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Le thatchérisme, un horizon indépassable ?

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Margaret Thatcher
Margaret Thatcher.

Je recommande à tous les contributeurs du site un exercice aussi simple qu’éprouvant : la lecture des commentaires les plus critiques. Parfois injustes, souvent pertinents, ils révèlent le suc et les tabous d’une époque. En l’occurrence, après la publication de divers papiers crypto-marxiens tentant de démonter les rouages du néolibéralisme, je me suis heurté à de nombreuses critiques très révélatrices d’un certain mode de pensée contemporain. Pour le dire vite, ce dernier conjugue les gros traits des sociétés postmodernes privées de telos : atomisme social et épistémique, rejet des analyses systémiques au profit de la seule catégorisation individuelle, confusion volontaire entre économie et société de marché, etc.
Urbi et orbi, voici quelques topoi libéraux à démonter :

1. L’économie de marché est l’horizon indépassable de notre temps

Adepte du « faites ce que je dis pas ce que je fais », Lionel Jospin avait intelligemment théorisé la distinction fondamentale entre économie de marché et société de marché. Certes, le distinguo peut sembler spécieux. Dans une de ses plus brillantes analyses, Marx explique que l’accumulation du capital bouleverse l’ensemble des rapports sociaux. Que par nature le capitalisme subvertit les valeurs et hiérarchies établies. Que la marchandisation des rapports sociaux n’est pas sans conséquences anthropologiques : l’homme et le monde devenus marchandise, quel espace de liberté nous reste-t-il ?

Partant, tout social-démocrate conséquent devrait garder à l’esprit la force de la colonisation de l’imaginaire – clin d’œil à l’excellent Latouche – opérée par la forme-capital. Autrement dit, comprendre que pour agir au sein d’une économie de marché, l’Etat doit réencastrer l’économie, c’est-à-dire en faire non pas une fin mais un moyen au service des instruments de sa souveraineté. Pour in fine tâcher d’accroître la prospérité générale de la population, qui ne saurait être confondue avec l’illusion productiviste d’une accumulation illimitée des biens de consommation. Héritiers de la critique aristotélicienne de la chrématistique, les animateurs du MAUSS1 tentent année après année de réhabiliter la puissance du don en dénonçant la confusion volontaire entre rationnel et raisonnable. À bien des égards, le fonctionnement des marchés financiers et les opérations quotidiennes de spéculation obéissent à des règles parfaitement rationnelles. Dans le rôle du veau d’or, l’axiomatique de l’intérêt et la poursuite effrénée du profit aboutissent à la tragi-comédie de l’affaire Kerviel. Arbre médiatique qui cache la forêt de crédits pourris à l’origine de la crise des subprimes. À court terme la recherche du profit immédiat-fût-il déconnecté des réalités économiques- apparaît ô combien rationnelle Mais comme le demandait Nelly Borgeaud dans ses étreintes avec l’homme qui aimait les femmes : « Est-ce bien raisonnable ? »

Mutadis mutandis, restaurer le primat du politique sur l’économique, redomestiquer un capitalisme financier devenu fou, réindustrialiser la France au prix d’un protectionnisme raisonnable ne serait pas sans prix. Renoncer à l’idéologie du désir et à la culture consumériste si bien assimilée par nos têtes blondes exige une révolution des esprits. Au lieu de renouveler tous les ans l’écran plasma de votre téléviseur fabriqué en Corée du Sud, de vous précipiter frénétiquement sur le dernier Ipad ou Ipod – que je me plais à confondre dans un même rejet libérateur- vous renoueriez avec une certaine frugalité. Loin de l’autarcie, il s’agirait de maîtriser notre production industrielle orientée vers le marché intérieur sans renoncer à son potentiel d’exportation, jusqu’ici anéanti par l’euro fort. Réciproquement, le marché français ne serait bien entendu pas fermé aux produits étrangers – qui peut sérieusement le penser ? – mais simplement préservé par les outils protecteurs du patriotisme économique. Acheter du made in France, cela demande quelques sacrifices mineurs : pourquoi ne pas renoncer à changer de portable tous les six mois si cela peut sauver nos emplois ?

2. Le libéralisme est le garant de nos libertés

Autre antienne des thuriféraires du marché, l’équation « libéralisme = liberté » a la vie dure. Là aussi, le MAUSS nous aide à y voir plus clair. En mêlant liberté économique, libertés individuelles et projet d’émancipation humaine, le terme français entretient la confusion. A l’instar des anti-utilitaristes, peut-être devrions-nous lui préférer l’italianisme « libérisme » pour désigner le tropisme d’une économie incontrôlée soumise au laisser-faire/laisser-aller. Inversement, la défense des acquis du libéralisme politique, si chèrement payés depuis 1789, peut parfaitement s’accommoder d’une éthique socialiste du don et de l’association. On peut même penser que la libre association des producteurs dans des coopératives autogérées – expérimentée à petite échelle – favorise davantage l’épanouissement de l’individu que le libre cours du marché. L’avènement de  l’ère sympathique jadis souhaitée par Benoit Malon donnerait enfin corps aux libertés formelles proclamées par la Révolution. Quid du triptyque liberté-égalité-fraternité si l’on ne se donne pas les moyens de l’accomplir ? Là encore, les zélateurs du Dieu argent me répondront que seule l’accumulation marchande offre les moyens de la liberté.

Si j’étais cynique, je répondrais qu’avant l’arrivée de la marchandise, l’Afrique ne connaissait pas de famine, et que les millions de morts des guerres motivées par la conquête de la suprématie économique feraient passer Pol Pot pour un gentil philanthrope. Ne nous leurrons pas : lorsque nos élites globalisées prétendent agir au nom des droits de l’homme, l’enveloppe moralisante cache maquille fréquemment le loup de l’impérialisme économique. Plutôt que la liberté, quête perpétuelle jamais assouvie, le libéralisme économique a préféré consacrer les libertés, plurielles, subjectives et donc privées de tout ancrage social collectif. Pas de hasard : l’affairisme prospère d’autant mieux que nul référent commun a-marchand ne subsiste. L’affaissement de la République et des valeurs qui ont présidé à la constitution politique de la Nation française est le meilleur cadeau à faire au MEDEF !

3. Toute analyse marxienne dissimule une théorie du complot

J’en viens à la dernière grande confusion libérale (ou libériste, si vous préférez !). Celle qui consiste à assimiler toute analyse systémique à une prétendue théorie conspirationniste. Il est loin l’âge d’or du structuralisme où la superstructure noyait l’individu dans le déterminisme des modes de production. D’ailleurs, au plus fort des années 1970, dans leurs pires excès dogmatiques, les tenants des sciences sociales marxisantes auraient bien ri devant pareille accusation. Le marxisme idéologique le plus borné ne peut en effet s’établir sur les bases d’un complotisme abscons qui, par définition, explique les soubresauts du monde par l’action individuelle de quelques-uns. Logique typiquement libérale que d’envisager l’événement à l’aune du seul individu. Solipsisme, j’écris ton nom ! Naturaliser les faits économiques et sociaux en négligeant les structures économiques qui les sous-tendent, telle est au contraire la voie ouverte par le libéralisme, propice à toutes les spéculations complotistes !

Enfin, que dire à ceux qui confondent analyse marxienne et marxisme dogmatique ? Comme si l’usage de concepts créés par Marx nous faisaient automatiquement entrer dans le ventre encore fécond de la Bête immonde soviétique. Primo, qu’analyser n’est pas entrer en religion : rien n’interdit au premier penseur venu de s’approprier la critique marxienne de la marchandise sans souscrire à la théorie de l’Etat présente dans l’Idéologie allemande. Secundo, que les antimarxiens primaires font peu de cas des contradictions évidentes de l’œuvre de Marx, difficilement assimilable à un bloc homogène. Pour ne prendre que cet exemple, le vieux Karl qui fait du prolétariat l’agent de l’histoire contredit le socialisme intégrateur du second Marx appelant l’ensemble des producteurs – chefs et directeurs d’usine compris – à s’associer.

Par une dédogmatisation habile du marxisme, on peut ainsi débusquer les apories d’une œuvre multiforme, quitte à désacraliser certains de ses mythes. Rien n’empêche de tempérer le matérialisme historique par les apports de l’histoire des mentalités ou même de refuser le projet communiste de refonte des classes sociales, par exemple en le reformulant sous la forme républicaine de l’égalité des conditions, comme l’a fait Denis Collin et, avant lui, Jaurès et Eugène Thomas.

Quant à ceux qui professent le « there is no alternative » cher à Margaret Thatcher, qu’ils se disent qu’au vu du marasme actuel, il serait peut-être bon d’en appeler aux partisans de l’autre politique. Avec toute l’énergie du désespoir, on pourrait en effet difficilement faire pire que ce néolibéralisme débridé et sa scélérate maxime socialiser les pertes, mutualiser les profits.

Monsieur Malakine, on ne vous appelait pas !

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Salami

Malakine, dans un article longuet publié ici, nous enjoint de ne plus l’appeler « républicain »[1. Egalement publié sur son blog]. Il a essayé de s’indigner et a cherché laborieusement à nous le faire savoir, avec des qualificatifs explosifs, des adjectifs humiliants, et des expressions à nous faire périr de honte : un article l’a « révulsé », il a déniché un « amalgame abject », voire un « agrégat d’horreurs » !

Je m’étonne que Malakine croie pouvoir écrire des choses intéressantes, alors qu’il déclare : « en tant que provincial qui vit dans une ville de l’Est autrefois germanique et peu concernée par les flux migratoires issus de l’ancien empire colonial, je ne constate rien de ce que dénoncent les identitaires dans ma vie quotidienne. […] Je serais donc très tenté de minimiser les problèmes pour les circonscrire à cette immense zone pathogène et déshumanisée qu’est devenue la banlieue parisienne. » Ah, indigence, quand tu nous tiens ! Quand on avoue aussi benoîtement ne pas avoir d’imagination et ne pas savoir s’élever au-dessus de sa perception quotidienne de son environnement limité, des dissertations sur la France, l’Europe, voire l’état du monde, exposent à des risques de ridicule non négligeables. Monsieur Malakine, vous qui nous promettez « un travail politique de fond », qui voulez consacrer « la période estivale » à écrire « une série de billets thématiques en formes (sic) de grands débats de l’été », prenez plutôt des vacances ! Il y a mieux à faire de son été que de prêter à rire.

Nommer les choses, est-ce les fabriquer ?

Dans l’oiseuse page consacrée à Riposte Laïque, dont je m’honore d’être un rédacteur[2. www.philo-conseil.fr], deux reproches ont un semblant de sérieux. Le premier, c’est de procéder à des amalgames « entre des sujets liés, peut-être corrélés statistiquement, mais qui devraient être strictement isolés dans l’analyse. » Malakine n’aime pas que nous cherchions le point commun entre tous les différents problèmes de la France. Il aime la division du travail, la segmentation des problèmes, la technique du salami. Il trouve « abject » que nous trouvions un point commun entre les problèmes d’incivilité, les atteintes à la laïcité, les problèmes d’assimilation, les actes de barbarie, etc. Or, ce qui n’est absolument pas clair d’après sa prose, c’est s’il nous reproche d’inventer ce point commun, ou bien de simplement le nommer. Le référent de notre discours existe-t-il ou bien est-il seulement un effet de langage ? L’impression qui s’en dégage, c’est que nous aurions le pouvoir magique d’inventer la cause commune des malheurs de la France, parce que nous la nommons. C’est ainsi qu’il peut écrire sans trembler que nous « stigmatisons des phénomènes sociaux » ! Voilà du nouveau : le lynchage, la lapidation, les crimes d’honneurs, la polygamie, l’excision, la terreur imposées par les bandes sont des « phénomènes sociaux stigmatisés » !

