Accueil Site Page 1764

Les mots « constructifs » qu’il faut employer pour être « disruptif » au bureau

0

Non je ne suis pas (quel dommage !) Ingrid Riocreux. Je ne suis pas grammairienne, professeur, ou Maîtresse Capello (grrr), mais, mais, mais quelqu’un qui a dû fréquenter l’école avant son effondrement, particulièrement pour ce qui concerne l’enseignement du français, et qui conçoit donc nostalgie et amertume à la lecture des différents messages de sa vie professionnelle.

50 mots pour tout dire (et donc ne rien dire du tout)

J’ai en effet la méchante impression que notre vie professionnelle se résume à l’emploi d’une cinquantaine de mots, que l’on entend et lit cent fois par jour. Ces mots me fatiguent. S’ils ont eu un sens à un moment, ils sont utilisés aujourd’hui comme simple comburant des conversations. Ils sont devenus un signe de reconnaissance entre gens qui n’ont plus le goût de la précision du langage. Ils permettent, grâce à la paresse qu’ils induisent de limiter la pensée à quelques stéréotypes. Quel ennui !

« Big data », « blockchain », « Cloud », « bitcoin », « hash » qui confèrent à ceux qui les utilisent une touche scientifique résolument moderne, même si je suis prête à prendre les paris que moins d’1% d’entre eux savent précisément de quoi ils parlent. Leur usage est néanmoins toujours un plus. En mode pernicieux vous pourrez entendre « Hé tu sais quoi ? Non ? Mon frère dit qu’on est hyper en retard sur le big data… Non ? Si je te jure, il me l’a dit. Je vais en parler. » Moyen habile de jeter le discrédit sur quelqu’un ou une organisation en ne sachant même pas qualifier précisément le sujet…

A lire aussi: « Plus personne ne rêve de travailler à la Défense! »

Si d’aventure quelqu’un comprend ce que signifie être en retard sur le « big data », dans un département où, au mieux, on utilise des données par paquet de cent, je suis preneur. Mais c’est l’époque qui veut ça.

Viennent ensuite les mots de l’à peu près. Dans certains cas, personne, ou presque, parmi ceux qui les utilisent, ne sait avec précision ce qu’ils signifient, mais Dieu qu’il est bon de les utiliser à tort et à travers. Tellement pro ! De fait, s’ils sont substantifs, ils peuvent être transformés en qualificatifs, et faciliter la création de discours hautement « tendances », mais pas toujours compréhensibles. Oui, je sais que vous trouverez beaucoup de mauvaise foi dans ce qui suit. Mais qui pourra dire que j’ai complètement tort ?

Innovation

C’est le terme qui permet de faire passer une vieille mobylette orange pour un vaisseau spatial. Il suffit juste d’employer le terme, ou d’apposer un autocollant « innovation (de la semaine, de l’année…) », et hop, la citrouille devient princesse ! Nous voilà au firmament de la modernité ! Attention, ne pas utiliser ce terme une centaine de fois par jour relève de la qualification pénale. Par extension, « directeur de l’innovation » est le gars dont le métier est d’innover, pour innover, en fait. Comme le célèbre HAI (homme à idées) de Gotlib…

Résilience

Comportement servile de renoncement à tout, pour conserver vaille que vaille son emploi. Il est vrai que de dire « grâce à leur comportement servile, on n’a pas entendu un bruit pendant le plan social » est un peu moins glamour que de parler de résilience, par ailleurs assez « occultante », comme des rideaux…

Disruption

C’est le phénomène qui permet de justifier une décision inique, par exemple, en adoptant une démarche visant délibérément à rompre avec les pratiques habituelles, comme les bonnes mœurs ou les humanités. On pourrait dire, par exemple, que Boby Lapointe dans Max et les ferrailleurs, avec son fusil mitrailleur opérait une forme de disruption au sein du groupe auquel il appartenait. Le terme habille assez bien les dingueries en tout genre, finalement.

Pragmatisme

Terme apaisant. Quand vous voulez faire passer une décision disruptive, rassurez le peuple en assurant que tout a été fait de façon pragmatique. Pragmatique est le mot que les plus habiles traduisent par pratico-pratique, parce qu’ils savent qu’ils s’adressent (ou pensent s’adresser) à des demeurés, et que cette forme verbale leur parlera plus. En substance, pragmatique rassure : ne vous inquiétez pas bonnes gens, même vous, vous allez comprendre ce qu’on vous a mitonné : rien de compliqué à appréhender ! Ça c’est le pragmatisme. En prime, la sonorité du terme claque comme un bonbon scientifique dans la bouche de celui qui le prononce précieusement, ayant l’impression de parler de stochastique.

Outil (ou consultant)

Solution miracle, potentiellement technique, aux contours mal définis, pouvant s’appuyer le cas échéant sur du « big data », et qui permettrait, dans l’esprit de celui qui ne veut pas travailler, de réaliser automatiquement ce pour quoi il est payé ! Exemple 1 : il faut que je me trouve un outil pour appliquer cette nouvelle obligation. Exemple 2 : pénibles ces salariés. Si j’avais un outil (un marteau ?), je pourrais régler tous mes problèmes avec eux. Exemple populaire : l’ascenseur social qui permet sur le seul appui d’un bouton, sans effort donc – principale vertu du terme – de parvenir au sommet de l’échelle sociale.

