais, kangaroo court, littéralement « tribunal de kangourou » – l’origine du terme est inconnue). Selon lui, elle n’a pas apporté « la moindre preuve » de sa culpabilité. Elle serait l’instrument d’une véritable « chasse aux sorcières » qui serait dirigée contre lui. À travers elle, une « petite poignée d’individus » essayerait de détourner le processus démocratique par lequel Johnson et le Parti conservateur ont été élus triomphalement en décembre 2019.

Une Commission dirigée par une Travailliste…

L’accusation de Johnson contre la Commission n’est pas tout à fait dénuée de fondement. Sa présidente est travailliste, selon une tradition qui veut que ce soit un député de l’opposition. Les six autres membres de la Commission comprennent un deuxième travailliste, un membre du Parti nationaliste écossais et quatre députés conservateurs. Tous – ses collègues conservateurs inclus – ont critiqué ou condamné Johnson, et certains ont déjà indiqué publiquement qu’ils pensaient qu’il avait menti devant les Communes. Pourtant, le récit victimaire de BoJo va plus loin encore, car il évoque un complot ourdi par des ennemis dans son propre parti, des ennemis déterminés à l’éliminer pour se venger du Brexit. Selon lui, son élimination serait même l’étape préliminaire d’une tentative de renverser le Brexit. Sans en faire le cerveau de ce complot, il accuse le Premier ministre actuel, Rishi Sunak, pourtant un Brexiteur, d’avoir trahi le legs de Johnson en échouant à exploiter les opportunités créées par le Brexit. Johnson a déclaré que le programme du gouvernement de Sunak aurait dû comporter une grande politique d’investissements par l’État, des baisses d’impôts, la construction de nouveaux logements et un accord commercial avec les États-Unis. En réalité, Johnson n’a pas mis en œuvre un tel programme quand il était au pouvoir, et Joe Biden, en dépit des discussions plutôt positives qu’il a eues avec Sunak à Washington la semaine dernière, n’est visiblement pas pressé de conclure un véritable accord. Peu importe, pour Johnson, Sunak est le Brutus à son Jules César, celui qui a asséné le coup de grâce à Johnson, il y a un an, en le suppliant de démissionner.

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Sa démission maintenant en tant que député sera très gênante pour Sunak et le Parti car elle provoquera une élection partielle dans sa circonscription d’Uxbridge, pas loin de Londres, à un moment où les sondages sont très largement favorables au Parti travailliste. Cette gêne sera d’autant plus grande que deux supporteurs de Johnson, dont une ancienne secrétaire d’État à la Culture, aux Médias et aux Sports, Nadine Dorries, viennent de démissionner en tant que députés, avec effet immédiat, provoquant au total trois élections partielles en même temps. La démission subite de Dorries est peut-être liée à un nouveau différend entre Johnson et Sunak. En tant qu’ancien Premier ministre, Johnson avait le droit de compiler une liste de décorations, distinctions et autres titres honorifiques qui seraient conférés aux personnes de son choix. C’est ainsi que son vieil ami et allié, Jacob Rees-Mogg (désormais Sir Jacob) vient d’être fait chevalier. Dorries devait recevoir une pairie, lui ouvrant les portes de la Chambre des Lords, mais, avec un petit nombre d’autres noms qui figuraient sur la « honours list » de Johnson, le sien en a été exclu. Cette liste devant être approuvée par le Premier ministre actuel, Johnson a accusé Sunak d’avoir purgé certains de ses soutiens. Sunak a riposté en prétextant l’intervention d’une Commission d’approbation de la Chambre des Lords. La trivialité même de cette prise de bec n’aide en rien à redorer le blason du Parti conservateur. Pourtant, si Johnson espérait que son annonce allait déclencher une vague de révolte contre Sunak, il doit être déçu. À part les trois départs, il n’y a eu aucun signe de guerre civile au sein du Parti. Johnson prépare-t-il un grand retour au pouvoir ? Il a dit quitter la politique « au moins pour le moment », « at least for now ». Certains observateurs ont cru momentanément que la démission de Dorries avait pour objectif de permettre à Johnson de se présenter tout de suite dans sa circonscription à elle, mais c’était une idée chimérique de leur part. Nigel Farage a déjà proposé à Johnson de faire une alliance pour défendre le Brexit, mais Johnson ne voudra rien faire en politique en dehors de son Parti. Et pourtant, il vient d’en démissionner. Le chemin du retour en politique, s’il décide de l’emprunter, risque d’être long.

Les cartons de Mar-a-Lago

Pendant ce temps, celui à qui on compare Johnson depuis 2016, Donald Trump, fait face à ses propres difficultés. La publication d’une mise en accusation fédérale a révélé que l’ancien président est l’objet de multiples chefs d’inculpation pour infraction à la loi sur l’espionnage et pour entrave à l’exercice de la justice. L’année dernière, environ 13 000 documents ont été saisis par les autorités fédérales dans sa maison de Mar-a-Lago, en Floride. Ces documents auraient dû être confiés aux archives nationales quand Trump a quitté la Maison Blanche. Parmi eux, il y en avait qui étaient top secret et concernaient la capacité nucléaire des États-Unis, ou un plan d’attaque de l’Iran, ou même la personnalité du président français, Emmanuel Macron. Trump les avait stockés chez lui – dans sa chambre à coucher, dans une salle de bains et une salle de bal.

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Certes, il est vrai que l’on a trouvé des documents officiels dans les propriétés privées d’autres politiques, notamment Hilary Clinton (les fameux e-mails sur son serveur personnel), Mike Pence, le vice-président de Trump, et… Joe Biden. Et ces personnes n’ont pas eu droit aux mêmes poursuites que le propriétaire de Mar-a-Lago. Pourtant, comme dans le cas de Johnson, accusé d’avoir menti intentionnellement, Trump est accusé, à la différence des autres, d’avoir emporté ces documents en connaissance de cause et en sachant que c’était illégal. Une pièce maîtresse du ministère public est un enregistrement fait six mois après que Trump a quitté la Maison Blanche où ce dernier indiquerait de manière explicite qu’il sait que la possession de certains documents qu’il détient chez lui est contre la loi. Autre coïncidence, Trump doit comparaître devant un tribunal à Miami le 13 juin, le même jour où le verdict de la Commission des privilèges sur Johnson est rendu public. Comme Johnson, Trump allègue un complot le visant personnellement. Il prétend que le ministère de la Justice a été transformé en arme (« weaponized ») contre lui et il accuse Joe Biden d’être « totalement corrompu ». Comme Johnson, Trump trouve facilement des prétextes pour dénoncer un manque d’impartialité dans l’action des autorités. Si les chefs d’accusation qui pèsent contre Trump peuvent encourir une peine d’emprisonnement allant jusqu’à 20 ans, une condamnation ne peut pas l’empêcher, sur le plan juridique, de se porter candidat à l’élection présidentielle de 2024. Il est d’ailleurs peu probable qu’un verdict soit rendu auparavant. En revanche, ces poursuites pourraient empêcher Trump de gagner des votes en dehors de sa base. Enfin, un autre procès, cette fois pour avoir tenté – prétend-on – de renverser le résultat de l’élection de 2020 dans l’état de Géorgie, pourrait s’ajouter aux difficultés de l’ancien président.

Il n’est pas donc certain que les deux figures du populisme de 2016 fassent leur retour au pouvoir. Pourtant, les électeurs qui avaient voté pour eux sont toujours là et les raisons pour lesquelles ils leur ont donné leur voix n’ont pas vraiment changé. Les grandes préoccupations au sujet de l’immigration incontrôlée, de la puissance toujours grandissante des multinationales, de l’ingérence des institutions supranationales dans les affaires des nations démocratiques n’ont pas disparu. Qu’on approuve ou non l’action politique de Trump et de Johnson, ils ont eu le mérite de répondre directement à ces préoccupations. Avec la coïncidence de la mort de leur précurseur Berlusconi, il est possible – mais pas certain – que leur style particulier de charisme ait fait son temps, mais ce qui reste certain, c’est que les besoins populaires auquel ce style semblait répondre sont toujours là.

