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Green Zone grise

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Matt Damon à l'affiche de Green Zone, de Paul Greengrass
Matt Damon à l'affiche de Green Zone, de Paul Greengrass.

Longtemps, Apocalypse Now (1979) a symbolisé la capacité assez effarante des Américains à procéder à leur autocritique d’une manière, disons… tout à leur gloire. Non seulement ils confessaient leurs erreurs, mais encore mettaient-ils en scène leurs propres crimes et en faisaient du si bon cinéma que leur mea culpa n’arrachait au final qu’un sifflement d’admiration : fortiches, ces Yankees ! Eh bien, il est possible qu’avec Green Zone, un film de Paul Greengrass sur l’invasion de l’Irak en 2003[1. Inspiré par le reportage de l’Américain Rajiv Chandrasekaran, Dans la Zone verte : les Américains à Bagdad, éditions de l’Olivier, 2008.], Hollywood se soit encore surpassé. Ce n’est certes pas le premier film critique sur le sujet, ni même le plus spectaculaire, mais c’est incontestablement le plus cash. Et le plus malin.

D’emblée, le spectateur est basculé cul par-dessus tête : c’est un militaire, le sergent Miller, qui va faire éclater la vérité, et qui va le faire notamment contre une journaliste va-t-en-guerre du Wall Street Journal. Narration à fronts renversés, si l’on ose dire, qui permet une première démonstration : l’armée américaine a débarqué en Irak le cœur aussi pur qu’en 1944. Les menteurs sont ailleurs.

[access capability= »lire_inedits »]La complexité des personnages contribue aussi grandement à la subtilité du film : l’acolyte de Miller, un Irakien courageux et idéaliste, finira par tout gâcher par sa soif de justice. L’immonde général irakien en cavale, cheville du régime et coupable de massacres, s’avérera être la seule chance d’une transition pacifique. Quant au représentant de la CIA, loin de camper le méchant attendu, il tiendra un rôle salvateur dans cette histoire. Voilà pour la Mésopotamie compliquée…

Reste la thèse du film, aussi brutale que troublante : la victoire acquise, l’administration Bush a délibérément plongé l’Irak dans le chaos pour couvrir ses mensonges et prolonger ses magouilles. Ses mensonges : Washington a toujours su qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive (ADM) cachées en Irak. Ses magouilles : de Blackwater au fonds Carlyle, on connaît désormais par le menu les affaires juteuses d’un complexe militaro-industriel que dénonçait déjà Eisenhower. Or donc, si les États-Unis ont provoqué l’anarchie en Irak en se privant des cadres de l’armée (rayés des listes du jour au lendemain), ce n’était pas par bêtise et arrogance – comme l’auteur de ces lignes l’a, lui aussi, longtemps pensé… – mais pour éviter que les élites baasistes ne finissent par révéler la vérité sur les ADM. Chassés, traqués, ils restaient des ennemis, hier encore au service d’une dictature abjecte, donc des menteurs en puissance ; remis en selle, ils auraient été crédibles. Écoutés. Et peut-être même crus.

Fortiches, ces Yankees

Mais le véritable tour de force de ce film, c’est l’état d’esprit dans lequel on en sort. La vérité a été dite, les menteurs démasqués… et pourtant ! Quand notre héros militaire crache son indignation à la face du Pentagone – « Comment les gens nous croiront-ils la prochaine fois ? » –, on se dit que, oui, décidément, l’interventionnisme américain aurait peut-être droit à une seconde chance. Que la « prochaine fois », la menace sera peut-être bel et bien réelle, et qu’il faudra alors croire le Washington d’Obama et ses « braves gars ». Un film d’autocritique sur l’invasion de l’Irak démontrant qu’il sera sans doute nécessaire de bombarder, mettons, l’Iran ? Fortiches, ces Yankees.

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Faites des enfants, pas des manifs !

Nous le savions déjà : le Journal du Dimanche – moderne jusqu’au fond des tripes – possède cet art regrettable de s’abattre systématiquement sur le dernier gadget à la mode comme le fier busard sait toujours assaillir mortellement son innocente proie. Dernier exemple en date : l’enthousiasme affligeant affiché par l’hebdomadaire pour le mouvement des « childfree »… ces fastidieux agitateurs mondains qui militent pour que nous cessions – toutes affaires cessantes – de faire des enfants.

En effet, et le JDD nous en informe longuement et laborieusement, il existe un mouvement très pride de « non parents » qui refusent obstinément de procréer pour l’atterrante raison suivante : ne pas « donner naissance à de nouveaux consommateurs-pollueurs » (dixit Théophile de Giraud, un Belge qui a organisé samedi dernier un happening sur ce thème dans le 10ème arrondissement de Paris). Oui, bien entendu, faire des petits bébés n’était jusqu’à présent qu’une sale manie archaïque, totalement inadaptée à la modernité néo-citoyenne et éco-consciente.

De Giraud poursuit : « Dans mon entourage, les childfree sont des gens très ouverts, de bon niveau scolaire. Ce sont souvent des idéalistes ». La « manif » de samedi dernier était organisée, également, sous le patronage de l’entarteur Noël Godin, et de l’irritante Corinne Maier, mère de famille, psychanalyste et auteur(e)-star de l’emblématique essai No Kid, écrit sur quelques kilomètres de malheureuses peaux de chagrin. Ces deux médiatico-clowns-tristes, affublés de leur maître de cérémonie Belge, ont finalement invité les participants à signer un « Grand livre de la stérilité ». Pourquoi pas, après tout ? Tant qu’on est là… Cette soirée de manif s’est terminée dans un sentiment de grande tristesse, qui ne donnera certainement lieu à aucun enfant… ni même à aucune étreinte.

DSK, c’est exquis

Dominique Strauss-Kahn
Dominique Strauss-Kahn. Photo Flickr / International Monetary Fund

Hier, Dominique Strauss-Kahn était l’invité de France 2 pour une interview de près d’une heure où il était difficile de ne pas déceler le candidat à l’élection présidentielle de 2012. Et si sa candidature était ce dont la France a besoin pour déclencher une révolution politique ?

Le candidat idéal ?

Aujourd’hui, trois candidats à la candidature socialiste font la course en tête : DSK, Martine Aubry et Ségolène Royal. La candidate de 2007 semble assez mal partie, même s’il ne faut pas la sous-estimer. Portée par les sondages et une ferveur populaire en 2006, cela semble beaucoup moins le cas aujourd’hui. Martine Aubry semble ne pas le vouloir autant que le président du FMI, qui dispose d’une avance indestructible dans les sondages.

L’immense force de Dominique Strauss-Kahn est clairement son potentiel électoral. Il est sans doute celui qui a le plus de chances de gagner puisqu’il plaît fortement à un électorat de droite et du centre guère convaincu par Nicolas Sarkozy. Et vu la détestation que la gauche porte au président sortant, ses électeurs ne renâcleront pas trop à voter pour lui. En outre DSK est sans doute le meilleur candidat pour éviter que François Bayrou ou Dominique de Villepin ne puisse émerger.

En effet, quel espace politique pourrait-il rester à un candidat du centre ou du centre-droit qui défendrait la globalisation, la rigueur, une réforme a minima du système économique, le tout avec une petite touche sociale, si le président du FMI se présente ? Cela serait bonnet blanc et blanc bonnet. En outre, nul doute que tous les « raisonnables » l’accueilleront comme le fils prodigue revenu de Washington. Il n’y a guère de souci à se faire pour son plan média…

Ce qu’apporte DSK

Alors qu’il est sans doute la meilleure incarnation du système économique qui nous a menés dans le mur, il est peut-être celui qui arrivera à le faire remettre en question, indirectement. En effet, si Martine Aubry représente le Parti Socialiste, alors certains pourront se laisser tenter par sa rhétorique plus gauchiste que l’actuel président du FMI, en oubliant ses incohérences (vouloir augmenter les impôts sur le capital sans remettre en cause leur libre circulation, par exemple).

Avec DSK, pas de risque. Son discours sera le même que celui du centre ou du centre-droit, même s’il essaie d’expliquer qu’il a donné une touche plus sociale au plan de rigueur en Grèce. De manière amusante, il pousse le mimétisme jusqu’à adopter la posture d’Edouard Balladur en 1994 en évoquant son travail pour ne pas répondre aux questions sur sa candidature. Mais si le PS maximise ses chances de gagner en le choisissant, il pourrait bien provoquer une révolution politique en France.

En effet, ce choix provoquerait un appel d’air considérable pour Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan. Il leur serait beaucoup plus facile de dénoncer l’UMPS et la pensée unique avec un tel candidat. DSK pourrait être bien involontairement la clé de la recomposition de la vie politique Française en favorisant l’émergence de vrais mouvements alternatifs, en faisant ouvrir les yeux aux Français de manière définitive sur la proximité entre le PS et un UMP alors débarrassé de Sarkozy.

Pour toutes ses raisons, j’espère bien que Dominique Strauss-Kahn sera le candidat du PS en 2012. Après tout, cela clarifierait les choses et montrerait bien aux Français que le PS et l’UMP ne sont que les deux faces d’une même mondialisation néolibérale…

Texte publié initialement sur le blog de Laurent Pinsolle.

Jean-Claude Trichet, I love you

Jean-Claude Trichet
Jean-Claude Trichet. Photo Flickr / World Economic Forum.

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet, khmer monétariste depuis toujours et directeur de la Banque Centrale Européenne à Francfort depuis 2003. Je l’aime beaucoup parce que j’aime beaucoup la cohérence. Or, Jean-Claude Trichet a une parfaite cohérence qui parfois se confond avec une certaine monomanie, voire un rien de psychorigidité.

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet parce que l’on sait à qui l’on a affaire. Cet homme a la sincérité chevillée au corps. Il dit ce qu’il pense, il pense ce qu’il dit. Par exemple, dans sa lutte à mort à la fin des années 90 avec le Hollandais Wim Duisenberg pour prendre la tête de la BCE, craignant sans doute que sa nationalité (il aurait été citoyen d’un pays jacobin à la souveraineté ombrageuse, peuplé d’assistés qui n’ont qu’une seule idée en tête, bosser moins, gagner plus et s’abreuver aux mamelles melliflues de l’ Etat providence), Jean-Claude Trichet n’hésita pas à déclarer « I’m not a frenchman ».

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet. Il a une personnalité réellement fédératrice. Lorsqu’il prononça son discours de prise de fonctions devant le Parlement Européen, il le fit en anglais. Il réussit ainsi à provoquer un de ces sursauts d’unanimité comme on ne croyait plus qu’ils fussent possibles dans le personnel politique français : l’ensemble des députés européens, de Le Pen à Francis Wurtz, du Front National au PCF en passant par toute la gamme eurobéate du libéralisme social et du social-libéralisme, décida de quitter l’hémicycle.

Mon Dark Vador à moi

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet. C’est un véritable responsable européen. A quoi reconnaît-on un véritable responsable européen ? Il a un pouvoir démesuré, personne ou presque ne le connaît dans le grand public et il est payé royalement. Le traitement annuel de Trichet, et on ne compte pas les frais de représentation, est de 345 252 €. Il faut comprendre ce pauvre homme : il est obligé de vivre l’année entière à Francfort qui est une ville assez triste, connue surtout pour ses saucisses, son aéroport incompréhensible et sa foire internationale du livre, rendez-vous annuel du gratin de l’édition mondiale. Il faut imaginer Jean-Claude Trichet seul, un dimanche, regarder partir les avions ou se promenant entre les rayons des best-sellers américains (ses préférés) en mangeant un hot-dog avec de la moutarde sucrée. Une telle vie mérite des compensations. C’est vrai quoi, tout le monde ne peut pas être fonctionnaire grec et, malgré la retraite à 67 ans et le salaire diminué d’un tiers, voir quand même chaque jour l’Acropole sous le ciel bleu à peine brouillé par le nefos.

