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Lyrique: Un bal… presque manqué

Même prisonnier d’un décor figé, Verdi bouleverse encore notre chroniqueur


Verdi ne s’interdisait pas de remettre ses partitions à l’ouvrage, voire de réécrire certains de ses chefs d’œuvre pour en proposer, au soir de sa vie, des versions réorchestrées et profondément remaniées. Deux ans avant Un ballo in maschera, ç’avait été le cas en 1857 avec Simon Boccanegra, qu’il retouchera à plusieurs reprises, jusqu’à le recomposer en 1881. Idem pour le Macbeth de 1847, opéra qui se verra profondément transformé en 1865 pour sa version en français, au Théâtre lyrique, et l’ajout du traditionnel ballet tant prisé du public parisien ; avec Don Carlos, encore (Don Carlo dans une autre version), daté 1847 mais durablement révisé jusqu’à 1869. Ou en 1862, avec La forza del destino, promis à se voir largement revisité en 1869 par les soins du compositeur.  

Bal fatal

A contrario ce Bal masqué, ‘’mélodrame en trois actes’’ millésimé 1859, nous parvient inchangé depuis l’heure de sa création en 1859, au théâtre Apollo de Rome, puis deux ans plus tard au Théâtre-italien de Paris. Seul se verra remanié le livret d’Antonio Somma, inspiré de Gustave III ou le bal masqué, fastueux autant qu’oubliable opéra en cinq actes fort distendus, écrit vingt-cinq ans plus tôt par le bien-nommé Eugène Scribe pour Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra de Paris : contraint, à son exaspération, par la censure napolitaine, Verdi déplace par prudence l’ancrage historique primitivement planté à  Stockholm,  le resituant, dans un premier temps, à Florence, puis le faisant migrer vers Naples, pour finalement l’installer à Boston : c’est cette version qui s’est définitivement imposée au répertoire. Mais surtout, le génial compositeur resserre à bon escient l’action de son melodramma : trois actes, pas un de plus.

Œuvre de transition, après La Traviata (1853), Les vêpres siciliennes (1855) et Simon Boccanegra (1857), Un bal masqué annonce les feux incandescents de La force du destin (1862) et de Don Carlos (1867). Ce n’est pas pour autant un opéra mineur. Conspiration, soupçon d’adultère, convoitise amoureuse, incantations d’une pythie, désir de vengeance, assassinat, in fine, au cours du bal fatal qui clôt ce chef d’œuvre lyrique… Combinant le drame et la comédie, l’intime et le magistral, c’est d’un bout à l’autre, une partition miraculeuse sur le plan mélodique.

Paris, le 20 janvier 2026. Generale Piano du Bal Masque de Giuseppe Verdi. (C) Benjamin Girette / OnP

L’Opéra-Bastille a choisi de reconduire la mise en scène de Gilbert Delfo, millésimée 2007, déjà reprise par deux fois, en 2009 puis en 2018. C’est peu dire qu’elle a beaucoup vieilli : assez sinistre, la pesante symétrie de ce décor monumental, tout à tour blanc de craie, anthracite et plombé de noir, surchargé d’une imposante, prétentieuse statuaire à l’effigie de l’aigle romain, ces costumes de deuil enfilés par les chœurs comme par l’ensemble des protagonistes, excepté le rôle travesti d’Oscar, tout cela ne rend pas justice aux couleurs contrastées d’un opéra qui mériterait d’être traité de manière moins constamment ténébreuse.

Anna Netrebko, une déception

Et pourtant, une première à guichet fermé !  De fait, le public était venu surtout pour entendre la diva Anna Netrebko chanter le personnage d’Amelia – rôle qu’elle a inauguré à Naples en octobre dernier. Hélas, sans offense il semblerait qu’à 54 ans la soprano austro-russe ait, elle aussi, pris de l’âge: en ce 27 janvier où votre serviteur avait pris sa place, Netrebko a déçu : vibrato excessivement espacé, voix peinant sur des aigus approximatifs, legato manquant de souplesse… Et puis, quelque chose de mécanique dans le jeu scénique, qui empêchait décidément l’émotion de passer.

Il est vrai que la rigidité de la mise en scène n’y aide guère: les interprètes s’y voient forcés de chanter trop souvent debout, immobiles, face au public, comme des statues figées au premier plan du plateau, sans qu’entre eux la moindre interaction ne vienne tant soit peu animer celui-ci. Consolation, le baryton montréalais Etienne Dupuis fait merveille dans l’emploi de Renato. Quant à Riccardo, il est campé par le ténor américain Matthew Polenzani, doué d’un timbre magnifique, au phrasé impeccable. Dans le rôle de la sorcière Ulrica, la mezzo Elizabeth DeShong fait son entrée à l’Opéra de Paris de façon remarquable, la palme revenant à la soprano espagnole Sara Blanch, brillante, délicate et gracieuse dans son interprétation d’Oscar.

Une nouvelle distribution prend bientôt le relai, partiellement : la soprano américaine Angela Meade remplaçant madame Netrebko dès le 11 février ; Renato empruntant les traits de notre Ludovic Tézier national à partir du 5 février, star auquel succèdera le baryton natif de Mongolie Ariunbaatar Ganbaatar, qu’on découvrira donc sur la scène parisienne pour les dernières représentations (du 20 au 26 février)…

Voilà qui est de bon augure pour la suite, au moins sur le plan vocal. Quoiqu’il en soit,  Un bal masqué mérite le déplacement, ne serait-ce que pour l’aria d’Amelia et la sublime mélodie du violoncelle, au premier tableau du troisième acte : « Morro, ma primera in grazia,/Deh ! mi consenti almento/L’unico figlio moi/Avvincere al mio ceno.[…] Morro, ma queste viscere/ Condolino i suori baci,/ Or che l’estrema è giunta/ Dell’ore ùie gugati », traduction : « Je mourrai, mais avant,/ de grâce, consens/ que sur mon cœur j’étreigne/ mon seul, unique enfant.[…] Je mourrai, mais qu’au moins ses baisers/ consolent ma pauvre âme/ puisque je suis au terme/ d’une vie éphémère »….  Même un cœur de pierre en pleurerait.  


Un bal masqué/Un ballo in maschera, opéra de Giuseppe Verdi. Mise en scène : Gilbert Deflo. Direction : Speranza Scappucci. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.

Avec Matthew Polenzani, Anna Netrebko/Angela Maede, Igor Golovatenko/Ludovic Tézier/Andrii Kimach, Sara Blanch, Elizabeth DeShong, Christian Rodrigue Moungoungou, Blake Denson, Andres Cascante, Ju In Yoon, Se-Jin Hwang.

Durée : 3h

Opéra Bastille, les 2, 5, 11, 14, 17, 20, 23, 26 février à 19h30, le 8 février à 14h30.

La beauté transfigurée du deuil

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Hamnet est une exofiction qui nous parle plus de la femme de Shakespeare que du dramaturge lui-même. Chloé Zhao s’impose comme une cinéaste majeure du cinéma contemporain


Chloé Zhao est indubitablement une cinéaste passionnante et talentueuse. Née à Pékin, elle a suivi des études de sciences politiques au Mount Holyoke College, dans le Massachusetts, puis des études de cinéma — département production — à l’université de New York. Elle vit aux États-Unis et a réalisé cinq longs métrages.

Ses deux premiers films, Les Chansons que mes frères m’ont apprises (2015) et The Rider (2017), produits par la société de Forest Whitaker, sont remarqués par la critique lors de leurs présentations à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. The Rider raconte l’histoire de Brady, un jeune cow-boy et entraîneur passionné de chevaux, étoile montante du rodéo, qui voit sa vie basculer lorsqu’un cheval lui écrase le crâne au cours d’une compétition. Le film est une œuvre époustouflante de maîtrise et de grâce, sans doute le plus beau film de Chloé Zhao à ce jour.

Nomadland et l’épreuve du blockbuster

Elle reçoit ensuite le Lion d’or au Festival de Venise pour Nomadland (2020). Dans ce film majestueux, Chloé Zhao dresse le portrait de Fern, une femme blanche sexagénaire — Frances McDormand, juste et bouleversante — qui a tout perdu après la déroute industrielle de sa ville, Empire, dans le Nebraska, la mort de son mari et la perte de sa maison.

En 2021, elle tourne un blockbuster Marvel, Les Éternels, une belle réussite plastique et poétique, légèrement gâchée par certaines situations pensées pour satisfaire la bien-pensance et l’inclusivité contemporaines qui règnent comme on sait dans les milieux du cinéma hollywoodien.


Hamnet : une exofiction lyrique

Hamnet, son nouveau film, est une œuvre ambitieuse et lyrique, adaptée du roman éponyme par la romancière Maggie O’Farrell et la cinéaste. Il s’agit d’une exofiction très libre qui raconte la rencontre de William Shakespeare et de la jeune Agnès. Nous sommes dans l’Angleterre du XVIᵉ siècle. Will (Paul Mescal), jeune précepteur fasciné par les mots, est le fils d’un gantier de Stratford. Chaque jour, il observe Agnès, une belle jeune fille sauvageonne qui aime parcourir la forêt et dresser son faucon. Il provoque leur rencontre, et c’est le coup de foudre.

A lire aussi: Tant qu’il y aura des films

Les deux amoureux se marient après la naissance d’une première fille, Susanna. Deux autres enfants viennent au monde, des jumeaux : une fille, Judith, et un garçon, Hamnet. Mais le malheur rôde.

L’entreprise narrative est originale et passionnante du point de vue biographique. Le film n’est pas centré sur William Shakespeare — Paul Mescal, superbe et impeccable, fragile, tiraillé entre culpabilité et passion — ni sur son œuvre, mais sur son couple et ses enfants. Son nom est prononcé tardivement et son succès n’est jamais évoqué directement.

C’est avant tout le portrait de son épouse méconnue, Agnès — Anne Hathaway dans la réalité, femme dont on sait très peu de choses —, figure viscérale, fougueuse, sensible aux forces telluriques, admirablement interprétée par Jessie Buckley. Hamnet est ainsi un splendide portrait de femme : Agnès, belle, un peu sauvage, pleine de bon sens, inscrite dans une mystique profonde de la nature.

Transfiguration par l’art

La beauté et la grandeur du film prennent tout leur sens dans la dernière demi-heure, lorsque l’œuvre bascule dans la magnificence. L’art du maître transfigure la peine et la douleur en beauté pure lors d’une représentation théâtrale qui élève l’âme. La création sublime le drame familial sous les regards extatiques du public.

La mise en scène, très inspirée sur le plan sensoriel, dont la force et la rigueur rappellent celles de Terrence Malick, est servie par l’ampleur et la somptuosité de la photographie du chef opérateur Łukasz Żal (Ida), ainsi que par la musique de Max Richter, à la fois tragique et lumineuse. Hamnet est un film bouleversant, où les émotions ne sont jamais mélodramatiques, mais portées par une ampleur poétique qui confère à l’œuvre une profondeur et une force spirituelles rares.

2h05

http://www.youtube.com/watch?v=b-2Nx-x9Nsg

Ode au « Versailles » de messire Maral

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Le Versailles d’Alexandre Maral est une somme, un monument de 1600 pages qui retrace l’histoire du château et de la ville. Un travail d’Hercule qui mérite d’être salué en alexandrins.


À Versailles manquait le livre magistral.

En vos mains le tenez : Alexandre Maral

Au palais du Grand Roi a consacré sa vie.

Dans les pas de Verlet[1] mais sans qu’il ne ravît

Rien à l’historien du lieu phénoménal,

Voilà qu’à nouveau frais, apôtre original,

Érudit mais emprunt aussi d’un fort beau style,

Maral en ce volume épatant joint la ville

Au site légendaire. Et, de fait, le récit

Enveloppe Versailles au château que voici.

Des lieux en leur entier, à leur chronologie,

Versailles – c’est le titre – ajoute la magie

Du visiteur féru du moindre agencement,

De la disposition du moindre appartement,

De tout apport versé sur la modénature,

Des étapes par quoi tel lieu se dénature,

Du moindre objet, décor ou distribution,

Comme la durée fait, soit la progression,

Soit l’évanouissement, voire la sauvegarde…

D’un même mouvement le lecteur se hasarde

Au fil de ce recueil savant et fabuleux,

Toujours tracé au trait d’un œil vif, scrupuleux,

Depuis le descriptif précis d’une enfilade

Jusqu’à l’évocation d’une de ces parades

Qui façonnaient Versailles en façonnant le Roi,

Car l’ombre des Bourbons plane sur cet arroi.

Salons, communs, boudoirs, régis par l’étiquette,

Cabinets arpentés dans cette vaste enquête

Raniment les rituels contraignants de la cour

Tour à tour jalonnés des stations du parcours.

Le Vau, Le Brun, Louvois, Gabriel et Le Nôtre,

Hardouin-Mansart, Colbert ou Antoine Lepautre

Hantent ces lieux autant que Puget, Girardon,

Richard Mique ou Mignard. Mais là n’est point le don

Essentiel de l’ouvrage : il est ce mariage

Étonnant et subtil, nourri de page en page

Entre approche historique, inventaire et état

Des lieux. En cinquante ans Louis XIV jeta

Un domaine enchanteur sur l’ancienne garenne

Où chassait feu son père. En ce livre s’étrenne

Le délectable attrait de ces moments ravis

Joint à la connaissance – au point qu’on en pâlit

D’admiration ! – intime de chaque aire,

Et de tous ses recoins. Sache te satisfaire,

Lecteur, de l’appétit gourmand qui naît en toi :

À Maral rien n’échappe, on en reste pantois !

« La ville allait porter la livrée du château » :

Citant Verlet, l’auteur emprunte son manteau

Mais c’est pour raviver d’un regard neuf l’enseigne

Du splendide Versailles, avant que ne s’éteignent

Ses pompes et ses feux. Naufrage d’un seul jour !

« Tout a fui, des grandeurs tu n’es plus le séjour »,

Se chagrine Chénier, penché sur la dépouille.

Maral s’attarde encor sur ce palais de rouille

Que le siècle suivant honore – on a vu pire ! –

D’un musée. Expiation du long Second Empire,

Versailles du traité ; las, Versailles « occupé »…

L’ordre républicain venu, voilà happé

Versailles en ornement clinquant de pur prestige.

