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Faut-il vraiment fouiller dans les poubelles d’Epstein?

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La publication de millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein par le ministère américain de la Justice, vendredi 30 janvier, a provoqué une vague de réactions et plusieurs démissions à travers le monde. Donald Trump a, de son côté, estimé que ces nouvelles pièces l’« innocentaient ». Les relations qu’entretenaient de nombreuses personnalités politiques et économiques avec le prédateur sexuel, mort en prison en 2019, font aujourd’hui peser sur elles un soupçon diffus de pédophilie par association de M. et Mme tout le monde. Nous vous proposons d’écouter l’avis d’Élisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio.


La tempête Epstein fait des vagues en France. Des vaguelettes, si l’on songe à la démission de Peter Mandelson, hiérarque travailliste au Royaume-Uni, au scandale qui éclabousse la future reine de Norvège, ou encore au fait que les Clinton ont finalement accepté de témoigner devant le Congrès américain.

En France, Mediapart frétille, mais les conséquences restent limitées : la démission de Caroline Lang, fille de Jack Lang, de la direction du SPI, et Bruno Le Maire propulsé en trending topic sur X pendant plusieurs heures.

Avant de fouiller dans cette poubelle, il faut se demander si on y trouvera la vérité et la justice. Je suis sûre du contraire.

Curieusement, tous ceux qui s’indignaient du refus de l’administration Trump de divulguer ces 3,5 millions de pages s’indignent aujourd’hui qu’elle les balance sans filtre. C’est une stratégie de noyade, dit l’éditorialiste Françoise Degois. Non. La loi pour la transparence des dossiers Epstein a été votée en novembre par le Congrès. C’est ça, la transparence: le carburant d’une machine à ragots planétaire. Madame Michu, vous-et-moi, érigés en juges.

Mais on a bien le droit de savoir qui était en contact avec ce pédophile notoire !  me réplique-t-on. Ah, c’est écrit où ? Pour en tirer quelles conclusions ?

Jeffrey Epstein était riche, puissant, introduit partout. Il incarnait parfaitement les élites mondialisées. Le gotha mondial lui demandait faveurs et entremises. Bruno Le Maire ou Marine Le Pen apparaissent dans les fameux fichiers parce qu’ils auraient sollicité des financements pour leurs campagnes. Sans suite. Une intention, une idée sans lendemain est-elle une information ?

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Or, désormais, le soupçon de pédophilie par association pèse sur toutes les personnalités citées. Jack Lang a reconnu qu’ils étaient amis. Est-ce un crime ? Une preuve qu’il savait ? Evidemment pas. Et pourtant, c’est ce qui restera dans la tête chez pas mal de gens. Tous des pédo-satanistes, ces puissants qui nous gouvernent !

En réalité, j’estime que ces documents n’auraient jamais dû être publiés. Seulement, depuis Julian Assange et Edward Snowden, le public adore les « leaks »(fuites), ces millions de documents secrets volés et publiés en vrac: les télégrammes diplomatiques et noms d’agents étalés dans la presse, il parait que c’est démocratique. Pourtant, non. Dans de nombreux domaines, le secret est sacré et protégé par la loi: vie privée, affaires, santé, sécurité nationale… Parce qu’entre l’information brute et le public, il y a besoin d’une médiation, il faut qu’une institution hiérarchise, interprète et évalue. Raison pour laquelle d’ailleurs les enquêtes judiciaires et policières sont également tenues au secret.

Non, le public n’a pas le droit de tout savoir des agissements des autres. N’oublions pas que les internautes ne sont pas un peuple de citoyens éclairés mais une meute qui se délecte avant tout de voir des puissants à terre. Et même avec le dernier iPhone 27 et l’aide de l’intelligence artificielle, des commères numériques restent des commères.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger

Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

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Notre numéro de février est en vente. Découvrez le sommaire de notre nouveau magazine, disponible aujourd’hui sur le site et demain dans les kiosques.


Le 30 septembre 2000, France 2 diffuse un reportage présentant la mort du petit Mohamed Al-Durah sous les balles de Tsahal à Gaza. Ce scoop mondial est une aubaine pour les ennemis d’Israël, qui l’exploitent ad nauseam depuis 25 ans pour leur propagande antisémite. Mais incohérent et tronqué, il a aussi suscité les doutes de nombreux observateurs. Si l’un d’eux, Philippe Karsenty, a été condamné pour diffamation, la chaîne publique n’a toujours pas prouvé la véracité de ses images.Comme le dit Élisabeth Lévy en présentant notre dossier spécial : « L’affaire Al-Durah est aussi un cas d’école du fonctionnement du parti des Médias qui se dresse comme un seul homme contre quiconque menace l’intérêt supérieur du Parti. Les antidreyfusards et les communistes ne pensaient pas différemment ». L’enquête étayée de Karsenty montrait que l’image de Mohamed Al-Durah tué dans les bras de son père, qui est devenue une icône de la cause palestinienne et une justification de l’« antisionisme », était une mise en scène.

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Interviewé par Gil Mihaely, Philippe Karsenty qualifie ce reportage de « plus grand faux antisémite de notre génération ». Michaël Prazan, se confiant à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, rappelle que l’accusation contre les Juifs de crime rituel apparaît dans l’Antiquité avant d’être à toutes les époques et sous tous les cieux le prétexte d’effroyables pogromes. Les avocats Gilles-William Goldnadel et Aude Weill-Raynal reviennent sur les neuf ans de procès qui se sont terminés par la condamnation de Philippe Karsenty. La Justice n’a pas remis en cause son analyse méthodique des images de France 2 mais a appliqué à la lettre le droit de la diffamation, un jugement « technique » qui ne sert pas la vérité historique. Juif de gauche et sioniste blessé, Claude Askolovitch continue de penser que le petit Mohamed est mort sous les balles de Tsahal. Mais plutôt qu’en faire un symbole ou l’étendard d’une cause, il veut lui rendre sa singularité. Pour Pierre-André Taguieff, les images trompeuses du « petit Mohamed » s’apparentent, par leur charge antisémite, aux « Protocoles des sages de Sion » et à l’affaire Dreyfus. Quant aux nombreux journalistes qui ont préféré les relayer sans distance critique, ils nous informent sur le corporatisme dévastateur de leur profession.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy commente les opérations de l’ICE (la police de l’Immigration et des Douanes) aux États-Unis qui, de ce côté de l’Atlantique, suscitent des réactions opposées : louanges à droite, condamnation à gauche. De surcroît, la gauche en profite pour sortir le N-word (N comme nazi) et diaboliser le président Trump. Certes, personne ne souhaite voir des innocents mourir sous les balles d’une police à la gâchette facile, mais la France s’est montrée incapable de réduire les flux migratoires, de sorte que « nos frontières sont des passoires ». Conclusion : « si la force sans le droit est un fantasme de tyran, le droit sans la force est un rêve d’enfant ».

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En Iran, les manifestations massives contre le régime des mollahs ne l’ont pas renversé. Selon l’analyse de Gil Mihaely, outre une répression sanglante, la République islamique repose sur un système clientéliste qui bénéficie à près d’un quart de la population. S’ils pouvaient changer de régime en conservant leurs privilèges, ces millions d’Iraniens rejoindraient la contestation. Iraj Mesdaghi a connu les geôles de la République islamique. Torturé, il a été le témoin d’exécutions massives. Exilé en Suède, il a minutieusement documenté ces atrocités et fait condamner un tortionnaire. Se confiant à Gil Mihaely et à moi, il affirme aujourd’hui que, les Iraniens rejetant autant le régime que l’islam, le renversement de Khamenei entrainera l’effondrement de tout le système. Pour lui, « l’Iran est le cœur idéologique de l’islam politique depuis 1979. Si ce régime tombe, c’est tout l’édifice idéologique qui vacille, y compris dans le monde sunnite ». Selon Pierre Vermeren, la révolution iranienne de 1979 n’a pas été le point de départ mais l’aboutissement du rapprochement islamo-gauchiste dont les origines remontent à la guerre d’Algérie. Alors que le régime des mollahs vacille, c’est désormais vers la Turquie d’Erdogan que se tournent les partisans d’une alliance entre le drapeau rouge et le Coran. Omar Youssef Souleimane, journaliste et d’auteur des Complices du mal, explique à Gil Mihaely que la France est confrontée à la même menace qui a ravagé sa Syrie natale : la progression d’un islamisme politique qui tend à imposer la charia à toute la société. Des Frères musulmans qui infiltrent LFI au président syrien qui pratique la taqiya, c’est le même combat.

Certes, les mauvaises manières de Donald Trump scandalisent les Européens mais, selon mon analyse, il ne fait que perpétuer la vieille tradition américaine d’ingérences qui s’inscrit désormais dans une mondialisation des conflits. Les grandes puissances sont en concurrence sur tout et partout sur terre. Et le Vieux continent peine à s’adapter à ce nouveau désordre du monde. Alexandre Devecchio a grandi dans le 9-3 à une époque où la religion et la couleur de peau n’avaient pas d’importance, puis il a connu le basculement progressif vers le séparatisme. Son nouveau livre, Nous vivions côte à côte, est le récit de cette fracture démographique et idéologique qui a changé le visage de la France. Il en parle avec Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques. Didier Desrimais analyse la production de Radio Nova qui s’est spécialisée dans le recyclage des humoristes débarqués de l’audiovisuel public. Sous couvert de lutte contre l’extrême-droite, le milliardaire de gauche Matthieu Pigasse leur laisse carte blanche pour dérouler un programme indigéniste, islamo-gauchiste, décolonial et antisioniste. Prière de ricaner.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles affirme que, si le débat national donne l’impression que l’imaginaire politique est au point mort, au niveau local, des élus proposent des idées innovantes qui améliorent la vie quotidienne des Français. Pour Ivan Rioufol, la France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en mains : un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer. Emmanuelle Ménard est d’avis que l’année 2026 promet de nous réserver bien des surprises. Et à l’approche des élections municipales, les petites saloperies volent en escadrille. Haut les cœurs ! Enfin, Gilles-William Goldnadel propose la formule « privilège rouge » pour décrire l’indulgence du système médiatico-politique pour l’extrême gauche. Entrera-t-elle au dictionnaire ?

Sur bien des sujets, Alain Finkielkraut et Pierre Manent ne pensent pas la même chose. Le premier est un juif athée qui soutient la reconnaissance de la Palestine, le second est un chrétien convaincu qui n’a plus foi dans la solution à deux États. Cela n’empêche pas Manent de dire ici son admiration pour l’académicien « mécontemporain » qui vient de publier Le Cœur lourd. Sans son commentaire – nous explique Georgia Ray – l’œuvre d’art contemporain « conceptuel » n’existe pas. Le discours de l’artiste nourrit le verbiage, le marché et les institutions culturelles. Mais il existe un autre art contemporain empreint d’esprit et d’harmonie. L’exposition de Fabienne Verdier, à la Cité de l’architecture, en est la preuve. Jean-Marie Besset est un auteur dramatique qui, selon Jérôme Prigent, ne transige pas avec la langue, allant jusqu’à écrire sa nouvelle pièce, Katte, en alexandrins et en cinq actes. Un hommage aux maîtres classiques salvateur dans le paysage théâtral d’aujourd’hui. Dans Triompher en festins. Une histoire de France en vingt repas, Jonathan Siksou restitue des ripailles mémorables de Saint Louis à Emmanuel Macron. Vue des marmites, la vie politique fourmille d’anecdotes savoureuses et de repas fins. Pour le romancier, c’est un récit passionnant, de l’amuse-bouche au digestif.

Richard Millet salue la nouvelle traduction du Bruit et la Fureur de William Faulkner, par Charles Recoursé. Elle fait fi du wokisme en vigueur dans l’édition et restitue sans fausse pudeur l’histoire de la famille Compson, traversée par la folie, l’alcoolisme et l’inceste. Un roman méditatif et vertigineux. Emmanuel Domont recommande l’anthologie de Gilles Schlesser, Les Flâneries littéraires de Paris, qui permet d’arpenter les rues de la capitale aux côtés des plus grands écrivains ; Alexandra Lemasson, La disparition des choses de la romancière Olivia Elkaim, qui fait revivre Cécile Peretz, la mère de Georges Perec, assassinée à Auschwitz ; et Patrice Jean, le premier roman de Bruno Marsan, Underdog, livre en forme d’uppercut qui devrait mettre KO le monde des lettres. Jonathan Siksou rappelle à notre bon souvenir le génie de ce grand historien de la petite histoire, G. Lenotre (1855-1935). Enfin, Jean Chauvet trouve que l’énoncé des films du mois de février –Maigret, Saddam Hussein et un adepte des petits boulots – est comme un inventaire à la Prévert, improbable et alléchant. Si le sommaire de Causeur est alléchant, il n’y a pas d’incertitude : l’espoir du lecteur n’est jamais déçu.

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Les Complices du mal

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Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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Boualem Sansal élu à l’unanimité à l’Académie française: vraiment trop aimable!