Benchmark 

Solution miracle d’aide à la décision. Parce que je ne sais pas prendre une décision, ou parce que je n’ai aucune idée sur la façon de traiter un problème, alors je réalise un « benchmark ». Terme anglo-saxon, que l’on pourrait simplement traduire par « comparaison » (beaucoup moins chic), et qui consiste à aller voir ce que font les autres, pour savoir ce que l’on va faire soi-même. On ne réfléchit donc plus à une question posée. Si on fait ce que font les autres, on n’aura pas tort. C’est beau, non ? Mais un peu triste aussi.

Mode projet 

Expression très prisée pour indiquer qu’on travaille sur un sujet, quel qu’il soit, sous contrainte temporelle et surtout budgétaire. Par extension, le mode projet permet de s’affranchir de toutes les règles existantes ou même de la plus élémentaire des politesses. Exemple : ta gueule, je bosse en mode projet.

Constructif 

Adjectif politiquement acceptable, récemment substantivé en politique. On entend par constructif, mais on pourrait également utiliser « positif », tout comportement ou discours abondant dans le sens communément, politiquement ou sociétalement acceptable. En fait la notion de construction importe peu dans son utilisation. Exemple : « je trouve votre idée vraiment sotte », n’est pas constructif. Et on peut aisément comprendre pourquoi : le propos ne mène pas à la construction (quoi que). En revanche, « chef, votre idée, elle est vraiment sublime », n’a rien à voir avec une quelconque construction, mais nombre vous diront que ce type de discours est constructif. Et on comprendra difficilement pourquoi. La vie est mal faite.

Projet (tout court) 

Notion abstraite qui ne correspond à rien, sorte de coffre de chambre d’enfant, dans lequel on place sans savoir quoi, ses espoirs, ses rêves, son avenir. Exemple: « – Moi, je ne suis pas content, j’aurais besoin de me construire autour d’un projet. – D’accord, c’est quoi un projet pour toi ? – Je ne saurais pas dire ce que c’est, mais je sens que j’en ai besoin » (échange authentique). C’est l’eldorado des pauvres en vocabulaire, ou en affirmation de soi.

Elitisme, sélection

Mots cochons, qu’il faut avoir en tête pour pouvoir jeter le discrédit, sans autre forme de procès, sur celui qui en est soupçonné, ou qui les revendique. Excessivement pratique. Exemple : T’as vu Dugenou ? Pas constructif et élitiste. Faut s’en débarrasser, non ? Le pauvre Dugenou, risque gros d’être qualifié de la sorte : mise à pied, licenciement, rappel à la loi… Et pourtant, Dugenou réclamait seulement que le triphasé à son étage soit installé par un électricien qualifié, et pas par le sociologue de l’entreprise.

Gérer (existe aussi sous la forme « djaireuh »)

Mot magique, universel, multi usage. A rapprocher du « to get » américain, tout autant dévoyé. Sert à tout, et confère à celui qui l’utilise la qualité de cadre, de « manager » ou plus généralement d’homme d’affaires. Initialement on gérait un patrimoine, ou un portefeuille d’actions. Aujourd’hui on gère tout. Les enfants, les crises, son corps, son équipe. C’est un moyen simple de se valoriser, par son seul usage, pour les tâches les plus insignifiantes de la vie quotidienne. C’est un moyen également de s’écorcher les tympans : « Wouaouh, j’ai trop bien géré sur ce coup-là ! », pourra-t-ont entendre de l’ado venant de conquérir un cœur…

A lire aussi: Grâce à mon séminaire d’entreprise, je sais que je suis lâche

Ce qui est désolant dans tout cela, c’est que la langue française me semble subtile et riche à la fois, et que les plus éduqués s’évertuent à fonctionner sur ces quelques mots, pas très précis, parfois assis sur des théories fumeuses (essayez donc « l’assertivité », que je n’ai délibérément pas abordée, trop complexe, ou décemment inexplicable je ne sais pas), et qui plongent aussi bien ceux qui les émettent que ceux qui les reçoivent, dans une facilité destructrice de sens, et de valeurs (au pluriel).

Cachés derrière ces écrans de fumée, on verse dans l’à peu près, le binaire et la satisfaction idiote, par refus de qualifier précisément les choses et de se contenter d’approximations paresseuses, mais tellement confortables.

Et alors me direz-vous ? Eh bien, appliquons ce principe d’à peu près et de n’importe quoi à une question simplement arithmétique pour ne pas dire scientifique et admettons que 3 c’est un peu 5 ou 7, ou 2. Ou qu’une courbe, c’est un peu comme une droite. A ce rythme, mon vaisseau spatial innovant aura une sale gueule. Quant à le faire voler…

C'est le français qu'on assassine

Price: ---

0 used & new available from

Affaire Darmanin: c’est la justice qu’on viole


L’édito’ d’Elisabeth Lévy


Pardonnez-moi l’expression, mais nos ancêtres étaient vraiment des cons. À quoi pouvaient bien servir toutes ces controverses sur la justice, la morale et la grâce, tout ce fatras sur l’équilibre des pouvoirs et des contre-pouvoirs, tous ces chichis élaborés en quelques siècles pour garantir l’indépendance des juges et les droits de la défense, sinon à produire d’ennuyeux livres attrapant la poussière et risquant, de surcroît, de détourner d’innocents enfants de leurs saines activités numériques ? Cet invraisemblable empilement de lois et de procédures a-t-il du sens quand n’importe quel citoyen peut se faire en quelques clics une idée de la culpabilité ou de l’innocence ?