La France en shoot libre

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Point de deal de la cité Arago à Saint-Ouen, septembre 2022. © D.R.

Les organisations criminelles sont les grandes gagnantes de la mondialisation. Et la France fait face à une déferlante inédite de cocaïne. Conséquences: la corruption infuse à divers niveaux de la société, les cartels se livrent à une guerre sanglante et savent qu’ils ne risquent pas grand-chose en défiant un État faible.


Ça ne fait plus les gros titres. Les morts par balle au cours de règlements de compte entre dealers sont monnaie si courante (et pas seulement à Marseille, mais dans de petites villes autrefois paisibles) que, sauf bilan spécialement lourd, on ne s’y attarde guère. Pour dire quoi, d’ailleurs, qu’on ne sache déjà ? Commenter le énième plan antidrogue ? Curieusement, l’adoption par le gouvernement d’une « feuille de route », le 16 juillet 2022, n’a pas fait détaler les trafiquants. Sur le terrain, la chair à canon du deal semble n’avoir peur de rien, sinon des bandes rivales. Qu’ils se tuent entre eux, pensent nombre de braves gens, oubliant qu’ils peuvent essuyer une balle perdue. Difficile, de surcroît, d’ignorer que, derrière cette violence devenue quotidienne, se déploie une hydre criminelle puissante.

Faut-il en conclure qu’après la libanisation (déjà à l’œuvre), la France est menacée de mexicanisation ? Aussi séduisante soit cette hyperbole, nous ne vivons pas (pas encore ?) dans une de ces séries Netflix où de gros bonnets du trafic, aussi séduisants que sans pitié (qui sont parfois d’affriolantes femmes d’affaires), côtoient les célébrités de la politique et du showbiz, pendant que leurs hommes de main enlèvent, assassinent, torturent et font chanter. La France n’est pas dirigée en sous-main par des mafieux.

Mollesse de l’Etat

Cependant, alors que notre État s’illustre par sa mollesse face à ceux qui le défient, les premiers signaux faibles de contamination mafieuse ou crypto-mafieuse de la sphère publique apparaissent. Plusieurs élus ont été impliqués dans des affaires de stups, comme à Bagnolet, Saint-Denis ou Canteleu, dont la maire a dû démissionner car elle était sous la coupe de trafiquants. Dans les ports, en particulier au Havre, des dockers se retrouvent placés devant un choix diabolique entre corruption et terreur. À ce stade, les réseaux ne parviennent sans doute pas à s’assurer la complicité de hauts responsables ou de magistrats. Ce sont des employés municipaux, des fonctionnaires subalternes, des agents de terrain qui, souvent, constituent les maillons faibles. Si narco-État est excessif, il existe déjà des narco-territoires.

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Dans les cercles dirigeants, on parle désormais de menace stratégique ou systémique. Au printemps 2022, les services de Matignon écrivent dans une note préparatoire à une réunion européenne sur le trafic de stupéfiants : « Ce type de trafic représente ainsi une menace systémique sur les institutions publiques des États membres, y compris leurs systèmes judiciaires, ainsi que sur le respect de l’État de droit. » Le rapport annuel 2022 de la délégation parlementaire au renseignement (DPR), délaisse en partie le terrorisme au profit du crime organisé. Rappelant que Rotterdam et Anvers sont les ports-passoires à partir desquels la cocaïne se déverse sur l’Europe, ils craignent que la France devienne à son tour un « narco-État » 2.0. Sans employer le terme, la procureure de Paris, Laure Beccuau, confirme la gravité de la situation dans un entretien retentissant au Monde [1]. Évoquant une affaire de corruption douanière jugée l’an dernier, elle conclut : « L’étape d’après, c’est la corruption de la police, ou des magistrats. C’est-à-dire une infiltration des agents engagés à lutter contre la criminalité. »

La cocaïne, drogue phare en France

Le crime organisé est le premier gagnant de la mondialisation. « Sur 90 millions de conteneurs débarqués chaque année en Europe, seuls 2 à 3 % sont contrôlés », remarque Michel Gandilhon, auteur d’un passionnant ouvrage sur le trafic de drogue en France (voir son interview pages 54-55). À la faveur du libre-échangisme frénétique se sont constituées des organisations puissantes, dotées de véritables armées privées et régies par une hiérarchie et une discipline de fer – ce qui fait une sacrée différence avec les administrations chargées de les combattre. Maîtrisant tous les rouages de l’économie financière, elles investissent l’argent des trafics dans les activités légales. Pour Laure Beccuau, ce qui se passe en Belgique et aux Pays-Bas, où la mafia menace la vie du Premier ministre et de la princesse héritière, démontre qu’elles n’ont « aucune limite dans leurs moyens financiers, aucune limite dans leurs frontières ni dans leurs champs d’action ».

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Championne d’Europe de consommation du cannabis (ce qui interroge sur l’intérêt d’une prohibition aussi rigoureuse dans la loi qu’inexistante dans les faits), et sans doute du maillage commercial (plus de 4 000 points de deal), la France subit, comme ses voisins, une déferlante de cocaïne, la saturation du marché américain ayant conduit les trafiquants à mettre le paquet sur l’Europe. Les saisies record représentent une goutte d’eau dans l’afflux de poudre blanche, dont l’usage se démocratise à grande allure. Les cartels internationaux ont établi des joint-ventures avec les réseaux spécialisés dans le cannabis, très bien implantés sur le territoire français. C’est que la France est à la fois, résume Beccuau « un pays de réception, de transit et de consommation ».

Il serait injuste d’affirmer que les gouvernements – et les services de police – ne font rien. Mais ils sont bien incapables d’enrayer un phénomène aussi massif. Pour Michel Gandilhon, l’arsenal antidrogue peut éventuellement comporter un volet libéralisation (pour le cannabis), à la stricte condition de ne pas suivre l’exemple américain : « Au lieu d’abandonner le marché au privé, il faut un monopole d’État strictement régulé ». Cependant, le nerf de la guerre reste la sanction pénale, beaucoup trop clémente et incertaine en France. « C’est en instaurant des peines dissuasives qu’on a mis fin à la French Connection », explique-t-il. Face aux cartels, notre humanisme mou n’est guère de saison.

Autant ne pas se bercer d’illusions. Sauf à adopter une législation impitoyable à la singapourienne (voir page 49), l’État ne peut pas gagner la guerre contre les multinationales du crime. Reste à espérer qu’il soit capable de ne pas la perdre.

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[1]. Laure Beccuau, procureure de Paris : « L’infiltration de nos sociétés par les réseaux criminels dépasse toutes les fictions », propos recueillis par Simon Piel et Thomas Saintourens, Le Monde, 22 novembre 2022.

Un cavalier pas toujours très à cheval sur les principes

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Silvio Berlusconi, Rome, 2013 © MARIANELLA MARCO/OLYMPIA/SIPA

L’Italie pleure la disparition de Silvio Berlusconi, qui fut un réformateur libéral et patriote. Une journée de deuil national est décrétée pour l’homme qui détient le record de longévité à la tête du Conseil des ministres.


La disparition de Berlusconi tourne une page de l’Italie. Pour bien comprendre ce qu’il a représenté et continuera de représenter pour les Italiens, il faut comprendre d’où il venait et qui il était ; et se rappeler ce qu’était l’Italie lorsqu’il se lança en politique en 1994.