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Âgé de 81 ans, l’écrivain franco-algérien, gracié en novembre 2025 par les autorités algériennes après avoir passé un an en détention, a été élu au fauteuil numéro trois de l’Académie française, quai de Conti, à l’issue d’une campagne éclair. « Évidemment, je suis heureux, flatté, honoré : c’est immense. Devenir académicien, c’est entrer dans l’histoire de France », a-t-il déclaré sur les ondes du service public.


Boualem Sansal n’est pas un écrivain de salon. Il n’a pas l’odeur rassurante des consensus tièdes ni la langue molle des accommodements confortables. Il écrit comme on désobéit, il parle comme on rompt un silence complice. Il a regardé l’Algérie, son pays d’origine, sans fard, sans mythologie, sans cet attendrissement menteur que l’Occident confond souvent avec la générosité. À l’instar d’une obséquieuse Ségolène Royal en road-show à Alger, une certaine France préfère flatter les régimes autoritaires plutôt que d’affronter la vérité de leurs faillites. Chez Sansal, la littérature est un sport à risque, pas une activité de confort. Ce risque, il l’a payé comptant : menaces, isolement, exclusion, prison.

On l’a souvent qualifié d’excessif. Mot commode, recyclé à l’infini, utilisé quand on préfère la paix des lâches à la vérité des vivants. On l’a dit dérangeant, reproche rituel adressé à ceux qui refusent de dormir debout. Sansal n’a jamais demandé pardon de voir ce qu’il voit et de dire ce qu’il voit. Il n’a jamais accepté de réécrire le réel pour le rendre fréquentable dans les salons parisiens ni présentable dans les chancelleries occidentales. Il écrit contre l’amnésie organisée, contre la complaisance diplomatique, contre cette industrie de l’excuse qui sert d’alibi moral à l’impuissance politique.

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Car ce que Sansal met à nu, ce n’est pas seulement un régime, mais une imposture, celle d’un pouvoir qui gouverne par la mémoire trafiquée faute de gouverner par les faits, et celle d’un Occident qui, par culpabilité post-coloniale, abdique toute exigence critique. Là où certains multiplient les courbettes, les hommages creux et les génuflexions médiatiques (jusqu’à célébrer les bourreaux au nom du dialogue), Sansal choisit la solitude de celui qui parle vrai. Il rappelle que l’indulgence à l’égard des tyrannies n’est jamais de la générosité, mais de la lâcheté.

Son œuvre dérange parce qu’elle refuse la hiérarchie des victimes, parce qu’elle ne sacralise pas les récits officiels, parce qu’elle rappelle que la liberté n’est pas un supplément d’âme mais une ligne de fracture. Sansal écrit depuis un lieu que beaucoup ont déserté, celui de la responsabilité intellectuelle. Il ne demande pas l’indulgence, il exige la lucidité.

Que la France reconnaisse aujourd’hui Boualem Sansal, que sa voix trouve ici un écho, a valeur de symbole. C’est une revanche discrète mais décisive, celle d’un pays qui, l’espace d’un instant, cesse de s’excuser d’exister et se souvient que la littérature n’est pas faite pour caresser les puissants, mais pour les mettre en cause. 

Sansal n’est pas un écrivain aimable. Il est mieux que cela, un écrivain nécessaire.

Le français, parlons-en !

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Le bar-tabac, l’arme secrète du barrage républicain

Dans une brillante étude, Monsieur Subtil de l’université de Zurich démontre que la fermeture des bars-tabacs, considérés comme des lieux clés de sociabilité locale, est associée à une progression durable du vote d’extrême droite dans les communes françaises, en particulier en milieu rural, parce que la disparition de ces espaces réduirait les interactions sociales et nourrirait un sentiment d’abandon territorial.


Le site de La Chaîne Parlementaire (LCP) se faisait l’écho, ce lundi, d’une de ces études sociologiques dont on ne se lasse pas et que, très probablement, la terre entière nous envie. De ces études ubuesques dont, à les lire, on se surprend à se demander si elles ne relèvent pas en réalité de la tradition bien française, dont personnellement je suis un ardent défenseur, de la franche déconnade potache.

Or, il n’en est rien. Ce qui est proposé là l’est avec le plus grand sérieux.

Le chercheur dont le travail prodigieux a abouti à la publication en question a pour nom Hugo Subtil. Ce genre de rapprochement entre ce qu’induit le nom et la finesse de la production du concerné ne s’invente pas. Il y a là comme une marque de prédestination qui mérite attention.

Car, Mesdames, Messieurs, la subtilité la plus vive est bel et bien au rendez-vous. Jugez-en. Le site LCP, en titre, fait mine de s’interroger. Subtilité, vous dis-je : « La fermeture des bars-tabacs, un facteur de progression du vote d’extrême-droite en milieu rural ? » Et de poursuivre : « Selon une étude du Centre pour la recherche économique et ses applications (officine dont l’utilité ne saute pas immédiatement aux yeux mais qui, je le suppose, fonctionne grâce à l’argent public, le nôtre donc), la fermeture de ces « lieux de socialisation « participerait à la progression durable du vote en faveur du Rassemblement national. Un phénomène d’autant plus marqué dans les communes rurales. »

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Vous avez bien lu. Ce ne sont pas la disparition des services publics dans les bourgs et villages de nos campagnes, la désertification médicale, l’imparable progression des incivilités et de la délinquance, la désespérance croissante et mortifère de la paysannerie, la paupérisation avérée des populations, l’incurie, l’impéritie des élites technocrato-citadines, leur arrogance, leur mépris de classe, leur ignorance de la réalité profonde du pays, qui pousseraient les gens à glisser dans les urnes de plus en plus de bulletins Rassemblement national, mais tout simplement la fermeture du bar-tabac du coin, sacralisé pour la circonstance en « lieu de sociabilisation ». Il fallait y penser. Le sieur Subtil l’a fait.

Jusqu’à ce jour, on ne s’en doutait pas, mais maintenant nul ne peut plus l’ignorer. Derrière le ballon de rouge se profilait un vote à tendance de couleur identique. Ailleurs, le canon de rosé assurait probablement la survie d’une représentation politique de robe moins prononcée, en demi-teinte, centro-centriste pour tout dire. Le tout salué matin, midi et soir par la devise républicaine et consensuelle par excellence, sortie de tous les gosiers, assoiffés ou non : « Garçon, remettez-nous ça ! ».

Je pense que le chercheur Subtil a un bel avenir devant lui. Un ministère de la Sauvegarde du patrimoine à boire devrait lui échoir avant peu, avec au programme la réouverture de tous ceux des bistroquets qui ont été fermés ces dernières vingt années. Leur gestion pourrait être confiée à des personnes ayant fait leurs preuves dans le commerce-qui-tue, version contemporaine de l’Assommoir de M. Zola, je pense évidemment aux jeunes et dynamiques dealers dont la reconversion dans le pinard multi-couleurs ferait, qui plus est, le bonheur de la viticulture française.

Donc, oui, rouvrir les bistrots. Et dans les classes enfantines, organiser des ateliers récréatifs au sein de ces endroits, dans le but que l’électeur de demain en connaisse parfaitement le chemin et les attraits. Enfin, si la réouverture ces lieux de sociabilisation-là ne suffit pas, M. Le ministre-chercheur pourrait envisager celle des maisons-closes, inopportunément condamnées par Madame Marthe Richard en son temps. Là, c’était la sociabilisation de la notabilité des préfectures, sous-préfectures et chefs-lieux de canton qui s’opérait. Pour quel résultat électoral, au juste ? J’avoue l’ignorer. Attendons la prochaine étude du Centre de l’excellent M. Subtil qui, j’en suis certain, ne manquera pas de nous éclairer sur ce point.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Royal!

Cette fabuleuse collection de 92 tapis de la Savonnerie pensée pour revêtir le sol de la Grande Galerie du Louvre sous Louis XIV en réunit ici une trentaine dans une débauche de couleurs d’un luxe tout royal.


L’immensité du Grand Palais suffit à peine à abriter cette interminable succession de tapis de la Savonnerie tissés au XVIIe siècle au cours d’une vingtaine d’années, en un temps où Louis XIV était jeune encore et plus prétentieux que jamais.  

Ils étaient 92 au moment de leur conception, destinés à revêtir, avec une somptuosité inégalée et sur une longueur de 460 mètres, le sol de la Grande Galerie du Louvre, plus joliment nommée Galerie du bord de l’eau, celle que Henri IV avait voulue pour relier le Louvre aux Tuileries. Ils ne sont plus que 42 aujourd’hui à avoir survécu aux vicissitudes de l’Histoire et à être en partie réunis pour créer cette immensité mordorée jamais exposée en près de quatre siècles d’existence.

Dans l’esprit des débordements baroques

C’est à l’aube du règne de Louis le Grand que naquit ce projet d’orner la Grande Galerie du Louvre d’une suite de 92 tapis de neuf mètres de largeur composant une surface de 4000 mètres carrés de couleurs éclatantes, de paysages, de figures allégoriques, de trophées, de rinceaux, de motifs ornementaux d’une richesse inégalée depuis et où chacun d’entre eux illustrait un thème glorieux. Jamais on n’avait conçu ensemble aussi considérable et aussi somptueux devant conduire de la Galerie d’Apollon au Pavillon de Flore où il était prévu d’installer le trône royal. Jamais non plus on ne s’y risqua une autre fois.

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Les dessins en avaient été évidemment confiés au Premier peintre du Roi, à Charles Le Brun. Et avec les membres de son atelier, celui-ci donna libre cours à une imagination foisonnante, bien dans l’esprit des débordements baroques. Les ateliers de la Couronne nouvellement créés à la Savonnerie allaient se charger de leur exécution durant une vingtaine d’années. Mais entretemps Louis XIV avait choisi Versailles comme lieu de résidence de la Cour, au grand dam de Colbert, son ministre, qui avait tout fait pour maintenir le siège de la monarchie dans la capitale. Et ce splendide projet s’écroula donc avant d’être né, cependant que des sommes mirifiques lui avaient été consacrées.

En France, que ce soit aujourd’hui ou sous l’Ancien Régime, le pouvoir a toujours su dilapider à profusion les deniers publics.

Les vicissitudes de l’Histoire

Ils ne sont donc plus que 42 tapis aujourd’hui à avoir triomphé du temps. Ils proviennent avant tout du Mobilier national où ils sont déposés désormais, mais aussi de collections publiques ou privées dispersées au Danemark, au Royaume Uni, en Italie, aux Etats-Unis, au gré des présents royaux, des ventes révolutionnaires, des vols et des rapines. Ils ont orné les palais de la République et ce sont désormais des pieds roturiers qui les foulent dans les ministères, les résidences présidentielles, les ambassades…  alors qu’ils étaient destinés à ravir les monarques, les princes du sang, les souverains étrangers, les ambassadeurs extraordinaires et tous ceux qui bénéficiaient des Honneurs du Louvre.

Bordant cette suite de tapis de la Savonnerie, quelques-unes des somptueuses tapisseries des Gobelins tissées pour illustrer l’Histoire du Roi sont exposées également au Grand Palais, renforçant ainsi cette débauche de luxe, d’art et de savoir-faire provenant des manufactures royales.

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Quel luxe également que cette spectaculaire exposition hélas éphémère, mais si remarquablement mise en scène, que de multiples commentaires apposés un peu partout enrichissent encore, cependant que des artistes du Mobilier national partagent un peu de leur savoir avec le public.

L’entreprise est admirable. Et la brièveté de l’exposition la rend plus précieuse encore. Plus irréelle aussi. Ceux qui en ont eu l’idée, ceux qui en ont conçu l’installation, tous ceux qui ont mené à bien cet éblouissant projet sont à saluer. Il y a peu ou pas de nations au monde assez prodigues pour savoir concevoir ce genre d’événement. Peu aussi à disposer d’un patrimoine aussi extraordinaire. Il ne manque à l’exposition que la diffusion de musiques de Lulli ou de Charpentier sous les voûtes spectaculaires du Grand Palais pour en achever l’enchantement.


Le Trésor retrouvé du Roi Soleil. Grand Palais. Jusqu’au 8 février

De 10h à 19h30, Le vendredi 6 février de 10h à minuit. Le dimanche 8 février de 10h à 16h. 8€ l’entrée

La foi sous le « calot » chirurgical: un accommodement déraisonnable

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Islamisation. L’infirmière de l’AP-HP qui refusait de retirer le calot chirurgical qu’elle portait en permanence pour voiler ses cheveux, est finalement suspendue huit mois.


Majdouline B, infirmière depuis 2018 à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, est licenciée le 10 novembre dernier, la direction lui reprochant de porter quotidiennement un calot (protection en tissu portée au bloc opératoire). La direction affirme que « la jurisprudence administrative rappelle que tout signe peut devenir religieux par la volonté de celui qui le porte et ainsi être considéré comme un ”signe religieux par destination” ». L’infirmière conteste et ne revendique pas d’appartenance religieuse – elle avait du reste signé la charte de laïcité lors de son embauche. Saisi en référé par l’infirmière, le tribunal administratif gèle le renvoi début janvier, dans l’attente d’un examen sur le fond. Verdict samedi 31 janvier : l’infirmière est suspendue pour huit mois, car le port du calot a déjà été remarqué comme une façon détournée de porter le voile, dans des affaires similaires.