L’opinion fait la loi

Nous assistons au déploiement d’un ordre nouveau, post-démocratique, où l’opinion fait la loi et où le pilori médiatique remplace la salle d’audience. Redoutons que l’affaire Darmanin préfigure notre avenir, un monde où la terreur exercée par les justicières féministes nous conduira à renoncer à toute justice.

On est obligé, s’agissant des faits, de puiser dans l’enquête du Monde du 27 janvier, nécessairement à charge dès lors qu’elle repose surtout sur le témoignage direct et les procès-verbaux d’interrogatoire de la plaignante – qui ose encore parler de secret de l’enquête ? –, ainsi que sur les premiers éléments du dossier judiciaire. À la mi-janvier, le parquet de Paris a donc ouvert une enquête préliminaire au sujet d’une plainte pour viol déposée à l’encontre du ministre de l’Action et des Comptes publics.

A lire aussi: Affaire Darmanin: quand le néo-féminisme harcèle la justice

En 2009, Gérald Darmanin, 26 ans, n’est qu’un militant ambitieux qui a décroché un poste de chargé de mission au siège de l’UMP. Et, probablement « un sale con », comme il semble l’avoir reconnu dans un message à la plaignante. Ce n’est pas un crime et ça s’arrange parfois avec l’âge. Il reçoit « So », une femme sans doute séduisante, dont la spécialité est de harceler les « puissants » qu’elle peut atteindre pour faire blanchir son casier d’une vieille condamnation (ou la faire annuler, ce n’est pas clair). Peut-être a-t-elle inondé les rédactions de ces dossiers qui finissent dans une poubelle sans avoir été lus. Elle obtient parfois à l’usure une « intervention », expression privilégiée du clientélisme officiel – « Mon cher X, aurais-tu la bonté de faire examiner le cas de Mme Y ? Mes amitiés à madame. » Ça n’engage à rien, et dans le cas présent, ça ne pouvait servir à rien, mais la dame l’ignorait sans doute. Il est ensuite possible que le jeune homme lui ait explicitement proposé la botte en échange d’une influence qu’il n’avait pas. Mais si marché il y a eu, ce n’était pas sous la contrainte, puisque l’acte aurait été commis dans une chambre d’hôtel, après un passage dans le club échangiste Les Chandelles et une fois que l’agresseur présumé eut été envoyé acquérir du gel douche et du dentifrice. Quelques mois plus tard, l’élu d’opposition à Tourcoing adresse la fameuse lettre au garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, et en avertit « So », qui est fumasse, mais en reste là…

Caroline de Haas ne surprend plus personne

En 2017, Darmanin entre au gouvernement. Le mari de « So » se souvint alors que son épouse a été, neuf ans plus tôt, victime « d’abus de faiblesse, d’abus de pouvoir, voire de viol ». Lettre au garde des Sceaux, François Bayrou, ouverture d’une enquête pour viol puis, en juillet 2017, classement pour « absence totale d’infraction » – la victime présumée ayant ignoré les convocations.

C’est alors qu’intervient l’inénarrable Caroline De Haas, dont les méfaits devraient inquiéter autant qu’ils font rigoler, maintenant qu’elle ajoute à sa palette de compétences le coaching victimaire et le conseil judiciaire. Peut-être le président de la République devrait-il désormais lui soumettre préalablement la composition du gouvernement afin qu’aucun porc, pourceau ou porcelet ne s’y glisse ? Avec une avocate de ses amies, elle explique au couple qu’il s’agissait bien d’un viol et le persuade de retenter sa chance. Le consentement de « So » aurait été obtenu par surprise, ce qui semble peu compatible avec l’achat du gel douche, mais je ne suis pas juge. En attendant, effaçons de l’histoire du cinéma et de la littérature tous les baisers obtenus par surprise, qui sont un appel au viol.

Si on ne peut pas être jugé deux fois pour les mêmes faits, on peut être poursuivi deux fois. La justice devra déterminer ce qui s’est passé dans cette chambre d’hôtel. En attendant, le lynchage a déjà commencé. Que l’Elysée tienne bon est presque miraculeux.

Wauquiez trahit le peuple

La pétition lancée par « le mouvement », troupe emmenée notamment par Elliot Lepers, expert en harcèlement et délation numériques des méchants machos, flanque vraiment la trouille. « Quand un ministre est mis en cause pour viol, il ne peut pas rester au gouvernement », décrètent les signataires. Un système où l’accusation vaut condamnation, voilà qui est un véritable choc de simplification. Staline lui-même tenait à des simulacres de procès.