C’est de cela que nous accuse M. Malakine : de penser une synthèse des problèmes sociaux et culturels qui défraient de plus en plus souvent la chronique, de désigner des responsables et des coupables. Il ne faut pas penser cela, nous dit-il, parce que cela nous amènerait à envisager la guerre civile. Or, la guerre civile, c’est la deuxième chose que nous ne devons pas penser. Monsieur Malakine est « tenté d’affirmer qu’un vrai républicain ne peut que refuser cette perspective ». Prions pour qu’il ne soit pas soumis à la tentation !

Là encore, d’après sa prose confusionniste, nous ne savons pas si effleurer l’idée de la guerre civile est en soi un crimepensée, si c’est une idée délirante compte tenu de la merveilleuse situation objective de la France, si c’est une intention qu’il dénonce dans nos propos, ou bien encore une fois s’il ne nous prête pas des pouvoirs surnaturels de déclenchement de la guerre civile par sa simple invocation. Sans doute sommes-nous coupables d’un peu tout cela à la fois.

Pour éviter la guerre civile, il faut savoir qu’elle est un avenir possible

Dans les brumes de son esprit, notre contempteur butte sur un écueil courant, contre lequel viennent se fracasser la plupart des bonnes intentions politiques qui souhaiteraient agir afin d’éviter le pire. Cette pierre d’achoppement, c’est l’apparent paradoxe qui consiste à tenir pour certain un avenir sombre, afin de tout faire pour l’éviter, paradoxe que Jean-Pierre Dupuy a appelé le « paradoxe de Jonas ». « Tout prophète de malheur doit annoncer la catastrophe future comme étant inscrite dans l’avenir inéluctable, mais cela afin qu’elle ne se produise pas ! Le Jonas de la Bible préfère s’enfuir : on sait ce qu’il lui en coûtera ! Le même paradoxe est au cœur d’une figure classique de la littérature et de la philosophie, celle du juge meurtrier. Le juge meurtrier « neutralise » (assassine) les criminels dont il est écrit qu’ils vont commettre un crime, mais la neutralisation en question fait précisément que le crime ne sera pas commis ! L’intuition nous dit que le paradoxe provient d’un bouclage qui devrait se faire et ne se fait pas, entre la prévision passée et l’événement futur : « Ce n’est pas l’avenir si on l’empêche de se réaliser ! » (Minority Report) Mais l’idée même de ce bouclage ne fait aucunement sens dans notre métaphysique ordinaire, comme le montre la structure métaphysique de la prévention. Lorsqu’on annonce, afin de l’éviter, qu’une catastrophe est sur le chemin, cette annonce n’a pas le statut d’une pré-vision, au sens strict du terme : elle ne prétend pas dire ce que sera l’avenir, mais simplement ce qu’il aurait été s’il l’on n’y avait pas pris garde. Aucune condition de bouclage n’intervient ici : l’avenir annoncé n’a pas à coïncider avec l’avenir actuel, l’anticipation n’a pas à se réaliser, car l’« avenir » annoncé ou anticipé n’est de fait pas l’avenir du tout, mais un monde possible qui est et restera non actuel. »[3. La marque du sacré, Edition Carnets Nord, 2008, p. 249-250]

Si nous pensons que la guerre civile est un avenir possible de la France, ce n’est pas parce que nous le souhaitons, mais bien parce que nous voulons l’éviter. C’est parce que nous tenons cette possibilité horrible pour très probable, que nous l’annonçons, afin de tout faire pour empêcher qu’elle ne s’actualise. Ceux qui ne veulent pas envisager le pire, pour ne « pas jeter de l’huile sur le feu », pour ne pas « répondre à l’intolérance par l’intolérance », laissent s’accomplir la catastrophe, parce qu’ils croient au « bouclage entre prévision et événement futur ». C’est pourquoi ils s’efforcent, en autruches ensorcelantes, d’envisager toujours un avenir radieux, malgré tous les signes contraires, faisant fi de la distinction entre possible et probable, pensant que leurs projections optimistes et leurs vœux pieux agissent efficacement sur la réalité.

Pris dans cette conception littéralement magique qui croit à l’influence directe de la pensée sur la réalité, les phobophobes tels que Malakine ont pour tout programme la dénonciation de la dénonciation de l’Ennemi. Il n’y a pas de mal, dans le monde, il n’y a que du malheur, dans la langue de bois de notre angélique blogueur : « L’Ennemi n’est pas intérieur. Il est dans les structures de la domination économique mise en place l’Empire américain et les élites mondialisées via le désarmement méticuleux des puissances publiques et la corruption des processus démocratiques par la pensée unique et la bien-pensance moraliste. » Nous voilà retombés dans la déresponsabilisation généralisée, selon laquelle toutes les âmes sont grises, et qui déteste forcément la morale, car celle-ci ne saurait se passer d’un sujet responsable et accusable. Ainsi achève-t-on de déshumaniser les hommes, les hommes coupables, « les barbares », en murant la seule porte de leur esprit qui donnait sur la civilisation : la honte.

Ne dormez plus, braves gens !

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Saint-Aignan

Je n’arrive pas à oublier ces images vues au journal télévisé de ces tilleuls abattus en place publique, que des grappes de gens, « du voyage » en l’occurrence, s’acharnaient à faire tomber. Sur place, il y avait des caméras pour filmer mais pas un gendarme, un CRS ou un militaire pour empêcher le massacre. Comme toujours, la cavalerie a fini par arriver mais trop tard. Il serait inquiétant d’en conclure que les équipes de télévision sont mieux informées et plus réactives que les forces de l’ordre censées assurer la sécurité des personnes et des biens. Je crois plutôt qu’une fois encore, on a préféré éviter l’affrontement et attendre que la colère retombe en négociant je ne sais quel retour au calme. 

Ce que nous aimons est ancien, fort et fragile

Les habitants de Saint-Aignan, village du Cher, je ne sais pas, mais moi je n’ai toujours pas retrouvé mon calme. Comme sédentaire et comme amoureux de la nature, j’ai le sentiment de m’être fait avoir parce que pendant que les élus ou représentants de l’Etat entendaient les doléances des cousins au sens large du braqueur descendu, les arbres étaient tranquillement tronçonnés et parce que si dans 10 mois, le plus lourdement condamné des vandales sera libre et absous, il se passera des décennies avant que les villageois revoient de grands arbres border leurs rues. Il faudra beaucoup de temps pour remplacer ceux que leurs aïeux avaient plantés, protégés dans leur jeunesse et entretenus, avec le cœur et la patience qu’il faut pour travailler au bien-être de sa descendance. Si je ne décolère pas, c’est aussi parce qu’un peu de cet effort-là est tombé avec ces arbres piétinés par des gens de passage qui se foutent de la beauté centenaire et sédentaire.

Comme tout ce qui fait notre civilisation, de notre art à notre architecture, de notre art de vivre à notre hospitalité, tout ce que nous aimons est ancien, fort mais fragile. Je m’inquiète qu’un peu de technologie et de malveillance puisse détruire si vite ce que les siècles et les Français qui nous ont précédés ont construits et que nous soyons si peu capables d’y opposer une efficace résistance. Que se passerait-il si des groupes pas très catholiques et très énervés tentaient d’incendier  une cathédrale ? Hésiterions-nous longtemps à sauver notre patrimoine et notre passé en tirant sur la foule ?

Nous nous sommes habitués aux voitures brûlées et aux magasins pillés, les gens qui travaillent paient des assurances qui indemnisent les victimes et ces systèmes prévus pour faire face aux accidents ont fini par remplacer nos systèmes de défense. Après une nuit chaude en banlieue ou une descente de manouches, la solidarité nationale ou la prévoyance privée réparent les dégâts et évitent que des citoyens en colère ne refroidissent les incendiaires ou ne pendent les romanichels aux arbres encore debout. Cette inertie devant l’agression, ce ventre mou censé assurer la pérennité des régimes démocrates et leur supériorité sur les dictatures semble atteindre ses limites.

Quand on est prêt à tuer, on doit être prêt à mourir

Face à cette apathie, les violences augmentent. Les malfaiteurs professionnels ont oublié que le gendarme, c’est une chance pour le voleur car il le protège à terme de la colère du peuple et que la prison, ça vaut mieux que le lynchage. Incapables de comprendre ces choses, les voyous aujourd’hui ne reconnaissent plus à la police le droit de les arrêter et, pris la main dans le sac, ils font usage de leurs armes ou forcent les barrages, prêts à tuer pour échapper à la justice. Or, quand on est prêt à tuer pour ne pas répondre de ses actes, on devrait être prêt à mourir. Ce n’est pas le cas. La mort de criminels dans l’exercice de leur fonction est de moins en moins acceptée par  leur « communauté » qui déclenche des représailles par des saccages et des tentatives de meurtres.

Avant-hier, les émeutes répondaient à une bavure policière, par exemple un jeune mort en garde à vue dans des circonstances troubles, hier, on cassait tout pour honorer la mémoire de délinquants morts accidentés pour avoir tentés d’échapper à un contrôle de police, aujourd’hui, on met la cité à feu et à sang pour un braqueur descendu parce qu’il tirait sur les forces de l’ordre. 

Dans le même genre, si vous vous interposez parce qu’une bande de voyous agresse une femme, un jeune ou une personne âgée (ou même un homme costaud mais esseulé), vous risquez la mort parce qu’on peut tout vous faire subir mais si vous réagissez, on vous accusera de faire de la provocation.

Il y a là plus qu’une escalade de la violence, c’est un changement de nature des rapports des individus entre eux, des individus avec la loi, des communautés avec l’Etat. 

Je n’ai rien contre les manouches en général mais je n’aime pas beaucoup quand des gens, qu’ils soient ou non « du voyage, la ramènent en plein jour sur leur honneur et viennent vous voler la nuit. Ce n’est pas du racisme mais de l’expérience concrète. Car si pour les habitants des centres-villes (qui n’en voient jamais), les gitans c’est Toni Gatlif, la liberté et le jazz manouche, pour les gens des banlieues et des campagnes, ce sont souvent des voleurs, capables de détruire des biens sédentaires à la moindre contrariété. Je n’ai pas non plus une grande sympathie pour les racailles des banlieues qui se prennent pour des hommes et peuvent vous tuer à coups de poings à quinze contre un si vous opposez une résistance à leur agression. Et cela, quelle que soit leur origine. Je ne les aime pas, c’est mon problème et je m’en arrange.

Nous n’avons pas besoin de nous aimer, nous avons besoin d’une loi commune

Pour vivre ensemble ou côte à côte dans le même Etat, nous n’avons pas besoin d’amour, ni de tolérance ni même d’antiracisme. Nous n’avons pas besoin de propagande sur les bienfaits du métissage ou du multiculturalisme, nous n’avons pas besoin de reconnaissance des communautés qui composent la nation, nous n’avons même pas besoin de fraternité. Nous avons seulement besoin d’une loi commune, reconnue par tous parce que traitant tous les individus à égalité. Or cette reconnaissance de la loi ou à défaut la peur du gendarme semblent avoir disparu et dans les cités comme chez les nomades, si seuls quelques individus sont violents, tous sont solidaires, il suffit de les interroger pour s’en rendre compte

Quand un groupe refuse la répression qui s’abat sur l’un de ses membres criminel et proteste avec violence, c’est cette loi commune qui est rejetée. Enfin, seule la loi républicaine qui réprime les voleurs et les tueurs est contestée car celle qui impose aux communes l’aménagement d’aires d’accueil, favorise l’accès à l’école et aux soins ou aux allocations diverses est toujours acceptée, sans excès de gratitude mais acceptée, et elle finit par être confondue avec un droit de l’homme.