Manquement aux obligations de l’agent public

Derrière cette bataille d’Hernani, se profile la question de la pratique de l’islam à l’hôpital. En effet, porter un voile rend-il l’infirmière inopérante ? Non, évidemment. Néanmoins, le législateur a tranché : le fait pour un agent public de manifester ses convictions religieuses dans l’exercice de ses fonctions constitue un manquement à ses obligations selon le principe de laïcité et de neutralité dans l’enceinte de l’établissement (Circulaire PM n° 5209 du 13 avril 2007 relative à la Charte de la laïcité dans les services publics).Saisie de la question de l’interdiction du port du voile, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, dans un arrêt du 26 novembre 2015, a même jugé que cette neutralité n’était pas contraire à l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

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Pour synthétiser le sujet, à l’hôpital, la patiente peut déambuler voilée dans les couloirs, mais pas le personnel soignant, sauf s’il travaille dans le privé : dans le cas d’un hôpital confessionnel, la sœur catholique peut arborer la coiffe traditionnelle ou une croix, et la musulmane le voile, si l’établissement n’est pas géré par l’État.

Des problèmes qui ne vont pas aller en diminuant

Du côté de la patiente, celle-ci doit montrer entre autres son cou et sa bouche, impérativement, d’où la nécessité de se dévoiler – a fortiori si elle est chez le dentiste ! Un refus de le faire peut constituer une impossibilité technique d’auscultation pour le praticien. Restent les cas de maris vétilleux : plusieurs exemples de musulmans rigoristes refusant que leur épouse ou sœur soit examinée par des hommes ont défrayé la chronique ces dernières années, mais en nombre finalement restreint, semble-t-il. Le Conseil de l’Académie Internationale du Fiqh Islamique dispose ceci dès 1993 : « en règle générale, si une femme médecin spécialisée est disponible, il est obligatoire qu’elle se charge d’examiner la patiente. En l’absence d’une telle spécialiste, cette tâche sera confiée à une femme médecin non musulmane et digne de confiance (…) Le traitement de la femme par un homme doit se faire en présence d’un Mahram, de son époux ou d’une autre femme de confiance, évitant ainsi tout aparté »… Heureusement en France, ces règles n’ont pas lieu d’être retenues dans les hôpitaux, le principe de la laïcité tenant lieu de barrage républicain.

JO: c’est parti mon kiki!

Selon le journal Bild, augmenter temporairement la taille de leurs parties génitales afin d’obtenir une mesure de l’entrejambe plus importante lors des scans corporels servant à définir la taille des combinaisons serait une pratique de triche courante chez les athlètes de saut à ski.


Alors que les Jeux à la neige vont débuter (JO de Milan-Cortina du 6 au 22 février), une affaire secoue les membres de la Fédération de saut à ski, cette discipline où les skieurs dévalent un tremplin avant de s’envoyer en l’air pour atterrir le plus loin possible… Mi-janvier, le magazine allemand Bild a affirmé que certains concurrents procédaient à des injections pour augmenter le volume de leur pénis ! Le règlement imposant que les combinaisons enfilées par les athlètes soient sur-mesure, au poil près (car les dimensions du tissu améliorent la pénétration dans l’air), augmenter la taille du pénis permettrait, primo de gagner à l’entrejambe quelques centimètres carrés du précieux tissu, et secundo de baisser le centre de gravité ! Pour nous, cela ne signifie pas grand-chose, mais pour les spécialistes cela veut dire beaucoup. Sur RMC, Nicolas Dessum, entraîneur de l’équipe de France de la discipline, a reconnu qu’en théorie ce n’est pas farfelu: « Si un athlète gagne un centimètre dans cette zone il est content, ça change la donne pour lui… Cela modifie légèrement le centre de gravité et sa façon de voler pour gagner un à deux mètres pour un saut ».

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Et si personne ne pipe mot sur l’agrandissement de pénis, des langues se délient pour raconter que des athlètes bourrent leur slip de mousse ou de serviettes hygiéniques.

L’Autrichien Mika Vermeulen (26 ans), skieur de fond passé par le saut à ski, assure que des athlètes expérimentés mettent… de la pâte à modeler dans leurs sous-vêtements pour améliorer leurs performances. La nature humaine est ainsi faite. Pour tricher, l’imagination peut se nicher dans les endroits les plus improbables. En 1976, aux JO de Montréal, l’Allemagne de l’Ouest avait imaginé améliorer la position dans l’eau de ses nageurs en leur injectant via le rectum un gaz rare dans les intestins. L’affaire éventée, les Allemands s’étaient dégonflés, déballonnés… mais il se murmure que certaines nations auraient amélioré le procédé pour faire de leurs nageurs des poissons-volants et inscrire leurs noms dans les annales olympiques.

Des saintes, des cris et des rires nerveux

Tiré de la pièce de Paul Claudel et créé en 2022 à l’Opéra de Nantes, puis à ceux d’Angers et de Rennes, l’ouvrage lyrique de Philippe Leroux est mis en scène par Célie Pauthe. « L’Annonce faite à Marie » au Châtelet fascine par son esthétique hors du temps et sa musique troublante, mais dérange, fait fuir une bonne partie du public et interroge cruellement la possibilité même de transformer Claudel en opéra.


La Cage aux folles à l’affiche en décembre, L’Annonce faite à Marie en janvier, Jean Poiret précédant Paul Claudel : qui serait d’assez mauvaise foi pour reprocher au Théâtre du Châtelet une programmation monochrome ? 

Le grand écart est tel qu’on pourrait plutôt dénoncer un éclectisme erratique, un programme parfaitement incohérent. De fait, il reflète parfaitement la personnalité qu’on qualifiera de contrastée de l’actuel directeur du Châtelet, brandissant d’une part un catholicisme tapageur, affichant d’autre part une homosexualité militante. Une rareté assez piquante pour n’être pas saluée et qui au fond trouve ici son acmé.

Inutile de préciser que L’Annonce faite à Marie, programmée pour quatre représentations, fera beaucoup moins courir les foules que La Cage aux folles à l’affiche durant cinq semaines, avec prolongation à la Seine musicale : la France, fille aînée de l’Eglise, est aujourd’hui plus folâtre que confite en dévotion, plus encline à la farce qu’au mysticisme chrétien.

Couleurs tranchées, coupe vieillotte

Sur la scène du Châtelet, on se trouve incontinent transporté dans un autre temps. Un temps qui n’est pas d’ailleurs celui des cathédrales au cours duquel Claudel situe son drame. Mais, à la faveur de l’architecture singulière d’un décor d’une extrême sévérité, clos sur lui-même ou parfois s’ouvrant sur de vastes paysages de cultures céréalières, comme on en trouve aux environs de Chartres, du fait aussi des costumes d’Anaïs Romand, aux couleurs tranchées et à la coupe vieillotte, on est confronté à une vision du Moyen Age semblable à celle qu’on aurait pu proposer sur les scènes alors novatrices de la première moitié du XXe siècle. Sentiment étrange et pas du tout désagréable que de contempler un exemple de modernité relevant d’une époque largement révolue, comme si les auteurs du spectacle, à la façon de la Belle au bois dormant, s’étant assoupis durant près d’un siècle, reproduisaient à leur éveil une esthétique en vogue avant leur endormissement.

Solistes de l’Ensemble intercontemporain

Séduisantes, très séduisantes même, les premières mesures de l’opéra de Philippe Leroux donnent corps à un univers d’abord nimbé de mystère. Et nous plongent aussitôt dans un climat très tendu, dans un climat de drame. La musique expose des sonorités qui, elles aussi, évoquent une modernité d’un autre temps, une modernité d’avant-guerre ou d’immédiat après-guerre. Comme si, là aussi, le compositeur s’était longuement assoupi et réapparaissait en n’ayant rien oublié de son époque. Alors que ressurgissent dans sa partition de lointaines réminiscences du Pierrot lunaire de Schönberg, créé en 1912 à Berlin, l’année même où à Paris L’Annonce faite à Marie était mise en scène par Lugné-Poe au Théâtre de l’Œuvre, accompagnée d’une musique de Vincent d’Indy. 

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Exécutée par une huitaine de solistes de l’Ensemble intercontemporain placés sous la conduite d’Ariane Matiakh, la partition de Philippe Leroux pourrait être belle, éloquente même. Mais le traitement des voix est la plupart du temps assez rude, sinon infiniment éprouvant. Ce chant parlé, ces voix délirantes semblent bien mal traduire les inflexions du texte. On le torture avec des stridences, des accents gutturaux, des grincements, des dissonances appuyées. Et, chez Mara la Noire, avec des chevrotements de possédée qui virent parfois à la caricature. En prétendant dévoiler l’obscurité de son âme, la violence de sa haine, l’emprise du mal qui l’habite, ces chevrotements ont un effet désastreux. Ils font irrémédiablement sourire ou ricaner, là où les imprécations de la sœur venimeuse devraient impérativement nous glacer.

C’est cela sans doute qui a poussé d’innombrables spectateurs, douloureuse hémorragie, à quitter la salle dans la première heure d’un ouvrage qui ne dure pas loin de trois heures. 

Claudel en voix off

Pour qui aurait la fantaisie de vouloir entendre le texte de Claudel, l’entreprise est quelque peu téméraire. Chantés ou psalmodiés, parlés ou éructés, les mots demeurent généralement inaudibles. En revanche, il faut s’appuyer par moments la voix antipathique de Claudel, cette voix de nanti solennel captée par des enregistrements de jadis, et qui, diffusée tout au long de l’ouvrage, semble en commenter l’action. 

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Voix parlantes voix chantantes, « parlé chanté » cousin du « Sprechgesang » de l’Ecole de Vienne, les effets vocaux accompagnant ce qui subsiste du texte de Claudel ne portent guère au mysticisme et sont difficilement émouvants, n’en déplaise aux thuriféraires de cette Annonce faite à Marie qui se répandent en termes admiratifs. Et sur le plan dramatique, la version lyrique est bien peu convaincante en regard de la version théâtrale.

Une sainte résolument professionnelle

Pour les interprètes, la partie vocale doit être extrêmement difficile à exécuter en l’absence de ligne mélodique franche imposée par les instruments. Dans le rôle d’Elisabeth Vercors, Els Janssens est la plus convaincante d’entre tous parce qu’elle y répond avec un naturel, une humanité qui donnent chair à son personnage. Incarnant la figure ingrate de la sœur de Violaine, cette Mara la Noire dévorée par la jalousie la plus tortueuse, par une haine criminelle envers celle dont la bonté et le rayonnement lui sont insupportables, Sophia Burgos est aussi remarquable comme actrice alors qu’elle n’est guère aidée par les excès vocaux qu’on lui impose. Fallait-il alors que la sainteté de Violaine s’exprimât par des regards extatiques, des langueurs, des soupirs saint-sulpiciens ? Raphaële Kennedy, en incarnant Violaine, se précipite tête baissée dans un expressionisme de cinéma muet qui a fait jadis, il est vrai, quelque effet dans les sacristies ultramontaines ; dans un mysticisme de théâtre de patronage où faire chavirer son regard vers le ciel en adoptant des airs languides de vierge immolée relevait de la panoplie obligée pour toute sainte ou bienheureuse résolument professionnelle.

Réduite à six personnages, la distribution comprend encore la belle et solide présence du baryton Marc Scoffoni incarnant Anne Vercors, père de Violaine et de Mara ; celle de Vincent Bouchot en Pierre de Craon ; celle enfin de Charles Rice qui dessert avec beaucoup de bonne volonté le rôle déjà peu reluisant de Jacques Hury. 

Il est permis de penser que cette Annonce faite à Marie ne fera pas nécessairement la belle carrière de Carmen sur la scène lyrique mondiale. Les filles perdues, même si on le déplore à juste titre dans les réunions paroissiales, auront toujours plus de succès que les saintes en épectase. Mais qui sait ? Malgré le génie de Bizet, Carmen avait été violemment désavouée à sa création, quand aujourd’hui c’est l’opéra, dit-on, le plus joué au monde.


L’Annonce faite à Marie.
Théâtre du Châtelet. Dernière représentation le mardi 3 juillet 2026.

de 10 à 99 €

Le contribuable canadien est bien abattu et passe à la casserole

Le gouvernement fédéral canadien participe à la transformation des abattoirs pour produire plus facilement de la viande halal à hauteur de 40 millions de dollars. De quoi scandaliser le contribuable laïque pendant que le multiculturalisme entérine l’invasion des mets halal dans les écoles du pays.


Manger, c’est incorporer un territoire.
Jean Brunhes.

Ventre affamé n’a pas d’oreilles mais il a un sacré nez.
Alphonse Allais.

