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Avez-vous l’étoffe d’un ministre ?

Devenez ministre
Vous rêvez d'en faire partie et de poser un jour sur la photo ? Une seule solution : testez vos capacités !

À deux mois à peine du remaniement, êtes-vous prêt psychologiquement à prendre en charge un portefeuille ? Pour le savoir, répondez vite à ce questionnaire, recommandé par les plus grandes marques d’anciens ministres.

1. Qu’y a-t-il de plus important que la loyauté ?
a) rien
b) la circonspection
c) l’intelligence

2. Laquelle de ces fables préférez-vous ?
a) Le Lièvre et la tortue
b) Perrette et le pot au lait
c) Le Petit Chaperon rouge

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3. La spontanéité, c’est :
a) sain
b) rare
c) redoutable

4. Le mal, selon vous, c’est :
a) le contraire du bien
b) souvent utile pour éviter le pire
c) celui qu’on me fait

5. Parmi ces héros mythologiques, lequel prendriez-vous pour modèle ?
a) Hercule
b) Sisyphe
c) Œdipe

6. Choisissez les mots qui s’accordent le mieux avec arbre :
a) verdure, campagne, été
b) bois, feu de forêt, Canadair
c) papier, journal, affiches 4 x 3

7. Votre instrument de travail favori :
a) les mains
b) les idées
c) les autres

Résultats
Majorité de a : Abandonnez tout espoir d’être ministrable un jour. Vous seriez désarmé face aux responsabilités qu’implique une telle charge, et déstabilisé par les rebondissements qui en font le charme. À la rigueur, concentrez-vous sur les cantonales.
Majorité de b : Vous faites comme vous le sentez ; mais avec une telle conception de la politique, vous ne resterez pas ministre longtemps ! Autant viser dès maintenant la présidence de la Cour des comptes.
Majorité de c : Bravo ! La France a besoin d’hommes de votre trempe. J’en parle à Claude, qui voit Nicolas tout à l’heure…

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Un jour, mon prince est venu

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Albert de Monaco
Albert de Monaco.

Il a 52 ans et il se marie. « Il » c’est le Prince de Monaco. Et le détail sur l’âge du futur époux n’est pas anodin. Il est d’ailleurs repris en boucle par tous les médias qui se délectent par avance de la cérémonie qu’ils auront à couvrir les 8 et 9 juillet 2011… Ces jours-là, à l’âge où les hommes généralement divorcent, rangent au placard plus de vingt ans de vie commune avec leur légitime pour se jeter dans les bras d’une jeunette âgée d’à peine plus d’années que le temps que dura leur mariage, Albert II convolera avec la belle Charlène Wittstock, 32 ans, sud-Africaine, ancienne championne de natation, jeune juste ce qu’il faut pour être potentiellement porteuse d’un futur petit prince, bref, parfaite sous tout rapport. Et la question qui s’impose évidemment ici : pourquoi diable ce sujet m’intéresse-t-il au point d’en faire une chronique, non pour Match, Voici ou Voilà, mais pour Causeur ? Très simple.

Je suis admiratif. M’approchant moi-même de l’âge canonique du prince susnommé, ayant moi-même femme, enfants, chien et chat, étant bien évidemment frappé par la douloureuse crise de la cinquantaine, après avoir traversé avec plus ou moins de bonheur celle de la quarantaine et échappé de justesse à celle de la trentaine, je me dis : cet homme-là n’est pas n’importe qui. Au lieu de changer de voiture, s’offrir une moto de cylindrée suspecte par son volume, se mettre au yoga méthode Iyangar, celle qui tire le plus sur les articulations pour se tenir le plus droit possible, où encore adopter un régime plus bio que bio, Albert prend femme. Incroyable.

Les autres devenaient vieux. Lui rajeunissait chaque été

D’autant plus qu’à un âge comme le sien, il y a encore quelques décennies, surtout lorsqu’on avait sa coiffure, la coutume était de s’installer dans un rôle de grand-père en charentaises ou fauteuil à bascule, ou à tout le moins s’apprêter à le faire. Ou bien on vérifiait avec anxiété ses comptes pour s’assurer le confort d’une retraite peinarde. Ou bien, ce qui réglait nombre d’angoisses, on était emporté par une crise cardiaque pour cause d’embonpoint ou de cigarettes. Mais aujourd’hui, rien de tout cela. L’âge de la retraite recule, être grand-père semble être un état inaccessible aux moins de 75 ans, et on s’évertue à transpirer pour faire fondre la fameuse bouée, anciennement dite « poignées d’amour », réduire son taux de cholestérol et de nicotine, et, avec lui, le risque d’une crise cardiaque prématurée. Enfin, espérons.

Beaucoup d’attributs me viennent à l’esprit lorsque je pense à Albert: résistant ? Rebelle ? Dernier des Mohicans ? Non. Un Prince. Tout simplement. De la nuit d’abord. L’homme a ouvertement choisi de faire la fête 20 ans durant, pendant que ceux de son âge expérimentaient les joies du biberon, des couches-culottes, des poussettes qui ne se déplient plus, des vacances bruyantes, bref devenaient vieux pendant que lui rajeunissait un peu plus chaque été. Un malin, cet Albert. Un héros aussi puisqu’il a réussi à faire fi des convenances, celles qui exigeaient de lui la production rapide d’un héritier digne de présider un jour aux destinées du Rocher. N’écoutant que son courage, il a préféré prendre son temps pour choisir l’élue de son cœur de sportif, ne pas s’emballer, éviter un divorce tapageur, nous préserver des commentaires savants de spécialistes matrimoniaux nous expliquant qu’il s’était marié trop tôt, qu’il avait cédé aux pressions des Monégasques pressés de le caser et que la Princesse choisie prématurément n’était pas la bonne. Un drame qu’il a su nous éviter, nous ne l’en remercierons jamais assez.

Il joue à merveille son rôle de Prince. Donc d’exemple

Et puis il faut aussi noter sa générosité à notre égard, nous autres, gens des médias. Car il a su avec tact alimenter avec bon goût les pages des journaux avec belles photos couleur, si l’on en juge par les mensurations des différentes partenaires ayant accompagné son parcours d’adolescent attardé. Il est aussi devenu un exemple pour les feignants dont je me revendique qui hésitaient à se lancer dans des sports extrêmes, comme le parapente, l’alpinisme ou la descente périlleuse en rappel et en smoking de tapis rouge particulièrement glissant en vernis noir. C’est un petit peu grâce à lui que j’ai osé, à l’approche de mes 50 ans, me lancer dans l’aventure du VTT. Du coup, je lui dois probablement, il ne s’en doute même pas, les dix centimètres dont j’ai réussi à alléger mon tour de taille. Et je ne dois pas être le seul. Albert, au nom de tous les cinquantenaires, de tout cœur, merci.

Et il aurait pu continuer encore comme cela pendant quelques dizaines d’années, continuer à faire œuvre de fantasme pour les pères de famille épuisés, les grands-pères en puissance et bientôt impuissant. Et là, alors que je chevauchais justement mon vélo perfectionné, coup de théâtre ! En tout cas pour moi qui n’ai pas suivi son parcours princier dans la presse spécialisée : Albert annonce ses épousailles. Enfer et damnation. Un mythe s’effondre. Albert aussi va vieillir. A voir sa coupe de cheveux, j’aurais du me douter que cela lui pendait au nez, que lui aussi allait céder, craquer, lâcher prise.

Mais là encore, il joue à merveille son rôle de Prince. Autrement dit d’exemple. Il nous redonne de l’espoir. Il redevient un fantasme. La vie commence à 52 ans. Grâce à Albert, j’en suis désormais convaincu, passer le cap du demi-siècle, est un bienfait. Surtout après avoir fait la fête pendant 20 ans. Il ne me reste plus qu’à trouver une nageuse, ou une alpiniste, et pourquoi pas une championne de golf … Ah mais, j’oubliais, je ne suis pas né Prince.

Ceausescu, le retour

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Après trois ans de bataille homérique avec le ministère de la défense roumain, Valentin Ceausescu a obtenu que son papa et sa maman soient exhumés, pour que des tests ADN lui assurent que ses géniteurs occupent bien les emplacements 67 et 68 au cimitirul militarul Ghencea de Bucarest. Le 69 est occupé par son petit frère Nicu, mort d’une cirrhose à Vienne, mais à l’évidence Valentin s’en bat l’œil. Valentin pense que ses géniteurs, enterrés précipitamment une certaine nuit de Noël 1989, après un procès disons sommaire et une exécution qui ne le fut pas moins, ont été brûlés à Tirgoviste dans la caserne où ils ont rendu leur âme au diable, dracul en roumain, au pays dont les chefs sont passés maîtres dans l’art délicat de saigner leurs compatriotes au propre et au figuré.

Qu’ils soient réduits en cendres ou sous quelques pieds de bonne terre roumaine, il est peu probable pourtant que le Conducator et sa bonne Elena reviennent tirer par les pieds ceux qui les ont condamnés. Etrangement, ils sont presque tous morts très vite… Criblé de balles, Gica Popa, le juge qui avait prononcé la peine capitale ; accidents de la route ou de chasse fatals pour les autres…

Mais les légendes urbaines ubuesques qui servaient d’exutoires à la brutalité et à la bêtise du régime ont la peau dure. Au fond d’eux les Roumains ne sont pas si sûrs que les Ceausescu soient si morts. Des témoins de témoins assurent que les corps bougeaient encore quelques heures après la fusillade. D’étranges sites n’ont-ils pas fleuri sur la toile, jusqu’au blog de Nicolaz Ceaucescu, qui vaut son pesant de salami, où du fond des enfers l’ancien Premier secrétaire commente l’actualité avec un humour vachard et pas mal de clairvoyance, qui lui valent pour une fois un authentique succès libre de toute propagande ?

Mercredi matin, les corps ont donc été déterrés et envoyés au labo pour prélèvement. En voyant apparaître le pantalon et le manteau de son père criblés de balles, Valentin a t-il poussé un soupir de soulagement ? Que cherchait vraiment le dernier survivant de la sinistre tribu, celui dont on assure qu’il fut adopté à sa naissance et toujours délaissé au profit de Nicu, l’héritier tant chéri ? Peut être, comme on dit, à faire son deuil. Et ne plus regarder derrière son épaule quand il rentre le soir dans son petit appartement ordinaire, là-bas, à Bucarest.

Le nez dans le ruisseau, la faute à Bégo

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Raymond Domenech
Raymond Domenech dans le collimateur. François Bégaudeau part en croisade contre les quinquagénaires.

C’est un texte dont Causeur, sous l’excellente plume de François-Xavier Ajavon, a déjà parlé, mais c’est plus fort que moi. Quand l’un de nos rebelles télévisuels, Bégaudeau en l’occurrence, s’en prend à son beau-frère, c’est-à-dire au beauf qui gît en moi, mon sang ne fait qu’un tour et j’ouvre mon ordinateur. Et plutôt deux fois qu’une ! Car Bégaudeau s’en est pris non seulement à son « beau-frère », mais aussi à Finkielkraut, dont j’attends et dévore chacun des livres. D’ailleurs, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais François Bégaudeau semble souffrir d’un antifinkielkrautisme primaire. À chaque fois que le philosophe intervient sur un sujet d’actualité, vous pouvez être sûr que Bégaudeau viendra tenter un contrepied à la télé ou dans les journaux. La dernière fois que j’ai pu diagnostiquer cette bizarre obsession, c’était donc dans Le Monde du 23 juin, à propos de la déroute de l’équipe de France de football.

Ainsi, contrairement à ce que croient Alain Finkielkraut et le « beau-frère [de Bégaudeau lui-même] dans sa Laguna » (et moi aussi, d’ailleurs, qui pourtant roule en Scenic), ce n’est pas d’un manque d’autorité dont a souffert l’équipe de France, mais plutôt d’un excès d’autorité. Ça vous en bouche un coin, ça, hein ! Complètement contre-intuitif, comme propos, bien digne d’un empêcheur-de-penser-en-rond patenté ! Typiquement l’argument qu’on ne voit pas venir, genre tacle par-derrière. Tu veux plus d’autorité ? T’es un beauf en Laguna ; voilà le genre de chantage psychologique, à base de snobisme social, auquel se livre notre Bégo.

[access capability= »lire_inedits »]Trop vieux, trop beaufs, trop prolos

Pour Bégo-le pédago, ce qui a fait péter les plombs aux Bleus n’est pas d’avoir été livrés à eux-mêmes par un sélectionneur visiblement dépassé par la situation, mais d’avoir été soumis à des « éducateurs raides dans leurs bottes ». Le Bégo précise sa pensée : « Depuis vingt ans, la baguette a été confiée à des quinquagénaires prénommés Aimé, Roger, Jacques, Raymond, ou encore Robert (comme Duverne [Robert Duverne quinquagénaire, c’est à croire que Bégo, malgré son amour du foot, ne sait pas compter jusqu’à onze]), tous rejetons d’une France ouvrière et rurale […] Très clairement, ceux-là ne savent pas faire avec le prolétariat de banlieue qui peuple aujourd’hui les clubs. »

Il y avait le « délit de faciès », dont la répression est aujourd’hui durement réprimée en France ; Bégo-le finaud tente d’instaurer à sa place un « délit de blase » : haro sur les Robert, sus aux Raymond ! On ne devrait pas avoir impunément, aujourd’hui en France, en plein début de XXIe siècle, le même prénom que M. Bidochon. C’est une offense insupportable à la modernitude. Trop vieux, trop beaufs, les sélectionneurs français, et surtout trop prolos !