Berlusconi vient d’une famille de la classe moyenne bourgeoise milanaise. Rien ne le prédestinait à devenir un grand homme d’affaires.  Pourtant, après des études de Droit, il se lança dans l’immobilier. Via sa holding Fininvest, il bâtit un empire dans le secteur de la promotion immobilière puis, dans les années 80, grâce notamment à l’appui de son ami Bettino Craxi, dirigeant du Parti Socialiste italien (PSI) et président du conseil de 1983 à 1987, l’étendit au monde des médias.

Trois ans après la chute du mur de Berlin, en 1992, arriva l’opération « mains propres ». L’Italie sortait de 47 ans d’une vie politique sclérosée où, sur fond de guerre froide, s’opposaient deux blocs politiques; l’un ancré dans la démocratie chrétienne conduite par Andreotti, l’autre, le parti communiste, qui, esseulé, miné par les attentats commis par les brigades rouges, n’était jamais arrivé au pouvoir, d’autre part. En 1992, l’opération « mains propres », conduite par une équipe de magistrats milanais, révéla un vaste système de pots-de-vin, spécialement dans le domaine des appels d’offres. Une grande partie de la classe politique de l’époque fut décimée. Parmi eux, Bettino Craxi, le dirigeant charismatique du Parti Socialiste Italien (PSI) qui, pour éviter d’aller en prison, s’enfuit en Tunisie où il mourut en 2000.

1994: le séïsme Forza Italia

Berlusconi décida alors de faire son entrée dans l’arène politique. C’est son succès d’homme issu de l’Italie moyenne, combiné au dégoût que la classe dirigeante classique inspira aux Italiens suite aux révélations de corruption dans le cadre de l’opération « mains propres » en 1992, qui séduisit et convainquit nombre d’entre eux de voter pour son nouveau parti, Forza Italia. En 1994, puis en 2004 et encore en 2008, Berlusconi fut Président du Conseil italien pour une durée totale de 9 ans 1 mois et 20 jours. Jamais, depuis la guerre, une personne n’avait occupé cette fonction aussi longtemps en Italie.

Que l’on se reconnaisse dans ses idées ou non, il est indéniable que Berlusconi contribua à assouplir les mœurs dans un pays jusqu’alors cadenassé entre la rigueur des chrétiens-démocrates et l’austérité du communisme italien.

Sa politique fut résolument atlantiste, libérale sur le plan social-économique et pro européenne.

Atlantiste, il le fut lorsqu’il soutint l’invasion de l’Irak en 2003 par les Etats-Unis. Atlantiste, il le fut aussi lorsque l’administration Obama demanda à l’Europe de soutenir davantage la mission de l’OTAN en Afghanistan, le gouvernement Berlusconi augmentant le contingent italien d’un millier de soldats, plus que n’importe quelle autre nation européenne. Cela n’empêcha pas Berlusconi, à l’instar de certains dirigeants français, de s’être échiné pour que l’Italie soit une tête de pont entre l’Europe et la Russie. Son amitié avec Poutine – qui, à la lumière de la guerre en Ukraine, jette un véritable malaise même parmi ceux qui l’ont soutenue – est bien connue.

Sur le plan social, le gouvernement de Berlusconi de 2003 adopta la loi Biagi, du nom de son promoteur, assassiné par les brigades rouges en 2002. Entre autres, cette loi rendit les licenciements plus flexibles et facilita le recrutement de personnes dites « défavorisées », parmi lesquelles les femmes, celles-ci ayant la possibilité de bénéficier lors de l’embauche, de contrats d’insertion d’une réduction égale ou supérieure à 25 % des cotisations de sécurité sociale et de prévoyance à la charge de l’employeur.

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Sur le plan économique, les gouvernements de Berlusconi sont à l’origine d’importantes réformes. La réforme Maroni de 2004 institua un système d’incitations pour les personnes reportant leur départ à la retraite, celles qui choisissent le report pouvant ainsi bénéficier d’un super bonus consistant en un versement, dans le paquet de paie, des cotisations de sécurité sociale qui auraient autrement été payées à l’institution de sécurité sociale. La loi Maroni augmenta aussi l’âge de la retraite : tout en laissant inchangée la condition de cotisation de minimum 35 ans, elle modifia l’âge minimum d’accès de départ à la retraite, la faisant passer de 57 à 60 ans à partir de 2008, à 61 ans à partir de 2010 et à 62 ans à partir de 2014.

Le gouvernement Berlusconi de 2001 abrogea les droits de succession (réintroduits, depuis).

En 2008, son gouvernement de l’époque supprima la taxe communale d’habitation pour la résidence principale.

J’ai vu choir un gominé

La carrière de Berlusconi fut aussi émaillée de scandales (les fameux Bunga-bunga), de poursuites judiciaires et de lois ad personam (telle que la loi dépénalisant les faux bilans). Il convient tout de même de préciser que parmi toutes les poursuites dont il fit l’objet, Berlusconi ne fut condamné qu’une seule fois définitivement par la Cour de cassation italienne, pour fraude fiscale. Cela lui valut de faire des travaux d’intérêt général.

Ce dernier point peut conduire un Français à établir un parallèle avec Bernard Tapie (surtout si l’on compare le Milan AC et l’OM). Pourtant, ce parallèle ne peut être que très partiel : car au contraire d’un Tapie dont le français était basé sur la gouaille, Berlusconi s’exprimait dans un excellent italien, plus proche du français d’un Balladur.

De gauche à droite : Silvio Berlusconi, Giorgia Meloni, Matteo Salvini, 27 juillet 2022. © Luigi Mistrulli/SIPA

Si d’aucuns pensent qu’il n’est entré en politique que pour se protéger de poursuites judiciaires dont il se savait la cible, il est indéniable qu’il cultivait aussi une véritable fibre patriotique pour son pays. Lui qui fut le président du grand Milan AC, il regrettait qu’il y eût trop de joueurs étrangers dans le championnat de football italien.

Enfin, Berlusconi fut résolument Européen. C’est grâce à Berlusconi que la coalition de centre-droit actuellement au gouvernement a pris une orientation européenne : il a œuvré en coulisses depuis plus de 10 ans pour faire accepter à la Ligue et à Fratelli d’Italia que, malgré les défauts de la construction de l’Union européenne, le destin de l’Italie est en Europe et pas ailleurs.

La disparition de Berlusconi devrait à présent rebattre les cartes de la politique italienne, le parti qu’il a fondé, Forza Italia, étant menacé d’implosion. L’ombre de Berlusconi continuera donc de s’étendre dans les prochaines semaines dans les hémicycles de la chambre des députés et du Sénat italiens. Jusqu’à faire tomber le gouvernement Meloni?

Edouard Philippe veut en finir avec les vacances d’été

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Edouard Philippe à Bordeaux, réunion publique du petit parti "Horizons", 9 juin 2023 © UGO AMEZ/SIPA

Taper sur les profs, c’est toujours rentable


« Si nous disons que le système éducatif a pour but essentiel l’éducation des enfants et pas forcément, ni le confort des professeurs, ni le confort des parents, alors, nous devrons accepter l’idée de nous poser des questions qui fâchent mais qui sont au cœur des problèmes »