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet parce que j’ai toujours aimé les méchants dans les films, ceux qui sont seuls et qui tirent les ficelles. Jean-Claude Trichet, c’est mon Dark Vador à moi. Voilà un homme qui est à la tête de la Banque centrale, qui a obtenu de toutes les nations de l’UE qu’elles transfèrent une bonne partie de leurs réserves d’or dans ses coffres-forts à lui et qui en plus dicte depuis des années, avec le succès qu’on connaît, via les taux directeurs, la politique économique de ces mêmes pays. Une politique assez simple, d’ailleurs, pas du tout dogmatique : euro fort et pas de déficit. Tant pis pour la paupérisation des peuples, la désindustrialisation affolante et la fin des exportations. L’Europe de Jean-Claude Trichet a toujours eu bonne mine jusqu’à ces derniers temps puisqu’il se fiait uniquement, pour juger de sa santé, au teint clair et au sourire léonin de quelques traders de la City.

L’indépendance de la banque centrale, l’équivalent d’une occupation militaire

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet parce qu’il assume parfaitement ses contradictions. Ce libéral de très stricte observance, toujours prompt à citer les USA en exemple, membre de plusieurs de leurs think tank  qui sont persuadés que Keynes était un ancien du NKVD, a toujours plaidé pour une rigoureuse indépendance des banques centrales et de la sienne en particulier. L’indépendance d’une banque centrale, pour un pays, c’est en matière d’économie ce que serait sur le plan militaire une occupation étrangère. On n’est plus maître chez soi et si par hasard, on a envie de dévaluer et de relancer, on peut toujours courir. Ce ne serait pas or-tho-doxe, on vous dit…Regardez les USA… Euh, non, ne regardez pas les USA. Surtout pas. Parce que les USA, c’est « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » et que la banque centrale américaine, la Fed, il n’a jamais été question, même en plein reaganisme, qu’elle soit indépendante. Les USA sont libéraux, mais contrairement à nous, ils n’ont pas oublié au passage ce que souveraineté nationale voulait dire. Et l’on avait beau s’extasier de ce côté si de l’Atlantique sur le pouvoir de son gouverneur, le génial Alan Greenspan, tellement génial qu’il n’a rien vu venir de son propre aveu en septembre 2008, il n’empêche que lorsqu’un président américain prenait son téléphone et lui demandait de faire tourner la planche à billets, il le faisait fissa.

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet. Il vient de donner un entretien au Spiegel. Il dit des choses importantes et graves. Sur un ton churchillien, il dit que nous vivons  « la situation la plus difficile depuis la deuxième guerre mondiale, voire depuis la première ». Puis, pour enfoncer le clou, il utilise la métaphore maoïste : « Nous devons faire un bond en avant dans la surveillance mutuelle des politiques européennes en Europe. Nous avons besoin de meilleurs mécanismes pour prévenir et sanctionner les écarts de conduite (…) Il nous faut une mise en œuvre efficace du contrôle mutuel, nous avons besoin de sanctions efficaces pour les atteintes au Pacte de stabilité et de croissance. »

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet. Sa vision du monde est démentie par les faits, tout s’effondre sous ses pas mais ça ne fait rien. Davantage de surveillance, davantage de contrôle, comme d’habitude, mais pour les Etats, n’est-ce pas, pour les peuples. Pas pour les marchés, surtout pas pour les marchés.

Et tant pis si le seul pacte qui semble à l’œuvre en Europe, par les temps qui courent, est un pacte d’instabilité et de décroissance.

Open bar à Solferino

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Alors que les menaces d’interdictions deviennent certitudes pour l’apéro-géant Facebook prévu ce samedi au Champ de Mars, une solution alternative est peut-être en vue. En effet dans ce même VIIème arrondissement de Paris, le PS vient d’inaugurer un bar « ouvert au public » au rez-de-chaussée de son siège, rue de Solferino. Et comme ledit bar ne sert que des boissons sans alcool, aucun risque d’interdiction. Reste à savoir s’il est ouvert les samedis, ce qui laisserait présager que les camarades barmen font plus que 35 heures hebdo…

Transfert d’enfer

Freud

À première vue, le livre d’Onfray, dont je ne goûte guère l’anticléricalisme convenu ni le néo-gauchisme aux contours flous, avait de quoi susciter chez moi un ennui teinté de résignation.

Tout ce bruit et cette fureur programmés pour les besoins de la promotion incitent au devoir de réserve. Après la défense d’Éric Zemmour, devoir se cogner l' »affaire Freud » racontée par le détective nietzschéen d’Argentan hédoniste et masturbateur n’est guère exaltant. Pauvre Sigmund ! Le voilà donc enrôlé à son tour dans la galaxie de la réaction, comme un vulgaire Cioran ou un sulfureux Joseph de Maistre… Attaqué hier à l’enseigne de l’efficience, Freud est aujourd’hui combattu au nom de la jouissance.

[access capability= »lire_inedits »]Onfray, nihiliste passif

L’antifreudisme fonctionne en France comme un effet de mode, dans un pays où l’on brûle cycliquement ce que l’on a adoré. La psychanalyse, comme dirait Gauchet, a donc été victime du retour de balancier consécutif à la dogmatisation structuraliste de l’inconscient.

Le Livre noir de la psychanalyse était déjà une entreprise de diabolisation et de dénigrement profitable aux lobbies des thérapies cognitives et comportementalistes, bien décidés à faire main basse sur le marché de la psyché. Puis, avec l’amendement Accoyer, la psychanalyse, jadis célébrée comme une grande diva germanopratine, dut encaisser disgrâce et suspicion au point d’être traitée comme un vulgaire naturopathe ou une cartomancienne roumaine.

Assurément, tout cela n’annonçait rien de bon, mais la bête au ventre encore fécond malgré son grand âge s’en tira avec les honneurs et le retrait de l’amendement précité. La psychanalyse ne pouvait se réduire à des performances évaluables par un cabinet d’audit. On pouvait donc continuer de télécharger librement d’inconscient à inconscient sans que l’État ne s’en mêle.

Soulagement provisoire en vérité, car c’était sans compter sur le surgissement dans le ciel éditorial de notre aigle nietzschéen de gauche porteur de la grande nouvelle : Dieu est toujours mort, mais Freud était un admirateur de Mussolini, un complice du régime hitlérien par la théorisation de la pulsion de mort fondant l’adéquation du bourreau et de sa victime, un affabulateur pervers surchargé de cocaïne, un père travaillé par des pulsions incestueuses qui aurait taillé dans sa propre étoffe névrotique un costume de qualité douteuse, un aigrefin ne comptant à son actif aucune guérison, un faux prophète habile habité par la « haine de soi juive », fondateur d’un temple élevé à sa gloire et gardé par un clergé aveuglé, gardien sourcilleux d’une biographie bidonnée mais sous contrôle.

Roudinesco n’a pas eu tort de titrer sa salve anti-Onfray : « Pourquoi tant de haine ? » Pourquoi tant de haine, en effet, et si peu d’humour, surtout venant d’un grand lecteur de la Généalogie de la morale, qui se comporte en l’espèce comme un vulgaire homme du ressentiment, paresseusement fixé au stade médiocre du nihilisme passif.

L’aigle semble bien trop lesté pour prendre son envol. Encore un effort, Michel, pour libérer la vitalité de cette rage mal contenue ! Si le signifiant Freud désigne la joie, avec notre apprenti surhomme, on ne rigole pas tous les jours.

La psychanalyse n’est pas une science : et alors ?

De quoi Freud est-il le nom pour inspirer une passion si haineusement documentée ?

Cette charge éveille nécessairement la curiosité, non pas que la psychanalyse soit vraiment en danger, mais parce que l’entreprise, par sa démesure quasi mégalomane, nous dit quelque chose d’important sur l’époque. Il n’est nullement anodin que le coup vienne de la gauche, au nom de Dionysos et de Wilhelm Reich.

La psychanalyse dispose assurément de défenseurs bien plus qualifiés que moi contre ce réquisitoire. L’ancien analysant que je suis se sent pourtant sommé de réagir au peu de considération affiché par Onfray à l’égard les usagers du divan, ces pauvres gogos aux âmes cabossées et abusés par une pseudo-science fondée par un chamane autrichien cupide et cynique. Pensez donc ! Toute cette monnaie fiduciaire consumée en vain pour une entreprise frauduleuse, procurant au sujet − et encore, dans le meilleur des cas… − les satisfactions d’un vulgaire placebo.

De fait, en dépit peut-être des espoirs de Freud, la psychanalyse n’est pas un département de la science dite médicale comme le sont la neurologie ou l’hématologie. On peut suivre Onfray quand il affirme qu’elle n’est pas une science au sens positiviste du terme, mais est-ce un crime contre l’esprit ?

Loin de conduire à l’effacement du Sujet, la psychanalyse ne s’intéresse qu’à lui. Mais elle considère le moi comme le lieu d’un certain malentendu entre le Sujet et son inconscient. En démontrant cliniquement que notre vérité est précisément ce qui nous échappe, la psychanalyse invite les êtres de langage que nous sommes à vivre une aventure exceptionnelle, bien au-delà de la guérison. L’avènement d’un sujet forgé à son insu par un inconscient que l’on se propose de mettre au travail marque une césure qui a entraîné des effets bien au-delà de la seule psychanalyse et qui devrait intéresser le penseur d’Argentan. Il en résulte un décentrement du sujet, qu’il soit philosophique ou psychanalytique, aussi stimulant pour l’intellect que pour la vie.

Cet inconscient, Onfray ne prétend pas en réfuter l’existence, il conteste la manière dont Freud l’a rendu intelligible, selon une méthodologie qui, selon lui, relèverait davantage du capharnaüm existentiel que de la rigueur scientifique. La technique psychanalytique ne serait donc qu’une pensée magique, une fiction teintée d’occultisme. Il est vrai que Freud était une sorte de sorcier si l’on considère que le transfert noue les inconscients de bien singulière façon.

Un grand absent : le transfert

Justement, le transfert, qui est pourtant la marque de fabrique du champ freudien, est le grand absent de la bagarre. À vrai dire, Onfray témoigne d’une parfaite méconnaissance des effets de transfert, pourtant à l’œuvre bien au-delà des divans. Et pourtant, ne manipule-t-il pas ce phénomène quand il est face à son auditoire « citoyen » de l’Université populaire de Caen, au risque d’être enfermé lui-même dans le statut d’une contre-idole quand il s’est assigné pour mission de les déboulonner ? Cette déclaration de guerre à l’arpenteur de l’inconscient, cet appel à la rébellion contre les milices freudiennes, ces sections d’assaut de la psyché (SAP) qui constitueraient une menace de chaque instant pour les libertés fondamentales, ne sont-ils pas les manifestations de ce qu’on appelle la résistance ? Je gage d’ailleurs que cet hymne à la haine comblera le cortège hyperfestif des contempteurs d’un patriarcat que la modernité triomphante a pourtant méthodiquement détricoté.

