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La Jeune Garde est-elle la milice de la France insoumise?

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Des enquêtes et faits divers récents suggéreraient déjà des liens entre militants antifas proches de la Jeune Garde, narcotrafic et actes de violence variés sur le territoire national. Les soutiens politiques de l’extrême gauche – ou a minima sa position complaisante – envers ces milieux ne datent pas d’hier. Révélations.


Bien davantage que les faits avancés autour du lynchage de Quentin Deranque (qui méritent encore d’être vérifiés par l’enquête), ce qui éclaire sur la Jeune Garde, et l’acharnement de Mélenchon à la soutenir, ce sont les résultats d’enquêtes précédentes, sur des exactions comparables de cette mouvance.

Ainsi, dans le cadre d’une enquête sur une série d’agressions violentes commises à Toulouse et ses alentours par des « antifas » proches de la « Jeune Garde », le RAID a appréhendé à leur domicile le 14 mai 2024 cinq membres de l’« Offensive révolutionnaire antifasciste » (ORA). Ils ont aussi découvert avec stupeur près de quatre kilos de résine de cannabis, dix-sept kilos d’herbe, du matériel de traitement de la drogue et 15 000 euros en petites coupures, révélant un véritable « trafic de stupéfiant industrialisé », selon une source proche de l’enquête. L’affaire a eu un certain retentissement, mais en tant que simple fait divers… Pourtant, d’autres faits suggèrent une lecture bien différente de la relation entre l’extrême gauche, le narcotrafic et la violence dont est mort Quentin.

Touche pas à mon dealer

A Lyon, par exemple, bastion de la « Jeune Garde » de Raphaël Arnault, l’hebdomadaire Le Point signalait déjà en décembre 2023 « le rôle trouble des antifas » dans le trafic de drogue, en particulier dans le quartier tristement connu de la Guillotière et de la place Mazagran. Le journaliste Bartolomé Simon constatait alors comment les antifas « aident les migrants et les squatteurs sur le point de deal local », les protégeant notamment des interventions de la police. La situation n’avait pas changé un an plus tard quand, retournant sur place, l’hebdomadaire rapportait que le mercredi 9 avril 2025 encore, en soirée, plusieurs antifas attablés au bar d’extrême gauche local se sont opposés physiquement à l’interpellation d’un dealer.

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Même chose à Paris où, lors de la fermeture du Saint Sauveur, bar antifa emblématique de la capitale, l’Observatoire des violences politiques rapportait en janvier 2025 qu’il n’avait pas seulement été pendant près de vingt ans le quartier général de l’Action antifasciste Paris-Banlieue, mais aussi un lieu associé au trafic de drogue. A travers son tenancier, notamment, Julien Terzics, chef historique des redskins français, réputé pour jouer les intermédiaires et les dealers entre le milieu des bikers et le squat gauchiste L’Usine à Genève. Ou David Patrice, militant de l’AFA arrêté à deux reprises pour des faits liés à de la drogue dure dans la rue des Panoyaux. Des cas dont la répétition mènera à plusieurs fermetures administratives à partir de 2020, avant sa fermeture définitive, en présence de Jean-Luc Mélenchon et de son garde du corps Hazem El Moukaddem, le patron des antifas marseillais.

Un homme justement dont le fief historique à Marseille est le quartier de la Plaine, dont il est réputé être le « parrain »… Là encore un haut lieu du trafic de drogue… Une coïncidence entre fiefs antifas et narcotrafic que relevait également à Grenoble le procureur de la République, Éric Vaillant, dans son discours de départ en janvier 2025. Enfin, à Rennes aussi, en mars 2025, ce sont encore des antifas qui ont empêché l’interpellation de délinquants par la police dans le quartier de Cleunay, miné par le trafic de drogue.

Les curieuses attaques de prison de l’année dernière

Mais là où cette question de la relation entre antifas et narcotrafic s’est posée avec le plus d’acuité, c’est lors des attaques terroristes menées contre le système pénitentiaire français et ses agents en avril 2025. Soixante-cinq faits ont été enregistrés, attribués pour la plupart à un mystérieux groupe DDPF (Défense des droits des prisonniers français)… Et l’enquête a mené à l’arrestation de vingt-cinq personnes, liées pour certaines au réseau de narcotrafiquants de la DZ Mafia.

Néanmoins, des interrogations subsistent qui, dès le départ, ont naturellement fait soupçonner une piste plus politique. D’abord le modus operandi d’attaques simultanées partout en France, inédit chez des narcotrafiquants (le plus souvent très isolés, aussi bien par un ancrage très local que par les féroces

rivalités qui les opposent), mais déjà observé dans les mouvances d’ultragauche. Comme fin juillet 2024, lors des opérations simultanées de sabotages du rail et des réseaux télécoms… Ou en décembre 2020, où sept membres de l’ultragauche avaient été mis en examen pour terrorisme (et cinq d’entre eux écroués), pour avoir projeté une action violente visant les forces de l’ordre et les militaires.

Une autre anomalie était le discours, très éloigné de la culture des trafiquants de drogue, et beaucoup plus conforme à la logorrhée antisystème de l’ultragauche, et ses relents de droits-de-l’hommisme dévoyés. Le discours aux accents de « crève-la-taule » que tiennent précisément aujourd’hui les mouvances antifas pour réclamer la libération de leurs camarades narcotrafiquants de Toulouse « injustement » emprisonnés depuis le 14 mai 2024.

Un discours étrangement proche de celui que tiennent les élus de la France insoumise aussi bien sur le système carcéral que sur le narcotrafic. Au-delà des cas médiatiques de Louis Boyard évoquant son passé de dealer ou d’Andy Kerbrat surpris en train d’acheter de la drogue à un mineur avec son indemnité parlementaire, il faut en effet lire en détail ce qu’écrivent les insoumis, en particulier sur la légalisation de la drogue, qu’ils réclament, mais en militant – à l’instar de Sébastien Delogu – pour qu’on en confie la vente aux dealers auparavant condamnés (délicatement désignés comme « personnes pénalisées auparavant »). On retrouve la même sollicitude à l’égard des dealers dans leur opposition à la répression du narcotrafic (comme l’actuel candidat LFI à Grenoble, Allan Brunon, ou celui de Saint-Denis, Bally Bagayoko), au nom de la dignité des trafiquants de drogue, du respect de leur vie privée et de la lutte contre la précarité des « petites mains ». Antoine Léaument allant même jusqu’à comparer la culture du cannabis à la viticulture. Quel est le sens de cette victimisation grotesque d’une délinquance dont l’actualité offre pourtant chaque jour des exemples plus horribles d’une escalade criminelle de plus en plus meurtrière ?

Complaisances

C’est en réalité très simple, et dans la droite ligne de la complaisance qu’a soudainement commencé à montrer Mélenchon à l’égard de l’islamisme après son échec aux présidentielles de 2017, quand Éric Coquerel l’a convaincu que les voix qui lui avaient manquées alors étaient celles des « quartiers populaires »… C’est-à-dire ces quartiers à très forte proportion d’immigrés, gangrénés par l’islamisme… Mais aussi par le trafic de drogue ! Faute de pouvoir s’y implanter avec un discours gauchiste n’ayant pas la moindre chance de séduire ces populations, il fallait s’y appuyer sur ceux qui les contrôlent.

D’où la conversion spectaculaire de Mélenchon à la lutte contre une « islamophobie » qu’il dénonçait encore la veille comme une escroquerie intellectuelle… Et une complaisance similaire à l’égard du narcotrafic, viatique de ce nouveau prolétariat de substitution.

D’où également le rôle capital pour LFI que joue dans ces « territoires perdus de la République » la Jeune Garde, fédérant autour d’elle les « antifas », aussi proches des dealers et des islamistes qu’agressifs à l’égard des juifs (en mai 2024, et déjà en marge d’un meeting de Rima Hassan, ils s’étaient mis à huit pour s’attaquer dans le métro parisien à un garçon juif de quinze ans). C’est précisément Rima Hassan (qu’accompagnaient à Lyon les militants de la Jeune Garde ayant tué Quentin) qui est ici en pointe, s’en prenant notamment au socialiste Ariel Weil à Paris.

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D’où enfin la nature de « mouvement gazeux » de LFI, si pratique pour camoufler les relations troubles et les financements occultes. Mélenchon n’est plus dans une stratégie électorale, mais insurrectionnelle. Ce qu’indiquait l’assistant de la députée LFI Ersilia Soudais, Ritchy Thibault appelant en 2025 à « l’intifada dans les rues de Paris », en constituant « partout dans le pays des brigades d’autodéfense populaire » contre l’« islamophobie ». Voilà pourquoi la Jeune Garde, qui utilise dans ses discours, la même expression d’« autodéfense populaire » encore reprise aujourd’hui par Manuel Bompard lui est indispensable.

Mieux que tout discours, elle traduit la régression phénoménale de cette prétendue gauche à ses racines, dont le fascisme n’a eu qu’à s’inspirer : la haine d’une « race juive » incarnant à ses yeux le capitalisme à travers les Rothschild, qui lui a fait construire au 19ème siècle cette doctrine de l’antisémitisme, par laquelle le marxisme a unifié le mouvement révolutionnaire ouvrier. Mais aussi le putsch de la « révolution bolchévique » de 1917, préfigurant ceux de Mussolini en 1922 et d’Hitler en 1923. L’invention d’une police politique – la Tchéka – que copiera plus tard la Gestapo. La culture de violence de rue par des groupes paramilitaires, dans une « terreur rouge » où Trotski a inventé le goulag, imité plus tard par les camps de concentration nazis.

On ne comprend rien au trotskisme de sa jeunesse auquel est revenu Mélenchon tant qu’on ne saisit pas qu’il a été la matrice de laquelle sont nés, par hybridations successives et en moins de dix ans, de 1917 à 1927, tous les totalitarismes : communisme, fascisme, nazisme, islamisme… Même antisémitisme, même déshumanisation criminelle des opposants, même aversion de la démocratie parlementaire et du débat, même culte de chef, même embrigadement dans des milices paramilitaires, même stratégie insurrectionnelle… Jusqu’au logo de la Jeune Garde, exactement identique à celui des groupes de nervis où a fait ses débuts dans l’entre-deux guerres le « père » en politique de Mélenchon, le trotskiste Pierre Boussel, dit « Lambert »… qui devint collabo des nazis pendant la guerre au sein du Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, ancien socialiste rallié au fascisme, partisan d’une « Europe nazie unifiée », pour « protéger la race ».

Canailles et racailles: de la prospérité des ultras

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Notre chroniqueur, qui s’était absenté des pages de Causeur pour des raisons qui lui appartiennent, jette sur l’actualité de ces derniers jours, en particulier le meurtre de Quentin Deranque, un regard lucide et quelque peu narquois.


Il faut aller voir ce qu’écrivent les soutiens de la Jeune Garde, ce groupuscule de nervis d’extrême-gauche, cette émanation de LFI dans sa vérité dernière. Mathilde Panot demande la protection de la police contre les donzelles du groupe Nemesis — sinon, dit-elle, « ça va mal finir ». Faut-il avoir peur de Panot ?

Elle n’est pas la seule à inverser les responsabilités. Connaissez-vous Serge Quadruppani ? Auteur de romans policiers de gauche, excellent traducteur des aventures du commissaire Montalbano d’Andrea Camilleri, il a publié sur Facebook une longue justification de ceux qu’ils appellent ingénument des antifascistes. Le réseau social lui a fait prudemment retirer sa diatribe, qu’il a remplacé par une version édulcorée:

« Ce ne sont pas les fafs, héritiers du « Viva la muerte » franquiste et qui pratiquent si volontiers le tabassage à plusieurs, ce ne sont pas eux qui devraient la ramener sur le sujet. A tous les antifascistes de mener une réflexion là-dessus : comment se protéger des gens qui aiment la mort (surtout celle des autres) sans risquer soi-même de la donner, ni trop compter sur les flics qui, en matière de tabassage à terre ont depuis longtemps montré leurs compétences et leurs préférences quant aux cibles. »

Voilà. Il y a les bons et les méchants fascistes. Les bons sont à gauche, et ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent tant qu’ils ont pour but de contrer les méchants, qui sont à droite. Le temps est immobile pour les idéologues, et hier, c’était demain.

Ainsi, quelques jeunes filles protestant contre la venue à l’IEP de Lyon, nid de racailles islamo-gauchistes, de Rima Hassan, égérie de tous les antisémites d’aujourd’hui, forment une cible légitime pour une douzaine de « Jeunes Gardes » qui se sont donné pour tâche d’éradiquer l’hydre fasciste…

Et notre septuagénaire décati d’ajouter, à propos de la minute de silence de l’Assemblée nationale suite à la mort de Quentin Deranque :

« La gerbe. Ça va trop vite pour moi. Une minute de silence en l’honneur d’un jeune membre d’organisations racistes, antisémites, violentes, mort dans une de ces confrontations que les organisations en question ne cessent de chercher. Pas une fois l’Assemblée nationale n’a observé une minute de silence pour les victimes de meurtres racistes. Cette fascisation accélérée de la vie publique ne serait pas arrivée sans la complicité de l’extrême centre. »

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Nous sommes là au pinacle de la pensée trotskyste qui chante les mérites de l’internationalisation des luttes, juste comme les capitalistes se sont mis à chanter les mérites de la mondialisation. Les trotskystes sont le bras gauche des prédateurs ultra-libéraux.

Au passage, je suggère au lecteur de peser ce qui dans la gauche actuelle vient du trotskysme, cette déviation de la pensée marxiste. Ou du lambertisme, qui a théorisé l’entrisme dans les paris « bourgeois », de Mélenchon à Lionel Jospin ou Jean-Christophe Cambadélis : le PS est infesté de ces racailles qui se croient malignes parce qu’elles trompent Olivier Faure, et lui imposent des alliances de second tour en lui faisant miroiter la réélection de quelques canailles.

Ce qui est bien plus remarquable, c’est que ce meurtre révèle de l’inversion orwellienne de toutes les valeurs. Ça a commencé à l’école, où l’on sait depuis quarante ans que « l’ignorance, c’est la force ». Ça se continue dans le champ politique : les fascistes, les vrais, les vrais criminels, sont aujourd’hui à gauche. La guerre civile larvée, que je dénonçais jadis, se transforme sous nos yeux en affrontement direct.