Édouard Philippe, Bordeaux, 9 juin 2023

Edouard Philippe, qui a besoin d’exister ces temps-ci, a fait savoir qu’il souhaitait réduire la durée des vacances d’été. Cette haine envieuse du prof m’a toujours fasciné. On croirait que ce métier est une charge héréditaire qu’on se transmet d’une génération à l’autre alors qu’on n’interdit à personne de passer les concours. L’homme politique de droite se reconnait, quand il veut masquer sa politique néolibérale et antisociale, aux diversions démagogiques qu’il utilise pour que le bon peuple ait de quoi haïr près de chez lui. Car l’homme de droite a une peur panique, c’est que le bon peuple se mette soudain à se penser comme classe sociale et à regarder ce qui se passe au-dessus de chez lui et plus dans la gamelle du voisin. Ces diversions sont au nombre de trois, et elles reviennent en boucle, à un moment ou à un autre, dans le discours de conquête du pouvoir de l’homme de droite, surtout quand il veut faire bosser 40 heures hebdomadaires jusqu’à 67 ans tout en baissant les impôts des hyper-riches. 1) L’immigration et, en particulier, dans l’immigration, les Arabes. Le « Ils viennent manger le pain des Français » des années 60-80 a été remplacé depuis les années 90 par « Ils sont la cinquième colonne du grand remplacement. » 2) La fraude sociale: il est bien connu que ce sont les allocataires des minimas sociaux, qui parfois, horreur, sont des immigrés, qui expliquent le déficit et pas trente ans de cadeaux aux entreprises et une indulgence coupable pour les niches fiscales ou une certaine indolence à récupérer les dizaines de milliards de l’évasion du même nom. 3) Les fonctionnaires, à l’exception notable de la police qui est armée et qui protège, in fine, les lieux de pouvoir. Et parmi les fonctionnaires, les profs et leurs fameux trois mois de vacances, leur sécurité de l’emploi, leur semaine de 15h. À part de rares exceptions, les ministres de l’Éducation sont les seuls à ne pas défendre leurs agents mais à les offrir, périodiquement, en pâture à l’opinion, avec une première place partagée sur le podium par MM. Allègre et Blanquer qui avaient porté le mépris de l’enseignant au rang des beaux-arts… Alors oui, on peut confirmer qu’Edouard Philippe est bien de droite et qu’il est bien engagé dans une course présidentielle. On lui signalera juste qu’il faudra prévoir des salles de plus en plus grandes pour faire passer les job dating trois jours avant la rentrée, puisque prof, avec des discours de ce genre, plus personne n’a envie de faire ça…

Immigration au Danemark: quand la gauche regarde la réalité en face

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La première ministre danoise, Mette Frederiksen au congrès européen en Belgique, le 24/03/2023 © CHINE NOUVELLE/SIPA

La réalité, une intruse pour la politique française.


Le Danemark est gouverné par la social-démocratie et il est devenu un exemple pour tous ceux qui aspirent à une forme d’humanisme qui ne soit pas niais, à une forme de générosité qui ne soit pas suicidaire ni du gaspillage. On ne compte plus les chefs de parti qui se rendent dans ce pays pour découvrir ses secrets, pour comprendre sa logique et tenter d’appréhender ses recettes pour les appliquer dans leur propre nation. Notre ministre en charge du Renouveau démocratique Olivier Véran s’y est rendu le 4 mai 2023, et Eric Ciotti (LR) le 23. Mais cela ne s’enseigne pas aussi facilement, à supposer même que cette réussite danoise puisse se transmettre. Non pas seulement à cause des spécificités de ce royaume, rendant de toutes façons impossible une copie conforme ailleurs, mais surtout parce qu’il y a dans l’esprit et la manière danoise un pragmatisme et une lucidité aux antipodes de la méthode française. Il faut à nouveau citer Charles Péguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ». Le réel au Danemark est un allié, en France il est un adversaire. Pour le Danemark, rien ne peut s’accomplir sans le réel, pour la France, il convient de le mettre entre parenthèses. Il est une chance pour les Danois, il est un intrus pour le pouvoir français qui préfère l’ignorer. Par idéologie ou pour s’en inspirer, dans le meilleur des cas, mais tardivement et partiellement. C’est la politique, chez nous, qui devrait imposer sa loi au réel et évidemment c’est le réel qui gagne à tout coup…

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C’est à cause de cette propension « à ne jamais voir ce que l’on voit » qu’avant l’action, les partis et les autorités sont incapables de s’accorder sur les constats, les chiffres, les données de toutes sortes. Comme s’il convenait d’introduire la subjectivité des convictions, l’affrontement des antagonismes, de l’aléatoire, de l’équivoque, dans ce qui est pourtant incontestable. Cette obsession de faire fi du réel touche plus particulièrement la gauche et l’extrême gauche parce que la structure, les dérives, la dégradation de notre monde renvoient de plus en plus à l’obligation d’une politique conservatrice, d’autorité, de sauvegarde. Plus de lucidité que d’espérance. Le réel devrait briser net les pulsions révolutionnaires sauf quand l’extrémisme décide de penser et de proposer comme s’il n’était pas là. La droite et l’extrême droite ne sont pas, elles, complètement à l’abri d’une écoute trop distraite du réel, notamment à cause de ce prurit qui trop longtemps a incité la première à se laisser gangrener par la gauche et la seconde à préférer un projet techniquement provocateur à l’enseignement d’une réalité trop sage.

Pour le Danemark, on doit changer de politique quand le réel la contredit. En France on n’est pas loin, absurdement, quand le réel n’est pas conforme à nos vœux, de vouloir le reléguer, pour n’avoir rien à changer à l’idéologie ou au projet politique. Mieux vaut dénier ce qui est, au bénéfice de ce qui devrait être, plutôt qu’inventer un futur plausible à partir d’un présent immédiat et solide. Il est patent que cette approche théorique ou idéologique, au lieu d’être empirique est spécialement détestable en matière d’immigration et de droit d’asile, pour la France comme pour l’Union européenne. Il me semble toutefois que cette distance mise à l’égard du réel ne concerne pas que le domaine politique mais pourrait constituer une clé pour tant d’autres secteurs de la vie française, y compris sur le plan médiatique, où l’animosité des débats paraît résulter plus d’une inaptitude à s’accorder sur des éléments objectifs, factuels et vérifiables que sur une passion de la dispute, la première aggravant la seconde.

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Ce ne serait pas une médiocre avancée pour notre République que d’accepter au moins ce consensus constituant la réalité et sa définition exacte comme le terreau nécessaire à toute élaboration politique ou autres. Le Danemark cesserait alors d’être un modèle pour devenir comparable à une France en réussite.

«Un homme, c’est un homme, mais un bel homme c’est autre chose»*

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Isabelle Adjani dans la pièce de théâtre "Ondine", de Jean Giraudoux, Comédie Française, 1972 © LIDO/SIPA

Le radeau des médusés


Jeudi 8 juin, un individu venu de Suède, Syrien d’origine, sans doute facilement irritable, frappe d’une lame acérée quatre enfants en bas âge et deux retraités, sur une rive du lac d’Annecy. Ce lieu de villégiature paraissait pourtant éloigné de la tragédie contemporaine, épargné à tout jamais par les délits et les crimes quotidiens dont s’effraie et auxquels se résigne le pays des Lumières vacillantes et en voie d’extinction…

Depuis, M. Schneidermann a versé sa petite liqueur fielleuse dans Libération (autrefois journal de garnements effrontés, de vieux adolescents migraineux, tout en plumes souvent talentueuses et urticantes : on y cherchera en vain de telles personnalités aujourd’hui). Dans sa chronique du 9 juin, sous le titre « Henri d’Arc », l’illustre pourfendeur du neofascisme dénonçait l’influence délétère de CNews, refuge bolloréen des « cathos-tradi » (sic) qui concluent, n’en doutons pas, leurs prières par un très approprié « nazi-soit-il » (1). M. Schneidermann n’est certes pas menacé de périr par noyade dans un bénitier, mais nous lui déconseillons d’approcher d’un peu près le bûcher des vaniteux : il ferait un excellent combustible (2).
Nous publions ci-après, sans lui en demander l’autorisation mais en forme d’hommage à son talent de polémiste, la conclusion de la réponse que lui adressa Jean-Paul Pelras sur le site L’agri, le 11 juin :
« Que ferions-nous, monsieur Schneidermann, sans les prédicateurs de votre acabit ? Ceux qui s’interposent entre le courage et la théologie avec une appréciation à géométrie variable dès qu’il s’agit d’influencer les esprits. Et qu’auriez-vous fait, oui, en définitive, qu’auriez-vous fait à la place d’Henri ? C’est peut-être autour de cette question que vous devriez disserter dans les colonnes de Libé. Avant de vous vautrer dans les eaux basses d’une chronique qui brocarde un héros, de surcroît, sacrilège suprême, affublé sur sa manche d’un petit drapeau français, pour désigner, en abusant des « voix » détournées, ce et ceux que vous détestez.»