Cette année, l’antifreudisme se porte à gauche

En attendant, Élisabeth Roudinesco ne rend guère service à Freud en tombant dans le piège de la reductio ad hitlerum qui ne fait qu’offrir à Onfray le statut victimaire dont il a besoin. S’il y a bien une bêtise à ne pas commettre, c’est de placer la critique d’Onfray sous le signe de la vigilance contre un proto-fascisme s’avançant sous le masque d’un Zarathoustra paillard et hédoniste, prêt à se pacser avec Alain de Benoist dans la grande backroom indo-européenne.

Qu’il ait recyclé et compilé dans son acharnement accusatoire des argumentaires douteux, de provenance idéologique parfois surprenante pour un homme qui clame son ancrage dans une vraie « gauche de gauche » est un fait. On peut entendre, derrière ses accusations obsessionnelles faisant de Freud un être vénal, manipulateur, incestueux, l’écho d’un antisémitisme bas de gamme à peine voilé – et évidemment inconscient. Cela ne nous éclaire en rien sur la motivation – sans doute inconsciente − qui l’a poussé à s’engager dans une telle entreprise de destruction et de délégitimation de Freud et de ses différents héritiers (à l’exception notable de Wilhelm Reich et des freudomarxistes, qui trouvent grâce à ses yeux).

Reste à analyser l’étrange conjonction d’attaques venues de camps si opposés – Dionysos et le CAC 40. Les évaluateurs, adeptes de l’idéologie managériale, zélotes d’une thérapie sacrifiant aux exigences de l’efficience, les ravaudeurs pragmatiques de l’âme et autres gestionnaires de la ressource humaine n’ont a priori rien de commun avec le nietzschéen de gauche tenté un moment par la boutique NPA. Pour quelle raison sont-ils objectivement alliés contre « l’escroquerie morale » que constitue, à leurs yeux, la psychanalyse ? Parce que, sans le savoir, et avec des objectifs diamétralement opposés, ils conspirent à gouverner les conduites : les uns en affirmant le primat de la performance, les autres celui de la jouissance.

Onfray ne le sait pas, mais il est un petit soldat du marché global, l’idiot utile des nouveaux dompteurs d’âmes qui sont à la psyché ce que la gouvernance est à la souveraineté et qui rêvent de corps performants, d’âmes réparables et adaptables aux contraintes de la compétition mondiale, de sphères privées bien tenues où l’on comptabilisera avec un louable souci de transparence ses orgasmes quotidiens, d’où toute trace du monde ancien peuplé de mythes grecs et de lectures bibliques sera extirpée. Pétris d’intentions aimables, les uns et les autres veulent édifier un monde sans autre, ou plutôt un monde où l’autre ne sera qu’un accessoire, un rouage dans l’économie des pulsions, un agent sexuel en même temps qu’économique. La différence entre générations et sexes y sera lissée, toute idée de dette symbolique sera abrogée.

Ce qu’Onfray reproche à Freud, c’est de défendre l’ordre symbolique − en clair, de ne pas être absolument moderne. Réactionnaire, la psychanalyse ? En un sens, oui, et pour notre plus grande joie si l’on comprend par là qu’elle répond à la nécessité de réprimer les pulsions, de favoriser la sublimation. Réactionnaire et donc libératrice, car seule la loi protège les sujets humains de la tyrannie de la jouissance.

Michel Onfray croit sincèrement être porteur d’une pensée rebelle. Il est un pur moderne et il ne le sait pas. Comme tous les modernes.

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Le queer me tanne

SheMale Generation
Photo Flickr / Philippe Leroyer

L’événement vous a sans doute échappé et sans mon ami Georges Liébert qui m’envoie régulièrement par voie de poste tous les indices des progrès ébouriffants de la postmodernité qui lui tombent sous la main, je n’en aurais jamais entendu parler. Du 3 au 6 mai, en guise de zakouski avant « la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie » qui avait lieu, elle, le 17 mai, Sciences Po a accueilli la première Queer Week – une semaine de quatre jours comme il se doit. Pour les ploucs qui comprennent pas de quoi on cause, les organisateurs ont eu la bonté de sous-titrer leur tract : la Queer Week c’est « une semaine du genre et des sexualités ». Et ne croyez pas qu’il s’agissait seulement de bla-bla : en plus des conférences et des débats, les étudiants ont eu droit à des « événements ludiques » et « happenings plus marquants ». J’ai du mal à imaginer un « happening marquant » ou un « événement ludique » dans le hall de ce vénérable établissement que j’ai eu l’honneur de fréquenter, mais ça prouve juste que je ne vis pas avec mon temps.

On veut du queer donc. Selon Wikipédia, ce terme sert « de point de ralliement à ceux qui – hétérosexuels compris – ne se reconnaissent pas dans l’hétérosexisme de la société ». Derrière cet obscur fatras, la grande idée, venue des universités US, c’est qu’il faut en finir avec la dictature de la différence des sexes, imposée par la nature et par l’oppression, et promouvoir le genre dont chacun peut décider en fonction de son humeur du moment et de la couleur de son sac. Si vous pensez être soit un homme, soit une femme, c’est que vous êtes réac ou aliéné par ces vieux carcans. Soyez queer, vous dis-je – ce que vous voulez, quand vous voulez.

Queer studies et gender studies : le retard français

Les promoteurs de cette manifestation, apparemment très appréciée par le directeur de Sciences Po Richard Descoings, ont un agenda : importer les queer studies et les gender studies, domaine dans lesquels la France affiche un insupportable retard. L’universalisme c’est vraiment ringard. Au-delà de l’université, l’objectif est aussi d’irriguer le monde de l’entreprise qui est, hélas, « peu sensibilisé à ces questions ». On attend avec impatience qu’un constructeur automobile envoie ses concessionnaires en stage de sensibilisation aux « problématiques du genre ».

Les défenseurs de ces billevesées qui doivent commencer à paraître vieillottes sur les campus américains peuvent se réjouir. Les temps changent et heureusement. Mai 68 a commencé parce que des garçons voulaient draguer dans les dortoirs des filles. Quel hétéro-centrisme affligeant ! À la pointe avancée de la société, nos partisans du queer mènent le combat pour l’indifférenciation généralisée. Dans leur avenir radieux, il n’y aura plus ni hommes ni femmes. Dans le monde merveilleux du « c’est mon choix », on n’aura plus à choisir.

Un esprit chagrin pourrait trouver fâcheux que ces sympathiques marottes aient droit de cité dans un établissement supposé former, entre autres, les futurs dirigeants du pays. Ils devront peut-être gouverner, c’est-à-dire, précisément choisir. Et aussi faire prévaloir l’intérêt général sur les intérêts particuliers : or ce n’est pas l’individu-roi qu’ils nous promettent mais l’individu-tyran devant les caprices duquel la société devra forcément s’incliner.

On ne s’arrêtera pas là. Il faudra aussi réparer les injustices du passé et créer, à Sciences Po, une filière « queer option trans » – rappelons à cette occasion que la transphobie sévit dans notre pays arriéré. D’ailleurs, je me demande si je ne suis queerphobe sur les bords. C’est juré, avant la prochaine « Semaine du Queer », je me soigne.

Le pays où l’on ne s’arrête jamais

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Santé, retraite : la Grande Bretagne en pleine crise.
Santé, retraite : la Grande Bretagne en pleine crise.

Malgré une hygiène alimentaire déplorable à coups de fish and chips et de panse de brebis farcie au gras, malgré l’abandon progressif pour cause d’obésité galopante et d’apathie généralisée des activités physiques les plus élémentaires comme prendre l’escalier, se lever pour changer de chaîne ou courir derrière un bus, les Britanniques n’échappent pas au vieillissement qui transforme notre vieux continent en un « continent de vieux ».

L’espérance de vie y a été multipliée par deux en un siècle : on prévoit 34 000 centenaires et 50 % de retraités supplémentaires d’ici à 2050, qui comptent bien jouer les Miss Marple, increvable tailleuse de rosiers et détective amateur. Si le montant exact de sa pension n’a jamais été révélé par Agatha Christie, tout laisse supposer une existence assez douce et des fins de mois sans souci. Avait-elle placé ses économies dans l’immobilier, les obligations, les actions ou les fonds de pension ? Mystère. Une chose est certaine : à l’instar de ses compatriotes, Jane ne comptait certainement pas sur l’État pour se la couler douce dans son jardinet.

[access capability= »lire_inedits »]Le contribuable rit, 12 millions de retraités pleurent

Entre cotiser ou se débrouiller tout seuls, fidèles à leur nature libérale, les Britanniques ont choisi depuis longtemps. C’est chacun pour soi et Dieu et mon droit pour tous. L’impôt n’est pas le bienvenu chez Sa Gracieuse Majesté qui, on s’en souvient, n’accepta les taxes sur sa colossale fortune personnelle que contrainte et forcée : Annus horribilis.

Le système est simple et témoigne, comme souvent, de choix à l’exact opposé des nôtres : le contribuable rit, 12 millions de retraités pleurent. La retraite de base versée par le gouvernement ne peut excéder 560 livres par mois pour une personne seule. Soit 58 % du SMIC britannique, quand le salaire moyen est de 2800 livres par mois. À peine de quoi ne pas mourir de faim si on a eu la bonne idée d’être propriétaire de son logement. Cette très faible implication, à peine 5 % du PIB (comme en France… en 1959 !), la plus basse d’Europe à dire vrai, a naturellement pour but d’inciter les salariés à financer eux-mêmes leur cessation d’activité via des fonds complémentaires de pension privés gérés par les employeurs. C’est la fameuse « capitalisation » qui, tel un serpent de mer, s’invite régulièrement dans le débat français, la panacée universelle des finances publiques pour les uns, une catastrophe annoncée pour les autres puisqu’elle vacille au premier trou d’air.

Le moins que l’on puisse dire est que l’exemple britannique sent fortement le contre-exemple. La « Rolls-Royce des régimes de retraite », comme on se plaisait à l’appeler du temps de sa splendeur, quand les versements étaient indexés sur le salaire de fin de carrière, avait pourtant le mérite d’entretenir le système sans douleur pour une bonne moitié des salariés britanniques.

Las, l’éclatement de la bulle Internet en 2000, le krach boursier de 2002 et la crise financière de 2008 ont laissé place à un trou abyssal. Des milliards de livres ont fondu comme peau de chagrin.

Sans compter les comportements au mieux inconscients, au pire crapuleux, de certains investisseurs. Le nom de Maxwell, célèbre magnat de la presse qui vida le fonds de pension de ses salariés pour éponger ses propres dettes, est encore tabou dans un pays où l’on contrôle plus facilement l’interdiction de fumer dans les pubs que la gestion financière.

L’État se sert dans la caisse

L’État lui-même, en la personne de Gordon Brown, alors chancelier de l’Échiquier, n’a pas hésité à ponctionner les fonds. 85 000 vieillards nus comme des vers et défilant néanmoins dans les rues de Londres pour témoigner de leur détresse s’étaient attiré cette réponse sèche de Tony Blair : « Ce n’est pas au contribuable d’éponger les pertes des entreprises privées. » Voilà qui a le mérite d’être clair à défaut d’être socialistement correct.

De fait, l’engrenage est quelque peu terrifiant. Les nouveaux salariés doivent s’adresser dorénavant à des assureurs spécialisés et les anciens n’ont d’autre choix que d’accepter une baisse draconienne des pensions calculées désormais sur la base de toute une carrière de caissière chez Tesco ou chez Sainsbury. Deux millions de retraités vivraient au-dessous du seuil de pauvreté. Au pays de Dickens, il arrive même qu’on meure de froid dans les cottages, surtout quand l’hiver est, comme cette année, particulièrement glacial.