Il y a dans le propos de Bégaudeau un paradoxe qu’il ne semble même pas percevoir : tel un Fillon empruntant mollement ses métaphores à Mitterrand, il s’en prend au racisme social des « chiens » qui tombent « à bras raccourcis[1. Des « chiens » qui tombent « à bras raccourcis » : selon l’expression consacrée par saint Philippe, je précise que je sais que la métaphore est éprouvante, mais aussi que la chose ne l’est pas moins. Ajoutons en outre que ça évitera peut-être à tous ces « chiens »… de faire main.] sur la « jeunesse populaire » tout en faisant preuve à l’égard de la France « ouvrière et paysanne » qui prénommait ses enfants « Aimé, Roger, Jacques, Raymond, ou encore Robert » d’un racisme du même type. Les prolétaires d’hier et le « beau-frère » de Bégaudeau seraient incompétents lorsqu’il s’agit de prendre en main les prolétaires d’aujourd’hui. Plaçons des pédagogistes surdiplômés dans le genre de Meirieu à la tête de l’équipe de France et foutons tous ces prolos « raides dans leurs bottes » à la porte : voilà la solution audacieuse que semble nous proposer le Bégo des surfaces médiatiques.

Notons au passage que transformer « Raymond » Domenech en « rejeton de la France ouvrière et rurale » est un peu tiré par la moustache à propos d’un fils d’immigré catalan qui a passé son enfance dans un quartier populaire de Lyon et, tel le blédard contemporain, retournait tous les étés sur la terre natale de ses parents, sans compter qu’il a traîné toute sa carrière une réputation de bad boy, comme on ne disait pas à l’époque, réputation qu’il devait au moins pour une part à sa tronche de métèque. Un profil donc strictement similaire à celui de quelques-uns des caïds hautains de l’équipe de France de football qui devrait plaire à Bégo puisqu’il souhaite que « les maîtres s’adaptent à la population d’un genre nouveau dont ils ont la charge ». En quoi exactement cette population est-elle d’un « genre nouveau », alors que le football a toujours été un sport populaire pratiqué notamment et brillamment par des fils d’immigrés ? Nous ne le saurons jamais.

Que les maîtres s’adaptent à leurs élèves

Tout à son souci de la sauver de la hargne des « chiens » et des petits Blancs, Bégaudeau idéalise cette jeunesse des cités qu’en tant que rejeton de la bourgeoisie de province, il n’a jamais vraiment fréquentée que de loin avant de la rencontrer « entre les murs », puis de s’en faire le chantre dans un roman en forme d’apologie du monde tel qu’il va… et avant, enfin, de pouvoir l’abandonner à son sort, cette belle jeunesse, en toute bonne conscience, pour aller pérorer dans les médias. En renonçant à l’idée même d’autorité au profit d’une « adaptation » des maîtres à leur public, c’est à un second abandon que se livre Bégaudeau et, au fond, à une apologie de l’attitude de Domenech qu’il prétend pourtant vilipender : lorsqu’il a décidé de lire en public la missive de ses joueurs prenant la défense de celui qui l’avait insulté, le sélectionneur n’a rien fait d’autre que « s’adapter », c’est-à-dire de paraître approuver son humiliation.

L’idéalisation de la jeunesse populaire des banlieues par Bégaudeau trouve son revers exact dans le mépris qu’il affiche sans complexe à l’encontre du monde ouvrier et paysan du petit Blanc quinquagénaire et propriétaire de Laguna. Bégaudeau se prénomme François et a longtemps vécu, semble-t-il, au fin fond de la province française. Sa haine du beau-frère et des prénoms bien de chez nous sonne, pour qui veut l’entendre, comme une haine de soi ou plus précisément une haine du proche, père, frère, beau-frère, bref, le « François » en lui. Le texte de Bégaudeau, dans ses inconséquences logiques et son néant moral, est le symptôme parfait de la faillite d’une pensée progressiste qui ne pense plus rien, sinon son dégoût de petit snobinard pour la France profonde.[/access]

Sous la burqa… l’Angleterre

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Londres
Photo Flickr / Fabbio

Une fois n’est pas coutume, une loi votée en France s’est largement invitée dans le débat politique britannique qui n’a pas pour habitude d’aller s’approvisionner au Palais Bourbon.

L’interdiction du port de la burqa, puisque c’est de cela dont il est question, a pourtant fait la « une » de toute la presse londonienne, au moins autant qu’à Paris. On disait le sujet tabou et inopportun, voire inexistant, les chiffres officiels manquants ou contradictoires… Par la grâce de notre Assemblée nationale le couvercle a sauté, les sondages pleuvent, les opinions s’expriment enfin librement et le secrétaire d’Etat à l’immigration Damian Green a dû se fendre d’une explication en règle sur la ligne de son gouvernement. Ne dites pas merci, c’était un plaisir.

Premier enseignement, et il est de taille, contrairement aux idées reçues qui font d’eux des modèles de tolérance religieuse et les champions d’un communautarisme de bon aloi, l’Anglais de la rue n’aime pas y voir passer des burqas. Elles lui sortent même par les yeux. Ils sont deux tiers, à peine moins qu’en France, à souhaiter qu’on l’interdise purement et simplement. Le Gerin local s’appelle Philip Hollobone. Après avoir interdit sa permanence aux emburqées, ce député tory a annoncé le 14 juillet dernier avoir dans sa manche la petite soeur de la loi française (Face Coverings Bill). Les choses changeraient donc au Royaume ? Les choses changent, sauf l’essentiel.

En Angleterre, on n’interdit pas ce qu’on désapprouve

C’est le deuxième enseignement. Pas question, a répondu le ministre, plus conforme à la tradition de son pays. « Le caractère britannique n’interdit pas ce qu’il désapprouve ». C’est clair, mais qu’on ne s’y trompe pas. Le gouvernement de David Cameron n’est pas favorable à la burqa. Il considère même que son port est une insulte au XXIème siècle, un affront fait aux femmes et à la liberté, une relique de la barbarie médiévale, un outil du pire totalitarisme théocratique qui met l’accent sur la différence, rend difficile l’assimilation des musulmanes… sans compter quelques problèmes pratiques ou sécuritaires. Et caetera, et caetera.

Et pourtant, le voile intégral ne sera pas banni des rues londoniennes où on le croise de plus en plus, dixit ceux qui vendent le gracieux accessoire.

Pour le Français laïc et interventionniste par nature (aggressively secular… Merci Mister Green. Quand vous rencontrerez Eric Besson et le préfet Bousquet dans les comités bilatéraux des migrations, il vous faudra peut-être adopter un langage un peu plus conciliant), on marche sur la tête. Ce qui avec une burqa peut se révéler particulièrement réjouissant.

Pourtant, à l’exception notable du Daily Express toujours très en retrait sur le communautarisme, les arguments des Britanniques, ou plutôt de ceux qui s’expriment en leur nom, ne manquent pas de pertinence.

Une loi qui concerne moins de 2000 personnes sur 64 millions et sera bien difficile à appliquer était-elle concrètement indispensable et proportionné à l’objectif visé ?

En quoi ce voile est-il menaçant ? Quelles valeurs protégeons-nous réellement si jalousement ? Les quelques niqabées interrogées semblent nager dans la félicité et en redemander. Pourquoi s’obstiner à défendre contre elles-mêmes une poignée de cinglées qui jouent à Fais moi mal Mohammed à coup de rouleaux de tissus ? L’interdire ne transmet-il pas indirectement aux Musulmans un message de peur qui est toujours mauvaise conseillère ?

En politisant un problème essentiellement social, en faisant des martyrs de celles, instruites, qui se couvrent le visage pour protester contre (au hasard) la guerre en Afghanistan et le sort des Palestiniens, ne fait-on pas au bout du compte un joli cadeau aux extrémistes qui verront accourir aussitôt de nouvelles « sœurs » ?

La persuasion plutôt que la coercition

Les autorités britanniques nous disent préférer la persuasion et la concertation avec la « communauté musulmane » aux lois contraignantes. À elles l’éducation des plus traditionalistes. Fort bien. Normal, dans un pays qui a fait du communautarisme le socle de sa paix sociale et où l’on se définit d’abord par son appartenance religieuse. On peut bien sûr se poser quelques questions quand on sait avec quel succès le « dialogue » a mené droit aux attentats de juillet 2005. Ou encore quand, du bout des lèvres, off the record, ces mêmes autorités admettent refuser les contacts avec les femmes intégralement couvertes. On les tolère, mais on les ignore. Fantômes elles veulent être, fantômes elles sont de fait. Tant pis pour elles. Elles l’ont bien cherché.

Et si l’honneur de la loi française était précisément de refuser cette mise à l’écart, même volontaire, même choisie ? Difficile à appliquer effectivement, n’en doutons pas, sa portée est aussi symbolique, elle interdit qu’une femme, parce qu’elle est femme, soit exclue de notre communauté au sens le plus large, celle du genre humain, où se parler à visage découvert n’est tout simplement pas négociable.

Entre les folles de Dieu, les folles tout court et les intellectuelles exaltées qui instrumentalisent une religion qui ne leur a rien demandé et contre laquelle nous n’avons rien, n’oublions pas, pour finir, les femmes de mon quartier. Un quartier de l’Ouest londonien banal. Des petits fantômes qui ne sautent pas comme des cabris en réclamant « burqa, burqa, burqa », ce dont elles seraient bien incapables vu qu’elles sont enceintes à longueur d’année, qui se fichent de Gaza qu’elles auraient du mal à situer sur une carte, à qui aucun journaliste ne viendra demander leur avis car elles ne parlent pas l’anglais et filent sur les trottoirs en rasant les murs avec leurs cohortes de gamins craintifs dans des poussettes triples. Je gage d’ailleurs que personne, jamais, ne leur a demandé leur avis. Sur rien. Elles arrivent de Somalie ou d’Ethiopie, elles n’ont pas vraiment le profil « je la porte, je m’éclate et je fais même du ski avec ». Si une loi, un jour, pouvait s’intéresser à ces malheureuses dont je vois croître le nombre mois après mois, ce ne serait peut être pas plus mal. Quand bien même on dût réduire leur « liberté » très relative de se vêtir comme elles l’entendent. Ou comme on le leur a soufflé. Dans les bronches.

Banques Centrales au bord de la crise mondiale

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Ils ont fait feu de tout bois! Je parle bien sûr de nos Banquiers Centraux aujourd’hui parfaitement conscients que plus de baisses de taux quantitatives ne serviraient en rien à nos pauvres économies décharnées. Faisons donc notre deuil des stimuli fiscaux et éliminons de notre vocabulaire les expressions de « sauvetages bancaires » et même de « too big to fail » car nos Etats n’ont tout bêtement plus les moyens de soutenir leurs économies et encore moins de renflouer des établissements financiers … précisément trop massifs pour être sauvés! Les déséquilibres et autres excès orgiaques aux sources mêmes de la crise ayant débuté il y a maintenant trois ans, je veux dire ces endettements massifs du monde de la finance, des ménages et autres entreprises du secteur privé…loin d’avoir été résorbés par des mesures énergiques ont été rejoints par les endettements souverains à la faveur des mesures-miracles keynésiennes! Et voilà donc celui que l’on qualifie d’oiseau de mauvaise augure – Roubini – refait son apparition en prévoyant pour ces 12 prochains mois une croissance mièvre de l’ordre de 1,5% pour les Etats-Unis et une stagnation en bonne et due forme pour l’Europe. Nos pays avaient-ils un besoin vital de « deleveraging », c’est-à-dire de se dépouiller peu à peu de leurs dettes? Qu’à cela ne tienne: nos Gouvernants ont cru réveiller les morts en insufflant encore et plus de dettes!

Comment donc compenser aujourd’hui cette consommation mondiale en berne si ce n’est en exhortant les pays épargnants (Chine, Allemagne…) à prendre le relais afin de tenter de sauver la demande mondiale et de soutenir la croissance globale? De fait, la Chine elle-même ralentit inexorablement puisque sa croissance devrait se situer cette année autour des 7% par rapport à 11% l’an dernier! Mauvaise nouvelle pour l’ensemble de la région Asiatique qui voit donc son moteur chinois ralentir, très mauvaise nouvelle pour les bourses mondiales qui connaîtront très prochainement une onde de choc violente qui déstabilisera encore plus nos économies avec, à la clé, une probable et nouvelle récession. La dynamique du second semestre 2009 a définitivement disparu, attachez vos ceintures !

La société du spectaculaire

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Brice Hortefeux
Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur.

Le président de la République avait déjà utilisé l’adjectif dans son intervention télévisée il y a huit jours. Spectaculaires ! Cet adjectif qualifiait, non pas la victoire de l’Espagne intervenue la veille, ni le défilé et les feux d’artifices devant avoir lieu le surlendemain. Ce que Nicolas Sarkozy qualifiait de spectaculaires, ce sont les résultats de son gouvernement dans la lutte contre la délinquance.

A l’occasion d’une intervention aussi importante, le président n’improvise pas. Il ne choisit pas ses mots au hasard. Il avait décidé d’en mettre plein la vue aux Français. Les statistiques, semblait-il nous dire, lui donnaient raison. Alors, fidèle à son habitude, il a plastronné : spectaculaires ! Larousse.fr nous donne deux définitions du mot : celle qui correspond au contexte de la phrase est « qui est très net, très visible ». Le lecteur appréciera. Si quelqu’un trouve que les progrès contre la délinquance sont très nets et très visibles, qu’il lève le doigt.