D’Ondine à Sandrine

Sœurs « qui après nous vivrez », dont l’espoir est sans limite et le chagrin inépuisable, entendez la réponse d’Ondine aux hommes. Songez d’abord aux manifestations embarrassées de leur désir et entendez librement la fantaisie amoureuse qu’il suscite ; inspirez, corrigez aussi les vaines et merveilleuses figures de géométrie dans les spasmes, que cette même fantaisie leur inspire. Oubliez un instant la face blême des peloteurs contrefaits, des frôleurs du métropolitain, et l’ombre épouvantable des assassins qui sortent un couteau de leur braguette. Tant il est avéré que les brutes, les psychopathes et, récemment, les « chrétiens d’Orient » forment une légion dangereuse, qui se répand sur le territoire national.
À titre personnel, je voudrais qu’Ondine, la belle et audacieuse nixe, par ses seules paroles tendres, couvrît de honte Sandrine Rousseau, qui prétend porter la parole des femmes, qu’elle n’imagine que meurtries, salies, souillées, et qu’elle espère rassembler sous sa triste bannière en soufflant dans une vuvuzela de réjouissances foraines. Inlassable donneuse de leçons, notre sans domicile fixe des dernières élections législatives (3) croit trouver dans les crimes réels, avérés, nombreux, autant d’occasions d’ouvrir sur la place publique un parapluie de camelot vite rempli de sa logorrhée moralisatrice, qui trahit surtout un déplaisant carriérisme.

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Les femmes de l’écologie se suivent et se ressemblent. Ce que disait Françoise Hardy de l’ineffable Cécile Duflot, irait fort bien sous le portrait en pied de Sandrine Rousseau :
« Ses combats pour l’environnement ont beau être d’une importance incontestable, comment ne pas être choqué par l’arrogance et le sectarisme de cette petite bonne femme, persuadée de détenir la vérité au point de ne pas vouloir entendre ceux qui ne pensent pas tout à fait comme elle ou qui contredisent ses assertions en leur opposant des faits et des chiffres incontournables? Comment ne pas être irrité par sa logorrhée débitée sur un rythme de plus en plus précipité au point qu’on finit par avoir envie sinon de l’étrangler, du moins de la bâillonner pour qu’elle se taise enfin et nous laisse souffler? Elle ne parle pas: elle glapit.» (4)

« Je savais bien qu’il devait y avoir une raison pour être fille. La raison est que les hommes sont aussi beaux…» Ondine, Jean Giraudoux (5)

Alors, Ondine ?
C’est une très jeune fille, qui vit dans une cabane de pêcheur avec ses parents adoptifs. Son origine est mystérieuse, il faut la chercher du côté de l’eau, dans le lac même sur les bords duquel elle fut trouvée (6)
Un chevalier se présente, un jour, il demande un abri, il a faim :
[Le Chevalier, Auguste (le père), Eugénie (la mère), Ondine]
Ondine, de la porte où elle est restée immobile. – Comme vous êtes beau !
Auguste. – Que dis-tu, petite effrontée ?
Ondine. – Je dis : comme il est beau !
Auguste. – C’est notre fille, Seigneur. Elle n’a pas d’usage.
Ondine. – Je dis que je suis bien heureuse de savoir que les hommes sont aussi beaux… Mon cœur n’en bat plus !…
Auguste. – Vas-tu te taire !
Ondine. – J’en frissonne !
Auguste. – Elle a quinze ans, Chevalier. Excusez-la…
Ondine. – Je savais bien qu’il devait y avoir une raison pour être fille. La raison est que les hommes sont aussi beaux…
Auguste. – Tu ennuies notre hôte…
Ondine. – Je ne l’ennuie pas du tout… Je lui plais… Vois comme il me regarde… Comment t’appelles-tu ?
Auguste. – On ne tutoie pas un seigneur, pauvre enfant !
Ondine, qui s’est approchée. – Qu’il est beau ! Regarde cette oreille, père, c’est un coquillage ! Tu penses que je vais lui dire vous, à cette oreille ?… À qui appartiens-tu petite oreille ?… Comment s’appelle-t-il ?
Le Chevalier. – Il s’appelle Hans…
Ondine. – J’aurais dû m’en douter. Quand on est heureux et qu’on ouvre la bouche, on dit Hans…
Le Chevalier. – Hans von Wittenstein…
Ondine. – Quand il y a de la rosée, le matin, et qu’on est oppressée, et qu’une buée sort de vous, malgré soi on dit Hans…
Le Chevalier. – Von Wittenstein zu Wittenstein…
Ondine. – Quel joli nom ! Que c’est joli, l’écho dans un nom !… Pourquoi es-tu ici ?… Pour me prendre ?…
Auguste. – C’en est assez… Va dans ta chambre…
Ondine. – Prends-moi !… Emporte-moi !
Jean Giraudoux, Ondine, acte I, scène 3 (extrait)

Du savon et de son bon usage…

Ondine n’appartient pas à notre monde : elle est une nixe, une fille des eaux, une créature du lac. Cependant, sous l’effet d’un coup de foudre sensuel, elle prend le risque de rompre avec son ordre « naturel ». Ce qu’elle croit saisir des hommes dans la personne du chevalier fonde un amour absolu, éternel. Elle l’a trouvé si attirant, qu’elle en a conclu qu’il lui était destiné.
Ondine est vouée au malheur, bien sûr, mais elle aura connu le sentiment mystérieux, que les humains, ces êtres attachants et décevants, nomment l’amour.
J’ai vu Ondine à la Comédie française, dans la mise en scène de Raymond Rouleau, en 1974. Jean-Luc Bouté y était le chevalier. Ce magnifique comédien, disparu prématurément, a laissé un souvenir ineffaçable à ceux qui l’ont connu. Il paraissait sur la scène, mobile, puissant, le regard d’un singulier éclat, et l’on était envoûté par sa silhouette dure et ses traits de florentin renaissant croqué par Léonard de Vinci. Isabelle Adjani incarnait Ondine, c’est-à-dire qu’elle rendait sensible à la fois son essence extra-humaine et le consentement heureux à sa nouvelle, terrible et adorable condition. Elle n’avait pas vingt ans, en paraissait quinze à peine. Elle aussi venait d’ailleurs, comme suscitée par une source magique.
Un esprit malicieux verrait peut-être dans Ondine une manière de transgenre : elle s’affranchit de tous les interdits génétiques et culturels qui la faisaient appartenir à l’ordre lacustre. Mais sa métamorphose n’est pas le fruit d’une protestation, d’un malaise, elle ne s’accomplit pas dans la revendication, elle ne fonde pas une fierté nouvelle : elle produit une évidence et une fatalité.
Madame Rousseau et ses amis triompheront-ils un jour ? La Nupes de Jean-Luc Mélenchon, un Louis de Funès toujours furieux sans le charme, un trotskiste d’arrondissement, nous imposera-t-elle son organisation de petits commissaires du peu et du peuple pour bloc d’immeubles et communauté de communes ? Connaîtrons-nous cet Enfer vert qu’ils portent tous dans leurs bagages et dans lequel il « brûlent » de nous jeter (toujours Jeanne d’Arc !) ?