Résultat : les fonds de pension ne font plus recette, en particulier chez les jeunes. Les Britanniques ont fait le choix de la fuite en avant. Leur salaire, ils préfèrent le dépenser ici et maintenant.

Après moi, le déluge ? Pas tout a fait. Ils ont des oursins dans les poches, mais sont prêts à payer de leur personne. Le travail des seniors explose : + 10 % par an. En 2010, pour rencontrer Miss Marple, mieux vaut aller chez Ikea que dans un village du Kent. Elle y est technicienne de rayon à temps partiel. Comme près de 60 % de ses contemporains, elle ne veut pas raccrocher. Très opportunément, la Commission pour l’égalité et les droits de l’homme vient d’ailleurs de produire un rapport où elle juge scandaleuse et discriminatoire la différence entre les âges de départ à la retraite des hommes et des femmes. Soixante-cinq ans pour les premiers, 60 pour les secondes ? Trop injuste. Ce sera 65 ans pour tout le monde en 2020 et 68 d’ici à 2046.

L’aide sociale a vécu : le travail, c’est la santé

L’État ne s’y est pas trompé. Il tient sa solution. À coup de campagnes publicitaires et de labels baptisés « Age Positive Campaign », où une délicieuse vieille dame à cheveux violets et dynamique comme une jouvencelle jongle avec des boîtes de cannellonis entre deux caisses, l’entreprise est courtoisement, mais fermement incitée à embaucher les anciens. Parallèlement, la préretraite est discrètement découragée par l’imposition d’un certificat d’invalidité et le cumul emploi/retraite généreusement autorisé. Les salaires, en nette baisse à partir de 50 ans, et les conditions de travail, sous forme de temps partiels pour 56 % des seniors, sont particulièrement… flexibles et avantageux pour les employeurs.

Ne nous y trompons pas : c’est à un vrai changement de rapport au travail qu’est confrontée la société britannique. Le workfare, plus que le welfare. L’aide sociale a vécu : le travail, c’est la santé.

Avec David Cameron, dont le programme politique se résume à moins d’impôts, moins d’immigrés, moins d’Europe, le workfare est promis à une belle… longévité. Gordon Brown assure ne pas vouloir sacrifier les retraités, mais il lui manque quelques centaines de milliards de pounds pour équilibrer les comptes… N’ayant pas le pouvoir de les faire pousser dans le jardin de Miss Marple qui n’a plus la tête à biner, aura-t-il vraiment le choix ?

Emmenés par une reine de 84 ans plus gaillarde que jamais, elle-même digne fille de la « Queen Mum » qui, jusqu’à 102 ans, enchaîna frénétiquement inaugurations de pouponnières et visites d’écoles de couture avec une fiasque de gin dans le sac à main pour tenir le coup, les seniors britanniques sont désormais ceux qui travaillent le plus longtemps en Europe, et la tendance n’est pas prête de s’inverser. Avec un peu de chance, Charles sera roi à 70 ans. Pour une bonne petite vingtaine d’années.
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Gaspard Proust se la pète

Gaspard Proust
Photo par Rod - Le HibOO

Il y a dorénavant parmi nous, je veux dire à Paris, un apprenti-comique, juvénile et helvétique, qui a choisi pour réussir dans la capitale un genre parfaitement galvaudé. Celui du type blasé et désinvolte, très au dessus de tout ça, c’est-à-dire de vous et moi, et du reste. Costume noir, jamais un sourire, mains dans les poches. On en a connu des dizaines comme ça dans les soirées adolescentes. Ils jouaient qui au ténébreux, qui au cynique, et finissaient par partir avec la fille qu’on reluquait sans cesse, autant qu’on dévisageait le bellâtre lui-même, un œil jaloux sur elle, et l’autre, tout aussi jaloux, sur lui. Depuis on porte des lunettes. Grâce à elles, et au temps qui passe, le charme s’est brisé et c’est surtout le ridicule des gonzes en question qui nous frappe lorsqu’on tombe sur leur avatar contemporain en la personne de Gaspard Proust.
 
« Beauf à gourmette » et « pute à frange » : l’humour classe

On en serait presque à le mépriser, cet avatar, et à passer à autre chose, mais un reste de charité chrétienne nous suggère plutôt de nous laisser porter par ce ressentiment résiduel qui nous vient de nos lointaines humiliations de jeunesse. On moque alors intérieurement l’air sempiternellement absent et méchant du gugusse, sa mine perpétuellement dégagée, qui trahit sans coup férir le besogneux travaillant inlassablement son image dans le miroir. À sa mine hargneuse et dégagée, on dirait un vilain volatile promenant au-dessus d’un long cou de gallinacé un air perpétuellement courroucé, sans qu’on sache trop pourquoi. N’était le pseudonyme que le gazier s’est choisi, on pencherait pour l’hypothèse d’une constipation chronique. Quoique non. Car Gaspard Proust se la pète. C’est un hargneux dégagé et mélancolique, mais qui a tout pour être heureux. Il est tombé il y a peu d’un nid parental bien moelleux sur le confortable matelas que la société du spectacle parisien a bien voulu disposer à son intention. Gaspard Proust est en effet un fils à papa suisse qui a fait HEC mais à Lausanne, pour, nous dit-il dans l’impayable jargon de business school qui, au-delà de toute forme « d’humour » ou même « d’ironie », semble lui être naturel, « accéder plus vite à des postes bien rémunérés ». Comme on le constate, cet immigré apprenti-comique a su adopter la version la moins décente du cynisme convenu qui est aujourd’hui au goût du jour parmi les plus en vue de nos humoristes locaux. C’est ainsi qu’il a assez récemment traité notre président de « beauf à gourmettes » et son épouse de (qu’on me pardonne), « pute à frange ». En fait, il le fait à chaque fois qu’il a l’occasion de jouer son spectacle. « On est assez content que vous ayez élu Nicolas, dit-il exactement en s’adressant à son public français, parce que pour une fois vous avez un président qui ressemble à l’idée qu’on se fait du Français : un beauf à gourmette au bras d’une pute à frange. »
 
Il insulte notre président, on l’applaudit

Traiter une femme de pute à frange, voilà qui peut paraître étonnant pour un homme qui prétend cultiver une élégance surannée, grâce à sa « silhouette fine et bon chic » (selon Libération), mais c’est comme ça. Aujourd’hui quand on est un immigré en France, pour s’attirer les faveurs de ceux qui savent ce qu’il faut penser, il est de bon ton d’insulter les femmes, en particulier lorsqu’il s’agit de la femme du président du pays qui vous accueille. Il parait aussi indispensable d’insulter dans le même mouvement le chef de l’Etat auquel appartient l’immense majorité de ceux qui s’esclaffent devant vous. Je ne sais pas vous, mais moi je me sentirais un peu con à ricaner comme un bossu alors qu’un étranger est en train d’insulter devant moi mon président. Il en le droit, bien sûr, et personne, en tout cas pas moi, ne songe à lui contester ce droit, mais quand même. Les vivats et les hourras que ces insultes lui valent me mettent légèrement, et même, quand j’y pense un peu, carrément, mal à l’aise. On aurait tort cependant d’en vouloir pour autant à Gaspard Proust lui-même. Son snobisme naturel et sa volonté « d’accéder plus vite à des postes bien rémunérés » l’ont naturellement conduit à adopter le ton qui lui permettra d’intégrer triomphalement les cercles médiatiques de notre pays, à coup de ricanement systématique et de mépris des politiques du coin. N’en doutons pas, ce jeune homme de bonne famille a tout pour lui, et nous n’avons pas fini d’en entendre parler. Autant dire que pour un franchouillard comme moi, revenu depuis longtemps des poses des poseurs, et quoiqu’il en soit d’anciennes rancœurs ou de ce que je pense de la politique de Nicolas Sarkozy, c’est ce type-là qui est un beauf parfait : un beauf à col roulé et « tignasse en bataille » (toujours Libération). Le summum du grotesque branchouilleux.
 
Bon, je vous vois venir, avec vos gros sabots agricoles. Tout ça pour ça ? C’est celui qui le dit qui l’est ? C’est pour ça que tu nous as infligé la compagnie de ce Proust jusqu’ici Piffard ? Minute, amis causeurs. Je n’en ai pas tout à fait fini. De fait, je n’ai même pas commencé mon plaidoyer annoncé pour le beauf. Car qui est le beauf ? Le beauf c’est le beau-frère bien sûr. Le prochain dans ce qu’il a de moins choisi, de plus imposé par la société, une autre belle-mère. Un alter-ego qui nous tombe du ciel, pas du tout un ami sur Facebook qu’on peut souverainement accepter ou refuser. Le beauf, c’est celui auquel on se sent en droit de refuser une fraternité républicaine ou catholique pourtant constitutive de sa personne même, s’il est comme son véritable nom l’indique, notre beau-frère. Le beauf, c’est notre voisin, dans ce qu’il a à la fois de plus étranger et de plus proche de nous. Celui qui nous rappelle à notre réalité la plus prosaïque, et que nous rejetons en conséquence dans les ténèbres de l’appartenance et de l’enracinement. Celui qui porte pour nous la malédiction de l’héritage. Celui dont on se distingue. Celui à qui manque la distinction. Celui dont l’épaisseur fangeuse tranche avec le cosmopolitisme aérien dont nous nous réclamons. Celui dont la lourde gourmette de baptême tinte vulgairement. Celui qui ne s’est dégagé de rien mais qui appartient à coup sûr à notre histoire la plus intime, celle que nous rejetons honteusement dans les ténèbres extérieures de nos humiliations les plus secrètes. Le beauf, c’est ce que nous retranchons de nous-mêmes lorsque nous optons pour les lointains abstraits de la mondialisation mondialo-mondiale. Le beauf, lorsque nous l’avons enfin reconnu en nous, devient celui qui veut rompre avec le beauf qui est en lui. Le beauf, c’est le fils du mensonge romantique, l’homme moderne par excellence, chacun d’entre nous. Bref, le beauf, c’est ce qui nous manque quand nous présentons au monde une image avantageuse de nous-mêmes.
 
Autant dire que mon beauf à moi, il pourrait bien s’appeler Gaspard Proust, qu’il me faudrait l’aimer quand même. Moi je vous le dis amis athées, c’est vraiment pas drôle tous les jours d’essayer d’être un bon chrétien.

Précautions de principe

Le site du Nouvel Obs nous apprend cette semaine la découverte du cadavre du propriétaire d’une discothèque de Sanary-sur-Mer (Var), la tête trouée de cinq balles dans sa villa de Bandol. Le parquet de Toulon a bien entendu ouvert une enquête, alors qu’aucune thèse n’est écartée pour expliquer le meurtre, « selon une source proche du dossier ». On peut comprendre ces précautions de langage, mais un peu plus loin, le fin limier du journal rappelle qu’en décembre dernier, un autre commerçant, crépier sur le port de Bandol, avait été également abattu de cinq balles dans la tête. Ne voulant pas tirer lui-même de conclusions hâtives sur les causes de sa mort, il affirme que « la thèse de l’assassinat avait été retenue par les policiers ». Il ne reste plus qu’à espérer que l’autopsie confirmera le décès.

Green Zone grise

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Matt Damon à l'affiche de Green Zone, de Paul Greengrass
Matt Damon à l'affiche de Green Zone, de Paul Greengrass.
Matt Damon à l'affiche de Green Zone, de Paul Greengrass
Matt Damon à l'affiche de Green Zone, de Paul Greengrass.