Alexandre Maral voit ce lieu sans rival,

Lucide, prospérer dans un fier revival

Mais point ne méconnaît le péril mercantile

Dont l’établissement public est l’antre vile.

Ainsi donc sur ces bords veille le preux Maral :

Au moins sa somme existe et conjure le mal

De l’ignare et triviale engeance du touriste

Rivé à son selfie dont le fléau persiste.

À lire

Versailles, Alexandre Maral, Perrin, 2025. 1580 pages

Versailles

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[1] L’historien de l’art Pierre Verlet (1908-1987) publie en 1961 ce qui devient le plus important ouvrage de référence sur Versailles. Vite épuisée, sa monographie est rééditée par Fayard en 1985 sous le titre Le Château de Versailles. Alexandre Maral assume ici fort élégamment sa dette à son auguste devancier.

Je voudrais tant que tu sois là

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Monsieur Nostalgie avait depuis longtemps envie de nous parler de l’actrice Marie Dubois (1937-2014). Il cherchait un prétexte pour rattacher la comédienne à l’actualité. Et puis, il décida que Marie Dubois, par sa carrière, son charme fissuré, son courage, l’amour que les gens du métier lui ont voué toute sa vie, se suffisait à elle-même…


Je cherchais une amorce. C’est le sacerdoce du chroniqueur, aborder un sujet par un prisme nouveau, un lien dans l’actualité plus ou moins probant, une reparution, une biographie, une restauration de film, un pèlerinage, un bout de sparadrap en somme, pour coller à l’actualité, singer les apparences, forcer les évidences ; la peur du « papier » hors-sol, tombant comme ça, sans tutelle, sans perspective historique est une tare de bon élève. Presque une faute professionnelle. Je raisonnais trop, donc mal.

J’étais parti sur une fausse bonne idée, raccrocher Marie Dubois à La Grande Vadrouille dont nous fêterons cette année les 60 ans, le tournage eut lieu en mai et le film de Gérard Oury sortit en décembre. L’absurdité de cette collusion me sauta à la figure. J’avais honte d’une telle bassesse, d’un tel traficotage des dates. Je marchandais le souvenir de Marie comme un chineur du dimanche.

A lire aussi, du même auteur: Delpech, chantre de la nostalgie

A-t-on besoin d’un prétexte, d’un anniversaire, pour parler de Marie Dubois ? C’est à la fois insultant pour cette comédienne au teint de porcelaine et une faillite de l’esprit pour le journaliste nostalgique. Marie Dubois nous touche au-delà du long combat qu’elle a mené contre cette salope de sclérose en plaques. La maladie ne résume pas Marie, pendant vingt ans, elle la mit à l’index, en sourdine, puis un jour, le démon se réveilla. Elle fit face dans ce duel déloyal, perdu d’avance ; pudique, elle ne fit pas étalage de ses souffrances. Le métier savait et il était sincèrement ému. Dans une profession d’apparences trompeuses où l’image et le vedettariat font des ravages, où les égos sont perclus de venin, Marie était aimée, profondément aimée par les autres acteurs. Tous lui portaient une immense affection, Gabin l’appelait « la p’tite Dubois », il l’imposa dans L’Âge ingrat et Gainsbourg l’invitait chez Régine et Castel. Jamais, vous n’entendrez quelqu’un salir sa mémoire. Elle est intouchable. Trintignant, Ronet, Depardieu, Carmet, son voisin, Belmondo son vieux complice du Conservatoire, Bourvil « sans doute le grand amour de ma vie de comédienne » disait-elle, Lino dans une scierie des Vosges et même Montand charmeur et impossible dans une brasserie, adoraient cette fille-là. Le public avait confiance dans cette fille aux yeux bleus de France. Il ne la cantonna pas aux rôles de jeune première naïve et amoureuse, « bonne pâte » et « bonne copine », fiancée au cœur tendre. Intimement, nous savions, les réalisateurs aussi, les plus intelligents qui l’avaient justement choisi pour sa grande plasticité, sa grande palette d’émotions, que Marie incarnait, emportait avec elle, un plus large imaginaire, que se mêlaient dans son jeu, une part de timidité et de sauvagerie, une part de pudeur et d’indécence, que le trouble qu’elle dégageait était tout en nuances, tout en délicatesse, tout en entrechats. Que l’innocence affichée dans son regard n’était qu’une partie infime de sa personnalité. Que derrière la candeur, la fougue, la passion et le drame n’attendaient qu’un signal pour déborder, pour ruisseler, pour nous inonder. Marie était de ces actrices qui compriment les sentiments jusqu’à les faire exploser dans une forme de sobriété. On ne peut expliquer ça de façon rationnelle, elle est là, sur l’écran, jolie, d’autres le sont aussi, plus encore peut-être, je crois que l’on ne se méfie pas de cette « bonne fille », de ses intentions, elle pourrait presque paraître transparente, puis elle s’anime, sa voix, sa bouche, ses dents, son rire rempli d’écho et de profondeur nous saisit, elle va nous déstabiliser, c’est certain.

A lire aussi: Des morts et des vivants

Et surtout, on se souviendra d’elle. Plus tard, Claude Jade, et encore plus tard, Sophie Barjac, des comédiennes d’autres générations emprunteront les mêmes chemins. Appelons-ça le talent, le naturel, la présence, cette beauté francilienne qui ne se fane pas. Fiancée chez François Truffaut ou vamp chez Louis Malle, sa grâce n’échappa ni à la Nouvelle Vague, ni au cinéma plus commercial. Marie fut accueillie à bras ouvert chez Godard, Vadim, Sautet, Lautner, Resnais, Visconti, elle fut l’égérie des Suisses, un visage familier de la télévision et des planches. Dans le Figaro, le critique Jean-Jacques Gautier avait vu juste en 1962, cette année-là elle partageait l’affiche avec Elvire Popesco au Théâtre de Paris : « J’ai beaucoup remarqué, apprécié et applaudi la charmante fille aux yeux clairs, à la retenue efficace, aux moyens sensibles qu’est Marie Dubois. Elle a quelque chose de pur, de sain, de lumineux. Elle sent le bon pain frais ». Ce dimanche, je pense donc à elle et ses deux grands amis Anny Duperey et Serge Lama.

Le peuple oublié est l’homme providentiel attendu

La France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en main: un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer.


Inutile de chercher. L’homme providentiel n’existe pas. Seul le peuple peut encore sauver la France de son déclin. Mais à deux conditions : que la société civile soit consultée, et qu’elle se libère de sa retenue. Une révolution démocratique reste à mener à son terme, en tournant le dos à la gauche perdue. Voilà trente ans que j’observe et décris la décrépitude d’un régime technocratique qui ne cesse de s’éloigner des gens inquiets. Pour les oubliés, l’heure est venue. Leur exaspération est telle que le pouvoir redoute d’en appeler aux urnes. Aucun système politique n’est sans doute tombé si bas : selon les sondages, il ressort que 10 % des Français font encore confiance aux partis, 20 % aux députés, 11 % au chef de l’État. Ce dernier est vu comme un « danger pour la démocratie » par 56 % des interrogés. Le nouveau monde qui déboule n’est pas seulement celui qui, avec Donald Trump, bouscule les mondialistes à Davos et le droit international au Venezuela ou au Groenland. Le réveil des peuples sonne également le glas des idéologues en place[1].

L’indigence intellectuelle des « élites » est le poison qui a contaminé la nation. Les lanceurs d’alerte, longtemps moqués et isolés, commencent seulement à être rejoints par quelques-uns de leurs détracteurs d’hier. Les retardataires découvrent enfin les failles d’Emmanuel Macron et les dangers de la société ouverte. Pourtant, tout était déjà écrit. Dans le désert conceptuel, LFI est la seule formation qui, avec son Institut La Boétie, a pensé le grand basculement. Cependant, pour Jean-Luc Mélenchon, le pays de demain ne pourra être que multiculturel, métissé, islamisé. Or cette disparition de la France enracinée au profit d’une civilisation « créolisée » reste une construction de l’esprit. En dépit d’une immigration extra-européenne qui s’accélère, trois Français sur quatre sont encore d’origine provinciale. C’est dans ce creuset, auquel se sont adjoints les compatriotes assimilés à la culture d’accueil, que la résistance doit renaître.

A lire aussi, Charles Rojzman: Populiste, et alors?

La France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en main. L’Iran montre que le temps s’accélère dès lors que la société ne craint plus la peur. La situation française n’est certes pas comparable à la tyrannie islamiste des mollahs. Mais un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer. L’État, immobilisé par une caste claquemurée, est dans cette situation. C’est pourquoi il est urgent d’appeler les bonnes volontés à la rescousse afin de sauver ce qu’il reste de la nation souveraine. C’est d’ailleurs ce que Macron avait promis avant de sombrer dans un antipopulisme de guerre civile et une dérive de Narcisse esseulé : en 2016, il disait vouloir répondre « au déficit d’adhésion démocratique » en refusant que « tout vienne d’en haut ». Il aura fait l’inverse.

À la droite pantouflarde d’avoir l’audace de l’alternance. Trop conservateurs s’abstenir. Il faudra permettre la participation des citoyens aux décisions et inventer une conception collégiale du pouvoir. Reconnaître l’échec de la Ve République et de son présidentialisme ne doit plus être un tabou. Macron l’a démontré : perpétuer un monarque à l’Élysée est une impasse. Reste un préalable : les faillis qui s’accrochent à leurs erreurs ne pourront que les reproduire ; leur départ est une nécessité. D’autres élites, à l’écoute du parti du Peuple, sont appelées à les remplacer. Mais il faut faire vite. Il reste un an.

La révolution des oubliés

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[1] Ivan Rioufol, La Révolution des oubliés, Fayard, sortie le 4 février 2026 [NDLR].

Tous dans «Le Cercle rouge»

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Les spectateurs ont tous fini dans le film mythique de Jean-Pierre Merville, Le Cercle rouge, sorti en 1970. Et si ce n’est pas dans une salle de cinéma, ce fut à la télévision. De génération en génération, nous avons transmis nos émotions après avoir vu ce chef-d’œuvre shakespearien, et surtout après avoir compris que nous étions tous coupables. Comme les quatre principaux protagonistes du film, nous avons compris que nous nous retrouverions un jour dans ce cercle-là parce que la vie conduit à un rendez-vous dont nous ignorons tout. Rendez-vous dicté par les lois de la tragédie, avec ou sans les dieux aux commandes. Le génial et atrabilaire Melville, en Stetson et Ray-Ban, qui se rêvait Américain, l’Amérique de Gary Cooper et Henri Fonda, celle de la classe et du désabusement discret au coin des lèvres, savait que la philosophie existentielle pouvait se résumer à ce rendez-vous inéluctable. Le 2 août 1973, Melville entre dans le restaurant japonais de l’hôtel PLM Saint-Jacques. Le cinéaste doit dîner avec Philippe Labro. Il n’en ressort pas vivant. Rupture d’anévrisme. À la fin du film, les quatre personnages sont réunis : Corey – Alain Delon – , Vogel – Gian Maria Volonté – , Janssen – Yves Montand –  et Mattei –  Bourvil. Seul ce dernier, commissaire intègre et énigmatique, ne meurt pas.

Une aventure

J’ai toujours eu un faible pour le personnage joué par Montand, peut-être parce que c’est Montand. Il est un flic ripoux tombé dans l’alcoolisme. Il habite un pavillon de banlieue, c’est une loque, il n’attend plus rien, seulement la revanche sur les « habitants du placard », bêtes immondes nées dans son cerveau imbibé d’alcool. Il accepte de participer au casse d’une bijouterie, place Vendôme. Pour cela il doit être clean, redevenir le tireur d’élite qu’il était pour tirer dans le mille et bloquer le système d’alarme. Il réussit, refuse le fric. Il meurt sur la pelouse d’une demeure bourgeoise, sapé comme un milord. Avant de crever, il lance à son ex-collègue Mattei : « Alors… Toujours aussi con dans la police, hein ? »

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Ces souvenirs, et tant d’autres, sont revenus à la lecture du livre de Bernard Stora, premier assistant sur le tournage du Cercle rouge. À l’aide des feuilles de service du film, précieusement conservées, il reconstitue la passionnante aventure du tournage. On entre dans le récit, dans lequel sont glissées certaines feuilles reproduites en fac-similé, et l’on découvre l’envers du décor, le off du film. Les anecdotes fourmillent pour notre plus grand plaisir. On apprend tellement de choses qu’il est impossible de les résumer. Il faut lire l’ouvrage qui se dévore comme un roman. C’est écrit avec précision, on frise l’épure, sûrement par respect pour l’esthète qu’était Jean-Pierre Melville. On entend ses coups de gueule, notamment contre Volonté, imposé par les producteurs italiens. On dîne avec lui, sur le bord de son lit, à 1 heure du mat, rue Jenner, dans ses studios. On est témoin de ses doutes, de sa mégalomanie, de « son incommensurable orgueil », de sa lucidité – il savait que le scénario était parfois faible. Bernard Stora, à propos de Melville, lâche : « Alliant le charme et la cruauté, aimant rire et glaçant, grand seigneur et mesquin : on n’en finirait pas de pointer ses contradictions. C’était un précurseur nostalgique du passé, un imposteur sincère, un harceleur, un despote en même temps qu’un homme intègre et profondément généreux. » Un artiste, quoi.