Si un doigt timide s’était alors levé, il se serait très rapidement baissé, un léger rougissement du front accompagnant le geste. Car les évènements survenus à Saint-Aignan et surtout à Grenoble sont venus rappeler à quel point il était téméraire de s’accorder de tels brevets d’autosatisfaction. Des gendarmes sont contraints à se barricader dans leurs locaux assiégés dans une petite bourgade du Loir et Cher[1. Ces gens là ne font pas de manière.] et la police nationale essuie des tirs à balle réelle lors d’émeutes dans un quartier grenoblois. Cela devrait inciter à changer son fusil d’épaule et à opter pour un autre plan de communication. La principale qualité des grands généraux n’est-elle pas de savoir changer de plan de bataille en s’adaptant aux circonstances ? On attendait donc à un retour à une certaine modestie en la matière, d’autant que les autres fronts médiatiques n’incitent pas forcément à l’arrogance.

Et c’est pourtant dans la commune de Saint-Aignan que Brice Hortefeux a cru bon de réutiliser l’épithète. Je conseille d’aller voir cette vidéo où le ministre de l’Intérieur prononce cette phrase qui pourrait devenir « culte » : « Nous enregistrons des progrès spectaculaires dans la lutte contre la délinquance. » Suit un relevé de statistiques qui indique, selon lui, que les atteintes aux biens, les cambriolages et l’activité liée au stupéfiants sont toutes en recul par rapport à l’année précédente. En ce qui concerne les atteintes à l’intégrité physique qui étaient[2. On remarquera qu’il utilise déjà l’imparfait alors que son énumération pourrait au contraire signaler que le présent aurait été plus indiqué…] le point noir, le ministre informe que la spirale a été cassée, jolie façon d’annoncer qu’elles augmentent un peu moins rapidement.

C’est là que la seconde définition du mot « spectaculaire » peut finalement être étudiée, tant celle que nous avions retenue a priori semble inappropriée. Qui frappe la vue, provoque l’étonnement par quelque aspect exceptionnel. Exemple : un accident spectaculaire. Larousse.fr évoque t-il sans le vouloir la situation de la gendarmerie de Saint-Aignan, les armes lourdes utilisées pour tirer sur les policiers grenoblois ou tout simplement cette déclaration aux journalistes de Brice Hortefeux ? Je penche pour la troisième proposition tant les situations analogues aux deux premières ont tendance à se multiplier ces dernières années, dernières années au cours desquelles Nicolas Sarkozy était, soit à l’Elysée, soit Place Beauvau.

Brice Hortefeux a t-il choisi de son propre chef de reprendre l’élément de langage que le Président avait inauguré une semaine auparavant, avec le zèle qui sied à un ami de trente ans ? Ou – plus grave – l’a t-il repris en concertation avec l’Elysée ? Nous n’avons pas la réponse aujourd’hui. J’ose espérer qu’il s’agit de la première solution. Inventer le « sentiment d’augmentation de l’insécurité » de la part de celui qui fustigeait les socialistes et leur « sentiment d’insécurité » constituerait une preuve que le Président de la République a perdu tout contact avec l’état d’esprit des Français. Cela signifierait qu’il a perdu les pédales. Complètement. Dans ce domaine, comme sur d’autres, qu’on me permette de ne pas trouver ceci très rassurant.

PS. Mercredi matin Brice Hortefeux a déclaré sur Europe 1, Brice Hortefeux déclare ceci : « Dans le combat que nous menons pour assurer la sécurité, nous obtenons des résultats parfois spectaculaires. On observe une baisse des vols, des cambriolages, des escroqueries… » Quelqu’un lui aura t-il soufflé qu’il fallait quelque peu modérer son enthousiasme peu communicatif ? En tout cas, cet adverbe relativise très avantageusement l’adjectif. C’est un bon début.

Drogue contre HIV

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La conférence internationale sur le sida de Vienne semble mal partie. Pas d’argent pour le financement, quelques fausses bonnes idées, une pression énorme des ONG. Tout cela risque de finir comme à Copenhague.

On meurt toujours du sida de par le monde. Un peu moins dans les pays développés où l’information et les trithérapies sont facilement accessibles, toujours autant dans les pays les plus pauvres. Alors les participants cherchent de l’argent. Mais la crise est passée par là et les robinets se ferment. Il a été facile de trouver des milliards à la pelle pour sauver les banques et le système économique, mais il est probable qu’en ces temps de rigueur, les malades du sida ne feront bientôt plus partie des prioritaires.

Et puis, par delà cette question fondamentale s’accumulent les fausses bonnes idées qui relèvent du « y a qu’à ». Un exemple en est une « taxe Robin des bois », sortie de leurs manches par les ONG. Cela consiste à prélever une taxe infime sur les transactions financières et qui rapporterait 300 milliards de dollars. Il est légitime de rêver sur des chiffres aussi faramineux que peu crédibles, qui d’un coup de baguette magique résoudraient tous les problèmes. Il avait été question d’une telle taxe pour permettre aux gouvernements de récupérer une partie des milliards prêtés aux banques en faillite. Une taxe impossible à établir et à prélever, alors la même chose pour lutter contre le sida, vraiment, faut pas rêver…

Autre idée, elle parfaitement stupide, un appel publié par le journal Le Monde et dont la teneur laisse pantois. Le Monde n’hésite pas à dire que cet appel « fera date dans l’histoire des politiques publiques en matière de drogues ». Rien que cela, mes amis ! Le contenu de cet appel est simple, il est même simplissime : les drogués sont contaminés par le virus HIV parce qu’ils se piquent avec des seringues pas propres. Conclusion ? Il faut légaliser les drogues, dures évidemment, afin que les drogués puissent se piquer en toute légalité et en toute stérilité. Mais bien sûr, « y a qu’a » !

Les sapeurs Camembert sauvent le monde…

Légaliser les drogues pour sauver des malades du sida, c’est juste n’importe quoi, un délire absolu. L’Espagne et les Pays-Bas ont essayé, ils sont bien vite revenus sur leur générosité naïve. Le nombre de drogués a augmenté dans de telles proportions que la chose n’était plus tenable. Et l’on mourrait d’overdose autant que du sida.
Une autre réalité plaide pour la vacuité de cet appel « historique » : légaliser les drogues, c’est légaliser l’argent sale. Au moment où près d’une centaine de personnes se font flinguer au Mexique parce que les barons de la drogue se battent entre eux, c’est bien le moment de blanchir officiellement les milliards de la came. Tout comme il devient inutile d’envoyer des soldats se faire trouer la peau en Afghanistan, si les talibans et les barons du grain de pavot de ce pays peuvent désormais s’inscrire au NYSE ou au CAC 40 . Oublions les producteurs de coke de Colombie qui pourraient faire une fusion-acquisition avec les FARC, afin de financer la révolution…

Sérieusement, les initiateurs de ce texte qui fait pleurer d’avance le bulletin paroissial du bien penser ont-ils réfléchi à ce que représenterait le déluge d’argent du pavot et du coca dans les flux de l ‘économie mondiale ? Pas de doute, ces nouveaux milliardaires aussi blanchis de leurs méfaits que l’est actuellement leur argent pourraient s’offrir les fleurons des grandes entreprises mondiales. Cash.

Flagrant délit d’irresponsabilité

Les mêmes ont-ils pensé aux millions de camés, pauvres hères accrochés à leurs seringues, déshumanisés par l’addiction avant de crever lamentablement comme des bêtes en manque ? Combien de dizaines de milliers de morts, la came légale? Est-on vraiment sûr d’ailleurs que cela ferait baisser le nombre de morts par HIV ? Rien n’est moins certain.

On rappellera à ces grands esprits qu’il existe des moyens simples et peu onéreux pour se procurer des seringues propres : en France il suffit d’acheter, en vente libre et anonyme, une Stéribox dans n’importe quelle pharmacie. Pour quelques euros, il y a dedans tout ce qu’il faut pour se piquer clean et désinfecté. Les bons esprits diront que c’est peu moral, les réalistes diront que cela a fait baisser le nombre de contaminations par seringues.

On rappellera aussi aux initiateurs de cet appel, que sont Mme Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine pour la codécouverte du virus HIV, à M. Cardoso, ancien président de la république du Brésil et à Mme Brigitte Schmied, présidente de la société internationale sur le sida qu’il y a abus caractérisé d’irresponsabilité à balancer ainsi dans les médias de telles énormités, qui témoignent d’une indigence intellectuelle rare ainsi que d’une culture économique nulle.

Et, afin de n’oublier personne, on rappellera au fameux journal de référence qu’il est tout aussi irresponsable de publier sans le moindre appareil critique les mêmes âneries dans ses colonnes. C’est, bonjour Monsieur Lénine, justement ce qui fait la différence entre les courroies de transmission et les vrais journalistes…

L’attaquant Ribéry va avoir besoin d’une bonne défense

27

Au terme de sept heures de garde-à-vue dans les locaux de la brigade de répression du proxénétisme, Franck Ribéry et Karim Benzema ont été mis en examen hier pour « sollicitation de prostituée mineure ». Une décision parfaitement injustifiée pour l’avocate de Ribéry, Me Sophie Bottai, qui se démène pour expliquer que le dossier est tout aussi inconsistant que lors de la première audition de son client en avril dernier. La seule chose qui ait changé depuis, a-t-elle expliqué, « c’est que Ribéry a fini la Coupe du monde de football et qu’il a mal joué ». On peut estimer que l’avocate en rajoute. Mais on peut aussi raisonnablement penser que si les Bleus étaient rentrés en France avec le trophée de la FIFA dans leur bagages, qu’un million de Parisiens leur avaient fait un triomphe sur les Champs et que le président les avait reçu ensuite logiquement à l’Elysée, le juge d’instruction aurait peut-être réfléchi un peu plus longtemps avant de mettre en examen un héros national… Vae victis !

« Pour faire des Français, il faut de l’héritage et du désir »

Renaud Camus
Renaud Camus.

Pour que cela ait un sens d’être français, il faut qu’il y ait des étrangers. Mais vous savez que ce ne sont pas des catégories figées : l’Histoire montre qu’on peut devenir français alors qu’il est sans doute presque impossible de devenir japonais. Donc, notre première question est simple : qu’est-ce qu’être français ? Cela a-t-il à voir avec l’ethnie (ou la race), la culture, le mode de vie, les droits, les devoirs ? Autrement dit, peut-on « fabriquer des Français » avec n’importe qui ou y a-t-il, selon vous, des populations inassimilables ?

Toutes les populations sont inassimilables. Il en va de l’acculturation et de l’assimilation comme de l’éducation : elles ne peuvent pas faire l’économie de l’individu. Ce sont des hommes et des femmes et des enfants qui peuvent être assimilés au sein d’un peuple, pas des peuples, surtout quand ces peuples ont une forte réalité, une culture, une civilisation, une langue, une religion, une puissance en dehors de la nation censée les assimiler. Pourquoi se renonceraient-ils eux-mêmes ? Deux éléments créent des Français et peuvent en créer encore : l’héritage (la naissance, l’ethnie, la race, les ancêtres, l’appartenance héréditaire) et le désir (la volonté, l’élection particulière, l’amour d’une culture, d’une civilisation, d’une langue, d’une littérature, des mœurs, des paysages). On peut certes être français par la culture, par Montaigne, par Proust, par Manet, par la montagne Sainte-Victoire, par le pain, par le vin, par la langue : encore faut-il les connaître et les aimer, et d’abord les désirer.

Concernant l’immigration arabo-musulmane, vous parlez de « contre-colonisation », ce qui revient à affecter un coefficient forcément négatif à des mouvements migratoires qui sont aujourd’hui une réalité planétaire (et on peut aisément expliquer que les candidats à l’émigration se tournent naturellement vers l’ancien colonisateur dont ils connaissent la langue et les coutumes). Comment justifiez-vous ce terme provocateur ?

Rien n’est plus éloigné de mon esprit que la provocation. Face à la réalité historique à laquelle nous sommes confrontés, il s’agit bien de cela ! Mais si vous voulez, je veux bien dire « colonisation » tout court. Après tout, la Suisse, l’Autriche, la Suède n’ont jamais colonisé personne (enfin, pour le dire vite…), et ils ne sont guère moins colonisés à présent que la France. Le terme de « colonisation » est beaucoup plus adéquat à la situation actuelle qu’il ne l’est à l’ère dite « coloniale », pour laquelle il constitue une sorte d’abus de langage. Sauf en Algérie et bien avant cela au Canada, la France ne « colonisait » pas, au sens propre, et je ne le dis pas pour diminuer ses torts : elle conquérait, elle fondait un empire, elle ne transférait pas sa population. L’ère dite « coloniale », et que mieux vaudrait appeler « impériale » fut une brève parenthèse vite refermée. Tandis que la colonisation actuelle, dans l’autre sens, mérite bien mieux son nom, étymologiquement. Elle est d’ailleurs de conséquence mille fois plus grave, puisqu’elle implique ce que le parti de l’In-nocence appelle le « Grand Remplacement », d’une population par une ou plusieurs autres. C’est de très loin le phénomène le plus important de l’histoire contemporaine, et peut-être de toute l’histoire du territoire appelé France. Il ne s’agit pas, cette fois, pour le peuple colonisé, de perdre son indépendance un moment : il s’agit de disparaître, de s’effacer, de se dissoudre et même, par le biais des champions de l’antiracistisme, d’être persuadé qu’il n’a jamais existé, qu’il a rêvé son histoire et son existence même.

[access capability= »lire_inedits »]Vous observez qu’une partie des immigrés et des Français d’origine immigrée se définit aujourd’hui par une forme d’hostilité à la France. Mais ne sommes-nous pas collectivement responsables de cette situation ? Si nos Français « issus de » ne se reconnaissent pas comme Français, n’est-ce pas dû au fait que la culture française n’est plus, comme elle l’a été dans le passé, un cadeau et un privilège qui justifiait que les arrivants abandonnent volontiers leur propre culture ?