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Pour le temps qui reste, c’est encore Giraudoux, que nous consulterons :  
 […] Hector – « Et il y en aura d’autres après lui, n’est-ce pas, pourvu qu’ils se découpent sur l’horizon, sur le mur ou sur le drap ? C’est bien ce que je supposais. Vous n’aimez pas Pâris, Hélène. Vous aimez les hommes ! ».
Hélène – « Je ne les déteste pas. C’est agréable de les frotter contre soi comme de grands savons. On en est toute pure… » (La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Acte I, scène 8).
Il nous reste encore les sources, les ombres errantes et bienveillantes, les villes énormes, les êtres qu’on frôle et qu’on étreint. 


Notes

1) Depuis plusieurs mois, la gauche « lin et coton recyclé » (L’Obs en tête) se répand en dénonciations d’un prétendu péril, la chaîne CNews. Elle serait non seulement le repaire de la Réaction, mais encore diffuserait des idées aussi dangereuses que celles qui figuraient dans le catalogue de frustrations et d’anathèmes, paru en 1935 sous la signature d’un obscur caporal autrichien (qu’on prétendit longtemps monorchide) souvent vêtu d’une Lederhose (culotte de peau) bavaroise à pont, tendance Oktoberfest, peu seyant sur les cuisses maigres et les genoux cagneux. On s’étonnera simplement que l’immense armée des bien-pensants craigne à ce point une entreprise privée relativement modeste si on la compare aux moyens et aux relais dont disposent ces innombrables soldats des idées correctes garanties sans trace de « droitisme » (voir note 3).

2) Considérant le prénom de M. Schneidermann, je me suis refusé à écrire dans le corps de l’article, reprenant ainsi son procédé d’ironie, Daniel D’Arc. Cette espèce de paronomase m’évoque immédiatement un chanteur que j’aimais beaucoup et ne veut pas mêler à ce détournement.

3) On verra le documentaire que Tristan Waldeck, pour l’émission « Complément d’enquête » (France 2, 13 avril)  a consacré à Sandrine Rousseau. Je ne croyais pas possible qu’une chaîne de la télévision d’État mît en évidence les contradictions, les omissions, les inventions d’une femme politique de la mouvance verte extrême. Ce traitement est réservé ordinairement à la droite, me semble-t-il. On s’amusera, ou l’on se désolera des arguties que développe Sandrine R. lorsque le journaliste l’interroge sur l’appartement qu’elle prétendait habiter dans le XIIIe arrondissement, grâce à une attestation de domicile très complaisante… En a-t-elle seulement franchi le seuil ? « Je misais sur ce logement ». Bref, alors qu’elle présentait sa candidature à la députation dans ce quartier parisien, en 2022, il apparaît qu’elle n’y avait pas de domicile légal ; or, aux yeux de la loi, cela constitue un délit. Les Verts et leurs alliés nous promettent et nous préparent un avenir de contraintes, de remords et de punitions. En attendant, ils nous administrent quotidiennement des leçons de maintien démocratique.

4) Françoise Hardy, Avis non autorisés, éditions Des Équateurs.

5) Il y aurait bien des choses, et des plus désagréables, à dire sur l’homme Giraudoux. Ce n’est pas le lieu, ici, pour son procès. J’accepte d’aggraver mon cas en affirmant que j’aime ses pièces de théâtre et que je déplore qu’on ne les monte plus.

6) Sur un thème proche, on entendra le merveilleux « Chant à la lune », de préférence par Renée Fleming, extrait de Rusalka, opéra du compositeur Anton Dvorak (1841-1904).
Rusalka est une divinité des eaux, amoureuse éperdue du jeune prince qui se baigne fréquemment dans le lac où elle séjourne. La nymphe sollicite une sorcière d’un service : lui donner la forme (et les formes) d’une femme incarnée. Elle sera exaucée, mais au prix d’une sévère infirmité (elle devient muette), et d’une terrible menace : la damnation si le prince ne l’aime pas en retour.
Il la voit, il s’en éprend, puis il s’en lasse. Il s’éloigne, mais, la retrouve, veut la reconquérir. Elle le met en garde : s’il lui donne un baiser, il mourra dans l’instant.
Il l’embrasse, et meurt. Rusalka sombre dans les eaux noires.

Migraine

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Ondine

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Ce que l’on sait de l’offensive ukrainienne

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Blindés ukrainiens détruits, Ukraine, 9 juin 2023 © AP/SIPA

« Des actions contre-offensives et défensives ont lieu en Ukraine, et je n’en parlerai pas en détail », a déclaré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors d’une conférence de presse le samedi 10 juin. Le point sur le front et la stratégie de l’armée ukrainienne.


Depuis une petite semaine, les forces ukrainiennes sont engagées dans une série d’opérations sur un front de quelques 200 kilomètres, entre Bakhmout et Zaporijia. Ces opérations sont accompagnées de frappes en profondeur menées par l’artillerie (canon et roquettes) et des forces spéciales, allant jusqu’à quelques dizaines de kilomètres derrière le front, et visent notamment l’infrastructure ferroviaire, épine dorsale de la logistique des forces russes.

La contre-offensive pas encore à son maximum

Sur le front, on peut identifier quatre efforts importants conduits par les Ukrainiens, essentiellement sans la participation de la plupart des nouvelles brigades formées, équipées et entrainées ces derniers mois – du moins pour le moment. Certaines unités équipées de matériel occidental ont été engagées, mais plusieurs nouvelles unités ukrainiennes n’ont pas encore été identifiées sur le front ce qui laisse penser à une opération échelonnée dont l’intensité n’est pas encore arrivée à son maximum.

L’objectif militaire ukrainien est désormais clair : couper les voies de communication terrestres entre Louhansk – Donetsk et Kherson et la Crimée. Cela ne veut pas nécessairement dire que les Ukrainiens cherchent la « photo de victoire » d’un de leurs soldats se baignant dans la mer d’Azov entre Marioupol et Melitopol ! Du point de vue militaire, les Ukrainiens peuvent interdire tout mouvement sur ces voies de communication terrestres sans prendre les plages et ainsi atteindre l’objectif sans reprendre physiquement l’intégralité du territoire aujourd’hui annexé par la Russie.

Une opération longue

Une fois cet objectif atteint, les forces ukrainiennes vont s’organiser pour défendre leurs acquis et mettre la pression sur les Russes pour qu’ils évacuent la rive gauche du Dniepr, les régions de Kherson et Zaporijia. Comme nous l’avons vu pendant l’offensive de septembre-novembre 2022, le succès ne peut pas être mesuré aux avancées en kilomètres des forces ukrainiennes mais par le déficit logistique de l’un ou l’autre des belligérants (lorsque les forces combattantes consomment plus qu’elles ne reçoivent en réapprovisionnement). Les rares informations vérifiables (photos et vidéo authentifiées, datées et géolocalisées, certaines chaines cryptées) font état de quelques avancées ukrainiennes, de contre-offensives russes ainsi que de preuves de destructions de matériel hors contexte tactique. Puisque pour les Ukrainiens, une percée suivie d’une exploitation en profondeur et un écroulement de la défense russe n’est pas l’unique méthode pour atteindre leurs objectifs, même si le front est statique, le bilan peut être dramatique pour les Russes – les poussant jusqu’à l’abandon de ces deux régions. Pour cela, il faut maintenir la pression de manière permanente à la fois sur les unités au front (les obligeant à consommer essence, matériel, munitions et vivres) et sur la logistique en profondeur, détruisant des dépôts et ralentissant l’acheminement par trains et camions de tout ce dont les combattants ont besoin…

L’automne dernier, les forces ukrainiennes ont mis dix semaines (fin août – début novembre) pour obliger les Russes à abandonner la rive droite du Dniepr et la ville de Kherson. Cette fois-ci, leurs moyens sont bien supérieurs (en nombre, en matériel, en qualité), mais la tâche est aussi beaucoup plus compliquée. Le front est long et les Russes ont créé un espace de défense avec obstacles, mines, positions fortifiées et camouflées, stocks de vivres et munitions. Les Ukrainiens n’ont pas une option de contournement massive (au-delà des commandos) par opération de débarquement par voie maritime, et le rôle que leurs forces héliportées peuvent jouer n’est pas encore très clair. Dans ces conditions, quand on essaie de percer sans effet de surprise exactement là où l’ennemi vous attend, il ne vous reste que vos éventuels avantages tactiques et technologiques. Selon quelques indices publiés, les Ukrainiens essaient autant que faire se peut d’agir la nuit et de maximiser l’avantage de leur artillerie (meilleures portée et précision) pour détruire celle des Russes. Cependant, alors que la presse internationale s’attendait à une « contre-offensive » spectaculaire, nous sommes bien face à une opération longue (sur plusieurs semaines) dont l’évolution n’est pas visible, on l’a dit. Mais il faudra suivre de près l’engagement des nouvelles unités ukrainiennes avant de pouvoir tirer tous les renseignements utiles concernant l’avance de l’offensive.               