Bourvil métamorphosé

Et puis, il y a la prestation de Bourvil, le fameux commissaire solitaire aimant les chats – ceux du réalisateur. Ce n’était pas le premier choix de Melville. Il avait d’abord pensé à Lino Ventura. L’acteur italien pouvait en effet paraître plus crédible. Mais il était fâché avec le cinéaste de L’Armée des ombres. Et un Lino en colère ne revient jamais sur sa décision. Alors ce fut Bourvil, le comique fragile et tendre, faussement benêt, avec son accent trainant. Merville l’a métamorphosé. Atteint d’un cancer de la moelle osseuse, incurable, le visage émacié, le risque est grand qu’il ne finisse pas le tournage. Le cinéaste lui fait porter un toupet, ce qui augmente la minceur du visage. Il exige qu’il porte des costumes confectionnés chez son tailleur. Il choisit pour lui chemises et cravates de chez Sulka. Le provincial Bourvil devient chic. Il lui achète un chapeau, lui qui n’en porte jamais. Bourvil se regarde dans une glace : il est ébahi avec le regard d’un gosse. Melville lui demande d’éluder certaines voyelles, c’est un coup de génie, ça transforme sa diction. Stora raconte : « Je n’ai jamais entendu Melville donner la moindre indication à Bourvil, mais sur ce point, il ne transige pas et le corrige systématiquement. » « Ce n’est » devient « C’n’est ». Bourvil ne peut plus faire le pitre ; il doit se concentrer en permanence. « Bourvil ne pense pas à jouer, il ne se préoccupe pas d’être ‘’naturel’’. » Dernier grand rôle, rôle magistral. Bourvil gagne un prénom, le sien. Au générique, il est André Bourvil. L’acteur ne s’est jamais plaint, malgré la souffrance et la fatigue. Il a serré les dents. Quand tous les autres sont morts, dans le cercle rouge, Bourvil dit à son adjoint : « Vous savez comment j’ai fait pour résoudre cette affaire ? Eh bien, tout simplement en appliquant la… » Et l’acteur se met à chanter son grand succès d’après-guerre. : «… la taca-taca-tac-tactique du gendarme, c’est de bien observer sans se faire remarquer… » La dérision pour faire un pied de nez aux acteurs qui se la pètent un peu trop. La caméra continue de tourner. Melville a oublié de dire « Coupez ! » On peut voir la séquence sur YouTube. Sept mois plus tard, André Bourvil est emporté par la maladie. Seul personnage sortant vivant du cercle rouge, il était en réalité un mort en sursis.

Bernard Stora, Dans le Cercle rouge, le tournage du film de Jean-Pierre Melville au jour le jour, Denoël. 432 pages

Trente musiciens de haute voltige

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Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Je revenais de Lille ; j’allais être en retard. Ma Sauvageonne prit donc sa voiture pour se rendre au cirque Jules-Verne d’Amiens où était proposé le spectacle Circus Variations. Elle m’avait donné rendez-vous dans le hall, « sur la droite », avait-elle précisé de sa voix de jeune fille bien élevée mais sensuelle comme celle de notre regrettée Brigitte Bardot. Embouteillages, devant moi des conducteurs à la lenteur de gastéropodes à coquille, stationnement difficile, et j’en passe. Effectivement, je fus en retard. Quand j’arrivai, essoufflé, dans le hall du cirque, mon ébouriffée ne se trouvait plus sur la droite, comme prévu. Elle était déjà montée à l’étage pour y trouver une place. Je montais à mon tour l’escalier ; elle m’aperçut, me héla. Mon cœur se mit à battre quand je la vis. Je la rejoignis, joyeux comme un vieux poulain dans une tendre et verte prairie de Thiérache (Aisne). Une fois de plus, c’était elle qui avait choisi notre sortie ; une fois de plus, elle fut bien inspirée. Grâce à Circus Variations, mis en scène par Maroussia Diaz Verbèke, nous passâmes une heure et quinze minutes de plaisir. Au programme : la trentaine de musiciens de l’Orchestre de Picardie, sous la direction de Dylan Corlay, accompagna les numéros des artistes circassiens Vassiliki Rossillion, Maël Commard, Johan Stockmar, Virginia Danh, Alvin Nislsen Nyygaard, Jérémy Mutin et Marisol Lucht. Équilibristes, voltigeurs, acrobates, clown, etc., il y en avait pour tous les goûts. Tous dialoguaient avec les musiciens. Les notes virevoltaient dans les airs comme les artistes. Un vrai bonheur. Et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir l’écrivain-journaliste Laure Adler en Madame Loyale ! J’eusse voulu la rencontrer à la fin du spectacle pour lui demander ce qu’elle faisait là, en habit de lumière. Passion pour le cirque ? Connivence amicale avec les créateurs de Circus Variations ? Je ne le saurai jamais car je ne la vis point. En revanche, au bar (encore au bar, toujours au bar ; je suis incorrigible!), je fis la connaissance des charmants Marisol Lucht et Maël Commard, ravis de faire partie de cette belle aventure circassienne. Je les pris en photo avant de repartir dans la nuit en compagnie de la Sauvageonne dont les yeux brillaient comme une piste aux étoiles. A ses côtés, j’avais l’étrange impression d’être un très vieux Roger Lanzac. Mais qui, aujourd’hui, se souvient encore de Roger Lanzac ?

Exit la notion de devoir conjugal!

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L’Assemblée nationale a enterré à l’unanimité le « devoir conjugal » cette semaine. Enfin ! s’est extasiée la presse progressiste, ravie de voir disparaître une notion juridique jugée archaïque. Reste une question, pourtant: un mariage sans relations sexuelles, qu’est-ce que c’est au juste? Une colocation ?


Nos députés ont-ils été touchés par les bonnes grâces des fées wokistes ?

En effet, détruire l’image du mâle dominant en l’assimilant à un violeur conjugal en série est un pas très important que nos députés viennent de franchir sans trembler (même ceux « d’extrême droite ») !

Droit de cuissage

Car ce texte fondamental vient d’être adopté à l’unanimité. Présenté de façon transpartisane par une députée écologiste, Mme Garin qui l’a ainsi soutenu : « En laissant subsister, dans notre droit, un tel devoir, nous avons collectivement cautionné un système de domination, un système de prédation du mari envers son épouse. »[1] 

Néanmoins, je me méfie des belles intentions qui ne sont jamais suivies d’effet. En votant un tel texte, nos élus ont certes fait preuve d’une immense sagesse.

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Mais dans les faits, comment la loi sera-t-elle respectée s’il n’y a aucune preuve matérialisée du consentement ?

Dès lors, il devient indispensable de remplir un formulaire Cerfa préalablement à tout acte sexuel[2].

Sens des priorités

Enfin, je crois qu’il convient de saluer l’action de nos députés. Dans un pays à la dérive où tout fout le camp, où l’on n’a pas de budget, où l’agriculture, l’industrie, le commerce extérieur, l’armée, l’éducation, la santé et les autres services publics sont à la ramasse, il faut avoir du courage pour user du temps parlementaire à traiter ces problèmes en urgence.

Par ailleurs, ans vouloir remettre en cause cette immense avancée sociétale, je voudrais cependant souligner que nos députés n’ont probablement pas pris pleinement la mesure des dégâts collatéraux qu’ils vont provoquer au niveau de l’emploi dans l’industrie pharmaceutique.

En effet, les ventes d’antalgiques risquent de chuter drastiquement.

Les études de marché réalisées par le SNIP[3] révèlent que 39,5 % des ventes d’antalgique sont consécutives à la déclaration « Pas ce soir chéri, j’ai mal à la tête ! ».

Dans de telles conditions, la notion de consentement préalable menace la filière de production d’antalgiques, laquelle ne représente pas moins de 9583 emplois.

Par conséquent, je suggère qu’à titre compensatoire une taxe de 0,98 euros soit prélevée sur chaque formulaire Cerfa puis affectée à la reconversion du personnel concerné.

PJ :  Formulaire Cerfa


[1] Citée dans Le Monde du 26 janvier

[2] On pourra certes débattre de la notion d’acte sexuel. Un « regard insistant » est constitutif d’une violence sexiste, certes, mais s’assimile-t-il à un acte sexuel ? Le débat est effectivement ouvert si l’on en croit un avis du u Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) du 16 avril 2015 sur le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun. Dans cet avis, le harcèlement est défini comme incluant « le sifflement, des commentaires sur la tenue, des regards insistants jusqu’à l’agression sexuelle »

[3] Syndicat National de l’Industrie Pharmaceutique

Populiste, et alors?

Le populisme n’est pas une idéologie. C’est un cri et un retour du refoulé démocratique.


À Davos, lorsque Donald Trump est revenu parler de nations, d’usines, de frontières et de souveraineté dans ce grand monastère glacé de la gouvernance mondiale, ce n’est pas son mauvais goût supposé qui a scandalisé les consciences raffinées — c’est la vérité qu’il a laissée filtrer. Une vérité triviale, rugueuse : celle de la fracture désormais ouverte entre les élites et les peuples.

Comment naît le populisme

On a ri de l’homme, caricaturé sa vulgarité, psychiatrisé ses électeurs. On a fait ce que l’on fait toujours quand le réel insiste : on l’a recouvert de diagnostics. Mais on s’est bien gardé d’écouter ce qu’il révélait — ce grondement sourd venu d’en bas, cette fatigue immense des vies ordinaires.

Car le populisme ne naît pas d’un excès d’ignorance. Il naît d’un excès de dépossession. Il surgit lorsque la démocratie cesse d’être politique. Lorsque les décisions vitales se déplacent hors du champ populaire. Lorsque le langage de la vie est remplacé par la prose morte des experts. Lorsque le citoyen devient un administré, sommé de consentir à ce qu’il ne comprend plus. C’est à partir de cette rupture qu’il faut penser notre époque. Le populisme n’est pas une pathologie de masse. Il est le produit logique de nos démocraties épuisées. Il apparaît là où le peuple cesse d’être sujet pour devenir matériau, variable, population à gérer. Nous vivons la fin d’un cycle. Celui de la démocratie moderne, née dans la promesse tragique de la souveraineté populaire. Elle n’a pas disparu : elle s’est vidée. Les élections subsistent, les institutions tiennent debout comme des façades. Mais le cœur est parti. La souveraineté demeure comme mot, non comme puissance. Le citoyen vote encore ; il ne décide plus. Le basculement fut lent, presque invisible. Il s’est opéré par glissement, par technicisation, par dilution progressive du politique dans la gouvernance.

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Autrefois, gouverner signifiait trancher, assumer, répondre devant le peuple. Aujourd’hui, gouverner consiste à appliquer des normes venues d’ailleurs, à optimiser des indicateurs, à traduire en procédures ce qui relevait jadis du choix collectif. Les décisions s’élaborent dans des bureaux sans visage, dans des instances européennes ou internationales, dans des cercles d’expertise qui ne connaissent ni la fatigue des corps ni l’angoisse des fins de mois. La politique s’est réfugiée dans le vocabulaire neutre de la compétence. C’est là le cœur du problème : nous sommes entrés dans une démocratie post-politique. Un régime où les orientations majeures sont présentées comme naturelles, inéluctables. Où le débat ne porte plus sur le sens, mais sur la gestion. Où l’on ne choisit plus : on s’adapte.

Le climat impose. L’économie contraint. L’Europe exige. La science recommande. Face à cette litanie d’impératifs, la volonté populaire apparaît comme un archaïsme. On la soupçonne d’irrationalité, on la redoute comme une force primitive. Ce n’est plus le peuple qui fonde la décision. C’est la norme qui s’impose au peuple.

Neutralisation du politique

Une démocratie sans conflit n’est plus une démocratie. C’est un dispositif. À cette neutralisation du politique s’ajoute un autre mal, plus profond encore : sa moralisation. Le pouvoir ne veut plus assumer le tragique. Il préfère se draper dans le Bien. Il ne parle plus d’intérêts antagonistes, mais de valeurs. Il ne confronte plus des projets : il hiérarchise des souffrances. Il ne débat plus : il distribue des brevets de vertu. Celui qui s’oppose n’est pas un adversaire. Il est un coupable.

Le président Donald Trump après son discours devant le Forum économique mondial à Davos, Suisse, le 21 janvier 2026. Markus Schreiber/AP/SIPA

Ainsi naît une citoyenneté nouvelle, triste et docile : un individu sommé d’adhérer. Sa liberté est encadrée par des dispositifs. Sa parole filtrée. Son expérience recodée dans un langage qu’il n’a pas choisi. Le peuple disparaît comme sujet collectif. Il devient une population à accompagner. On le voit clairement dans les politiques de transition. Énergétique, écologique, sanitaire : autant de chantiers imposés sans véritable délibération, au nom d’urgences définies par des experts. On transforme radicalement les modes de vie, on interdit de circuler, on renchérit l’énergie, on bouleverse l’économie réelle — et l’on appelle cela pédagogie. Les ZFE excluent les classes populaires tandis que les centres-villes gentrifiés célèbrent la mobilité douce. Les choix énergétiques ruinent artisans et ménages modestes pendant que les décideurs parlent de résilience. Les sacrifices sont abstraits, mais leurs effets sont toujours concrets.

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Ce n’est pas seulement une injustice sociale. C’est une dépossession politique. Car ce qui est en jeu n’est pas le confort, mais le droit fondamental de décider des conditions de sa propre existence. C’est là que surgit le populisme. Non comme programme. Non comme idéologie. Mais comme cri. Un retour du refoulé démocratique. Une tentative brute, maladroite, parfois violente, de réintroduire le peuple dans un monde qui l’a effacé. Il dit : vous ne nous représentez plus. Vous parlez une langue étrangère. Vous gouvernez un monde abstrait pendant que nous habitons un monde de fatigue, de factures, de corps usés. On traite ce cri de simpliste. Mais il porte une vérité élémentaire : aucune société ne survit longtemps quand ceux d’en bas sentent que leur vie ne compte plus. L’erreur des élites est de croire que le peuple est un problème. Il est la condition même de la démocratie. Il ne s’agit pas de l’idéaliser. Il peut se tromper, céder aux passions, se laisser séduire par de mauvais prophètes. Mais il reste le seul lieu où le politique demeure relié à la chair du monde. Ce que j’appelle populisme, c’est cette fidélité. C’est refuser un univers gouverné par des experts sans corps, des algorithmes sans mémoire, des idéologues sans peuple. C’est rappeler que la démocratie n’est pas un mécanisme, mais une relation vivante entre gouvernants et gouvernés. Et si ce rappel vaut aujourd’hui ostracisme ou marginalisation, qu’il en soit ainsi. Car une société qui n’écoute plus ses peuples prépare des ruptures autrement plus violentes.

La société malade

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Climat: deux pas en arrière, trois pas en avant

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Si les formations sur le climat, concurrencées par celles sur l’IA, font traverser une crise inédite et regrettable aux « acteurs de la sensibilisation à la transition écologique », comme l’écrit élégamment Le Monde, les idéologues sont loin d’avoir dit leur dernier mot… Révélations.