Je ne nie pas qu’il subsiste à l’extrême-droite quelques têtes creuses qui se croient encore avant-guerre. Le rugbyman Federico Martin Aramburu est tombé le 19 mars 2022 sous les balles de deux nervis qui se sont crus malins — et qui seront jugés pour ce crime en septembre prochain. Mais institutionnellement, la violence aujourd’hui appartient à l’extrême-gauche, qui a adopté les méthodes de l’extrême-droite d’autrefois : la roue a tourné à 180°.

Un point encore : si les extrêmes progressent, c’est que « l’extrême-centre », comme dit Quadruppani, s’est effondré. Hollande puis Macron ont anéanti la possibilité même de voir émerger un esprit quelque peu supérieur. Comment voter pour un tel ramassis de petites pointures, de Retailleau à Glucksmann, d’Attal à Bardella ?

Clemenceau me manque…


PS. Pour ceux qui n’étaient pas là en 1968, « La Jeune garde » est un chant révolutionnaire écrit entre 1910 et 1912 par Gaston Montéhus, un chansonnier de gauche d’avant la Première guerre mondiale (à noter qu’il a rejoint l’Union sacrée en 1914). C’est typique des trotskystes, cet entrisme musical, cette récupération d’un chant marxiste pour en faire le nom d’un groupuscule antisémite. Qu’en aurait pensé Marx ?

Mon voisin le djihadiste

Le Parquet national antiterroriste alerte: 35 détenus pour terrorisme islamiste sortiront de prison en 2026, portant à 339 le nombre de libérations depuis 2021, avec une proportion de profils violents qui devrait dépasser 50%, a averti son chef Olivier Christen dans Le Monde[1]. L’exemple de Brahim Bahrir, qui a attaqué des gendarmes à l’Arc de Triomphe seulement six semaines après sa libération malgré une surveillance étroite, illustre brutalement le risque immédiat de récidive. Que faire ?


D’après le Parquet national antiterroriste (PNAT), pas moins de 35 terroristes islamistes sortiront de prison en 2026. Qui s’ajouteront aux 46 libérés en 2025, parmi lesquels Brahim Bahrir, qui a attaqué des gendarmes au couteau à l’Arc de triomphe vendredi dernier. Il avait été condamné en 2013 pour un attentat tout à fait similaire à Bruxelles.

Epineuse question

Depuis sa création en 2019, le PNAT a instruit 101 procès d’assises. 340 détenus ont été libérés. Et ils seront de plus en plus nombreux et dangereux dans les années qui viennent (la vague des condamnés de 2015 arrive…). En prime, en Syrie, nous avons abandonné les Kurdes qui gardaient emprisonnés des milliers de djihadistes et que les soldats d’Ahmed Al-Charrah, le nouveau président, ont laissé filer. Potentiellement des centaines de terroristes islamistes se baladent donc dans la nature.

Cette question des sortants de prison est particulièrement épineuse. Pas d’anomalie ni de laxisme ici. Ils ont purgé leur peine. Tous sont soumis à un contrôle judiciaire et administratif. Le PNAT fait du sur-mesure. Concrètement, ça consiste à pointer à la gendarmerie. Ça n’empêche pas de recommencer. Le PNAT communique pour montrer qu’il n’y a pas de trou dans la raquette. Le problème, c’est la raquette. Ces sortants ont recouvré le droit fondamental d’aller et venir. Donc la possibilité de récidiver.

L’illusion de la déradicalisation

Mais que faut-il faire ? C’est un sacré casse-tête. La loi a déjà été durcie. Dans le cadre de l’état de droit, on ne peut pas faire grand-chose de plus sinon renforcer le suivi, ce qui demande plus de policiers. Commençons par renoncer au bobard de la déradicalisation et aux programmes afférents. On ne sait toujours pas extirper les mauvaises idées et les pulsions meurtrières des cerveaux humains. Une proportion inconnue des sortants rêve encore de djihad et on n’y peut rien.

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Un ami me suggère que ces criminels ont pris les armes contre nous au nom d’une entité étrangère et doivent être traités comme des prisonniers de guerre. Et préconise qu’on les garde tant que la guerre n’est pas finie. C’est un peu tiré par les cheveux et ça supposerait de créer un Guantanamo en France – j’imagine déjà les palabres parlementaires.

Il y a aussi la solution à l’israélienne, c’est-à-dire l’exécution méthodique des terroristes traités en ennemis (comme les Israéliens l’ont fait pour les tueurs de Munich ou sont en train de faire pour ceux du 7-Octobre). Déradicalisation assurée. Le président Hollande a bien ordonné quelques assassinats ciblés, mais c’était en Syrie. Chez nous, nous sommes bien élevés.

Inutile de s’affoler. Le risque de tomber sur un de ces individus est statistiquement très faible. Si l’Etat ne sait pas quoi faire, on peut toujours compter sur la chance.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio


[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/17/terrorisme-islamiste-le-suivi-des-sortants-de-prison-au-centre-des-preoccupations-de-la-justice_6667030_3224.html

Meurtre de Quentin: le point de détail de l’extrême gauche

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Les adversaires idéologiques des lfistes comptent sur la mort de Quentin Deranque pour les décrédibiliser pendant des années et les éloigner du pouvoir – comme autrefois la petite phrase du leader du FN sur les chambres à gaz.


Aux marges des gauches, sévissent tous les « non affiliés » autonomes des grands partis et mouvements, qu’ils soient communistes libertaires, trotskistes indépendants ou anarchistes. Ce sont ces gens qu’on retrouve dans les squats, dans les zones autonomes à défendre ; sabotant les chemins de fer et les infrastructures critiques, agressant dans les rues les « fafs » et ceux qui auraient le malheur de leur ressembler. Dans les années 1970, sous les noms des Brigades Rouges ou d’Action Directe, ils étaient ouvertement terroristes. La « Jeune Garde » en est un avatar moderne et embourgeoisé, inspiré par la culture hooligans et skinhead – casual. Une version puérile en modèle réduit, mais bel et bien dangereuse. Elle a tué Quentin en lui piétinant le crâne sur un trottoir… mais elle n’en était pas à son coup d’essai.

Les harcèlements dans les amphithéâtres des facs se sont multipliés ces dernières années

L’utilisation de la violence est théorisée depuis l’origine par les « antifas », branche des « totos » de la grande famille des gauches.  Cette violence n’est pas employée uniquement à des fins défensives comme tentent vicieusement de le faire croire les caciques de la Jeune Garde ; à commencer par leur président et fondateur, le député insoumis Raphaël Arnault. Leur violence est offensive, ciblée. Elle vise quiconque, notamment parmi les jeunes fréquentant les universités, semblera à leurs yeux trop à droite. Les cas de harcèlements de jeunes de droite, voire du centre, et les violences bien concrètes, sont multiples et fréquents depuis plusieurs années. Raphaël Arnault a lui-même été condamné définitivement pour des faits de violence en 2025. Si Quentin n’était pas mort, il n’y aurait peut-être même pas eu de plainte… La plupart de ces faits passent sous les radars. Les policiers ne regarderont plus ces affrontements de rue comme relevant d’un jeu entre les gendarmes et les voleurs, occupant des étudiants oisifs et plutôt bourgeois des deux bords. Il s’agira maintenant de considérer que tout cela constitue un grand trouble à l’ordre public.

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L’autodéfense populaire défendue par l’extrême gauche est en réalité le cache-sexe d’une milice urbaine pensée pour traquer, effrayer et museler. Mais rien de tout ça n’est une découverte. Les antifas s’en vantent depuis longtemps. Animés par un profond sentiment d’impunité doublé d’un fanatisme sectaire, ils ne touchent plus terre depuis l’élection de l’un des leurs à l’Assemblée nationale. Si cet embourgeoisement leur a été reproché par des mouvements plus durs sur le plan idéologique, véritablement révolutionnaires plutôt que centrés sur la criminalité urbaine, il a offert à la Jeune Garde la puissance d’un groupe politique parlementaire et le réseau profond qui va avec.

Même Ruffin est trop facho pour eux

En échange, Jean-Luc Mélenchon a reçu une véritable petite milice à ses ordres. Une force de frappe militante qui intimide aussi à gauche. François Ruffin en a d’ailleurs fait les frais lors de la fête de l’Huma, accueilli sous les huées et aux cris de « Siammo tutti antifascisti » … Dans Le Parisien, un ancien membre de la Jeune Garde témoigne d’une dérive qui était prévisible : « Raphaël, ce n’était pas possible. J’ai fait comme Cem, on s’est mis sur le côté. On ne s’est pas fâchés en frontal mais on savait que ça allait péter. Raphaël, on savait qu’il allait sauter un jour. Par exemple, on savait tous pour son procès (Raphaël Arnault a été condamné en 2022 pour violences en réunion, puis définitivement en 2025). Il se vantait même d’avoir chopé une circonscription et d’être passé inaperçu. » Un militantisme premier degré, sûr d’une conviction : le nazisme serait à nos portes et tous les coups sont permis.De quoi rappeler les années 20 allemandes, où la radicalité du parti communiste contribua pour beaucoup à la future victoire du NSDAP. Voilà peut-être qui pourrait faire méditer l’extrême gauche, si elle n’était pas aussi fanatique et inaccessible à la raison.

Jean-Luc Mélenchon sait donc parfaitement avec qui il nouait un pacte aux élections législatives anticipées en 2024. Il embrassait le mythe « autonome », l’incluait dans la famille de la gauche électoraliste. Et les partis sociaux-démocrates n’ont finalement rien dit, trop excités à la perspective de conserver et de gagner des sièges au sein d’un cartel, se disant sûrement qu’ils pourraient se détacher bien vite de ses encombrants partenaires. Voilà leur salaire : un point de « détail » façon Jean-Marie Le Pen années 1980, un détail qui collera longtemps à la peau de LFI. François Hollande ne s’y est pas trompé, déclarant solennellement que l’alliance avec les troupes de Mélenchon était désormais impossible et que le combat politique ne pouvait pas connaitre une autre forme que l’élection en démocratie.

Cela ne convaincra pas les insoumis, conscients qu’ils sont désormais lancés vers une course à la radicalité de laquelle ils ne peuvent plus se détourner. LFI est aujourd’hui le rassemblement de toutes les gauches ultras. La grande maison des chapelles trotskistes et des autres. Il n’y a plus de retour en arrière possible. Les réactions au lynchage de Quentin en témoignent. La plupart d’entre elles ont minimisé les faits, jusqu’au propre père de Jacques-Elie Favrot qui a déclaré son fils innocent et ne pas penser du tout à la victime pas vraiment innocente. Après tout, contre le mal, les antiméchants ont le droit d’attaquer, de tuer. Ils l’ont fait en 2024, assassinant à la sortie d’un bar un homme portant un tatouage d’une croix de Malte qu’ils avaient confondu avec une croix gammée[1]… Un cas ignoré d’une longue de liste de violences gratuites. 

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Il aura fallu un mort filmé pour que le grand public découvre enfin le péril de l’extrême gauche. Sans cela, les dossiers n’étaient pas médiatisés, voire moqués par les belles âmes ; il faut dire que les antifas ont longtemps servi de nervis, de supplétifs pour interrompre des conférences, ou dégrader les locaux d’adversaires. Ils seront enfin jugés à la hauteur de leur dangerosité. Onze individus sont passés devant la police, parmi lesquels cinq co-auteurs soupçonnés comprenant deux assistants parlementaires de Raphaël Arnault et l’un de ses anciens stagiaires. S’il était autrefois difficile de dissoudre les milices d’extrême gauche, nul doute que cet électrochoc accélèrera considérablement le processus. Demain, la Jeune Garde sera dissoute définitivement devant le Conseil d’Etat. Puis, après-demain, plus personne ne pleurera devant le démantèlement des zads et les expulsions de squats. L’impunité de l’extrême gauche, souvent vue avec un regard tendre et nostalgique, n’est plus.

Les conséquences seront majeures pour notre vie politique enfin débarrassée d’une ombre pesante et dangereuse. Mais aussi pour l’université qui pourra respirer. Il est bien sûr à craindre que cela alimente l’obsidionalité de mouvements paranoïaques, certains tomberont même dans la clandestinité voire le terrorisme, mais ce combat est nécessaire. La France a vécu un moment politique révolutionnaire ces derniers jours.


[1] Lyon : un homme tué lors d’une bagarre de rue dans le quartier de la Guillotière

Tristan et Yseult à la manière du Japon

Danse. Deux artistes japonais évoquent avec passion le mythe de Tristan et Yseult. Une réussite, mais…


De la sculpture plutôt que de la danse: toute la première partie de Tristan und Isolde est une suite de sculptures mouvantes incarnées successivement par la danseuse Rihoko Sato et le chorégraphe Saburo Teshigawara (Sato Rihoko et Teshigawara Saburo, en bon japonais) dans un univers sombre où d’immenses rideaux noirs évoquent les voiles du navire sur lequel, victimes d’un philtre, Tristan et Yseult s’éprendront l’un de l’autre.

Hors du temps

Des sculptures magnifiques, chantournées, torturées, comme taillées dans des bois précieux, et qui font ressembler la prodigieuse Rihoko Sato à des monstres sacrés comme Mary Wigman (1886-1973) ou comme Martha Graham (1894-1991). Elle qui a chorégraphié ce qu’elle interprète est superbe comme savent l’être ces femmes déjà belles dans leur jeunesse enfuie, mais plus belles encore quand leur visage et leur corps ont été enluminés par l’existence. Quelle se fige un instant dans une attitude tourmentée ou qu’elle déploie en virtuose une gestuelle puissante, elle se métamorphose en figure d’un expressionisme aussi fascinant qu’il est hors du temps.   

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Au fil des années, curieusement, Saburo Teshigawara ressemble toujours davantage à la momie d’Adèle Blanc-Sec telle que l’a dessinée l’illustrateur Tardy. Mais le prodige qu’il a été demeure exceptionnel, même s’il faut reconnaître qu’il fait assez pâle figure face à l’implacable rayonnement de sa partenaire.

Ce méandreux duo entre des êtres qui s’attirent l’un l’autre sans pouvoir se rejoindre, sans parvenir jamais à s’unir, est une très belle transposition du mythe de Tristan et d’Yseult. Elle s’épanouit dans une esthétique mêlée d’expressionnisme allemand et de gestuelle fortement teintée de japonité qu’on pourrait retrouver dans les plus beaux films produits par l’empire du Soleil levant ou dans les tortures de la danse butô.

