L’article de Thomas Lepeltier présente mon approche de la biodiversité comme « quasi religieuse », évoque une « valeur sacrée » accordée à celle-ci et me prête l’idéalisation d’un état passé de la nature.
Cette présentation ne correspond pas à ma démarche. Mes recherches, mes livres et mes enseignements, notamment au Collège de France, reposent sur la littérature scientifique et sur des données empiriques en écologie et en biologie évolutive. J’y présente explicitement la biodiversité comme dynamique et évolutive, et non comme un état naturel fixe ou idéal qu’il faudrait préserver à l’identique.
Je ne me réfère par ailleurs à aucun « âge d’or » de la nature. Les déclins que je présente sont établis à partir de séries temporelles quantitatives et datées : suivis de populations de vertébrés depuis 1970, mesures de biomasse d’insectes volants entre 1989 et 2016, suivi des oiseaux communs en France depuis plusieurs décennies, notamment. Ces dates constituent des points de départ de séries d’observations scientifiques ; elles ne désignent nullement des périodes que je considérerais comme idéales.
L’article affirme également que les questions de biodiversité devraient être abordées « en termes de coûts et de bénéfices », avant d’ajouter à mon sujet : « Ce que Tatiana Giraud ne fait jamais ». Il affirme également que, selon moi, « protéger la biodiversité est toujours une bonne chose ».
Ces affirmations ne correspondent pas davantage à mes positions publiques. J’aborde régulièrement les dimensions économiques et sociales de la préservation de la biodiversité, y compris ses coûts, ses bénéfices et leur répartition entre les différents acteurs. Je l’ai fait, par exemple, dans le podcast Chaleur humaine du Monde, diffusé en avril 2026, où j’ai notamment discuté des coûts et bénéfices de la préservation et de la restauration de la nature, de leurs conséquences possibles pour les agriculteurs et de la nécessité d’accompagner les transitions.
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L’article écrit par ailleurs : « Comment une chercheuse reconnue peut-elle oublier que l’humanité n’a jamais été aussi bien nourrie et en aussi bonne santé, en grande partie grâce aux progrès agricoles qu’elle dénonce ici ? » Cette formulation donne à penser que je nierais les bénéfices de l’agriculture ou que je serais indifférente à la nécessité de nourrir les populations humaines. Ce n’est pas ma position. Lorsque j’aborde les effets des pesticides sur la biodiversité, je m’appuie sur les travaux scientifiques qui en documentent les conséquences et je présente également les solutions alternatives dont l’efficacité est étayée scientifiquement. Discuter des impacts environnementaux de certaines pratiques agricoles ne revient ni à condamner l’agriculture dans son ensemble, ni à ignorer l’enjeu fondamental de la sécurité alimentaire, bien au contraire. La production agricole dépend en grande partie des services écosystémiques fournis par la biodiversité.
Enfin, l’emploi du terme « effondrement » pour décrire certaines évolutions de la biodiversité n’est pas l’expression d’une vision religieuse ou catastrophiste de la nature. Il renvoie, dans les cas que je présente, à des déclins quantifiés par la littérature scientifique, pouvant atteindre plusieurs dizaines de pour cent et, pour certaines populations ou certains groupes étudiés, 75% à 90% ou davantage en quelques décennies. On peut discuter le choix de ce terme ; on ne peut cependant présenter son emploi comme indépendant des données quantitatives auxquelles il se rapporte.
Mes prises de position sur la biodiversité peuvent naturellement être discutées et critiquées. Je souhaite simplement que les lecteurs puissent distinguer ces critiques des positions que je défends effectivement et de la démarche scientifique sur laquelle elles reposent.
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