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Procès Depardieu: emprise de tête

Vérité des faits, vérité des médias et zone grise du "consentement"


Procès Depardieu: emprise de tête
Paris, 24 mars 2025 © CYRIL PECQUENARD/SIPA

Les médias ont déjà jugé: Depardieu est présumé coupable, déplore Élisabeth Lévy dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.


« Si j’avais senti la moindre résistance ou opposition, elle n’aurait pas eu besoin de dire un mot, j’aurais arrêté immédiatement », a affirmé Gérard Depardieu aux policiers. Sa défense compte démontrer son innocence dans l’affaire qui l’oppose à la comédienne Charlotte Arnould.


La cour d’appel décidera prochainement si la star va être jugée pour viol. L’audience devant la chambre de l’instruction doit avoir lieu jeudi. Le comédien conteste son renvoi devant la cour criminelle de Paris pour viol et agression sexuelle contre la comédienne Charlotte Arnould, alors âgée de 22 ans.

On souhaite bien du plaisir aux juges…

Fait notable, Depardieu et Arnould sont d’accord sur les faits : ils ont bien eu des relations sexuelles (digitales/orales) en 2018 et elle n’a pas refusé. Mais elle affirme qu’elle était trop « tétanisée », « choquée », « hypnotisée » pour refuser ; lui dit qu’il a cru qu’elle était consentante.

C’est de bonne guerre, la défense de Gérard Depardieu rode ses arguments dans Le Parisien :

  • Des SMS tendres envoyés par Charlotte Arnould après les rencontres : « Doux Gérard, j’ai appris la scène ; j’espère la travailler avec vous bientôt. On se voit vite. Bises, Charlotte. »
  • Les avocats estiment que les images vidéo tournées chez le comédien ne montrent aucune résistance de la jeune femme.
  • Selon eux, la jeune femme a porté plainte quelques jours après avoir appris qu’elle ne chanterait pas Barbara avec Depardieu.
  • Deux ans après cette affaire, Arnould a accusé un autre comédien de l’avoir violée après l’avoir fait boire. L’enquête a révélé qu’elle avait provoqué la rencontre, demandé des préservatifs et apporté du vin. Donc, il n’y a eu finalement aucune poursuite.

A relire,Yannis Ezziadi: Gérard Depardieu, un monstre sacré comme un autre

Tout cela ne prouve rien, sinon qu’il est particulièrement difficile de juger ces affaires. Certes, mais on est quand même loin du récit du prédateur se jetant sur sa proie terrifiée. Chacun croit à sa vérité. Et il y a peut-être une troisième vérité. Une jeune comédienne fascinée par un monstre sacré cède à ses avances. Cela n’aboutit à aucune collaboration. Elle souffre. Elle regrette. Elle réalise qu’elle était fascinée et appelle cela « emprise ». Le juge dira si Gérard Depardieu est coupable de n’avoir pas compris que cette fascination altérait le consentement de la jeune femme. Bonne chance.

Depardieu, salaud idéal pour les médias

En attendant, les médias ont déjà jugé. Pour eux, pas de doute : Depardieu est coupable. De ses actes présumés, mais surtout de ce qu’il est : un Pantagruel aux mauvaises manières, une insulte permanente au politiquement correct. Résultat, quand tous les médias ont abondamment relayé les témoignages d’Arnould et des plaignantes dans l’affaire du film Les Volets verts, la défense de Depardieu a été très peu commentée. En recueillant les confidences des avocats, Le Parisien titre d’ailleurs son article « Révélations sur la stratégie du comédien pour éviter un procès criminel ». En clair : il manigance pour échapper aux juges.

Les journalistes ont le droit d’avoir leur intime conviction. On aimerait croire que les magistrats forgeront la leur librement. Pas sûr quand tout le monde a peur des féministes.

Retrouvez Elisabeth Lévy sur Sud Radio dans la matinale



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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