N’oubliez pas vos boules Quies

C’est la partition de Tristan und Isolde qui accompagne de bout en bout l’ouvrage. Evidemment sublime, mais découpée avec une barbarie assez difficile à digérer, la musique wagnérienne est bien la seule à permettre que s’épanouisse au mieux le duo. Mais on la fait hurler, cette musique, avec une intensité sonore qui conviendrait au Théâtre antique d’Orange et non au cadre restreint de la Salle Firmin Gémier du Théâtre de Chaillot. Cette naïveté funeste de néophytes persuadés que faire beugler ses compositions c’est servir Wagner, cette ignorance aussi des techniciens du théâtre qui devraient savoir maîtriser le niveau sonore, en rendent l’audition insupportable. C’est le seul vrai reproche que l’on puisse faire à cette double création de Rihoko Sato et de Saburo Teshigawara dont l’écriture est si saisissante et si parfaitement belle.

1 heure. 45€

La boîte du bouquiniste

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


G. Lenotre (1855-1935) n’a jamais eu la cote auprès des historiens « sérieux », ceux qui suivent la conduite universitaire, le dogme d’une école ou d’une idole. N’étant pas sorti de ce moule, Lenotre, Louis-Léon Théodore Gosselin pour l’état civil, s’est inventé une carrière d’historien en toute liberté. Sa rigueur, ses intuitions, sa curiosité et sa sensibilité lui ont permis de construire une œuvre jusque-là inédite : une histoire de France par le trou de la serrure. En privilégiant les à-côtés aux documents officiels, en épluchant le « pittoresque des grimoires », « la minutie des actes notariés, papiers de greffes et inventaires après décès », il est devenu le grand historien de la petite histoire. Et en doublant systématiquement ses consultations d’archives par des visites in situ, il s’est imprégné du génie des lieux pour mieux les faire parler. En son temps, il était encore possible de pousser la porte de l’appartement de Robespierre ou de celui de Danton… Sans l’avoir vécue, G. Lenotre a raconté la Révolution française comme s’il l’avait vue. Il est l’historien de ses détails : les massacres, les exécutions, les petitesses de chacun dans la tourmente. La lecture de ses livres incroyablement documentés est glaçante[1].

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On retrouve ce regard attentif au quotidien dans Existences d’artistes. Il cherche et trouve l’anecdote dans la vie de Molière, Fénelon, Voltaire, Diderot ou Chardin, mais il s’intéresse surtout à ceux qui n’intéressent personne. Ainsi explore-t-il la vie de ces hommes de lettres ou de sciences qui, au xviiie siècle, achetaient une charge à la cour pour asseoir leur notoriété sociale. Tel M. Arnault, fin lettré et latiniste réputé (futur académicien) qui devient valet de Garde-Robe chez Monsieur, comte de Provence, frère du roi, en 1787. Au service du prince se trouvent, parmi d’autres savants, François Sylvestre, auteur d’un Mémoire sur les effets de l’électricité par rapport aux végétaux, et Parfait Duruflé, écrivain alors estimé et rédacteur au Journal encyclopédique. Mais ces intellos jouant aux serviteurs d’occasion étaient d’une extrême maladresse, maltraitant parfois sans le vouloir leur protecteur en l’aidant à enfiler un bas ou une chemise. Et les grands seigneurs qui se battaient pour être officier du Gobelet, porte-chaise d’affaires ou inspecteur de la Bouche étaient tout aussi gauches. G. Lenotre en conclut que « le roi de France était l’homme le plus mal servi du monde » !

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De son ton badin, l’historien explore les logements et ateliers d’artistes qui occupaient les étages inférieurs de la grande galerie du Louvre – de Henri IV à Napoléon Ier, il y régna une invraisemblable anarchie. Il ressuscite les soirées données au château de Grillon, à Dourdan, par Jean-François Regnard, dramaturge oublié au sujet duquel Voltaire disait : « Qui ne se plaît pas avec Regnard n’est pas digne d’admirer Molière. » Et l’on découvre les vies de Charles Brifaut et Robert Challes, de savoureux objets de curiosité.

G. Lenotre a balisé ces pistes en pionnier ; elles mériteraient aujourd’hui d’être approfondies par de dignes successeurs.

Existences d’artistes. De Molière à Victor Hugo, G. Lenotre, Grasset, 1940.


[1] Lire notamment : Les Quartiers de Paris pendant la Révolution, Les Massacres de Septembre, Les Noyades de Nantes, La Captivité et la Mort de Marie-Antoinette, La Guillotine sous la Terreur.

L’Iran en phase terminale, avant la chute

Dans Woman and Child, Saeed Roustaee transforme le deuil d’une mère en une enquête déchirante où la quête de vérité révèle mensonges, tabous et fissures profondes de la société iranienne actuelle. Au bord de l’implosion, comme chacun sait.


Un mélodrame persan ? Alors que le monde, stupéfait, n’a pas fini de mesurer l’ampleur des atrocités commises sur son propre peuple par l’immonde régime des mollahs, Woman and Child, le dernier film de Saeed Roustaee (qui vient après La loi de Téhéran en 2019, et Leila et ses frères en 2022), pourrait sembler d’une médiocre cruauté, en comparaison.

Le film commence comme une comédie. Aliyar, espiègle adolescent de 14 ans, bondissant et virevoltant, n’est pas un premier de la classe très discipliné. Malgré les plaidoiries de Mahnaz, sa mère, divorcée d’un premier mariage et qui travaille dans un hôpital (dans le rôle, Parinaz Izadyar, comédienne fétiche du cinéaste), le garçon incontrôlable, bientôt exclu provisoirement du collège, est finalement confié à son grand-père, ainsi que sa petite sœur, une fillette, ce sur fond de discordes familiales et de rivalités amoureuses entre Mahnaz et sa ravissante sœur Mehri (Soha Niasti) pour Hamid (Payman Maadi), brancardier dans le même hôpital, et qui était d’abord promis en mariage à Mahnaz…

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La tonalité du film change brusquement avec la mort d’Aliyar, victime d’une chute par la fenêtre, au domicile du grand-père qui recueillait chez lui son petit-fils… De péripéties en péripéties, la tragédie s’installe, discrètement ponctuée par les phrases au piano de la bande-son. Mahnaz, mère inconsolable, folle de douleur jusqu’à la tentation du crime, part à la traque de la vérité quant aux circonstances de cet « accident ». La vérité est enfouie sous les accommodements, les non-dits, les mensonges, les préjugés qui infusent la société iranienne jusqu’au cœur des familles.

D’une durée de deux heures bien sonnées, Woman and Child est un long métrage qui, clairement, emprunte à l’esthétique de la série : intensément bavard (comme, dixit le réalisateur, le sont par tradition les Perses au quotidien), multipliant confrontations théâtrales et gros plans sur les visages (Saeed Roustayi ne confiait-il pas, dans un entretien donné à la revue Positif, avoir envisagé de lui donner pour titre Les Regards? ), son scénario tramé d’ellipses temporelles aurait pu tout aussi bien se voir découpé en épisodes.

Coupe chirurgicale dans l’anatomie d’une classe moyenne iranienne « éduquée » quoique imprégnée jusqu’à la moelle des rites, des travers et des morbidités inhérentes à cette société en phase terminale, Woman and Child signe un portrait en pied de l’Iran laïque, à deux doigts de la chute finale du régime théocratique : rien n’est encore joué…  Mais assurément, le ver est dans le fruit.  


Durée : 2h11

En salles le 25 février 2026

La faucille et le croissant

La révolution iranienne de 1979 n’a pas été le point de départ mais l’aboutissement du rapprochement islamo-gauchiste dont les origines remontent à la guerre d’Algérie. Alors que le régime des mollahs vacille, c’est désormais vers la Turquie d’Erdogan que se tournent les partisans d’une alliance entre le drapeau rouge et le Coran.


La révolution iranienne qui a renversé le régime du shah puis fondé la République islamique en Iran en 1979, avec le soutien des gauches françaises et occidentales, au nom d’un anti-impérialisme et anti-américanisme de guerre froide, est-elle le berceau de l’islamo-gauchisme ?

Rappelons que l’« islamo-gauchisme » est un concept créé vingt ans plus tard par Pierre-André Taguieff, en 2002, dans le contexte de la deuxième Intifada et de la guerre américaine contre le terrorisme, à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Il s’agissait alors, dans un contexte post-guerre froide, de pointer les alliances programmatiques et idéologiques, et les convergences d’intérêts politiques entre les courants islamistes et néosalafistes présents sur les deux rives de la Méditerranée (FIS, Ennahda, Hamas, Frères musulmans…) et les gauches radicales ou anticapitalistes occidentales. Est-ce à dire qu’il a fallu vingt ans pour forger un concept dont la matrice fut iranienne ? Je ne le pense pas, et je vais essayer de le démontrer.

Michel Foucault au milieu des manifestants lors de la révolution iranienne, Téhéran, 1978, alors qu’une partie des gauches occidentales voit dans le chiisme révolutionnaire un nouvel anti-impérialisme. DR

Deux sources historiques majeures sont aux origines de l’islamo-gauchisme : elles me semblent antérieures à la révolution islamique, et donc autres. L’improbable alliance entre les théoriciens d’une subversion révolutionnaire progressiste, nés en 1793 et incarnés depuis lors par le parti révolutionnaire français, permanence historique en constante mutation et recomposition suivant le « sens de l’histoire », et les théoriciens d’une subversion révolutionnaire réactionnaire visant à restaurer la société musulmane des premiers temps de l’islam, repose sur plusieurs convergences : la haine du libéralisme politique instauré en 1789 à Paris après la révolution américaine ; la haine de l’Occident et de sa puissance (successivement incarnée par la monarchie française, la puissance britannique et les États-Unis depuis 1945) ; le mythe révolutionnaire qui vise à détruire l’ordre établi et ceux qui le dirigent (avec jonction sur l’antisémitisme) ; l’utopie de l’avènement d’un régime sans État ni classes, sans histoire ni hiérarchies. Tout le reste diffère (le rapport à Dieu et au clergé, la vision de l’Homme, les rapports de genre, à la sexualité, au travail, à l’argent, etc.), mais l’alliance objective supporte les contradictions, car la polarisation se réalise contre les ennemis communs.

Avant la révolution islamique, il me semble que les deux matrices sont plutôt la guerre d’Algérie d’une part, puis le conflit israélo-arabe à partir de la guerre des Six Jours de juin 1967. Pourquoi ne pas remonter à la grande révolte arabe des années trente ? Parce qu’à l’époque la social-démocratie n’est pas radicalement hostile au colonialisme franco-britannique, dont elle est un acteur parmi d’autres, et moins encore au foyer national juif en Palestine ; et que le Komintern a été désactivé dans les années trente par Staline, qui ne croit pas en la révolution mondiale. En revanche, la « grande révolte arabe » de Palestine est structurante pour les Frères musulmans, dont elle constitue le combat fondateur et une matrice idéologique essentielle jusqu’à nos jours, sans jonction alors avec les gauches occidentales. C’est en revanche avec les nazis, au nom de la lutte contre la démocratie libérale et l’impérialisme britannique -et bien sûr la « domination des Juifs »-, que les Frères nouent des alliances jusqu’à la fin de la guerre mondiale.

Après-guerre, l’ennemi principal des gauches et des staliniens s’incarne dans le fascisme et le nazisme. Quant à la lente découverte de l’ampleur du génocide nazi des juifs d’Europe, elle interdit de fait toute alliance avec l’islam politique qui combat le sionisme. Le nationalisme arabe et Nasser incarnent de 1952 à 1967 la résistance à l’impérialisme et au sionisme, ainsi que la naissance du tiers-monde, mais il n’est ni islamique ni vraiment socialiste.

La cristallisation d’une alliance entre l’islam politique et les gauches remonte aux années soixante. En France, la guerre d’Algérie a été un laboratoire essentiel de la coopération politique et du compagnonnage idéologique qui allait donner naissance au tiers-mondisme, ce creuset des élites révolutionnaires du Sud et des milieux anticoloniaux de gauche français, et bien au-delà. Au sortir de la guerre d’Algérie, le PCF devient un compagnon de route fidèle de la révolution algérienne, dont il épouse désormais les priorités idéologiques successives. Cinq ans plus tard, la guerre des Six Jours brise le tabou né en 1945, et fait basculer l’État d’Israël et le sionisme dans le camp impérialiste conduit par les États-Unis. En outre, il dévoile l’hégémonie nouvelle des États-Unis sur le Proche-Orient, il sanctionne l’échec du nationalisme arabe et du nassérisme, il jette le baasisme naissant dans les bras de l’URSS (en Syrie notamment) et il ouvre un boulevard politique à l’islam politique. Un an avant, en 1966, le théoricien le plus implacable de la révolution islamique, le Frère musulman égyptien Sayyid Qutb, a été pendu par Nasser, mais ses écrits de prison, véritable bréviaire de la révolution islamique version léniniste (notamment sa théorie de l’avant-garde révolutionnaire éclairée guidant le peuple), se mettent à circuler.

Pendant les douze années qui séparent la guerre de 1967 et la révolution islamique de 1979 se construisent les connexions et les alliances révolutionnaires entre mouvements de gauche occidentaux et arabes d’une part, et la frange révolutionnaire de l’islam politique, arabe comme iranienne, de l’autre. En France, le doctrinaire Ali Shariati (1933-1977) est l’homme-clef de la conversion des gauches tiers-mondiste et sartrienne françaises à la cléricature iranienne. Étudiant à Paris de 1959 à 1964, ce fils d’un prédicateur chiite, marqué par sa formation cléricale en Iran, veut transformer le clergé chiite soumis au shah en force de libération anti-impérialiste de l’Iran. Il lui faut des alliés face au puissant partenariat établi entre les États-Unis et leurs alliés (dont Israël) et le régime du shah. Le cléricalisme islamique n’ayant aucune chance de séduire l’Union soviétique, c’est dans le milieu intellectuel tiers-mondiste et anti-impérialiste parisien et européen qu’il doit trouver des alliés.

C’est ce qu’il engage dès la guerre d’Algérie, ce moment de retournement de tous les États arabes contre la France, en se prenant d’amitié pour Sartre, Beauvoir et Fanon, tout en ralliant le milieu orientaliste parisien déboussolé par ce conflit (Berque et Massignon). Avant de rentrer en Iran où il deviendra le maître à penser de la révolution à laquelle il ne pourra assister (ayant été assassiné par la Savak en 1977), Shariati impose à Paris l’idée que l’islam est un socialisme révolutionnaire, un outil de libération des masses du tiers-monde en devenir.