Si la loi de la République et la violence légitime qui la fait respecter sont contestées par des groupes entiers, qu’ils soient mafieux, religieux ou ethniques, c’est peut-être que le sentiment communautaire l’emporte sur le sentiment national. C’est le ciment de la nation qui s’effrite et un premier pas vers une forme de sécession. Peut-être la fin annoncée de la France que nous connaissons. Accepterons-nous d’assister impuissants au début de notre fin ? De transiger comme nous le faisons sur tout pour préserver je ne sais quelle paix sociale sous la pression menaçante de bandes criminelles ou de quelques voleurs de poules ? Eviterons-nous les affrontements qu’on nous promet en renonçant à la répression qui s’impose ? 

Pour faire face à ces problèmes qui deviennent récurrents, les solutions sont variées. Le repli identitaire en est une et certains Français de souche se rassemblent en une communauté fermée à l’abri des autres Français. Pour répondre à la violence, je connais un plombier qui, les soirs d’émeutes dans sa cité, passe la nuit dans sa camionnette avec son fusil. Ça pourrait un jour finir mal pour lui ou pour les petits merdeux qui s’amuseraient à réduire en cendres le fruit d’années de travail. Si l’auto-défense ne peut pas être une solution, alors la défense sans failles de l’ordre républicain par ses représentants doit en être une.

Avec le Grenelle sur la sécurité qui s’annonce, ces questions seront peut-être posées. Saurons-nous exiger de nos institutions judiciaires qu’elles rendent une justice efficace qui exige d’assumer la répression ? L’opinion suivra-t-elle ses représentants dans l’usage de la force que nécessite la restauration de l’ordre ou sera-t-elle retournée comme une crêpe par le premier voyou à terre et le premier article de Libé ?

Je me souviens depuis la cour de récréation qu’on dort mieux avec un œil au beurre noir qu’avec le sentiment amer d’avoir été lâche. C’est mon expérience et mon apprentissage du courage. Je souhaite que toutes nos expériences individuelles du courage nous servent à envisager une solution collective pour endiguer l’insécurité et la violence qui se répandent. Le temps est venu de retrouver pour notre nation l’exigence que nous avons pour nous-mêmes, si nous avons une certaine idée de notre devoir, si nous avons encore une certaine idée de la France.

Le sarkozysme, c’est du cinéma ?

Vous connaissez Christophe Lambert ? Je ne parle pas de l’acteur au regard bovin, porte-glaive fatigué de la série Highlander, qui trimbale de film en film son rire benêt, et autant de prédisposition au métier d’acteur que David Pujadas à celui de journaliste. Je veux parler de son homonyme, qui est autrement plus sérieux, mais néanmoins presque aussi drôle. Son homonyme, donc, vous ne le connaissez peut-être pas… C’est un homme de l’ombre. Certainement l’un des meilleurs publicitaires de sa génération, qui a dirigé l’agence Publicis Conseil au début des années 2000, avant de fonder l’agence de pub Blue, qui avait notamment dans son portefeuille de clients l’UMP. Indubitablement proche du clan Sarkozy, Lambert devient en 2009 le conseiller en com’ du prince Jean.

Mais alors pourquoi « drôle » cet homme de l’ombre? Car il vient de prendre, sans complexe, la direction de la grande Fabrique industrielle des bessonneries : EuropaCorp. Certes, Christophe Lambert était déjà en affaire avec Luc Besson au sein de Blue, mais le publicitaire met le turbo, et assume de prendre la gestion du Studio qui a accouché de petites merveilles du 7ème art, dont la série des Taxi, les Yamakasi, Banlieue 13, et autres Transporteur. Autant de films mis en scène à la truelle où les délinquants sympas, attachants, et malins ont toujours le beau rôle et où les flics sont tous mongoliens ou sadiques. Amusant de voir un proche de Nicolas Sarkozy prendre la tête de ce petit univers…

Assayas : Carlos sans fard

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Edgar Ramirez
Edgar Ramirez incarne Carlos à l'écran.

MK2 Odéon, fin de dimanche après-midi dans un Paris qui se vide. Quelques amis contributeurs et lecteurs de Causeur se dirigent à reculons vers la dernière superproduction des studios Canal : Carlos. A priori il y a tout à craindre d’un film consacré au terroriste le plus fantasque de ces trente dernières années.

Un biopic qui évite les pièges du genre

Et pourtant, le biopic d’Olivier Assayas évite magistralement tous les pièges du genre. À l’inverse du tandem Richet-Cassel qui accoucha de la souris Mesrine, Carlos nous montre un criminel humain, trop humain, sans céder un quart de plan à la tentation de l’héroïsation ni tomber dans l’excès inverse de la moraline compassionnelle. Ici, le suspense haletant dispute la primauté à la profondeur psychologique des personnages. Du terroriste paumé des Cellules Révolutionnaires Allemandes au chevronné Wadie Haddad, la distribution frise la perfection.

Au prix de quelques approximations vite pardonnées – la confusion entre Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) resté fidèle à Georges Habache et l’organisation dissidente FPLP -Opérations spéciales montée par Haddad – la petite histoire rejoint la grande. Y compris lorsque la minutie d’Assayas pêche dans les détails, comme dans ce magnifique plan aérien sur Damas endormie où l’on aperçoit au loin l’hôtel Four Seasons inauguré en… 2005, le spectateur marche. On pardonnera aisément ce petit écart; Truffaut ne disait-il pas que les films respirent par leurs défauts ?

Découverte d’un grand acteur, Edgar Ramirez

D’autant que l’essentiel est ailleurs : il réside dans la prestation époustouflante du jeune acteur vénézuélien Édgar Ramírez, réel homonyme d’Ilich Ramirez Sanchez, qui a poussé le mimétisme jusqu’à adopter le trilinguisme de son aîné. Maîtrisant parfaitement français, espagnol et anglais, voire quelques rudiments d’arabe, le premier rôle crève l’écran. Là encore, le pari n’était pas gagné d’avance. Non content de dépeindre un Carlos fat, cupide et manipulateur, le duo Assayas-Ramirez montre plan après plan comment le héraut de la lutte anti impérialiste finit en sycophante bedonnant. Dès ses premiers stages d’entraînement à Aden, dans la préparation de la prise d’otages de l’OPEP à Vienne, se profile un Carlos gras du bide, séducteur et buveur insatiable pour qui la cause de peuple se confond avec la sienne. Casanova invétéré, coqueluche des médias : le cocktail magique du vedettariat finit par agacer les parrains et employeurs de Carlos. À tel point qu’à force de désobéir aux ordres et d’exécuter ses complices indociles, Ramirez finit seul, à la merci de ses derniers soutiens étatiques. Libye, Iraq, Syrie, Soudan et Iran : les commanditaires se succèdent mais ne se ressemblent pas. À l’euphorie des premiers moments, qui lui fait commettre de graves imprudences – à commencer par le meurtre de deux agents de la DST rue Toullier à Paris – se substitue l’aigreur d’une vie de mercenaire. Existence clandestine au fil des engagements de la lutte armée, tour à tour gauchiste, pro-palestinienne et islamiste pour se solder en simple culte de soi, où la violence devient sa propre fin.

La déchéance d’un homme qui n’aura cessé de fuir

Il y a du pathétique dans les dernières images d’un Carlos vieillissant, succombant au culte de l’égo en se faisant liposucer quelques bourrelés mal placés. Un sentiment étrange s’empare du spectateur au cours des dernières séquences du film. L’intrigue géopolitique ne compte plus, ou si peu. Nous assistons à la déchéance d’un homme qui n’aura cessé de se fuir. Comme si la violence était une échappatoire à la vacuité de l’existence. Comme des millions de jeunes militants gauchistes, Carlos aura usé ses guêtres dans des discussions de salon en s’inventant une Révolution qui ne viendra pas. À la différence près qu’il aura poussé la folie meurtrière jusqu’à son terme en tuant de sang-froid d’innocentes victimes devenues martyres de la cause. La seule qui vaille, encore une fois la sienne.

Au terme de ces deux heures quarante-cinq de film virevoltant, la mise en scène enlevée sur fond de musique rock nous livre un dernier montage mêlant habilement images d’époque et scènes reconstituées in vivo par les acteurs. Le générique déroule un à un les visages des ex-compagnons de route de Carlos, décimés par la maladie, écroués dans leur pays d’origine ou repentis et amnistiés.

La valse des portraits-robots rend son alors dernier verdict. Celui emprunté au Livre de l’Ecclésiaste, qui contient cette vérité éternelle : « Vanité des vanités, tout est vanité (…) tout a été fait de la poussière, et tout retourne à la poussière ».

Êtes-vous embrigadé dans une secte ?

Secte
Gare au gourou !

1. Avez-vous déjà fait l’objet d’un reportage d’Envoyé spécial ou de Spécial Investigation (avec interviews-vérité et caméras cachées) ?

2. Vous sentez-vous toujours prêt(e) à l’arrivée-surprise d’extraterrestres, de nuages de sauterelles tueuses, de nouvelles maladies non remboursées et autres calamités en 3D ?

3. Vos ayants-droit vous ont-ils déjà reproché la générosité avec laquelle vous aidez vos nouveaux amis à sauver notre Terre-Mère ?

[access capability= »lire_inedits »]4. Avez-vous poussé le Cri rituel de Joie en découvrant l’époux(se) que vous avait réservé(e) le Conseil suprême des Unions ?

5. Pour servir la Vérité Vraie, avez-vous déjà escamoté de prétendues preuves devant un Tribunal de grande instance ?

6. Pour acquérir la Santé Spirituelle, êtes-vous volontaire pour jeûner et vendre des brosses à tapis surnaturelles fabriquées par vos frères et sœurs ?

7. Faut-il éliminer les hérétiques non-croyants qui doutent de la Raison comme principe explicatif du Grand-Tout ?

Analysez vos résultats
Comptez sur vos doigts le nombre de « oui ». Plus ce nombre est proche de 7 (chiffre sacré), plus vous êtes embrigadé. D’un autre côté, plus il est proche de 0, plus vous vous éloignez de l’Infini. À vous de voir.
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Les Blancs savent-ils courir ?

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Christophe Lemaître
Christophe Lemaître.

« Que je le veuille ou non, je suis le premier athlète blanc à battre les 10 secondes. Manifestement, je rentre dans l’Histoire » : c’est en ces termes que le sprinteur français de 20 ans, Christophe Lemaître, est revenu sur sa performance du 9 juillet dernier réalisée à Valence, donc à basse altitude, avec un vent favorable modéré de 1,3 mètres par seconde (sachant que la limite autorisée est de 2 mètres par seconde. Il est donc le premier Blanc à courir le 100 mètres en 9 secondes et 98 centièmes, cette barrière symbolique des 10 secondes ayant déjà été pulvérisée officiellement 446 fois dont 445 fois par des athlète originaires d’Afrique de l’Ouest, et une fois par l’Australien Patrick Johnson qu’on ne peut pas vraiment qualifier de « blanc » en raison de ses ascendants pour moitié aborigènes.   
 
