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La marche des fiertés chrétiennes

La presse s’émerveille d’une sorte de « coming out » catho à l’occasion de la venue du Pape Léon XIV en France


La marche des fiertés chrétiennes
Paris, 25 septembre 2026 © Dorian Delettre/SIPA

Journalistes et commentateurs s’émerveillent des foules chrétiennes rassemblées sur les Champs-Élysées, au Stade de France ou à Lourdes. La déchristianisation de la France n’était-elle donc qu’une impression, un leurre?


Ce titre paraîtra bizarre à beaucoup, blasphématoire à certains. Il ne s’agit que de rapprocher l’homosexualité et le christianisme sur un seul plan, l’occultation qu’ils ont subie pendant des siècles pour l’une, pendant des décennies pour l’autre.

Deux remarques préliminaires. Paul Veyne et Pascal Quignard, grands esprits s’il en est, pensent que la morale hétéronormée et homophobe qui longtemps a prédominé en Occident s’est mise en place avant même le triomphe du christianisme. Le stoïcisme romain du second siècle de notre ère ainsi que le modèle politique de l’Empire ont façonné ce rejet. Sous la République, le dominus, maître de maison, dispose d’un harem de servantes et de serviteurs, tandis que sous l’Empire, il n’est que le sujet du prince et restreint sa sexualité. Ajoutons que la Bible dans l’Ancien Testament condamne Sodome et Gomorrhe, ce que ne font jamais les Evangiles, et d’ailleurs, dans ces textes, fondateurs, personne n’est incité à jeter les gays du haut des tours ou des montagnes.

Le terme d’occultation est extrêmement agaçant. Il a beaucoup servi à créer des théories farfelues. J’ai ainsi appris dans les années 90 que l’esclavage transatlantique avait été longtemps occulté. Moi à qui les professeurs d’histoire au lycée, forcément de gauche, avaient enseigné la traite dans tous ses détails ! Les bateaux qui partent de Nantes ou Bordeaux chargés de colifichets et de verroterie, leur troc contre des esclaves sur les côtes d’Afrique, l’entassement des malheureux dans les cales, claie après claie etc… Sans oublier la vieille blague des Martiniquais sur les Guadeloupéens, ils descendent des esclaves les plus beaux et les plus intelligents car les navires suivant les alizés arrivaient d’abord chez eux et permettaient aux acheteurs de prendre les meilleurs. Je connaissais tous les détails, et si cet horrible commerce avait recommencé, j’aurais pu devenir un cadre très efficace des firmes négrières.

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Ce problème de vocabulaire élucidé, j’affirme que le christianisme a été occulté en France depuis une cinquantaine d’années. En France, mais pas en Occident. L’Italie et surtout l’Espagne ont gardé leurs cérémonies publiques d’affirmation du catholicisme, autant d’ailleurs par patriotisme municipal que par foi. En Estrémadure, Badajoz et Caceres rivalisent à qui aura le plus beau San Entierro du Vendredi Saint. Roulements de tambours dans la nuit, lente avancée des statues portées par les pénitents, Zola lui-même se serait converti. Seule en France, la ville corse de Sartène a conservé cette cérémonie si belle et touchante.

Pour un catholique pratiquant, mener toute sa carrière dans l’enseignement public expose à de savoureux malentendus. “Bien sûr, tu es athée ?” me demandait-on parfois. J’avais le plaisir de dépiter le questionneur et de répondre que j’allais tous les dimanches à la messe de Saint-Germain de Charonne et je leur peignais le charme de cette église de village et de son cimetière, rattrapés au XIXème siècle par Paris. Ces discussions étaient assez rares, tant il est vrai que la foi chrétienne et toutes les conversations religieuses étaient devenues aussi tabou que les pratiques sexuelles. C’est sans doute l’arrivée de l’islam et l’excès de disparition publique sous l’effet de la laïcité qui ont provoqué cette volonté d’apparaître au grand jour chez les milliers de chrétiens de Paris, Lourdes et Metz. Coming out des catholiques.

La foi chrétienne enseigne à l’enfant qui va à la messe une posture qui sera très utile dans les études : la ferveur. Curieusement ce mot oublié vient d’un mot latin qui signifie bouillonnement. Oui, il y a un bouillonnement intérieur chez celui qui s’incorpore une page sublime d’Hugo, de Pascal, ou bien une démonstration de Newton ou Einstein. Le paradoxe est que cette ébullition interne de la connaissance produit un visage sérieux, presque fermé. Autre qualité chrétienne : la joie. Le plus beau et le plus célèbre des chorals de Bach s’appelle en français Jésus, que ma joie demeure. Petite infidélité par rapport à l’original allemand qui dit plus précisément Jésus demeure ma joie. Plus profond et plus étrange, bien loin du dolorisme que l’on attribue volontiers au christianisme : comme si Jésus et la joie étaient de la même nature.

Cet été 2026 fut ridiculement catastrophique et apocalyptique. Le grand réchauffement, la grande sécheresse, les grandes guerres et par-dessus le marché, l’IA et les robots qui, comme de vulgaires djihadistes, vont venir nous attaquer au couteau. De quoi rire, la réalité a vraiment mauvais goût. Merci à Léon XIV d’avoir redonné le sourire et la jeunesse à ce vieux pays qu’on croyait exténué.



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Alain Neurohr a fait une carrière de professeur agrégé de Lettres Classiques dans le Secondaire et le Supérieur. Il a publié sous le pseudonyme d'Alain Nueil des romans chez Grasset, au Fleuve Noir et au Mercure de France.

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