Ceux qui en ont soupé des injonctions écologistes – et ils sont de plus en plus nombreux – ont dû rire dans leurs barbes à la lecture du Monde du 12 janvier.

En effet, le quotidien nous apprend que « les acteurs de la sensibilisation à la transition écologique traversent une crise ». Malheureusement, « 2025 fut une année catastrophique » pour Ecolearn, une société spécialisée dans la formation à la transition écologique, formation destinée aux employés des sociétés bernées par le concept fumeux de « responsabilité sociétale des entreprises ». Ce concept, élaboré par l’État afin que lesdites sociétés acquièrent « des pratiques plus éthiques et plus durables dans leur mode de fonctionnement », s’est avéré être un énième machin techno-bureaucratique favorisant, une fois de plus, la création d’associations et d’organismes privés profitant du système pour s’en mettre plein les poches. Mais toutes les bonnes choses ont une fin : Ecolearn « a vu fondre de 45% le nombre de participants à sa formation certifiante “Manager la durabilité en entreprise” ». De son côté, « l’atelier collaboratif » 2tonnes « accuse une diminution de 30% en deux ans du nombre des participants à son atelier grand public visant à construire une trajectoire de décarbonation de la France », se lamente Le Monde. Et ce n’est pas fini: l’association La Fresque du climat, dont nous allons reparler ci-après, ne compte plus que 18 salariés, contre 65 il y a encore deux ans. Quant au cabinet de conseil en stratégie sur le climat Blue Choice, il vient carrément de mettre la clé sous la porte.

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La raison de cette débâcle tient en une phrase : les entreprises ont décidé d’utiliser une bonne partie de leurs budgets de formation à un phénomène qu’elles considèrent être autrement plus important pour leur avenir : l’IA.

L’écologisme: une idéologie plus qu’une science

L’enthousiasme des climatosceptiques doit cependant être tempéré.

L’écologisme a infesté tous les lieux de pouvoir. La majorité des instances nationales, internationales, associatives, parlementaires, médiatiques et universitaires, en sont bien imbibées. Cette idéologie pernicieuse, à la manœuvre depuis quarante ans, a activement concouru à la ruine des politiques énergétiques et industrielles de nombreux pays, en particulier en Europe, aboutissant au désastre que nous savons. La France lui doit, pour une grande part, sa désindustrialisation, la perte de son indépendance énergétique, les insupportables hausses de prix de son électricité, la liquidation de son agriculture, la destruction de ses paysages, la décérébration de sa jeunesse, le tout sous la férule d’associations nocives et d’organismes d’État prenant les Français pour des demeurés – on se souviendra longtemps des recommandations de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) pour « adopter un mode de vie plus écologique et consommer plus responsable », entre autres celles encourageant le lavage modéré de nos pantalons, le reprisage de nos chaussettes, le ressemelage de nos chaussures et… la fermeture de nos volets la nuit lorsqu’il fait froid ! Pour rappel, le budget annuel de l’Ademe est de plus de 4 milliards d’euros…

Promotion de l’éco-anxiété

Cédric Ringenbach, le fondateur de feue la société Blue Choice, est également le créateur de la Fresque du climat et de l’association qui porte le même nom. Une récente brochure du CERU[1] rappelle que cet « outil pédagogique », créé par un militant fortement influencé par Jean-Marc Jancovici, fervent partisan de la sobriété et de la décroissance, repose sur un jeu de cartes basé sur les rapports du GIEC. Les formateurs à la transition écologique utilisant cette Fresque « revendiquent explicitement l’usage de l’éco-anxiété comme levier d’action et citent une étude selon laquelle 30% des participants modifient temporairement leurs comportements, principalement sous l’effet d’un choc émotionnel provoqué pendant la formation ». Or, l’utilisation de cette Fresque du climat, nous apprend le CERU, est obligatoire dans toutes les grandes écoles de commerce et les IEP, où l’écologie n’est enseignée que sous l’angle de la décroissance : « L’écologie enseignée est le plus souvent une écologie radicale. HEC, l’EM Lyon, l’ESCP, l’ESSEC et Sciences Po invitent des chercheurs qui considèrent que seule la baisse de la croissance peut sauver la Terre. » L’idéologie écologiste imprègne ces établissements, et la théorie de l’Anthropocène, pourtant réfutée par la Commission internationale de stratigraphie, la plus haute instance internationale de la géologie, est la seule qui y ait droit de cité. Depuis une vingtaine d’années, les indicateurs des classements de ces établissements prennent en compte le pourcentage de cours consacrés à l’écologie et à la contribution aux objectifs de développement durable de l’ONU, donc du GIEC.

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Par conséquent, tous les étudiants de 1ère année de Sciences-Po ont l’obligation de suivre un cours très orienté de « Culture écologique ». Après bourrage de crâne, les étudiants de l’ESSEC, de HEC, de l’EDHEC doivent, eux, passer un test certifiant de sensibilisation au développement durable. « Alors que les écoles de management d’autres régions du monde continuent de former des dirigeants obsédés par l’innovation, la productivité et la conquête de marchés, nous prenons le risque de fabriquer des cadres culpabilisés par la croissance, méfiants vis-à-vis du progrès technique et persuadés que la vertu principale d’une entreprise est de réduire son activité pour “sauver la planète” », avertit le CERU en attirant l’attention sur le fait que cet enseignement univoque, en interdisant la confrontation de points de vue différents, fabrique « une génération homogénéisée, passée par les mêmes rituels militants, parlant le même langage, partageant les mêmes indignations, sans véritable expérience du débat contradictoire[2] ».

Vive les diplômé.e.s !

Emblématique de cette génération idéologisée, l’activiste Camille Étienne a obtenu un master d’économie à Sciences-Po. Elle est aujourd’hui une des prêtresses écologistes les plus en vue.  Son discours formaté, radical et intersectionnel – c’est-à-dire mâtiné de néo-féminisme, de wokisme, de décolonialisme et de palestinisme – fait le bonheur des médias progressistes, de la gauche bobo et de l’extrême gauche, des écolos aux insoumis. Les propos préfabriqués et le débit logorrhéique de cette pythie moderne enthousiasment les dirigeants des écoles de commerce et des IEP qui l’invitent régulièrement dans leurs établissements. Les étudiants les moins doués se pâment devant cette rebouteuse idéologique maniant à la louche des « concepts scientifiques » inventés pour la cause. Certains, possédant une propension au rabâchage scolaire, au récitatif dogmatique, au « narratif » schématique, entrevoient à son écoute la possibilité d’une carrière de singe savant médiatique ! D’autres, qu’aucune médiocrité ne rebute, visent une carrière politique à la Sandrine Rousseau ou à la Marine Tondelier. Les plus paresseux imaginent une sinécure dans l’audiovisuel public. En attendant, tout ce petit monde manifeste aux côtés d’associations subventionnées prônant la décroissance en brandissant simultanément des drapeaux palestiniens et des banderoles en faveur du transgenrisme. Cherchez l’erreur ! Nos grandes écoles de commerce et nos IEP forment chaque année des centaines de jeunes gens dont beaucoup ne mettront jamais à profit leurs connaissances pour travailler, innover, créer de la richesse. Une partie de cet échec est due à l’écologisme. Une autre, au wokisme. Ces deux dogmatismes cohabitent très bien et s’entendent d’ailleurs à merveille quand il s’agit de « déconstruire » la France.

Cet endoctrinement écologique qui gangrène les grandes écoles de commerce et les universités n’est que le prolongement d’un processus commencé dès l’école. L’Éducation nationale se targue depuis des années « d’intégrer tout au long de la scolarité la notion de développement durable ». Elle a diminué les heures de cours de français et de mathématiques pour faire place au dogme écologique. De nombreuses académies incitent les établissements scolaires à utiliser la Fresque du climat. Sur son site, le ministère de la rue de Grenelle proclame que « l’enseignement sur le changement climatique doit viser à développer une conscience écologique et citoyenne chez les élèves », et ce dès la maternelle. Au collège, le programme d’histoire-géographie se doit de consacrer « un thème entier à la question environnementale » – la géographie n’est quasiment plus abordée que de ce point de vue-là. De la seconde à la première, « les élèves devront connaître les principales limites écologiques de la croissance » et « l’enseignement scientifique mettra en évidence le rôle de l’être humain dans la modification du climat ». En terminale, toutes les matières doivent impérativement comprendre des notions écologiques de développement durable et de transition écologique[3]. Ces directives reprennent à la lettre celles du Conseil de l’UE recommandant de « faire de l’apprentissage au service de la transition écologique et du développement durable une priorité des politiques et programmes d’éducation et de formation » et « d’offrir à tous les apprenants (sic) des possibilités d’acquérir des connaissances sur la crise climatique et le développement durable »[4]. L’école est devenue un centre d’ingénierie sociale, une couveuse idéologique formatant les futurs « citoyens européens » rêvés par les élites bruxelloises et mondialistes. L’État-monstre technocratique éduque ce futur citoyen, dès sa prime enfance, à « la vie affective et relationnelle, et à la sexualité », à « l’information et aux médias », à « l’écologie et au développement durable ». Plus tard, il l’instruit régulièrement des nouvelles et nombreuses normes qui régiront sa vie, lui explique comment se nourrir frugalement, s’habiller chichement, se chauffer parcimonieusement, et pourquoi il doit, s’il veut « sauver la planète », croupir dans des clapiers à lapins, se déplacer collectivement ou, mieux encore, pas du tout, etc. – bref, il administre et planifie entièrement son existence devenue pitoyable, matériellement de plus en plus inconfortable, spirituellement de plus en plus nulle, de sa naissance à sa « mort dans la dignité » programmée. Le pire du meilleur des mondes n’est plus une fiction. 

Duflot, vite !

L’écologisme est partie intégrante du pouvoir technocratique que cherchent à imposer Mme von der Leyen et ses laquais, commissaires, parlementaires et bureaucrates d’une UE qui a ruiné la France avec l’assentiment et la complicité de ses dirigeants. Emmanuel Macron ne déroge pas à la règle, bien au contraire. Et les bonnes nouvelles se multiplient en réalité pour les « défenseurs du climat » : 1) La Planification pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) soumettant la France aux desiderata de l’UE en termes de mix énergétique et d’investissements pharaoniques en faveur des énergies intermittentes, au détriment de notre parc nucléaire, reste d’actualité. Emmanuel Macron fera tout pour que cette planification soit votée au parlement ou, si nécessaire, adoptée par décret avant la fin de son quinquennat – ce qui signifiera la fin définitive et irrémédiable de la souveraineté énergétique française. 2) Bernard Fontana, PDG d’EDF, a récemment confirmé que la parution d’un rapport prouvant que la « modulation nucléaire » – c’est-à-dire les variations de puissance imposées à nos centrales pour donner la priorité à l’électricité produite par les énergies intermittentes – accélère le vieillissement des centrales et met en danger toute la filière, a été repoussée sine die. Par qui ? Devinez. 3) Après l’incroyable nomination de Dominique Voynet au Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire, nous apprenons celle d’Anne Le Strat au poste de directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité (OFB), en charge de la « mobilisation de la société » (sic) – cette dame est une écologiste politiquement très engagée qui soutient les actions les plus radicales de mouvements comme Extinction Rebellion et les Soulèvements de la Terre. 4) Nous pensions que, grâce à l’accord trouvé en commission parlementaire mixte, les ZFE étaient définitivement supprimées. Que nenni ! Le gouvernement vient d’annoncer le report du scrutin sur la loi de simplification de la vie économique qui devait entériner cette suppression. L’inénarrable députée macroniste Agnès Pannier-Runacher juge que ce report « permettra peut-être à la raison de revenir ». 5) L’association QuotaClimat, qui se targue de débusquer ce qu’elle appelle « la désinformation environnementale dans les médias » et saisit régulièrement l’Arcom pour dénoncer la « désinformation climatique » que pratiqueraient Sud Radio, CNews ou Europe 1, est en partie financée par… l’Arcom, l’Ademe et le groupe Valorem, premier exploitant éolien indépendant français. 6) Cécile Duflot, qui a très activement participé au démantèlement du nucléaire français avec ses amis socialistes, vient de donner un entretien au magazine Têtu dans lequel elle considère qu’elle a maintenant « les épaules » pour être candidate à la prochaine élection présidentielle. Le risque de voir Mme Duflot accéder au pouvoir suprême est minime mais son pouvoir de nuisance, son CV est là pour en témoigner, est en revanche bien réel, et son retour à la vie politique ne présage rien de bon. 7) Bien que remis en cause par de plus en plus d’entreprises, en particulier celles qui touchent à l’industrie automobile et à l’agriculture, le Pacte vert élaboré par la Commission européenne n’a été amendé qu’à la marge, pour amuser la galerie et calmer les récalcitrants. Directement inspirés d’une écologie politique coercitive, la politique climatique et le programme environnemental de l’UE entravent lourdement notre industrie et détruisent à petit feu notre agriculture. Rien ne semble pouvoir empêcher cette désintégration planifiée par les adeptes d’une idéologie qui hait l’humanité et donne souvent l’impression de n’avoir qu’un but : la réduire à néant.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] Centre d’Études et de Recherches Universitaire, un think tank en pointe pour dénoncer les méthodes des activistes écologistes radicaux

[2] Morgane Daury-Fauveau, présidente du CERU, Grandes écoles de commerce : foyers du radicalisme écologique, décembre 2025.

[3] Site éducation.gouv.fr : L’éducation au développement durable.

[4] Commission européenne, Apprentissage au service de la transition et du développement durable. Recommandation du Conseil de l’UE du 16 juin 2022.          