De fait, lors de tous les JO depuis 1984, tous les finalistes du 100 mètres étaient sans exception originaires d’Afrique de l’Ouest (si on compte, pour la beauté de la démonstration, Frankie Fredericks, originaire de Namibie. Aucun Africain issu d’autres régions de ce continent n’a franchi le seuil des 10 secondes, le meilleur temps accompli sur cette distance par un Brésilien noir a été 10,02. Enfin, parmi les nations d’Afrique occidentale, le Nigéria se distingue puisque ses sprinteurs sont passés 21 fois sous la barre des 10′. 

Les différences génétiques ne prouvent pas l’existence de races 
 
Pour autant, la fierté affichée par la Fédération Française d’Athlétisme face à l’exploit (incontestable) de Christophe Lemaître suscite un certain malaise. Les différences génétiques entre populations humaines – et donc également entre groupes ethniques – sont certes indiscutables et même souhaitables puisque c’est par le brassage génétique que progresse et évolue notre génome humain. Il n’en est pas moins impossible d’établir une corrélation scientifique entre la couleur de la peau et les capacités physiques, sans parler des comportements individuels. En d’autres termes, le concept de « race » – qui associerait caractéristiques génétiques et couleur de peau – est indéfendable. Au demeurant, si les races existaient, tous les Noirs, et pas seulement les Africains de l’ouest, excelleraient 100 mètres. 
 
La thèse qui prévaut est pourtant celle du journaliste américain John Entine qui, en 1989, écrivait, dans son livre appelé de manière significative Tabou« Les Noirs originaires d’Afrique de l’Ouest – dont la plupart des Noirs nord-américains se considèrent les descendants – se caractérisent généralement par une quantité plus faible de graisses sous-cutanées au niveau des bras et des jambes, une masse musculaire proportionnellement plus élevée, des épaules plus larges, des quadriceps plus volumineux et une musculature générale plus développée; une cage thoracique plus petite; un centre de gravité plus haut; un réflexe rotulien plus rapide; une densité corporelle plus élevée; un taux de testostérone plasmatique légèrement plus élevé, qui a un effet anabolisant, c’est-à-dire qu’il contribue théoriquement à accroître la masse musculaire, à faire baisser la quantité de graisse et à permettre des efforts plus intenses avec un temps de récupération plus court ; enfin, un pourcentage plus élevé de fibres musculaires à contraction rapide et d’enzymes anaérobies, qui peuvent se traduire par un surcroît d’énergie explosive. ».

Les Blancs savent-ils danser ?

La piste génétique est pourtant infirmée par Usain Bolt, détenteur du record du monde – 9’58 réalisées lors de la finale des Mondiaux 2009 à Berlin – qui est longiligne alors que pendant longtemps seuls les petits gabarits musclés semblaient à même de réaliser ce type de performance. Pour autant, les partisans de cette imposture classifient tous les Africains au sein de la même race tout en rappelant (pour les rares qui ont de l’humour), qu’ils n’ont jamais vu de snowboardeur noir. Demandera-t-on à Christophe Lemaître s’il sait danser?
 
Répéter inlassablement que les Noirs sont forts et musclés, c’est sous-entendre qu’ils sont moins intelligents dans le but de renforcer les structures sociales inégalitaires. Plutôt que de nous demander s’il y a un gène du cent mètres, de la pauvreté ou de la connerie, pourquoi ne pas tout simplement admirer la volonté, le talent et les performances. Après tout, on s’en moque, qu’elles aient été réalisées par un blanc, un jaune ou un bleu. À cette vitesse, qui voit encore les couleurs ?

Vacances sans wifi, vacances pourries !

Internet à la plage

Les Français, nous dit-on, sont stressés, fatigués, ils veulent vivre autrement, être plus proches de la nature. Mais pris par le rythme affolant imposé de la vie quotidienne, ils ne parviennent pas à s’extraire de leur condition d’hommes pressés.

Ouf ! Voilà qu’arrive le temps des vacances. Enfin le repos mérité (ou non), enfin un tempo plus lent, enfin l’oisiveté.

Mais changer de lieux ne signifie pas changer de rythme. On dirait au contraire que l’objectif de l’estivant est de tenir la cadence infernale dans laquelle son environnement high-tech le plonge jour après jour.

L’angoisse du sevrage

Pas question d’aller surfer sur la côte atlantique sans être sûr qu’on pourra encore surfer le soir derrière son écran. Toutes les prothèses électroniques du vacancier migrent donc avec lui. Mais attention, en l’absence de connexion internet, ordinateur portable, Smartphone, netbook et autres iPad deviennent inutiles et il ne reste plus au vacancier hagard qu’à déambuler, tongs aux pieds et Monoï à la main. Actualiser son profil Facebook en publiant en ligne les dernières photos avec Bibiche en bikini, consulter ses mails pour être sûr que la soirée bar discothèque tient toujours, vérifier son compte en banque pour s’assurer de pouvoir claquer assez et tweeter avec sa tribu de « friends » sur la couleur du maillot de Sarko & Co, tout en cramant sur la plage, représentent donc une nécessité vitale.

Faisons un rêve, qui, pour beaucoup, ressemble à un cauchemar : des vacances déconnectées. Plusieurs semaines sans internet. Cette affaire d’importance – la connexion en vacances – fait désormais partie des « sujets d’été » des médias. Ce qui frappe, c’est que tous les articles et chroniques font usage du mot « angoisse » pour caractériser l’état psychologique des futurs vacanciers qui craignent d’être soumis à un sevrage forcé pendant leurs congés[1. Le Monde, 16 juillet 2010 « Rester connecté, même sur la plage »].

Dans un premier temps, on se dit que le mot et la chose devraient être réservés à des situations plus problématiques : chômage, maladie, divorce. Mais à la réflexion cette angoisse d’être déconnecté en cache peut-être une autre, plus fondamentale, parce qu’elle dit quelque chose de notre condition humaine.

Le vacancier coupé d’Internet est plongé dans l’état de détresse que vit le nourrisson après sa naissance. Le cordon ombilical qui le reliait au monde virtuel se rompt. Le vacancier est alors expulsé du corps artificiel pour être jeté dans le monde réel. Il passe d’un état de sécurité, où il était relié au cyber sein, nourri en continu par un flux d’informations, messages, sons images, dans lequel il maîtrisait le monde offert sur une page web, à un état de manque et d’impuissance, dans lequel il est abandonné, seul avec lui-même, privé de la projection numérique de ses représentations. La privation du sein, maternel ou digital, suscite la même angoisse de perte de soi-même.

La paresse agitée du vagabondage numérique efface le socle de la dignité humaine qui est de penser et de ressentir

Pauvre de lui ! Plus de Facebook pour satisfaire ses désirs d’exhibition – grâce à son « profil » – et de voyeurisme – avec sa « home ». Il avait placé son existence en dehors de lui-même, dans une avantageuse projection de son être. Privé de réseaux sociaux, il ne se sent plus exister. Privé de ses mails, il ne sent plus efficace. Dépouillé de son apparence numérique, il n’a plus de consistance. Alors Bibiche a beau s’agiter sur la plage et les jets-skis glisser à un train d’enfer, il ressent fatalement un vide abyssal, à la mesure de la mise en abyme infinie de son image.

Bonjour l’angoisse !

Il ne s’agit pas se joindre au chœur des contempteurs de la Toile mais de pointer ses effets destructeurs pour l’intériorité de l’être. Sous le règne d’Internet, l’heure n’est plus, comme dirait l’autre, « un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats », mais une quantité de mails, de photos, de nouvelles accessibles en quelques clics. Oublier Internet, ne serait-ce que le bref temps de l’été, c’est se soustraire à l’emprise de l’immédiateté, du « tout, tout de suite », et protéger ce qui reste encore de la flânerie, de la contemplation et de la réflexion. L’omniprésence des écrans fixes et ambulants installe l’impatience dans les cœurs, instille la distraction dans les esprits et habitue les cerveaux à la violence instinctive des comportements.

L’essor de cette paresse agitée, de cette solitude grégaire qu’est le vagabondage numérique, ne peut qu’inquiéter car il va de pair avec le lent effacement de ce qui constitue la dignité humaine, le fait de penser et de ressentir. L’ennui, c’est que l’exercice de la raison et le développement de la sensibilité demandent du temps, du silence et de la solitude. Tout ce que déteste l’internaute en vacances !

Plein été

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Que faisiez vous le 20 juillet ? Vous n’êtes pas obligé de répondre. Mais étant donné que c’est le plein été, comme il y a une pleine mer, sans doute faisiez-vous quelque chose d’agréable. On vous le souhaite en tout cas. Lire dans une chaise longue à l’ombre d’un citronnier grec, vous baigner sur une plage bretonne en trouvant que l’eau est meilleure que l’année dernière, préparer le barbecue pour toute la famille dans une ferme du Berry, regarder passer les filles au joli profil à l’heure de la promenade vespérale dans ville de Vieille Castille.

Peu importe, finalement : le 20 juillet, c’était ce genre de journée où l’on comprend vraiment ce que Ferrat a voulu dire quand il a chanté Que c’est beau, c’est beau la vie. Il fallait juste, ensuite, si l’on voulait ne pas tout gâcher, éviter de lire le Monde du 22 : on y apprenait que ce même 20 juillet, Derek Jackcon, 42 ans, était exécuté dans la prison de Huntsville, au Texas. C’était le quinzième dans cet Etat depuis le début de l’année. Que c’est beau, c’est beau, la vie.

Avez-vous l’étoffe d’un ministre ?

Devenez ministre
Vous rêvez d'en faire partie et de poser un jour sur la photo ? Une seule solution : testez vos capacités !

À deux mois à peine du remaniement, êtes-vous prêt psychologiquement à prendre en charge un portefeuille ? Pour le savoir, répondez vite à ce questionnaire, recommandé par les plus grandes marques d’anciens ministres.

1. Qu’y a-t-il de plus important que la loyauté ?
a) rien
b) la circonspection
c) l’intelligence

2. Laquelle de ces fables préférez-vous ?
a) Le Lièvre et la tortue
b) Perrette et le pot au lait
c) Le Petit Chaperon rouge

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3. La spontanéité, c’est :
a) sain
b) rare
c) redoutable

4. Le mal, selon vous, c’est :
a) le contraire du bien
b) souvent utile pour éviter le pire
c) celui qu’on me fait

5. Parmi ces héros mythologiques, lequel prendriez-vous pour modèle ?
a) Hercule
b) Sisyphe
c) Œdipe

6. Choisissez les mots qui s’accordent le mieux avec arbre :
a) verdure, campagne, été
b) bois, feu de forêt, Canadair
c) papier, journal, affiches 4 x 3

7. Votre instrument de travail favori :
a) les mains
b) les idées
c) les autres

Résultats
Majorité de a : Abandonnez tout espoir d’être ministrable un jour. Vous seriez désarmé face aux responsabilités qu’implique une telle charge, et déstabilisé par les rebondissements qui en font le charme. À la rigueur, concentrez-vous sur les cantonales.
Majorité de b : Vous faites comme vous le sentez ; mais avec une telle conception de la politique, vous ne resterez pas ministre longtemps ! Autant viser dès maintenant la présidence de la Cour des comptes.
Majorité de c : Bravo ! La France a besoin d’hommes de votre trempe. J’en parle à Claude, qui voit Nicolas tout à l’heure…

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Le thatchérisme, un horizon indépassable ?

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Margaret Thatcher
Margaret Thatcher.
Margaret Thatcher
Margaret Thatcher.