Longtemps, Apocalypse Now (1979) a symbolisé la capacité assez effarante des Américains à procéder à leur autocritique d’une manière, disons… tout à leur gloire. Non seulement ils confessaient leurs erreurs, mais encore mettaient-ils en scène leurs propres crimes et en faisaient du si bon cinéma que leur mea culpa n’arrachait au final qu’un sifflement d’admiration : fortiches, ces Yankees ! Eh bien, il est possible qu’avec Green Zone, un film de Paul Greengrass sur l’invasion de l’Irak en 2003[1. Inspiré par le reportage de l’Américain Rajiv Chandrasekaran, Dans la Zone verte : les Américains à Bagdad, éditions de l’Olivier, 2008.], Hollywood se soit encore surpassé. Ce n’est certes pas le premier film critique sur le sujet, ni même le plus spectaculaire, mais c’est incontestablement le plus cash. Et le plus malin.

D’emblée, le spectateur est basculé cul par-dessus tête : c’est un militaire, le sergent Miller, qui va faire éclater la vérité, et qui va le faire notamment contre une journaliste va-t-en-guerre du Wall Street Journal. Narration à fronts renversés, si l’on ose dire, qui permet une première démonstration : l’armée américaine a débarqué en Irak le cœur aussi pur qu’en 1944. Les menteurs sont ailleurs.

[access capability= »lire_inedits »]La complexité des personnages contribue aussi grandement à la subtilité du film : l’acolyte de Miller, un Irakien courageux et idéaliste, finira par tout gâcher par sa soif de justice. L’immonde général irakien en cavale, cheville du régime et coupable de massacres, s’avérera être la seule chance d’une transition pacifique. Quant au représentant de la CIA, loin de camper le méchant attendu, il tiendra un rôle salvateur dans cette histoire. Voilà pour la Mésopotamie compliquée…

Reste la thèse du film, aussi brutale que troublante : la victoire acquise, l’administration Bush a délibérément plongé l’Irak dans le chaos pour couvrir ses mensonges et prolonger ses magouilles. Ses mensonges : Washington a toujours su qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive (ADM) cachées en Irak. Ses magouilles : de Blackwater au fonds Carlyle, on connaît désormais par le menu les affaires juteuses d’un complexe militaro-industriel que dénonçait déjà Eisenhower. Or donc, si les États-Unis ont provoqué l’anarchie en Irak en se privant des cadres de l’armée (rayés des listes du jour au lendemain), ce n’était pas par bêtise et arrogance – comme l’auteur de ces lignes l’a, lui aussi, longtemps pensé… – mais pour éviter que les élites baasistes ne finissent par révéler la vérité sur les ADM. Chassés, traqués, ils restaient des ennemis, hier encore au service d’une dictature abjecte, donc des menteurs en puissance ; remis en selle, ils auraient été crédibles. Écoutés. Et peut-être même crus.

Fortiches, ces Yankees

Mais le véritable tour de force de ce film, c’est l’état d’esprit dans lequel on en sort. La vérité a été dite, les menteurs démasqués… et pourtant ! Quand notre héros militaire crache son indignation à la face du Pentagone – « Comment les gens nous croiront-ils la prochaine fois ? » –, on se dit que, oui, décidément, l’interventionnisme américain aurait peut-être droit à une seconde chance. Que la « prochaine fois », la menace sera peut-être bel et bien réelle, et qu’il faudra alors croire le Washington d’Obama et ses « braves gars ». Un film d’autocritique sur l’invasion de l’Irak démontrant qu’il sera sans doute nécessaire de bombarder, mettons, l’Iran ? Fortiches, ces Yankees.

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Faites des enfants, pas des manifs !

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Nous le savions déjà : le Journal du Dimanche – moderne jusqu’au fond des tripes – possède cet art regrettable de s’abattre systématiquement sur le dernier gadget à la mode comme le fier busard sait toujours assaillir mortellement son innocente proie. Dernier exemple en date : l’enthousiasme affligeant affiché par l’hebdomadaire pour le mouvement des « childfree »… ces fastidieux agitateurs mondains qui militent pour que nous cessions – toutes affaires cessantes – de faire des enfants.

En effet, et le JDD nous en informe longuement et laborieusement, il existe un mouvement très pride de « non parents » qui refusent obstinément de procréer pour l’atterrante raison suivante : ne pas « donner naissance à de nouveaux consommateurs-pollueurs » (dixit Théophile de Giraud, un Belge qui a organisé samedi dernier un happening sur ce thème dans le 10ème arrondissement de Paris). Oui, bien entendu, faire des petits bébés n’était jusqu’à présent qu’une sale manie archaïque, totalement inadaptée à la modernité néo-citoyenne et éco-consciente.

De Giraud poursuit : « Dans mon entourage, les childfree sont des gens très ouverts, de bon niveau scolaire. Ce sont souvent des idéalistes ». La « manif » de samedi dernier était organisée, également, sous le patronage de l’entarteur Noël Godin, et de l’irritante Corinne Maier, mère de famille, psychanalyste et auteur(e)-star de l’emblématique essai No Kid, écrit sur quelques kilomètres de malheureuses peaux de chagrin. Ces deux médiatico-clowns-tristes, affublés de leur maître de cérémonie Belge, ont finalement invité les participants à signer un « Grand livre de la stérilité ». Pourquoi pas, après tout ? Tant qu’on est là… Cette soirée de manif s’est terminée dans un sentiment de grande tristesse, qui ne donnera certainement lieu à aucun enfant… ni même à aucune étreinte.

DSK, c’est exquis

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Dominique Strauss-Kahn
Dominique Strauss-Kahn. Photo Flickr / International Monetary Fund
Dominique Strauss-Kahn
Dominique Strauss-Kahn. Photo Flickr / International Monetary Fund

Hier, Dominique Strauss-Kahn était l’invité de France 2 pour une interview de près d’une heure où il était difficile de ne pas déceler le candidat à l’élection présidentielle de 2012. Et si sa candidature était ce dont la France a besoin pour déclencher une révolution politique ?

Le candidat idéal ?

Aujourd’hui, trois candidats à la candidature socialiste font la course en tête : DSK, Martine Aubry et Ségolène Royal. La candidate de 2007 semble assez mal partie, même s’il ne faut pas la sous-estimer. Portée par les sondages et une ferveur populaire en 2006, cela semble beaucoup moins le cas aujourd’hui. Martine Aubry semble ne pas le vouloir autant que le président du FMI, qui dispose d’une avance indestructible dans les sondages.

L’immense force de Dominique Strauss-Kahn est clairement son potentiel électoral. Il est sans doute celui qui a le plus de chances de gagner puisqu’il plaît fortement à un électorat de droite et du centre guère convaincu par Nicolas Sarkozy. Et vu la détestation que la gauche porte au président sortant, ses électeurs ne renâcleront pas trop à voter pour lui. En outre DSK est sans doute le meilleur candidat pour éviter que François Bayrou ou Dominique de Villepin ne puisse émerger.

En effet, quel espace politique pourrait-il rester à un candidat du centre ou du centre-droit qui défendrait la globalisation, la rigueur, une réforme a minima du système économique, le tout avec une petite touche sociale, si le président du FMI se présente ? Cela serait bonnet blanc et blanc bonnet. En outre, nul doute que tous les « raisonnables » l’accueilleront comme le fils prodigue revenu de Washington. Il n’y a guère de souci à se faire pour son plan média…

Ce qu’apporte DSK

Alors qu’il est sans doute la meilleure incarnation du système économique qui nous a menés dans le mur, il est peut-être celui qui arrivera à le faire remettre en question, indirectement. En effet, si Martine Aubry représente le Parti Socialiste, alors certains pourront se laisser tenter par sa rhétorique plus gauchiste que l’actuel président du FMI, en oubliant ses incohérences (vouloir augmenter les impôts sur le capital sans remettre en cause leur libre circulation, par exemple).

Avec DSK, pas de risque. Son discours sera le même que celui du centre ou du centre-droit, même s’il essaie d’expliquer qu’il a donné une touche plus sociale au plan de rigueur en Grèce. De manière amusante, il pousse le mimétisme jusqu’à adopter la posture d’Edouard Balladur en 1994 en évoquant son travail pour ne pas répondre aux questions sur sa candidature. Mais si le PS maximise ses chances de gagner en le choisissant, il pourrait bien provoquer une révolution politique en France.

En effet, ce choix provoquerait un appel d’air considérable pour Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan. Il leur serait beaucoup plus facile de dénoncer l’UMPS et la pensée unique avec un tel candidat. DSK pourrait être bien involontairement la clé de la recomposition de la vie politique Française en favorisant l’émergence de vrais mouvements alternatifs, en faisant ouvrir les yeux aux Français de manière définitive sur la proximité entre le PS et un UMP alors débarrassé de Sarkozy.

Pour toutes ses raisons, j’espère bien que Dominique Strauss-Kahn sera le candidat du PS en 2012. Après tout, cela clarifierait les choses et montrerait bien aux Français que le PS et l’UMP ne sont que les deux faces d’une même mondialisation néolibérale…

Texte publié initialement sur le blog de Laurent Pinsolle.

Jean-Claude Trichet, I love you

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Jean-Claude Trichet
Jean-Claude Trichet. Photo Flickr / World Economic Forum.
Jean-Claude Trichet
Jean-Claude Trichet. Photo Flickr / World Economic Forum.

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet, khmer monétariste depuis toujours et directeur de la Banque Centrale Européenne à Francfort depuis 2003. Je l’aime beaucoup parce que j’aime beaucoup la cohérence. Or, Jean-Claude Trichet a une parfaite cohérence qui parfois se confond avec une certaine monomanie, voire un rien de psychorigidité.

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet parce que l’on sait à qui l’on a affaire. Cet homme a la sincérité chevillée au corps. Il dit ce qu’il pense, il pense ce qu’il dit. Par exemple, dans sa lutte à mort à la fin des années 90 avec le Hollandais Wim Duisenberg pour prendre la tête de la BCE, craignant sans doute que sa nationalité (il aurait été citoyen d’un pays jacobin à la souveraineté ombrageuse, peuplé d’assistés qui n’ont qu’une seule idée en tête, bosser moins, gagner plus et s’abreuver aux mamelles melliflues de l’ Etat providence), Jean-Claude Trichet n’hésita pas à déclarer « I’m not a frenchman ».

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet. Il a une personnalité réellement fédératrice. Lorsqu’il prononça son discours de prise de fonctions devant le Parlement Européen, il le fit en anglais. Il réussit ainsi à provoquer un de ces sursauts d’unanimité comme on ne croyait plus qu’ils fussent possibles dans le personnel politique français : l’ensemble des députés européens, de Le Pen à Francis Wurtz, du Front National au PCF en passant par toute la gamme eurobéate du libéralisme social et du social-libéralisme, décida de quitter l’hémicycle.

Mon Dark Vador à moi

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet. C’est un véritable responsable européen. A quoi reconnaît-on un véritable responsable européen ? Il a un pouvoir démesuré, personne ou presque ne le connaît dans le grand public et il est payé royalement. Le traitement annuel de Trichet, et on ne compte pas les frais de représentation, est de 345 252 €. Il faut comprendre ce pauvre homme : il est obligé de vivre l’année entière à Francfort qui est une ville assez triste, connue surtout pour ses saucisses, son aéroport incompréhensible et sa foire internationale du livre, rendez-vous annuel du gratin de l’édition mondiale. Il faut imaginer Jean-Claude Trichet seul, un dimanche, regarder partir les avions ou se promenant entre les rayons des best-sellers américains (ses préférés) en mangeant un hot-dog avec de la moutarde sucrée. Une telle vie mérite des compensations. C’est vrai quoi, tout le monde ne peut pas être fonctionnaire grec et, malgré la retraite à 67 ans et le salaire diminué d’un tiers, voir quand même chaque jour l’Acropole sous le ciel bleu à peine brouillé par le nefos.