A lire aussi: Daval/Darmanin, le grand écart du procureur Schiappa

Mais le pompon de la lâcheté, du conformisme et de l’opportunisme revient à Laurent Wauquiez. Celui-ci avait l’occasion d’apparaître comme le champion de la résistance au politiquement correct. Il n’a pas su résister au plaisir de faire une mauvaise manière à Macron. Au lieu de défendre Darmanin au nom des principes, il règle ses comptes sur le mode mesquin et réclame sa démission – contre l’avis de quelques ténors ou ex-ténors de son parti qui sauvent l’honneur. Le plus désolant, c’est que céder au néo-féminisme caporaliste n’est même pas un bon calcul. La France dans ses tréfonds a plus de bon sens que quelques milliers de pétitionnaires professionnels. En se laissant intimider par la meute, Wauquiez trahit le peuple qu’il prétend représenter. Et contrairement à ce qu’il croit, dans cette affaire, c’est Macron qui a le beau rôle.

Les Rien-pensants

Price: ---

0 used & new available from

Retromobile: roulez vieillesse !


Entre le 7 et le 11 février, porte de Versailles à Paris, le salon Retromobile met à l’honneur les voitures anciennes. On y échange des pièces de 404 et des bons tuyaux. Pour se rappeler le temps béni où la beauté automobile avait encore droit de cité. 


Depuis hier et jusqu’au 11 février, ils seront tous là, venus de France et d’ailleurs, à piétiner dans les halls de la porte de Versailles. Marcel, arrivé de son Morvan au volant de sa Simca Aronde, le matin de l’ouverture du salon, cheminot à la retraite et passionné de « populaires » françaises, deux mots qui vont si bien ensemble. Éric, le graphiste de la génération Y et sa Peugeot 205 GTI achetée l’année dernière sur un coup de cœur. Andrew, le gentleman driver qui possède dans son manoir du Dorset une brochette d’Aston Martin et de Jaguar à faire hurler un écolo en furie. Quant à Giancarlo, le tifosi de Modène, il s’intéresse uniquement aux Ferrari des années 1960 ayant participé aux 24 heures du Mans. À défaut de pouvoir s’en acheter une à l’échelle 1, il les collectionne en format miniature.

Retromobile, le combat continue

Chacun, à sa manière et selon son budget, a le mérite de continuer le combat : la préservation du patrimoine automobile. Dans une époque où la bagnole suscite tant de démagogie et d’hystérie, comment expliquer que la nostalgie des voitures anciennes n’est pas un crime ? Il y a plus de culture, d’art, de savoir et de féerie dans la carrosserie d’une Bugatti ou d’une 4 CV que dans certains manuels scolaires. Ces hommes-là ont une connaissance livresque du sujet. Ils passent l’essentiel de leur temps libre à rechercher la bonne pièce, à s’informer sur l’origine de leur modèle tant adoré, à s’engager bénévolement dans des clubs, à chercher à comprendre les contraintes industrielles d’alors, et en savent finalement beaucoup sur la psychologie de nos grands-parents. « Dis-moi en quoi tu roules et je te dirais qui tu es vraiment. »

A lire aussi: « Monte-Carlo » : le Grand Prix littéraire de l’automne

Si cette maxime a perdu de sa pertinence au fil des vingt dernières années, elle résumait assez fidèlement l’esprit de nos aïeux. Ces historiens amateurs, sismographes du temps passé, s’inscrivent dans une chronologie longue et font le pont entre l’auto et le cinéma, l’auto et l’architecture, l’auto et la géopolitique. S’ils regardent dans le rétroviseur, c’est pour mieux résister à l’aseptisation du monde actuel. Ils se battent contre la modernité clinquante des réseaux sociaux, son inhumanité rampante et cette volonté farouche de faire disparaître toute forme de beauté dans nos rues.

La France crie haro sur la beauté

Que les villes étaient belles et multiples lorsque chaque constructeur possédait à son catalogue une expression de son propre génie. L’uniformisation des paysages routiers, le clonage de nos gestes quotidiens, bientôt la conduite autonome, nous amputent d’une partie de notre sensibilité esthétique. Aimer les voitures, c’est faire se combiner tous les sens : le plaisir visuel d’une ligne racée, le bruit d’une mécanique bien huilée, le parfum d’un cuir patiné, le toucher d’un tableau de bord en ronce de noyer et le goût de la diversité. Le conducteur d’une Peugeot 404, Citroën DS, Panhard PL 17 ou Volkswagen Coccinelle laissait parler son caractère, mieux, son identité. Il dévoilait une partie intime de lui en roulant.

Aujourd’hui, le propriétaire d’une ancienne est pointé du doigt comme s’il était responsable de la pollution ambiante. Mis au banc des accusés. Les élites françaises lui mènent une féroce guerre idéologique. Restrictions de circulation, limitations et taxations transforment en supplice un loisir qui devrait être encouragé par les pouvoirs publics (au même titre que la restauration d’un monument). Ce désamour ne date pas de la fermeture des voies sur berge. La culture automobile est chez nous source d’ironie et de sarcasmes. Dans les têtes embrumées de certains technocrates, un produit industriel ne peut être l’objet d’une dévotion éclairée. Il est suspect par nature.

En Angleterre, en Allemagne, en Italie ou aux États-Unis, l’automobile ancienne jouit d’un tout autre statut. Les artistes la vénèrent, les professeurs l’étudient et les politiques ne la snobent pas. Reverrons-nous un président comme Georges Pompidou conduire une Porsche 356 à la sortie de l’Élysée ? Un chanteur comme Johnny Hallyday s’engager au Rallye de Monte-Carlo ou un académicien au regard bleu azur se déplacer en cabriolet Mercedes ?