Désireux de réactiver la force révolutionnaire du chiisme, il a théorisé la révolution plus efficacement que Khomeyni – de trente-trois ans son aîné –, plus confus dans ses pensées aujourd’hui connues[1]. Mais leur point commun est le « Wilayat al-Faqih », principe politique de la guidance suprême des clercs pour diriger l’Iran. Du cléricalisme à l’état pur, que ni la France ni l’Iran n’ont jamais connu dans leur histoire. Les amis français de Shariati, rejoints par Michel Foucault en 1978-1979, virent néanmoins dans le chiisme révolutionnaire et la pensée de Shariati-Khomeyni un potentiel capable de porter à la victoire la révolution des masses proche-orientales, afin de mettre en échec l’impérialisme américain et son vassal iranien. Réaliser un Vietnam proche-oriental.

En parallèle, deux événements précipitent les alliances et les convergences idéologiques dont nous venons d’évoquer les prodromes. D’abord la guerre du Vietnam, qui réactive tous les combats contre la guerre d’Algérie, mais avec cette fois l’appui des gauches estudiantines des campus occidentaux, de plus en plus fournis du fait que les universités deviennent lentement mais sûrement des universités de masse. Ensuite, l’appui de l’Union soviétique, dont le KGB a parfaitement compris le profit qu’il pouvait tirer de la lutte du peuple vietnamien contre les États-Unis. Or à peine ce conflit achevé, par le piteux retrait des États-Unis de Saïgon en 1975, que s’ouvre la guerre civile du Liban. Sur ce terrain proche-oriental se rejoignent très vite tous les anti-impérialistes unis contre les forces chrétiennes libanaises représentées par les Phalanges, qui combattent au départ les Palestiniens du Fatah et de ses alliés prétendument de gauche.

Alors que les Phalanges sont grossièrement assignées idéologiquement en France à la « droite », Yasser Arafat et ses fedayin deviennent l’emblème de la gauche anti-impérialiste et anticolonialiste. La bipolarisation attrape tout. Le camp des Phalanges représente le fascisme (le parti a été créé dans les années trente) ; le colonialisme français, créateur du Liban en 1920 ; le catholicisme, associé à la réaction depuis la Révolution française ; l’impérialisme américain, depuis que les GI sont venus au secours du gouvernement libanais lors de leur première intervention dans le monde arabe en 1958 ; le « monde libre » honni dans son ensemble. Le camp palestinien agrège quant à lui la lutte des Palestiniens contre le sionisme, et ses soutiens américains et occidentaux ; la figure d’Arafat, héritier de Nasser qui l’a adoubé avant de mourir, et que le KGB a relooké en « Che Guevara arabe » avec ses lunettes de soleil, son keffieh et sa barbe de quelques jours ; les gauches arabes décidées à venger Nasser et 1967, comme l’a spectaculairement fait le commando de Munich en 1972, qui a assassiné 11 athlètes israéliens (action criminelle dont s’est très symboliquement solidarisé le jeune militant révolutionnaire Krasny, alias Edwy Plenel dans a revue trotskyste Rouge[2]) ; et bien sûr les anticolonialistes dans la tradition de la guerre d’Algérie.

Aussi, lorsqu’éclate la révolution iranienne en 1979, tout est prêt : l’alliance des communistes du Tudeh et des mollahs au nom du peuple iranien mobilise gauches et islamistes. Que les mollahs aient discrètement fait passer par les armes ou pendu des dizaines de milliers de communistes dans les années qui ont suivi la révolution pèse finalement de peu de poids face à la fuite du shah, puis à l’humiliation imposée aux États-Unis lors du siège et de la prise de leur ambassade à Téhéran. Très vite, l’Iran vient au secours des chiites dans le cadre de la guerre du Liban – en créant le Hezbollah –, discrètement d’abord, en suivant toujours ses propres intérêts, mais en activant la lutte contre les Occidentaux et Israël. Tout le monde ignore alors qu’ils ont fait exploser les camps militaires français et américain en 1983 pour chasser les Occidentaux du Liban devenu leur terrain de jeu.

La suite est un long et durable soutien tacite des gauches extrêmes occidentales à la révolution islamique, les plus modérés s’étant rétractés suite à leur politique de ségrégation vis-à-vis des femmes. Depuis des décennies, la République islamique a tissé une vaste toile d’agents, d’espions, d’intellectuels et de collaborateurs en Occident, dont les travaux d’Emmanuel Razavi donnent un solide aperçu.

La chute de la République islamique qui interviendra un jour où l’autre, sous le coup de sa double impuissance politique et économique, fermera-t-elle le cycle de l’alliance improbable dont on vient de parler ? L’exemple français démontre que la chose est peu probable. En France, Mélenchon et LFI n’ont pas vraiment besoin de la République islamique, qui peut même les gêner par sa violence criminelle : les Frères musulmans d’Europe et leurs clones constituent désormais en France et en Europe une force autonome qui a les moyens de se financer et dispose de ses cadres, imams et activistes, aussi sa dépendance aux réseaux iraniens est-elle faible, Erdogan ayant largement pris le relais, avec la bénédiction des Américains comme vient encore de le démontrer la chasse aux Kurdes du Rojava en Syrie. Bien qu’ils les aient tant aidés, Frères musulmans d’Europe et Frères musulmans de Turquie passeront si nécessaire à la trappe leurs alliés iraniens devenus encombrants. Hélas, la bataille d’Europe se livrera désormais à huis clos. La Belgique et Bruxelles capitale de l’Union en seront la clef.


[1] On doit à Jean-Edern Hallier d’avoir publié « Le Petit Livre vert de Khomeyni » (disponible à la lecture sur www.fnb.to).

[2] « Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre noir [auteur de l’attentat, NDA]. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation. »

Tout le monde dit I love You

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Lionel Richie, l’imperator du slow langoureux et huileux, signe son autobiographie Truly aux éditions HarperCollins. Sincèrement, l’ex-Commodores n’a pas d’équivalent dans l’industrie musicale américaine.


On ne se méfie jamais assez des chanteurs de charme à la moustache ondulante et aux bouclettes enduites de Pento. On les caricature. On réduit, par peur d’y succomber, leur portée dans l’univers musical. On les disqualifie arbitrairement parce que nous avons un peu honte de nos goûts. De toute façon, ces gens-là ne sont pas sérieux, ils produisent une musique commerciale, un peu trop brillante, presque trop léchée pour sonder l’âme, trop légère pour durer, facile à écouter, donc éphémère, presque infantile.

Salles toujours combles

On les rejette au mieux dans le camp des faiseurs habiles qui, à l’exigence, préfèrent la douce harmonie, les accords populaires et l’usage de mots trop clairs, trop ronds, trop directs, trop entendus. Le convenu est parfois un signe d’audace, de génie même. L’obscur est le royaume des médiocres qui s’épanouissent dans le nébuleux et le faussement artistique ; ces besogneux sont incapables d’écrire un tube net, lumineux comme un concentré d’adolescence, une nuit d’été. Pourquoi avons-nous si peur d’aimer sincèrement ces appels, ces secousses qui viennent de si loin, ces incantations qui raniment les temps incertains ? Nous sommes d’éternels poseurs, nous avons la trouille de paraître bêtes et incultes, peur d’être jugés. On se moque alors de nos élans anciens, on réécrit notre histoire pour donner le change. Lionel Richie, ce serait de la musique incolore, du surlignage, rien de fondamental, de conceptuel, juste un accompagnement naïf, un bricolage en studio d’enregistrement pour plaire aux jeunes romantiques. Le monde brûle et vous écoutez Lionel, nous dit-on sur le ton du reproche. Pourtant, les salles sont pleines, en juin dernier à l’Accor Arena à Paris, le public français a honoré comme il se doit la présence de Lionel. De Quincy à Lionel, la France est une terre d’accueil pour la soul, la funk et le jazz.

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Cette année, il repart dans une méga-tournée américaine avec ses comparses d’Earth Wind & Fire. Ils seront au Madison Square Garden le 11 juillet prochain. Sa première fois sur cette scène remonte à des décennies, il faisait la première partie des Jackson 5 avec les Commodores. En soulevant un pan du rideau et en voyant les 19 000 spectateurs, il fut pris d’un vertige. Mickael treize ans à peine semblait dans son élément. Serein. Il ne tremblait pas devant un aîné passablement impressionné. Ces deux-là avec Quincy créeront beaucoup plus tard « We Are the World » (à voir le documentaire sur Netflix de cette folle nuit avec Stevie Wonder, Billy Joel, Dione Warwick, Diana Ross, Bob Dylan, etc.). Ce n’est pas la peine de masquer notre trouble plus longtemps. Les tubes de Lionel terrassent nos digues, ils nous obligent à démystifier nos certitudes, à sourire de nos vieux démons et à nous accepter. Ils vont droit au but. Comment résister à ce chanteur né à Tuskegee dans une bourgade d’Alabama en 1949 ? Aux premières notes de « Lady », on est cuits, pris au piège, son timbre nous enlace, c’est le ressac de la mer, sans forcer, avec une force motrice incroyable, Lionel déroule sa chanson sans pousser les aigus, sans surjouer, sûr de son bon droit, de la bonne mesure, il abat ses cartes, sans trucage. Dans « Hello », c’est la montée chromatique qui fascine, le chatoiement du désir et de l’attente, il y a un côté terrien, quasi-mitterrandien, on se croirait sur les bords de la Charente.

Fils de la Motown et héritier de la country

Dans son autobiographie traduite par Cécile Leclère qui vient de paraître chez HarperCollins, Lionel raconte son chemin depuis son enfance protégée aux côtés d’un père fan de Count Basie à son intégration aux Commodores, il le répète plusieurs fois, sans les Commodores, il n’y aurait pas eu de Lionel Richie, puis vient le temps de l’émancipation avec l’écriture des plus grands standards de la soul qu’il finira par chanter seul : Three Time A Lady, Easy, Sail On, All Night Long, Say You Say Me, Lady, etc…, des récompenses aux tournées mondiales. Pour « ce noir qui a grandi à la campagne », la musique est universelle, elle ne se cantonne pas à un genre particulier, il est à la fois un fils de la Motown mais aussi un héritier de la country. Sa plus belle médaille, c’est le jour où Frank Sinatra, dans un restaurant, lui a dit : « Tu sais gamin, tu me plais ». Le gamin a été très loin.


Truly de Lionel Richie – HarperCollins 352 pages

Truly: Mon histoire (version française)

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Les tendresses de Zanzibar

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La France des oubliés, coupable de résister?

Les militants identitaires sont diabolisés depuis des années, et en réalité bien au-delà de la Jeune Garde ou des lfistes, déplore Ivan Rioufol. Après le meurtre de Quentin Deranque à Lyon, et l’interpellation de neuf suspects hier, notre chroniqueur observe déjà l’inversion accusatoire qui est en train de s’opérer.


Quentin Deranque est le symbole, tragique, de la haine institutionnelle portée à la France des oubliés, c’est-à-dire à la nation historique : elle pourrait disparaître avant la fin du siècle à force d’être détestée par les déracineurs de sa mémoire et les saccageurs de son héritage. Les tueurs cagoulés de la Jeune Garde, qui se sont acharnés sur la tête de la victime à terre, ont volé la vie d’un homme comme d’autres écraseraient une vipère. Son tort était, aux yeux des assassins d’extrême gauche, d’être trop Français, trop catholique, trop cultivé, trop pacifique. Ces sicaires aux prénoms français – neuf suspects ont été interpellés hier – sont les produits terrifiants d’un endoctrinement sectaire qui a érigé en infamie l’expression d’une résistance patriotique. Être nationaliste, pour Jean-Luc Mélenchon comme pour Emmanuel Macron, est la marque d’un extrémisme à combattre. A moins que ce nationalisme ne soit palestinien. Quand la macroniste Prisca Thevenot explique hier, parlant des jeunes femmes de Némésis que Deranque protégeait, que ce mouvement « n’est pas féministe mais identitaire », la députée banalise le discours de guerre civile porté, jusqu’à l’Elysée, contre ceux qui défendent leur civilisation. Génération Identitaire a été dissoute en 2021 par Gérald Darmanin au prétexte que ce groupe incitait à la haine et à la violence contre les étrangers. Dans cette continuité manichéenne, le chef de l’Etat a promis, le 13 février à l’occasion de la commémoration de l’assassinat d’Ilian Halimi il y a 20 ans, l’inéligibilité pour les élus qui seraient condamnés pour des « actes ou des propos antisémites, racistes ou discriminatoires ». Mais derrière ces tirades se dissimule l’arsenal pour interdire les critiques du grand remplacement, de la colonisation islamique, de la préférence étrangère. Le régime, derrière ses larmes de crocodile, a tout fait pour criminaliser la défense d’une identité française. Il est le premier coupable.

Paris, 6 mai 2025 ARNAUD © CESAR VILETTE/SIPA

La France Insoumise, alliée de la Jeune Garde et des terroristes « antifas », s’est déshonorée dans la tragédie lyonnaise. Hier, sur RTL, Éric Coquerel a pourtant déroulé le mécanisme effrayant de la pensée totalitaire, en niant des faits clairement rapportés par le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran. Mais c’est plus généralement le discours dominant, acquis à la société ouverte et à la diabolisation du « Français de souche » et du « Français de cœur », qui doit être tenu pour responsable du meurtre de Quentin Derenque, métis franco-péruvien. Dans son éditorial de ce jour, Le Monde déplore, dans le lynchage, un « geste scandaleux commis au nom d’idéaux de gauche (qui) ne doit pas faire oublier que l’extrême droite compte des partisans ouverts de la violence (…) et des ennemis acharnés de la démocratie et de la République ». Cette inversion accusatoire est plus généralement celle de la gauche, de la macronie et de ses médias : ils ne cessent d’alerter sur un « retour aux années trente » en désignant la droite souverainiste, tout en s’aveuglant sur les dérives fascistes et antisémites de leur camp. Quentin Deranque a été piétiné par des brutes qui hurlaient :« Dehors les nazis ! ». Les oubliés n’oublieront pas.

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La Jeune Garde est-elle la milice de la France insoumise?

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Les appels à la démission se multiplient contre Raphaël Arnault (ici photographié à Paris en mai 2025) dans la classe politique © ARNAUD CESAR VILETTE/SIPA

Des enquêtes et faits divers récents suggéreraient déjà des liens entre militants antifas proches de la Jeune Garde, narcotrafic et actes de violence variés sur le territoire national. Les soutiens politiques de l’extrême gauche – ou a minima sa position complaisante – envers ces milieux ne datent pas d’hier. Révélations.