C’est la culture et l’éducation en général qui ne sont plus un privilège et un cadeau. À ce propos, on a sans doute insuffisamment réfléchi à ce qu’impliquait ce terme d’« obligatoire » un beau jour accolé à l’instruction publique. L’éducation et la culture ne sont plus perçues comme des objets de désir, comme désirables en soi, mais comme des obligations, autant dire comme des corvées. C’est la raison pour laquelle le parti de l’In-nocence, dans son programme pour l’éducation, propose, ne serait-ce qu’à titre provisoire, et face à l’impasse actuelle, une sécession en faveur d’une éducation fondée sur un triple volontariat, des professeurs, des parents et des élèves eux-mêmes : faire en sorte que ceux qui désirent une véritable éducation ne soient plus empêchés de la recevoir, et de la prodiguer, par ceux qui ne la désirent pas, qui veulent même s’en prémunir par tous les moyens.

Cela dit, vous avez parfaitement raison. La contre-colonisation n’aurait pas été possible sans l’effondrement culturel dû, pour la plus grande part, au désastre du système éducatif. Un peuple qui connaît son histoire et qui sait ses classiques ne se laisse pas mener béatement dans les poubelles de l’Histoire en se trémoussant mollement dans la sonorisation de tout, obligatoire elle aussi. L’enseignement de l’oubli, l’inoculation scolaire de l’inculture, la bêtification de masse étaient les conditions indispensables du Grand Remplacement.

Vous savez bien que de nombreux Français de souche récente n’aspirent qu’à se fondre dans le paysage, mais que, malgré leurs efforts, ils se heurtent à une forme de refus : ils font des études (au prix d’efforts considérables), respectent la loi et, à l’arrivée, se font retoquer à leurs entretiens d’embauche, contrôler au faciès dans le métro et on en passe… Comprenez-vous leur amertume, voire leur ressentiment ? Ne faisons-nous pas payer à la majorité les méfaits d’une minorité qui habille d’un vague vernis islamiste la culture des gangs américains ?

L’amertume et le ressentiment sont les leviers de la conquête. Je ne doute pas qu’ils n’aient quelques fondements véritables, mais enfin ceux-là ne sont rien auprès de la masse de nocence, de nuisance, d’agressivité, d’« incivilité », comme on dit joliment, dont certains Français de souche récente, pour reprendre votre expression, semblent tenir à s’assurer le quasi-monopole, pour ne rien dire des non-Français de vieille souche. Si amertume et ressentiment il devait y avoir, il me semble qu’ils ne devraient pas être en priorité de ce côté-là. Voilà un peuple qui se fait tout petit et se serre pour accueillir toujours plus d’étrangers, lesquels se précipitent chez lui tout à fait volontairement, pour la plupart, et c’est lui qui se fait traiter de raciste, et autres insultes et agressions quotidiennes, motivées par l’« amertume » et le « ressentiment ». Il aurait bien de quoi être amer. Le plus triste est qu’il ne le soit guère, trop hébété pour l’être par la grande déculturation et par le philtre d’oubli antiracististe, à l’absorption duquel se réduit désormais la transmission scolaire.

Cela dit, qu’il y ait des bonnes volontés déçues, parmi les Français de souche récente, ce n’est que trop vrai, hélas. Ce serait précisément la tâche d’un antiracisme véritable, et qui ne serait pas un procédé d’aveuglement systématique face à ce qui arrive, d’apprécier les êtres en tant qu’êtres et les groupes en tant que groupes, sans interférences.

Vous observez, pour la déplorer, une « malédiction » française : dans le champ politique, les seuls défenseurs de la culture française ont un discours ambigu ou franchement déplaisant sur la Seconde Guerre mondiale ou sur les races. Mais compte tenu de notre expérience historique qui a vu l’amour de la nation virer au nationalisme, peut-il en aller autrement ? Si nous sommes condamnés à choisir entre « francophobes » et « racistes », ne vaut-il pas mieux en finir avec ces identités mortifères ?

Cette malédiction n’est pas seulement française : on peut l’observer dans plusieurs autres pays d’Europe. On dirait parfois − c’est triste à dire − que seuls ceux auxquels leur marginalité idéologique et morale a permis d’échapper au philtre d’hébétude de l’antiracisme dogmatique se rendent compte de ce qui arrive. Mais après tout, il s’est passé la même chose pour la liberté sexuelle : n’en ont bénéficié d’abord que les prostituées, les scandaleux, les gens « perdus de mœurs », comme on disait, ceux qui n’avaient rien à perdre, pour qui la morale ne comptait pas. Que cette liberté sexuelle fût au contraire une exigence morale, comme la vérité, n’est apparu que plus tard. C’est ce qui me frappe le plus dans ce rapt de la morale auquel se livrent les antirascististes, qui la voudraient toute à eux. On dirait que l’exigence de vérité ne fait pas partie de leur morale. Ils décrivent un monde et un homme faux, imaginaires, mensongers, que la réalité dément jour après jour. Et pourtant ils sont sûrs que la morale est à eux et qu’en face d’eux, il n’y a que des criminels, comme ils disent. Or une morale qui fait fi de la vérité, qui met sur les yeux un bandeau pour ne pas voir ce qui survient et contredit ses préceptes, cette morale-là n’est pas une morale, c’est une niaise idéologie, dont les conséquences peuvent être désastreuses (et elles le sont).

Dans cette perspective, l’affaire de « l’apéro saucisson-pinard » a clairement soulevé la question des alliances : des « hyper-laïques » de gauche ont choisi de mener le combat avec des « identitaires ». Peut-on défendre la France avec n’importe qui ? Vous sentez-vous proches des « identitaires » qui se voient comme une communauté de « descendants de Gaulois », ce qui, au passage, exclut les « Français-Crémieux » que nous sommes de la nation ?

L’apéro saucisson-pinard n’est pas exactement ma tasse de thé, vous vous en doutez. Il était organisé par Riposte laïque, auquel je ne vois pas grand-chose à reprocher. De Gaulle lui-même ne s’est pas montré trop choosy quand il s’est agi de défendre la France. Cela dit, et si c’est ce que vous voulez me faire dire, je n’ai aucune espèce de sympathie pour les néo-nazis, les skinheads, les antisémites et les nostalgiques de la Collaboration. J’ai toujours été dans l’autre camp. En revanche, je ne vois pas pourquoi les Français d’origine française et tous ceux qui se fantasment comme descendants de Gaulois seraient les seuls, parmi nous, à n’avoir pas le droit de se penser comme un peuple, comme une culture, comme une tradition, une hérédité, une histoire. Dans l’appartenance nationale, il faut faire toute sa place au désir, au désir d’appartenance ; mais il n’est pas question d’exclure pour autant l’héritage, la naissance, l’ascendance ; sans quoi l’on tombe dans le pur hermogénisme, selon le terme que j’ai proposé dans Du sens, par opposition au cratylisme et en référence au Cratyle : dans la convention pure, dans l’illusion administrative, dans le règne du coup de tampon, dans l’in-culture parce que la culture c’est toujours, aussi, la culture des ancêtres et la présence des morts. Aucun peuple ne peut subsister sans référence à l’ascendance, et les contre-colonisateurs le savent bien, qui ne songent pas un instant à abdiquer la leur, mais voudraient que nous abdiquions la nôtre, en quoi ils sont d’ailleurs largement entendus. Il ne faut exclure aucun des deux termes : ni l’appartenance par l’hérédité, ni l’appartenance par le désir (et dans le cas des « Français-Crémieux », pour reprendre votre expression, par contribution majeure à la culture nationale).

Pensez-vous que l’islam pose un problème spécifique et presque insoluble par nature, autrement dit que l’idée d’un islam de France est une vertueuse illusion ? Dans le fond, ne seriez-vous pas simplement islamophobe, comme on dit aujourd’hui ?

D’abord, je déteste ce procédé des phobie-ceci phobie-cela, qui est une façon de réduire des opinions souvent parfaitement légitimes à un dérangement de l’esprit. L’islam est une religion, je ne suis pas fou des religions en général, du moins quand elles sont un pouvoir politique direct. L’islam est aussi une civilisation qui a produit, en architecture, en poésie, dans les arts décoratifs, en musique, certains des plus beaux accomplissements de l’humanité. Maintenant, il y a quelque chose de très troublant dans le fait, constamment relevé, que, dans l’espace islamique, il n’y a pour ainsi dire que des dictatures ou des régimes autoritaires, comme si cette civilisation était incompatible avec l’état politique de la liberté ordonnée, avec l’État de droit, avec le moins pour le plus qu’impliquent, pour chacun, le contrat social et ce que le parti de l’In-nocence appelle le « pacte d’in-nocence ». On dirait que ceux qui relèvent de cette civilisation − pris en masse, bien entendu, je ne parle pas d’individus − sont ingouvernables, sinon par la tyrannie. On dirait que le pacte d’in-nocence, qui pourtant peut seul fonder la liberté, le bien-être et la prospérité, leur est inaccessible parce qu’indésirable ; que seule a d’attrait la nocence, au contraire, revêtue des oripeaux du ressentiment, qui crée les moyens de sa perpétuation indéfinie. Je dirais, comme Lévi-Strauss, que ce type de société n’a pas de séduction à mes yeux. Qu’il s’exerce dans ses zones géographiques traditionnelles, très bien, mais je n’éprouve pas de plaisir à le voir se substituer, dans nos contrées, au type de société et d’état politique traditionnel, car je ne crois pas qu’il lui soit supérieur. Or il s’y substituera nécessairement puisque les immigrés, très étrangement, paraissent n’avoir de cesse qu’ils aient reconstitué dans leurs pays d’immigration le type de société qui leur a fait fuir leur pays d’origine. Bien entendu, ils ne s’en rendent pas compte : ils croient qu’ils peuvent avoir le meilleur de ceci et le meilleur de cela, sans les inconvénients, les charges, les devoirs, les contraintes qu’impliquent les avantages qui les ont attirés. Mais ce n’est évidemment pas possible.

Quel argument pouvez-vous opposer à ceux qui disent : « Nous sommes la deuxième religion, ou la deuxième communauté de France et cela nous donne des droits. » Après tout, la démocratie, c’est la démographie − « Combien de divisions ? » Au nom de quoi refuserions-nous à une partie des Français le droit de faire évoluer nos mœurs ? Et pourquoi le changement ne serait-il pas un enrichissement ?

Parce que les peuples ne veulent pas mourir, en général, malgré les pulsions suicidaires qui semblent animer ceux de l’Europe. Quant à la démocratie, elle ne peut pas désirer, elle aussi, sa propre mort. On nous dit qu’elle n’est pas possible en Algérie ou en Tunisie parce qu’elle amènerait immédiatement une terreur et une tyrannie pires que celles qui sévissent déjà. Il est certain que la pensée politique va bien devoir s’interroger rapidement sur les limites qu’il convient de lui impartir, ne serait-ce que pour la confiner au domaine politique. Comme Hélène de Troie, la plus belle femme du monde qui, selon le poète, a détruit les villes, détruit les armées, détruit les vaisseaux, la démocratie sortie de son lit, transposée dans des domaines où elle n’avait que faire, a déjà détruit les structures familiales, détruit la culture, détruit les systèmes d’éducation, aboli la transmission, effacé les manières de table, la courtoisie et la douceur de vivre, ruiné la civilisation. Dès lors qu’on lui laisse absolument libre cours, qu’on l’affranchit de l’histoire, de la géographie, de la culture, de la nature, du bon sens, de la common decency, on ne voit pas pourquoi elle ne détruirait pas les nations, ni ne subjuguerait les peuples. Les Chinois sont déjà majoritaires au Tibet.

Quoi qu’il en soit, en supposant que votre pessimisme soit justifié, dès lors que le problème n’est pas l’immigration étrangère, mais l’intégration des Français d’origine étrangère, que faire ?

Réagir, résister, refuser. Ceux de ces Français d’origine étrangère qui disent « les Français » pour parler des habitants traditionnels du pays qu’ils conquièrent par leur nombre, par leur masse, comprendraient très bien qu’on leur résistât quand ils veulent imposer ici leur société d’origine. C’est le contraire qui les stupéfie et d’ailleurs les emplit de mépris : qu’on leur abandonne sans une larme et sans une protestation ce beau royaume. Ils sont comme ces adolescents que désespère et désempare et rend toujours plus exigeants, plus emplis de ressentiment, l’absence de toute règle qu’on leur oppose. On pourrait au moins commencer par les prendre au mot quand ils renient la nationalité française et font allégeance à d’autres drapeaux, ce dont je crois comprendre que ce n’est pas rare.

Dans notre héritage, il y a l’universalisme des Lumières. Votre idée de ce qu’est un peuple ne lui tourne-t-elle pas le dos ?

Dans notre héritage, il y a bien autre chose que les Lumières, même si elles en font incontestablement partie ; bien autre chose que leur universalisme, qui dans l’ensemble du legs ne me paraît pas le plus précieux, c’est vrai. Quoiqu’il en soit nous avons le droit de faire des choix, et la France ne commence pas aux Lumières. Un peuple n’est pas une idée, même s’il peut avoir des idéaux. Un peuple qui ne serait qu’une idée serait perdu — c’est peut-être ce qui nous perd. [/access]

Avez-vous l’étoffe d’un ministre ?

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Devenez ministre
Vous rêvez d'en faire partie et de poser un jour sur la photo ? Une seule solution : testez vos capacités !
Devenez ministre
Vous rêvez d'en faire partie et de poser un jour sur la photo ? Une seule solution : testez vos capacités !