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet parce que j’ai toujours aimé les méchants dans les films, ceux qui sont seuls et qui tirent les ficelles. Jean-Claude Trichet, c’est mon Dark Vador à moi. Voilà un homme qui est à la tête de la Banque centrale, qui a obtenu de toutes les nations de l’UE qu’elles transfèrent une bonne partie de leurs réserves d’or dans ses coffres-forts à lui et qui en plus dicte depuis des années, avec le succès qu’on connaît, via les taux directeurs, la politique économique de ces mêmes pays. Une politique assez simple, d’ailleurs, pas du tout dogmatique : euro fort et pas de déficit. Tant pis pour la paupérisation des peuples, la désindustrialisation affolante et la fin des exportations. L’Europe de Jean-Claude Trichet a toujours eu bonne mine jusqu’à ces derniers temps puisqu’il se fiait uniquement, pour juger de sa santé, au teint clair et au sourire léonin de quelques traders de la City.

L’indépendance de la banque centrale, l’équivalent d’une occupation militaire

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet parce qu’il assume parfaitement ses contradictions. Ce libéral de très stricte observance, toujours prompt à citer les USA en exemple, membre de plusieurs de leurs think tank  qui sont persuadés que Keynes était un ancien du NKVD, a toujours plaidé pour une rigoureuse indépendance des banques centrales et de la sienne en particulier. L’indépendance d’une banque centrale, pour un pays, c’est en matière d’économie ce que serait sur le plan militaire une occupation étrangère. On n’est plus maître chez soi et si par hasard, on a envie de dévaluer et de relancer, on peut toujours courir. Ce ne serait pas or-tho-doxe, on vous dit…Regardez les USA… Euh, non, ne regardez pas les USA. Surtout pas. Parce que les USA, c’est « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » et que la banque centrale américaine, la Fed, il n’a jamais été question, même en plein reaganisme, qu’elle soit indépendante. Les USA sont libéraux, mais contrairement à nous, ils n’ont pas oublié au passage ce que souveraineté nationale voulait dire. Et l’on avait beau s’extasier de ce côté si de l’Atlantique sur le pouvoir de son gouverneur, le génial Alan Greenspan, tellement génial qu’il n’a rien vu venir de son propre aveu en septembre 2008, il n’empêche que lorsqu’un président américain prenait son téléphone et lui demandait de faire tourner la planche à billets, il le faisait fissa.

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet. Il vient de donner un entretien au Spiegel. Il dit des choses importantes et graves. Sur un ton churchillien, il dit que nous vivons  « la situation la plus difficile depuis la deuxième guerre mondiale, voire depuis la première ». Puis, pour enfoncer le clou, il utilise la métaphore maoïste : « Nous devons faire un bond en avant dans la surveillance mutuelle des politiques européennes en Europe. Nous avons besoin de meilleurs mécanismes pour prévenir et sanctionner les écarts de conduite (…) Il nous faut une mise en œuvre efficace du contrôle mutuel, nous avons besoin de sanctions efficaces pour les atteintes au Pacte de stabilité et de croissance. »

J’aime beaucoup Jean-Claude Trichet. Sa vision du monde est démentie par les faits, tout s’effondre sous ses pas mais ça ne fait rien. Davantage de surveillance, davantage de contrôle, comme d’habitude, mais pour les Etats, n’est-ce pas, pour les peuples. Pas pour les marchés, surtout pas pour les marchés.

Et tant pis si le seul pacte qui semble à l’œuvre en Europe, par les temps qui courent, est un pacte d’instabilité et de décroissance.

Open bar à Solferino

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Alors que les menaces d’interdictions deviennent certitudes pour l’apéro-géant Facebook prévu ce samedi au Champ de Mars, une solution alternative est peut-être en vue. En effet dans ce même VIIème arrondissement de Paris, le PS vient d’inaugurer un bar « ouvert au public » au rez-de-chaussée de son siège, rue de Solferino. Et comme ledit bar ne sert que des boissons sans alcool, aucun risque d’interdiction. Reste à savoir s’il est ouvert les samedis, ce qui laisserait présager que les camarades barmen font plus que 35 heures hebdo…

Transfert d’enfer

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Freud

À première vue, le livre d’Onfray, dont je ne goûte guère l’anticléricalisme convenu ni le néo-gauchisme aux contours flous, avait de quoi susciter chez moi un ennui teinté de résignation.

Tout ce bruit et cette fureur programmés pour les besoins de la promotion incitent au devoir de réserve. Après la défense d’Éric Zemmour, devoir se cogner l' »affaire Freud » racontée par le détective nietzschéen d’Argentan hédoniste et masturbateur n’est guère exaltant. Pauvre Sigmund ! Le voilà donc enrôlé à son tour dans la galaxie de la réaction, comme un vulgaire Cioran ou un sulfureux Joseph de Maistre… Attaqué hier à l’enseigne de l’efficience, Freud est aujourd’hui combattu au nom de la jouissance.

[access capability= »lire_inedits »]Onfray, nihiliste passif

L’antifreudisme fonctionne en France comme un effet de mode, dans un pays où l’on brûle cycliquement ce que l’on a adoré. La psychanalyse, comme dirait Gauchet, a donc été victime du retour de balancier consécutif à la dogmatisation structuraliste de l’inconscient.

Le Livre noir de la psychanalyse était déjà une entreprise de diabolisation et de dénigrement profitable aux lobbies des thérapies cognitives et comportementalistes, bien décidés à faire main basse sur le marché de la psyché. Puis, avec l’amendement Accoyer, la psychanalyse, jadis célébrée comme une grande diva germanopratine, dut encaisser disgrâce et suspicion au point d’être traitée comme un vulgaire naturopathe ou une cartomancienne roumaine.

Assurément, tout cela n’annonçait rien de bon, mais la bête au ventre encore fécond malgré son grand âge s’en tira avec les honneurs et le retrait de l’amendement précité. La psychanalyse ne pouvait se réduire à des performances évaluables par un cabinet d’audit. On pouvait donc continuer de télécharger librement d’inconscient à inconscient sans que l’État ne s’en mêle.

Soulagement provisoire en vérité, car c’était sans compter sur le surgissement dans le ciel éditorial de notre aigle nietzschéen de gauche porteur de la grande nouvelle : Dieu est toujours mort, mais Freud était un admirateur de Mussolini, un complice du régime hitlérien par la théorisation de la pulsion de mort fondant l’adéquation du bourreau et de sa victime, un affabulateur pervers surchargé de cocaïne, un père travaillé par des pulsions incestueuses qui aurait taillé dans sa propre étoffe névrotique un costume de qualité douteuse, un aigrefin ne comptant à son actif aucune guérison, un faux prophète habile habité par la « haine de soi juive », fondateur d’un temple élevé à sa gloire et gardé par un clergé aveuglé, gardien sourcilleux d’une biographie bidonnée mais sous contrôle.

Roudinesco n’a pas eu tort de titrer sa salve anti-Onfray : « Pourquoi tant de haine ? » Pourquoi tant de haine, en effet, et si peu d’humour, surtout venant d’un grand lecteur de la Généalogie de la morale, qui se comporte en l’espèce comme un vulgaire homme du ressentiment, paresseusement fixé au stade médiocre du nihilisme passif.

L’aigle semble bien trop lesté pour prendre son envol. Encore un effort, Michel, pour libérer la vitalité de cette rage mal contenue ! Si le signifiant Freud désigne la joie, avec notre apprenti surhomme, on ne rigole pas tous les jours.

La psychanalyse n’est pas une science : et alors ?

De quoi Freud est-il le nom pour inspirer une passion si haineusement documentée ?

Cette charge éveille nécessairement la curiosité, non pas que la psychanalyse soit vraiment en danger, mais parce que l’entreprise, par sa démesure quasi mégalomane, nous dit quelque chose d’important sur l’époque. Il n’est nullement anodin que le coup vienne de la gauche, au nom de Dionysos et de Wilhelm Reich.

La psychanalyse dispose assurément de défenseurs bien plus qualifiés que moi contre ce réquisitoire. L’ancien analysant que je suis se sent pourtant sommé de réagir au peu de considération affiché par Onfray à l’égard les usagers du divan, ces pauvres gogos aux âmes cabossées et abusés par une pseudo-science fondée par un chamane autrichien cupide et cynique. Pensez donc ! Toute cette monnaie fiduciaire consumée en vain pour une entreprise frauduleuse, procurant au sujet − et encore, dans le meilleur des cas… − les satisfactions d’un vulgaire placebo.

De fait, en dépit peut-être des espoirs de Freud, la psychanalyse n’est pas un département de la science dite médicale comme le sont la neurologie ou l’hématologie. On peut suivre Onfray quand il affirme qu’elle n’est pas une science au sens positiviste du terme, mais est-ce un crime contre l’esprit ?

Loin de conduire à l’effacement du Sujet, la psychanalyse ne s’intéresse qu’à lui. Mais elle considère le moi comme le lieu d’un certain malentendu entre le Sujet et son inconscient. En démontrant cliniquement que notre vérité est précisément ce qui nous échappe, la psychanalyse invite les êtres de langage que nous sommes à vivre une aventure exceptionnelle, bien au-delà de la guérison. L’avènement d’un sujet forgé à son insu par un inconscient que l’on se propose de mettre au travail marque une césure qui a entraîné des effets bien au-delà de la seule psychanalyse et qui devrait intéresser le penseur d’Argentan. Il en résulte un décentrement du sujet, qu’il soit philosophique ou psychanalytique, aussi stimulant pour l’intellect que pour la vie.

Cet inconscient, Onfray ne prétend pas en réfuter l’existence, il conteste la manière dont Freud l’a rendu intelligible, selon une méthodologie qui, selon lui, relèverait davantage du capharnaüm existentiel que de la rigueur scientifique. La technique psychanalytique ne serait donc qu’une pensée magique, une fiction teintée d’occultisme. Il est vrai que Freud était une sorte de sorcier si l’on considère que le transfert noue les inconscients de bien singulière façon.

Un grand absent : le transfert

Justement, le transfert, qui est pourtant la marque de fabrique du champ freudien, est le grand absent de la bagarre. À vrai dire, Onfray témoigne d’une parfaite méconnaissance des effets de transfert, pourtant à l’œuvre bien au-delà des divans. Et pourtant, ne manipule-t-il pas ce phénomène quand il est face à son auditoire « citoyen » de l’Université populaire de Caen, au risque d’être enfermé lui-même dans le statut d’une contre-idole quand il s’est assigné pour mission de les déboulonner ? Cette déclaration de guerre à l’arpenteur de l’inconscient, cet appel à la rébellion contre les milices freudiennes, ces sections d’assaut de la psyché (SAP) qui constitueraient une menace de chaque instant pour les libertés fondamentales, ne sont-ils pas les manifestations de ce qu’on appelle la résistance ? Je gage d’ailleurs que cet hymne à la haine comblera le cortège hyperfestif des contempteurs d’un patriarcat que la modernité triomphante a pourtant méthodiquement détricoté.