Je recommande à tous les contributeurs du site un exercice aussi simple qu’éprouvant : la lecture des commentaires les plus critiques. Parfois injustes, souvent pertinents, ils révèlent le suc et les tabous d’une époque. En l’occurrence, après la publication de divers papiers crypto-marxiens tentant de démonter les rouages du néolibéralisme, je me suis heurté à de nombreuses critiques très révélatrices d’un certain mode de pensée contemporain. Pour le dire vite, ce dernier conjugue les gros traits des sociétés postmodernes privées de telos : atomisme social et épistémique, rejet des analyses systémiques au profit de la seule catégorisation individuelle, confusion volontaire entre économie et société de marché, etc.
Urbi et orbi, voici quelques topoi libéraux à démonter :

1. L’économie de marché est l’horizon indépassable de notre temps

Adepte du « faites ce que je dis pas ce que je fais », Lionel Jospin avait intelligemment théorisé la distinction fondamentale entre économie de marché et société de marché. Certes, le distinguo peut sembler spécieux. Dans une de ses plus brillantes analyses, Marx explique que l’accumulation du capital bouleverse l’ensemble des rapports sociaux. Que par nature le capitalisme subvertit les valeurs et hiérarchies établies. Que la marchandisation des rapports sociaux n’est pas sans conséquences anthropologiques : l’homme et le monde devenus marchandise, quel espace de liberté nous reste-t-il ?

Partant, tout social-démocrate conséquent devrait garder à l’esprit la force de la colonisation de l’imaginaire – clin d’œil à l’excellent Latouche – opérée par la forme-capital. Autrement dit, comprendre que pour agir au sein d’une économie de marché, l’Etat doit réencastrer l’économie, c’est-à-dire en faire non pas une fin mais un moyen au service des instruments de sa souveraineté. Pour in fine tâcher d’accroître la prospérité générale de la population, qui ne saurait être confondue avec l’illusion productiviste d’une accumulation illimitée des biens de consommation. Héritiers de la critique aristotélicienne de la chrématistique, les animateurs du MAUSS1 tentent année après année de réhabiliter la puissance du don en dénonçant la confusion volontaire entre rationnel et raisonnable. À bien des égards, le fonctionnement des marchés financiers et les opérations quotidiennes de spéculation obéissent à des règles parfaitement rationnelles. Dans le rôle du veau d’or, l’axiomatique de l’intérêt et la poursuite effrénée du profit aboutissent à la tragi-comédie de l’affaire Kerviel. Arbre médiatique qui cache la forêt de crédits pourris à l’origine de la crise des subprimes. À court terme la recherche du profit immédiat-fût-il déconnecté des réalités économiques- apparaît ô combien rationnelle Mais comme le demandait Nelly Borgeaud dans ses étreintes avec l’homme qui aimait les femmes : « Est-ce bien raisonnable ? »

Mutadis mutandis, restaurer le primat du politique sur l’économique, redomestiquer un capitalisme financier devenu fou, réindustrialiser la France au prix d’un protectionnisme raisonnable ne serait pas sans prix. Renoncer à l’idéologie du désir et à la culture consumériste si bien assimilée par nos têtes blondes exige une révolution des esprits. Au lieu de renouveler tous les ans l’écran plasma de votre téléviseur fabriqué en Corée du Sud, de vous précipiter frénétiquement sur le dernier Ipad ou Ipod – que je me plais à confondre dans un même rejet libérateur- vous renoueriez avec une certaine frugalité. Loin de l’autarcie, il s’agirait de maîtriser notre production industrielle orientée vers le marché intérieur sans renoncer à son potentiel d’exportation, jusqu’ici anéanti par l’euro fort. Réciproquement, le marché français ne serait bien entendu pas fermé aux produits étrangers – qui peut sérieusement le penser ? – mais simplement préservé par les outils protecteurs du patriotisme économique. Acheter du made in France, cela demande quelques sacrifices mineurs : pourquoi ne pas renoncer à changer de portable tous les six mois si cela peut sauver nos emplois ?

2. Le libéralisme est le garant de nos libertés

Autre antienne des thuriféraires du marché, l’équation « libéralisme = liberté » a la vie dure. Là aussi, le MAUSS nous aide à y voir plus clair. En mêlant liberté économique, libertés individuelles et projet d’émancipation humaine, le terme français entretient la confusion. A l’instar des anti-utilitaristes, peut-être devrions-nous lui préférer l’italianisme « libérisme » pour désigner le tropisme d’une économie incontrôlée soumise au laisser-faire/laisser-aller. Inversement, la défense des acquis du libéralisme politique, si chèrement payés depuis 1789, peut parfaitement s’accommoder d’une éthique socialiste du don et de l’association. On peut même penser que la libre association des producteurs dans des coopératives autogérées – expérimentée à petite échelle – favorise davantage l’épanouissement de l’individu que le libre cours du marché. L’avènement de  l’ère sympathique jadis souhaitée par Benoit Malon donnerait enfin corps aux libertés formelles proclamées par la Révolution. Quid du triptyque liberté-égalité-fraternité si l’on ne se donne pas les moyens de l’accomplir ? Là encore, les zélateurs du Dieu argent me répondront que seule l’accumulation marchande offre les moyens de la liberté.

Si j’étais cynique, je répondrais qu’avant l’arrivée de la marchandise, l’Afrique ne connaissait pas de famine, et que les millions de morts des guerres motivées par la conquête de la suprématie économique feraient passer Pol Pot pour un gentil philanthrope. Ne nous leurrons pas : lorsque nos élites globalisées prétendent agir au nom des droits de l’homme, l’enveloppe moralisante cache maquille fréquemment le loup de l’impérialisme économique. Plutôt que la liberté, quête perpétuelle jamais assouvie, le libéralisme économique a préféré consacrer les libertés, plurielles, subjectives et donc privées de tout ancrage social collectif. Pas de hasard : l’affairisme prospère d’autant mieux que nul référent commun a-marchand ne subsiste. L’affaissement de la République et des valeurs qui ont présidé à la constitution politique de la Nation française est le meilleur cadeau à faire au MEDEF !

3. Toute analyse marxienne dissimule une théorie du complot

J’en viens à la dernière grande confusion libérale (ou libériste, si vous préférez !). Celle qui consiste à assimiler toute analyse systémique à une prétendue théorie conspirationniste. Il est loin l’âge d’or du structuralisme où la superstructure noyait l’individu dans le déterminisme des modes de production. D’ailleurs, au plus fort des années 1970, dans leurs pires excès dogmatiques, les tenants des sciences sociales marxisantes auraient bien ri devant pareille accusation. Le marxisme idéologique le plus borné ne peut en effet s’établir sur les bases d’un complotisme abscons qui, par définition, explique les soubresauts du monde par l’action individuelle de quelques-uns. Logique typiquement libérale que d’envisager l’événement à l’aune du seul individu. Solipsisme, j’écris ton nom ! Naturaliser les faits économiques et sociaux en négligeant les structures économiques qui les sous-tendent, telle est au contraire la voie ouverte par le libéralisme, propice à toutes les spéculations complotistes !

Enfin, que dire à ceux qui confondent analyse marxienne et marxisme dogmatique ? Comme si l’usage de concepts créés par Marx nous faisaient automatiquement entrer dans le ventre encore fécond de la Bête immonde soviétique. Primo, qu’analyser n’est pas entrer en religion : rien n’interdit au premier penseur venu de s’approprier la critique marxienne de la marchandise sans souscrire à la théorie de l’Etat présente dans l’Idéologie allemande. Secundo, que les antimarxiens primaires font peu de cas des contradictions évidentes de l’œuvre de Marx, difficilement assimilable à un bloc homogène. Pour ne prendre que cet exemple, le vieux Karl qui fait du prolétariat l’agent de l’histoire contredit le socialisme intégrateur du second Marx appelant l’ensemble des producteurs – chefs et directeurs d’usine compris – à s’associer.

Par une dédogmatisation habile du marxisme, on peut ainsi débusquer les apories d’une œuvre multiforme, quitte à désacraliser certains de ses mythes. Rien n’empêche de tempérer le matérialisme historique par les apports de l’histoire des mentalités ou même de refuser le projet communiste de refonte des classes sociales, par exemple en le reformulant sous la forme républicaine de l’égalité des conditions, comme l’a fait Denis Collin et, avant lui, Jaurès et Eugène Thomas.

Quant à ceux qui professent le « there is no alternative » cher à Margaret Thatcher, qu’ils se disent qu’au vu du marasme actuel, il serait peut-être bon d’en appeler aux partisans de l’autre politique. Avec toute l’énergie du désespoir, on pourrait en effet difficilement faire pire que ce néolibéralisme débridé et sa scélérate maxime socialiser les pertes, mutualiser les profits.

Monsieur Malakine, on ne vous appelait pas !

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Salami

Salami

Malakine, dans un article longuet publié ici, nous enjoint de ne plus l’appeler « républicain »[1. Egalement publié sur son blog]. Il a essayé de s’indigner et a cherché laborieusement à nous le faire savoir, avec des qualificatifs explosifs, des adjectifs humiliants, et des expressions à nous faire périr de honte : un article l’a « révulsé », il a déniché un « amalgame abject », voire un « agrégat d’horreurs » !

Je m’étonne que Malakine croie pouvoir écrire des choses intéressantes, alors qu’il déclare : « en tant que provincial qui vit dans une ville de l’Est autrefois germanique et peu concernée par les flux migratoires issus de l’ancien empire colonial, je ne constate rien de ce que dénoncent les identitaires dans ma vie quotidienne. […] Je serais donc très tenté de minimiser les problèmes pour les circonscrire à cette immense zone pathogène et déshumanisée qu’est devenue la banlieue parisienne. » Ah, indigence, quand tu nous tiens ! Quand on avoue aussi benoîtement ne pas avoir d’imagination et ne pas savoir s’élever au-dessus de sa perception quotidienne de son environnement limité, des dissertations sur la France, l’Europe, voire l’état du monde, exposent à des risques de ridicule non négligeables. Monsieur Malakine, vous qui nous promettez « un travail politique de fond », qui voulez consacrer « la période estivale » à écrire « une série de billets thématiques en formes (sic) de grands débats de l’été », prenez plutôt des vacances ! Il y a mieux à faire de son été que de prêter à rire.

Nommer les choses, est-ce les fabriquer ?

Dans l’oiseuse page consacrée à Riposte Laïque, dont je m’honore d’être un rédacteur[2. www.philo-conseil.fr], deux reproches ont un semblant de sérieux. Le premier, c’est de procéder à des amalgames « entre des sujets liés, peut-être corrélés statistiquement, mais qui devraient être strictement isolés dans l’analyse. » Malakine n’aime pas que nous cherchions le point commun entre tous les différents problèmes de la France. Il aime la division du travail, la segmentation des problèmes, la technique du salami. Il trouve « abject » que nous trouvions un point commun entre les problèmes d’incivilité, les atteintes à la laïcité, les problèmes d’assimilation, les actes de barbarie, etc. Or, ce qui n’est absolument pas clair d’après sa prose, c’est s’il nous reproche d’inventer ce point commun, ou bien de simplement le nommer. Le référent de notre discours existe-t-il ou bien est-il seulement un effet de langage ? L’impression qui s’en dégage, c’est que nous aurions le pouvoir magique d’inventer la cause commune des malheurs de la France, parce que nous la nommons. C’est ainsi qu’il peut écrire sans trembler que nous « stigmatisons des phénomènes sociaux » ! Voilà du nouveau : le lynchage, la lapidation, les crimes d’honneurs, la polygamie, l’excision, la terreur imposées par les bandes sont des « phénomènes sociaux stigmatisés » !