À deux mois à peine du remaniement, êtes-vous prêt psychologiquement à prendre en charge un portefeuille ? Pour le savoir, répondez vite à ce questionnaire, recommandé par les plus grandes marques d’anciens ministres.

1. Qu’y a-t-il de plus important que la loyauté ?
a) rien
b) la circonspection
c) l’intelligence

2. Laquelle de ces fables préférez-vous ?
a) Le Lièvre et la tortue
b) Perrette et le pot au lait
c) Le Petit Chaperon rouge

[access capability= »lire_inedits »]

3. La spontanéité, c’est :
a) sain
b) rare
c) redoutable

4. Le mal, selon vous, c’est :
a) le contraire du bien
b) souvent utile pour éviter le pire
c) celui qu’on me fait

5. Parmi ces héros mythologiques, lequel prendriez-vous pour modèle ?
a) Hercule
b) Sisyphe
c) Œdipe

6. Choisissez les mots qui s’accordent le mieux avec arbre :
a) verdure, campagne, été
b) bois, feu de forêt, Canadair
c) papier, journal, affiches 4 x 3

7. Votre instrument de travail favori :
a) les mains
b) les idées
c) les autres

Résultats
Majorité de a : Abandonnez tout espoir d’être ministrable un jour. Vous seriez désarmé face aux responsabilités qu’implique une telle charge, et déstabilisé par les rebondissements qui en font le charme. À la rigueur, concentrez-vous sur les cantonales.
Majorité de b : Vous faites comme vous le sentez ; mais avec une telle conception de la politique, vous ne resterez pas ministre longtemps ! Autant viser dès maintenant la présidence de la Cour des comptes.
Majorité de c : Bravo ! La France a besoin d’hommes de votre trempe. J’en parle à Claude, qui voit Nicolas tout à l’heure…

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Un jour, mon prince est venu

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Albert de Monaco
Albert de Monaco.
Albert de Monaco
Albert de Monaco.

Il a 52 ans et il se marie. « Il » c’est le Prince de Monaco. Et le détail sur l’âge du futur époux n’est pas anodin. Il est d’ailleurs repris en boucle par tous les médias qui se délectent par avance de la cérémonie qu’ils auront à couvrir les 8 et 9 juillet 2011… Ces jours-là, à l’âge où les hommes généralement divorcent, rangent au placard plus de vingt ans de vie commune avec leur légitime pour se jeter dans les bras d’une jeunette âgée d’à peine plus d’années que le temps que dura leur mariage, Albert II convolera avec la belle Charlène Wittstock, 32 ans, sud-Africaine, ancienne championne de natation, jeune juste ce qu’il faut pour être potentiellement porteuse d’un futur petit prince, bref, parfaite sous tout rapport. Et la question qui s’impose évidemment ici : pourquoi diable ce sujet m’intéresse-t-il au point d’en faire une chronique, non pour Match, Voici ou Voilà, mais pour Causeur ? Très simple.

Je suis admiratif. M’approchant moi-même de l’âge canonique du prince susnommé, ayant moi-même femme, enfants, chien et chat, étant bien évidemment frappé par la douloureuse crise de la cinquantaine, après avoir traversé avec plus ou moins de bonheur celle de la quarantaine et échappé de justesse à celle de la trentaine, je me dis : cet homme-là n’est pas n’importe qui. Au lieu de changer de voiture, s’offrir une moto de cylindrée suspecte par son volume, se mettre au yoga méthode Iyangar, celle qui tire le plus sur les articulations pour se tenir le plus droit possible, où encore adopter un régime plus bio que bio, Albert prend femme. Incroyable.

Les autres devenaient vieux. Lui rajeunissait chaque été

D’autant plus qu’à un âge comme le sien, il y a encore quelques décennies, surtout lorsqu’on avait sa coiffure, la coutume était de s’installer dans un rôle de grand-père en charentaises ou fauteuil à bascule, ou à tout le moins s’apprêter à le faire. Ou bien on vérifiait avec anxiété ses comptes pour s’assurer le confort d’une retraite peinarde. Ou bien, ce qui réglait nombre d’angoisses, on était emporté par une crise cardiaque pour cause d’embonpoint ou de cigarettes. Mais aujourd’hui, rien de tout cela. L’âge de la retraite recule, être grand-père semble être un état inaccessible aux moins de 75 ans, et on s’évertue à transpirer pour faire fondre la fameuse bouée, anciennement dite « poignées d’amour », réduire son taux de cholestérol et de nicotine, et, avec lui, le risque d’une crise cardiaque prématurée. Enfin, espérons.

Beaucoup d’attributs me viennent à l’esprit lorsque je pense à Albert: résistant ? Rebelle ? Dernier des Mohicans ? Non. Un Prince. Tout simplement. De la nuit d’abord. L’homme a ouvertement choisi de faire la fête 20 ans durant, pendant que ceux de son âge expérimentaient les joies du biberon, des couches-culottes, des poussettes qui ne se déplient plus, des vacances bruyantes, bref devenaient vieux pendant que lui rajeunissait un peu plus chaque été. Un malin, cet Albert. Un héros aussi puisqu’il a réussi à faire fi des convenances, celles qui exigeaient de lui la production rapide d’un héritier digne de présider un jour aux destinées du Rocher. N’écoutant que son courage, il a préféré prendre son temps pour choisir l’élue de son cœur de sportif, ne pas s’emballer, éviter un divorce tapageur, nous préserver des commentaires savants de spécialistes matrimoniaux nous expliquant qu’il s’était marié trop tôt, qu’il avait cédé aux pressions des Monégasques pressés de le caser et que la Princesse choisie prématurément n’était pas la bonne. Un drame qu’il a su nous éviter, nous ne l’en remercierons jamais assez.

Il joue à merveille son rôle de Prince. Donc d’exemple

Et puis il faut aussi noter sa générosité à notre égard, nous autres, gens des médias. Car il a su avec tact alimenter avec bon goût les pages des journaux avec belles photos couleur, si l’on en juge par les mensurations des différentes partenaires ayant accompagné son parcours d’adolescent attardé. Il est aussi devenu un exemple pour les feignants dont je me revendique qui hésitaient à se lancer dans des sports extrêmes, comme le parapente, l’alpinisme ou la descente périlleuse en rappel et en smoking de tapis rouge particulièrement glissant en vernis noir. C’est un petit peu grâce à lui que j’ai osé, à l’approche de mes 50 ans, me lancer dans l’aventure du VTT. Du coup, je lui dois probablement, il ne s’en doute même pas, les dix centimètres dont j’ai réussi à alléger mon tour de taille. Et je ne dois pas être le seul. Albert, au nom de tous les cinquantenaires, de tout cœur, merci.

Et il aurait pu continuer encore comme cela pendant quelques dizaines d’années, continuer à faire œuvre de fantasme pour les pères de famille épuisés, les grands-pères en puissance et bientôt impuissant. Et là, alors que je chevauchais justement mon vélo perfectionné, coup de théâtre ! En tout cas pour moi qui n’ai pas suivi son parcours princier dans la presse spécialisée : Albert annonce ses épousailles. Enfer et damnation. Un mythe s’effondre. Albert aussi va vieillir. A voir sa coupe de cheveux, j’aurais du me douter que cela lui pendait au nez, que lui aussi allait céder, craquer, lâcher prise.

Mais là encore, il joue à merveille son rôle de Prince. Autrement dit d’exemple. Il nous redonne de l’espoir. Il redevient un fantasme. La vie commence à 52 ans. Grâce à Albert, j’en suis désormais convaincu, passer le cap du demi-siècle, est un bienfait. Surtout après avoir fait la fête pendant 20 ans. Il ne me reste plus qu’à trouver une nageuse, ou une alpiniste, et pourquoi pas une championne de golf … Ah mais, j’oubliais, je ne suis pas né Prince.

Ceausescu, le retour

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Après trois ans de bataille homérique avec le ministère de la défense roumain, Valentin Ceausescu a obtenu que son papa et sa maman soient exhumés, pour que des tests ADN lui assurent que ses géniteurs occupent bien les emplacements 67 et 68 au cimitirul militarul Ghencea de Bucarest. Le 69 est occupé par son petit frère Nicu, mort d’une cirrhose à Vienne, mais à l’évidence Valentin s’en bat l’œil. Valentin pense que ses géniteurs, enterrés précipitamment une certaine nuit de Noël 1989, après un procès disons sommaire et une exécution qui ne le fut pas moins, ont été brûlés à Tirgoviste dans la caserne où ils ont rendu leur âme au diable, dracul en roumain, au pays dont les chefs sont passés maîtres dans l’art délicat de saigner leurs compatriotes au propre et au figuré.

Qu’ils soient réduits en cendres ou sous quelques pieds de bonne terre roumaine, il est peu probable pourtant que le Conducator et sa bonne Elena reviennent tirer par les pieds ceux qui les ont condamnés. Etrangement, ils sont presque tous morts très vite… Criblé de balles, Gica Popa, le juge qui avait prononcé la peine capitale ; accidents de la route ou de chasse fatals pour les autres…

Mais les légendes urbaines ubuesques qui servaient d’exutoires à la brutalité et à la bêtise du régime ont la peau dure. Au fond d’eux les Roumains ne sont pas si sûrs que les Ceausescu soient si morts. Des témoins de témoins assurent que les corps bougeaient encore quelques heures après la fusillade. D’étranges sites n’ont-ils pas fleuri sur la toile, jusqu’au blog de Nicolaz Ceaucescu, qui vaut son pesant de salami, où du fond des enfers l’ancien Premier secrétaire commente l’actualité avec un humour vachard et pas mal de clairvoyance, qui lui valent pour une fois un authentique succès libre de toute propagande ?

Mercredi matin, les corps ont donc été déterrés et envoyés au labo pour prélèvement. En voyant apparaître le pantalon et le manteau de son père criblés de balles, Valentin a t-il poussé un soupir de soulagement ? Que cherchait vraiment le dernier survivant de la sinistre tribu, celui dont on assure qu’il fut adopté à sa naissance et toujours délaissé au profit de Nicu, l’héritier tant chéri ? Peut être, comme on dit, à faire son deuil. Et ne plus regarder derrière son épaule quand il rentre le soir dans son petit appartement ordinaire, là-bas, à Bucarest.

Le nez dans le ruisseau, la faute à Bégo

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Raymond Domenech
Raymond Domenech dans le collimateur. François Bégaudeau part en croisade contre les quinquagénaires.
Raymond Domenech
Raymond Domenech dans le collimateur. François Bégaudeau part en croisade contre les quinquagénaires.

C’est un texte dont Causeur, sous l’excellente plume de François-Xavier Ajavon, a déjà parlé, mais c’est plus fort que moi. Quand l’un de nos rebelles télévisuels, Bégaudeau en l’occurrence, s’en prend à son beau-frère, c’est-à-dire au beauf qui gît en moi, mon sang ne fait qu’un tour et j’ouvre mon ordinateur. Et plutôt deux fois qu’une ! Car Bégaudeau s’en est pris non seulement à son « beau-frère », mais aussi à Finkielkraut, dont j’attends et dévore chacun des livres. D’ailleurs, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais François Bégaudeau semble souffrir d’un antifinkielkrautisme primaire. À chaque fois que le philosophe intervient sur un sujet d’actualité, vous pouvez être sûr que Bégaudeau viendra tenter un contrepied à la télé ou dans les journaux. La dernière fois que j’ai pu diagnostiquer cette bizarre obsession, c’était donc dans Le Monde du 23 juin, à propos de la déroute de l’équipe de France de football.

Ainsi, contrairement à ce que croient Alain Finkielkraut et le « beau-frère [de Bégaudeau lui-même] dans sa Laguna » (et moi aussi, d’ailleurs, qui pourtant roule en Scenic), ce n’est pas d’un manque d’autorité dont a souffert l’équipe de France, mais plutôt d’un excès d’autorité. Ça vous en bouche un coin, ça, hein ! Complètement contre-intuitif, comme propos, bien digne d’un empêcheur-de-penser-en-rond patenté ! Typiquement l’argument qu’on ne voit pas venir, genre tacle par-derrière. Tu veux plus d’autorité ? T’es un beauf en Laguna ; voilà le genre de chantage psychologique, à base de snobisme social, auquel se livre notre Bégo.

[access capability= »lire_inedits »]Trop vieux, trop beaufs, trop prolos

Pour Bégo-le pédago, ce qui a fait péter les plombs aux Bleus n’est pas d’avoir été livrés à eux-mêmes par un sélectionneur visiblement dépassé par la situation, mais d’avoir été soumis à des « éducateurs raides dans leurs bottes ». Le Bégo précise sa pensée : « Depuis vingt ans, la baguette a été confiée à des quinquagénaires prénommés Aimé, Roger, Jacques, Raymond, ou encore Robert (comme Duverne [Robert Duverne quinquagénaire, c’est à croire que Bégo, malgré son amour du foot, ne sait pas compter jusqu’à onze]), tous rejetons d’une France ouvrière et rurale […] Très clairement, ceux-là ne savent pas faire avec le prolétariat de banlieue qui peuple aujourd’hui les clubs. »

Il y avait le « délit de faciès », dont la répression est aujourd’hui durement réprimée en France ; Bégo-le finaud tente d’instaurer à sa place un « délit de blase » : haro sur les Robert, sus aux Raymond ! On ne devrait pas avoir impunément, aujourd’hui en France, en plein début de XXIe siècle, le même prénom que M. Bidochon. C’est une offense insupportable à la modernitude. Trop vieux, trop beaufs, les sélectionneurs français, et surtout trop prolos !

