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Quand les médias se prosternent devant les mollahs

Et si nos éditorialistes se trompaient : et si la France était finalement la spectatrice lâche d’une guerre décisive?


Quand les médias se prosternent devant les mollahs
Manifestante opposée à la guerre en Iran, Los Angeles, 7 mars 2026 © Ted Soqui/Sipa USA/SIPA

La plupart de nos éditorialistes regardent actuellement avec gourmandise le président américain ne pas obtenir l’aide qu’il réclame pour la guerre en Iran, et la situation au détroit d’Ormuz compromettre la bonne santé de l’économie mondiale…


Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali viennent de publier Paris-Téhéran, le grand dévoilement où ils analysent le long aveuglement de la France devant la nature totalitaire du régime iranien. La guerre actuelle prouve qu’au lieu d’ouvrir les yeux des aveugles, cette longue complaisance persiste chez beaucoup d’intellectuels, de journalistes et même de généraux français.

Chaque nouvel épisode du conflit est ainsi commenté en faveur des mollahs et en défaveur des Etats-Unis et d’Israël. Il ne s’agit pas de mensonges flagrants, plutôt d’un biais qui consiste à cacher certaines informations ou à retarder le plus possible leur publication et, pour chaque fait avéré, à donner l’explication la plus favorable à l’Iran.

“Iran” est une métonymie simplificatrice qui pour moi désigne son exécrable gouvernement et non 80% du peuple iranien, victime de ce régime sanguinaire.

Trois exemples de cette lecture systématiquement biaisée. Alors qu’il était déjà copieusement écrasé de bombes, l’Iran se met à lancer des missiles et des drones sur tous ses voisins. Les médias nous expliquent que cette “résilience” est le résultat d’une tactique organisée de longue main par les mollahs, la défense en mosaïque, où chaque commandant d’une zone militaire se met en autonomie pour décider de ses attaques. L’explication inverse : l’Iran fait n’importe quoi, asperge de bombes des pays qui se voulaient neutres ou même amicaux, parce que les chaînes de commandement sont cassées, les chefs sont morts, les routes encombrées de gravats, les téléphones coupés. La culture persane ne comportant sans doute pas les pigeons voyageurs ou les signaux de fumée, chaque colonel provincial n’en fait qu’à sa tête. Les médias français n’effleurent jamais cette hypothèse. Les Iraniens sont si “résilients”, le président américain et les centaines d’experts du Pentagone si bêtes !

Si malins…

Les mines du détroit d’Ormuz : jeudi elles étaient à l’honneur, elles flottaient partout  dans ce détroit stratégique pour l’économie mondiale. Malins les Iraniens, c’était la réponse du faible au fort, cet idiot de Trump ne l’avait pas prévu ! Vendredi, plus un mot sur les mines, il n’y en avait jamais eu, elles ne sont pas assez intelligentes pour distinguer un gentil cargo pétrolier chinois d’un méchant destroyer américain. Les mollahs veulent continuer à se remplir les poches en vendant leur pétrole, de mines il n’est plus question sur LCI et C dans l’air.

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“Donald Trump appelle la France au secours pour débloquer le détroit d’Ormuz” affiche le bandeau de LCI pendant des heures. Peu importe que cette formulation soit due à l’AFP, officine gauchiste payée par nos impôts, ou à la rédaction de LCI, les deux participent à la même vision biaisée de toute information. Le général Yakovleff qui maintenant ajoute à son antiaméricanisme viscéral et à sa phobie étrange de toute prise de risque une grossièreté que personne ne lui reproche, déclare avec fureur : « Ils se sont mis dans la merde, maintenant qu’ils se démerdent ! » Un peu plus tard, on apprend que Donald Trump a invité un certain nombre de gouvernements, dont la Chine, à l’aider à libérer ce détroit puisque son blocage pénalise l’économie de leurs pays. Quoi de plus logique que de dire : “Vous ne voulez pas que le prix du pétrole monte, alors aidez-moi à le faire baisser”. Défi ironique, il sait bien que personne ne viendra. S’agissant de la France, on peut faire une lecture plus poussée de ce prétendu appel au secours. Le président français pratique une ahurissante posture de “guerre uniquement défensive”. Il est fier de parader sur le pont du Charles de Gaulle, et sa marine de guerre n’a d’autre but que mettre en valeur sa personnalité, elle ne doit surtout pas se mêler d’un conflit. Donald Trump a voulu le mettre au pied du mur. Tu fais le beau à Chypre, viens faire l’utile à Ormuz. Il est souvent impératif de choisir son camp, Emmanuel Macron n’a jamais su le faire, après la guerre il récoltera le mépris et l’inimitié d’Israël et des Etats-Unis. Limite du “en même temps” : si on se tient toujours à mi-distance dans les conflits, on finit haï de tout le monde. Strictement personne n’a évoqué la possibilité que cet “appel au secours” vise à se moquer de l’incohérence française.