C’est de cela que nous accuse M. Malakine : de penser une synthèse des problèmes sociaux et culturels qui défraient de plus en plus souvent la chronique, de désigner des responsables et des coupables. Il ne faut pas penser cela, nous dit-il, parce que cela nous amènerait à envisager la guerre civile. Or, la guerre civile, c’est la deuxième chose que nous ne devons pas penser. Monsieur Malakine est « tenté d’affirmer qu’un vrai républicain ne peut que refuser cette perspective ». Prions pour qu’il ne soit pas soumis à la tentation !

Là encore, d’après sa prose confusionniste, nous ne savons pas si effleurer l’idée de la guerre civile est en soi un crimepensée, si c’est une idée délirante compte tenu de la merveilleuse situation objective de la France, si c’est une intention qu’il dénonce dans nos propos, ou bien encore une fois s’il ne nous prête pas des pouvoirs surnaturels de déclenchement de la guerre civile par sa simple invocation. Sans doute sommes-nous coupables d’un peu tout cela à la fois.

Pour éviter la guerre civile, il faut savoir qu’elle est un avenir possible

Dans les brumes de son esprit, notre contempteur butte sur un écueil courant, contre lequel viennent se fracasser la plupart des bonnes intentions politiques qui souhaiteraient agir afin d’éviter le pire. Cette pierre d’achoppement, c’est l’apparent paradoxe qui consiste à tenir pour certain un avenir sombre, afin de tout faire pour l’éviter, paradoxe que Jean-Pierre Dupuy a appelé le « paradoxe de Jonas ». « Tout prophète de malheur doit annoncer la catastrophe future comme étant inscrite dans l’avenir inéluctable, mais cela afin qu’elle ne se produise pas ! Le Jonas de la Bible préfère s’enfuir : on sait ce qu’il lui en coûtera ! Le même paradoxe est au cœur d’une figure classique de la littérature et de la philosophie, celle du juge meurtrier. Le juge meurtrier « neutralise » (assassine) les criminels dont il est écrit qu’ils vont commettre un crime, mais la neutralisation en question fait précisément que le crime ne sera pas commis ! L’intuition nous dit que le paradoxe provient d’un bouclage qui devrait se faire et ne se fait pas, entre la prévision passée et l’événement futur : « Ce n’est pas l’avenir si on l’empêche de se réaliser ! » (Minority Report) Mais l’idée même de ce bouclage ne fait aucunement sens dans notre métaphysique ordinaire, comme le montre la structure métaphysique de la prévention. Lorsqu’on annonce, afin de l’éviter, qu’une catastrophe est sur le chemin, cette annonce n’a pas le statut d’une pré-vision, au sens strict du terme : elle ne prétend pas dire ce que sera l’avenir, mais simplement ce qu’il aurait été s’il l’on n’y avait pas pris garde. Aucune condition de bouclage n’intervient ici : l’avenir annoncé n’a pas à coïncider avec l’avenir actuel, l’anticipation n’a pas à se réaliser, car l’« avenir » annoncé ou anticipé n’est de fait pas l’avenir du tout, mais un monde possible qui est et restera non actuel. »[3. La marque du sacré, Edition Carnets Nord, 2008, p. 249-250]

Si nous pensons que la guerre civile est un avenir possible de la France, ce n’est pas parce que nous le souhaitons, mais bien parce que nous voulons l’éviter. C’est parce que nous tenons cette possibilité horrible pour très probable, que nous l’annonçons, afin de tout faire pour empêcher qu’elle ne s’actualise. Ceux qui ne veulent pas envisager le pire, pour ne « pas jeter de l’huile sur le feu », pour ne pas « répondre à l’intolérance par l’intolérance », laissent s’accomplir la catastrophe, parce qu’ils croient au « bouclage entre prévision et événement futur ». C’est pourquoi ils s’efforcent, en autruches ensorcelantes, d’envisager toujours un avenir radieux, malgré tous les signes contraires, faisant fi de la distinction entre possible et probable, pensant que leurs projections optimistes et leurs vœux pieux agissent efficacement sur la réalité.

Pris dans cette conception littéralement magique qui croit à l’influence directe de la pensée sur la réalité, les phobophobes tels que Malakine ont pour tout programme la dénonciation de la dénonciation de l’Ennemi. Il n’y a pas de mal, dans le monde, il n’y a que du malheur, dans la langue de bois de notre angélique blogueur : « L’Ennemi n’est pas intérieur. Il est dans les structures de la domination économique mise en place l’Empire américain et les élites mondialisées via le désarmement méticuleux des puissances publiques et la corruption des processus démocratiques par la pensée unique et la bien-pensance moraliste. » Nous voilà retombés dans la déresponsabilisation généralisée, selon laquelle toutes les âmes sont grises, et qui déteste forcément la morale, car celle-ci ne saurait se passer d’un sujet responsable et accusable. Ainsi achève-t-on de déshumaniser les hommes, les hommes coupables, « les barbares », en murant la seule porte de leur esprit qui donnait sur la civilisation : la honte.

Ne dormez plus, braves gens !

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Saint-Aignan

Saint-Aignan

Je n’arrive pas à oublier ces images vues au journal télévisé de ces tilleuls abattus en place publique, que des grappes de gens, « du voyage » en l’occurrence, s’acharnaient à faire tomber. Sur place, il y avait des caméras pour filmer mais pas un gendarme, un CRS ou un militaire pour empêcher le massacre. Comme toujours, la cavalerie a fini par arriver mais trop tard. Il serait inquiétant d’en conclure que les équipes de télévision sont mieux informées et plus réactives que les forces de l’ordre censées assurer la sécurité des personnes et des biens. Je crois plutôt qu’une fois encore, on a préféré éviter l’affrontement et attendre que la colère retombe en négociant je ne sais quel retour au calme. 

Ce que nous aimons est ancien, fort et fragile

Les habitants de Saint-Aignan, village du Cher, je ne sais pas, mais moi je n’ai toujours pas retrouvé mon calme. Comme sédentaire et comme amoureux de la nature, j’ai le sentiment de m’être fait avoir parce que pendant que les élus ou représentants de l’Etat entendaient les doléances des cousins au sens large du braqueur descendu, les arbres étaient tranquillement tronçonnés et parce que si dans 10 mois, le plus lourdement condamné des vandales sera libre et absous, il se passera des décennies avant que les villageois revoient de grands arbres border leurs rues. Il faudra beaucoup de temps pour remplacer ceux que leurs aïeux avaient plantés, protégés dans leur jeunesse et entretenus, avec le cœur et la patience qu’il faut pour travailler au bien-être de sa descendance. Si je ne décolère pas, c’est aussi parce qu’un peu de cet effort-là est tombé avec ces arbres piétinés par des gens de passage qui se foutent de la beauté centenaire et sédentaire.

Comme tout ce qui fait notre civilisation, de notre art à notre architecture, de notre art de vivre à notre hospitalité, tout ce que nous aimons est ancien, fort mais fragile. Je m’inquiète qu’un peu de technologie et de malveillance puisse détruire si vite ce que les siècles et les Français qui nous ont précédés ont construits et que nous soyons si peu capables d’y opposer une efficace résistance. Que se passerait-il si des groupes pas très catholiques et très énervés tentaient d’incendier  une cathédrale ? Hésiterions-nous longtemps à sauver notre patrimoine et notre passé en tirant sur la foule ?

Nous nous sommes habitués aux voitures brûlées et aux magasins pillés, les gens qui travaillent paient des assurances qui indemnisent les victimes et ces systèmes prévus pour faire face aux accidents ont fini par remplacer nos systèmes de défense. Après une nuit chaude en banlieue ou une descente de manouches, la solidarité nationale ou la prévoyance privée réparent les dégâts et évitent que des citoyens en colère ne refroidissent les incendiaires ou ne pendent les romanichels aux arbres encore debout. Cette inertie devant l’agression, ce ventre mou censé assurer la pérennité des régimes démocrates et leur supériorité sur les dictatures semble atteindre ses limites.

Quand on est prêt à tuer, on doit être prêt à mourir

Face à cette apathie, les violences augmentent. Les malfaiteurs professionnels ont oublié que le gendarme, c’est une chance pour le voleur car il le protège à terme de la colère du peuple et que la prison, ça vaut mieux que le lynchage. Incapables de comprendre ces choses, les voyous aujourd’hui ne reconnaissent plus à la police le droit de les arrêter et, pris la main dans le sac, ils font usage de leurs armes ou forcent les barrages, prêts à tuer pour échapper à la justice. Or, quand on est prêt à tuer pour ne pas répondre de ses actes, on devrait être prêt à mourir. Ce n’est pas le cas. La mort de criminels dans l’exercice de leur fonction est de moins en moins acceptée par  leur « communauté » qui déclenche des représailles par des saccages et des tentatives de meurtres.

Avant-hier, les émeutes répondaient à une bavure policière, par exemple un jeune mort en garde à vue dans des circonstances troubles, hier, on cassait tout pour honorer la mémoire de délinquants morts accidentés pour avoir tentés d’échapper à un contrôle de police, aujourd’hui, on met la cité à feu et à sang pour un braqueur descendu parce qu’il tirait sur les forces de l’ordre. 

Dans le même genre, si vous vous interposez parce qu’une bande de voyous agresse une femme, un jeune ou une personne âgée (ou même un homme costaud mais esseulé), vous risquez la mort parce qu’on peut tout vous faire subir mais si vous réagissez, on vous accusera de faire de la provocation.

Il y a là plus qu’une escalade de la violence, c’est un changement de nature des rapports des individus entre eux, des individus avec la loi, des communautés avec l’Etat. 

Je n’ai rien contre les manouches en général mais je n’aime pas beaucoup quand des gens, qu’ils soient ou non « du voyage, la ramènent en plein jour sur leur honneur et viennent vous voler la nuit. Ce n’est pas du racisme mais de l’expérience concrète. Car si pour les habitants des centres-villes (qui n’en voient jamais), les gitans c’est Toni Gatlif, la liberté et le jazz manouche, pour les gens des banlieues et des campagnes, ce sont souvent des voleurs, capables de détruire des biens sédentaires à la moindre contrariété. Je n’ai pas non plus une grande sympathie pour les racailles des banlieues qui se prennent pour des hommes et peuvent vous tuer à coups de poings à quinze contre un si vous opposez une résistance à leur agression. Et cela, quelle que soit leur origine. Je ne les aime pas, c’est mon problème et je m’en arrange.

Nous n’avons pas besoin de nous aimer, nous avons besoin d’une loi commune

Pour vivre ensemble ou côte à côte dans le même Etat, nous n’avons pas besoin d’amour, ni de tolérance ni même d’antiracisme. Nous n’avons pas besoin de propagande sur les bienfaits du métissage ou du multiculturalisme, nous n’avons pas besoin de reconnaissance des communautés qui composent la nation, nous n’avons même pas besoin de fraternité. Nous avons seulement besoin d’une loi commune, reconnue par tous parce que traitant tous les individus à égalité. Or cette reconnaissance de la loi ou à défaut la peur du gendarme semblent avoir disparu et dans les cités comme chez les nomades, si seuls quelques individus sont violents, tous sont solidaires, il suffit de les interroger pour s’en rendre compte

Quand un groupe refuse la répression qui s’abat sur l’un de ses membres criminel et proteste avec violence, c’est cette loi commune qui est rejetée. Enfin, seule la loi républicaine qui réprime les voleurs et les tueurs est contestée car celle qui impose aux communes l’aménagement d’aires d’accueil, favorise l’accès à l’école et aux soins ou aux allocations diverses est toujours acceptée, sans excès de gratitude mais acceptée, et elle finit par être confondue avec un droit de l’homme.