Bien davantage que les faits avancés autour du lynchage de Quentin Deranque (qui méritent encore d’être vérifiés par l’enquête), ce qui éclaire sur la Jeune Garde, et l’acharnement de Mélenchon à la soutenir, ce sont les résultats d’enquêtes précédentes, sur des exactions comparables de cette mouvance.

Ainsi, dans le cadre d’une enquête sur une série d’agressions violentes commises à Toulouse et ses alentours par des « antifas » proches de la « Jeune Garde », le RAID a appréhendé à leur domicile le 14 mai 2024 cinq membres de l’« Offensive révolutionnaire antifasciste » (ORA). Ils ont aussi découvert avec stupeur près de quatre kilos de résine de cannabis, dix-sept kilos d’herbe, du matériel de traitement de la drogue et 15 000 euros en petites coupures, révélant un véritable « trafic de stupéfiant industrialisé », selon une source proche de l’enquête. L’affaire a eu un certain retentissement, mais en tant que simple fait divers… Pourtant, d’autres faits suggèrent une lecture bien différente de la relation entre l’extrême gauche, le narcotrafic et la violence dont est mort Quentin.

Touche pas à mon dealer

A Lyon, par exemple, bastion de la « Jeune Garde » de Raphaël Arnault, l’hebdomadaire Le Point signalait déjà en décembre 2023 « le rôle trouble des antifas » dans le trafic de drogue, en particulier dans le quartier tristement connu de la Guillotière et de la place Mazagran. Le journaliste Bartolomé Simon constatait alors comment les antifas « aident les migrants et les squatteurs sur le point de deal local », les protégeant notamment des interventions de la police. La situation n’avait pas changé un an plus tard quand, retournant sur place, l’hebdomadaire rapportait que le mercredi 9 avril 2025 encore, en soirée, plusieurs antifas attablés au bar d’extrême gauche local se sont opposés physiquement à l’interpellation d’un dealer.

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Même chose à Paris où, lors de la fermeture du Saint Sauveur, bar antifa emblématique de la capitale, l’Observatoire des violences politiques rapportait en janvier 2025 qu’il n’avait pas seulement été pendant près de vingt ans le quartier général de l’Action antifasciste Paris-Banlieue, mais aussi un lieu associé au trafic de drogue. A travers son tenancier, notamment, Julien Terzics, chef historique des redskins français, réputé pour jouer les intermédiaires et les dealers entre le milieu des bikers et le squat gauchiste L’Usine à Genève. Ou David Patrice, militant de l’AFA arrêté à deux reprises pour des faits liés à de la drogue dure dans la rue des Panoyaux. Des cas dont la répétition mènera à plusieurs fermetures administratives à partir de 2020, avant sa fermeture définitive, en présence de Jean-Luc Mélenchon et de son garde du corps Hazem El Moukaddem, le patron des antifas marseillais.

Un homme justement dont le fief historique à Marseille est le quartier de la Plaine, dont il est réputé être le « parrain »… Là encore un haut lieu du trafic de drogue… Une coïncidence entre fiefs antifas et narcotrafic que relevait également à Grenoble le procureur de la République, Éric Vaillant, dans son discours de départ en janvier 2025. Enfin, à Rennes aussi, en mars 2025, ce sont encore des antifas qui ont empêché l’interpellation de délinquants par la police dans le quartier de Cleunay, miné par le trafic de drogue.

Les curieuses attaques de prison de l’année dernière

Mais là où cette question de la relation entre antifas et narcotrafic s’est posée avec le plus d’acuité, c’est lors des attaques terroristes menées contre le système pénitentiaire français et ses agents en avril 2025. Soixante-cinq faits ont été enregistrés, attribués pour la plupart à un mystérieux groupe DDPF (Défense des droits des prisonniers français)… Et l’enquête a mené à l’arrestation de vingt-cinq personnes, liées pour certaines au réseau de narcotrafiquants de la DZ Mafia.

Néanmoins, des interrogations subsistent qui, dès le départ, ont naturellement fait soupçonner une piste plus politique. D’abord le modus operandi d’attaques simultanées partout en France, inédit chez des narcotrafiquants (le plus souvent très isolés, aussi bien par un ancrage très local que par les féroces

rivalités qui les opposent), mais déjà observé dans les mouvances d’ultragauche. Comme fin juillet 2024, lors des opérations simultanées de sabotages du rail et des réseaux télécoms… Ou en décembre 2020, où sept membres de l’ultragauche avaient été mis en examen pour terrorisme (et cinq d’entre eux écroués), pour avoir projeté une action violente visant les forces de l’ordre et les militaires.

Une autre anomalie était le discours, très éloigné de la culture des trafiquants de drogue, et beaucoup plus conforme à la logorrhée antisystème de l’ultragauche, et ses relents de droits-de-l’hommisme dévoyés. Le discours aux accents de « crève-la-taule » que tiennent précisément aujourd’hui les mouvances antifas pour réclamer la libération de leurs camarades narcotrafiquants de Toulouse « injustement » emprisonnés depuis le 14 mai 2024.

Un discours étrangement proche de celui que tiennent les élus de la France insoumise aussi bien sur le système carcéral que sur le narcotrafic. Au-delà des cas médiatiques de Louis Boyard évoquant son passé de dealer ou d’Andy Kerbrat surpris en train d’acheter de la drogue à un mineur avec son indemnité parlementaire, il faut en effet lire en détail ce qu’écrivent les insoumis, en particulier sur la légalisation de la drogue, qu’ils réclament, mais en militant – à l’instar de Sébastien Delogu – pour qu’on en confie la vente aux dealers auparavant condamnés (délicatement désignés comme « personnes pénalisées auparavant »). On retrouve la même sollicitude à l’égard des dealers dans leur opposition à la répression du narcotrafic (comme l’actuel candidat LFI à Grenoble, Allan Brunon, ou celui de Saint-Denis, Bally Bagayoko), au nom de la dignité des trafiquants de drogue, du respect de leur vie privée et de la lutte contre la précarité des « petites mains ». Antoine Léaument allant même jusqu’à comparer la culture du cannabis à la viticulture. Quel est le sens de cette victimisation grotesque d’une délinquance dont l’actualité offre pourtant chaque jour des exemples plus horribles d’une escalade criminelle de plus en plus meurtrière ?

Complaisances

C’est en réalité très simple, et dans la droite ligne de la complaisance qu’a soudainement commencé à montrer Mélenchon à l’égard de l’islamisme après son échec aux présidentielles de 2017, quand Éric Coquerel l’a convaincu que les voix qui lui avaient manquées alors étaient celles des « quartiers populaires »… C’est-à-dire ces quartiers à très forte proportion d’immigrés, gangrénés par l’islamisme… Mais aussi par le trafic de drogue ! Faute de pouvoir s’y implanter avec un discours gauchiste n’ayant pas la moindre chance de séduire ces populations, il fallait s’y appuyer sur ceux qui les contrôlent.

D’où la conversion spectaculaire de Mélenchon à la lutte contre une « islamophobie » qu’il dénonçait encore la veille comme une escroquerie intellectuelle… Et une complaisance similaire à l’égard du narcotrafic, viatique de ce nouveau prolétariat de substitution.

D’où également le rôle capital pour LFI que joue dans ces « territoires perdus de la République » la Jeune Garde, fédérant autour d’elle les « antifas », aussi proches des dealers et des islamistes qu’agressifs à l’égard des juifs (en mai 2024, et déjà en marge d’un meeting de Rima Hassan, ils s’étaient mis à huit pour s’attaquer dans le métro parisien à un garçon juif de quinze ans). C’est précisément Rima Hassan (qu’accompagnaient à Lyon les militants de la Jeune Garde ayant tué Quentin) qui est ici en pointe, s’en prenant notamment au socialiste Ariel Weil à Paris.

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D’où enfin la nature de « mouvement gazeux » de LFI, si pratique pour camoufler les relations troubles et les financements occultes. Mélenchon n’est plus dans une stratégie électorale, mais insurrectionnelle. Ce qu’indiquait l’assistant de la députée LFI Ersilia Soudais, Ritchy Thibault appelant en 2025 à « l’intifada dans les rues de Paris », en constituant « partout dans le pays des brigades d’autodéfense populaire » contre l’« islamophobie ». Voilà pourquoi la Jeune Garde, qui utilise dans ses discours, la même expression d’« autodéfense populaire » encore reprise aujourd’hui par Manuel Bompard lui est indispensable.

Mieux que tout discours, elle traduit la régression phénoménale de cette prétendue gauche à ses racines, dont le fascisme n’a eu qu’à s’inspirer : la haine d’une « race juive » incarnant à ses yeux le capitalisme à travers les Rothschild, qui lui a fait construire au 19ème siècle cette doctrine de l’antisémitisme, par laquelle le marxisme a unifié le mouvement révolutionnaire ouvrier. Mais aussi le putsch de la « révolution bolchévique » de 1917, préfigurant ceux de Mussolini en 1922 et d’Hitler en 1923. L’invention d’une police politique – la Tchéka – que copiera plus tard la Gestapo. La culture de violence de rue par des groupes paramilitaires, dans une « terreur rouge » où Trotski a inventé le goulag, imité plus tard par les camps de concentration nazis.

On ne comprend rien au trotskisme de sa jeunesse auquel est revenu Mélenchon tant qu’on ne saisit pas qu’il a été la matrice de laquelle sont nés, par hybridations successives et en moins de dix ans, de 1917 à 1927, tous les totalitarismes : communisme, fascisme, nazisme, islamisme… Même antisémitisme, même déshumanisation criminelle des opposants, même aversion de la démocratie parlementaire et du débat, même culte de chef, même embrigadement dans des milices paramilitaires, même stratégie insurrectionnelle… Jusqu’au logo de la Jeune Garde, exactement identique à celui des groupes de nervis où a fait ses débuts dans l’entre-deux guerres le « père » en politique de Mélenchon, le trotskiste Pierre Boussel, dit « Lambert »… qui devint collabo des nazis pendant la guerre au sein du Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, ancien socialiste rallié au fascisme, partisan d’une « Europe nazie unifiée », pour « protéger la race ».

Canailles et racailles: de la prospérité des ultras

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La chef des députés lfistes à l'Assemblée Mathilde Panot et des militantes de la nouvelle France photographiées à Marseille le 19 juin 2025 © Alain ROBERT/SIPA

Notre chroniqueur, qui s’était absenté des pages de Causeur pour des raisons qui lui appartiennent, jette sur l’actualité de ces derniers jours, en particulier le meurtre de Quentin Deranque, un regard lucide et quelque peu narquois.


Il faut aller voir ce qu’écrivent les soutiens de la Jeune Garde, ce groupuscule de nervis d’extrême-gauche, cette émanation de LFI dans sa vérité dernière. Mathilde Panot demande la protection de la police contre les donzelles du groupe Nemesis — sinon, dit-elle, « ça va mal finir ». Faut-il avoir peur de Panot ?

Elle n’est pas la seule à inverser les responsabilités. Connaissez-vous Serge Quadruppani ? Auteur de romans policiers de gauche, excellent traducteur des aventures du commissaire Montalbano d’Andrea Camilleri, il a publié sur Facebook une longue justification de ceux qu’ils appellent ingénument des antifascistes. Le réseau social lui a fait prudemment retirer sa diatribe, qu’il a remplacé par une version édulcorée:

« Ce ne sont pas les fafs, héritiers du « Viva la muerte » franquiste et qui pratiquent si volontiers le tabassage à plusieurs, ce ne sont pas eux qui devraient la ramener sur le sujet. A tous les antifascistes de mener une réflexion là-dessus : comment se protéger des gens qui aiment la mort (surtout celle des autres) sans risquer soi-même de la donner, ni trop compter sur les flics qui, en matière de tabassage à terre ont depuis longtemps montré leurs compétences et leurs préférences quant aux cibles. »

Voilà. Il y a les bons et les méchants fascistes. Les bons sont à gauche, et ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent tant qu’ils ont pour but de contrer les méchants, qui sont à droite. Le temps est immobile pour les idéologues, et hier, c’était demain.

Ainsi, quelques jeunes filles protestant contre la venue à l’IEP de Lyon, nid de racailles islamo-gauchistes, de Rima Hassan, égérie de tous les antisémites d’aujourd’hui, forment une cible légitime pour une douzaine de « Jeunes Gardes » qui se sont donné pour tâche d’éradiquer l’hydre fasciste…

Et notre septuagénaire décati d’ajouter, à propos de la minute de silence de l’Assemblée nationale suite à la mort de Quentin Deranque :

« La gerbe. Ça va trop vite pour moi. Une minute de silence en l’honneur d’un jeune membre d’organisations racistes, antisémites, violentes, mort dans une de ces confrontations que les organisations en question ne cessent de chercher. Pas une fois l’Assemblée nationale n’a observé une minute de silence pour les victimes de meurtres racistes. Cette fascisation accélérée de la vie publique ne serait pas arrivée sans la complicité de l’extrême centre. »

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Nous sommes là au pinacle de la pensée trotskyste qui chante les mérites de l’internationalisation des luttes, juste comme les capitalistes se sont mis à chanter les mérites de la mondialisation. Les trotskystes sont le bras gauche des prédateurs ultra-libéraux.

Au passage, je suggère au lecteur de peser ce qui dans la gauche actuelle vient du trotskysme, cette déviation de la pensée marxiste. Ou du lambertisme, qui a théorisé l’entrisme dans les paris « bourgeois », de Mélenchon à Lionel Jospin ou Jean-Christophe Cambadélis : le PS est infesté de ces racailles qui se croient malignes parce qu’elles trompent Olivier Faure, et lui imposent des alliances de second tour en lui faisant miroiter la réélection de quelques canailles.

Ce qui est bien plus remarquable, c’est que ce meurtre révèle de l’inversion orwellienne de toutes les valeurs. Ça a commencé à l’école, où l’on sait depuis quarante ans que « l’ignorance, c’est la force ». Ça se continue dans le champ politique : les fascistes, les vrais, les vrais criminels, sont aujourd’hui à gauche. La guerre civile larvée, que je dénonçais jadis, se transforme sous nos yeux en affrontement direct.

Je ne nie pas qu’il subsiste à l’extrême-droite quelques têtes creuses qui se croient encore avant-guerre. Le rugbyman Federico Martin Aramburu est tombé le 19 mars 2022 sous les balles de deux nervis qui se sont crus malins — et qui seront jugés pour ce crime en septembre prochain. Mais institutionnellement, la violence aujourd’hui appartient à l’extrême-gauche, qui a adopté les méthodes de l’extrême-droite d’autrefois : la roue a tourné à 180°.