Il y a dans le propos de Bégaudeau un paradoxe qu’il ne semble même pas percevoir : tel un Fillon empruntant mollement ses métaphores à Mitterrand, il s’en prend au racisme social des « chiens » qui tombent « à bras raccourcis[1. Des « chiens » qui tombent « à bras raccourcis » : selon l’expression consacrée par saint Philippe, je précise que je sais que la métaphore est éprouvante, mais aussi que la chose ne l’est pas moins. Ajoutons en outre que ça évitera peut-être à tous ces « chiens »… de faire main.] sur la « jeunesse populaire » tout en faisant preuve à l’égard de la France « ouvrière et paysanne » qui prénommait ses enfants « Aimé, Roger, Jacques, Raymond, ou encore Robert » d’un racisme du même type. Les prolétaires d’hier et le « beau-frère » de Bégaudeau seraient incompétents lorsqu’il s’agit de prendre en main les prolétaires d’aujourd’hui. Plaçons des pédagogistes surdiplômés dans le genre de Meirieu à la tête de l’équipe de France et foutons tous ces prolos « raides dans leurs bottes » à la porte : voilà la solution audacieuse que semble nous proposer le Bégo des surfaces médiatiques.

Notons au passage que transformer « Raymond » Domenech en « rejeton de la France ouvrière et rurale » est un peu tiré par la moustache à propos d’un fils d’immigré catalan qui a passé son enfance dans un quartier populaire de Lyon et, tel le blédard contemporain, retournait tous les étés sur la terre natale de ses parents, sans compter qu’il a traîné toute sa carrière une réputation de bad boy, comme on ne disait pas à l’époque, réputation qu’il devait au moins pour une part à sa tronche de métèque. Un profil donc strictement similaire à celui de quelques-uns des caïds hautains de l’équipe de France de football qui devrait plaire à Bégo puisqu’il souhaite que « les maîtres s’adaptent à la population d’un genre nouveau dont ils ont la charge ». En quoi exactement cette population est-elle d’un « genre nouveau », alors que le football a toujours été un sport populaire pratiqué notamment et brillamment par des fils d’immigrés ? Nous ne le saurons jamais.

Que les maîtres s’adaptent à leurs élèves

Tout à son souci de la sauver de la hargne des « chiens » et des petits Blancs, Bégaudeau idéalise cette jeunesse des cités qu’en tant que rejeton de la bourgeoisie de province, il n’a jamais vraiment fréquentée que de loin avant de la rencontrer « entre les murs », puis de s’en faire le chantre dans un roman en forme d’apologie du monde tel qu’il va… et avant, enfin, de pouvoir l’abandonner à son sort, cette belle jeunesse, en toute bonne conscience, pour aller pérorer dans les médias. En renonçant à l’idée même d’autorité au profit d’une « adaptation » des maîtres à leur public, c’est à un second abandon que se livre Bégaudeau et, au fond, à une apologie de l’attitude de Domenech qu’il prétend pourtant vilipender : lorsqu’il a décidé de lire en public la missive de ses joueurs prenant la défense de celui qui l’avait insulté, le sélectionneur n’a rien fait d’autre que « s’adapter », c’est-à-dire de paraître approuver son humiliation.

L’idéalisation de la jeunesse populaire des banlieues par Bégaudeau trouve son revers exact dans le mépris qu’il affiche sans complexe à l’encontre du monde ouvrier et paysan du petit Blanc quinquagénaire et propriétaire de Laguna. Bégaudeau se prénomme François et a longtemps vécu, semble-t-il, au fin fond de la province française. Sa haine du beau-frère et des prénoms bien de chez nous sonne, pour qui veut l’entendre, comme une haine de soi ou plus précisément une haine du proche, père, frère, beau-frère, bref, le « François » en lui. Le texte de Bégaudeau, dans ses inconséquences logiques et son néant moral, est le symptôme parfait de la faillite d’une pensée progressiste qui ne pense plus rien, sinon son dégoût de petit snobinard pour la France profonde.[/access]

Sous la burqa… l’Angleterre

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Londres
Photo Flickr / Fabbio
Londres
Photo Flickr / Fabbio

Une fois n’est pas coutume, une loi votée en France s’est largement invitée dans le débat politique britannique qui n’a pas pour habitude d’aller s’approvisionner au Palais Bourbon.

L’interdiction du port de la burqa, puisque c’est de cela dont il est question, a pourtant fait la « une » de toute la presse londonienne, au moins autant qu’à Paris. On disait le sujet tabou et inopportun, voire inexistant, les chiffres officiels manquants ou contradictoires… Par la grâce de notre Assemblée nationale le couvercle a sauté, les sondages pleuvent, les opinions s’expriment enfin librement et le secrétaire d’Etat à l’immigration Damian Green a dû se fendre d’une explication en règle sur la ligne de son gouvernement. Ne dites pas merci, c’était un plaisir.

Premier enseignement, et il est de taille, contrairement aux idées reçues qui font d’eux des modèles de tolérance religieuse et les champions d’un communautarisme de bon aloi, l’Anglais de la rue n’aime pas y voir passer des burqas. Elles lui sortent même par les yeux. Ils sont deux tiers, à peine moins qu’en France, à souhaiter qu’on l’interdise purement et simplement. Le Gerin local s’appelle Philip Hollobone. Après avoir interdit sa permanence aux emburqées, ce député tory a annoncé le 14 juillet dernier avoir dans sa manche la petite soeur de la loi française (Face Coverings Bill). Les choses changeraient donc au Royaume ? Les choses changent, sauf l’essentiel.

En Angleterre, on n’interdit pas ce qu’on désapprouve

C’est le deuxième enseignement. Pas question, a répondu le ministre, plus conforme à la tradition de son pays. « Le caractère britannique n’interdit pas ce qu’il désapprouve ». C’est clair, mais qu’on ne s’y trompe pas. Le gouvernement de David Cameron n’est pas favorable à la burqa. Il considère même que son port est une insulte au XXIème siècle, un affront fait aux femmes et à la liberté, une relique de la barbarie médiévale, un outil du pire totalitarisme théocratique qui met l’accent sur la différence, rend difficile l’assimilation des musulmanes… sans compter quelques problèmes pratiques ou sécuritaires. Et caetera, et caetera.

Et pourtant, le voile intégral ne sera pas banni des rues londoniennes où on le croise de plus en plus, dixit ceux qui vendent le gracieux accessoire.

Pour le Français laïc et interventionniste par nature (aggressively secular… Merci Mister Green. Quand vous rencontrerez Eric Besson et le préfet Bousquet dans les comités bilatéraux des migrations, il vous faudra peut-être adopter un langage un peu plus conciliant), on marche sur la tête. Ce qui avec une burqa peut se révéler particulièrement réjouissant.

Pourtant, à l’exception notable du Daily Express toujours très en retrait sur le communautarisme, les arguments des Britanniques, ou plutôt de ceux qui s’expriment en leur nom, ne manquent pas de pertinence.

Une loi qui concerne moins de 2000 personnes sur 64 millions et sera bien difficile à appliquer était-elle concrètement indispensable et proportionné à l’objectif visé ?

En quoi ce voile est-il menaçant ? Quelles valeurs protégeons-nous réellement si jalousement ? Les quelques niqabées interrogées semblent nager dans la félicité et en redemander. Pourquoi s’obstiner à défendre contre elles-mêmes une poignée de cinglées qui jouent à Fais moi mal Mohammed à coup de rouleaux de tissus ? L’interdire ne transmet-il pas indirectement aux Musulmans un message de peur qui est toujours mauvaise conseillère ?

En politisant un problème essentiellement social, en faisant des martyrs de celles, instruites, qui se couvrent le visage pour protester contre (au hasard) la guerre en Afghanistan et le sort des Palestiniens, ne fait-on pas au bout du compte un joli cadeau aux extrémistes qui verront accourir aussitôt de nouvelles « sœurs » ?

La persuasion plutôt que la coercition

Les autorités britanniques nous disent préférer la persuasion et la concertation avec la « communauté musulmane » aux lois contraignantes. À elles l’éducation des plus traditionalistes. Fort bien. Normal, dans un pays qui a fait du communautarisme le socle de sa paix sociale et où l’on se définit d’abord par son appartenance religieuse. On peut bien sûr se poser quelques questions quand on sait avec quel succès le « dialogue » a mené droit aux attentats de juillet 2005. Ou encore quand, du bout des lèvres, off the record, ces mêmes autorités admettent refuser les contacts avec les femmes intégralement couvertes. On les tolère, mais on les ignore. Fantômes elles veulent être, fantômes elles sont de fait. Tant pis pour elles. Elles l’ont bien cherché.

Et si l’honneur de la loi française était précisément de refuser cette mise à l’écart, même volontaire, même choisie ? Difficile à appliquer effectivement, n’en doutons pas, sa portée est aussi symbolique, elle interdit qu’une femme, parce qu’elle est femme, soit exclue de notre communauté au sens le plus large, celle du genre humain, où se parler à visage découvert n’est tout simplement pas négociable.

Entre les folles de Dieu, les folles tout court et les intellectuelles exaltées qui instrumentalisent une religion qui ne leur a rien demandé et contre laquelle nous n’avons rien, n’oublions pas, pour finir, les femmes de mon quartier. Un quartier de l’Ouest londonien banal. Des petits fantômes qui ne sautent pas comme des cabris en réclamant « burqa, burqa, burqa », ce dont elles seraient bien incapables vu qu’elles sont enceintes à longueur d’année, qui se fichent de Gaza qu’elles auraient du mal à situer sur une carte, à qui aucun journaliste ne viendra demander leur avis car elles ne parlent pas l’anglais et filent sur les trottoirs en rasant les murs avec leurs cohortes de gamins craintifs dans des poussettes triples. Je gage d’ailleurs que personne, jamais, ne leur a demandé leur avis. Sur rien. Elles arrivent de Somalie ou d’Ethiopie, elles n’ont pas vraiment le profil « je la porte, je m’éclate et je fais même du ski avec ». Si une loi, un jour, pouvait s’intéresser à ces malheureuses dont je vois croître le nombre mois après mois, ce ne serait peut être pas plus mal. Quand bien même on dût réduire leur « liberté » très relative de se vêtir comme elles l’entendent. Ou comme on le leur a soufflé. Dans les bronches.

Banques Centrales au bord de la crise mondiale

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Ils ont fait feu de tout bois! Je parle bien sûr de nos Banquiers Centraux aujourd’hui parfaitement conscients que plus de baisses de taux quantitatives ne serviraient en rien à nos pauvres économies décharnées. Faisons donc notre deuil des stimuli fiscaux et éliminons de notre vocabulaire les expressions de « sauvetages bancaires » et même de « too big to fail » car nos Etats n’ont tout bêtement plus les moyens de soutenir leurs économies et encore moins de renflouer des établissements financiers … précisément trop massifs pour être sauvés! Les déséquilibres et autres excès orgiaques aux sources mêmes de la crise ayant débuté il y a maintenant trois ans, je veux dire ces endettements massifs du monde de la finance, des ménages et autres entreprises du secteur privé…loin d’avoir été résorbés par des mesures énergiques ont été rejoints par les endettements souverains à la faveur des mesures-miracles keynésiennes! Et voilà donc celui que l’on qualifie d’oiseau de mauvaise augure – Roubini – refait son apparition en prévoyant pour ces 12 prochains mois une croissance mièvre de l’ordre de 1,5% pour les Etats-Unis et une stagnation en bonne et due forme pour l’Europe. Nos pays avaient-ils un besoin vital de « deleveraging », c’est-à-dire de se dépouiller peu à peu de leurs dettes? Qu’à cela ne tienne: nos Gouvernants ont cru réveiller les morts en insufflant encore et plus de dettes!

Comment donc compenser aujourd’hui cette consommation mondiale en berne si ce n’est en exhortant les pays épargnants (Chine, Allemagne…) à prendre le relais afin de tenter de sauver la demande mondiale et de soutenir la croissance globale? De fait, la Chine elle-même ralentit inexorablement puisque sa croissance devrait se situer cette année autour des 7% par rapport à 11% l’an dernier! Mauvaise nouvelle pour l’ensemble de la région Asiatique qui voit donc son moteur chinois ralentir, très mauvaise nouvelle pour les bourses mondiales qui connaîtront très prochainement une onde de choc violente qui déstabilisera encore plus nos économies avec, à la clé, une probable et nouvelle récession. La dynamique du second semestre 2009 a définitivement disparu, attachez vos ceintures !

La société du spectaculaire

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Brice Hortefeux
Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur.
Brice Hortefeux
Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur.

Le président de la République avait déjà utilisé l’adjectif dans son intervention télévisée il y a huit jours. Spectaculaires ! Cet adjectif qualifiait, non pas la victoire de l’Espagne intervenue la veille, ni le défilé et les feux d’artifices devant avoir lieu le surlendemain. Ce que Nicolas Sarkozy qualifiait de spectaculaires, ce sont les résultats de son gouvernement dans la lutte contre la délinquance.

A l’occasion d’une intervention aussi importante, le président n’improvise pas. Il ne choisit pas ses mots au hasard. Il avait décidé d’en mettre plein la vue aux Français. Les statistiques, semblait-il nous dire, lui donnaient raison. Alors, fidèle à son habitude, il a plastronné : spectaculaires ! Larousse.fr nous donne deux définitions du mot : celle qui correspond au contexte de la phrase est « qui est très net, très visible ». Le lecteur appréciera. Si quelqu’un trouve que les progrès contre la délinquance sont très nets et très visibles, qu’il lève le doigt.