Lyrique: Un bal… presque manqué

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Un bal masqué 25-26 © Benjamin Girette / OnP

Même prisonnier d’un décor figé, Verdi bouleverse encore notre chroniqueur


Verdi ne s’interdisait pas de remettre ses partitions à l’ouvrage, voire de réécrire certains de ses chefs d’œuvre pour en proposer, au soir de sa vie, des versions réorchestrées et profondément remaniées. Deux ans avant Un ballo in maschera, ç’avait été le cas en 1857 avec Simon Boccanegra, qu’il retouchera à plusieurs reprises, jusqu’à le recomposer en 1881. Idem pour le Macbeth de 1847, opéra qui se verra profondément transformé en 1865 pour sa version en français, au Théâtre lyrique, et l’ajout du traditionnel ballet tant prisé du public parisien ; avec Don Carlos, encore (Don Carlo dans une autre version), daté 1847 mais durablement révisé jusqu’à 1869. Ou en 1862, avec La forza del destino, promis à se voir largement revisité en 1869 par les soins du compositeur.  

Bal fatal

A contrario ce Bal masqué, ‘’mélodrame en trois actes’’ millésimé 1859, nous parvient inchangé depuis l’heure de sa création en 1859, au théâtre Apollo de Rome, puis deux ans plus tard au Théâtre-italien de Paris. Seul se verra remanié le livret d’Antonio Somma, inspiré de Gustave III ou le bal masqué, fastueux autant qu’oubliable opéra en cinq actes fort distendus, écrit vingt-cinq ans plus tôt par le bien-nommé Eugène Scribe pour Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra de Paris : contraint, à son exaspération, par la censure napolitaine, Verdi déplace par prudence l’ancrage historique primitivement planté à  Stockholm,  le resituant, dans un premier temps, à Florence, puis le faisant migrer vers Naples, pour finalement l’installer à Boston : c’est cette version qui s’est définitivement imposée au répertoire. Mais surtout, le génial compositeur resserre à bon escient l’action de son melodramma : trois actes, pas un de plus.

Œuvre de transition, après La Traviata (1853), Les vêpres siciliennes (1855) et Simon Boccanegra (1857), Un bal masqué annonce les feux incandescents de La force du destin (1862) et de Don Carlos (1867). Ce n’est pas pour autant un opéra mineur. Conspiration, soupçon d’adultère, convoitise amoureuse, incantations d’une pythie, désir de vengeance, assassinat, in fine, au cours du bal fatal qui clôt ce chef d’œuvre lyrique… Combinant le drame et la comédie, l’intime et le magistral, c’est d’un bout à l’autre, une partition miraculeuse sur le plan mélodique.

Paris, le 20 janvier 2026. Generale Piano du Bal Masque de Giuseppe Verdi. (C) Benjamin Girette / OnP

L’Opéra-Bastille a choisi de reconduire la mise en scène de Gilbert Delfo, millésimée 2007, déjà reprise par deux fois, en 2009 puis en 2018. C’est peu dire qu’elle a beaucoup vieilli : assez sinistre, la pesante symétrie de ce décor monumental, tout à tour blanc de craie, anthracite et plombé de noir, surchargé d’une imposante, prétentieuse statuaire à l’effigie de l’aigle romain, ces costumes de deuil enfilés par les chœurs comme par l’ensemble des protagonistes, excepté le rôle travesti d’Oscar, tout cela ne rend pas justice aux couleurs contrastées d’un opéra qui mériterait d’être traité de manière moins constamment ténébreuse.

Anna Netrebko, une déception

Et pourtant, une première à guichet fermé !  De fait, le public était venu surtout pour entendre la diva Anna Netrebko chanter le personnage d’Amelia – rôle qu’elle a inauguré à Naples en octobre dernier. Hélas, sans offense il semblerait qu’à 54 ans la soprano austro-russe ait, elle aussi, pris de l’âge: en ce 27 janvier où votre serviteur avait pris sa place, Netrebko a déçu : vibrato excessivement espacé, voix peinant sur des aigus approximatifs, legato manquant de souplesse… Et puis, quelque chose de mécanique dans le jeu scénique, qui empêchait décidément l’émotion de passer.

Il est vrai que la rigidité de la mise en scène n’y aide guère: les interprètes s’y voient forcés de chanter trop souvent debout, immobiles, face au public, comme des statues figées au premier plan du plateau, sans qu’entre eux la moindre interaction ne vienne tant soit peu animer celui-ci. Consolation, le baryton montréalais Etienne Dupuis fait merveille dans l’emploi de Renato. Quant à Riccardo, il est campé par le ténor américain Matthew Polenzani, doué d’un timbre magnifique, au phrasé impeccable. Dans le rôle de la sorcière Ulrica, la mezzo Elizabeth DeShong fait son entrée à l’Opéra de Paris de façon remarquable, la palme revenant à la soprano espagnole Sara Blanch, brillante, délicate et gracieuse dans son interprétation d’Oscar.

Une nouvelle distribution prend bientôt le relai, partiellement : la soprano américaine Angela Meade remplaçant madame Netrebko dès le 11 février ; Renato empruntant les traits de notre Ludovic Tézier national à partir du 5 février, star auquel succèdera le baryton natif de Mongolie Ariunbaatar Ganbaatar, qu’on découvrira donc sur la scène parisienne pour les dernières représentations (du 20 au 26 février)…

Voilà qui est de bon augure pour la suite, au moins sur le plan vocal. Quoiqu’il en soit,  Un bal masqué mérite le déplacement, ne serait-ce que pour l’aria d’Amelia et la sublime mélodie du violoncelle, au premier tableau du troisième acte : « Morro, ma primera in grazia,/Deh ! mi consenti almento/L’unico figlio moi/Avvincere al mio ceno.[…] Morro, ma queste viscere/ Condolino i suori baci,/ Or che l’estrema è giunta/ Dell’ore ùie gugati », traduction : « Je mourrai, mais avant,/ de grâce, consens/ que sur mon cœur j’étreigne/ mon seul, unique enfant.[…] Je mourrai, mais qu’au moins ses baisers/ consolent ma pauvre âme/ puisque je suis au terme/ d’une vie éphémère »….  Même un cœur de pierre en pleurerait.  


Un bal masqué/Un ballo in maschera, opéra de Giuseppe Verdi. Mise en scène : Gilbert Deflo. Direction : Speranza Scappucci. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.

Avec Matthew Polenzani, Anna Netrebko/Angela Maede, Igor Golovatenko/Ludovic Tézier/Andrii Kimach, Sara Blanch, Elizabeth DeShong, Christian Rodrigue Moungoungou, Blake Denson, Andres Cascante, Ju In Yoon, Se-Jin Hwang.

Durée : 3h

Opéra Bastille, les 2, 5, 11, 14, 17, 20, 23, 26 février à 19h30, le 8 février à 14h30.

La beauté transfigurée du deuil

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"Hamnet" réalisé par Chloé Zhao (2025) © Universal

Hamnet est une exofiction qui nous parle plus de la femme de Shakespeare que du dramaturge lui-même. Chloé Zhao s’impose comme une cinéaste majeure du cinéma contemporain


Chloé Zhao est indubitablement une cinéaste passionnante et talentueuse. Née à Pékin, elle a suivi des études de sciences politiques au Mount Holyoke College, dans le Massachusetts, puis des études de cinéma — département production — à l’université de New York. Elle vit aux États-Unis et a réalisé cinq longs métrages.

Ses deux premiers films, Les Chansons que mes frères m’ont apprises (2015) et The Rider (2017), produits par la société de Forest Whitaker, sont remarqués par la critique lors de leurs présentations à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. The Rider raconte l’histoire de Brady, un jeune cow-boy et entraîneur passionné de chevaux, étoile montante du rodéo, qui voit sa vie basculer lorsqu’un cheval lui écrase le crâne au cours d’une compétition. Le film est une œuvre époustouflante de maîtrise et de grâce, sans doute le plus beau film de Chloé Zhao à ce jour.

Nomadland et l’épreuve du blockbuster

Elle reçoit ensuite le Lion d’or au Festival de Venise pour Nomadland (2020). Dans ce film majestueux, Chloé Zhao dresse le portrait de Fern, une femme blanche sexagénaire — Frances McDormand, juste et bouleversante — qui a tout perdu après la déroute industrielle de sa ville, Empire, dans le Nebraska, la mort de son mari et la perte de sa maison.

En 2021, elle tourne un blockbuster Marvel, Les Éternels, une belle réussite plastique et poétique, légèrement gâchée par certaines situations pensées pour satisfaire la bien-pensance et l’inclusivité contemporaines qui règnent comme on sait dans les milieux du cinéma hollywoodien.


Hamnet : une exofiction lyrique

Hamnet, son nouveau film, est une œuvre ambitieuse et lyrique, adaptée du roman éponyme par la romancière Maggie O’Farrell et la cinéaste. Il s’agit d’une exofiction très libre qui raconte la rencontre de William Shakespeare et de la jeune Agnès. Nous sommes dans l’Angleterre du XVIᵉ siècle. Will (Paul Mescal), jeune précepteur fasciné par les mots, est le fils d’un gantier de Stratford. Chaque jour, il observe Agnès, une belle jeune fille sauvageonne qui aime parcourir la forêt et dresser son faucon. Il provoque leur rencontre, et c’est le coup de foudre.

A lire aussi: Tant qu’il y aura des films

Les deux amoureux se marient après la naissance d’une première fille, Susanna. Deux autres enfants viennent au monde, des jumeaux : une fille, Judith, et un garçon, Hamnet. Mais le malheur rôde.

L’entreprise narrative est originale et passionnante du point de vue biographique. Le film n’est pas centré sur William Shakespeare — Paul Mescal, superbe et impeccable, fragile, tiraillé entre culpabilité et passion — ni sur son œuvre, mais sur son couple et ses enfants. Son nom est prononcé tardivement et son succès n’est jamais évoqué directement.

C’est avant tout le portrait de son épouse méconnue, Agnès — Anne Hathaway dans la réalité, femme dont on sait très peu de choses —, figure viscérale, fougueuse, sensible aux forces telluriques, admirablement interprétée par Jessie Buckley. Hamnet est ainsi un splendide portrait de femme : Agnès, belle, un peu sauvage, pleine de bon sens, inscrite dans une mystique profonde de la nature.

Transfiguration par l’art

La beauté et la grandeur du film prennent tout leur sens dans la dernière demi-heure, lorsque l’œuvre bascule dans la magnificence. L’art du maître transfigure la peine et la douleur en beauté pure lors d’une représentation théâtrale qui élève l’âme. La création sublime le drame familial sous les regards extatiques du public.

La mise en scène, très inspirée sur le plan sensoriel, dont la force et la rigueur rappellent celles de Terrence Malick, est servie par l’ampleur et la somptuosité de la photographie du chef opérateur Łukasz Żal (Ida), ainsi que par la musique de Max Richter, à la fois tragique et lumineuse. Hamnet est un film bouleversant, où les émotions ne sont jamais mélodramatiques, mais portées par une ampleur poétique qui confère à l’œuvre une profondeur et une force spirituelles rares.

2h05

http://www.youtube.com/watch?v=b-2Nx-x9Nsg

Ode au « Versailles » de messire Maral

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L'historien Alexandre Maral. DR.

Le Versailles d’Alexandre Maral est une somme, un monument de 1600 pages qui retrace l’histoire du château et de la ville. Un travail d’Hercule qui mérite d’être salué en alexandrins.


À Versailles manquait le livre magistral.

En vos mains le tenez : Alexandre Maral

Au palais du Grand Roi a consacré sa vie.

Dans les pas de Verlet[1] mais sans qu’il ne ravît

Rien à l’historien du lieu phénoménal,

Voilà qu’à nouveau frais, apôtre original,

Érudit mais emprunt aussi d’un fort beau style,

Maral en ce volume épatant joint la ville

Au site légendaire. Et, de fait, le récit

Enveloppe Versailles au château que voici.

Des lieux en leur entier, à leur chronologie,

Versailles – c’est le titre – ajoute la magie

Du visiteur féru du moindre agencement,

De la disposition du moindre appartement,

De tout apport versé sur la modénature,

Des étapes par quoi tel lieu se dénature,

Du moindre objet, décor ou distribution,

Comme la durée fait, soit la progression,

Soit l’évanouissement, voire la sauvegarde…

D’un même mouvement le lecteur se hasarde

Au fil de ce recueil savant et fabuleux,

Toujours tracé au trait d’un œil vif, scrupuleux,

Depuis le descriptif précis d’une enfilade

Jusqu’à l’évocation d’une de ces parades

Qui façonnaient Versailles en façonnant le Roi,

Car l’ombre des Bourbons plane sur cet arroi.

Salons, communs, boudoirs, régis par l’étiquette,

Cabinets arpentés dans cette vaste enquête

Raniment les rituels contraignants de la cour

Tour à tour jalonnés des stations du parcours.

Le Vau, Le Brun, Louvois, Gabriel et Le Nôtre,

Hardouin-Mansart, Colbert ou Antoine Lepautre

Hantent ces lieux autant que Puget, Girardon,

Richard Mique ou Mignard. Mais là n’est point le don

Essentiel de l’ouvrage : il est ce mariage

Étonnant et subtil, nourri de page en page

Entre approche historique, inventaire et état

Des lieux. En cinquante ans Louis XIV jeta

Un domaine enchanteur sur l’ancienne garenne

Où chassait feu son père. En ce livre s’étrenne

Le délectable attrait de ces moments ravis

Joint à la connaissance – au point qu’on en pâlit

D’admiration ! – intime de chaque aire,

Et de tous ses recoins. Sache te satisfaire,

Lecteur, de l’appétit gourmand qui naît en toi :

À Maral rien n’échappe, on en reste pantois !

« La ville allait porter la livrée du château » :

Citant Verlet, l’auteur emprunte son manteau

Mais c’est pour raviver d’un regard neuf l’enseigne

Du splendide Versailles, avant que ne s’éteignent

Ses pompes et ses feux. Naufrage d’un seul jour !

« Tout a fui, des grandeurs tu n’es plus le séjour »,

Se chagrine Chénier, penché sur la dépouille.

Maral s’attarde encor sur ce palais de rouille

Que le siècle suivant honore – on a vu pire ! –

D’un musée. Expiation du long Second Empire,

Versailles du traité ; las, Versailles « occupé »…

L’ordre républicain venu, voilà happé

Versailles en ornement clinquant de pur prestige.

Alexandre Maral voit ce lieu sans rival,

Lucide, prospérer dans un fier revival

Mais point ne méconnaît le péril mercantile

Dont l’établissement public est l’antre vile.