Un point encore : si les extrêmes progressent, c’est que « l’extrême-centre », comme dit Quadruppani, s’est effondré. Hollande puis Macron ont anéanti la possibilité même de voir émerger un esprit quelque peu supérieur. Comment voter pour un tel ramassis de petites pointures, de Retailleau à Glucksmann, d’Attal à Bardella ?

Clemenceau me manque…


PS. Pour ceux qui n’étaient pas là en 1968, « La Jeune garde » est un chant révolutionnaire écrit entre 1910 et 1912 par Gaston Montéhus, un chansonnier de gauche d’avant la Première guerre mondiale (à noter qu’il a rejoint l’Union sacrée en 1914). C’est typique des trotskystes, cet entrisme musical, cette récupération d’un chant marxiste pour en faire le nom d’un groupuscule antisémite. Qu’en aurait pensé Marx ?

Mon voisin le djihadiste

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Paris, 2018 © Francois Mori/AP/SIPA

Le Parquet national antiterroriste alerte: 35 détenus pour terrorisme islamiste sortiront de prison en 2026, portant à 339 le nombre de libérations depuis 2021, avec une proportion de profils violents qui devrait dépasser 50%, a averti son chef Olivier Christen dans Le Monde[1]. L’exemple de Brahim Bahrir, qui a attaqué des gendarmes à l’Arc de Triomphe seulement six semaines après sa libération malgré une surveillance étroite, illustre brutalement le risque immédiat de récidive. Que faire ?


D’après le Parquet national antiterroriste (PNAT), pas moins de 35 terroristes islamistes sortiront de prison en 2026. Qui s’ajouteront aux 46 libérés en 2025, parmi lesquels Brahim Bahrir, qui a attaqué des gendarmes au couteau à l’Arc de triomphe vendredi dernier. Il avait été condamné en 2013 pour un attentat tout à fait similaire à Bruxelles.

Epineuse question

Depuis sa création en 2019, le PNAT a instruit 101 procès d’assises. 340 détenus ont été libérés. Et ils seront de plus en plus nombreux et dangereux dans les années qui viennent (la vague des condamnés de 2015 arrive…). En prime, en Syrie, nous avons abandonné les Kurdes qui gardaient emprisonnés des milliers de djihadistes et que les soldats d’Ahmed Al-Charrah, le nouveau président, ont laissé filer. Potentiellement des centaines de terroristes islamistes se baladent donc dans la nature.

Cette question des sortants de prison est particulièrement épineuse. Pas d’anomalie ni de laxisme ici. Ils ont purgé leur peine. Tous sont soumis à un contrôle judiciaire et administratif. Le PNAT fait du sur-mesure. Concrètement, ça consiste à pointer à la gendarmerie. Ça n’empêche pas de recommencer. Le PNAT communique pour montrer qu’il n’y a pas de trou dans la raquette. Le problème, c’est la raquette. Ces sortants ont recouvré le droit fondamental d’aller et venir. Donc la possibilité de récidiver.

L’illusion de la déradicalisation

Mais que faut-il faire ? C’est un sacré casse-tête. La loi a déjà été durcie. Dans le cadre de l’état de droit, on ne peut pas faire grand-chose de plus sinon renforcer le suivi, ce qui demande plus de policiers. Commençons par renoncer au bobard de la déradicalisation et aux programmes afférents. On ne sait toujours pas extirper les mauvaises idées et les pulsions meurtrières des cerveaux humains. Une proportion inconnue des sortants rêve encore de djihad et on n’y peut rien.

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Un ami me suggère que ces criminels ont pris les armes contre nous au nom d’une entité étrangère et doivent être traités comme des prisonniers de guerre. Et préconise qu’on les garde tant que la guerre n’est pas finie. C’est un peu tiré par les cheveux et ça supposerait de créer un Guantanamo en France – j’imagine déjà les palabres parlementaires.

Il y a aussi la solution à l’israélienne, c’est-à-dire l’exécution méthodique des terroristes traités en ennemis (comme les Israéliens l’ont fait pour les tueurs de Munich ou sont en train de faire pour ceux du 7-Octobre). Déradicalisation assurée. Le président Hollande a bien ordonné quelques assassinats ciblés, mais c’était en Syrie. Chez nous, nous sommes bien élevés.

Inutile de s’affoler. Le risque de tomber sur un de ces individus est statistiquement très faible. Si l’Etat ne sait pas quoi faire, on peut toujours compter sur la chance.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio


[1] https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/17/terrorisme-islamiste-le-suivi-des-sortants-de-prison-au-centre-des-preoccupations-de-la-justice_6667030_3224.html

Meurtre de Quentin: le point de détail de l’extrême gauche

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Les adversaires idéologiques des lfistes comptent sur la mort de Quentin Deranque pour les décrédibiliser pendant des années et les éloigner du pouvoir – comme autrefois la petite phrase du leader du FN sur les chambres à gaz.


Aux marges des gauches, sévissent tous les « non affiliés » autonomes des grands partis et mouvements, qu’ils soient communistes libertaires, trotskistes indépendants ou anarchistes. Ce sont ces gens qu’on retrouve dans les squats, dans les zones autonomes à défendre ; sabotant les chemins de fer et les infrastructures critiques, agressant dans les rues les « fafs » et ceux qui auraient le malheur de leur ressembler. Dans les années 1970, sous les noms des Brigades Rouges ou d’Action Directe, ils étaient ouvertement terroristes. La « Jeune Garde » en est un avatar moderne et embourgeoisé, inspiré par la culture hooligans et skinhead – casual. Une version puérile en modèle réduit, mais bel et bien dangereuse. Elle a tué Quentin en lui piétinant le crâne sur un trottoir… mais elle n’en était pas à son coup d’essai.

Les harcèlements dans les amphithéâtres des facs se sont multipliés ces dernières années

L’utilisation de la violence est théorisée depuis l’origine par les « antifas », branche des « totos » de la grande famille des gauches.  Cette violence n’est pas employée uniquement à des fins défensives comme tentent vicieusement de le faire croire les caciques de la Jeune Garde ; à commencer par leur président et fondateur, le député insoumis Raphaël Arnault. Leur violence est offensive, ciblée. Elle vise quiconque, notamment parmi les jeunes fréquentant les universités, semblera à leurs yeux trop à droite. Les cas de harcèlements de jeunes de droite, voire du centre, et les violences bien concrètes, sont multiples et fréquents depuis plusieurs années. Raphaël Arnault a lui-même été condamné définitivement pour des faits de violence en 2025. Si Quentin n’était pas mort, il n’y aurait peut-être même pas eu de plainte… La plupart de ces faits passent sous les radars. Les policiers ne regarderont plus ces affrontements de rue comme relevant d’un jeu entre les gendarmes et les voleurs, occupant des étudiants oisifs et plutôt bourgeois des deux bords. Il s’agira maintenant de considérer que tout cela constitue un grand trouble à l’ordre public.

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L’autodéfense populaire défendue par l’extrême gauche est en réalité le cache-sexe d’une milice urbaine pensée pour traquer, effrayer et museler. Mais rien de tout ça n’est une découverte. Les antifas s’en vantent depuis longtemps. Animés par un profond sentiment d’impunité doublé d’un fanatisme sectaire, ils ne touchent plus terre depuis l’élection de l’un des leurs à l’Assemblée nationale. Si cet embourgeoisement leur a été reproché par des mouvements plus durs sur le plan idéologique, véritablement révolutionnaires plutôt que centrés sur la criminalité urbaine, il a offert à la Jeune Garde la puissance d’un groupe politique parlementaire et le réseau profond qui va avec.

Même Ruffin est trop facho pour eux

En échange, Jean-Luc Mélenchon a reçu une véritable petite milice à ses ordres. Une force de frappe militante qui intimide aussi à gauche. François Ruffin en a d’ailleurs fait les frais lors de la fête de l’Huma, accueilli sous les huées et aux cris de « Siammo tutti antifascisti » … Dans Le Parisien, un ancien membre de la Jeune Garde témoigne d’une dérive qui était prévisible : « Raphaël, ce n’était pas possible. J’ai fait comme Cem, on s’est mis sur le côté. On ne s’est pas fâchés en frontal mais on savait que ça allait péter. Raphaël, on savait qu’il allait sauter un jour. Par exemple, on savait tous pour son procès (Raphaël Arnault a été condamné en 2022 pour violences en réunion, puis définitivement en 2025). Il se vantait même d’avoir chopé une circonscription et d’être passé inaperçu. » Un militantisme premier degré, sûr d’une conviction : le nazisme serait à nos portes et tous les coups sont permis.De quoi rappeler les années 20 allemandes, où la radicalité du parti communiste contribua pour beaucoup à la future victoire du NSDAP. Voilà peut-être qui pourrait faire méditer l’extrême gauche, si elle n’était pas aussi fanatique et inaccessible à la raison.

Jean-Luc Mélenchon sait donc parfaitement avec qui il nouait un pacte aux élections législatives anticipées en 2024. Il embrassait le mythe « autonome », l’incluait dans la famille de la gauche électoraliste. Et les partis sociaux-démocrates n’ont finalement rien dit, trop excités à la perspective de conserver et de gagner des sièges au sein d’un cartel, se disant sûrement qu’ils pourraient se détacher bien vite de ses encombrants partenaires. Voilà leur salaire : un point de « détail » façon Jean-Marie Le Pen années 1980, un détail qui collera longtemps à la peau de LFI. François Hollande ne s’y est pas trompé, déclarant solennellement que l’alliance avec les troupes de Mélenchon était désormais impossible et que le combat politique ne pouvait pas connaitre une autre forme que l’élection en démocratie.

Cela ne convaincra pas les insoumis, conscients qu’ils sont désormais lancés vers une course à la radicalité de laquelle ils ne peuvent plus se détourner. LFI est aujourd’hui le rassemblement de toutes les gauches ultras. La grande maison des chapelles trotskistes et des autres. Il n’y a plus de retour en arrière possible. Les réactions au lynchage de Quentin en témoignent. La plupart d’entre elles ont minimisé les faits, jusqu’au propre père de Jacques-Elie Favrot qui a déclaré son fils innocent et ne pas penser du tout à la victime pas vraiment innocente. Après tout, contre le mal, les antiméchants ont le droit d’attaquer, de tuer. Ils l’ont fait en 2024, assassinant à la sortie d’un bar un homme portant un tatouage d’une croix de Malte qu’ils avaient confondu avec une croix gammée[1]… Un cas ignoré d’une longue de liste de violences gratuites. 

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Il aura fallu un mort filmé pour que le grand public découvre enfin le péril de l’extrême gauche. Sans cela, les dossiers n’étaient pas médiatisés, voire moqués par les belles âmes ; il faut dire que les antifas ont longtemps servi de nervis, de supplétifs pour interrompre des conférences, ou dégrader les locaux d’adversaires. Ils seront enfin jugés à la hauteur de leur dangerosité. Onze individus sont passés devant la police, parmi lesquels cinq co-auteurs soupçonnés comprenant deux assistants parlementaires de Raphaël Arnault et l’un de ses anciens stagiaires. S’il était autrefois difficile de dissoudre les milices d’extrême gauche, nul doute que cet électrochoc accélèrera considérablement le processus. Demain, la Jeune Garde sera dissoute définitivement devant le Conseil d’Etat. Puis, après-demain, plus personne ne pleurera devant le démantèlement des zads et les expulsions de squats. L’impunité de l’extrême gauche, souvent vue avec un regard tendre et nostalgique, n’est plus.

Les conséquences seront majeures pour notre vie politique enfin débarrassée d’une ombre pesante et dangereuse. Mais aussi pour l’université qui pourra respirer. Il est bien sûr à craindre que cela alimente l’obsidionalité de mouvements paranoïaques, certains tomberont même dans la clandestinité voire le terrorisme, mais ce combat est nécessaire. La France a vécu un moment politique révolutionnaire ces derniers jours.


[1] Lyon : un homme tué lors d’une bagarre de rue dans le quartier de la Guillotière

Tristan et Yseult à la manière du Japon

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© Akihito Abe

Danse. Deux artistes japonais évoquent avec passion le mythe de Tristan et Yseult. Une réussite, mais…


De la sculpture plutôt que de la danse: toute la première partie de Tristan und Isolde est une suite de sculptures mouvantes incarnées successivement par la danseuse Rihoko Sato et le chorégraphe Saburo Teshigawara (Sato Rihoko et Teshigawara Saburo, en bon japonais) dans un univers sombre où d’immenses rideaux noirs évoquent les voiles du navire sur lequel, victimes d’un philtre, Tristan et Yseult s’éprendront l’un de l’autre.

Hors du temps

Des sculptures magnifiques, chantournées, torturées, comme taillées dans des bois précieux, et qui font ressembler la prodigieuse Rihoko Sato à des monstres sacrés comme Mary Wigman (1886-1973) ou comme Martha Graham (1894-1991). Elle qui a chorégraphié ce qu’elle interprète est superbe comme savent l’être ces femmes déjà belles dans leur jeunesse enfuie, mais plus belles encore quand leur visage et leur corps ont été enluminés par l’existence. Quelle se fige un instant dans une attitude tourmentée ou qu’elle déploie en virtuose une gestuelle puissante, elle se métamorphose en figure d’un expressionisme aussi fascinant qu’il est hors du temps.   

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Au fil des années, curieusement, Saburo Teshigawara ressemble toujours davantage à la momie d’Adèle Blanc-Sec telle que l’a dessinée l’illustrateur Tardy. Mais le prodige qu’il a été demeure exceptionnel, même s’il faut reconnaître qu’il fait assez pâle figure face à l’implacable rayonnement de sa partenaire.

Ce méandreux duo entre des êtres qui s’attirent l’un l’autre sans pouvoir se rejoindre, sans parvenir jamais à s’unir, est une très belle transposition du mythe de Tristan et d’Yseult. Elle s’épanouit dans une esthétique mêlée d’expressionnisme allemand et de gestuelle fortement teintée de japonité qu’on pourrait retrouver dans les plus beaux films produits par l’empire du Soleil levant ou dans les tortures de la danse butô.