Un bon point pour Frédéric Encel. Dans les questions des téléspectateurs qui suivaient le C dans l’air du 10 mars, quelqu’un demandait si l’Iran serait le Vietnam de Trump. Le journaliste a répondu que les deux situations n’avaient rien à voir, le Vietcong n’ayant pas massacré sa propre population et commis des attentats sur la terre entière. Et puis il a ajouté, goguenard, en regardant le général Lapétoche de service sur ce plateau :  “Bien sûr, ce serait le rêve de beaucoup de journalistes français, et de généraux…” Et puis un : “Je ne parle pas de vous évidemment” de pure politesse. Moment béni où le soleil de la vérité perce enfin les nuages d’hypocrisie et de jalousie recuite !

Nos populistes n’osent pas soutenir le président américain dans cette drôle d’atmosphère

Grave problème cognitif : les Européens ont perdu tout sens du Kairos, de l’occasion à saisir au vol. Il existe dans la mythologie grecque un petit dieu méconnu, parfois représenté sur les bas-reliefs en enfant ailé, voletant de façon capricieuse parmi les humains, c’est Kairos, le Dieu du Moment Opportun. Certains sont capables de l’attraper par les ailes, beaucoup le laissent repartir. Kairos la présence simultanée au sommet de deux Etats démocratiques de dirigeants qui n’ont pas peur du risque, c’est le moins qu’on puisse dire. Kairos la féroce répression de la jeunesse iranienne par les mollahs en janvier, qui a rendu légitime tout vengeur qui entreprendrait de les punir, devenant ainsi un héros universel de la liberté. Kairos la guerre des Douze Jours qui a fonctionné comme une répétition générale en montrant ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Trump s’était arrêté trop tôt, il a maintenant surmonté sa crainte bien compréhensible des guerres embourbées. Il est invraisemblable qu’il arrête cette guerre du jour au lendemain à cause de l’inconstance que lui attribuent la plupart des commentateurs. Ceux-ci ont d’ailleurs parfaitement raison de penser que sa victoire entraînera celle des partis européens qualifiés d’extrême-droite. Sainte horreur ! Bardella mégote avec Trump, il ne peut faire autrement, tant l’atmosphère française est remplie de pollution antitrumpienne. Mais en juin de l’an prochain, il serait loyal de remercier qui de droit.

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Les midterms aussi font partie du Kairos. On répète à l’envie que Trump les perdra, ce qui arrive rituellement à chaque président américain. On ne suppose jamais qu’il part en guerre fin février parce qu’il pourrait avoir les mains liées en novembre. La volaille médiatique se permet de renvoyer dos-à-dos une démocratie et une tyrannie, elle loue la clarté de langage de l’Iran et se moque du langage contradictoire d’un dirigeant de démocratie, obligé de dire un jour que la guerre est quasiment finie pour faire baisser le prix du pétrole et le lendemain qu’il ira jusqu’au bout, affirmation destinée à casser le moral des mollahs.

Kairos aussi, le fameux renseignement sur la réunion du Club des Tortionnaires de leur propre pays à 10 heures du matin le samedi 28 février. Rater une pareille occasion aurait été un péché, comme disent les Italiens.

La France n’interviendra pas, elle restera accoudée au balcon de l’histoire, son prestige au Moyen-Orient s’effondrera. Le “pays des droits de l’Homme et de la Révolution” sera une contrée banalement lâche. Elle ne participera pas au grand élan économique que suscitera la reconstruction de l’Iran et des pays voisins atteints par les drones. Notre honneur national en sera rabougri, les Américains railleront notre impuissance militaire. Depuis le livre injuste de Robert Paxton sur la Résistance comme mythe inventé par de Gaulle, ils nous considèrent comme des soldats d’opérette, indignes descendants de ceux de Valmy et d’Austerlitz. La moue de mépris s’aggravera.



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