Cette année, l’antifreudisme se porte à gauche

En attendant, Élisabeth Roudinesco ne rend guère service à Freud en tombant dans le piège de la reductio ad hitlerum qui ne fait qu’offrir à Onfray le statut victimaire dont il a besoin. S’il y a bien une bêtise à ne pas commettre, c’est de placer la critique d’Onfray sous le signe de la vigilance contre un proto-fascisme s’avançant sous le masque d’un Zarathoustra paillard et hédoniste, prêt à se pacser avec Alain de Benoist dans la grande backroom indo-européenne.

Qu’il ait recyclé et compilé dans son acharnement accusatoire des argumentaires douteux, de provenance idéologique parfois surprenante pour un homme qui clame son ancrage dans une vraie « gauche de gauche » est un fait. On peut entendre, derrière ses accusations obsessionnelles faisant de Freud un être vénal, manipulateur, incestueux, l’écho d’un antisémitisme bas de gamme à peine voilé – et évidemment inconscient. Cela ne nous éclaire en rien sur la motivation – sans doute inconsciente − qui l’a poussé à s’engager dans une telle entreprise de destruction et de délégitimation de Freud et de ses différents héritiers (à l’exception notable de Wilhelm Reich et des freudomarxistes, qui trouvent grâce à ses yeux).

Reste à analyser l’étrange conjonction d’attaques venues de camps si opposés – Dionysos et le CAC 40. Les évaluateurs, adeptes de l’idéologie managériale, zélotes d’une thérapie sacrifiant aux exigences de l’efficience, les ravaudeurs pragmatiques de l’âme et autres gestionnaires de la ressource humaine n’ont a priori rien de commun avec le nietzschéen de gauche tenté un moment par la boutique NPA. Pour quelle raison sont-ils objectivement alliés contre « l’escroquerie morale » que constitue, à leurs yeux, la psychanalyse ? Parce que, sans le savoir, et avec des objectifs diamétralement opposés, ils conspirent à gouverner les conduites : les uns en affirmant le primat de la performance, les autres celui de la jouissance.

Onfray ne le sait pas, mais il est un petit soldat du marché global, l’idiot utile des nouveaux dompteurs d’âmes qui sont à la psyché ce que la gouvernance est à la souveraineté et qui rêvent de corps performants, d’âmes réparables et adaptables aux contraintes de la compétition mondiale, de sphères privées bien tenues où l’on comptabilisera avec un louable souci de transparence ses orgasmes quotidiens, d’où toute trace du monde ancien peuplé de mythes grecs et de lectures bibliques sera extirpée. Pétris d’intentions aimables, les uns et les autres veulent édifier un monde sans autre, ou plutôt un monde où l’autre ne sera qu’un accessoire, un rouage dans l’économie des pulsions, un agent sexuel en même temps qu’économique. La différence entre générations et sexes y sera lissée, toute idée de dette symbolique sera abrogée.

Ce qu’Onfray reproche à Freud, c’est de défendre l’ordre symbolique − en clair, de ne pas être absolument moderne. Réactionnaire, la psychanalyse ? En un sens, oui, et pour notre plus grande joie si l’on comprend par là qu’elle répond à la nécessité de réprimer les pulsions, de favoriser la sublimation. Réactionnaire et donc libératrice, car seule la loi protège les sujets humains de la tyrannie de la jouissance.

Michel Onfray croit sincèrement être porteur d’une pensée rebelle. Il est un pur moderne et il ne le sait pas. Comme tous les modernes.

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Le queer me tanne

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Homo Sweet Homo
Photo Flickr / crafty_dame
SheMale Generation
Photo Flickr / Philippe Leroyer

L’événement vous a sans doute échappé et sans mon ami Georges Liébert qui m’envoie régulièrement par voie de poste tous les indices des progrès ébouriffants de la postmodernité qui lui tombent sous la main, je n’en aurais jamais entendu parler. Du 3 au 6 mai, en guise de zakouski avant « la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie » qui avait lieu, elle, le 17 mai, Sciences Po a accueilli la première Queer Week – une semaine de quatre jours comme il se doit. Pour les ploucs qui comprennent pas de quoi on cause, les organisateurs ont eu la bonté de sous-titrer leur tract : la Queer Week c’est « une semaine du genre et des sexualités ». Et ne croyez pas qu’il s’agissait seulement de bla-bla : en plus des conférences et des débats, les étudiants ont eu droit à des « événements ludiques » et « happenings plus marquants ». J’ai du mal à imaginer un « happening marquant » ou un « événement ludique » dans le hall de ce vénérable établissement que j’ai eu l’honneur de fréquenter, mais ça prouve juste que je ne vis pas avec mon temps.

On veut du queer donc. Selon Wikipédia, ce terme sert « de point de ralliement à ceux qui – hétérosexuels compris – ne se reconnaissent pas dans l’hétérosexisme de la société ». Derrière cet obscur fatras, la grande idée, venue des universités US, c’est qu’il faut en finir avec la dictature de la différence des sexes, imposée par la nature et par l’oppression, et promouvoir le genre dont chacun peut décider en fonction de son humeur du moment et de la couleur de son sac. Si vous pensez être soit un homme, soit une femme, c’est que vous êtes réac ou aliéné par ces vieux carcans. Soyez queer, vous dis-je – ce que vous voulez, quand vous voulez.

Queer studies et gender studies : le retard français

Les promoteurs de cette manifestation, apparemment très appréciée par le directeur de Sciences Po Richard Descoings, ont un agenda : importer les queer studies et les gender studies, domaine dans lesquels la France affiche un insupportable retard. L’universalisme c’est vraiment ringard. Au-delà de l’université, l’objectif est aussi d’irriguer le monde de l’entreprise qui est, hélas, « peu sensibilisé à ces questions ». On attend avec impatience qu’un constructeur automobile envoie ses concessionnaires en stage de sensibilisation aux « problématiques du genre ».

Les défenseurs de ces billevesées qui doivent commencer à paraître vieillottes sur les campus américains peuvent se réjouir. Les temps changent et heureusement. Mai 68 a commencé parce que des garçons voulaient draguer dans les dortoirs des filles. Quel hétéro-centrisme affligeant ! À la pointe avancée de la société, nos partisans du queer mènent le combat pour l’indifférenciation généralisée. Dans leur avenir radieux, il n’y aura plus ni hommes ni femmes. Dans le monde merveilleux du « c’est mon choix », on n’aura plus à choisir.

Un esprit chagrin pourrait trouver fâcheux que ces sympathiques marottes aient droit de cité dans un établissement supposé former, entre autres, les futurs dirigeants du pays. Ils devront peut-être gouverner, c’est-à-dire, précisément choisir. Et aussi faire prévaloir l’intérêt général sur les intérêts particuliers : or ce n’est pas l’individu-roi qu’ils nous promettent mais l’individu-tyran devant les caprices duquel la société devra forcément s’incliner.

On ne s’arrêtera pas là. Il faudra aussi réparer les injustices du passé et créer, à Sciences Po, une filière « queer option trans » – rappelons à cette occasion que la transphobie sévit dans notre pays arriéré. D’ailleurs, je me demande si je ne suis queerphobe sur les bords. C’est juré, avant la prochaine « Semaine du Queer », je me soigne.

Le pays où l’on ne s’arrête jamais

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Santé, retraite : la Grande Bretagne en pleine crise.
Santé, retraite : la Grande Bretagne en pleine crise.
Santé, retraite : la Grande Bretagne en pleine crise.
Santé, retraite : la Grande Bretagne en pleine crise.

Malgré une hygiène alimentaire déplorable à coups de fish and chips et de panse de brebis farcie au gras, malgré l’abandon progressif pour cause d’obésité galopante et d’apathie généralisée des activités physiques les plus élémentaires comme prendre l’escalier, se lever pour changer de chaîne ou courir derrière un bus, les Britanniques n’échappent pas au vieillissement qui transforme notre vieux continent en un « continent de vieux ».

L’espérance de vie y a été multipliée par deux en un siècle : on prévoit 34 000 centenaires et 50 % de retraités supplémentaires d’ici à 2050, qui comptent bien jouer les Miss Marple, increvable tailleuse de rosiers et détective amateur. Si le montant exact de sa pension n’a jamais été révélé par Agatha Christie, tout laisse supposer une existence assez douce et des fins de mois sans souci. Avait-elle placé ses économies dans l’immobilier, les obligations, les actions ou les fonds de pension ? Mystère. Une chose est certaine : à l’instar de ses compatriotes, Jane ne comptait certainement pas sur l’État pour se la couler douce dans son jardinet.

[access capability= »lire_inedits »]Le contribuable rit, 12 millions de retraités pleurent

Entre cotiser ou se débrouiller tout seuls, fidèles à leur nature libérale, les Britanniques ont choisi depuis longtemps. C’est chacun pour soi et Dieu et mon droit pour tous. L’impôt n’est pas le bienvenu chez Sa Gracieuse Majesté qui, on s’en souvient, n’accepta les taxes sur sa colossale fortune personnelle que contrainte et forcée : Annus horribilis.

Le système est simple et témoigne, comme souvent, de choix à l’exact opposé des nôtres : le contribuable rit, 12 millions de retraités pleurent. La retraite de base versée par le gouvernement ne peut excéder 560 livres par mois pour une personne seule. Soit 58 % du SMIC britannique, quand le salaire moyen est de 2800 livres par mois. À peine de quoi ne pas mourir de faim si on a eu la bonne idée d’être propriétaire de son logement. Cette très faible implication, à peine 5 % du PIB (comme en France… en 1959 !), la plus basse d’Europe à dire vrai, a naturellement pour but d’inciter les salariés à financer eux-mêmes leur cessation d’activité via des fonds complémentaires de pension privés gérés par les employeurs. C’est la fameuse « capitalisation » qui, tel un serpent de mer, s’invite régulièrement dans le débat français, la panacée universelle des finances publiques pour les uns, une catastrophe annoncée pour les autres puisqu’elle vacille au premier trou d’air.

Le moins que l’on puisse dire est que l’exemple britannique sent fortement le contre-exemple. La « Rolls-Royce des régimes de retraite », comme on se plaisait à l’appeler du temps de sa splendeur, quand les versements étaient indexés sur le salaire de fin de carrière, avait pourtant le mérite d’entretenir le système sans douleur pour une bonne moitié des salariés britanniques.

Las, l’éclatement de la bulle Internet en 2000, le krach boursier de 2002 et la crise financière de 2008 ont laissé place à un trou abyssal. Des milliards de livres ont fondu comme peau de chagrin.

Sans compter les comportements au mieux inconscients, au pire crapuleux, de certains investisseurs. Le nom de Maxwell, célèbre magnat de la presse qui vida le fonds de pension de ses salariés pour éponger ses propres dettes, est encore tabou dans un pays où l’on contrôle plus facilement l’interdiction de fumer dans les pubs que la gestion financière.

L’État se sert dans la caisse

L’État lui-même, en la personne de Gordon Brown, alors chancelier de l’Échiquier, n’a pas hésité à ponctionner les fonds. 85 000 vieillards nus comme des vers et défilant néanmoins dans les rues de Londres pour témoigner de leur détresse s’étaient attiré cette réponse sèche de Tony Blair : « Ce n’est pas au contribuable d’éponger les pertes des entreprises privées. » Voilà qui a le mérite d’être clair à défaut d’être socialistement correct.

