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Rima Hassan à Sciences-Po, Quentin, et la guerre morale

LFI refuse d’assumer la responsabilité de ses discours incendiaires dans la mort de Quentin


Rima Hassan à Sciences-Po, Quentin, et la guerre morale
L'eurodéputée islamo-gauchiste Rima Hassan à Bordeaux, le 7 novembre 2025 © UGO AMEZ/SIPA

Le parti de Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Manuel Bompard a fait de l’antiracisme et de la question palestinienne une croisade ces dernières années. Il a soutenu la mouvance antifa. Dans cette polarisation, le meurtre de Quentin est une bascule, dont Charles Rojzman analyse ici l’anatomie.


Jeudi, à Sciences-Po Lyon, la députée européenne Rima Hassan prenait la parole. Le thème annoncé : Gaza, la Palestine, Israël. À l’extérieur, le collectif Némésis déployait une banderole de protestation. Deux récits face à face. Deux visions du monde. Deux France qui ne se parlent plus. Quelques heures plus tard, Quentin était lynché dans la rue. Samedi, Quentin était mort. Le procureur a retenu la qualification d’assassinat.

Bascule

Les faits sont distincts. Mais le climat est commun. Il serait confortable de refermer l’événement sur la figure d’un groupe, d’une violence politique isolée, d’une dérive de nervis d’extrême-gauche. Ce serait inquiétant certes. Ce serait faux. Car un acte surgit toujours dans une atmosphère. Et l’atmosphère politique française est aujourd’hui saturée.

Nous ne sommes plus dans un désaccord démocratique ordinaire. Nous sommes entrés dans une guerre morale. À Sciences-Po, Israël n’est plus abordé comme un État pris dans une tragédie historique complexe. Il est présenté comme l’incarnation d’un système : colonial, occidental, oppresseur. La Palestine devient la figure pure de la victime. L’Occident est décrit comme structurellement raciste. Le sionisme est réduit à une faute.

Ce n’est pas un accident rhétorique. C’est une architecture. La gauche radicale contemporaine ne se contente plus de proposer des réformes sociales. Elle redessine le champ politique en catégories morales absolues : dominants et dominés, racisés et privilégiés, antifascistes et fascistes. Dans ce découpage, l’opposition à l’immigration massive n’est plus une question politique. Elle devient une preuve morale. Défendre des frontières, évoquer la transmission culturelle, parler de continuité nationale : cela suffit. Raciste. Le mot tombe. Il ne pèse plus comme autrefois. Il frappe. Et c’est là que réside le cœur du basculement.

Quand l’adversaire politique devient une anomalie morale

Après 1945, accuser quelqu’un de racisme signifiait l’exclure du champ démocratique au nom d’un crime moral lié à une doctrine biologique hiérarchisant les hommes. Cette doctrine est morte scientifiquement. Les races, au sens hiérarchique, n’existent pas. Mais le mot, lui, est devenu stratégique. Il ne sert plus seulement à protéger la dignité humaine. Il sert à redistribuer la légitimité.

On transforme un désaccord en faute. La faute en indignité. L’indignité en disqualification. L’adversaire n’est plus un concurrent. Il devient une anomalie morale.

Si une partie du pays peut être décrite comme structurellement raciste, si ses inquiétudes peuvent être réduites à des pulsions xénophobes, si ses votes peuvent être interprétés comme la défense d’un privilège blanc, alors sa parole est suspecte par nature. Voilà le mécanisme. Et il n’est pas abstrait.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Mort de Quentin: Erreur Système

Les chiffres électoraux le confirment : une majorité des électeurs français se déclarant musulmans qui votent choisissent aujourd’hui La France insoumise. En 2022, près de 69 % ont voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour. En 2024, environ 62 % des votants musulmans ont soutenu la liste LFI aux européennes. L’abstention est forte, les parcours individuels multiples. Mais la dynamique est nette.

La gauche radicale a intégré la cause palestinienne au cœur de son identité politique. Elle a fait de la dénonciation de l’“islamophobie” un marqueur structurant. Elle a articulé immigration, colonialité et racisme structurel dans un même récit. La jeunesse universitaire radicalisée fournit la théorie. Une partie de l’électorat mobilisé fournit la force. À l’approche des prochaines échéances électorales, cette convergence n’est pas un hasard. Elle est stratégique. La polarisation mobilise. La radicalité soude. La dénonciation morale consolide.

Dans ce cadre, la soirée de Sciences-Po n’est pas un simple épisode. Elle est un symptôme. Lorsque la politique devient une lutte pour la pureté morale, lorsque l’adversaire est défini comme porteur d’un mal structurel, lorsque le langage public est saturé d’accusations existentielles, la tension cesse d’être ponctuelle. Elle devient permanente. L’assassinat de Quentin ne peut être compris hors de cette atmosphère. Non parce qu’un meeting provoquerait mécaniquement un crime. Mais parce qu’une société qui transforme ses désaccords en affrontements ontologiques crée un terrain inflammable.

La gauche contre le commun

Il ne s’agit pas seulement de distribuer des responsabilités pénales collectives.
Il s’agit de reconnaître une responsabilité politique du climat. Que produit une stratégie qui repose sur la disqualification morale systématique ? Que devient une démocratie où une partie du peuple est décrite comme suspecte par essence ? On peut gagner une élection par la polarisation. On peut conquérir un bloc par la dénonciation. Mais on affaiblit la possibilité même d’un espace commun.

La gauche radicale parle d’antifascisme, mais étend indéfiniment la définition du fascisme.
Elle parle d’antiracisme, mais transforme le mot en levier de conquête. Et lorsque la morale devient une arme, la politique cesse d’être un débat. Elle devient une croisade. Or les croisades n’engendrent pas la paix civile.

Nous sommes à la veille de nouvelles échéances électorales. Les récits se durcissent. Les camps se solidifient. Les mots brûlent plus vite que les faits. Une démocratie peut survivre aux conflits. Elle survit difficilement à la transformation permanente de ses adversaires en ennemis. Le fer rouge du mot “raciste” devait empêcher le retour de l’horreur. Il est devenu l’instrument d’une recomposition du pouvoir. Et lorsqu’un pays entre dans une guerre morale permanente, il découvre toujours trop tard que la morale, utilisée comme arme, laisse des cicatrices plus profondes que les slogans. C’est cela, le moment que nous traversons.

La société malade

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Essayiste et fondateur d'une approche et d'une école de psychologie politique clinique, " la Thérapie sociale", exercée en France et dans de nombreux pays en prévention ou en réconciliation de violences individuelles et collectives.

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