Si la loi de la République et la violence légitime qui la fait respecter sont contestées par des groupes entiers, qu’ils soient mafieux, religieux ou ethniques, c’est peut-être que le sentiment communautaire l’emporte sur le sentiment national. C’est le ciment de la nation qui s’effrite et un premier pas vers une forme de sécession. Peut-être la fin annoncée de la France que nous connaissons. Accepterons-nous d’assister impuissants au début de notre fin ? De transiger comme nous le faisons sur tout pour préserver je ne sais quelle paix sociale sous la pression menaçante de bandes criminelles ou de quelques voleurs de poules ? Eviterons-nous les affrontements qu’on nous promet en renonçant à la répression qui s’impose ? 

Pour faire face à ces problèmes qui deviennent récurrents, les solutions sont variées. Le repli identitaire en est une et certains Français de souche se rassemblent en une communauté fermée à l’abri des autres Français. Pour répondre à la violence, je connais un plombier qui, les soirs d’émeutes dans sa cité, passe la nuit dans sa camionnette avec son fusil. Ça pourrait un jour finir mal pour lui ou pour les petits merdeux qui s’amuseraient à réduire en cendres le fruit d’années de travail. Si l’auto-défense ne peut pas être une solution, alors la défense sans failles de l’ordre républicain par ses représentants doit en être une.

Avec le Grenelle sur la sécurité qui s’annonce, ces questions seront peut-être posées. Saurons-nous exiger de nos institutions judiciaires qu’elles rendent une justice efficace qui exige d’assumer la répression ? L’opinion suivra-t-elle ses représentants dans l’usage de la force que nécessite la restauration de l’ordre ou sera-t-elle retournée comme une crêpe par le premier voyou à terre et le premier article de Libé ?

Je me souviens depuis la cour de récréation qu’on dort mieux avec un œil au beurre noir qu’avec le sentiment amer d’avoir été lâche. C’est mon expérience et mon apprentissage du courage. Je souhaite que toutes nos expériences individuelles du courage nous servent à envisager une solution collective pour endiguer l’insécurité et la violence qui se répandent. Le temps est venu de retrouver pour notre nation l’exigence que nous avons pour nous-mêmes, si nous avons une certaine idée de notre devoir, si nous avons encore une certaine idée de la France.

Le sarkozysme, c’est du cinéma ?

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Vous connaissez Christophe Lambert ? Je ne parle pas de l’acteur au regard bovin, porte-glaive fatigué de la série Highlander, qui trimbale de film en film son rire benêt, et autant de prédisposition au métier d’acteur que David Pujadas à celui de journaliste. Je veux parler de son homonyme, qui est autrement plus sérieux, mais néanmoins presque aussi drôle. Son homonyme, donc, vous ne le connaissez peut-être pas… C’est un homme de l’ombre. Certainement l’un des meilleurs publicitaires de sa génération, qui a dirigé l’agence Publicis Conseil au début des années 2000, avant de fonder l’agence de pub Blue, qui avait notamment dans son portefeuille de clients l’UMP. Indubitablement proche du clan Sarkozy, Lambert devient en 2009 le conseiller en com’ du prince Jean.

Mais alors pourquoi « drôle » cet homme de l’ombre? Car il vient de prendre, sans complexe, la direction de la grande Fabrique industrielle des bessonneries : EuropaCorp. Certes, Christophe Lambert était déjà en affaire avec Luc Besson au sein de Blue, mais le publicitaire met le turbo, et assume de prendre la gestion du Studio qui a accouché de petites merveilles du 7ème art, dont la série des Taxi, les Yamakasi, Banlieue 13, et autres Transporteur. Autant de films mis en scène à la truelle où les délinquants sympas, attachants, et malins ont toujours le beau rôle et où les flics sont tous mongoliens ou sadiques. Amusant de voir un proche de Nicolas Sarkozy prendre la tête de ce petit univers…

Assayas : Carlos sans fard

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Edgar Ramirez
Edgar Ramirez incarne Carlos à l'écran.
Edgar Ramirez
Edgar Ramirez incarne Carlos à l'écran.

MK2 Odéon, fin de dimanche après-midi dans un Paris qui se vide. Quelques amis contributeurs et lecteurs de Causeur se dirigent à reculons vers la dernière superproduction des studios Canal : Carlos. A priori il y a tout à craindre d’un film consacré au terroriste le plus fantasque de ces trente dernières années.

Un biopic qui évite les pièges du genre

Et pourtant, le biopic d’Olivier Assayas évite magistralement tous les pièges du genre. À l’inverse du tandem Richet-Cassel qui accoucha de la souris Mesrine, Carlos nous montre un criminel humain, trop humain, sans céder un quart de plan à la tentation de l’héroïsation ni tomber dans l’excès inverse de la moraline compassionnelle. Ici, le suspense haletant dispute la primauté à la profondeur psychologique des personnages. Du terroriste paumé des Cellules Révolutionnaires Allemandes au chevronné Wadie Haddad, la distribution frise la perfection.

Au prix de quelques approximations vite pardonnées – la confusion entre Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) resté fidèle à Georges Habache et l’organisation dissidente FPLP -Opérations spéciales montée par Haddad – la petite histoire rejoint la grande. Y compris lorsque la minutie d’Assayas pêche dans les détails, comme dans ce magnifique plan aérien sur Damas endormie où l’on aperçoit au loin l’hôtel Four Seasons inauguré en… 2005, le spectateur marche. On pardonnera aisément ce petit écart; Truffaut ne disait-il pas que les films respirent par leurs défauts ?

Découverte d’un grand acteur, Edgar Ramirez

D’autant que l’essentiel est ailleurs : il réside dans la prestation époustouflante du jeune acteur vénézuélien Édgar Ramírez, réel homonyme d’Ilich Ramirez Sanchez, qui a poussé le mimétisme jusqu’à adopter le trilinguisme de son aîné. Maîtrisant parfaitement français, espagnol et anglais, voire quelques rudiments d’arabe, le premier rôle crève l’écran. Là encore, le pari n’était pas gagné d’avance. Non content de dépeindre un Carlos fat, cupide et manipulateur, le duo Assayas-Ramirez montre plan après plan comment le héraut de la lutte anti impérialiste finit en sycophante bedonnant. Dès ses premiers stages d’entraînement à Aden, dans la préparation de la prise d’otages de l’OPEP à Vienne, se profile un Carlos gras du bide, séducteur et buveur insatiable pour qui la cause de peuple se confond avec la sienne. Casanova invétéré, coqueluche des médias : le cocktail magique du vedettariat finit par agacer les parrains et employeurs de Carlos. À tel point qu’à force de désobéir aux ordres et d’exécuter ses complices indociles, Ramirez finit seul, à la merci de ses derniers soutiens étatiques. Libye, Iraq, Syrie, Soudan et Iran : les commanditaires se succèdent mais ne se ressemblent pas. À l’euphorie des premiers moments, qui lui fait commettre de graves imprudences – à commencer par le meurtre de deux agents de la DST rue Toullier à Paris – se substitue l’aigreur d’une vie de mercenaire. Existence clandestine au fil des engagements de la lutte armée, tour à tour gauchiste, pro-palestinienne et islamiste pour se solder en simple culte de soi, où la violence devient sa propre fin.

La déchéance d’un homme qui n’aura cessé de fuir

Il y a du pathétique dans les dernières images d’un Carlos vieillissant, succombant au culte de l’égo en se faisant liposucer quelques bourrelés mal placés. Un sentiment étrange s’empare du spectateur au cours des dernières séquences du film. L’intrigue géopolitique ne compte plus, ou si peu. Nous assistons à la déchéance d’un homme qui n’aura cessé de se fuir. Comme si la violence était une échappatoire à la vacuité de l’existence. Comme des millions de jeunes militants gauchistes, Carlos aura usé ses guêtres dans des discussions de salon en s’inventant une Révolution qui ne viendra pas. À la différence près qu’il aura poussé la folie meurtrière jusqu’à son terme en tuant de sang-froid d’innocentes victimes devenues martyres de la cause. La seule qui vaille, encore une fois la sienne.

Au terme de ces deux heures quarante-cinq de film virevoltant, la mise en scène enlevée sur fond de musique rock nous livre un dernier montage mêlant habilement images d’époque et scènes reconstituées in vivo par les acteurs. Le générique déroule un à un les visages des ex-compagnons de route de Carlos, décimés par la maladie, écroués dans leur pays d’origine ou repentis et amnistiés.

La valse des portraits-robots rend son alors dernier verdict. Celui emprunté au Livre de l’Ecclésiaste, qui contient cette vérité éternelle : « Vanité des vanités, tout est vanité (…) tout a été fait de la poussière, et tout retourne à la poussière ».

Êtes-vous embrigadé dans une secte ?

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Secte
Gare au gourou !
Secte
Gare au gourou !

1. Avez-vous déjà fait l’objet d’un reportage d’Envoyé spécial ou de Spécial Investigation (avec interviews-vérité et caméras cachées) ?

2. Vous sentez-vous toujours prêt(e) à l’arrivée-surprise d’extraterrestres, de nuages de sauterelles tueuses, de nouvelles maladies non remboursées et autres calamités en 3D ?

3. Vos ayants-droit vous ont-ils déjà reproché la générosité avec laquelle vous aidez vos nouveaux amis à sauver notre Terre-Mère ?

[access capability= »lire_inedits »]4. Avez-vous poussé le Cri rituel de Joie en découvrant l’époux(se) que vous avait réservé(e) le Conseil suprême des Unions ?

5. Pour servir la Vérité Vraie, avez-vous déjà escamoté de prétendues preuves devant un Tribunal de grande instance ?

6. Pour acquérir la Santé Spirituelle, êtes-vous volontaire pour jeûner et vendre des brosses à tapis surnaturelles fabriquées par vos frères et sœurs ?

7. Faut-il éliminer les hérétiques non-croyants qui doutent de la Raison comme principe explicatif du Grand-Tout ?

Analysez vos résultats
Comptez sur vos doigts le nombre de « oui ». Plus ce nombre est proche de 7 (chiffre sacré), plus vous êtes embrigadé. D’un autre côté, plus il est proche de 0, plus vous vous éloignez de l’Infini. À vous de voir.
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Les Blancs savent-ils courir ?

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Christophe Lemaître
Christophe Lemaître.
Christophe Lemaître
Christophe Lemaître.

« Que je le veuille ou non, je suis le premier athlète blanc à battre les 10 secondes. Manifestement, je rentre dans l’Histoire » : c’est en ces termes que le sprinteur français de 20 ans, Christophe Lemaître, est revenu sur sa performance du 9 juillet dernier réalisée à Valence, donc à basse altitude, avec un vent favorable modéré de 1,3 mètres par seconde (sachant que la limite autorisée est de 2 mètres par seconde. Il est donc le premier Blanc à courir le 100 mètres en 9 secondes et 98 centièmes, cette barrière symbolique des 10 secondes ayant déjà été pulvérisée officiellement 446 fois dont 445 fois par des athlète originaires d’Afrique de l’Ouest, et une fois par l’Australien Patrick Johnson qu’on ne peut pas vraiment qualifier de « blanc » en raison de ses ascendants pour moitié aborigènes.   
 