Ainsi donc sur ces bords veille le preux Maral :

Au moins sa somme existe et conjure le mal

De l’ignare et triviale engeance du touriste

Rivé à son selfie dont le fléau persiste.

À lire

Versailles, Alexandre Maral, Perrin, 2025. 1580 pages

Versailles

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[1] L’historien de l’art Pierre Verlet (1908-1987) publie en 1961 ce qui devient le plus important ouvrage de référence sur Versailles. Vite épuisée, sa monographie est rééditée par Fayard en 1985 sous le titre Le Château de Versailles. Alexandre Maral assume ici fort élégamment sa dette à son auguste devancier.

Je voudrais tant que tu sois là

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L'actrice française Marie Dubois. DR.

Monsieur Nostalgie avait depuis longtemps envie de nous parler de l’actrice Marie Dubois (1937-2014). Il cherchait un prétexte pour rattacher la comédienne à l’actualité. Et puis, il décida que Marie Dubois, par sa carrière, son charme fissuré, son courage, l’amour que les gens du métier lui ont voué toute sa vie, se suffisait à elle-même…


Je cherchais une amorce. C’est le sacerdoce du chroniqueur, aborder un sujet par un prisme nouveau, un lien dans l’actualité plus ou moins probant, une reparution, une biographie, une restauration de film, un pèlerinage, un bout de sparadrap en somme, pour coller à l’actualité, singer les apparences, forcer les évidences ; la peur du « papier » hors-sol, tombant comme ça, sans tutelle, sans perspective historique est une tare de bon élève. Presque une faute professionnelle. Je raisonnais trop, donc mal.

J’étais parti sur une fausse bonne idée, raccrocher Marie Dubois à La Grande Vadrouille dont nous fêterons cette année les 60 ans, le tournage eut lieu en mai et le film de Gérard Oury sortit en décembre. L’absurdité de cette collusion me sauta à la figure. J’avais honte d’une telle bassesse, d’un tel traficotage des dates. Je marchandais le souvenir de Marie comme un chineur du dimanche.

A lire aussi, du même auteur: Delpech, chantre de la nostalgie

A-t-on besoin d’un prétexte, d’un anniversaire, pour parler de Marie Dubois ? C’est à la fois insultant pour cette comédienne au teint de porcelaine et une faillite de l’esprit pour le journaliste nostalgique. Marie Dubois nous touche au-delà du long combat qu’elle a mené contre cette salope de sclérose en plaques. La maladie ne résume pas Marie, pendant vingt ans, elle la mit à l’index, en sourdine, puis un jour, le démon se réveilla. Elle fit face dans ce duel déloyal, perdu d’avance ; pudique, elle ne fit pas étalage de ses souffrances. Le métier savait et il était sincèrement ému. Dans une profession d’apparences trompeuses où l’image et le vedettariat font des ravages, où les égos sont perclus de venin, Marie était aimée, profondément aimée par les autres acteurs. Tous lui portaient une immense affection, Gabin l’appelait « la p’tite Dubois », il l’imposa dans L’Âge ingrat et Gainsbourg l’invitait chez Régine et Castel. Jamais, vous n’entendrez quelqu’un salir sa mémoire. Elle est intouchable. Trintignant, Ronet, Depardieu, Carmet, son voisin, Belmondo son vieux complice du Conservatoire, Bourvil « sans doute le grand amour de ma vie de comédienne » disait-elle, Lino dans une scierie des Vosges et même Montand charmeur et impossible dans une brasserie, adoraient cette fille-là. Le public avait confiance dans cette fille aux yeux bleus de France. Il ne la cantonna pas aux rôles de jeune première naïve et amoureuse, « bonne pâte » et « bonne copine », fiancée au cœur tendre. Intimement, nous savions, les réalisateurs aussi, les plus intelligents qui l’avaient justement choisi pour sa grande plasticité, sa grande palette d’émotions, que Marie incarnait, emportait avec elle, un plus large imaginaire, que se mêlaient dans son jeu, une part de timidité et de sauvagerie, une part de pudeur et d’indécence, que le trouble qu’elle dégageait était tout en nuances, tout en délicatesse, tout en entrechats. Que l’innocence affichée dans son regard n’était qu’une partie infime de sa personnalité. Que derrière la candeur, la fougue, la passion et le drame n’attendaient qu’un signal pour déborder, pour ruisseler, pour nous inonder. Marie était de ces actrices qui compriment les sentiments jusqu’à les faire exploser dans une forme de sobriété. On ne peut expliquer ça de façon rationnelle, elle est là, sur l’écran, jolie, d’autres le sont aussi, plus encore peut-être, je crois que l’on ne se méfie pas de cette « bonne fille », de ses intentions, elle pourrait presque paraître transparente, puis elle s’anime, sa voix, sa bouche, ses dents, son rire rempli d’écho et de profondeur nous saisit, elle va nous déstabiliser, c’est certain.

A lire aussi: Des morts et des vivants

Et surtout, on se souviendra d’elle. Plus tard, Claude Jade, et encore plus tard, Sophie Barjac, des comédiennes d’autres générations emprunteront les mêmes chemins. Appelons-ça le talent, le naturel, la présence, cette beauté francilienne qui ne se fane pas. Fiancée chez François Truffaut ou vamp chez Louis Malle, sa grâce n’échappa ni à la Nouvelle Vague, ni au cinéma plus commercial. Marie fut accueillie à bras ouvert chez Godard, Vadim, Sautet, Lautner, Resnais, Visconti, elle fut l’égérie des Suisses, un visage familier de la télévision et des planches. Dans le Figaro, le critique Jean-Jacques Gautier avait vu juste en 1962, cette année-là elle partageait l’affiche avec Elvire Popesco au Théâtre de Paris : « J’ai beaucoup remarqué, apprécié et applaudi la charmante fille aux yeux clairs, à la retenue efficace, aux moyens sensibles qu’est Marie Dubois. Elle a quelque chose de pur, de sain, de lumineux. Elle sent le bon pain frais ». Ce dimanche, je pense donc à elle et ses deux grands amis Anny Duperey et Serge Lama.

Le peuple oublié est l’homme providentiel attendu

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Le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée, 23 janvier 2026 © J.E.E/SIPA

La France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en main: un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer.


Inutile de chercher. L’homme providentiel n’existe pas. Seul le peuple peut encore sauver la France de son déclin. Mais à deux conditions : que la société civile soit consultée, et qu’elle se libère de sa retenue. Une révolution démocratique reste à mener à son terme, en tournant le dos à la gauche perdue. Voilà trente ans que j’observe et décris la décrépitude d’un régime technocratique qui ne cesse de s’éloigner des gens inquiets. Pour les oubliés, l’heure est venue. Leur exaspération est telle que le pouvoir redoute d’en appeler aux urnes. Aucun système politique n’est sans doute tombé si bas : selon les sondages, il ressort que 10 % des Français font encore confiance aux partis, 20 % aux députés, 11 % au chef de l’État. Ce dernier est vu comme un « danger pour la démocratie » par 56 % des interrogés. Le nouveau monde qui déboule n’est pas seulement celui qui, avec Donald Trump, bouscule les mondialistes à Davos et le droit international au Venezuela ou au Groenland. Le réveil des peuples sonne également le glas des idéologues en place[1].

L’indigence intellectuelle des « élites » est le poison qui a contaminé la nation. Les lanceurs d’alerte, longtemps moqués et isolés, commencent seulement à être rejoints par quelques-uns de leurs détracteurs d’hier. Les retardataires découvrent enfin les failles d’Emmanuel Macron et les dangers de la société ouverte. Pourtant, tout était déjà écrit. Dans le désert conceptuel, LFI est la seule formation qui, avec son Institut La Boétie, a pensé le grand basculement. Cependant, pour Jean-Luc Mélenchon, le pays de demain ne pourra être que multiculturel, métissé, islamisé. Or cette disparition de la France enracinée au profit d’une civilisation « créolisée » reste une construction de l’esprit. En dépit d’une immigration extra-européenne qui s’accélère, trois Français sur quatre sont encore d’origine provinciale. C’est dans ce creuset, auquel se sont adjoints les compatriotes assimilés à la culture d’accueil, que la résistance doit renaître.

A lire aussi, Charles Rojzman: Populiste, et alors?

La France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en main. L’Iran montre que le temps s’accélère dès lors que la société ne craint plus la peur. La situation française n’est certes pas comparable à la tyrannie islamiste des mollahs. Mais un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer. L’État, immobilisé par une caste claquemurée, est dans cette situation. C’est pourquoi il est urgent d’appeler les bonnes volontés à la rescousse afin de sauver ce qu’il reste de la nation souveraine. C’est d’ailleurs ce que Macron avait promis avant de sombrer dans un antipopulisme de guerre civile et une dérive de Narcisse esseulé : en 2016, il disait vouloir répondre « au déficit d’adhésion démocratique » en refusant que « tout vienne d’en haut ». Il aura fait l’inverse.

À la droite pantouflarde d’avoir l’audace de l’alternance. Trop conservateurs s’abstenir. Il faudra permettre la participation des citoyens aux décisions et inventer une conception collégiale du pouvoir. Reconnaître l’échec de la Ve République et de son présidentialisme ne doit plus être un tabou. Macron l’a démontré : perpétuer un monarque à l’Élysée est une impasse. Reste un préalable : les faillis qui s’accrochent à leurs erreurs ne pourront que les reproduire ; leur départ est une nécessité. D’autres élites, à l’écoute du parti du Peuple, sont appelées à les remplacer. Mais il faut faire vite. Il reste un an.

La révolution des oubliés

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[1] Ivan Rioufol, La Révolution des oubliés, Fayard, sortie le 4 février 2026 [NDLR].

Tous dans «Le Cercle rouge»

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Yves Montand, Alain Delon et Bourvil, "Le Cercle rouge" (1970) de Jean-Pierre Melville © DALMAS/SIPA

Les spectateurs ont tous fini dans le film mythique de Jean-Pierre Merville, Le Cercle rouge, sorti en 1970. Et si ce n’est pas dans une salle de cinéma, ce fut à la télévision. De génération en génération, nous avons transmis nos émotions après avoir vu ce chef-d’œuvre shakespearien, et surtout après avoir compris que nous étions tous coupables. Comme les quatre principaux protagonistes du film, nous avons compris que nous nous retrouverions un jour dans ce cercle-là parce que la vie conduit à un rendez-vous dont nous ignorons tout. Rendez-vous dicté par les lois de la tragédie, avec ou sans les dieux aux commandes. Le génial et atrabilaire Melville, en Stetson et Ray-Ban, qui se rêvait Américain, l’Amérique de Gary Cooper et Henri Fonda, celle de la classe et du désabusement discret au coin des lèvres, savait que la philosophie existentielle pouvait se résumer à ce rendez-vous inéluctable. Le 2 août 1973, Melville entre dans le restaurant japonais de l’hôtel PLM Saint-Jacques. Le cinéaste doit dîner avec Philippe Labro. Il n’en ressort pas vivant. Rupture d’anévrisme. À la fin du film, les quatre personnages sont réunis : Corey – Alain Delon – , Vogel – Gian Maria Volonté – , Janssen – Yves Montand –  et Mattei –  Bourvil. Seul ce dernier, commissaire intègre et énigmatique, ne meurt pas.

Une aventure

J’ai toujours eu un faible pour le personnage joué par Montand, peut-être parce que c’est Montand. Il est un flic ripoux tombé dans l’alcoolisme. Il habite un pavillon de banlieue, c’est une loque, il n’attend plus rien, seulement la revanche sur les « habitants du placard », bêtes immondes nées dans son cerveau imbibé d’alcool. Il accepte de participer au casse d’une bijouterie, place Vendôme. Pour cela il doit être clean, redevenir le tireur d’élite qu’il était pour tirer dans le mille et bloquer le système d’alarme. Il réussit, refuse le fric. Il meurt sur la pelouse d’une demeure bourgeoise, sapé comme un milord. Avant de crever, il lance à son ex-collègue Mattei : « Alors… Toujours aussi con dans la police, hein ? »

A lire aussi: Tant qu’il y aura des films

Ces souvenirs, et tant d’autres, sont revenus à la lecture du livre de Bernard Stora, premier assistant sur le tournage du Cercle rouge. À l’aide des feuilles de service du film, précieusement conservées, il reconstitue la passionnante aventure du tournage. On entre dans le récit, dans lequel sont glissées certaines feuilles reproduites en fac-similé, et l’on découvre l’envers du décor, le off du film. Les anecdotes fourmillent pour notre plus grand plaisir. On apprend tellement de choses qu’il est impossible de les résumer. Il faut lire l’ouvrage qui se dévore comme un roman. C’est écrit avec précision, on frise l’épure, sûrement par respect pour l’esthète qu’était Jean-Pierre Melville. On entend ses coups de gueule, notamment contre Volonté, imposé par les producteurs italiens. On dîne avec lui, sur le bord de son lit, à 1 heure du mat, rue Jenner, dans ses studios. On est témoin de ses doutes, de sa mégalomanie, de « son incommensurable orgueil », de sa lucidité – il savait que le scénario était parfois faible. Bernard Stora, à propos de Melville, lâche : « Alliant le charme et la cruauté, aimant rire et glaçant, grand seigneur et mesquin : on n’en finirait pas de pointer ses contradictions. C’était un précurseur nostalgique du passé, un imposteur sincère, un harceleur, un despote en même temps qu’un homme intègre et profondément généreux. » Un artiste, quoi.