Si un doigt timide s’était alors levé, il se serait très rapidement baissé, un léger rougissement du front accompagnant le geste. Car les évènements survenus à Saint-Aignan et surtout à Grenoble sont venus rappeler à quel point il était téméraire de s’accorder de tels brevets d’autosatisfaction. Des gendarmes sont contraints à se barricader dans leurs locaux assiégés dans une petite bourgade du Loir et Cher[1. Ces gens là ne font pas de manière.] et la police nationale essuie des tirs à balle réelle lors d’émeutes dans un quartier grenoblois. Cela devrait inciter à changer son fusil d’épaule et à opter pour un autre plan de communication. La principale qualité des grands généraux n’est-elle pas de savoir changer de plan de bataille en s’adaptant aux circonstances ? On attendait donc à un retour à une certaine modestie en la matière, d’autant que les autres fronts médiatiques n’incitent pas forcément à l’arrogance.

Et c’est pourtant dans la commune de Saint-Aignan que Brice Hortefeux a cru bon de réutiliser l’épithète. Je conseille d’aller voir cette vidéo où le ministre de l’Intérieur prononce cette phrase qui pourrait devenir « culte » : « Nous enregistrons des progrès spectaculaires dans la lutte contre la délinquance. » Suit un relevé de statistiques qui indique, selon lui, que les atteintes aux biens, les cambriolages et l’activité liée au stupéfiants sont toutes en recul par rapport à l’année précédente. En ce qui concerne les atteintes à l’intégrité physique qui étaient[2. On remarquera qu’il utilise déjà l’imparfait alors que son énumération pourrait au contraire signaler que le présent aurait été plus indiqué…] le point noir, le ministre informe que la spirale a été cassée, jolie façon d’annoncer qu’elles augmentent un peu moins rapidement.

C’est là que la seconde définition du mot « spectaculaire » peut finalement être étudiée, tant celle que nous avions retenue a priori semble inappropriée. Qui frappe la vue, provoque l’étonnement par quelque aspect exceptionnel. Exemple : un accident spectaculaire. Larousse.fr évoque t-il sans le vouloir la situation de la gendarmerie de Saint-Aignan, les armes lourdes utilisées pour tirer sur les policiers grenoblois ou tout simplement cette déclaration aux journalistes de Brice Hortefeux ? Je penche pour la troisième proposition tant les situations analogues aux deux premières ont tendance à se multiplier ces dernières années, dernières années au cours desquelles Nicolas Sarkozy était, soit à l’Elysée, soit Place Beauvau.

Brice Hortefeux a t-il choisi de son propre chef de reprendre l’élément de langage que le Président avait inauguré une semaine auparavant, avec le zèle qui sied à un ami de trente ans ? Ou – plus grave – l’a t-il repris en concertation avec l’Elysée ? Nous n’avons pas la réponse aujourd’hui. J’ose espérer qu’il s’agit de la première solution. Inventer le « sentiment d’augmentation de l’insécurité » de la part de celui qui fustigeait les socialistes et leur « sentiment d’insécurité » constituerait une preuve que le Président de la République a perdu tout contact avec l’état d’esprit des Français. Cela signifierait qu’il a perdu les pédales. Complètement. Dans ce domaine, comme sur d’autres, qu’on me permette de ne pas trouver ceci très rassurant.

PS. Mercredi matin Brice Hortefeux a déclaré sur Europe 1, Brice Hortefeux déclare ceci : « Dans le combat que nous menons pour assurer la sécurité, nous obtenons des résultats parfois spectaculaires. On observe une baisse des vols, des cambriolages, des escroqueries… » Quelqu’un lui aura t-il soufflé qu’il fallait quelque peu modérer son enthousiasme peu communicatif ? En tout cas, cet adverbe relativise très avantageusement l’adjectif. C’est un bon début.

Drogue contre HIV

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La conférence internationale sur le sida de Vienne semble mal partie. Pas d’argent pour le financement, quelques fausses bonnes idées, une pression énorme des ONG. Tout cela risque de finir comme à Copenhague.

On meurt toujours du sida de par le monde. Un peu moins dans les pays développés où l’information et les trithérapies sont facilement accessibles, toujours autant dans les pays les plus pauvres. Alors les participants cherchent de l’argent. Mais la crise est passée par là et les robinets se ferment. Il a été facile de trouver des milliards à la pelle pour sauver les banques et le système économique, mais il est probable qu’en ces temps de rigueur, les malades du sida ne feront bientôt plus partie des prioritaires.

Et puis, par delà cette question fondamentale s’accumulent les fausses bonnes idées qui relèvent du « y a qu’à ». Un exemple en est une « taxe Robin des bois », sortie de leurs manches par les ONG. Cela consiste à prélever une taxe infime sur les transactions financières et qui rapporterait 300 milliards de dollars. Il est légitime de rêver sur des chiffres aussi faramineux que peu crédibles, qui d’un coup de baguette magique résoudraient tous les problèmes. Il avait été question d’une telle taxe pour permettre aux gouvernements de récupérer une partie des milliards prêtés aux banques en faillite. Une taxe impossible à établir et à prélever, alors la même chose pour lutter contre le sida, vraiment, faut pas rêver…

Autre idée, elle parfaitement stupide, un appel publié par le journal Le Monde et dont la teneur laisse pantois. Le Monde n’hésite pas à dire que cet appel « fera date dans l’histoire des politiques publiques en matière de drogues ». Rien que cela, mes amis ! Le contenu de cet appel est simple, il est même simplissime : les drogués sont contaminés par le virus HIV parce qu’ils se piquent avec des seringues pas propres. Conclusion ? Il faut légaliser les drogues, dures évidemment, afin que les drogués puissent se piquer en toute légalité et en toute stérilité. Mais bien sûr, « y a qu’a » !

Les sapeurs Camembert sauvent le monde…

Légaliser les drogues pour sauver des malades du sida, c’est juste n’importe quoi, un délire absolu. L’Espagne et les Pays-Bas ont essayé, ils sont bien vite revenus sur leur générosité naïve. Le nombre de drogués a augmenté dans de telles proportions que la chose n’était plus tenable. Et l’on mourrait d’overdose autant que du sida.
Une autre réalité plaide pour la vacuité de cet appel « historique » : légaliser les drogues, c’est légaliser l’argent sale. Au moment où près d’une centaine de personnes se font flinguer au Mexique parce que les barons de la drogue se battent entre eux, c’est bien le moment de blanchir officiellement les milliards de la came. Tout comme il devient inutile d’envoyer des soldats se faire trouer la peau en Afghanistan, si les talibans et les barons du grain de pavot de ce pays peuvent désormais s’inscrire au NYSE ou au CAC 40 . Oublions les producteurs de coke de Colombie qui pourraient faire une fusion-acquisition avec les FARC, afin de financer la révolution…

Sérieusement, les initiateurs de ce texte qui fait pleurer d’avance le bulletin paroissial du bien penser ont-ils réfléchi à ce que représenterait le déluge d’argent du pavot et du coca dans les flux de l ‘économie mondiale ? Pas de doute, ces nouveaux milliardaires aussi blanchis de leurs méfaits que l’est actuellement leur argent pourraient s’offrir les fleurons des grandes entreprises mondiales. Cash.

Flagrant délit d’irresponsabilité

Les mêmes ont-ils pensé aux millions de camés, pauvres hères accrochés à leurs seringues, déshumanisés par l’addiction avant de crever lamentablement comme des bêtes en manque ? Combien de dizaines de milliers de morts, la came légale? Est-on vraiment sûr d’ailleurs que cela ferait baisser le nombre de morts par HIV ? Rien n’est moins certain.

On rappellera à ces grands esprits qu’il existe des moyens simples et peu onéreux pour se procurer des seringues propres : en France il suffit d’acheter, en vente libre et anonyme, une Stéribox dans n’importe quelle pharmacie. Pour quelques euros, il y a dedans tout ce qu’il faut pour se piquer clean et désinfecté. Les bons esprits diront que c’est peu moral, les réalistes diront que cela a fait baisser le nombre de contaminations par seringues.

On rappellera aussi aux initiateurs de cet appel, que sont Mme Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine pour la codécouverte du virus HIV, à M. Cardoso, ancien président de la république du Brésil et à Mme Brigitte Schmied, présidente de la société internationale sur le sida qu’il y a abus caractérisé d’irresponsabilité à balancer ainsi dans les médias de telles énormités, qui témoignent d’une indigence intellectuelle rare ainsi que d’une culture économique nulle.

Et, afin de n’oublier personne, on rappellera au fameux journal de référence qu’il est tout aussi irresponsable de publier sans le moindre appareil critique les mêmes âneries dans ses colonnes. C’est, bonjour Monsieur Lénine, justement ce qui fait la différence entre les courroies de transmission et les vrais journalistes…

L’attaquant Ribéry va avoir besoin d’une bonne défense

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Au terme de sept heures de garde-à-vue dans les locaux de la brigade de répression du proxénétisme, Franck Ribéry et Karim Benzema ont été mis en examen hier pour « sollicitation de prostituée mineure ». Une décision parfaitement injustifiée pour l’avocate de Ribéry, Me Sophie Bottai, qui se démène pour expliquer que le dossier est tout aussi inconsistant que lors de la première audition de son client en avril dernier. La seule chose qui ait changé depuis, a-t-elle expliqué, « c’est que Ribéry a fini la Coupe du monde de football et qu’il a mal joué ». On peut estimer que l’avocate en rajoute. Mais on peut aussi raisonnablement penser que si les Bleus étaient rentrés en France avec le trophée de la FIFA dans leur bagages, qu’un million de Parisiens leur avaient fait un triomphe sur les Champs et que le président les avait reçu ensuite logiquement à l’Elysée, le juge d’instruction aurait peut-être réfléchi un peu plus longtemps avant de mettre en examen un héros national… Vae victis !

« Pour faire des Français, il faut de l’héritage et du désir »

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Renaud Camus
Renaud Camus.
Renaud Camus
Renaud Camus.

Pour que cela ait un sens d’être français, il faut qu’il y ait des étrangers. Mais vous savez que ce ne sont pas des catégories figées : l’Histoire montre qu’on peut devenir français alors qu’il est sans doute presque impossible de devenir japonais. Donc, notre première question est simple : qu’est-ce qu’être français ? Cela a-t-il à voir avec l’ethnie (ou la race), la culture, le mode de vie, les droits, les devoirs ? Autrement dit, peut-on « fabriquer des Français » avec n’importe qui ou y a-t-il, selon vous, des populations inassimilables ?

Toutes les populations sont inassimilables. Il en va de l’acculturation et de l’assimilation comme de l’éducation : elles ne peuvent pas faire l’économie de l’individu. Ce sont des hommes et des femmes et des enfants qui peuvent être assimilés au sein d’un peuple, pas des peuples, surtout quand ces peuples ont une forte réalité, une culture, une civilisation, une langue, une religion, une puissance en dehors de la nation censée les assimiler. Pourquoi se renonceraient-ils eux-mêmes ? Deux éléments créent des Français et peuvent en créer encore : l’héritage (la naissance, l’ethnie, la race, les ancêtres, l’appartenance héréditaire) et le désir (la volonté, l’élection particulière, l’amour d’une culture, d’une civilisation, d’une langue, d’une littérature, des mœurs, des paysages). On peut certes être français par la culture, par Montaigne, par Proust, par Manet, par la montagne Sainte-Victoire, par le pain, par le vin, par la langue : encore faut-il les connaître et les aimer, et d’abord les désirer.

Concernant l’immigration arabo-musulmane, vous parlez de « contre-colonisation », ce qui revient à affecter un coefficient forcément négatif à des mouvements migratoires qui sont aujourd’hui une réalité planétaire (et on peut aisément expliquer que les candidats à l’émigration se tournent naturellement vers l’ancien colonisateur dont ils connaissent la langue et les coutumes). Comment justifiez-vous ce terme provocateur ?

Rien n’est plus éloigné de mon esprit que la provocation. Face à la réalité historique à laquelle nous sommes confrontés, il s’agit bien de cela ! Mais si vous voulez, je veux bien dire « colonisation » tout court. Après tout, la Suisse, l’Autriche, la Suède n’ont jamais colonisé personne (enfin, pour le dire vite…), et ils ne sont guère moins colonisés à présent que la France. Le terme de « colonisation » est beaucoup plus adéquat à la situation actuelle qu’il ne l’est à l’ère dite « coloniale », pour laquelle il constitue une sorte d’abus de langage. Sauf en Algérie et bien avant cela au Canada, la France ne « colonisait » pas, au sens propre, et je ne le dis pas pour diminuer ses torts : elle conquérait, elle fondait un empire, elle ne transférait pas sa population. L’ère dite « coloniale », et que mieux vaudrait appeler « impériale » fut une brève parenthèse vite refermée. Tandis que la colonisation actuelle, dans l’autre sens, mérite bien mieux son nom, étymologiquement. Elle est d’ailleurs de conséquence mille fois plus grave, puisqu’elle implique ce que le parti de l’In-nocence appelle le « Grand Remplacement », d’une population par une ou plusieurs autres. C’est de très loin le phénomène le plus important de l’histoire contemporaine, et peut-être de toute l’histoire du territoire appelé France. Il ne s’agit pas, cette fois, pour le peuple colonisé, de perdre son indépendance un moment : il s’agit de disparaître, de s’effacer, de se dissoudre et même, par le biais des champions de l’antiracistisme, d’être persuadé qu’il n’a jamais existé, qu’il a rêvé son histoire et son existence même.

