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Tristan et Yseult à la manière du Japon

Au théâtre de Chaillot, jusqu’au 21 février 2026


Tristan et Yseult à la manière du Japon
© Akihito Abe

Danse. Deux artistes japonais évoquent avec passion le mythe de Tristan et Yseult. Une réussite, mais…


De la sculpture plutôt que de la danse: toute la première partie de Tristan und Isolde est une suite de sculptures mouvantes incarnées successivement par la danseuse Rihoko Sato et le chorégraphe Saburo Teshigawara (Sato Rihoko et Teshigawara Saburo, en bon japonais) dans un univers sombre où d’immenses rideaux noirs évoquent les voiles du navire sur lequel, victimes d’un philtre, Tristan et Yseult s’éprendront l’un de l’autre.

Hors du temps

Des sculptures magnifiques, chantournées, torturées, comme taillées dans des bois précieux, et qui font ressembler la prodigieuse Rihoko Sato à des monstres sacrés comme Mary Wigman (1886-1973) ou comme Martha Graham (1894-1991). Elle qui a chorégraphié ce qu’elle interprète est superbe comme savent l’être ces femmes déjà belles dans leur jeunesse enfuie, mais plus belles encore quand leur visage et leur corps ont été enluminés par l’existence. Quelle se fige un instant dans une attitude tourmentée ou qu’elle déploie en virtuose une gestuelle puissante, elle se métamorphose en figure d’un expressionisme aussi fascinant qu’il est hors du temps.   

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Au fil des années, curieusement, Saburo Teshigawara ressemble toujours davantage à la momie d’Adèle Blanc-Sec telle que l’a dessinée l’illustrateur Tardy. Mais le prodige qu’il a été demeure exceptionnel, même s’il faut reconnaître qu’il fait assez pâle figure face à l’implacable rayonnement de sa partenaire.

Ce méandreux duo entre des êtres qui s’attirent l’un l’autre sans pouvoir se rejoindre, sans parvenir jamais à s’unir, est une très belle transposition du mythe de Tristan et d’Yseult. Elle s’épanouit dans une esthétique mêlée d’expressionnisme allemand et de gestuelle fortement teintée de japonité qu’on pourrait retrouver dans les plus beaux films produits par l’empire du Soleil levant ou dans les tortures de la danse butô.

N’oubliez pas vos boules Quies

C’est la partition de Tristan und Isolde qui accompagne de bout en bout l’ouvrage. Evidemment sublime, mais découpée avec une barbarie assez difficile à digérer, la musique wagnérienne est bien la seule à permettre que s’épanouisse au mieux le duo. Mais on la fait hurler, cette musique, avec une intensité sonore qui conviendrait au Théâtre antique d’Orange et non au cadre restreint de la Salle Firmin Gémier du Théâtre de Chaillot. Cette naïveté funeste de néophytes persuadés que faire beugler ses compositions c’est servir Wagner, cette ignorance aussi des techniciens du théâtre qui devraient savoir maîtriser le niveau sonore, en rendent l’audition insupportable. C’est le seul vrai reproche que l’on puisse faire à cette double création de Rihoko Sato et de Saburo Teshigawara dont l’écriture est si saisissante et si parfaitement belle.

1 heure. 45€



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