Pour ce qui est donc de manger des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons qu’il n’y a point d’idole dans le monde, et qu’il n’y a qu’un seul Dieu.
1 Cor. 8:4


Au Canada, comme en Union européenne, en dérogation du droit commun fondé sur des critères scientifiques modernes, est légal l’abattage des bovins selon les rites juif et musulman : est autorisé, sans étourdissement préalable, l’égorgement de l’animal selon une technique par laquelle est tranché l’œsophage. Il en résulte une entorse à la séparation de la mosquée et de la synagogue et de l’État; sur le plan de la santé publique, elle se traduit par un risque de contamination de la viande; enfin, il y a mépris de la souffrance animale.

En principe, le non-respect des règles sanitaires concerne la société entière et non pas uniquement le consommateur lambda: le gastronome qui, après avoir ingurgité un aliment toxique, fait gicler par spasmes à partir de ses orifices des liquides et semi-liquides biologiques verdâtres, compte sur le système de santé national pour se remettre sur pied; est aussi malsaine la tolérance de la cruauté animale. Cependant, aux fins de la présente discussion, l’on admettra charitablement la prémisse portant que la loi civile peut, malgré tout, licitement prévoir ce genre d’exemption et laisser chaque quidam aspirant à la transcendance libre de ses choix culinaires, lesquels, en théorie, n’engagent que lui seul.

Bien-pensance canadienne

Jusqu’à une époque relativement récente, les musulmans croyants pouvaient s’approvisionner sans problèmes dans les établissements classiques, en application du principe de nécessité reconnu par la charia, qui permet d’arrondir les angles : l’interdiction totale du porc demeurait évidemment intangible, mais l’on pouvait, sans risque d’anathème, commander ses viandes en elles-mêmes licites mais provenant d’animaux abattus selon l’hygiène moderne à la séculaire boucherie Sanzot (à condition d’en trouver le numéro de téléphone exact). Par contre, les orthodoxes ont toujours été tenus de faire leurs achats dans les boutiques approuvées par le rabbinat, même si la halakhah connaît le précepte « la loi du Royaume est la loi » en v.f. (« dina d’makhulta dina » en v.o.).

L’on voit mal en quoi la simple phase d’étourdissement préalable et une technique d’un égorgement relativement indolore du bestiau constituent une violation grave de la méthode religieuse. La solution la plus simple eût donc été d’imposer l’abattage conforme à la loi civile, quitte à organiser la présence des rabbins et des imams, qui eussent pu alors accorder leurs certifications, cachère et halal, après avoir scandé leur bénédiction. Au Canada, l’on invoque ad nauseam le principe d’« accommodements raisonnables », lequel, hélas, est à sens unique.

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Mais… c’était sans compter sur une volonté de ségrégation socioreligieuse, de contrôle du groupe. Et, pour les islamistes, sur la juteuse source de financement d’un réseau parallèle d’abattoirs halal, qui connait en effet un substantiel développement depuis une trentaine d’années, ce qui n’est pas le cas des établissements cachère, la population juive orthodoxe étant considérablement plus faible et stable.

En outre, multiculturalisme canadien à toutes les sauces oblige, on constate un phénomène insidieux : l’invasion des mets halal dans les institutions publiques, notamment les cantines scolaires. Selon une certaine bien-pensance, s’ils sont servis à tous les élèves sans distinction de race ou de religion, chacun y trouve son compte : les jeunes musulmans mastiquent conformément aux prescriptions religieuses que leur imposent leurs parents, tandis que pour les petits roumis, rien ne change puisque les recettes sont les mêmes, la préparation est la même et surtout, oui, surtout, aucune différence de goût pour les jeunes palais! Tout le monde est content et personne n’est lésé. Un admirable d’exemple d’œcuménisme. Où est le problème?

La réponse est on ne peut plus simple : cette pratique impose, précisément, aux familles laïques, la consommation de produits contestables sur le plan sanitaire et moral. Nul besoin d’être vegan ou carnivore islamophobe pour défendre des méthodes d’abattage conformes à la science moderne. Que des écoles islamiques privées s’en tiennent à un menu halal, grand bien leur fasse, mais c’est une hérésie en ce qui concerne l’école publique. En revanche, il revient aux parents concernés qui optent pour l’école publique canadienne (qui ne saurait, malheureusement, être qualifiée ni de « républicaine » et ni vraiment de « laïque ») pour leurs enfants de leur préparer un repas du midi selon leurs coutumes ancestrales.

Cela dit, il faut impérativement noter que chacun a droit à ses répulsions et inclinaisons alimentaires, peu importe qu’elles soient fondées sur des considérations d’ordre religieux, culturel, ou purement gastronomique. Les planificateurs de menus scolaires peuvent, et doivent donc, très laïquement, s’en tenir uniquement aux statistiques de consommation, qu’il s’agisse de plats de porc, de viande le vendredi, de chèvre, ou même d’alligator.

Toujours plus loin

Mais, au Canada, l’on va encore plus loin. Très loin. Trop loin. L’abattage halal et cachère y bénéficie maintenant de subventions étatiques.

C’est ce qu’annonce fièrement au début de l’an de grâce 2026 le ministère confédéral de l’agriculture. Oui, le contribuable confédéral laïc, immolé sur l’autel des sacrificateurs, contribue maintenant aux rites religieux. Combien? Une première enveloppe de 25 millions $ pour les deux prochaines années, et il est projeté un total 40 millions $ jusqu’en 2030. Rien que ça[1]. La légalité des viandes halal et cachère, déjà difficile à avaler, est une chose, mais voir l’État les prendre à sa charge est un comble. Une onéreuse tartufferie, d’autant plus que qu’elle stimule ainsi financièrement les activités islamiques se déroulant hors de la cuisine.

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L’évidence est que, en réalité, ce programme vise essentiellement les électeurs islamistes. En y incluant aussi et en instrumentalisant le judaïsme orthodoxe, aux effectifs comparativement négligeables, on s’offre le luxe de noyer le poisson (avec ou sans écailles) : le juif observant sert de caution passive et même d’alibi. Tant mieux pour lui s’il profite ainsi, au passage, d’une manne inattendue. Ironiquement, il doit ce ruissellement financier aux islamistes, mais les voies du Seigneur sont impénétrables. Cela dit, il faut lui rendre cette justice : lui, au moins, n’a pas la prétention d’imposer à la société civile les prescriptions de la cacheroute.

Détail aussi piquant qu’un oursin, ce programme vient d’être lancé à… l’Île-du-Prince-Édouard, grande productrice de fruits de mer, mais moins connue pour ses yechivot.

Le gouvernement de Mark Carney, digne successeur du nouveau minet de Katy Perry, se livre, sans vergogne, à l’achat pur et simple des voix islamistes (il serait incongru de parler ici de pot-de-« vin »…). Cependant, le désespoir civique est prématuré. Une pétition citoyenne vient d’être lancée contre ce cynique détournement de pouvoir. Et y aura-t-il contestation devant la justice?

Seul un aruspice expérimenté pourra trouver la réponse dans les entrailles d’un sanglier dûment sacrifié à cette fin, lesquelles pourront être recyclées en andouillettes. 


[1] https://agriculture.canada.ca/fr/programmes/investissement-casher-halal

La résistance par l’habit

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L’élégance masculine comme manière de s’affirmer et de reconquérir notre souveraineté vestimentaire : Monsieur Nostalgie sonne le tocsin


La rue est devenue désespérante. Nous nous sommes collectivement habitués et résignés à la laideur de nos habits. Le vêtement mondialisé a emporté la bataille des mentalités. Matières consommables, qualité déplorable, cycle infernal de surproduction, gabegie environnementale et confection inhumaine ; là-bas, à des milliers de kilomètres, dans la moiteur des climats changeants, on fabrique pour alimenter un marché sans garde-fous. La machine tourne à plein régime et on préfère regarder ailleurs.

Défaitisme

Il y a comme une défaite intellectuelle dans nos rues, dans nos hémicycles, à la sortie de nos écoles, aucun espace n’échappe à cette forme d’abandon, aussi bien chez nos dirigeants que dans la foule anonyme. Le bel habit masculin a disparu. Le soulier cousu et le cuir patiné sont les témoins d’une époque révolue. S’afficher avec, oser le brio si incommode, renoncer à la transparence, casser la monotonie sont les marques d’une résistance intérieure. Ne pas abdiquer au confort du tyran « jogging » et de la reine basket ; il en faut du courage pour se soulever et dire non. Le laisser-aller est un prêt-à-porter si facile à adopter. L’invisibilité a gagné. Nous sommes tous tombés dans ce piège de l’indifférenciation. Peu importe l’âge ou le milieu d’appartenance, la profession ou le nombre d’années d’études au compteur, dans les bureaux des étages élevés ou au restaurant, le samedi soir, une vague de défaitisme a envahi nos penderies. L’habit moderne, ample et jetable, bavard et insane, est notre nouveau corset. Tous, nous avons entassé des kilos de vêtements « bon marché », dans une sorte de frénésie acheteuse irresponsable. Nous avons été faibles. Au début, nous étions heureux d’accumuler et de suivre cette mode tempétueuse. Nous étions les bons soldats de la « Fashion culture ». Et puis, un jour, notre état de délitement nous a frappés. Nous sommes tombés sur de vieilles photos de famille.

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C’était mieux avant !

L’allure de nos aïeux a jeté le trouble. Ils avaient une prestance inhabituelle, une mise soignée, la courtoisie du costume bien taillé, le désir de faire honneur à leur famille, que ce soit lors d’un baptême ou d’une noce. Après souvent un travail de force, manuel et salissant, ils s’habillaient convenablement pour le respect des autres et aussi pour leur propre plaisir. Comme ils relisaient vingt fois une lettre traquant une faute d’orthographe avant de l’envoyer à une administration tatillonne, ils nouaient leur cravate avec une attention d’airain, avant de sortir de chez eux. Leur chemise amidonnée et leur pantalon repassé. Sans faux pli et parfois en faux col. Ces gestes simples et répétés au fil d’une longue vie étaient empreints d’une grande dignité. Ils nous paraissent aujourd’hui incroyablement audacieux, presque chevaleresques. Ils brouillaient aussi les cartes du destin. Qui aurait pu croire que derrière ces élégants-là, portant fièrement le trois pièces, se cachaient des menuisiers, des bistrotiers, des ouvriers tanneurs ou des employés des Postes. Nous avons eu alors, tout à coup, honte de nos guenilles, de nos tissus industriels, de nos chaussures collées à la va-vite et de notre indolence satisfaite. Il semble que ce relâchement généralisé soit arrivé à son terme. Un sursaut salutaire se met en marche timidement. Notre pays se réveille doucement, il ouvre un œil, encore groggy d’avoir subi tant de tenues infâmes. Ce n’est pas un raz-de-marée. L’étincelle est pourtant là. L’envie d’exister et de ne plus subir. Le goût de s’afficher avec un joli manteau en laine, avec un blazer à l’épaule suave ou avec une paire de richelieu brillante n’est plus l’apanage d’une caste en particulier ou d’un portefeuille rebondi. La seconde main a sonné le tocsin du relâchement. Les jeunes générations ont désormais soif de connaître la vérité sur les méthodes de fabrication et de retrouver l’éclat du passé. Ils s’habillent en conscience. Ils comprennent pourquoi la France a perdu tant de savoir-faire au contraire de l’Italie plus sensible à la notion d’atelier.

Un enjeu de souveraineté nationale

Il s’agit là, d’un enjeu de souveraineté et d’éducation. L’apprentissage étant à l’origine de tout. Les réseaux sociaux ont été, en l’espèce, de précieux lanceurs d’alerte. Des figures se sont imposées sur ce secteur sinistré. Le grand public a été touché par le sartorialisme partageur d’un Hugo Jacomet, par la réussite du magazine L’Etiquette et surtout par des centaines de bottiers, de tailleurs, de chemisiers qui ont diffusé leur expérience sur Internet dans de courtes vidéos. Ils ont enfin communiqué ! Nous avons été fascinés par l’intelligence de la main et le cheminement de la création. Le beau travail, dans les règles d’art, précision et virtuosité, nous rassure et nous ancre. On ne s’endort plus en « scrollant » des images de chats mais en visionnant des ressemelages de brogues et de boots. L’effet est à la fois hypnotique et apaisant. Le meilleur des antidépresseurs. La trépointe n’a plus de secret pour nous. On écouterait des heures ce collectionneur de blousons d’aviateur de la Seconde guerre ou cet as du ciseau évoquant le tombé d’une veste, ce dos impeccable comme s’il parlait d’une sculpture. Entre Le Bernin et lui, un fil se tend.

Les tendresses de Zanzibar

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Monsieur Nostalgie

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Faut-il vraiment fouiller dans les poubelles d’Epstein?

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© Yassine Mahjoub/SIPA

La publication de millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein par le ministère américain de la Justice, vendredi 30 janvier, a provoqué une vague de réactions et plusieurs démissions à travers le monde. Donald Trump a, de son côté, estimé que ces nouvelles pièces l’« innocentaient ». Les relations qu’entretenaient de nombreuses personnalités politiques et économiques avec le prédateur sexuel, mort en prison en 2019, font aujourd’hui peser sur elles un soupçon diffus de pédophilie par association de M. et Mme tout le monde. Nous vous proposons d’écouter l’avis d’Élisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio.