De fait, lors de tous les JO depuis 1984, tous les finalistes du 100 mètres étaient sans exception originaires d’Afrique de l’Ouest (si on compte, pour la beauté de la démonstration, Frankie Fredericks, originaire de Namibie. Aucun Africain issu d’autres régions de ce continent n’a franchi le seuil des 10 secondes, le meilleur temps accompli sur cette distance par un Brésilien noir a été 10,02. Enfin, parmi les nations d’Afrique occidentale, le Nigéria se distingue puisque ses sprinteurs sont passés 21 fois sous la barre des 10′. 

Les différences génétiques ne prouvent pas l’existence de races 
 
Pour autant, la fierté affichée par la Fédération Française d’Athlétisme face à l’exploit (incontestable) de Christophe Lemaître suscite un certain malaise. Les différences génétiques entre populations humaines – et donc également entre groupes ethniques – sont certes indiscutables et même souhaitables puisque c’est par le brassage génétique que progresse et évolue notre génome humain. Il n’en est pas moins impossible d’établir une corrélation scientifique entre la couleur de la peau et les capacités physiques, sans parler des comportements individuels. En d’autres termes, le concept de « race » – qui associerait caractéristiques génétiques et couleur de peau – est indéfendable. Au demeurant, si les races existaient, tous les Noirs, et pas seulement les Africains de l’ouest, excelleraient 100 mètres. 
 
La thèse qui prévaut est pourtant celle du journaliste américain John Entine qui, en 1989, écrivait, dans son livre appelé de manière significative Tabou« Les Noirs originaires d’Afrique de l’Ouest – dont la plupart des Noirs nord-américains se considèrent les descendants – se caractérisent généralement par une quantité plus faible de graisses sous-cutanées au niveau des bras et des jambes, une masse musculaire proportionnellement plus élevée, des épaules plus larges, des quadriceps plus volumineux et une musculature générale plus développée; une cage thoracique plus petite; un centre de gravité plus haut; un réflexe rotulien plus rapide; une densité corporelle plus élevée; un taux de testostérone plasmatique légèrement plus élevé, qui a un effet anabolisant, c’est-à-dire qu’il contribue théoriquement à accroître la masse musculaire, à faire baisser la quantité de graisse et à permettre des efforts plus intenses avec un temps de récupération plus court ; enfin, un pourcentage plus élevé de fibres musculaires à contraction rapide et d’enzymes anaérobies, qui peuvent se traduire par un surcroît d’énergie explosive. ».

Les Blancs savent-ils danser ?

La piste génétique est pourtant infirmée par Usain Bolt, détenteur du record du monde – 9’58 réalisées lors de la finale des Mondiaux 2009 à Berlin – qui est longiligne alors que pendant longtemps seuls les petits gabarits musclés semblaient à même de réaliser ce type de performance. Pour autant, les partisans de cette imposture classifient tous les Africains au sein de la même race tout en rappelant (pour les rares qui ont de l’humour), qu’ils n’ont jamais vu de snowboardeur noir. Demandera-t-on à Christophe Lemaître s’il sait danser?
 
Répéter inlassablement que les Noirs sont forts et musclés, c’est sous-entendre qu’ils sont moins intelligents dans le but de renforcer les structures sociales inégalitaires. Plutôt que de nous demander s’il y a un gène du cent mètres, de la pauvreté ou de la connerie, pourquoi ne pas tout simplement admirer la volonté, le talent et les performances. Après tout, on s’en moque, qu’elles aient été réalisées par un blanc, un jaune ou un bleu. À cette vitesse, qui voit encore les couleurs ?

Vacances sans wifi, vacances pourries !

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Internet à la plage

Internet à la plage

Les Français, nous dit-on, sont stressés, fatigués, ils veulent vivre autrement, être plus proches de la nature. Mais pris par le rythme affolant imposé de la vie quotidienne, ils ne parviennent pas à s’extraire de leur condition d’hommes pressés.

Ouf ! Voilà qu’arrive le temps des vacances. Enfin le repos mérité (ou non), enfin un tempo plus lent, enfin l’oisiveté.

Mais changer de lieux ne signifie pas changer de rythme. On dirait au contraire que l’objectif de l’estivant est de tenir la cadence infernale dans laquelle son environnement high-tech le plonge jour après jour.

L’angoisse du sevrage

Pas question d’aller surfer sur la côte atlantique sans être sûr qu’on pourra encore surfer le soir derrière son écran. Toutes les prothèses électroniques du vacancier migrent donc avec lui. Mais attention, en l’absence de connexion internet, ordinateur portable, Smartphone, netbook et autres iPad deviennent inutiles et il ne reste plus au vacancier hagard qu’à déambuler, tongs aux pieds et Monoï à la main. Actualiser son profil Facebook en publiant en ligne les dernières photos avec Bibiche en bikini, consulter ses mails pour être sûr que la soirée bar discothèque tient toujours, vérifier son compte en banque pour s’assurer de pouvoir claquer assez et tweeter avec sa tribu de « friends » sur la couleur du maillot de Sarko & Co, tout en cramant sur la plage, représentent donc une nécessité vitale.

Faisons un rêve, qui, pour beaucoup, ressemble à un cauchemar : des vacances déconnectées. Plusieurs semaines sans internet. Cette affaire d’importance – la connexion en vacances – fait désormais partie des « sujets d’été » des médias. Ce qui frappe, c’est que tous les articles et chroniques font usage du mot « angoisse » pour caractériser l’état psychologique des futurs vacanciers qui craignent d’être soumis à un sevrage forcé pendant leurs congés[1. Le Monde, 16 juillet 2010 « Rester connecté, même sur la plage »].

Dans un premier temps, on se dit que le mot et la chose devraient être réservés à des situations plus problématiques : chômage, maladie, divorce. Mais à la réflexion cette angoisse d’être déconnecté en cache peut-être une autre, plus fondamentale, parce qu’elle dit quelque chose de notre condition humaine.

Le vacancier coupé d’Internet est plongé dans l’état de détresse que vit le nourrisson après sa naissance. Le cordon ombilical qui le reliait au monde virtuel se rompt. Le vacancier est alors expulsé du corps artificiel pour être jeté dans le monde réel. Il passe d’un état de sécurité, où il était relié au cyber sein, nourri en continu par un flux d’informations, messages, sons images, dans lequel il maîtrisait le monde offert sur une page web, à un état de manque et d’impuissance, dans lequel il est abandonné, seul avec lui-même, privé de la projection numérique de ses représentations. La privation du sein, maternel ou digital, suscite la même angoisse de perte de soi-même.

La paresse agitée du vagabondage numérique efface le socle de la dignité humaine qui est de penser et de ressentir

Pauvre de lui ! Plus de Facebook pour satisfaire ses désirs d’exhibition – grâce à son « profil » – et de voyeurisme – avec sa « home ». Il avait placé son existence en dehors de lui-même, dans une avantageuse projection de son être. Privé de réseaux sociaux, il ne se sent plus exister. Privé de ses mails, il ne sent plus efficace. Dépouillé de son apparence numérique, il n’a plus de consistance. Alors Bibiche a beau s’agiter sur la plage et les jets-skis glisser à un train d’enfer, il ressent fatalement un vide abyssal, à la mesure de la mise en abyme infinie de son image.

Bonjour l’angoisse !

Il ne s’agit pas se joindre au chœur des contempteurs de la Toile mais de pointer ses effets destructeurs pour l’intériorité de l’être. Sous le règne d’Internet, l’heure n’est plus, comme dirait l’autre, « un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats », mais une quantité de mails, de photos, de nouvelles accessibles en quelques clics. Oublier Internet, ne serait-ce que le bref temps de l’été, c’est se soustraire à l’emprise de l’immédiateté, du « tout, tout de suite », et protéger ce qui reste encore de la flânerie, de la contemplation et de la réflexion. L’omniprésence des écrans fixes et ambulants installe l’impatience dans les cœurs, instille la distraction dans les esprits et habitue les cerveaux à la violence instinctive des comportements.

L’essor de cette paresse agitée, de cette solitude grégaire qu’est le vagabondage numérique, ne peut qu’inquiéter car il va de pair avec le lent effacement de ce qui constitue la dignité humaine, le fait de penser et de ressentir. L’ennui, c’est que l’exercice de la raison et le développement de la sensibilité demandent du temps, du silence et de la solitude. Tout ce que déteste l’internaute en vacances !

Plein été

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Que faisiez vous le 20 juillet ? Vous n’êtes pas obligé de répondre. Mais étant donné que c’est le plein été, comme il y a une pleine mer, sans doute faisiez-vous quelque chose d’agréable. On vous le souhaite en tout cas. Lire dans une chaise longue à l’ombre d’un citronnier grec, vous baigner sur une plage bretonne en trouvant que l’eau est meilleure que l’année dernière, préparer le barbecue pour toute la famille dans une ferme du Berry, regarder passer les filles au joli profil à l’heure de la promenade vespérale dans ville de Vieille Castille.

Peu importe, finalement : le 20 juillet, c’était ce genre de journée où l’on comprend vraiment ce que Ferrat a voulu dire quand il a chanté Que c’est beau, c’est beau la vie. Il fallait juste, ensuite, si l’on voulait ne pas tout gâcher, éviter de lire le Monde du 22 : on y apprenait que ce même 20 juillet, Derek Jackcon, 42 ans, était exécuté dans la prison de Huntsville, au Texas. C’était le quinzième dans cet Etat depuis le début de l’année. Que c’est beau, c’est beau, la vie.

Avez-vous l’étoffe d’un ministre ?

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Devenez ministre
Vous rêvez d'en faire partie et de poser un jour sur la photo ? Une seule solution : testez vos capacités !
Devenez ministre
Vous rêvez d'en faire partie et de poser un jour sur la photo ? Une seule solution : testez vos capacités !

À deux mois à peine du remaniement, êtes-vous prêt psychologiquement à prendre en charge un portefeuille ? Pour le savoir, répondez vite à ce questionnaire, recommandé par les plus grandes marques d’anciens ministres.

1. Qu’y a-t-il de plus important que la loyauté ?
a) rien
b) la circonspection
c) l’intelligence

2. Laquelle de ces fables préférez-vous ?
a) Le Lièvre et la tortue
b) Perrette et le pot au lait
c) Le Petit Chaperon rouge

[access capability= »lire_inedits »]

3. La spontanéité, c’est :
a) sain
b) rare
c) redoutable

4. Le mal, selon vous, c’est :
a) le contraire du bien
b) souvent utile pour éviter le pire
c) celui qu’on me fait

5. Parmi ces héros mythologiques, lequel prendriez-vous pour modèle ?
a) Hercule
b) Sisyphe
c) Œdipe

6. Choisissez les mots qui s’accordent le mieux avec arbre :
a) verdure, campagne, été
b) bois, feu de forêt, Canadair
c) papier, journal, affiches 4 x 3

7. Votre instrument de travail favori :
a) les mains
b) les idées
c) les autres

Résultats
Majorité de a : Abandonnez tout espoir d’être ministrable un jour. Vous seriez désarmé face aux responsabilités qu’implique une telle charge, et déstabilisé par les rebondissements qui en font le charme. À la rigueur, concentrez-vous sur les cantonales.
Majorité de b : Vous faites comme vous le sentez ; mais avec une telle conception de la politique, vous ne resterez pas ministre longtemps ! Autant viser dès maintenant la présidence de la Cour des comptes.
Majorité de c : Bravo ! La France a besoin d’hommes de votre trempe. J’en parle à Claude, qui voit Nicolas tout à l’heure…

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