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Meurtre de Quentin: le point de détail de l’extrême gauche

Des répercussions majeures sur la vie politique française


Meurtre de Quentin: le point de détail de l’extrême gauche
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Les adversaires idéologiques des lfistes comptent sur la mort de Quentin Deranque pour les décrédibiliser pendant des années et les éloigner du pouvoir – comme autrefois la petite phrase du leader du FN sur les chambres à gaz.


Aux marges des gauches, sévissent tous les « non affiliés » autonomes des grands partis et mouvements, qu’ils soient communistes libertaires, trotskistes indépendants ou anarchistes. Ce sont ces gens qu’on retrouve dans les squats, dans les zones autonomes à défendre ; sabotant les chemins de fer et les infrastructures critiques, agressant dans les rues les « fafs » et ceux qui auraient le malheur de leur ressembler. Dans les années 1970, sous les noms des Brigades Rouges ou d’Action Directe, ils étaient ouvertement terroristes. La « Jeune Garde » en est un avatar moderne et embourgeoisé, inspiré par la culture hooligans et skinhead – casual. Une version puérile en modèle réduit, mais bel et bien dangereuse. Elle a tué Quentin en lui piétinant le crâne sur un trottoir… mais elle n’en était pas à son coup d’essai.

Les harcèlements dans les amphithéâtres des facs se sont multipliés ces dernières années

L’utilisation de la violence est théorisée depuis l’origine par les « antifas », branche des « totos » de la grande famille des gauches.  Cette violence n’est pas employée uniquement à des fins défensives comme tentent vicieusement de le faire croire les caciques de la Jeune Garde ; à commencer par leur président et fondateur, le député insoumis Raphaël Arnault. Leur violence est offensive, ciblée. Elle vise quiconque, notamment parmi les jeunes fréquentant les universités, semblera à leurs yeux trop à droite. Les cas de harcèlements de jeunes de droite, voire du centre, et les violences bien concrètes, sont multiples et fréquents depuis plusieurs années. Raphaël Arnault a lui-même été condamné définitivement pour des faits de violence en 2025. Si Quentin n’était pas mort, il n’y aurait peut-être même pas eu de plainte… La plupart de ces faits passent sous les radars. Les policiers ne regarderont plus ces affrontements de rue comme relevant d’un jeu entre les gendarmes et les voleurs, occupant des étudiants oisifs et plutôt bourgeois des deux bords. Il s’agira maintenant de considérer que tout cela constitue un grand trouble à l’ordre public.

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L’autodéfense populaire défendue par l’extrême gauche est en réalité le cache-sexe d’une milice urbaine pensée pour traquer, effrayer et museler. Mais rien de tout ça n’est une découverte. Les antifas s’en vantent depuis longtemps. Animés par un profond sentiment d’impunité doublé d’un fanatisme sectaire, ils ne touchent plus terre depuis l’élection de l’un des leurs à l’Assemblée nationale. Si cet embourgeoisement leur a été reproché par des mouvements plus durs sur le plan idéologique, véritablement révolutionnaires plutôt que centrés sur la criminalité urbaine, il a offert à la Jeune Garde la puissance d’un groupe politique parlementaire et le réseau profond qui va avec.

Même Ruffin est trop facho pour eux

En échange, Jean-Luc Mélenchon a reçu une véritable petite milice à ses ordres. Une force de frappe militante qui intimide aussi à gauche. François Ruffin en a d’ailleurs fait les frais lors de la fête de l’Huma, accueilli sous les huées et aux cris de « Siammo tutti antifascisti » … Dans Le Parisien, un ancien membre de la Jeune Garde témoigne d’une dérive qui était prévisible : « Raphaël, ce n’était pas possible. J’ai fait comme Cem, on s’est mis sur le côté. On ne s’est pas fâchés en frontal mais on savait que ça allait péter. Raphaël, on savait qu’il allait sauter un jour. Par exemple, on savait tous pour son procès (Raphaël Arnault a été condamné en 2022 pour violences en réunion, puis définitivement en 2025). Il se vantait même d’avoir chopé une circonscription et d’être passé inaperçu. » Un militantisme premier degré, sûr d’une conviction : le nazisme serait à nos portes et tous les coups sont permis.De quoi rappeler les années 20 allemandes, où la radicalité du parti communiste contribua pour beaucoup à la future victoire du NSDAP. Voilà peut-être qui pourrait faire méditer l’extrême gauche, si elle n’était pas aussi fanatique et inaccessible à la raison.