La tempête Epstein fait des vagues en France. Des vaguelettes, si l’on songe à la démission de Peter Mandelson, hiérarque travailliste au Royaume-Uni, au scandale qui éclabousse la future reine de Norvège, ou encore au fait que les Clinton ont finalement accepté de témoigner devant le Congrès américain.

En France, Mediapart frétille, mais les conséquences restent limitées : la démission de Caroline Lang, fille de Jack Lang, de la direction du SPI, et Bruno Le Maire propulsé en trending topic sur X pendant plusieurs heures.

Avant de fouiller dans cette poubelle, il faut se demander si on y trouvera la vérité et la justice. Je suis sûre du contraire.

Curieusement, tous ceux qui s’indignaient du refus de l’administration Trump de divulguer ces 3,5 millions de pages s’indignent aujourd’hui qu’elle les balance sans filtre. C’est une stratégie de noyade, dit l’éditorialiste Françoise Degois. Non. La loi pour la transparence des dossiers Epstein a été votée en novembre par le Congrès. C’est ça, la transparence: le carburant d’une machine à ragots planétaire. Madame Michu, vous-et-moi, érigés en juges.

Mais on a bien le droit de savoir qui était en contact avec ce pédophile notoire !  me réplique-t-on. Ah, c’est écrit où ? Pour en tirer quelles conclusions ?

Jeffrey Epstein était riche, puissant, introduit partout. Il incarnait parfaitement les élites mondialisées. Le gotha mondial lui demandait faveurs et entremises. Bruno Le Maire ou Marine Le Pen apparaissent dans les fameux fichiers parce qu’ils auraient sollicité des financements pour leurs campagnes. Sans suite. Une intention, une idée sans lendemain est-elle une information ?

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Or, désormais, le soupçon de pédophilie par association pèse sur toutes les personnalités citées. Jack Lang a reconnu qu’ils étaient amis. Est-ce un crime ? Une preuve qu’il savait ? Evidemment pas. Et pourtant, c’est ce qui restera dans la tête chez pas mal de gens. Tous des pédo-satanistes, ces puissants qui nous gouvernent !

En réalité, j’estime que ces documents n’auraient jamais dû être publiés. Seulement, depuis Julian Assange et Edward Snowden, le public adore les « leaks »(fuites), ces millions de documents secrets volés et publiés en vrac: les télégrammes diplomatiques et noms d’agents étalés dans la presse, il parait que c’est démocratique. Pourtant, non. Dans de nombreux domaines, le secret est sacré et protégé par la loi: vie privée, affaires, santé, sécurité nationale… Parce qu’entre l’information brute et le public, il y a besoin d’une médiation, il faut qu’une institution hiérarchise, interprète et évalue. Raison pour laquelle d’ailleurs les enquêtes judiciaires et policières sont également tenues au secret.

Non, le public n’a pas le droit de tout savoir des agissements des autres. N’oublions pas que les internautes ne sont pas un peuple de citoyens éclairés mais une meute qui se délecte avant tout de voir des puissants à terre. Et même avec le dernier iPhone 27 et l’aide de l’intelligence artificielle, des commères numériques restent des commères.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger

Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

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© Causeur

Notre numéro de février est en vente. Découvrez le sommaire de notre nouveau magazine, disponible aujourd’hui sur le site et demain dans les kiosques.


Le 30 septembre 2000, France 2 diffuse un reportage présentant la mort du petit Mohamed Al-Durah sous les balles de Tsahal à Gaza. Ce scoop mondial est une aubaine pour les ennemis d’Israël, qui l’exploitent ad nauseam depuis 25 ans pour leur propagande antisémite. Mais incohérent et tronqué, il a aussi suscité les doutes de nombreux observateurs. Si l’un d’eux, Philippe Karsenty, a été condamné pour diffamation, la chaîne publique n’a toujours pas prouvé la véracité de ses images.Comme le dit Élisabeth Lévy en présentant notre dossier spécial : « L’affaire Al-Durah est aussi un cas d’école du fonctionnement du parti des Médias qui se dresse comme un seul homme contre quiconque menace l’intérêt supérieur du Parti. Les antidreyfusards et les communistes ne pensaient pas différemment ». L’enquête étayée de Karsenty montrait que l’image de Mohamed Al-Durah tué dans les bras de son père, qui est devenue une icône de la cause palestinienne et une justification de l’« antisionisme », était une mise en scène.

Retrouvez le numéro 142 dès maintenant dans le kiosque numérique, et mercredi dans les kiosques !

Interviewé par Gil Mihaely, Philippe Karsenty qualifie ce reportage de « plus grand faux antisémite de notre génération ». Michaël Prazan, se confiant à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, rappelle que l’accusation contre les Juifs de crime rituel apparaît dans l’Antiquité avant d’être à toutes les époques et sous tous les cieux le prétexte d’effroyables pogromes. Les avocats Gilles-William Goldnadel et Aude Weill-Raynal reviennent sur les neuf ans de procès qui se sont terminés par la condamnation de Philippe Karsenty. La Justice n’a pas remis en cause son analyse méthodique des images de France 2 mais a appliqué à la lettre le droit de la diffamation, un jugement « technique » qui ne sert pas la vérité historique. Juif de gauche et sioniste blessé, Claude Askolovitch continue de penser que le petit Mohamed est mort sous les balles de Tsahal. Mais plutôt qu’en faire un symbole ou l’étendard d’une cause, il veut lui rendre sa singularité. Pour Pierre-André Taguieff, les images trompeuses du « petit Mohamed » s’apparentent, par leur charge antisémite, aux « Protocoles des sages de Sion » et à l’affaire Dreyfus. Quant aux nombreux journalistes qui ont préféré les relayer sans distance critique, ils nous informent sur le corporatisme dévastateur de leur profession.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy commente les opérations de l’ICE (la police de l’Immigration et des Douanes) aux États-Unis qui, de ce côté de l’Atlantique, suscitent des réactions opposées : louanges à droite, condamnation à gauche. De surcroît, la gauche en profite pour sortir le N-word (N comme nazi) et diaboliser le président Trump. Certes, personne ne souhaite voir des innocents mourir sous les balles d’une police à la gâchette facile, mais la France s’est montrée incapable de réduire les flux migratoires, de sorte que « nos frontières sont des passoires ». Conclusion : « si la force sans le droit est un fantasme de tyran, le droit sans la force est un rêve d’enfant ».

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En Iran, les manifestations massives contre le régime des mollahs ne l’ont pas renversé. Selon l’analyse de Gil Mihaely, outre une répression sanglante, la République islamique repose sur un système clientéliste qui bénéficie à près d’un quart de la population. S’ils pouvaient changer de régime en conservant leurs privilèges, ces millions d’Iraniens rejoindraient la contestation. Iraj Mesdaghi a connu les geôles de la République islamique. Torturé, il a été le témoin d’exécutions massives. Exilé en Suède, il a minutieusement documenté ces atrocités et fait condamner un tortionnaire. Se confiant à Gil Mihaely et à moi, il affirme aujourd’hui que, les Iraniens rejetant autant le régime que l’islam, le renversement de Khamenei entrainera l’effondrement de tout le système. Pour lui, « l’Iran est le cœur idéologique de l’islam politique depuis 1979. Si ce régime tombe, c’est tout l’édifice idéologique qui vacille, y compris dans le monde sunnite ». Selon Pierre Vermeren, la révolution iranienne de 1979 n’a pas été le point de départ mais l’aboutissement du rapprochement islamo-gauchiste dont les origines remontent à la guerre d’Algérie. Alors que le régime des mollahs vacille, c’est désormais vers la Turquie d’Erdogan que se tournent les partisans d’une alliance entre le drapeau rouge et le Coran. Omar Youssef Souleimane, journaliste et d’auteur des Complices du mal, explique à Gil Mihaely que la France est confrontée à la même menace qui a ravagé sa Syrie natale : la progression d’un islamisme politique qui tend à imposer la charia à toute la société. Des Frères musulmans qui infiltrent LFI au président syrien qui pratique la taqiya, c’est le même combat.

Certes, les mauvaises manières de Donald Trump scandalisent les Européens mais, selon mon analyse, il ne fait que perpétuer la vieille tradition américaine d’ingérences qui s’inscrit désormais dans une mondialisation des conflits. Les grandes puissances sont en concurrence sur tout et partout sur terre. Et le Vieux continent peine à s’adapter à ce nouveau désordre du monde. Alexandre Devecchio a grandi dans le 9-3 à une époque où la religion et la couleur de peau n’avaient pas d’importance, puis il a connu le basculement progressif vers le séparatisme. Son nouveau livre, Nous vivions côte à côte, est le récit de cette fracture démographique et idéologique qui a changé le visage de la France. Il en parle avec Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques. Didier Desrimais analyse la production de Radio Nova qui s’est spécialisée dans le recyclage des humoristes débarqués de l’audiovisuel public. Sous couvert de lutte contre l’extrême-droite, le milliardaire de gauche Matthieu Pigasse leur laisse carte blanche pour dérouler un programme indigéniste, islamo-gauchiste, décolonial et antisioniste. Prière de ricaner.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles affirme que, si le débat national donne l’impression que l’imaginaire politique est au point mort, au niveau local, des élus proposent des idées innovantes qui améliorent la vie quotidienne des Français. Pour Ivan Rioufol, la France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en mains : un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer. Emmanuelle Ménard est d’avis que l’année 2026 promet de nous réserver bien des surprises. Et à l’approche des élections municipales, les petites saloperies volent en escadrille. Haut les cœurs ! Enfin, Gilles-William Goldnadel propose la formule « privilège rouge » pour décrire l’indulgence du système médiatico-politique pour l’extrême gauche. Entrera-t-elle au dictionnaire ?

Sur bien des sujets, Alain Finkielkraut et Pierre Manent ne pensent pas la même chose. Le premier est un juif athée qui soutient la reconnaissance de la Palestine, le second est un chrétien convaincu qui n’a plus foi dans la solution à deux États. Cela n’empêche pas Manent de dire ici son admiration pour l’académicien « mécontemporain » qui vient de publier Le Cœur lourd. Sans son commentaire – nous explique Georgia Ray – l’œuvre d’art contemporain « conceptuel » n’existe pas. Le discours de l’artiste nourrit le verbiage, le marché et les institutions culturelles. Mais il existe un autre art contemporain empreint d’esprit et d’harmonie. L’exposition de Fabienne Verdier, à la Cité de l’architecture, en est la preuve. Jean-Marie Besset est un auteur dramatique qui, selon Jérôme Prigent, ne transige pas avec la langue, allant jusqu’à écrire sa nouvelle pièce, Katte, en alexandrins et en cinq actes. Un hommage aux maîtres classiques salvateur dans le paysage théâtral d’aujourd’hui. Dans Triompher en festins. Une histoire de France en vingt repas, Jonathan Siksou restitue des ripailles mémorables de Saint Louis à Emmanuel Macron. Vue des marmites, la vie politique fourmille d’anecdotes savoureuses et de repas fins. Pour le romancier, c’est un récit passionnant, de l’amuse-bouche au digestif.

Richard Millet salue la nouvelle traduction du Bruit et la Fureur de William Faulkner, par Charles Recoursé. Elle fait fi du wokisme en vigueur dans l’édition et restitue sans fausse pudeur l’histoire de la famille Compson, traversée par la folie, l’alcoolisme et l’inceste. Un roman méditatif et vertigineux. Emmanuel Domont recommande l’anthologie de Gilles Schlesser, Les Flâneries littéraires de Paris, qui permet d’arpenter les rues de la capitale aux côtés des plus grands écrivains ; Alexandra Lemasson, La disparition des choses de la romancière Olivia Elkaim, qui fait revivre Cécile Peretz, la mère de Georges Perec, assassinée à Auschwitz ; et Patrice Jean, le premier roman de Bruno Marsan, Underdog, livre en forme d’uppercut qui devrait mettre KO le monde des lettres. Jonathan Siksou rappelle à notre bon souvenir le génie de ce grand historien de la petite histoire, G. Lenotre (1855-1935). Enfin, Jean Chauvet trouve que l’énoncé des films du mois de février –Maigret, Saddam Hussein et un adepte des petits boulots – est comme un inventaire à la Prévert, improbable et alléchant. Si le sommaire de Causeur est alléchant, il n’y a pas d’incertitude : l’espoir du lecteur n’est jamais déçu.

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Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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Le bruit et la fureur: Nouvelle traduction

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Underdog - rentrée littéraire janvier 2026

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Boualem Sansal élu à l’unanimité à l’Académie française: vraiment trop aimable!

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L'écrivain Boualem Sansal photographié en 2026 en Italie © Marco Destefanis/IPA/SIPA

Âgé de 81 ans, l’écrivain franco-algérien, gracié en novembre 2025 par les autorités algériennes après avoir passé un an en détention, a été élu au fauteuil numéro trois de l’Académie française, quai de Conti, à l’issue d’une campagne éclair. « Évidemment, je suis heureux, flatté, honoré : c’est immense. Devenir académicien, c’est entrer dans l’histoire de France », a-t-il déclaré sur les ondes du service public.