Ferrari des « 24 heures » et retrospective de chars Renault

Quel dommage quand on songe que le secteur d’activité des véhicules historiques génère en France un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros, avec quelque 230 000 collectionneurs et un parc estimé à 800 000 exemplaires. Si l’on ajoute les revenus liés au tourisme, ce collectionneur, éternelle vache à lait du système, apporte sa contribution à la bonne santé économique du pays. Il voyage, il lit, il fait entretenir sa voiture, il consomme et, en plus, il est le gardien de notre mémoire. Alors, que vous soyez un amoureux de la locomotion sous toutes ses formes ou simplement curieux de ce phénomène, ruez-vous au Parc des expositions de Paris.

Vous ne courez qu’un seul risque : en prendre plein les yeux. 120 000 visiteurs, 500 voitures, une galerie d’art, des pièces exceptionnelles et une ferveur bon enfant. Pour cette 43e édition, les organisateurs rendent, entre autres, un hommage à Carlo Abarth et présentent une rétrospective de chars Renault en provenance du Musée des blindés. La traditionnelle vente aux enchères Artcurial mettra à l’honneur la Ferrari 275 P victorieuse au Mans en 1964, qui devrait affoler le marteau. La fondation Berliet fête le centenaire de la naissance de Paul Berliet. Et nouveauté 2018, un espace de vente dédié aux véhicules de plus de trente ans et d’un prix inférieur à 25 000 euros, notamment les youngtimers[tooltips content= »Les youngtimers sont des voitures nouvellement rentrées dans la catégorie des voitures anciennes. Il s’agit des voitures sorties des usines dans les années 1980 et qui tendent à se faire rares. »]1[/tooltips], sera ouvert aux professionnels et aux particuliers. L’auto ancienne n’a pas dit son dernier mot.

Salon Retromobile, du 7 au 11 février, Paris Expo porte de Versailles. 

1200 voitures de légende

Price: ---

0 used & new available from

Un Patachon Dans la Mondialisation

Price: ---

0 used & new available from

 

Apparemment, le protectionnisme « appauvrirait » les consommateurs…

0

Le très libéral site Contrepoints publie un texte de Bill Bonner sous-titré: « Mieux comprendre comment le protectionnisme favorise des groupes au détriment des intérêts des individus ». En cause, la mesure prise par le président Trump sur les panneaux solaires et les lave-linge. L’administration américaine avait été saisie par le fabricant américain de lave-linge Whirlpool, qui subissait la concurrence abusive et illégale des coréens LG et Samsung. S’appuyant sur la recommandation de l’International Trade Commission (comprenant des élus démocrates et républicains), la douane américaine a aussitôt taxé à 20 % le premier million de lave-linge importés (puis à 50 % au-delà). Le patron de Whirlpool a salué « une victoire pour les travailleurs américains et aussi les consommateurs », et a promis des embauches industrielles dans le Midwest et les Appalaches.

L’argent ne fait pas le Bonner

Qui est Bill Bonner et que prétend-il ? Bill Bonner est un Américain, président-directeur de la société Agora Inc., une grosse entreprise de bulletins d’informations financières dont le siège social est situé à Baltimore. Il est le créateur de la Chronique Agora, une lettre d’information financière vendue dans le monde entier. Et donc un agent d’influence. Il flatte son lectorat en diffusant des jugements qu’il fait passer pour du bon sens. Et qui en sont parfois (notamment sur la dette).

A lire aussi: A Davos, Trump met fin au multilatéralisme absolu

Bill Bonner assure que les taxes douanières « pèseraient sur les individus et ne rendraient pas le commerce plus équitable. Elles ne feraient qu’avantager de petits groupes d’intérêt ». Il critique aussi « les baisses d’impôts votées par le Congrès, en plus des dépenses pour la défense, les infrastructures et l’aide sociale, [qui] provoqueront à coup sûr une catastrophe budgétaire ». Et « les politiques commerciales protectionnistes [qui] feront augmenter les prix à la consommation ». Il oublie d’ajouter, pour faire bonne mesure, un autre poncif anti protection : le risque supposé de « guerre protectionniste mondiale », faite de rétorsions successives sans fin.

Suit une parabole sans intérêt de type smithien sur « le boulanger [qui] fait du meilleur pain que le plombier. […] En échangeant l’un avec l’autre, ils terminent tous deux plus riches que s’ils n’avaient rien fait. Restreindre le commerce avec des tarifs et des réglementations, en revanche, produit des gagnants et des perdants… et appauvrit la société ». Indigent…

On ne doit pas opposer les travailleurs aux consommateurs

Bill Bonner transpose (approximativement) son cas de plombier à l’ensemble des Etats-Unis: que compteraient les 28 000 salariés de Whirlpool aux États-Unis face aux centaines de millions d’Américains qui utilisent des machines à laver ? Il oublie simplement toute la filière en amont (composants) et en aval (distribution); il oublie aussi que chaque emploi a un effet multiplicateur de quatre ou cinq (famille, proximité); il oublie encore que ceux qui travaillent dans la filière le font tous les jours et que l’on achète un lave-linge tous les six à dix ans…

Il n’est pas faux de dire que « les consommateurs […] cherchent la meilleure qualité au prix le plus bas, […] qu’une concurrence libre permet de détecter quelle est la meilleure affaire et dirige les ventes et les profits vers le producteur le plus efficace ». Mais ceci, depuis la mondialisation de masse, est devenu totalement relatif. Il existe désormais une légitimité in se à la défense de l’appareil productif national.

