Accueil Culture L’Iran en phase terminale, avant la chute

L’Iran en phase terminale, avant la chute

"Woman and Child", un film de Saeed Roustaee, la semaine prochaine dans les salles


L’Iran en phase terminale, avant la chute
Diaphana

Dans Woman and Child, Saeed Roustaee transforme le deuil d’une mère en une enquête déchirante où la quête de vérité révèle mensonges, tabous et fissures profondes de la société iranienne actuelle. Au bord de l’implosion, comme chacun sait.


Un mélodrame persan ? Alors que le monde, stupéfait, n’a pas fini de mesurer l’ampleur des atrocités commises sur son propre peuple par l’immonde régime des mollahs, Woman and Child, le dernier film de Saeed Roustaee (qui vient après La loi de Téhéran en 2019, et Leila et ses frères en 2022), pourrait sembler d’une médiocre cruauté, en comparaison.

Le film commence comme une comédie. Aliyar, espiègle adolescent de 14 ans, bondissant et virevoltant, n’est pas un premier de la classe très discipliné. Malgré les plaidoiries de Mahnaz, sa mère, divorcée d’un premier mariage et qui travaille dans un hôpital (dans le rôle, Parinaz Izadyar, comédienne fétiche du cinéaste), le garçon incontrôlable, bientôt exclu provisoirement du collège, est finalement confié à son grand-père, ainsi que sa petite sœur, une fillette, ce sur fond de discordes familiales et de rivalités amoureuses entre Mahnaz et sa ravissante sœur Mehri (Soha Niasti) pour Hamid (Payman Maadi), brancardier dans le même hôpital, et qui était d’abord promis en mariage à Mahnaz…

A lire aussi, Jean Chauvet: Tant qu’il y aura des films

La tonalité du film change brusquement avec la mort d’Aliyar, victime d’une chute par la fenêtre, au domicile du grand-père qui recueillait chez lui son petit-fils… De péripéties en péripéties, la tragédie s’installe, discrètement ponctuée par les phrases au piano de la bande-son. Mahnaz, mère inconsolable, folle de douleur jusqu’à la tentation du crime, part à la traque de la vérité quant aux circonstances de cet « accident ». La vérité est enfouie sous les accommodements, les non-dits, les mensonges, les préjugés qui infusent la société iranienne jusqu’au cœur des familles.

D’une durée de deux heures bien sonnées, Woman and Child est un long métrage qui, clairement, emprunte à l’esthétique de la série : intensément bavard (comme, dixit le réalisateur, le sont par tradition les Perses au quotidien), multipliant confrontations théâtrales et gros plans sur les visages (Saeed Roustayi ne confiait-il pas, dans un entretien donné à la revue Positif, avoir envisagé de lui donner pour titre Les Regards? ), son scénario tramé d’ellipses temporelles aurait pu tout aussi bien se voir découpé en épisodes.

Coupe chirurgicale dans l’anatomie d’une classe moyenne iranienne « éduquée » quoique imprégnée jusqu’à la moelle des rites, des travers et des morbidités inhérentes à cette société en phase terminale, Woman and Child signe un portrait en pied de l’Iran laïque, à deux doigts de la chute finale du régime théocratique : rien n’est encore joué…  Mais assurément, le ver est dans le fruit.  


Durée : 2h11

En salles le 25 février 2026




Article précédent La faucille et le croissant

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération