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Chez Sarah Knafo, l’euphorie à l’épreuve du bandeau de BFMTV

Que décidera de faire la candidate de la ville heureuse pour le deuxième tour ?


Chez Sarah Knafo, l’euphorie à l’épreuve du bandeau de BFMTV
Sarah Knafo avec ses militants à Paris, hier soir © Arnaud Cesar Vilette/SIPA

Nos intrépides reporters ont suivi l’annonce des résultats dans les QG de Mmes Dati et Knafo, hier soir. Sur le fil, la candidate surprise du scrutin parisien, vêtue de jaune, a finalement passé la barre des 10% au bout de la nuit. Cinq candidats se retrouvent au second tour dans la capitale.


Les soirées électorales font partie de ces moments qui réunissent dans des endroits plus ou moins exigus des journalistes en chaussures Veja et des militants de droite de l’Ouest parisien. A Paris, il y avait un peu de choix, même si Thierry Mariani (RN-UDR) avait décidé de renoncer à ce rituel, faute d’intérêt suscité par sa campagne.

Nous nous ruons tout d’abord au QG de Rachida Dati, dans le 12ème arrondissement. Entassés dans un local à peine plus large qu’une grosse cabine téléphonique, des échotiers commentent les premiers sondages et tentent de détecter, à distance, les premiers indices d’une déferlante droitière dans l’hexagone.

Sur place, les militants font défaut : on veut les imaginer encore dans les bureaux de vote à dépouiller et à remonter les premiers résultats.

On file chez Sarah

Vers 19 heures 30, la tentation d’aller voir ce qui se passe chez la coqueluche de la campagne, Sarah Knafo, est trop grande et nous pousse à traverser les quelques stations de métro qui nous séparent de l’événement. Dans le 2ème arrondissement, l’équipe de campagne a vu les choses en grand, en louant un espace de 335 mètres carré à quelques mètres de la place de l’Opéra. Ici, la déambulation et l’accès au bar sont plus commodes. De premières estimations qui bruissent sous le manteau annoncent la championne à 16%, ce qui entraîne un début d’euphorie parmi les militants, gonflés à bloc et ravis de la campagne acidulée et flashy de Sarah Knafo. « On a vu énormément de nouveaux militants arriver, ceux qui n’étaient pas dans la campagne de Zemmour en 2022 et ont rejoint Reconquête et Sarah à cette occasion. On a vu revenir aussi quelques têtes que nous avions perdu », nous confie Jannick, tête de liste dans le 12ème arrondissement.

Une question agite tous les esprits : Sarah Knafo pourra-t-elle imposer l’union des droites à Rachida Dati, et donc une fusion de liste – provoquant, à l’occasion, un petit séisme politique ? Et si l’ancienne ministre de la Culture ferme la porte à une telle union, Sarah Knafo maintiendra-t-elle sa candidature au risque de passer pour celle qui aura fait perdre la droite ? « Je laisse ma candidate choisir » rappelle ce militant parisien. Un cadre de Reconquête, candidat bien placé, « très confiant », s’emballe : « Cette élection, si elle conduit à une union des droites au second tour, peut donner de grandes choses aux présidentielles ». Et si l’alliance échoue ? « La faute incomberait à Dati et non à Knafo, pas question de se saborder. Il faut imposer un rapport de force à LR et les obliger à la fusion ».

La question du retrait unilatéral pour ne pas trop embêter la candidature Dati coupe la salle en deux. Un jeune adhérent, encarté de la première heure, se dit « contre tout retrait unilatéral » en cas de refus de fusion de Dati. De toute façon, abonde un jeune militant, 18 ans, étudiant parisien, « nos électeurs ne voteront pas Dati si on ne leur tend pas la main. » Un sabordage de la liste serait donc difficile à faire avaler à une partie des militants, même si c’est pour la bonne cause : faire battre la gauche.

La fête est finie

Les nouveaux chiffres qui circulent sont désormais moins favorables. La possibilité d’un maintien possible au second tour n’est même plus évidente. Olivier Ubéda, maître des grandes cérémonies Reconquête, prend le micro pour faire fermer (provisoirement) le bar : la fête est finie. L’écran de BFMTV affiche un score en dessous de 10. Celui de CNews juste au seuil de qualification. L’enthousiasme débordant de début de soirée est quelque peu refroidi. Comme à Roland-Garros, la balle va hésiter toute la soirée, sur la ligne blanche du filet, entre les 10,1 % et les 9,9 % fatidiques. Maintien possible ou non au second tour, l’hypothèse d’un braquage électoral et d’une fusion « imposée » à Dati s’est de toute façon éteinte. Aucun membre de l’équipe ne veut commenter les résultats provisoires : « Commenter quoi ? » répond Olivier Ubéda, « il n’y a pas encore de résultats ». Les militants les plus bavards se lâchent un peu : « Paris a perdu une sacrée candidate » ; « faut croire que les Parisiens aiment la gauche, les impôts, la saleté, l’insécurité. » « Je vais noyer le chagrin dans un calva vieilli en fût de whisky » assure ce militant bien affrété du VIIe arrondissement parti retourner s’enterrer dans sa « maison de campagne en Normandie ». Un cadre du parti tempère le propos et n’est pas tant surpris par le bon score du candidat Grégoire : « Il a fait une bonne campagne. Il n’a rien fait ou dit dans la campagne qui puisse effrayer un électeur centriste ».

De Kingdom of Heaven à Amélie Poulain

Quelques militants Reconquête canal historique critiquent légèrement l’esthétique de la campagne Knafo. « Moi, la mise en scène Pixar et les visuels à l’intelligence artificielle… j’ai trouvé ça ridicule » nous confie ce militant de l’Est de la France, présent pour la soirée électorale. Quelques voix regrettent que Reconquête soit passé un peu vite de Kingdom of Heaven (avec la musique de Vangelis) à Amélie Poulain (avec l’accordéon de Yann Tiersen). Un trop gros score de Knafo aurait pu enterrer politiquement Eric Zemmour pour la présidentielle ; désormais, il est possible de manifester à Reconquête sa préférence pour le président du parti.

Tandis que Rachida Dati a fait un clin d’œil appuyé à la campagne de Sarah Knafo, celle-ci prend enfin la parole. Tant pis si rien ne permet pour le moment d’être certain que la barre des 10 % sera franchie. « Nos voix peuvent faire gagner la droite. Nous pouvons être assez nombreux pour faire barrage à la gauche. Il ne faut pas laisser passer cette chance. Comme je l’ai toujours dit, je garde le cap. Je veux la victoire contre la gauche. D’ores et déjà, les résultats parlent : les voix du centre ne suffiront pas à l’emporter. Toutes les familles de la droite seront nécessaires. Elles devront toutes être représentées et respectées pour l’emporter », déclare la candidate, dans un discours rendant possible toutes les décisions finales. Nous sondons la chanteuse Koxie, aka Laura Cohen, qui, tel un valeureux arrière droit de Ligue 1 respectueux des consignes, ne nous apporte comme unique éclairage que : « Sarah a parlé. Nous attendons la suite ». La nuit portera conseil, et après tout, il fera jour demain.



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