Les silences d’Abdelmassih H.

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Vue aérienne d'Annecy © Francois Glories/SIPA

Le suspect de l’attaque d’Annecy n’aurait rien dit pendant ses 48 heures de garde à vue. Pourquoi la si libérale Suède – du moins à l’époque – n’a pas voulu intégrer Abdelmassih H. à sa communauté nationale, alors que sa propre épouse était naturalisée ?


Jeudi 8 juin dernier, la France renouait avec la trop habituelle horreur des attaques au couteau. Cette fois-ci, les victimes étaient des enfants en bas âge dans un parc longeant le majestueux lac bordant la ville d’Annecy. Répondant au nom d’Abdelmassih H., l’assaillant de 31 ans est un réfugié syrien installé en France depuis tout juste quatre mois qui vivait dans un hall entre deux immeubles du centre de la ville. L’homme dont le prénom porté généralement par les chrétiens arabophones signifie « serviteur du messie », a embrassé une croix durant la commission de ces actes barbares et hurlé dans un anglais aléatoire « In the name of Jesus Christ » avant d’évoquer son ex-épouse et sa fille… du même âge que les enfants du parc. Depuis son arrestation et sa mise en garde à vue, il a gardé le silence, n’exprimant pas plus de remords que d’explications quant à son geste. Prostré en position fœtale dans sa cellule, il ne s’est pas alimenté et n’a pas bougé.

Naturalisation refusée en Suède…

La magistrate chargée de l’enquête n’a pour l’heure pu rapporter que des éléments matériels peu concluants, indiquant qu’Abdelmassih H. portait un couteau pliable, deux images pieuses chrétiennes, une croix autour du cou, 480 euros en espèces et un permis suédois. Abdelmassih H. était en effet passé par la Suède après s’être enfui en Turquie durant la guerre civile syrienne. Après avoir obtenu un permis de séjour permanent en 2013, il s’était installé avant de faire souche avec son épouse, une autre Syrienne qui avait obtenu la nationalité suédoise en 2021. De son côté, Abdelmassih H. avait vu toutes ses demandes de naturalisation refusées par les autorités suédoises, avant que l’Office suédois des migrations ne rejette définitivement sa demande en février 2022.

A lire aussi: J’me présente, je m’appelle Henri

Pourquoi la si libérale Suède, du moins à l’époque, n’a pas voulu intégrer Abdelmassih H. à sa communauté nationale alors que sa propre épouse était naturalisée ? Tout simplement parce qu’il avait déclaré avoir servi dans l’armée syrienne de juin 2011 à décembre 2012. Suffisant pour l’Office des migrations suédois puisqu’un « candidat à la naturalisation » qui aurait pu être actif ou aurait eu « une influence décisive sur une organisation dont on pense que les activités comprenaient des abus systématiques, étendus et flagrants tels que la torture, le meurtre et les exécutions extrajudiciaires ne peut pas obtenir la nationalité suédoise avant prescription d’un délai spécifique ». Lequel a été fixé à vingt-cinq ans.

… mais résident permanent

Il y a là une forme de bon sens, de logique élémentaire. Pourtant, en dépit de son passé militaire probablement traumatique, Abdelmassih H. a été admis en tant que résident permanent et a pu, grâce aux accords de Schengen, se promener dans toute l’Europe et commettre son acte démoniaque de la semaine passée. Au fond, l’important n’est pas de savoir s’il était musulman ou chrétien, si son acte était ou non politiquement motivé. De toute évidence, bien que la magistrate chargée de l’instruction se soit montrée prudente en déclarant qu’à ce stade il n’était pas possible de se prononcer sur le fait qu’Abelmassih H. souffre d’une maladie mentale, l’homme était un désaxé profond. Quelle autre civilisation que la nôtre a permis de laisser entrer sur son territoire des centaines de milliers de personnes revenant de zones de conflits particulièrement violentes, totalement inadaptées à notre mode de vie et donc potentiellement dangereuses ?

Si tous les « migrants » de Syrie, du Soudan, du Congo ou d’Afghanistan, ne sont pas tous des candidats à l’assassinat, au viol, au trafic de drogue, à la mendicité ou au vol, il y a de toute évidence parmi eux de nombreux profils qui en sont capables. On le voit bien, du reste, avec l’affaire d’Annecy. L’islamo-terrorisme est une circonstance aggravante du dérèglement des flux migratoires, mais il n’y a pas besoin de ce problème supplémentaire pour que ces arrivées soient déjà en elles-mêmes indésirables. La vérité est que nous subissons un phénomène qui ne peut être combattu qu’avec une grande coordination européenne et une résolution sans faille. Assaillie par ces exilés, la Suède a d’ailleurs fini par choisir un gouvernement qui a fait de la lutte contre l’immigration sa priorité absolue. Actuel premier ministre de Suède, Ulf Kristersson a même affirmé qu’il allait engager la rétro-migration de nombreux individus prétendument « réfugiés » ou arrivés dans la clandestinité.

A relire: Suède: vous ne viendrez plus chez nous par hasard

Décivilisation

Chargé de recherches au CNRS, Xavier Briffault explique à Atlantico qu’une méta-analyse portant sur 40 études et  11 000 personnes montre « une prévalence de troubles dépressifs chez les migrants de 32%, soit presque trois fois plus élevée que dans la population générale (…) La prévalence des troubles de stress post-traumatique est de 31%, soit 18 fois plus élevée qu’ici, en France, où le taux de ce type de troubles est généralement bas ». En janvier 2022, un Français ancien soldat d’élite en Afghanistan surnommé le « cannibale des Pyrénées » s’échappait de l’hôpital Marchant de Toulouse et agressait une femme âgée de 72 ans dans l’espoir de littéralement la dévorer. Un voisin s’interposait alors en pleine nuit, opposant son fusil pour se défendre. Un héros comme Henri. Nous avons déjà des crimes commis par nos propres « traumatisés », bien qu’il ne s’agisse pas d’une excuse : pourquoi en importer d’autres par millions ?

Pourtant, certains s’acharnent. Idéologues, ils ne voient pas le problème, ignorent la récurrence des cas graves. Ainsi de Benoit Hamon qui nous exhorte à ne pas « exploiter la peur ». Pour le socialiste, « demain la migration ne sera pas le problème, mais peut-être la solution ». De l’autre côté, il y a Henri, Français héroïque à qui l’on cherche des poux parce que trop catho et trop patriote. Bref, nous évoluons dans une réalité parallèle où la vérité est sans cesse attaquée. L’immigration massive de personnes qui échappent à l’horreur pour l’importer ici est un crime contre notre pays, contre notre civilisation. Nous ne pouvons plus laisser des bombes à retardement errer dans les rues. Le cas d’Annecy, malgré ses spécificités et ses zones d’ombre, l’illustre crûment.