N’oubliez pas vos boules Quies

C’est la partition de Tristan und Isolde qui accompagne de bout en bout l’ouvrage. Evidemment sublime, mais découpée avec une barbarie assez difficile à digérer, la musique wagnérienne est bien la seule à permettre que s’épanouisse au mieux le duo. Mais on la fait hurler, cette musique, avec une intensité sonore qui conviendrait au Théâtre antique d’Orange et non au cadre restreint de la Salle Firmin Gémier du Théâtre de Chaillot. Cette naïveté funeste de néophytes persuadés que faire beugler ses compositions c’est servir Wagner, cette ignorance aussi des techniciens du théâtre qui devraient savoir maîtriser le niveau sonore, en rendent l’audition insupportable. C’est le seul vrai reproche que l’on puisse faire à cette double création de Rihoko Sato et de Saburo Teshigawara dont l’écriture est si saisissante et si parfaitement belle.

1 heure. 45€

La boîte du bouquiniste

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« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


G. Lenotre (1855-1935) n’a jamais eu la cote auprès des historiens « sérieux », ceux qui suivent la conduite universitaire, le dogme d’une école ou d’une idole. N’étant pas sorti de ce moule, Lenotre, Louis-Léon Théodore Gosselin pour l’état civil, s’est inventé une carrière d’historien en toute liberté. Sa rigueur, ses intuitions, sa curiosité et sa sensibilité lui ont permis de construire une œuvre jusque-là inédite : une histoire de France par le trou de la serrure. En privilégiant les à-côtés aux documents officiels, en épluchant le « pittoresque des grimoires », « la minutie des actes notariés, papiers de greffes et inventaires après décès », il est devenu le grand historien de la petite histoire. Et en doublant systématiquement ses consultations d’archives par des visites in situ, il s’est imprégné du génie des lieux pour mieux les faire parler. En son temps, il était encore possible de pousser la porte de l’appartement de Robespierre ou de celui de Danton… Sans l’avoir vécue, G. Lenotre a raconté la Révolution française comme s’il l’avait vue. Il est l’historien de ses détails : les massacres, les exécutions, les petitesses de chacun dans la tourmente. La lecture de ses livres incroyablement documentés est glaçante[1].

A lire aussi: L’Histoire par le menu

On retrouve ce regard attentif au quotidien dans Existences d’artistes. Il cherche et trouve l’anecdote dans la vie de Molière, Fénelon, Voltaire, Diderot ou Chardin, mais il s’intéresse surtout à ceux qui n’intéressent personne. Ainsi explore-t-il la vie de ces hommes de lettres ou de sciences qui, au xviiie siècle, achetaient une charge à la cour pour asseoir leur notoriété sociale. Tel M. Arnault, fin lettré et latiniste réputé (futur académicien) qui devient valet de Garde-Robe chez Monsieur, comte de Provence, frère du roi, en 1787. Au service du prince se trouvent, parmi d’autres savants, François Sylvestre, auteur d’un Mémoire sur les effets de l’électricité par rapport aux végétaux, et Parfait Duruflé, écrivain alors estimé et rédacteur au Journal encyclopédique. Mais ces intellos jouant aux serviteurs d’occasion étaient d’une extrême maladresse, maltraitant parfois sans le vouloir leur protecteur en l’aidant à enfiler un bas ou une chemise. Et les grands seigneurs qui se battaient pour être officier du Gobelet, porte-chaise d’affaires ou inspecteur de la Bouche étaient tout aussi gauches. G. Lenotre en conclut que « le roi de France était l’homme le plus mal servi du monde » !

A lire aussi: Affranchissez-vous!

De son ton badin, l’historien explore les logements et ateliers d’artistes qui occupaient les étages inférieurs de la grande galerie du Louvre – de Henri IV à Napoléon Ier, il y régna une invraisemblable anarchie. Il ressuscite les soirées données au château de Grillon, à Dourdan, par Jean-François Regnard, dramaturge oublié au sujet duquel Voltaire disait : « Qui ne se plaît pas avec Regnard n’est pas digne d’admirer Molière. » Et l’on découvre les vies de Charles Brifaut et Robert Challes, de savoureux objets de curiosité.

G. Lenotre a balisé ces pistes en pionnier ; elles mériteraient aujourd’hui d’être approfondies par de dignes successeurs.

Existences d’artistes. De Molière à Victor Hugo, G. Lenotre, Grasset, 1940.


[1] Lire notamment : Les Quartiers de Paris pendant la Révolution, Les Massacres de Septembre, Les Noyades de Nantes, La Captivité et la Mort de Marie-Antoinette, La Guillotine sous la Terreur.

L’Iran en phase terminale, avant la chute

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Diaphana

Dans Woman and Child, Saeed Roustaee transforme le deuil d’une mère en une enquête déchirante où la quête de vérité révèle mensonges, tabous et fissures profondes de la société iranienne actuelle. Au bord de l’implosion, comme chacun sait.


Un mélodrame persan ? Alors que le monde, stupéfait, n’a pas fini de mesurer l’ampleur des atrocités commises sur son propre peuple par l’immonde régime des mollahs, Woman and Child, le dernier film de Saeed Roustaee (qui vient après La loi de Téhéran en 2019, et Leila et ses frères en 2022), pourrait sembler d’une médiocre cruauté, en comparaison.

Le film commence comme une comédie. Aliyar, espiègle adolescent de 14 ans, bondissant et virevoltant, n’est pas un premier de la classe très discipliné. Malgré les plaidoiries de Mahnaz, sa mère, divorcée d’un premier mariage et qui travaille dans un hôpital (dans le rôle, Parinaz Izadyar, comédienne fétiche du cinéaste), le garçon incontrôlable, bientôt exclu provisoirement du collège, est finalement confié à son grand-père, ainsi que sa petite sœur, une fillette, ce sur fond de discordes familiales et de rivalités amoureuses entre Mahnaz et sa ravissante sœur Mehri (Soha Niasti) pour Hamid (Payman Maadi), brancardier dans le même hôpital, et qui était d’abord promis en mariage à Mahnaz…

A lire aussi, Jean Chauvet: Tant qu’il y aura des films

La tonalité du film change brusquement avec la mort d’Aliyar, victime d’une chute par la fenêtre, au domicile du grand-père qui recueillait chez lui son petit-fils… De péripéties en péripéties, la tragédie s’installe, discrètement ponctuée par les phrases au piano de la bande-son. Mahnaz, mère inconsolable, folle de douleur jusqu’à la tentation du crime, part à la traque de la vérité quant aux circonstances de cet « accident ». La vérité est enfouie sous les accommodements, les non-dits, les mensonges, les préjugés qui infusent la société iranienne jusqu’au cœur des familles.

D’une durée de deux heures bien sonnées, Woman and Child est un long métrage qui, clairement, emprunte à l’esthétique de la série : intensément bavard (comme, dixit le réalisateur, le sont par tradition les Perses au quotidien), multipliant confrontations théâtrales et gros plans sur les visages (Saeed Roustayi ne confiait-il pas, dans un entretien donné à la revue Positif, avoir envisagé de lui donner pour titre Les Regards? ), son scénario tramé d’ellipses temporelles aurait pu tout aussi bien se voir découpé en épisodes.

Coupe chirurgicale dans l’anatomie d’une classe moyenne iranienne « éduquée » quoique imprégnée jusqu’à la moelle des rites, des travers et des morbidités inhérentes à cette société en phase terminale, Woman and Child signe un portrait en pied de l’Iran laïque, à deux doigts de la chute finale du régime théocratique : rien n’est encore joué…  Mais assurément, le ver est dans le fruit.  


Durée : 2h11

En salles le 25 février 2026

La faucille et le croissant

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La Havane, Cuba, novembre 1974 : Fidel Castro accueille Yasser Arafat, symbole du tiers-mondisme qui unit gauches révolutionnaires et cause palestinienne. Wikimedia.

La révolution iranienne de 1979 n’a pas été le point de départ mais l’aboutissement du rapprochement islamo-gauchiste dont les origines remontent à la guerre d’Algérie. Alors que le régime des mollahs vacille, c’est désormais vers la Turquie d’Erdogan que se tournent les partisans d’une alliance entre le drapeau rouge et le Coran.


La révolution iranienne qui a renversé le régime du shah puis fondé la République islamique en Iran en 1979, avec le soutien des gauches françaises et occidentales, au nom d’un anti-impérialisme et anti-américanisme de guerre froide, est-elle le berceau de l’islamo-gauchisme ?

Rappelons que l’« islamo-gauchisme » est un concept créé vingt ans plus tard par Pierre-André Taguieff, en 2002, dans le contexte de la deuxième Intifada et de la guerre américaine contre le terrorisme, à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Il s’agissait alors, dans un contexte post-guerre froide, de pointer les alliances programmatiques et idéologiques, et les convergences d’intérêts politiques entre les courants islamistes et néosalafistes présents sur les deux rives de la Méditerranée (FIS, Ennahda, Hamas, Frères musulmans…) et les gauches radicales ou anticapitalistes occidentales. Est-ce à dire qu’il a fallu vingt ans pour forger un concept dont la matrice fut iranienne ? Je ne le pense pas, et je vais essayer de le démontrer.

Michel Foucault au milieu des manifestants lors de la révolution iranienne, Téhéran, 1978, alors qu’une partie des gauches occidentales voit dans le chiisme révolutionnaire un nouvel anti-impérialisme. DR

Deux sources historiques majeures sont aux origines de l’islamo-gauchisme : elles me semblent antérieures à la révolution islamique, et donc autres. L’improbable alliance entre les théoriciens d’une subversion révolutionnaire progressiste, nés en 1793 et incarnés depuis lors par le parti révolutionnaire français, permanence historique en constante mutation et recomposition suivant le « sens de l’histoire », et les théoriciens d’une subversion révolutionnaire réactionnaire visant à restaurer la société musulmane des premiers temps de l’islam, repose sur plusieurs convergences : la haine du libéralisme politique instauré en 1789 à Paris après la révolution américaine ; la haine de l’Occident et de sa puissance (successivement incarnée par la monarchie française, la puissance britannique et les États-Unis depuis 1945) ; le mythe révolutionnaire qui vise à détruire l’ordre établi et ceux qui le dirigent (avec jonction sur l’antisémitisme) ; l’utopie de l’avènement d’un régime sans État ni classes, sans histoire ni hiérarchies. Tout le reste diffère (le rapport à Dieu et au clergé, la vision de l’Homme, les rapports de genre, à la sexualité, au travail, à l’argent, etc.), mais l’alliance objective supporte les contradictions, car la polarisation se réalise contre les ennemis communs.

Avant la révolution islamique, il me semble que les deux matrices sont plutôt la guerre d’Algérie d’une part, puis le conflit israélo-arabe à partir de la guerre des Six Jours de juin 1967. Pourquoi ne pas remonter à la grande révolte arabe des années trente ? Parce qu’à l’époque la social-démocratie n’est pas radicalement hostile au colonialisme franco-britannique, dont elle est un acteur parmi d’autres, et moins encore au foyer national juif en Palestine ; et que le Komintern a été désactivé dans les années trente par Staline, qui ne croit pas en la révolution mondiale. En revanche, la « grande révolte arabe » de Palestine est structurante pour les Frères musulmans, dont elle constitue le combat fondateur et une matrice idéologique essentielle jusqu’à nos jours, sans jonction alors avec les gauches occidentales. C’est en revanche avec les nazis, au nom de la lutte contre la démocratie libérale et l’impérialisme britannique -et bien sûr la « domination des Juifs »-, que les Frères nouent des alliances jusqu’à la fin de la guerre mondiale.

Après-guerre, l’ennemi principal des gauches et des staliniens s’incarne dans le fascisme et le nazisme. Quant à la lente découverte de l’ampleur du génocide nazi des juifs d’Europe, elle interdit de fait toute alliance avec l’islam politique qui combat le sionisme. Le nationalisme arabe et Nasser incarnent de 1952 à 1967 la résistance à l’impérialisme et au sionisme, ainsi que la naissance du tiers-monde, mais il n’est ni islamique ni vraiment socialiste.

La cristallisation d’une alliance entre l’islam politique et les gauches remonte aux années soixante. En France, la guerre d’Algérie a été un laboratoire essentiel de la coopération politique et du compagnonnage idéologique qui allait donner naissance au tiers-mondisme, ce creuset des élites révolutionnaires du Sud et des milieux anticoloniaux de gauche français, et bien au-delà. Au sortir de la guerre d’Algérie, le PCF devient un compagnon de route fidèle de la révolution algérienne, dont il épouse désormais les priorités idéologiques successives. Cinq ans plus tard, la guerre des Six Jours brise le tabou né en 1945, et fait basculer l’État d’Israël et le sionisme dans le camp impérialiste conduit par les États-Unis. En outre, il dévoile l’hégémonie nouvelle des États-Unis sur le Proche-Orient, il sanctionne l’échec du nationalisme arabe et du nassérisme, il jette le baasisme naissant dans les bras de l’URSS (en Syrie notamment) et il ouvre un boulevard politique à l’islam politique. Un an avant, en 1966, le théoricien le plus implacable de la révolution islamique, le Frère musulman égyptien Sayyid Qutb, a été pendu par Nasser, mais ses écrits de prison, véritable bréviaire de la révolution islamique version léniniste (notamment sa théorie de l’avant-garde révolutionnaire éclairée guidant le peuple), se mettent à circuler.

Pendant les douze années qui séparent la guerre de 1967 et la révolution islamique de 1979 se construisent les connexions et les alliances révolutionnaires entre mouvements de gauche occidentaux et arabes d’une part, et la frange révolutionnaire de l’islam politique, arabe comme iranienne, de l’autre. En France, le doctrinaire Ali Shariati (1933-1977) est l’homme-clef de la conversion des gauches tiers-mondiste et sartrienne françaises à la cléricature iranienne. Étudiant à Paris de 1959 à 1964, ce fils d’un prédicateur chiite, marqué par sa formation cléricale en Iran, veut transformer le clergé chiite soumis au shah en force de libération anti-impérialiste de l’Iran. Il lui faut des alliés face au puissant partenariat établi entre les États-Unis et leurs alliés (dont Israël) et le régime du shah. Le cléricalisme islamique n’ayant aucune chance de séduire l’Union soviétique, c’est dans le milieu intellectuel tiers-mondiste et anti-impérialiste parisien et européen qu’il doit trouver des alliés.