Boualem Sansal n’est pas un écrivain de salon. Il n’a pas l’odeur rassurante des consensus tièdes ni la langue molle des accommodements confortables. Il écrit comme on désobéit, il parle comme on rompt un silence complice. Il a regardé l’Algérie, son pays d’origine, sans fard, sans mythologie, sans cet attendrissement menteur que l’Occident confond souvent avec la générosité. À l’instar d’une obséquieuse Ségolène Royal en road-show à Alger, une certaine France préfère flatter les régimes autoritaires plutôt que d’affronter la vérité de leurs faillites. Chez Sansal, la littérature est un sport à risque, pas une activité de confort. Ce risque, il l’a payé comptant : menaces, isolement, exclusion, prison.

On l’a souvent qualifié d’excessif. Mot commode, recyclé à l’infini, utilisé quand on préfère la paix des lâches à la vérité des vivants. On l’a dit dérangeant, reproche rituel adressé à ceux qui refusent de dormir debout. Sansal n’a jamais demandé pardon de voir ce qu’il voit et de dire ce qu’il voit. Il n’a jamais accepté de réécrire le réel pour le rendre fréquentable dans les salons parisiens ni présentable dans les chancelleries occidentales. Il écrit contre l’amnésie organisée, contre la complaisance diplomatique, contre cette industrie de l’excuse qui sert d’alibi moral à l’impuissance politique.

A lire aussi, Alain Finkielkraut: Un président sans histoire

Car ce que Sansal met à nu, ce n’est pas seulement un régime, mais une imposture, celle d’un pouvoir qui gouverne par la mémoire trafiquée faute de gouverner par les faits, et celle d’un Occident qui, par culpabilité post-coloniale, abdique toute exigence critique. Là où certains multiplient les courbettes, les hommages creux et les génuflexions médiatiques (jusqu’à célébrer les bourreaux au nom du dialogue), Sansal choisit la solitude de celui qui parle vrai. Il rappelle que l’indulgence à l’égard des tyrannies n’est jamais de la générosité, mais de la lâcheté.

Son œuvre dérange parce qu’elle refuse la hiérarchie des victimes, parce qu’elle ne sacralise pas les récits officiels, parce qu’elle rappelle que la liberté n’est pas un supplément d’âme mais une ligne de fracture. Sansal écrit depuis un lieu que beaucoup ont déserté, celui de la responsabilité intellectuelle. Il ne demande pas l’indulgence, il exige la lucidité.

Que la France reconnaisse aujourd’hui Boualem Sansal, que sa voix trouve ici un écho, a valeur de symbole. C’est une revanche discrète mais décisive, celle d’un pays qui, l’espace d’un instant, cesse de s’excuser d’exister et se souvient que la littérature n’est pas faite pour caresser les puissants, mais pour les mettre en cause. 

Sansal n’est pas un écrivain aimable. Il est mieux que cela, un écrivain nécessaire.

Le français, parlons-en !

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Le bar-tabac, l’arme secrète du barrage républicain

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DR

Dans une brillante étude, Monsieur Subtil de l’université de Zurich démontre que la fermeture des bars-tabacs, considérés comme des lieux clés de sociabilité locale, est associée à une progression durable du vote d’extrême droite dans les communes françaises, en particulier en milieu rural, parce que la disparition de ces espaces réduirait les interactions sociales et nourrirait un sentiment d’abandon territorial.


Le site de La Chaîne Parlementaire (LCP) se faisait l’écho, ce lundi, d’une de ces études sociologiques dont on ne se lasse pas et que, très probablement, la terre entière nous envie. De ces études ubuesques dont, à les lire, on se surprend à se demander si elles ne relèvent pas en réalité de la tradition bien française, dont personnellement je suis un ardent défenseur, de la franche déconnade potache.

Or, il n’en est rien. Ce qui est proposé là l’est avec le plus grand sérieux.

Le chercheur dont le travail prodigieux a abouti à la publication en question a pour nom Hugo Subtil. Ce genre de rapprochement entre ce qu’induit le nom et la finesse de la production du concerné ne s’invente pas. Il y a là comme une marque de prédestination qui mérite attention.

Car, Mesdames, Messieurs, la subtilité la plus vive est bel et bien au rendez-vous. Jugez-en. Le site LCP, en titre, fait mine de s’interroger. Subtilité, vous dis-je : « La fermeture des bars-tabacs, un facteur de progression du vote d’extrême-droite en milieu rural ? » Et de poursuivre : « Selon une étude du Centre pour la recherche économique et ses applications (officine dont l’utilité ne saute pas immédiatement aux yeux mais qui, je le suppose, fonctionne grâce à l’argent public, le nôtre donc), la fermeture de ces « lieux de socialisation « participerait à la progression durable du vote en faveur du Rassemblement national. Un phénomène d’autant plus marqué dans les communes rurales. »

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Vous avez bien lu. Ce ne sont pas la disparition des services publics dans les bourgs et villages de nos campagnes, la désertification médicale, l’imparable progression des incivilités et de la délinquance, la désespérance croissante et mortifère de la paysannerie, la paupérisation avérée des populations, l’incurie, l’impéritie des élites technocrato-citadines, leur arrogance, leur mépris de classe, leur ignorance de la réalité profonde du pays, qui pousseraient les gens à glisser dans les urnes de plus en plus de bulletins Rassemblement national, mais tout simplement la fermeture du bar-tabac du coin, sacralisé pour la circonstance en « lieu de sociabilisation ». Il fallait y penser. Le sieur Subtil l’a fait.

Jusqu’à ce jour, on ne s’en doutait pas, mais maintenant nul ne peut plus l’ignorer. Derrière le ballon de rouge se profilait un vote à tendance de couleur identique. Ailleurs, le canon de rosé assurait probablement la survie d’une représentation politique de robe moins prononcée, en demi-teinte, centro-centriste pour tout dire. Le tout salué matin, midi et soir par la devise républicaine et consensuelle par excellence, sortie de tous les gosiers, assoiffés ou non : « Garçon, remettez-nous ça ! ».

Je pense que le chercheur Subtil a un bel avenir devant lui. Un ministère de la Sauvegarde du patrimoine à boire devrait lui échoir avant peu, avec au programme la réouverture de tous ceux des bistroquets qui ont été fermés ces dernières vingt années. Leur gestion pourrait être confiée à des personnes ayant fait leurs preuves dans le commerce-qui-tue, version contemporaine de l’Assommoir de M. Zola, je pense évidemment aux jeunes et dynamiques dealers dont la reconversion dans le pinard multi-couleurs ferait, qui plus est, le bonheur de la viticulture française.

Donc, oui, rouvrir les bistrots. Et dans les classes enfantines, organiser des ateliers récréatifs au sein de ces endroits, dans le but que l’électeur de demain en connaisse parfaitement le chemin et les attraits. Enfin, si la réouverture ces lieux de sociabilisation-là ne suffit pas, M. Le ministre-chercheur pourrait envisager celle des maisons-closes, inopportunément condamnées par Madame Marthe Richard en son temps. Là, c’était la sociabilisation de la notabilité des préfectures, sous-préfectures et chefs-lieux de canton qui s’opérait. Pour quel résultat électoral, au juste ? J’avoue l’ignorer. Attendons la prochaine étude du Centre de l’excellent M. Subtil qui, j’en suis certain, ne manquera pas de nous éclairer sur ce point.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Royal!

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© Didier Plowy pour Grand Palais Rmn, 2026

Cette fabuleuse collection de 92 tapis de la Savonnerie pensée pour revêtir le sol de la Grande Galerie du Louvre sous Louis XIV en réunit ici une trentaine dans une débauche de couleurs d’un luxe tout royal.


L’immensité du Grand Palais suffit à peine à abriter cette interminable succession de tapis de la Savonnerie tissés au XVIIe siècle au cours d’une vingtaine d’années, en un temps où Louis XIV était jeune encore et plus prétentieux que jamais.  

Ils étaient 92 au moment de leur conception, destinés à revêtir, avec une somptuosité inégalée et sur une longueur de 460 mètres, le sol de la Grande Galerie du Louvre, plus joliment nommée Galerie du bord de l’eau, celle que Henri IV avait voulue pour relier le Louvre aux Tuileries. Ils ne sont plus que 42 aujourd’hui à avoir survécu aux vicissitudes de l’Histoire et à être en partie réunis pour créer cette immensité mordorée jamais exposée en près de quatre siècles d’existence.

Dans l’esprit des débordements baroques

C’est à l’aube du règne de Louis le Grand que naquit ce projet d’orner la Grande Galerie du Louvre d’une suite de 92 tapis de neuf mètres de largeur composant une surface de 4000 mètres carrés de couleurs éclatantes, de paysages, de figures allégoriques, de trophées, de rinceaux, de motifs ornementaux d’une richesse inégalée depuis et où chacun d’entre eux illustrait un thème glorieux. Jamais on n’avait conçu ensemble aussi considérable et aussi somptueux devant conduire de la Galerie d’Apollon au Pavillon de Flore où il était prévu d’installer le trône royal. Jamais non plus on ne s’y risqua une autre fois.

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Les dessins en avaient été évidemment confiés au Premier peintre du Roi, à Charles Le Brun. Et avec les membres de son atelier, celui-ci donna libre cours à une imagination foisonnante, bien dans l’esprit des débordements baroques. Les ateliers de la Couronne nouvellement créés à la Savonnerie allaient se charger de leur exécution durant une vingtaine d’années. Mais entretemps Louis XIV avait choisi Versailles comme lieu de résidence de la Cour, au grand dam de Colbert, son ministre, qui avait tout fait pour maintenir le siège de la monarchie dans la capitale. Et ce splendide projet s’écroula donc avant d’être né, cependant que des sommes mirifiques lui avaient été consacrées.

En France, que ce soit aujourd’hui ou sous l’Ancien Régime, le pouvoir a toujours su dilapider à profusion les deniers publics.

Les vicissitudes de l’Histoire

Ils ne sont donc plus que 42 tapis aujourd’hui à avoir triomphé du temps. Ils proviennent avant tout du Mobilier national où ils sont déposés désormais, mais aussi de collections publiques ou privées dispersées au Danemark, au Royaume Uni, en Italie, aux Etats-Unis, au gré des présents royaux, des ventes révolutionnaires, des vols et des rapines. Ils ont orné les palais de la République et ce sont désormais des pieds roturiers qui les foulent dans les ministères, les résidences présidentielles, les ambassades…  alors qu’ils étaient destinés à ravir les monarques, les princes du sang, les souverains étrangers, les ambassadeurs extraordinaires et tous ceux qui bénéficiaient des Honneurs du Louvre.

Bordant cette suite de tapis de la Savonnerie, quelques-unes des somptueuses tapisseries des Gobelins tissées pour illustrer l’Histoire du Roi sont exposées également au Grand Palais, renforçant ainsi cette débauche de luxe, d’art et de savoir-faire provenant des manufactures royales.

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Quel luxe également que cette spectaculaire exposition hélas éphémère, mais si remarquablement mise en scène, que de multiples commentaires apposés un peu partout enrichissent encore, cependant que des artistes du Mobilier national partagent un peu de leur savoir avec le public.

L’entreprise est admirable. Et la brièveté de l’exposition la rend plus précieuse encore. Plus irréelle aussi. Ceux qui en ont eu l’idée, ceux qui en ont conçu l’installation, tous ceux qui ont mené à bien cet éblouissant projet sont à saluer. Il y a peu ou pas de nations au monde assez prodigues pour savoir concevoir ce genre d’événement. Peu aussi à disposer d’un patrimoine aussi extraordinaire. Il ne manque à l’exposition que la diffusion de musiques de Lulli ou de Charpentier sous les voûtes spectaculaires du Grand Palais pour en achever l’enchantement.


Le Trésor retrouvé du Roi Soleil. Grand Palais. Jusqu’au 8 février

De 10h à 19h30, Le vendredi 6 février de 10h à minuit. Le dimanche 8 février de 10h à 16h. 8€ l’entrée

La foi sous le « calot » chirurgical: un accommodement déraisonnable

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Image d'illustration.

Islamisation. L’infirmière de l’AP-HP qui refusait de retirer le calot chirurgical qu’elle portait en permanence pour voiler ses cheveux, est finalement suspendue huit mois.


Majdouline B, infirmière depuis 2018 à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, est licenciée le 10 novembre dernier, la direction lui reprochant de porter quotidiennement un calot (protection en tissu portée au bloc opératoire). La direction affirme que « la jurisprudence administrative rappelle que tout signe peut devenir religieux par la volonté de celui qui le porte et ainsi être considéré comme un ”signe religieux par destination” ». L’infirmière conteste et ne revendique pas d’appartenance religieuse – elle avait du reste signé la charte de laïcité lors de son embauche. Saisi en référé par l’infirmière, le tribunal administratif gèle le renvoi début janvier, dans l’attente d’un examen sur le fond. Verdict samedi 31 janvier : l’infirmière est suspendue pour huit mois, car le port du calot a déjà été remarqué comme une façon détournée de porter le voile, dans des affaires similaires.