A lire aussi: Trump va-t-il détruire la mondialisation ?

Le but de l’économie (que personne ne rappelle plus jamais !) n’est pas l’importation, ni même l’exportation, même si dans ces deux faces le commerce mondial n’est pas illicite; mais elles ne doivent pas provoquer les déséquilibres que l’on voit actuellement et qui auront des résultats cataclysmiques à terme. Que ceux qui sont pour un libre-échangisme total sans règles ni légitime défense nous disent comment rendre laborieuses, prospères, dignes, libres, justes et sereines nos sociétés. Allô… ?

On conclura qu’on ne doit pas opposer les travailleurs aux consommateurs : car les chômeurs des activités productives ruinées par les importations abusives ne consomment pas ; leur perte de pouvoir d’achat crée une dépression exponentielle. Et les consommateurs encore solvables financeront les aides sociales alourdies. Cher lave-linge…

L’UJFP, l’antisionisme subventionné par l’Etat


La très antisioniste « Union juive française pour la paix » a obtenu le soutien financier du gouvernement pour réaliser des clips de propagande. Dans le viseur de cette association dopée à l’argent public, le « racisme d’État » [sic] français et israélien. Enquête.


S’il s’agissait d’une affaire de droit commun, où des individus s’enrichissent frauduleusement aux dépens d’un tiers, elle entrerait dans la catégorie de la « délinquance astucieuse », des arnaques bien ficelées où la victime se voit délestée de son magot par la ruse d’une bande de truands abusant de sa naïveté, ou profitant de sa négligence.

L’UJFP, un auxiliaire zélé de l’islamisme radical

L’attribution à l’Union juive française pour la paix (UJFP) de plusieurs dizaines de milliers d’euros d’aides publiques en provenance du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), placé sous la tutelle du Premier ministre, relève-t-elle du registre pénal ? Les éléments que nous avons en notre possession sur cette affaire établissent, certes, qu’une organisation politique ayant pignon sur rue a sciemment dupé l’État pour financer sa propagande. Mais c’est aux organismes compétents (Cour des comptes, Conseil d’État, tribunaux administratifs) d’établir les responsabilités et de prononcer d’éventuelles sanctions, bref de faire leur travail en ayant été dûment éclairés.

Pour comprendre cette affaire, il faut d’abord se méfier des étiquettes : pour les gens peu informés des arcanes des organisations militantes, l’Union juive française pour la paix pourrait passer pour un groupe pacifiste, prônant une fin négociée du conflit israélo-arabe, et apportant son soutien au « camp de la paix » israélien, cette gauche sioniste opposée à la politique de l’actuel gouvernement d’Israël, mais ferme sur les principes fondateurs de l’État juif. Or, cela est loin d’être le cas : l’UJFP apparaît, dans sa propagande, comme dans ses activités militantes, comme un auxiliaire zélé de l’islamisme radical, collaborant activement à toutes les actions visant à délégitimer l’État d’Israël, et se montre plus que bienveillante avec le parti des Indigènes de la République et les appendices des Frères musulmans tels que le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF) et autres amis de Tariq Ramadan. Les dirigeants de l’UJFP se rendent régulièrement à Gaza pour « dialoguer » avec toutes les forces politiques de ce territoire, du Hamas au Jihad islamique. Ils sont, dans le monde juif laïque, l’équivalent de ces rabbins ultra-orthodoxes qui vont à Téhéran apporter leur soutien aux ayatollahs, promettant d’éradiquer « l’entité sioniste » : aussi bruyants qu’ultra minoritaires.

« Des amis musulmans m’ont expliqué qu’il y a dans l’islam l’idée que l’on ne doit se soumettre qu’à Dieu, ce qui libère l’homme de toute autre sujétion. N’est-ce pas une belle idée ? »