[access capability= »lire_inedits »]Vous observez qu’une partie des immigrés et des Français d’origine immigrée se définit aujourd’hui par une forme d’hostilité à la France. Mais ne sommes-nous pas collectivement responsables de cette situation ? Si nos Français « issus de » ne se reconnaissent pas comme Français, n’est-ce pas dû au fait que la culture française n’est plus, comme elle l’a été dans le passé, un cadeau et un privilège qui justifiait que les arrivants abandonnent volontiers leur propre culture ?

C’est la culture et l’éducation en général qui ne sont plus un privilège et un cadeau. À ce propos, on a sans doute insuffisamment réfléchi à ce qu’impliquait ce terme d’« obligatoire » un beau jour accolé à l’instruction publique. L’éducation et la culture ne sont plus perçues comme des objets de désir, comme désirables en soi, mais comme des obligations, autant dire comme des corvées. C’est la raison pour laquelle le parti de l’In-nocence, dans son programme pour l’éducation, propose, ne serait-ce qu’à titre provisoire, et face à l’impasse actuelle, une sécession en faveur d’une éducation fondée sur un triple volontariat, des professeurs, des parents et des élèves eux-mêmes : faire en sorte que ceux qui désirent une véritable éducation ne soient plus empêchés de la recevoir, et de la prodiguer, par ceux qui ne la désirent pas, qui veulent même s’en prémunir par tous les moyens.

Cela dit, vous avez parfaitement raison. La contre-colonisation n’aurait pas été possible sans l’effondrement culturel dû, pour la plus grande part, au désastre du système éducatif. Un peuple qui connaît son histoire et qui sait ses classiques ne se laisse pas mener béatement dans les poubelles de l’Histoire en se trémoussant mollement dans la sonorisation de tout, obligatoire elle aussi. L’enseignement de l’oubli, l’inoculation scolaire de l’inculture, la bêtification de masse étaient les conditions indispensables du Grand Remplacement.

Vous savez bien que de nombreux Français de souche récente n’aspirent qu’à se fondre dans le paysage, mais que, malgré leurs efforts, ils se heurtent à une forme de refus : ils font des études (au prix d’efforts considérables), respectent la loi et, à l’arrivée, se font retoquer à leurs entretiens d’embauche, contrôler au faciès dans le métro et on en passe… Comprenez-vous leur amertume, voire leur ressentiment ? Ne faisons-nous pas payer à la majorité les méfaits d’une minorité qui habille d’un vague vernis islamiste la culture des gangs américains ?

L’amertume et le ressentiment sont les leviers de la conquête. Je ne doute pas qu’ils n’aient quelques fondements véritables, mais enfin ceux-là ne sont rien auprès de la masse de nocence, de nuisance, d’agressivité, d’« incivilité », comme on dit joliment, dont certains Français de souche récente, pour reprendre votre expression, semblent tenir à s’assurer le quasi-monopole, pour ne rien dire des non-Français de vieille souche. Si amertume et ressentiment il devait y avoir, il me semble qu’ils ne devraient pas être en priorité de ce côté-là. Voilà un peuple qui se fait tout petit et se serre pour accueillir toujours plus d’étrangers, lesquels se précipitent chez lui tout à fait volontairement, pour la plupart, et c’est lui qui se fait traiter de raciste, et autres insultes et agressions quotidiennes, motivées par l’« amertume » et le « ressentiment ». Il aurait bien de quoi être amer. Le plus triste est qu’il ne le soit guère, trop hébété pour l’être par la grande déculturation et par le philtre d’oubli antiracististe, à l’absorption duquel se réduit désormais la transmission scolaire.

Cela dit, qu’il y ait des bonnes volontés déçues, parmi les Français de souche récente, ce n’est que trop vrai, hélas. Ce serait précisément la tâche d’un antiracisme véritable, et qui ne serait pas un procédé d’aveuglement systématique face à ce qui arrive, d’apprécier les êtres en tant qu’êtres et les groupes en tant que groupes, sans interférences.

Vous observez, pour la déplorer, une « malédiction » française : dans le champ politique, les seuls défenseurs de la culture française ont un discours ambigu ou franchement déplaisant sur la Seconde Guerre mondiale ou sur les races. Mais compte tenu de notre expérience historique qui a vu l’amour de la nation virer au nationalisme, peut-il en aller autrement ? Si nous sommes condamnés à choisir entre « francophobes » et « racistes », ne vaut-il pas mieux en finir avec ces identités mortifères ?

Cette malédiction n’est pas seulement française : on peut l’observer dans plusieurs autres pays d’Europe. On dirait parfois − c’est triste à dire − que seuls ceux auxquels leur marginalité idéologique et morale a permis d’échapper au philtre d’hébétude de l’antiracisme dogmatique se rendent compte de ce qui arrive. Mais après tout, il s’est passé la même chose pour la liberté sexuelle : n’en ont bénéficié d’abord que les prostituées, les scandaleux, les gens « perdus de mœurs », comme on disait, ceux qui n’avaient rien à perdre, pour qui la morale ne comptait pas. Que cette liberté sexuelle fût au contraire une exigence morale, comme la vérité, n’est apparu que plus tard. C’est ce qui me frappe le plus dans ce rapt de la morale auquel se livrent les antirascististes, qui la voudraient toute à eux. On dirait que l’exigence de vérité ne fait pas partie de leur morale. Ils décrivent un monde et un homme faux, imaginaires, mensongers, que la réalité dément jour après jour. Et pourtant ils sont sûrs que la morale est à eux et qu’en face d’eux, il n’y a que des criminels, comme ils disent. Or une morale qui fait fi de la vérité, qui met sur les yeux un bandeau pour ne pas voir ce qui survient et contredit ses préceptes, cette morale-là n’est pas une morale, c’est une niaise idéologie, dont les conséquences peuvent être désastreuses (et elles le sont).

Dans cette perspective, l’affaire de « l’apéro saucisson-pinard » a clairement soulevé la question des alliances : des « hyper-laïques » de gauche ont choisi de mener le combat avec des « identitaires ». Peut-on défendre la France avec n’importe qui ? Vous sentez-vous proches des « identitaires » qui se voient comme une communauté de « descendants de Gaulois », ce qui, au passage, exclut les « Français-Crémieux » que nous sommes de la nation ?

L’apéro saucisson-pinard n’est pas exactement ma tasse de thé, vous vous en doutez. Il était organisé par Riposte laïque, auquel je ne vois pas grand-chose à reprocher. De Gaulle lui-même ne s’est pas montré trop choosy quand il s’est agi de défendre la France. Cela dit, et si c’est ce que vous voulez me faire dire, je n’ai aucune espèce de sympathie pour les néo-nazis, les skinheads, les antisémites et les nostalgiques de la Collaboration. J’ai toujours été dans l’autre camp. En revanche, je ne vois pas pourquoi les Français d’origine française et tous ceux qui se fantasment comme descendants de Gaulois seraient les seuls, parmi nous, à n’avoir pas le droit de se penser comme un peuple, comme une culture, comme une tradition, une hérédité, une histoire. Dans l’appartenance nationale, il faut faire toute sa place au désir, au désir d’appartenance ; mais il n’est pas question d’exclure pour autant l’héritage, la naissance, l’ascendance ; sans quoi l’on tombe dans le pur hermogénisme, selon le terme que j’ai proposé dans Du sens, par opposition au cratylisme et en référence au Cratyle : dans la convention pure, dans l’illusion administrative, dans le règne du coup de tampon, dans l’in-culture parce que la culture c’est toujours, aussi, la culture des ancêtres et la présence des morts. Aucun peuple ne peut subsister sans référence à l’ascendance, et les contre-colonisateurs le savent bien, qui ne songent pas un instant à abdiquer la leur, mais voudraient que nous abdiquions la nôtre, en quoi ils sont d’ailleurs largement entendus. Il ne faut exclure aucun des deux termes : ni l’appartenance par l’hérédité, ni l’appartenance par le désir (et dans le cas des « Français-Crémieux », pour reprendre votre expression, par contribution majeure à la culture nationale).

Pensez-vous que l’islam pose un problème spécifique et presque insoluble par nature, autrement dit que l’idée d’un islam de France est une vertueuse illusion ? Dans le fond, ne seriez-vous pas simplement islamophobe, comme on dit aujourd’hui ?

D’abord, je déteste ce procédé des phobie-ceci phobie-cela, qui est une façon de réduire des opinions souvent parfaitement légitimes à un dérangement de l’esprit. L’islam est une religion, je ne suis pas fou des religions en général, du moins quand elles sont un pouvoir politique direct. L’islam est aussi une civilisation qui a produit, en architecture, en poésie, dans les arts décoratifs, en musique, certains des plus beaux accomplissements de l’humanité. Maintenant, il y a quelque chose de très troublant dans le fait, constamment relevé, que, dans l’espace islamique, il n’y a pour ainsi dire que des dictatures ou des régimes autoritaires, comme si cette civilisation était incompatible avec l’état politique de la liberté ordonnée, avec l’État de droit, avec le moins pour le plus qu’impliquent, pour chacun, le contrat social et ce que le parti de l’In-nocence appelle le « pacte d’in-nocence ». On dirait que ceux qui relèvent de cette civilisation − pris en masse, bien entendu, je ne parle pas d’individus − sont ingouvernables, sinon par la tyrannie. On dirait que le pacte d’in-nocence, qui pourtant peut seul fonder la liberté, le bien-être et la prospérité, leur est inaccessible parce qu’indésirable ; que seule a d’attrait la nocence, au contraire, revêtue des oripeaux du ressentiment, qui crée les moyens de sa perpétuation indéfinie. Je dirais, comme Lévi-Strauss, que ce type de société n’a pas de séduction à mes yeux. Qu’il s’exerce dans ses zones géographiques traditionnelles, très bien, mais je n’éprouve pas de plaisir à le voir se substituer, dans nos contrées, au type de société et d’état politique traditionnel, car je ne crois pas qu’il lui soit supérieur. Or il s’y substituera nécessairement puisque les immigrés, très étrangement, paraissent n’avoir de cesse qu’ils aient reconstitué dans leurs pays d’immigration le type de société qui leur a fait fuir leur pays d’origine. Bien entendu, ils ne s’en rendent pas compte : ils croient qu’ils peuvent avoir le meilleur de ceci et le meilleur de cela, sans les inconvénients, les charges, les devoirs, les contraintes qu’impliquent les avantages qui les ont attirés. Mais ce n’est évidemment pas possible.

Quel argument pouvez-vous opposer à ceux qui disent : « Nous sommes la deuxième religion, ou la deuxième communauté de France et cela nous donne des droits. » Après tout, la démocratie, c’est la démographie − « Combien de divisions ? » Au nom de quoi refuserions-nous à une partie des Français le droit de faire évoluer nos mœurs ? Et pourquoi le changement ne serait-il pas un enrichissement ?

Parce que les peuples ne veulent pas mourir, en général, malgré les pulsions suicidaires qui semblent animer ceux de l’Europe. Quant à la démocratie, elle ne peut pas désirer, elle aussi, sa propre mort. On nous dit qu’elle n’est pas possible en Algérie ou en Tunisie parce qu’elle amènerait immédiatement une terreur et une tyrannie pires que celles qui sévissent déjà. Il est certain que la pensée politique va bien devoir s’interroger rapidement sur les limites qu’il convient de lui impartir, ne serait-ce que pour la confiner au domaine politique. Comme Hélène de Troie, la plus belle femme du monde qui, selon le poète, a détruit les villes, détruit les armées, détruit les vaisseaux, la démocratie sortie de son lit, transposée dans des domaines où elle n’avait que faire, a déjà détruit les structures familiales, détruit la culture, détruit les systèmes d’éducation, aboli la transmission, effacé les manières de table, la courtoisie et la douceur de vivre, ruiné la civilisation. Dès lors qu’on lui laisse absolument libre cours, qu’on l’affranchit de l’histoire, de la géographie, de la culture, de la nature, du bon sens, de la common decency, on ne voit pas pourquoi elle ne détruirait pas les nations, ni ne subjuguerait les peuples. Les Chinois sont déjà majoritaires au Tibet.

Quoi qu’il en soit, en supposant que votre pessimisme soit justifié, dès lors que le problème n’est pas l’immigration étrangère, mais l’intégration des Français d’origine étrangère, que faire ?

Réagir, résister, refuser. Ceux de ces Français d’origine étrangère qui disent « les Français » pour parler des habitants traditionnels du pays qu’ils conquièrent par leur nombre, par leur masse, comprendraient très bien qu’on leur résistât quand ils veulent imposer ici leur société d’origine. C’est le contraire qui les stupéfie et d’ailleurs les emplit de mépris : qu’on leur abandonne sans une larme et sans une protestation ce beau royaume. Ils sont comme ces adolescents que désespère et désempare et rend toujours plus exigeants, plus emplis de ressentiment, l’absence de toute règle qu’on leur oppose. On pourrait au moins commencer par les prendre au mot quand ils renient la nationalité française et font allégeance à d’autres drapeaux, ce dont je crois comprendre que ce n’est pas rare.

Dans notre héritage, il y a l’universalisme des Lumières. Votre idée de ce qu’est un peuple ne lui tourne-t-elle pas le dos ?

Dans notre héritage, il y a bien autre chose que les Lumières, même si elles en font incontestablement partie ; bien autre chose que leur universalisme, qui dans l’ensemble du legs ne me paraît pas le plus précieux, c’est vrai. Quoiqu’il en soit nous avons le droit de faire des choix, et la France ne commence pas aux Lumières. Un peuple n’est pas une idée, même s’il peut avoir des idéaux. Un peuple qui ne serait qu’une idée serait perdu — c’est peut-être ce qui nous perd. [/access]