Jean-Luc Mélenchon sait donc parfaitement avec qui il nouait un pacte aux élections législatives anticipées en 2024. Il embrassait le mythe « autonome », l’incluait dans la famille de la gauche électoraliste. Et les partis sociaux-démocrates n’ont finalement rien dit, trop excités à la perspective de conserver et de gagner des sièges au sein d’un cartel, se disant sûrement qu’ils pourraient se détacher bien vite de ses encombrants partenaires. Voilà leur salaire : un point de « détail » façon Jean-Marie Le Pen années 1980, un détail qui collera longtemps à la peau de LFI. François Hollande ne s’y est pas trompé, déclarant solennellement que l’alliance avec les troupes de Mélenchon était désormais impossible et que le combat politique ne pouvait pas connaitre une autre forme que l’élection en démocratie.

Cela ne convaincra pas les insoumis, conscients qu’ils sont désormais lancés vers une course à la radicalité de laquelle ils ne peuvent plus se détourner. LFI est aujourd’hui le rassemblement de toutes les gauches ultras. La grande maison des chapelles trotskistes et des autres. Il n’y a plus de retour en arrière possible. Les réactions au lynchage de Quentin en témoignent. La plupart d’entre elles ont minimisé les faits, jusqu’au propre père de Jacques-Elie Favrot qui a déclaré son fils innocent et ne pas penser du tout à la victime pas vraiment innocente. Après tout, contre le mal, les antiméchants ont le droit d’attaquer, de tuer. Ils l’ont fait en 2024, assassinant à la sortie d’un bar un homme portant un tatouage d’une croix de Malte qu’ils avaient confondu avec une croix gammée[1]… Un cas ignoré d’une longue de liste de violences gratuites. 

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Il aura fallu un mort filmé pour que le grand public découvre enfin le péril de l’extrême gauche. Sans cela, les dossiers n’étaient pas médiatisés, voire moqués par les belles âmes ; il faut dire que les antifas ont longtemps servi de nervis, de supplétifs pour interrompre des conférences, ou dégrader les locaux d’adversaires. Ils seront enfin jugés à la hauteur de leur dangerosité. Onze individus sont passés devant la police, parmi lesquels cinq co-auteurs soupçonnés comprenant deux assistants parlementaires de Raphaël Arnault et l’un de ses anciens stagiaires. S’il était autrefois difficile de dissoudre les milices d’extrême gauche, nul doute que cet électrochoc accélèrera considérablement le processus. Demain, la Jeune Garde sera dissoute définitivement devant le Conseil d’Etat. Puis, après-demain, plus personne ne pleurera devant le démantèlement des zads et les expulsions de squats. L’impunité de l’extrême gauche, souvent vue avec un regard tendre et nostalgique, n’est plus.

Les conséquences seront majeures pour notre vie politique enfin débarrassée d’une ombre pesante et dangereuse. Mais aussi pour l’université qui pourra respirer. Il est bien sûr à craindre que cela alimente l’obsidionalité de mouvements paranoïaques, certains tomberont même dans la clandestinité voire le terrorisme, mais ce combat est nécessaire. La France a vécu un moment politique révolutionnaire ces derniers jours.


[1] Lyon : un homme tué lors d’une bagarre de rue dans le quartier de la Guillotière



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Gabriel Robin est journaliste rédacteur en chef des pages société de L'Incorrect et essayiste ("Le Non Du Peuple", éditions du Cerf 2019). Il a été collaborateur politique

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