Quelques dizaines de militants de l’UJFP, rassemblés derrière leur banderole, ont participé, ces dernières années, à toutes les manifestations organisées par l’extrême gauche et les mouvements islamistes français pour dénoncer Israël, et le supposé racisme de l’État français ; certaines ayant été marquées par des slogans violemment antisémites, et même par des agressions contre des synagogues et des commerces casher. Cela ne perturbe aucunement les dirigeants et militants de l’UJFP, qui protestent vivement lorsque la presse relève les dérapages de leurs amis et camarades islamistes. Ainsi, Michèle Sibony, porte-parole de ce groupuscule, qui a « joyeusement » participé, le 13 juillet 2014 à une manifestation de protestation contre l’intervention israélienne à Gaza, s’insurge contre un journaliste du site Rue89 (pourtant loin d’être une officine pro-israélienne !) qui avait entendu dans le cortège des slogans carrément antisémites. Après avoir nié, contre l’évidence, ces écarts de langage, Michèle Sibony se fait pédagogue : « Il y avait effectivement un cortège religieux, et les gens criaient Allah houakbar, et aussi “Lâ ilâha illâ Allâh”… Une dame un peu effarouchée m’a demandé de traduire : mais oui madame avec plaisir : “Dieu est grand, il n’y a de Dieu que Dieu”. La profession de foi monothéiste un vrai crime dans ce pays [sic]. Parfois j’ai envie de traduire : “mort aux fachos” mais je me retiens… Bon sang (ça aussi c’est religieux comme expression d’ailleurs, le savez-vous ? c’est le sang du Christ auquel cela fait allusion [resic]) le bourrage de crâne a marché à fond dans ce pays. Mais si des gens croyants ont besoin de se référer à leur foi pour protester contre un crime, cela absout-il le crime ? Est-ce en soit [re-resic] si insupportable ? Si dangereux ? Des amis musulmans m’ont expliqué qu’il y a dans l’islam l’idée que l’on ne doit se soumettre qu’à Dieu, ce qui libère l’homme de toute autre sujétion. N’est-ce pas une belle idée ? Que des hommes et des femmes, si souvent écrasés et dominés par tant de pouvoirs humains détestables rappellent leur seule soumission est celle qu’ils doivent à Dieu [re-re-resic]. Je trouve cela émouvant et beau. C’est une affirmation de leur liberté ici-bas, et de leur insoumission, justement. »

Ces propos sidérants, tenus quelques mois avant les massacres de janvier et novembre 2015, mais après les crimes de Mohammed Merah, donnent une idée de l’état d’esprit qui règne encore dans les rangs de l’UJFP.

« Notre cible, c’est les élèves des lycées. »

Cependant, après les attentats meurtriers des dernières années, il est plus délicat de faire aussi directement la promotion de l’islam radical. Aussi les militants de l’UJFP, qui compte dans ses maigres rangs une proportion notable d’enseignants, actifs ou retraités, ont-ils réfléchi à des méthodes plus sophistiquées pour propager leur credo éradicateur d’Israël dans la société, et notamment dans la jeunesse des quartiers dits « populaires », où leur idéologie pourrait trouver une écoute bienveillante. C’est désormais sous la bannière de « l’antiracisme » et de la lutte contre les discriminations – et avec la bénédiction de l’État – que l’on porte la bonne parole antisioniste dans les quartiers, les écoles, les associations. Ainsi naît, peu après janvier 2015, un projet de livre intitulé « Une parole juive contre le racisme », une sorte de manuel à l’usage des lycéens, analysant le racisme et l’antisémitisme sous une forme didactique apparemment neutre, mais diffusant un bréviaire constitué de trois messages principaux : il n’existe d’antisémitisme qu’occidental et d’extrême droite ; le sionisme est une idéologie raciste et colonialiste, elle-même largement responsable de la montée de l’antisémitisme à travers le monde  ; il se pratique en France un « racisme d’État  » dont les musulmans sont les principales victimes.

Obtenir l’imprimatur et l’aide de l’État pour ce projet se révèle extrêmement facile. Il suffit de présenter un dossier au CGET rédigé de manière à endormir la méfiance des fonctionnaires. On peut ensuite se réjouir du bon tour que l’on a joué aux autorités et, accessoirement, aux contribuables : à hauteur des 18 000 euros accordés à l’UJFP par le CGET sur l’exercice 2016. L’une des auteures de l’ouvrage, Béatrice Orès, se vante ainsi ouvertement de ce tour de passepasse lors d’une rencontre avec les lecteurs à la librairie Tropiques, à Paris : « Quand vous le regarderez [le livre], vous verrez qu’en quatrième de couverture il y a une magnifique Marianne tricolore… Cela indique le soutien du Commissariat général à l’égalité des territoires, CGET. Pourquoi ce soutien à un livre dénonçant le racisme d’État ? Comment vivons-nous cette contradiction ? Cela ne nous a pas dérangés. Nous avons fait un dossier pour avoir une subvention. On a construit le dossier pour qu’il soit accepté, donc on a utilisé des termes, on a utilisé le mot antisémitisme pour avoir cette subvention. C’est le paradoxe de notre gouvernement. Le CGET lutte contre les discriminations. Donc il subventionne des projets qui sont contre les discriminations. Ils [le CGET] ont soutenu notre publication sans jamais exercer de pression, ils n’ont pas vu l’ouvrage avant sa parution et nous n’avons eu aucun écho après. Rien. »

Répondant à une question du public, l’oratrice souligne que le livre est très illustré : « Notre cible, c’est les élèves des lycées. » Ce qui rend l’affaire encore plus fâcheuse.

Les clips de l’UFJP comparent les opérations israéliennes à Gaza à la déportation des Tziganes par les nazis.