Bourvil métamorphosé

Et puis, il y a la prestation de Bourvil, le fameux commissaire solitaire aimant les chats – ceux du réalisateur. Ce n’était pas le premier choix de Melville. Il avait d’abord pensé à Lino Ventura. L’acteur italien pouvait en effet paraître plus crédible. Mais il était fâché avec le cinéaste de L’Armée des ombres. Et un Lino en colère ne revient jamais sur sa décision. Alors ce fut Bourvil, le comique fragile et tendre, faussement benêt, avec son accent trainant. Merville l’a métamorphosé. Atteint d’un cancer de la moelle osseuse, incurable, le visage émacié, le risque est grand qu’il ne finisse pas le tournage. Le cinéaste lui fait porter un toupet, ce qui augmente la minceur du visage. Il exige qu’il porte des costumes confectionnés chez son tailleur. Il choisit pour lui chemises et cravates de chez Sulka. Le provincial Bourvil devient chic. Il lui achète un chapeau, lui qui n’en porte jamais. Bourvil se regarde dans une glace : il est ébahi avec le regard d’un gosse. Melville lui demande d’éluder certaines voyelles, c’est un coup de génie, ça transforme sa diction. Stora raconte : « Je n’ai jamais entendu Melville donner la moindre indication à Bourvil, mais sur ce point, il ne transige pas et le corrige systématiquement. » « Ce n’est » devient « C’n’est ». Bourvil ne peut plus faire le pitre ; il doit se concentrer en permanence. « Bourvil ne pense pas à jouer, il ne se préoccupe pas d’être ‘’naturel’’. » Dernier grand rôle, rôle magistral. Bourvil gagne un prénom, le sien. Au générique, il est André Bourvil. L’acteur ne s’est jamais plaint, malgré la souffrance et la fatigue. Il a serré les dents. Quand tous les autres sont morts, dans le cercle rouge, Bourvil dit à son adjoint : « Vous savez comment j’ai fait pour résoudre cette affaire ? Eh bien, tout simplement en appliquant la… » Et l’acteur se met à chanter son grand succès d’après-guerre. : «… la taca-taca-tac-tactique du gendarme, c’est de bien observer sans se faire remarquer… » La dérision pour faire un pied de nez aux acteurs qui se la pètent un peu trop. La caméra continue de tourner. Melville a oublié de dire « Coupez ! » On peut voir la séquence sur YouTube. Sept mois plus tard, André Bourvil est emporté par la maladie. Seul personnage sortant vivant du cercle rouge, il était en réalité un mort en sursis.

Bernard Stora, Dans le Cercle rouge, le tournage du film de Jean-Pierre Melville au jour le jour, Denoël. 432 pages

Trente musiciens de haute voltige

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"Circus Variations", Amiens, 28 janvier 2026 © Philippe Lacoche

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Je revenais de Lille ; j’allais être en retard. Ma Sauvageonne prit donc sa voiture pour se rendre au cirque Jules-Verne d’Amiens où était proposé le spectacle Circus Variations. Elle m’avait donné rendez-vous dans le hall, « sur la droite », avait-elle précisé de sa voix de jeune fille bien élevée mais sensuelle comme celle de notre regrettée Brigitte Bardot. Embouteillages, devant moi des conducteurs à la lenteur de gastéropodes à coquille, stationnement difficile, et j’en passe. Effectivement, je fus en retard. Quand j’arrivai, essoufflé, dans le hall du cirque, mon ébouriffée ne se trouvait plus sur la droite, comme prévu. Elle était déjà montée à l’étage pour y trouver une place. Je montais à mon tour l’escalier ; elle m’aperçut, me héla. Mon cœur se mit à battre quand je la vis. Je la rejoignis, joyeux comme un vieux poulain dans une tendre et verte prairie de Thiérache (Aisne). Une fois de plus, c’était elle qui avait choisi notre sortie ; une fois de plus, elle fut bien inspirée. Grâce à Circus Variations, mis en scène par Maroussia Diaz Verbèke, nous passâmes une heure et quinze minutes de plaisir. Au programme : la trentaine de musiciens de l’Orchestre de Picardie, sous la direction de Dylan Corlay, accompagna les numéros des artistes circassiens Vassiliki Rossillion, Maël Commard, Johan Stockmar, Virginia Danh, Alvin Nislsen Nyygaard, Jérémy Mutin et Marisol Lucht. Équilibristes, voltigeurs, acrobates, clown, etc., il y en avait pour tous les goûts. Tous dialoguaient avec les musiciens. Les notes virevoltaient dans les airs comme les artistes. Un vrai bonheur. Et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir l’écrivain-journaliste Laure Adler en Madame Loyale ! J’eusse voulu la rencontrer à la fin du spectacle pour lui demander ce qu’elle faisait là, en habit de lumière. Passion pour le cirque ? Connivence amicale avec les créateurs de Circus Variations ? Je ne le saurai jamais car je ne la vis point. En revanche, au bar (encore au bar, toujours au bar ; je suis incorrigible!), je fis la connaissance des charmants Marisol Lucht et Maël Commard, ravis de faire partie de cette belle aventure circassienne. Je les pris en photo avant de repartir dans la nuit en compagnie de la Sauvageonne dont les yeux brillaient comme une piste aux étoiles. A ses côtés, j’avais l’étrange impression d’être un très vieux Roger Lanzac. Mais qui, aujourd’hui, se souvient encore de Roger Lanzac ?

Exit la notion de devoir conjugal!

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Les députées écologistes Marie-Charlotte GARIN et Sandrine ROUSSEAU à l'Assemblée nationale, 12 janvier 2023 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

L’Assemblée nationale a enterré à l’unanimité le « devoir conjugal » cette semaine. Enfin ! s’est extasiée la presse progressiste, ravie de voir disparaître une notion juridique jugée archaïque. Reste une question, pourtant: un mariage sans relations sexuelles, qu’est-ce que c’est au juste? Une colocation ?


Nos députés ont-ils été touchés par les bonnes grâces des fées wokistes ?

En effet, détruire l’image du mâle dominant en l’assimilant à un violeur conjugal en série est un pas très important que nos députés viennent de franchir sans trembler (même ceux « d’extrême droite ») !

Droit de cuissage

Car ce texte fondamental vient d’être adopté à l’unanimité. Présenté de façon transpartisane par une députée écologiste, Mme Garin qui l’a ainsi soutenu : « En laissant subsister, dans notre droit, un tel devoir, nous avons collectivement cautionné un système de domination, un système de prédation du mari envers son épouse. »[1] 

Néanmoins, je me méfie des belles intentions qui ne sont jamais suivies d’effet. En votant un tel texte, nos élus ont certes fait preuve d’une immense sagesse.

A lire aussi: Muriel Salmona: la psy qui traumatise

Mais dans les faits, comment la loi sera-t-elle respectée s’il n’y a aucune preuve matérialisée du consentement ?

Dès lors, il devient indispensable de remplir un formulaire Cerfa préalablement à tout acte sexuel[2].

Sens des priorités

Enfin, je crois qu’il convient de saluer l’action de nos députés. Dans un pays à la dérive où tout fout le camp, où l’on n’a pas de budget, où l’agriculture, l’industrie, le commerce extérieur, l’armée, l’éducation, la santé et les autres services publics sont à la ramasse, il faut avoir du courage pour user du temps parlementaire à traiter ces problèmes en urgence.

Par ailleurs, ans vouloir remettre en cause cette immense avancée sociétale, je voudrais cependant souligner que nos députés n’ont probablement pas pris pleinement la mesure des dégâts collatéraux qu’ils vont provoquer au niveau de l’emploi dans l’industrie pharmaceutique.

En effet, les ventes d’antalgiques risquent de chuter drastiquement.

Les études de marché réalisées par le SNIP[3] révèlent que 39,5 % des ventes d’antalgique sont consécutives à la déclaration « Pas ce soir chéri, j’ai mal à la tête ! ».

Dans de telles conditions, la notion de consentement préalable menace la filière de production d’antalgiques, laquelle ne représente pas moins de 9583 emplois.

Par conséquent, je suggère qu’à titre compensatoire une taxe de 0,98 euros soit prélevée sur chaque formulaire Cerfa puis affectée à la reconversion du personnel concerné.

PJ :  Formulaire Cerfa


[1] Citée dans Le Monde du 26 janvier

[2] On pourra certes débattre de la notion d’acte sexuel. Un « regard insistant » est constitutif d’une violence sexiste, certes, mais s’assimile-t-il à un acte sexuel ? Le débat est effectivement ouvert si l’on en croit un avis du u Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) du 16 avril 2015 sur le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun. Dans cet avis, le harcèlement est défini comme incluant « le sifflement, des commentaires sur la tenue, des regards insistants jusqu’à l’agression sexuelle »

[3] Syndicat National de l’Industrie Pharmaceutique

Populiste, et alors?

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Charles Rojzman. Photo: D.R.

Le populisme n’est pas une idéologie. C’est un cri et un retour du refoulé démocratique.


À Davos, lorsque Donald Trump est revenu parler de nations, d’usines, de frontières et de souveraineté dans ce grand monastère glacé de la gouvernance mondiale, ce n’est pas son mauvais goût supposé qui a scandalisé les consciences raffinées — c’est la vérité qu’il a laissée filtrer. Une vérité triviale, rugueuse : celle de la fracture désormais ouverte entre les élites et les peuples.

Comment naît le populisme

On a ri de l’homme, caricaturé sa vulgarité, psychiatrisé ses électeurs. On a fait ce que l’on fait toujours quand le réel insiste : on l’a recouvert de diagnostics. Mais on s’est bien gardé d’écouter ce qu’il révélait — ce grondement sourd venu d’en bas, cette fatigue immense des vies ordinaires.

Car le populisme ne naît pas d’un excès d’ignorance. Il naît d’un excès de dépossession. Il surgit lorsque la démocratie cesse d’être politique. Lorsque les décisions vitales se déplacent hors du champ populaire. Lorsque le langage de la vie est remplacé par la prose morte des experts. Lorsque le citoyen devient un administré, sommé de consentir à ce qu’il ne comprend plus. C’est à partir de cette rupture qu’il faut penser notre époque. Le populisme n’est pas une pathologie de masse. Il est le produit logique de nos démocraties épuisées. Il apparaît là où le peuple cesse d’être sujet pour devenir matériau, variable, population à gérer. Nous vivons la fin d’un cycle. Celui de la démocratie moderne, née dans la promesse tragique de la souveraineté populaire. Elle n’a pas disparu : elle s’est vidée. Les élections subsistent, les institutions tiennent debout comme des façades. Mais le cœur est parti. La souveraineté demeure comme mot, non comme puissance. Le citoyen vote encore ; il ne décide plus. Le basculement fut lent, presque invisible. Il s’est opéré par glissement, par technicisation, par dilution progressive du politique dans la gouvernance.

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Autrefois, gouverner signifiait trancher, assumer, répondre devant le peuple. Aujourd’hui, gouverner consiste à appliquer des normes venues d’ailleurs, à optimiser des indicateurs, à traduire en procédures ce qui relevait jadis du choix collectif. Les décisions s’élaborent dans des bureaux sans visage, dans des instances européennes ou internationales, dans des cercles d’expertise qui ne connaissent ni la fatigue des corps ni l’angoisse des fins de mois. La politique s’est réfugiée dans le vocabulaire neutre de la compétence. C’est là le cœur du problème : nous sommes entrés dans une démocratie post-politique. Un régime où les orientations majeures sont présentées comme naturelles, inéluctables. Où le débat ne porte plus sur le sens, mais sur la gestion. Où l’on ne choisit plus : on s’adapte.

Le climat impose. L’économie contraint. L’Europe exige. La science recommande. Face à cette litanie d’impératifs, la volonté populaire apparaît comme un archaïsme. On la soupçonne d’irrationalité, on la redoute comme une force primitive. Ce n’est plus le peuple qui fonde la décision. C’est la norme qui s’impose au peuple.

Neutralisation du politique

Une démocratie sans conflit n’est plus une démocratie. C’est un dispositif. À cette neutralisation du politique s’ajoute un autre mal, plus profond encore : sa moralisation. Le pouvoir ne veut plus assumer le tragique. Il préfère se draper dans le Bien. Il ne parle plus d’intérêts antagonistes, mais de valeurs. Il ne confronte plus des projets : il hiérarchise des souffrances. Il ne débat plus : il distribue des brevets de vertu. Celui qui s’oppose n’est pas un adversaire. Il est un coupable.

Le président Donald Trump après son discours devant le Forum économique mondial à Davos, Suisse, le 21 janvier 2026. Markus Schreiber/AP/SIPA

Ainsi naît une citoyenneté nouvelle, triste et docile : un individu sommé d’adhérer. Sa liberté est encadrée par des dispositifs. Sa parole filtrée. Son expérience recodée dans un langage qu’il n’a pas choisi. Le peuple disparaît comme sujet collectif. Il devient une population à accompagner. On le voit clairement dans les politiques de transition. Énergétique, écologique, sanitaire : autant de chantiers imposés sans véritable délibération, au nom d’urgences définies par des experts. On transforme radicalement les modes de vie, on interdit de circuler, on renchérit l’énergie, on bouleverse l’économie réelle — et l’on appelle cela pédagogie. Les ZFE excluent les classes populaires tandis que les centres-villes gentrifiés célèbrent la mobilité douce. Les choix énergétiques ruinent artisans et ménages modestes pendant que les décideurs parlent de résilience. Les sacrifices sont abstraits, mais leurs effets sont toujours concrets.

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Ce n’est pas seulement une injustice sociale. C’est une dépossession politique. Car ce qui est en jeu n’est pas le confort, mais le droit fondamental de décider des conditions de sa propre existence. C’est là que surgit le populisme. Non comme programme. Non comme idéologie. Mais comme cri. Un retour du refoulé démocratique. Une tentative brute, maladroite, parfois violente, de réintroduire le peuple dans un monde qui l’a effacé. Il dit : vous ne nous représentez plus. Vous parlez une langue étrangère. Vous gouvernez un monde abstrait pendant que nous habitons un monde de fatigue, de factures, de corps usés. On traite ce cri de simpliste. Mais il porte une vérité élémentaire : aucune société ne survit longtemps quand ceux d’en bas sentent que leur vie ne compte plus. L’erreur des élites est de croire que le peuple est un problème. Il est la condition même de la démocratie. Il ne s’agit pas de l’idéaliser. Il peut se tromper, céder aux passions, se laisser séduire par de mauvais prophètes. Mais il reste le seul lieu où le politique demeure relié à la chair du monde. Ce que j’appelle populisme, c’est cette fidélité. C’est refuser un univers gouverné par des experts sans corps, des algorithmes sans mémoire, des idéologues sans peuple. C’est rappeler que la démocratie n’est pas un mécanisme, mais une relation vivante entre gouvernants et gouvernés. Et si ce rappel vaut aujourd’hui ostracisme ou marginalisation, qu’il en soit ainsi. Car une société qui n’écoute plus ses peuples prépare des ruptures autrement plus violentes.