C’est ce qu’il engage dès la guerre d’Algérie, ce moment de retournement de tous les États arabes contre la France, en se prenant d’amitié pour Sartre, Beauvoir et Fanon, tout en ralliant le milieu orientaliste parisien déboussolé par ce conflit (Berque et Massignon). Avant de rentrer en Iran où il deviendra le maître à penser de la révolution à laquelle il ne pourra assister (ayant été assassiné par la Savak en 1977), Shariati impose à Paris l’idée que l’islam est un socialisme révolutionnaire, un outil de libération des masses du tiers-monde en devenir.

Désireux de réactiver la force révolutionnaire du chiisme, il a théorisé la révolution plus efficacement que Khomeyni – de trente-trois ans son aîné –, plus confus dans ses pensées aujourd’hui connues[1]. Mais leur point commun est le « Wilayat al-Faqih », principe politique de la guidance suprême des clercs pour diriger l’Iran. Du cléricalisme à l’état pur, que ni la France ni l’Iran n’ont jamais connu dans leur histoire. Les amis français de Shariati, rejoints par Michel Foucault en 1978-1979, virent néanmoins dans le chiisme révolutionnaire et la pensée de Shariati-Khomeyni un potentiel capable de porter à la victoire la révolution des masses proche-orientales, afin de mettre en échec l’impérialisme américain et son vassal iranien. Réaliser un Vietnam proche-oriental.

En parallèle, deux événements précipitent les alliances et les convergences idéologiques dont nous venons d’évoquer les prodromes. D’abord la guerre du Vietnam, qui réactive tous les combats contre la guerre d’Algérie, mais avec cette fois l’appui des gauches estudiantines des campus occidentaux, de plus en plus fournis du fait que les universités deviennent lentement mais sûrement des universités de masse. Ensuite, l’appui de l’Union soviétique, dont le KGB a parfaitement compris le profit qu’il pouvait tirer de la lutte du peuple vietnamien contre les États-Unis. Or à peine ce conflit achevé, par le piteux retrait des États-Unis de Saïgon en 1975, que s’ouvre la guerre civile du Liban. Sur ce terrain proche-oriental se rejoignent très vite tous les anti-impérialistes unis contre les forces chrétiennes libanaises représentées par les Phalanges, qui combattent au départ les Palestiniens du Fatah et de ses alliés prétendument de gauche.

Alors que les Phalanges sont grossièrement assignées idéologiquement en France à la « droite », Yasser Arafat et ses fedayin deviennent l’emblème de la gauche anti-impérialiste et anticolonialiste. La bipolarisation attrape tout. Le camp des Phalanges représente le fascisme (le parti a été créé dans les années trente) ; le colonialisme français, créateur du Liban en 1920 ; le catholicisme, associé à la réaction depuis la Révolution française ; l’impérialisme américain, depuis que les GI sont venus au secours du gouvernement libanais lors de leur première intervention dans le monde arabe en 1958 ; le « monde libre » honni dans son ensemble. Le camp palestinien agrège quant à lui la lutte des Palestiniens contre le sionisme, et ses soutiens américains et occidentaux ; la figure d’Arafat, héritier de Nasser qui l’a adoubé avant de mourir, et que le KGB a relooké en « Che Guevara arabe » avec ses lunettes de soleil, son keffieh et sa barbe de quelques jours ; les gauches arabes décidées à venger Nasser et 1967, comme l’a spectaculairement fait le commando de Munich en 1972, qui a assassiné 11 athlètes israéliens (action criminelle dont s’est très symboliquement solidarisé le jeune militant révolutionnaire Krasny, alias Edwy Plenel dans a revue trotskyste Rouge[2]) ; et bien sûr les anticolonialistes dans la tradition de la guerre d’Algérie.

Aussi, lorsqu’éclate la révolution iranienne en 1979, tout est prêt : l’alliance des communistes du Tudeh et des mollahs au nom du peuple iranien mobilise gauches et islamistes. Que les mollahs aient discrètement fait passer par les armes ou pendu des dizaines de milliers de communistes dans les années qui ont suivi la révolution pèse finalement de peu de poids face à la fuite du shah, puis à l’humiliation imposée aux États-Unis lors du siège et de la prise de leur ambassade à Téhéran. Très vite, l’Iran vient au secours des chiites dans le cadre de la guerre du Liban – en créant le Hezbollah –, discrètement d’abord, en suivant toujours ses propres intérêts, mais en activant la lutte contre les Occidentaux et Israël. Tout le monde ignore alors qu’ils ont fait exploser les camps militaires français et américain en 1983 pour chasser les Occidentaux du Liban devenu leur terrain de jeu.

La suite est un long et durable soutien tacite des gauches extrêmes occidentales à la révolution islamique, les plus modérés s’étant rétractés suite à leur politique de ségrégation vis-à-vis des femmes. Depuis des décennies, la République islamique a tissé une vaste toile d’agents, d’espions, d’intellectuels et de collaborateurs en Occident, dont les travaux d’Emmanuel Razavi donnent un solide aperçu.

La chute de la République islamique qui interviendra un jour où l’autre, sous le coup de sa double impuissance politique et économique, fermera-t-elle le cycle de l’alliance improbable dont on vient de parler ? L’exemple français démontre que la chose est peu probable. En France, Mélenchon et LFI n’ont pas vraiment besoin de la République islamique, qui peut même les gêner par sa violence criminelle : les Frères musulmans d’Europe et leurs clones constituent désormais en France et en Europe une force autonome qui a les moyens de se financer et dispose de ses cadres, imams et activistes, aussi sa dépendance aux réseaux iraniens est-elle faible, Erdogan ayant largement pris le relais, avec la bénédiction des Américains comme vient encore de le démontrer la chasse aux Kurdes du Rojava en Syrie. Bien qu’ils les aient tant aidés, Frères musulmans d’Europe et Frères musulmans de Turquie passeront si nécessaire à la trappe leurs alliés iraniens devenus encombrants. Hélas, la bataille d’Europe se livrera désormais à huis clos. La Belgique et Bruxelles capitale de l’Union en seront la clef.


[1] On doit à Jean-Edern Hallier d’avoir publié « Le Petit Livre vert de Khomeyni » (disponible à la lecture sur www.fnb.to).

[2] « Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre noir [auteur de l’attentat, NDA]. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation. »

Tout le monde dit I love You

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Lionel Richie en concert à Paris-Bercy en 1998 © NEBINGER/SIPA

Lionel Richie, l’imperator du slow langoureux et huileux, signe son autobiographie Truly aux éditions HarperCollins. Sincèrement, l’ex-Commodores n’a pas d’équivalent dans l’industrie musicale américaine.


On ne se méfie jamais assez des chanteurs de charme à la moustache ondulante et aux bouclettes enduites de Pento. On les caricature. On réduit, par peur d’y succomber, leur portée dans l’univers musical. On les disqualifie arbitrairement parce que nous avons un peu honte de nos goûts. De toute façon, ces gens-là ne sont pas sérieux, ils produisent une musique commerciale, un peu trop brillante, presque trop léchée pour sonder l’âme, trop légère pour durer, facile à écouter, donc éphémère, presque infantile.

Salles toujours combles

On les rejette au mieux dans le camp des faiseurs habiles qui, à l’exigence, préfèrent la douce harmonie, les accords populaires et l’usage de mots trop clairs, trop ronds, trop directs, trop entendus. Le convenu est parfois un signe d’audace, de génie même. L’obscur est le royaume des médiocres qui s’épanouissent dans le nébuleux et le faussement artistique ; ces besogneux sont incapables d’écrire un tube net, lumineux comme un concentré d’adolescence, une nuit d’été. Pourquoi avons-nous si peur d’aimer sincèrement ces appels, ces secousses qui viennent de si loin, ces incantations qui raniment les temps incertains ? Nous sommes d’éternels poseurs, nous avons la trouille de paraître bêtes et incultes, peur d’être jugés. On se moque alors de nos élans anciens, on réécrit notre histoire pour donner le change. Lionel Richie, ce serait de la musique incolore, du surlignage, rien de fondamental, de conceptuel, juste un accompagnement naïf, un bricolage en studio d’enregistrement pour plaire aux jeunes romantiques. Le monde brûle et vous écoutez Lionel, nous dit-on sur le ton du reproche. Pourtant, les salles sont pleines, en juin dernier à l’Accor Arena à Paris, le public français a honoré comme il se doit la présence de Lionel. De Quincy à Lionel, la France est une terre d’accueil pour la soul, la funk et le jazz.

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Cette année, il repart dans une méga-tournée américaine avec ses comparses d’Earth Wind & Fire. Ils seront au Madison Square Garden le 11 juillet prochain. Sa première fois sur cette scène remonte à des décennies, il faisait la première partie des Jackson 5 avec les Commodores. En soulevant un pan du rideau et en voyant les 19 000 spectateurs, il fut pris d’un vertige. Mickael treize ans à peine semblait dans son élément. Serein. Il ne tremblait pas devant un aîné passablement impressionné. Ces deux-là avec Quincy créeront beaucoup plus tard « We Are the World » (à voir le documentaire sur Netflix de cette folle nuit avec Stevie Wonder, Billy Joel, Dione Warwick, Diana Ross, Bob Dylan, etc.). Ce n’est pas la peine de masquer notre trouble plus longtemps. Les tubes de Lionel terrassent nos digues, ils nous obligent à démystifier nos certitudes, à sourire de nos vieux démons et à nous accepter. Ils vont droit au but. Comment résister à ce chanteur né à Tuskegee dans une bourgade d’Alabama en 1949 ? Aux premières notes de « Lady », on est cuits, pris au piège, son timbre nous enlace, c’est le ressac de la mer, sans forcer, avec une force motrice incroyable, Lionel déroule sa chanson sans pousser les aigus, sans surjouer, sûr de son bon droit, de la bonne mesure, il abat ses cartes, sans trucage. Dans « Hello », c’est la montée chromatique qui fascine, le chatoiement du désir et de l’attente, il y a un côté terrien, quasi-mitterrandien, on se croirait sur les bords de la Charente.

Fils de la Motown et héritier de la country

Dans son autobiographie traduite par Cécile Leclère qui vient de paraître chez HarperCollins, Lionel raconte son chemin depuis son enfance protégée aux côtés d’un père fan de Count Basie à son intégration aux Commodores, il le répète plusieurs fois, sans les Commodores, il n’y aurait pas eu de Lionel Richie, puis vient le temps de l’émancipation avec l’écriture des plus grands standards de la soul qu’il finira par chanter seul : Three Time A Lady, Easy, Sail On, All Night Long, Say You Say Me, Lady, etc…, des récompenses aux tournées mondiales. Pour « ce noir qui a grandi à la campagne », la musique est universelle, elle ne se cantonne pas à un genre particulier, il est à la fois un fils de la Motown mais aussi un héritier de la country. Sa plus belle médaille, c’est le jour où Frank Sinatra, dans un restaurant, lui a dit : « Tu sais gamin, tu me plais ». Le gamin a été très loin.


Truly de Lionel Richie – HarperCollins 352 pages

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La France des oubliés, coupable de résister?

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Le journaliste Ivan Rioufol vient de publier "La révolution des oubliés" (Fayard) © Hannah Assouline.

Les militants identitaires sont diabolisés depuis des années, et en réalité bien au-delà de la Jeune Garde ou des lfistes, déplore Ivan Rioufol. Après le meurtre de Quentin Deranque à Lyon, et l’interpellation de neuf suspects hier, notre chroniqueur observe déjà l’inversion accusatoire qui est en train de s’opérer.


Quentin Deranque est le symbole, tragique, de la haine institutionnelle portée à la France des oubliés, c’est-à-dire à la nation historique : elle pourrait disparaître avant la fin du siècle à force d’être détestée par les déracineurs de sa mémoire et les saccageurs de son héritage. Les tueurs cagoulés de la Jeune Garde, qui se sont acharnés sur la tête de la victime à terre, ont volé la vie d’un homme comme d’autres écraseraient une vipère. Son tort était, aux yeux des assassins d’extrême gauche, d’être trop Français, trop catholique, trop cultivé, trop pacifique. Ces sicaires aux prénoms français – neuf suspects ont été interpellés hier – sont les produits terrifiants d’un endoctrinement sectaire qui a érigé en infamie l’expression d’une résistance patriotique. Être nationaliste, pour Jean-Luc Mélenchon comme pour Emmanuel Macron, est la marque d’un extrémisme à combattre. A moins que ce nationalisme ne soit palestinien. Quand la macroniste Prisca Thevenot explique hier, parlant des jeunes femmes de Némésis que Deranque protégeait, que ce mouvement « n’est pas féministe mais identitaire », la députée banalise le discours de guerre civile porté, jusqu’à l’Elysée, contre ceux qui défendent leur civilisation. Génération Identitaire a été dissoute en 2021 par Gérald Darmanin au prétexte que ce groupe incitait à la haine et à la violence contre les étrangers. Dans cette continuité manichéenne, le chef de l’Etat a promis, le 13 février à l’occasion de la commémoration de l’assassinat d’Ilian Halimi il y a 20 ans, l’inéligibilité pour les élus qui seraient condamnés pour des « actes ou des propos antisémites, racistes ou discriminatoires ». Mais derrière ces tirades se dissimule l’arsenal pour interdire les critiques du grand remplacement, de la colonisation islamique, de la préférence étrangère. Le régime, derrière ses larmes de crocodile, a tout fait pour criminaliser la défense d’une identité française. Il est le premier coupable.

Paris, 6 mai 2025 ARNAUD © CESAR VILETTE/SIPA

La France Insoumise, alliée de la Jeune Garde et des terroristes « antifas », s’est déshonorée dans la tragédie lyonnaise. Hier, sur RTL, Éric Coquerel a pourtant déroulé le mécanisme effrayant de la pensée totalitaire, en niant des faits clairement rapportés par le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran. Mais c’est plus généralement le discours dominant, acquis à la société ouverte et à la diabolisation du « Français de souche » et du « Français de cœur », qui doit être tenu pour responsable du meurtre de Quentin Derenque, métis franco-péruvien. Dans son éditorial de ce jour, Le Monde déplore, dans le lynchage, un « geste scandaleux commis au nom d’idéaux de gauche (qui) ne doit pas faire oublier que l’extrême droite compte des partisans ouverts de la violence (…) et des ennemis acharnés de la démocratie et de la République ». Cette inversion accusatoire est plus généralement celle de la gauche, de la macronie et de ses médias : ils ne cessent d’alerter sur un « retour aux années trente » en désignant la droite souverainiste, tout en s’aveuglant sur les dérives fascistes et antisémites de leur camp. Quentin Deranque a été piétiné par des brutes qui hurlaient :« Dehors les nazis ! ». Les oubliés n’oublieront pas.

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