De fait, l’engrenage est quelque peu terrifiant. Les nouveaux salariés doivent s’adresser dorénavant à des assureurs spécialisés et les anciens n’ont d’autre choix que d’accepter une baisse draconienne des pensions calculées désormais sur la base de toute une carrière de caissière chez Tesco ou chez Sainsbury. Deux millions de retraités vivraient au-dessous du seuil de pauvreté. Au pays de Dickens, il arrive même qu’on meure de froid dans les cottages, surtout quand l’hiver est, comme cette année, particulièrement glacial.

Résultat : les fonds de pension ne font plus recette, en particulier chez les jeunes. Les Britanniques ont fait le choix de la fuite en avant. Leur salaire, ils préfèrent le dépenser ici et maintenant.

Après moi, le déluge ? Pas tout a fait. Ils ont des oursins dans les poches, mais sont prêts à payer de leur personne. Le travail des seniors explose : + 10 % par an. En 2010, pour rencontrer Miss Marple, mieux vaut aller chez Ikea que dans un village du Kent. Elle y est technicienne de rayon à temps partiel. Comme près de 60 % de ses contemporains, elle ne veut pas raccrocher. Très opportunément, la Commission pour l’égalité et les droits de l’homme vient d’ailleurs de produire un rapport où elle juge scandaleuse et discriminatoire la différence entre les âges de départ à la retraite des hommes et des femmes. Soixante-cinq ans pour les premiers, 60 pour les secondes ? Trop injuste. Ce sera 65 ans pour tout le monde en 2020 et 68 d’ici à 2046.

L’aide sociale a vécu : le travail, c’est la santé

L’État ne s’y est pas trompé. Il tient sa solution. À coup de campagnes publicitaires et de labels baptisés « Age Positive Campaign », où une délicieuse vieille dame à cheveux violets et dynamique comme une jouvencelle jongle avec des boîtes de cannellonis entre deux caisses, l’entreprise est courtoisement, mais fermement incitée à embaucher les anciens. Parallèlement, la préretraite est discrètement découragée par l’imposition d’un certificat d’invalidité et le cumul emploi/retraite généreusement autorisé. Les salaires, en nette baisse à partir de 50 ans, et les conditions de travail, sous forme de temps partiels pour 56 % des seniors, sont particulièrement… flexibles et avantageux pour les employeurs.

Ne nous y trompons pas : c’est à un vrai changement de rapport au travail qu’est confrontée la société britannique. Le workfare, plus que le welfare. L’aide sociale a vécu : le travail, c’est la santé.

Avec David Cameron, dont le programme politique se résume à moins d’impôts, moins d’immigrés, moins d’Europe, le workfare est promis à une belle… longévité. Gordon Brown assure ne pas vouloir sacrifier les retraités, mais il lui manque quelques centaines de milliards de pounds pour équilibrer les comptes… N’ayant pas le pouvoir de les faire pousser dans le jardin de Miss Marple qui n’a plus la tête à biner, aura-t-il vraiment le choix ?

Emmenés par une reine de 84 ans plus gaillarde que jamais, elle-même digne fille de la « Queen Mum » qui, jusqu’à 102 ans, enchaîna frénétiquement inaugurations de pouponnières et visites d’écoles de couture avec une fiasque de gin dans le sac à main pour tenir le coup, les seniors britanniques sont désormais ceux qui travaillent le plus longtemps en Europe, et la tendance n’est pas prête de s’inverser. Avec un peu de chance, Charles sera roi à 70 ans. Pour une bonne petite vingtaine d’années.
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Gaspard Proust se la pète

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Gaspard Proust
Photo par Rod - Le HibOO
Gaspard Proust
Photo par Rod - Le HibOO

Il y a dorénavant parmi nous, je veux dire à Paris, un apprenti-comique, juvénile et helvétique, qui a choisi pour réussir dans la capitale un genre parfaitement galvaudé. Celui du type blasé et désinvolte, très au dessus de tout ça, c’est-à-dire de vous et moi, et du reste. Costume noir, jamais un sourire, mains dans les poches. On en a connu des dizaines comme ça dans les soirées adolescentes. Ils jouaient qui au ténébreux, qui au cynique, et finissaient par partir avec la fille qu’on reluquait sans cesse, autant qu’on dévisageait le bellâtre lui-même, un œil jaloux sur elle, et l’autre, tout aussi jaloux, sur lui. Depuis on porte des lunettes. Grâce à elles, et au temps qui passe, le charme s’est brisé et c’est surtout le ridicule des gonzes en question qui nous frappe lorsqu’on tombe sur leur avatar contemporain en la personne de Gaspard Proust.
 
« Beauf à gourmette » et « pute à frange » : l’humour classe

On en serait presque à le mépriser, cet avatar, et à passer à autre chose, mais un reste de charité chrétienne nous suggère plutôt de nous laisser porter par ce ressentiment résiduel qui nous vient de nos lointaines humiliations de jeunesse. On moque alors intérieurement l’air sempiternellement absent et méchant du gugusse, sa mine perpétuellement dégagée, qui trahit sans coup férir le besogneux travaillant inlassablement son image dans le miroir. À sa mine hargneuse et dégagée, on dirait un vilain volatile promenant au-dessus d’un long cou de gallinacé un air perpétuellement courroucé, sans qu’on sache trop pourquoi. N’était le pseudonyme que le gazier s’est choisi, on pencherait pour l’hypothèse d’une constipation chronique. Quoique non. Car Gaspard Proust se la pète. C’est un hargneux dégagé et mélancolique, mais qui a tout pour être heureux. Il est tombé il y a peu d’un nid parental bien moelleux sur le confortable matelas que la société du spectacle parisien a bien voulu disposer à son intention. Gaspard Proust est en effet un fils à papa suisse qui a fait HEC mais à Lausanne, pour, nous dit-il dans l’impayable jargon de business school qui, au-delà de toute forme « d’humour » ou même « d’ironie », semble lui être naturel, « accéder plus vite à des postes bien rémunérés ». Comme on le constate, cet immigré apprenti-comique a su adopter la version la moins décente du cynisme convenu qui est aujourd’hui au goût du jour parmi les plus en vue de nos humoristes locaux. C’est ainsi qu’il a assez récemment traité notre président de « beauf à gourmettes » et son épouse de (qu’on me pardonne), « pute à frange ». En fait, il le fait à chaque fois qu’il a l’occasion de jouer son spectacle. « On est assez content que vous ayez élu Nicolas, dit-il exactement en s’adressant à son public français, parce que pour une fois vous avez un président qui ressemble à l’idée qu’on se fait du Français : un beauf à gourmette au bras d’une pute à frange. »
 
Il insulte notre président, on l’applaudit

Traiter une femme de pute à frange, voilà qui peut paraître étonnant pour un homme qui prétend cultiver une élégance surannée, grâce à sa « silhouette fine et bon chic » (selon Libération), mais c’est comme ça. Aujourd’hui quand on est un immigré en France, pour s’attirer les faveurs de ceux qui savent ce qu’il faut penser, il est de bon ton d’insulter les femmes, en particulier lorsqu’il s’agit de la femme du président du pays qui vous accueille. Il parait aussi indispensable d’insulter dans le même mouvement le chef de l’Etat auquel appartient l’immense majorité de ceux qui s’esclaffent devant vous. Je ne sais pas vous, mais moi je me sentirais un peu con à ricaner comme un bossu alors qu’un étranger est en train d’insulter devant moi mon président. Il en le droit, bien sûr, et personne, en tout cas pas moi, ne songe à lui contester ce droit, mais quand même. Les vivats et les hourras que ces insultes lui valent me mettent légèrement, et même, quand j’y pense un peu, carrément, mal à l’aise. On aurait tort cependant d’en vouloir pour autant à Gaspard Proust lui-même. Son snobisme naturel et sa volonté « d’accéder plus vite à des postes bien rémunérés » l’ont naturellement conduit à adopter le ton qui lui permettra d’intégrer triomphalement les cercles médiatiques de notre pays, à coup de ricanement systématique et de mépris des politiques du coin. N’en doutons pas, ce jeune homme de bonne famille a tout pour lui, et nous n’avons pas fini d’en entendre parler. Autant dire que pour un franchouillard comme moi, revenu depuis longtemps des poses des poseurs, et quoiqu’il en soit d’anciennes rancœurs ou de ce que je pense de la politique de Nicolas Sarkozy, c’est ce type-là qui est un beauf parfait : un beauf à col roulé et « tignasse en bataille » (toujours Libération). Le summum du grotesque branchouilleux.
 
Bon, je vous vois venir, avec vos gros sabots agricoles. Tout ça pour ça ? C’est celui qui le dit qui l’est ? C’est pour ça que tu nous as infligé la compagnie de ce Proust jusqu’ici Piffard ? Minute, amis causeurs. Je n’en ai pas tout à fait fini. De fait, je n’ai même pas commencé mon plaidoyer annoncé pour le beauf. Car qui est le beauf ? Le beauf c’est le beau-frère bien sûr. Le prochain dans ce qu’il a de moins choisi, de plus imposé par la société, une autre belle-mère. Un alter-ego qui nous tombe du ciel, pas du tout un ami sur Facebook qu’on peut souverainement accepter ou refuser. Le beauf, c’est celui auquel on se sent en droit de refuser une fraternité républicaine ou catholique pourtant constitutive de sa personne même, s’il est comme son véritable nom l’indique, notre beau-frère. Le beauf, c’est notre voisin, dans ce qu’il a à la fois de plus étranger et de plus proche de nous. Celui qui nous rappelle à notre réalité la plus prosaïque, et que nous rejetons en conséquence dans les ténèbres de l’appartenance et de l’enracinement. Celui qui porte pour nous la malédiction de l’héritage. Celui dont on se distingue. Celui à qui manque la distinction. Celui dont l’épaisseur fangeuse tranche avec le cosmopolitisme aérien dont nous nous réclamons. Celui dont la lourde gourmette de baptême tinte vulgairement. Celui qui ne s’est dégagé de rien mais qui appartient à coup sûr à notre histoire la plus intime, celle que nous rejetons honteusement dans les ténèbres extérieures de nos humiliations les plus secrètes. Le beauf, c’est ce que nous retranchons de nous-mêmes lorsque nous optons pour les lointains abstraits de la mondialisation mondialo-mondiale. Le beauf, lorsque nous l’avons enfin reconnu en nous, devient celui qui veut rompre avec le beauf qui est en lui. Le beauf, c’est le fils du mensonge romantique, l’homme moderne par excellence, chacun d’entre nous. Bref, le beauf, c’est ce qui nous manque quand nous présentons au monde une image avantageuse de nous-mêmes.
 
Autant dire que mon beauf à moi, il pourrait bien s’appeler Gaspard Proust, qu’il me faudrait l’aimer quand même. Moi je vous le dis amis athées, c’est vraiment pas drôle tous les jours d’essayer d’être un bon chrétien.

Précautions de principe

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Le site du Nouvel Obs nous apprend cette semaine la découverte du cadavre du propriétaire d’une discothèque de Sanary-sur-Mer (Var), la tête trouée de cinq balles dans sa villa de Bandol. Le parquet de Toulon a bien entendu ouvert une enquête, alors qu’aucune thèse n’est écartée pour expliquer le meurtre, « selon une source proche du dossier ». On peut comprendre ces précautions de langage, mais un peu plus loin, le fin limier du journal rappelle qu’en décembre dernier, un autre commerçant, crépier sur le port de Bandol, avait été également abattu de cinq balles dans la tête. Ne voulant pas tirer lui-même de conclusions hâtives sur les causes de sa mort, il affirme que « la thèse de l’assassinat avait été retenue par les policiers ». Il ne reste plus qu’à espérer que l’autopsie confirmera le décès.