Djokovic: le moine soldat des courts

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Novak Djokovic, Paris, 11 juin 2023 © CHINE NOUVELLE/SIPA

Sacré hier à Roland-Garros pour la troisième fois de sa carrière, le Serbe est devenu le joueur le plus titré de l’histoire en Grand Chelem avec 23 titres.


Il triomphe, il terrasse, il flamboie, il agace, il irrite, il dérange, il clive. Mais il met tout le monde d’accord dès qu’il prend possession d’un court sur quelque continent que ce soit. Vingt-trois grands chelems, qui dit mieux ? Ou plutôt qui dira mieux désormais… À part Djokovic lui-même, peut-être bien ? Bref, l’homme frise le surhomme à maints égards. Ceux qui le côtoient ne cachent pas – en privé – qu’il atteint ce niveau, qu’il s’y maintient avec une telle constance – à trente-six ans – au prix d’une approche quasi obsessionnelle ou névrotique, non seulement de son sport, mais de sa vie même. Voire. On se doute bien qu’un tel parcours ne se réalise pas en se contentant du minimum et moins encore dans le culte de la désinvolture. Certes non. Alors, évidemment, on est tenté de se demander si l’extraordinaire force mentale dont cet immense compétiteur fait montre d’exploit en exploit ne se nourrirait pas d’une autre force, morale celle-là. Voire spirituelle. À peine remis de l’émotion de son vingt-troisième succès en grand chelem à Roland Garros, il prend le micro qu’on lui tend et quel est le mot qui, dans le flux des propos de convention, lui vient aux lèvres ? C’est le mot de « valeurs ». Les valeurs que quotidiennement, confesse-t-il ainsi urbi et orbi en prédicateur missionné, il s’efforce d’inculquer à ses enfants, adorables au demeurant. Son enfance à lui, c’était déjà le tennis. Pratiqué d’emblée frénétiquement. À ceci près qu’il devait jongler avec les bombardements de son coin de Serbie pour caler ses entraînements. C’était la guerre. Les enfants des guerres ne deviennent jamais des adultes comme les autres. Le temps était compté, on enchaînait les tie break plutôt que des jeux entiers ou des sets. D’où peut-être bien son insolente supériorité dans cet exercice encore aujourd’hui ? Cette incursion en territoire de « valeurs » me semble receler un aveu surprenant et magnifique. L’aveu que ce qui le fait se lever chaque matin et se battre jour après jour dépasse de loin les motivations habituelles du sportif, du guerrier des stades où de la piste, juste occupé de force musculaire, d’énergie mentale et de gloire clinquante. Chez lui, il y a au-dessus de cela une implication qui, je le pense, ressortit à une forme de mysticisme. Ce serait cela le vrai grand secret. Et je ne peux m’empêcher de voir en Novak Djokovic, raide de maintien, marmoréen dans la plupart de ses attitudes, une espèce de moine soldat des courts. La raquette est son glaive. Et la coupe des Mousquetaires qu’il brandit, une préfiguration du graal ultime à la conquête duquel il ne cesse de rêver. Et dont il est probablement le seul à connaître le secret. Quelque chose comme le surpassement de l’être au point qu’il n’y a plus rien à prouver, non seulement à quiconque, mais d’abord à soi-même.

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Henri est bien plus qu’Henri

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D.R.

Il n’est jamais trop tard pour célébrer. En compagnie de multiples admirations et contre quelques dérisions. Le billet de Philippe Bilger.


Henri d’Anselme, le héros d’Annecy âgé de 24 ans, celui qui avec courage a empêché le criminel syrien d’aggraver encore son massacre, a été questionné avec finesse et délicatesse durant 25 minutes, par Pascal Praud, le 9 juin. Pour tous ceux qui se trouvaient sur le plateau – j’en étais – et sans doute pour les téléspectateurs, ce fut un moment d’émotion et d’intense gravité, à cause de la tragédie du 8 juin et grâce à la qualité humaine et intellectuelle d’Henri. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire référence à ce que j’avais entendu sur France Inter dans l’émission de Sonia Devillers, le 8 juin, avec Elias Sanbar comme invité. Celui-ci dénonçait le culte des origines, approuvé par Sonia Devillers, qui, avec sarcasme, clairement pour s’en moquer, a raillé « les cathédrales ». Daniel Schneidermann, dans la journée du 9 juin, a publié une chronique dans Libération « Henri d’Arc, un héros chez Bolloré » – dans laquelle il ironise sur « l’occasion pour Pascal Praud de pousser à fond sur le sentier de la transcendance ».

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Leçon de courage

Entre Sonia Devillers tournant en dérision les cathédrales (mais sans que Henri soit en cause) et Daniel Schneidermann, il y a eu précisément l’intervention d’Henri sur CNews où, avec modestie et intelligence, il a fait surgir dans le débat des vertus et des croyances qui, évoquées avec gravité et humour à la fois, ont constitué une sorte de miraculeux intermède mettant à l’honneur une autre jeunesse, d’autres élans et des valeurs trop ignorées. Avec quelle audace il a osé parler de la foi, du courage, de l’humilité, du chemin des cathédrales qu’il avait déjà commencé à parcourir et du fait qu’on ne pouvait se réclamer de Jésus-Christ en agressant de petits enfants, les plus fragiles d’entre nous… Comme il a tenu à faire partager cette conviction que ce qu’il a accompli et qui était instinctif devrait être, face au péril et pour protéger autrui, l’action de chacun. Mais rien de pesant ni de didactique dans ces échanges formidables où une qualité d’âme et d’esprit se révélait dans sa pureté…

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Je ne vois pas au nom de quoi on pouvait s’autoriser condescendance, aigreur ou critique face à cet exemple dont on n’était pas obligé de partager la foi pour admirer la personne… Je ne vois pas non plus pourquoi la transcendance aurait été absente du questionnement puisqu’elle se trouvait au cœur de la personnalité d’Henri et de sa conception de la vie… Pour ma part, si aucune dissonance ne m’éloigne d’une profonde admiration pour Henri, je souhaiterais cependant prévenir d’une tentation : le porter d’autant plus aux nues que ces hommages nous dispenseraient de manifester du courage à chaque fois que la quotidienneté nous en donne l’occasion. J’entends bien que ce n’est pas le courage d’Henri qui dans la banalité des jours risque de nous échoir. Mais de cette vertu capitale, il y a mille visages et je crains que nous soyons prêts à nous passer trop souvent du nôtre.

Henri est bien plus qu’Henri : son exemple devrait nous inciter à réfléchir sur nous-mêmes et je songe tout particulièrement aux politiques, de tous bords. Ce courage physique, cette indifférence à l’égard de ce qui pourrait l’atteindre, Henri les a portés au plus haut. Mais pourquoi, alors que son chemin était le plus dur, les politiques (au pouvoir et dans l’opposition) nous donnent-ils souvent l’impression d’être dénués de l’audace minimale, du courage seul remède contre la bêtise et la haine, qui devrait les faire se comporter avec cette sorte d’évidence qui a mû, sur un autre plan, Henri ?

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Je suis lassé de ces hommages permanents rendus à des personnalités que nous qualifions d’emblématiques, comme si elles n’appartenaient pas à notre condition et que nous n’en étions pas solidaires. Comme si nous étions voués à ne jamais les imiter. De ces politiques donnant le mauvais exemple quand, face à la folie du monde et aux atrocités, face à la résistance de quelques-uns, ils devraient au moins se tenir bien et, à leur place, faire preuve du courage qu’on attend d’eux, quelle qu’en soit la nature.

Il ne faudrait pas que Henri devienne l’éblouissante exception qui confirmerait la règle de l’abaissement.