Manquement aux obligations de l’agent public

Derrière cette bataille d’Hernani, se profile la question de la pratique de l’islam à l’hôpital. En effet, porter un voile rend-il l’infirmière inopérante ? Non, évidemment. Néanmoins, le législateur a tranché : le fait pour un agent public de manifester ses convictions religieuses dans l’exercice de ses fonctions constitue un manquement à ses obligations selon le principe de laïcité et de neutralité dans l’enceinte de l’établissement (Circulaire PM n° 5209 du 13 avril 2007 relative à la Charte de la laïcité dans les services publics).Saisie de la question de l’interdiction du port du voile, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, dans un arrêt du 26 novembre 2015, a même jugé que cette neutralité n’était pas contraire à l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

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Pour synthétiser le sujet, à l’hôpital, la patiente peut déambuler voilée dans les couloirs, mais pas le personnel soignant, sauf s’il travaille dans le privé : dans le cas d’un hôpital confessionnel, la sœur catholique peut arborer la coiffe traditionnelle ou une croix, et la musulmane le voile, si l’établissement n’est pas géré par l’État.

Des problèmes qui ne vont pas aller en diminuant

Du côté de la patiente, celle-ci doit montrer entre autres son cou et sa bouche, impérativement, d’où la nécessité de se dévoiler – a fortiori si elle est chez le dentiste ! Un refus de le faire peut constituer une impossibilité technique d’auscultation pour le praticien. Restent les cas de maris vétilleux : plusieurs exemples de musulmans rigoristes refusant que leur épouse ou sœur soit examinée par des hommes ont défrayé la chronique ces dernières années, mais en nombre finalement restreint, semble-t-il. Le Conseil de l’Académie Internationale du Fiqh Islamique dispose ceci dès 1993 : « en règle générale, si une femme médecin spécialisée est disponible, il est obligatoire qu’elle se charge d’examiner la patiente. En l’absence d’une telle spécialiste, cette tâche sera confiée à une femme médecin non musulmane et digne de confiance (…) Le traitement de la femme par un homme doit se faire en présence d’un Mahram, de son époux ou d’une autre femme de confiance, évitant ainsi tout aparté »… Heureusement en France, ces règles n’ont pas lieu d’être retenues dans les hôpitaux, le principe de la laïcité tenant lieu de barrage républicain.

JO: c’est parti mon kiki!

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© Ulrich Wagner/DPA/SIPA

Selon le journal Bild, augmenter temporairement la taille de leurs parties génitales afin d’obtenir une mesure de l’entrejambe plus importante lors des scans corporels servant à définir la taille des combinaisons serait une pratique de triche courante chez les athlètes de saut à ski.


Alors que les Jeux à la neige vont débuter (JO de Milan-Cortina du 6 au 22 février), une affaire secoue les membres de la Fédération de saut à ski, cette discipline où les skieurs dévalent un tremplin avant de s’envoyer en l’air pour atterrir le plus loin possible… Mi-janvier, le magazine allemand Bild a affirmé que certains concurrents procédaient à des injections pour augmenter le volume de leur pénis ! Le règlement imposant que les combinaisons enfilées par les athlètes soient sur-mesure, au poil près (car les dimensions du tissu améliorent la pénétration dans l’air), augmenter la taille du pénis permettrait, primo de gagner à l’entrejambe quelques centimètres carrés du précieux tissu, et secundo de baisser le centre de gravité ! Pour nous, cela ne signifie pas grand-chose, mais pour les spécialistes cela veut dire beaucoup. Sur RMC, Nicolas Dessum, entraîneur de l’équipe de France de la discipline, a reconnu qu’en théorie ce n’est pas farfelu: « Si un athlète gagne un centimètre dans cette zone il est content, ça change la donne pour lui… Cela modifie légèrement le centre de gravité et sa façon de voler pour gagner un à deux mètres pour un saut ».

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Et si personne ne pipe mot sur l’agrandissement de pénis, des langues se délient pour raconter que des athlètes bourrent leur slip de mousse ou de serviettes hygiéniques.

L’Autrichien Mika Vermeulen (26 ans), skieur de fond passé par le saut à ski, assure que des athlètes expérimentés mettent… de la pâte à modeler dans leurs sous-vêtements pour améliorer leurs performances. La nature humaine est ainsi faite. Pour tricher, l’imagination peut se nicher dans les endroits les plus improbables. En 1976, aux JO de Montréal, l’Allemagne de l’Ouest avait imaginé améliorer la position dans l’eau de ses nageurs en leur injectant via le rectum un gaz rare dans les intestins. L’affaire éventée, les Allemands s’étaient dégonflés, déballonnés… mais il se murmure que certaines nations auraient amélioré le procédé pour faire de leurs nageurs des poissons-volants et inscrire leurs noms dans les annales olympiques.

Des saintes, des cris et des rires nerveux

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Mara Vercors (Sophia Burgos) et Violaine Vercors (Raphaële Kennedy) © Thomas Amouroux - Théâtre du Châtelet

Tiré de la pièce de Paul Claudel et créé en 2022 à l’Opéra de Nantes, puis à ceux d’Angers et de Rennes, l’ouvrage lyrique de Philippe Leroux est mis en scène par Célie Pauthe. « L’Annonce faite à Marie » au Châtelet fascine par son esthétique hors du temps et sa musique troublante, mais dérange, fait fuir une bonne partie du public et interroge cruellement la possibilité même de transformer Claudel en opéra.


La Cage aux folles à l’affiche en décembre, L’Annonce faite à Marie en janvier, Jean Poiret précédant Paul Claudel : qui serait d’assez mauvaise foi pour reprocher au Théâtre du Châtelet une programmation monochrome ? 

Le grand écart est tel qu’on pourrait plutôt dénoncer un éclectisme erratique, un programme parfaitement incohérent. De fait, il reflète parfaitement la personnalité qu’on qualifiera de contrastée de l’actuel directeur du Châtelet, brandissant d’une part un catholicisme tapageur, affichant d’autre part une homosexualité militante. Une rareté assez piquante pour n’être pas saluée et qui au fond trouve ici son acmé.

Inutile de préciser que L’Annonce faite à Marie, programmée pour quatre représentations, fera beaucoup moins courir les foules que La Cage aux folles à l’affiche durant cinq semaines, avec prolongation à la Seine musicale : la France, fille aînée de l’Eglise, est aujourd’hui plus folâtre que confite en dévotion, plus encline à la farce qu’au mysticisme chrétien.

Couleurs tranchées, coupe vieillotte

Sur la scène du Châtelet, on se trouve incontinent transporté dans un autre temps. Un temps qui n’est pas d’ailleurs celui des cathédrales au cours duquel Claudel situe son drame. Mais, à la faveur de l’architecture singulière d’un décor d’une extrême sévérité, clos sur lui-même ou parfois s’ouvrant sur de vastes paysages de cultures céréalières, comme on en trouve aux environs de Chartres, du fait aussi des costumes d’Anaïs Romand, aux couleurs tranchées et à la coupe vieillotte, on est confronté à une vision du Moyen Age semblable à celle qu’on aurait pu proposer sur les scènes alors novatrices de la première moitié du XXe siècle. Sentiment étrange et pas du tout désagréable que de contempler un exemple de modernité relevant d’une époque largement révolue, comme si les auteurs du spectacle, à la façon de la Belle au bois dormant, s’étant assoupis durant près d’un siècle, reproduisaient à leur éveil une esthétique en vogue avant leur endormissement.

Solistes de l’Ensemble intercontemporain

Séduisantes, très séduisantes même, les premières mesures de l’opéra de Philippe Leroux donnent corps à un univers d’abord nimbé de mystère. Et nous plongent aussitôt dans un climat très tendu, dans un climat de drame. La musique expose des sonorités qui, elles aussi, évoquent une modernité d’un autre temps, une modernité d’avant-guerre ou d’immédiat après-guerre. Comme si, là aussi, le compositeur s’était longuement assoupi et réapparaissait en n’ayant rien oublié de son époque. Alors que ressurgissent dans sa partition de lointaines réminiscences du Pierrot lunaire de Schönberg, créé en 1912 à Berlin, l’année même où à Paris L’Annonce faite à Marie était mise en scène par Lugné-Poe au Théâtre de l’Œuvre, accompagnée d’une musique de Vincent d’Indy. 

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Exécutée par une huitaine de solistes de l’Ensemble intercontemporain placés sous la conduite d’Ariane Matiakh, la partition de Philippe Leroux pourrait être belle, éloquente même. Mais le traitement des voix est la plupart du temps assez rude, sinon infiniment éprouvant. Ce chant parlé, ces voix délirantes semblent bien mal traduire les inflexions du texte. On le torture avec des stridences, des accents gutturaux, des grincements, des dissonances appuyées. Et, chez Mara la Noire, avec des chevrotements de possédée qui virent parfois à la caricature. En prétendant dévoiler l’obscurité de son âme, la violence de sa haine, l’emprise du mal qui l’habite, ces chevrotements ont un effet désastreux. Ils font irrémédiablement sourire ou ricaner, là où les imprécations de la sœur venimeuse devraient impérativement nous glacer.

C’est cela sans doute qui a poussé d’innombrables spectateurs, douloureuse hémorragie, à quitter la salle dans la première heure d’un ouvrage qui ne dure pas loin de trois heures. 

Claudel en voix off

Pour qui aurait la fantaisie de vouloir entendre le texte de Claudel, l’entreprise est quelque peu téméraire. Chantés ou psalmodiés, parlés ou éructés, les mots demeurent généralement inaudibles. En revanche, il faut s’appuyer par moments la voix antipathique de Claudel, cette voix de nanti solennel captée par des enregistrements de jadis, et qui, diffusée tout au long de l’ouvrage, semble en commenter l’action. 

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Voix parlantes voix chantantes, « parlé chanté » cousin du « Sprechgesang » de l’Ecole de Vienne, les effets vocaux accompagnant ce qui subsiste du texte de Claudel ne portent guère au mysticisme et sont difficilement émouvants, n’en déplaise aux thuriféraires de cette Annonce faite à Marie qui se répandent en termes admiratifs. Et sur le plan dramatique, la version lyrique est bien peu convaincante en regard de la version théâtrale.

Une sainte résolument professionnelle

Pour les interprètes, la partie vocale doit être extrêmement difficile à exécuter en l’absence de ligne mélodique franche imposée par les instruments. Dans le rôle d’Elisabeth Vercors, Els Janssens est la plus convaincante d’entre tous parce qu’elle y répond avec un naturel, une humanité qui donnent chair à son personnage. Incarnant la figure ingrate de la sœur de Violaine, cette Mara la Noire dévorée par la jalousie la plus tortueuse, par une haine criminelle envers celle dont la bonté et le rayonnement lui sont insupportables, Sophia Burgos est aussi remarquable comme actrice alors qu’elle n’est guère aidée par les excès vocaux qu’on lui impose. Fallait-il alors que la sainteté de Violaine s’exprimât par des regards extatiques, des langueurs, des soupirs saint-sulpiciens ? Raphaële Kennedy, en incarnant Violaine, se précipite tête baissée dans un expressionisme de cinéma muet qui a fait jadis, il est vrai, quelque effet dans les sacristies ultramontaines ; dans un mysticisme de théâtre de patronage où faire chavirer son regard vers le ciel en adoptant des airs languides de vierge immolée relevait de la panoplie obligée pour toute sainte ou bienheureuse résolument professionnelle.

Réduite à six personnages, la distribution comprend encore la belle et solide présence du baryton Marc Scoffoni incarnant Anne Vercors, père de Violaine et de Mara ; celle de Vincent Bouchot en Pierre de Craon ; celle enfin de Charles Rice qui dessert avec beaucoup de bonne volonté le rôle déjà peu reluisant de Jacques Hury. 

Il est permis de penser que cette Annonce faite à Marie ne fera pas nécessairement la belle carrière de Carmen sur la scène lyrique mondiale. Les filles perdues, même si on le déplore à juste titre dans les réunions paroissiales, auront toujours plus de succès que les saintes en épectase. Mais qui sait ? Malgré le génie de Bizet, Carmen avait été violemment désavouée à sa création, quand aujourd’hui c’est l’opéra, dit-on, le plus joué au monde.


L’Annonce faite à Marie.
Théâtre du Châtelet. Dernière représentation le mardi 3 juillet 2026.

de 10 à 99 €

Le contribuable canadien est bien abattu et passe à la casserole

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Le ministre canadien de l’Agriculture, Heath MacDonald, au centre, est accompagné de la ministre du Développement économique de l’Île-du-Prince-Édouard, Darlene Compton, à droite, et de Russ Mallard, président d’Atlantic Beef Products Inc., lors d’une conférence de presse à Albany le 9 janvier, afin d’annoncer des aides gouvernementales pour une expansion halal à l’usine de transformation de bœuf © Instragram de M. MacDonald

Le gouvernement fédéral canadien participe à la transformation des abattoirs pour produire plus facilement de la viande halal à hauteur de 40 millions de dollars. De quoi scandaliser le contribuable laïque pendant que le multiculturalisme entérine l’invasion des mets halal dans les écoles du pays.