La société malade

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Climat: deux pas en arrière, trois pas en avant

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Paris, quais de Seine, septembre 2019 © BALEYDIER/SIPA

Si les formations sur le climat, concurrencées par celles sur l’IA, font traverser une crise inédite et regrettable aux « acteurs de la sensibilisation à la transition écologique », comme l’écrit élégamment Le Monde, les idéologues sont loin d’avoir dit leur dernier mot… Révélations.


Ceux qui en ont soupé des injonctions écologistes – et ils sont de plus en plus nombreux – ont dû rire dans leurs barbes à la lecture du Monde du 12 janvier.

En effet, le quotidien nous apprend que « les acteurs de la sensibilisation à la transition écologique traversent une crise ». Malheureusement, « 2025 fut une année catastrophique » pour Ecolearn, une société spécialisée dans la formation à la transition écologique, formation destinée aux employés des sociétés bernées par le concept fumeux de « responsabilité sociétale des entreprises ». Ce concept, élaboré par l’État afin que lesdites sociétés acquièrent « des pratiques plus éthiques et plus durables dans leur mode de fonctionnement », s’est avéré être un énième machin techno-bureaucratique favorisant, une fois de plus, la création d’associations et d’organismes privés profitant du système pour s’en mettre plein les poches. Mais toutes les bonnes choses ont une fin : Ecolearn « a vu fondre de 45% le nombre de participants à sa formation certifiante “Manager la durabilité en entreprise” ». De son côté, « l’atelier collaboratif » 2tonnes « accuse une diminution de 30% en deux ans du nombre des participants à son atelier grand public visant à construire une trajectoire de décarbonation de la France », se lamente Le Monde. Et ce n’est pas fini: l’association La Fresque du climat, dont nous allons reparler ci-après, ne compte plus que 18 salariés, contre 65 il y a encore deux ans. Quant au cabinet de conseil en stratégie sur le climat Blue Choice, il vient carrément de mettre la clé sous la porte.

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La raison de cette débâcle tient en une phrase : les entreprises ont décidé d’utiliser une bonne partie de leurs budgets de formation à un phénomène qu’elles considèrent être autrement plus important pour leur avenir : l’IA.

L’écologisme: une idéologie plus qu’une science

L’enthousiasme des climatosceptiques doit cependant être tempéré.

L’écologisme a infesté tous les lieux de pouvoir. La majorité des instances nationales, internationales, associatives, parlementaires, médiatiques et universitaires, en sont bien imbibées. Cette idéologie pernicieuse, à la manœuvre depuis quarante ans, a activement concouru à la ruine des politiques énergétiques et industrielles de nombreux pays, en particulier en Europe, aboutissant au désastre que nous savons. La France lui doit, pour une grande part, sa désindustrialisation, la perte de son indépendance énergétique, les insupportables hausses de prix de son électricité, la liquidation de son agriculture, la destruction de ses paysages, la décérébration de sa jeunesse, le tout sous la férule d’associations nocives et d’organismes d’État prenant les Français pour des demeurés – on se souviendra longtemps des recommandations de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) pour « adopter un mode de vie plus écologique et consommer plus responsable », entre autres celles encourageant le lavage modéré de nos pantalons, le reprisage de nos chaussettes, le ressemelage de nos chaussures et… la fermeture de nos volets la nuit lorsqu’il fait froid ! Pour rappel, le budget annuel de l’Ademe est de plus de 4 milliards d’euros…

Promotion de l’éco-anxiété

Cédric Ringenbach, le fondateur de feue la société Blue Choice, est également le créateur de la Fresque du climat et de l’association qui porte le même nom. Une récente brochure du CERU[1] rappelle que cet « outil pédagogique », créé par un militant fortement influencé par Jean-Marc Jancovici, fervent partisan de la sobriété et de la décroissance, repose sur un jeu de cartes basé sur les rapports du GIEC. Les formateurs à la transition écologique utilisant cette Fresque « revendiquent explicitement l’usage de l’éco-anxiété comme levier d’action et citent une étude selon laquelle 30% des participants modifient temporairement leurs comportements, principalement sous l’effet d’un choc émotionnel provoqué pendant la formation ». Or, l’utilisation de cette Fresque du climat, nous apprend le CERU, est obligatoire dans toutes les grandes écoles de commerce et les IEP, où l’écologie n’est enseignée que sous l’angle de la décroissance : « L’écologie enseignée est le plus souvent une écologie radicale. HEC, l’EM Lyon, l’ESCP, l’ESSEC et Sciences Po invitent des chercheurs qui considèrent que seule la baisse de la croissance peut sauver la Terre. » L’idéologie écologiste imprègne ces établissements, et la théorie de l’Anthropocène, pourtant réfutée par la Commission internationale de stratigraphie, la plus haute instance internationale de la géologie, est la seule qui y ait droit de cité. Depuis une vingtaine d’années, les indicateurs des classements de ces établissements prennent en compte le pourcentage de cours consacrés à l’écologie et à la contribution aux objectifs de développement durable de l’ONU, donc du GIEC.

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Par conséquent, tous les étudiants de 1ère année de Sciences-Po ont l’obligation de suivre un cours très orienté de « Culture écologique ». Après bourrage de crâne, les étudiants de l’ESSEC, de HEC, de l’EDHEC doivent, eux, passer un test certifiant de sensibilisation au développement durable. « Alors que les écoles de management d’autres régions du monde continuent de former des dirigeants obsédés par l’innovation, la productivité et la conquête de marchés, nous prenons le risque de fabriquer des cadres culpabilisés par la croissance, méfiants vis-à-vis du progrès technique et persuadés que la vertu principale d’une entreprise est de réduire son activité pour “sauver la planète” », avertit le CERU en attirant l’attention sur le fait que cet enseignement univoque, en interdisant la confrontation de points de vue différents, fabrique « une génération homogénéisée, passée par les mêmes rituels militants, parlant le même langage, partageant les mêmes indignations, sans véritable expérience du débat contradictoire[2] ».

Vive les diplômé.e.s !

Emblématique de cette génération idéologisée, l’activiste Camille Étienne a obtenu un master d’économie à Sciences-Po. Elle est aujourd’hui une des prêtresses écologistes les plus en vue.  Son discours formaté, radical et intersectionnel – c’est-à-dire mâtiné de néo-féminisme, de wokisme, de décolonialisme et de palestinisme – fait le bonheur des médias progressistes, de la gauche bobo et de l’extrême gauche, des écolos aux insoumis. Les propos préfabriqués et le débit logorrhéique de cette pythie moderne enthousiasment les dirigeants des écoles de commerce et des IEP qui l’invitent régulièrement dans leurs établissements. Les étudiants les moins doués se pâment devant cette rebouteuse idéologique maniant à la louche des « concepts scientifiques » inventés pour la cause. Certains, possédant une propension au rabâchage scolaire, au récitatif dogmatique, au « narratif » schématique, entrevoient à son écoute la possibilité d’une carrière de singe savant médiatique ! D’autres, qu’aucune médiocrité ne rebute, visent une carrière politique à la Sandrine Rousseau ou à la Marine Tondelier. Les plus paresseux imaginent une sinécure dans l’audiovisuel public. En attendant, tout ce petit monde manifeste aux côtés d’associations subventionnées prônant la décroissance en brandissant simultanément des drapeaux palestiniens et des banderoles en faveur du transgenrisme. Cherchez l’erreur ! Nos grandes écoles de commerce et nos IEP forment chaque année des centaines de jeunes gens dont beaucoup ne mettront jamais à profit leurs connaissances pour travailler, innover, créer de la richesse. Une partie de cet échec est due à l’écologisme. Une autre, au wokisme. Ces deux dogmatismes cohabitent très bien et s’entendent d’ailleurs à merveille quand il s’agit de « déconstruire » la France.

Cet endoctrinement écologique qui gangrène les grandes écoles de commerce et les universités n’est que le prolongement d’un processus commencé dès l’école. L’Éducation nationale se targue depuis des années « d’intégrer tout au long de la scolarité la notion de développement durable ». Elle a diminué les heures de cours de français et de mathématiques pour faire place au dogme écologique. De nombreuses académies incitent les établissements scolaires à utiliser la Fresque du climat. Sur son site, le ministère de la rue de Grenelle proclame que « l’enseignement sur le changement climatique doit viser à développer une conscience écologique et citoyenne chez les élèves », et ce dès la maternelle. Au collège, le programme d’histoire-géographie se doit de consacrer « un thème entier à la question environnementale » – la géographie n’est quasiment plus abordée que de ce point de vue-là. De la seconde à la première, « les élèves devront connaître les principales limites écologiques de la croissance » et « l’enseignement scientifique mettra en évidence le rôle de l’être humain dans la modification du climat ». En terminale, toutes les matières doivent impérativement comprendre des notions écologiques de développement durable et de transition écologique[3]. Ces directives reprennent à la lettre celles du Conseil de l’UE recommandant de « faire de l’apprentissage au service de la transition écologique et du développement durable une priorité des politiques et programmes d’éducation et de formation » et « d’offrir à tous les apprenants (sic) des possibilités d’acquérir des connaissances sur la crise climatique et le développement durable »[4]. L’école est devenue un centre d’ingénierie sociale, une couveuse idéologique formatant les futurs « citoyens européens » rêvés par les élites bruxelloises et mondialistes. L’État-monstre technocratique éduque ce futur citoyen, dès sa prime enfance, à « la vie affective et relationnelle, et à la sexualité », à « l’information et aux médias », à « l’écologie et au développement durable ». Plus tard, il l’instruit régulièrement des nouvelles et nombreuses normes qui régiront sa vie, lui explique comment se nourrir frugalement, s’habiller chichement, se chauffer parcimonieusement, et pourquoi il doit, s’il veut « sauver la planète », croupir dans des clapiers à lapins, se déplacer collectivement ou, mieux encore, pas du tout, etc. – bref, il administre et planifie entièrement son existence devenue pitoyable, matériellement de plus en plus inconfortable, spirituellement de plus en plus nulle, de sa naissance à sa « mort dans la dignité » programmée. Le pire du meilleur des mondes n’est plus une fiction. 

Duflot, vite !

L’écologisme est partie intégrante du pouvoir technocratique que cherchent à imposer Mme von der Leyen et ses laquais, commissaires, parlementaires et bureaucrates d’une UE qui a ruiné la France avec l’assentiment et la complicité de ses dirigeants. Emmanuel Macron ne déroge pas à la règle, bien au contraire. Et les bonnes nouvelles se multiplient en réalité pour les « défenseurs du climat » : 1) La Planification pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) soumettant la France aux desiderata de l’UE en termes de mix énergétique et d’investissements pharaoniques en faveur des énergies intermittentes, au détriment de notre parc nucléaire, reste d’actualité. Emmanuel Macron fera tout pour que cette planification soit votée au parlement ou, si nécessaire, adoptée par décret avant la fin de son quinquennat – ce qui signifiera la fin définitive et irrémédiable de la souveraineté énergétique française. 2) Bernard Fontana, PDG d’EDF, a récemment confirmé que la parution d’un rapport prouvant que la « modulation nucléaire » – c’est-à-dire les variations de puissance imposées à nos centrales pour donner la priorité à l’électricité produite par les énergies intermittentes – accélère le vieillissement des centrales et met en danger toute la filière, a été repoussée sine die. Par qui ? Devinez. 3) Après l’incroyable nomination de Dominique Voynet au Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire, nous apprenons celle d’Anne Le Strat au poste de directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité (OFB), en charge de la « mobilisation de la société » (sic) – cette dame est une écologiste politiquement très engagée qui soutient les actions les plus radicales de mouvements comme Extinction Rebellion et les Soulèvements de la Terre. 4) Nous pensions que, grâce à l’accord trouvé en commission parlementaire mixte, les ZFE étaient définitivement supprimées. Que nenni ! Le gouvernement vient d’annoncer le report du scrutin sur la loi de simplification de la vie économique qui devait entériner cette suppression. L’inénarrable députée macroniste Agnès Pannier-Runacher juge que ce report « permettra peut-être à la raison de revenir ». 5) L’association QuotaClimat, qui se targue de débusquer ce qu’elle appelle « la désinformation environnementale dans les médias » et saisit régulièrement l’Arcom pour dénoncer la « désinformation climatique » que pratiqueraient Sud Radio, CNews ou Europe 1, est en partie financée par… l’Arcom, l’Ademe et le groupe Valorem, premier exploitant éolien indépendant français. 6) Cécile Duflot, qui a très activement participé au démantèlement du nucléaire français avec ses amis socialistes, vient de donner un entretien au magazine Têtu dans lequel elle considère qu’elle a maintenant « les épaules » pour être candidate à la prochaine élection présidentielle. Le risque de voir Mme Duflot accéder au pouvoir suprême est minime mais son pouvoir de nuisance, son CV est là pour en témoigner, est en revanche bien réel, et son retour à la vie politique ne présage rien de bon. 7) Bien que remis en cause par de plus en plus d’entreprises, en particulier celles qui touchent à l’industrie automobile et à l’agriculture, le Pacte vert élaboré par la Commission européenne n’a été amendé qu’à la marge, pour amuser la galerie et calmer les récalcitrants. Directement inspirés d’une écologie politique coercitive, la politique climatique et le programme environnemental de l’UE entravent lourdement notre industrie et détruisent à petit feu notre agriculture. Rien ne semble pouvoir empêcher cette désintégration planifiée par les adeptes d’une idéologie qui hait l’humanité et donne souvent l’impression de n’avoir qu’un but : la réduire à néant.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] Centre d’Études et de Recherches Universitaire, un think tank en pointe pour dénoncer les méthodes des activistes écologistes radicaux

[2] Morgane Daury-Fauveau, présidente du CERU, Grandes écoles de commerce : foyers du radicalisme écologique, décembre 2025.

[3] Site éducation.gouv.fr : L’éducation au développement durable.

[4] Commission européenne, Apprentissage au service de la transition et du développement durable. Recommandation du Conseil de l’UE du 16 juin 2022.