Manger, c’est incorporer un territoire.
Jean Brunhes.

Ventre affamé n’a pas d’oreilles mais il a un sacré nez.
Alphonse Allais.

Pour ce qui est donc de manger des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons qu’il n’y a point d’idole dans le monde, et qu’il n’y a qu’un seul Dieu.
1 Cor. 8:4


Au Canada, comme en Union européenne, en dérogation du droit commun fondé sur des critères scientifiques modernes, est légal l’abattage des bovins selon les rites juif et musulman : est autorisé, sans étourdissement préalable, l’égorgement de l’animal selon une technique par laquelle est tranché l’œsophage. Il en résulte une entorse à la séparation de la mosquée et de la synagogue et de l’État; sur le plan de la santé publique, elle se traduit par un risque de contamination de la viande; enfin, il y a mépris de la souffrance animale.

En principe, le non-respect des règles sanitaires concerne la société entière et non pas uniquement le consommateur lambda: le gastronome qui, après avoir ingurgité un aliment toxique, fait gicler par spasmes à partir de ses orifices des liquides et semi-liquides biologiques verdâtres, compte sur le système de santé national pour se remettre sur pied; est aussi malsaine la tolérance de la cruauté animale. Cependant, aux fins de la présente discussion, l’on admettra charitablement la prémisse portant que la loi civile peut, malgré tout, licitement prévoir ce genre d’exemption et laisser chaque quidam aspirant à la transcendance libre de ses choix culinaires, lesquels, en théorie, n’engagent que lui seul.

Bien-pensance canadienne

Jusqu’à une époque relativement récente, les musulmans croyants pouvaient s’approvisionner sans problèmes dans les établissements classiques, en application du principe de nécessité reconnu par la charia, qui permet d’arrondir les angles : l’interdiction totale du porc demeurait évidemment intangible, mais l’on pouvait, sans risque d’anathème, commander ses viandes en elles-mêmes licites mais provenant d’animaux abattus selon l’hygiène moderne à la séculaire boucherie Sanzot (à condition d’en trouver le numéro de téléphone exact). Par contre, les orthodoxes ont toujours été tenus de faire leurs achats dans les boutiques approuvées par le rabbinat, même si la halakhah connaît le précepte « la loi du Royaume est la loi » en v.f. (« dina d’makhulta dina » en v.o.).

L’on voit mal en quoi la simple phase d’étourdissement préalable et une technique d’un égorgement relativement indolore du bestiau constituent une violation grave de la méthode religieuse. La solution la plus simple eût donc été d’imposer l’abattage conforme à la loi civile, quitte à organiser la présence des rabbins et des imams, qui eussent pu alors accorder leurs certifications, cachère et halal, après avoir scandé leur bénédiction. Au Canada, l’on invoque ad nauseam le principe d’« accommodements raisonnables », lequel, hélas, est à sens unique.

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Mais… c’était sans compter sur une volonté de ségrégation socioreligieuse, de contrôle du groupe. Et, pour les islamistes, sur la juteuse source de financement d’un réseau parallèle d’abattoirs halal, qui connait en effet un substantiel développement depuis une trentaine d’années, ce qui n’est pas le cas des établissements cachère, la population juive orthodoxe étant considérablement plus faible et stable.

En outre, multiculturalisme canadien à toutes les sauces oblige, on constate un phénomène insidieux : l’invasion des mets halal dans les institutions publiques, notamment les cantines scolaires. Selon une certaine bien-pensance, s’ils sont servis à tous les élèves sans distinction de race ou de religion, chacun y trouve son compte : les jeunes musulmans mastiquent conformément aux prescriptions religieuses que leur imposent leurs parents, tandis que pour les petits roumis, rien ne change puisque les recettes sont les mêmes, la préparation est la même et surtout, oui, surtout, aucune différence de goût pour les jeunes palais! Tout le monde est content et personne n’est lésé. Un admirable d’exemple d’œcuménisme. Où est le problème?

La réponse est on ne peut plus simple : cette pratique impose, précisément, aux familles laïques, la consommation de produits contestables sur le plan sanitaire et moral. Nul besoin d’être vegan ou carnivore islamophobe pour défendre des méthodes d’abattage conformes à la science moderne. Que des écoles islamiques privées s’en tiennent à un menu halal, grand bien leur fasse, mais c’est une hérésie en ce qui concerne l’école publique. En revanche, il revient aux parents concernés qui optent pour l’école publique canadienne (qui ne saurait, malheureusement, être qualifiée ni de « républicaine » et ni vraiment de « laïque ») pour leurs enfants de leur préparer un repas du midi selon leurs coutumes ancestrales.

Cela dit, il faut impérativement noter que chacun a droit à ses répulsions et inclinaisons alimentaires, peu importe qu’elles soient fondées sur des considérations d’ordre religieux, culturel, ou purement gastronomique. Les planificateurs de menus scolaires peuvent, et doivent donc, très laïquement, s’en tenir uniquement aux statistiques de consommation, qu’il s’agisse de plats de porc, de viande le vendredi, de chèvre, ou même d’alligator.

Toujours plus loin

Mais, au Canada, l’on va encore plus loin. Très loin. Trop loin. L’abattage halal et cachère y bénéficie maintenant de subventions étatiques.

C’est ce qu’annonce fièrement au début de l’an de grâce 2026 le ministère confédéral de l’agriculture. Oui, le contribuable confédéral laïc, immolé sur l’autel des sacrificateurs, contribue maintenant aux rites religieux. Combien? Une première enveloppe de 25 millions $ pour les deux prochaines années, et il est projeté un total 40 millions $ jusqu’en 2030. Rien que ça[1]. La légalité des viandes halal et cachère, déjà difficile à avaler, est une chose, mais voir l’État les prendre à sa charge est un comble. Une onéreuse tartufferie, d’autant plus que qu’elle stimule ainsi financièrement les activités islamiques se déroulant hors de la cuisine.

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L’évidence est que, en réalité, ce programme vise essentiellement les électeurs islamistes. En y incluant aussi et en instrumentalisant le judaïsme orthodoxe, aux effectifs comparativement négligeables, on s’offre le luxe de noyer le poisson (avec ou sans écailles) : le juif observant sert de caution passive et même d’alibi. Tant mieux pour lui s’il profite ainsi, au passage, d’une manne inattendue. Ironiquement, il doit ce ruissellement financier aux islamistes, mais les voies du Seigneur sont impénétrables. Cela dit, il faut lui rendre cette justice : lui, au moins, n’a pas la prétention d’imposer à la société civile les prescriptions de la cacheroute.

Détail aussi piquant qu’un oursin, ce programme vient d’être lancé à… l’Île-du-Prince-Édouard, grande productrice de fruits de mer, mais moins connue pour ses yechivot.

Le gouvernement de Mark Carney, digne successeur du nouveau minet de Katy Perry, se livre, sans vergogne, à l’achat pur et simple des voix islamistes (il serait incongru de parler ici de pot-de-« vin »…). Cependant, le désespoir civique est prématuré. Une pétition citoyenne vient d’être lancée contre ce cynique détournement de pouvoir. Et y aura-t-il contestation devant la justice?

Seul un aruspice expérimenté pourra trouver la réponse dans les entrailles d’un sanglier dûment sacrifié à cette fin, lesquelles pourront être recyclées en andouillettes. 


[1] https://agriculture.canada.ca/fr/programmes/investissement-casher-halal

La résistance par l’habit

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Défilé Hermès, Paris, 24 janvier 2026 © IK ALDAMA/DPA/SIPA

L’élégance masculine comme manière de s’affirmer et de reconquérir notre souveraineté vestimentaire : Monsieur Nostalgie sonne le tocsin


La rue est devenue désespérante. Nous nous sommes collectivement habitués et résignés à la laideur de nos habits. Le vêtement mondialisé a emporté la bataille des mentalités. Matières consommables, qualité déplorable, cycle infernal de surproduction, gabegie environnementale et confection inhumaine ; là-bas, à des milliers de kilomètres, dans la moiteur des climats changeants, on fabrique pour alimenter un marché sans garde-fous. La machine tourne à plein régime et on préfère regarder ailleurs.

Défaitisme

Il y a comme une défaite intellectuelle dans nos rues, dans nos hémicycles, à la sortie de nos écoles, aucun espace n’échappe à cette forme d’abandon, aussi bien chez nos dirigeants que dans la foule anonyme. Le bel habit masculin a disparu. Le soulier cousu et le cuir patiné sont les témoins d’une époque révolue. S’afficher avec, oser le brio si incommode, renoncer à la transparence, casser la monotonie sont les marques d’une résistance intérieure. Ne pas abdiquer au confort du tyran « jogging » et de la reine basket ; il en faut du courage pour se soulever et dire non. Le laisser-aller est un prêt-à-porter si facile à adopter. L’invisibilité a gagné. Nous sommes tous tombés dans ce piège de l’indifférenciation. Peu importe l’âge ou le milieu d’appartenance, la profession ou le nombre d’années d’études au compteur, dans les bureaux des étages élevés ou au restaurant, le samedi soir, une vague de défaitisme a envahi nos penderies. L’habit moderne, ample et jetable, bavard et insane, est notre nouveau corset. Tous, nous avons entassé des kilos de vêtements « bon marché », dans une sorte de frénésie acheteuse irresponsable. Nous avons été faibles. Au début, nous étions heureux d’accumuler et de suivre cette mode tempétueuse. Nous étions les bons soldats de la « Fashion culture ». Et puis, un jour, notre état de délitement nous a frappés. Nous sommes tombés sur de vieilles photos de famille.

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C’était mieux avant !

L’allure de nos aïeux a jeté le trouble. Ils avaient une prestance inhabituelle, une mise soignée, la courtoisie du costume bien taillé, le désir de faire honneur à leur famille, que ce soit lors d’un baptême ou d’une noce. Après souvent un travail de force, manuel et salissant, ils s’habillaient convenablement pour le respect des autres et aussi pour leur propre plaisir. Comme ils relisaient vingt fois une lettre traquant une faute d’orthographe avant de l’envoyer à une administration tatillonne, ils nouaient leur cravate avec une attention d’airain, avant de sortir de chez eux. Leur chemise amidonnée et leur pantalon repassé. Sans faux pli et parfois en faux col. Ces gestes simples et répétés au fil d’une longue vie étaient empreints d’une grande dignité. Ils nous paraissent aujourd’hui incroyablement audacieux, presque chevaleresques. Ils brouillaient aussi les cartes du destin. Qui aurait pu croire que derrière ces élégants-là, portant fièrement le trois pièces, se cachaient des menuisiers, des bistrotiers, des ouvriers tanneurs ou des employés des Postes. Nous avons eu alors, tout à coup, honte de nos guenilles, de nos tissus industriels, de nos chaussures collées à la va-vite et de notre indolence satisfaite. Il semble que ce relâchement généralisé soit arrivé à son terme. Un sursaut salutaire se met en marche timidement. Notre pays se réveille doucement, il ouvre un œil, encore groggy d’avoir subi tant de tenues infâmes. Ce n’est pas un raz-de-marée. L’étincelle est pourtant là. L’envie d’exister et de ne plus subir. Le goût de s’afficher avec un joli manteau en laine, avec un blazer à l’épaule suave ou avec une paire de richelieu brillante n’est plus l’apanage d’une caste en particulier ou d’un portefeuille rebondi. La seconde main a sonné le tocsin du relâchement. Les jeunes générations ont désormais soif de connaître la vérité sur les méthodes de fabrication et de retrouver l’éclat du passé. Ils s’habillent en conscience. Ils comprennent pourquoi la France a perdu tant de savoir-faire au contraire de l’Italie plus sensible à la notion d’atelier.

Un enjeu de souveraineté nationale

Il s’agit là, d’un enjeu de souveraineté et d’éducation. L’apprentissage étant à l’origine de tout. Les réseaux sociaux ont été, en l’espèce, de précieux lanceurs d’alerte. Des figures se sont imposées sur ce secteur sinistré. Le grand public a été touché par le sartorialisme partageur d’un Hugo Jacomet, par la réussite du magazine L’Etiquette et surtout par des centaines de bottiers, de tailleurs, de chemisiers qui ont diffusé leur expérience sur Internet dans de courtes vidéos. Ils ont enfin communiqué ! Nous avons été fascinés par l’intelligence de la main et le cheminement de la création. Le beau travail, dans les règles d’art, précision et virtuosité, nous rassure et nous ancre. On ne s’endort plus en « scrollant » des images de chats mais en visionnant des ressemelages de brogues et de boots. L’effet est à la fois hypnotique et apaisant. Le meilleur des antidépresseurs. La trépointe n’a plus de secret pour nous. On écouterait des heures ce collectionneur de blousons d’aviateur de la Seconde guerre ou cet as du ciseau évoquant le tombé d’une veste, ce dos impeccable comme s’il parlait d’une sculpture. Entre Le Bernin et lui, un fil se tend.

Les tendresses de Zanzibar

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