Quand on a trouvé un bon filon, en l’occurrence une administration débonnaire et pas trop tatillonne, il serait vraiment dommage de ne pas l’exploiter à fond. Après avoir diffusé les 5 000 exemplaires du livre, l’UJFP procède à une nouvelle édition, toujours avec le soutien du CGET, au titre de l’exercice budgétaire 2017. Et passe à la vitesse supérieure : ayant constaté que le public visé, les lycéens des quartiers populaires, était plus friand d’images que de texte, l’équipe éditoriale de l’ouvrage décide de produire une série de clips vidéo dans lesquels les membres du noyau militant de l’UJFP (35 personnes) raconteront leur itinéraire devant la caméra pour illustrer les thématiques chères à leur organisation. La réalisation de ces clips est confiée à un cinéaste de renom, Eyal Sivan, Israélien installé en France, dont la spécialité est la dénonciation répétitive de son pays de naissance. Le résultat de ce travail peut être consulté en accès libre sur le site de l’UJFP, et l’on ne mentionnera ici que quelques extraits donnant un aperçu de leur contenu, dont le caractère propagandiste l’emporte nettement sur la perspective éducative. Ces clips accusent la France de promouvoir un racisme d’État. (« Je considère aujourd’hui que c’est [la loi sur le foulard à l’école] surtout un instrument islamophobe avec une volonté d’extension sur tous les espaces publics, une lutte islamophobe clairement organisée par l’État… ») Ils accusent Israël d’être un État structurellement raciste et le sionisme d’être raciste. (« Le sionisme est raciste. Je dirais même que le sionisme est antisémite. ») Ils mettent sur un même plan les opérations armées israéliennes à Gaza en réponse aux tirs de roquettes, l’assassinat des enfants juifs d’Ozar Hatorah par Mohammed Merah et la déportation des Tziganes par les nazis. (« Quand on meurt parce qu’on est palestinien et qu’on est bombardé par Israël ou quand on meurt parce qu’on est juif et qu’on se fait tuer par Mohammed Merah ou quand on meurt parce qu’on est tsigane et qu’on a été déporté par les nazis, en tous les cas on est victime d’un processus de déshumanisation… ») Comme le livre, ces clips portent le logo du CGET, indiquant le soutien de cet organisme public à cette opération.

Il nous a été impossible d’obtenir du CGET le montant de l’aide accordée à l’UJFP pour la réalisation de ce matériel de propagande, qui est désormais utilisé par cette organisation dans le cadre de ses activités militantes, la plupart du temps lors de réunions communes avec des organisations ouvertement islamistes. Il faudra donc attendre la publication, au printemps prochain, des documents budgétaires officiels (les « jaunes ») qui rendent compte de l’exécution du budget voté par le Parlement pour l’exercice précédent.

Manuel Valls tombe des nues

Nous avons présenté ces éléments à Manuel Valls, qui était Premier ministre en 2016, à l’époque où une première subvention avait été accordée à l’UJFP, alors que lui-même menait une vigoureuse campagne dénonçant l’antisémitisme se dissimulant sous le masque de l’antisionisme. Il tombe des nues et affirme ne pas avoir été informé par ses services de cette affaire : « Il s’agit bien évidemment d’un grave dysfonctionnement de l’État sur lequel la lumière doit être faite, nous a-t-il déclaré. Il est impensable qu’en tant que Premier ministre j’aurais pu donner un aval politique à de telles publications ! »

Cette affaire est maintenant du ressort d’Édouard Philippe, en tant qu’autorité de tutelle du CGET. Le Premier ministre pourrait commencer par donner une réponse précise et documentée à la question écrite qui lui a été posée, le 28 décembre 2017, par Loïc Hervé, sénateur (UDI) de la Haute-Savoie : « Alors que ces clips semblent être destinés à être projetés dans des établissements scolaires ou lors de réunions publiques dans les quartiers populaires, certains propos accusateurs contre la France semblent inappropriés et pourraient s’avérer contre-productifs. » Qu’en termes galants ces choses-là sont dites.

Un racisme imaginaire: La querelle de l'islamophobie

Price: ---

0 used & new available from

Alain Finkielkraut: « Nulle sphère de l’existence n’échappe désormais au principe marchand »


Le meilleur de « L’Esprit de l’escalier » par Alain Finkielkraut.


Trois phrases d’Aharon Appelfeld 

Appelfeld, c’était Orphée au pays de Prométhée. Arrivé très jeune en Israël, il a été enrôlé dans la grande entreprise des bâtisseurs de la nation. « Nous sommes venus en Israël pour construire et être construits », disait-on autour de lui. Ce constructivisme effréné se traduisait par l’anéantissement de la mémoire, par un changement radical et par la fusion avec ce lopin de terre. L’hébreu était la langue même de la rupture. Or, Appelfeld a trouvé en lui la ressource de désobéir. Il adhérait au projet sioniste, mais il n’a pas laissé la construction prendre intégralement possession de sa vie. Du passé, dont on l’invitait à se défaire, il a fait la matière même de son œuvre. Sa mère, assassinée au tout début de la guerre, était son Eurydice et cet endeuillé, esseulé parmi les futuromanes, n’a jamais voulu détourner les yeux de la catastrophe qui l’a englouti. Ce que l’on peut, en outre, déduire des admirables traductions de Valérie Zenatti, c’est qu’il a trouvé dans l’hébreu non la langue de l’ici et maintenant, mais, par l’économie de mots, par le refus de se répandre en adjectifs, une manière biblique de dire les choses. Le savoir qu’il nous transmet excède le savoir et parle à l’âme. Ainsi, cette phrase toute simple pour dire l’horreur abyssale du délaissement : « À peine six mois auparavant, j’avais des parents. À présent, mon existence n’était plus que ce qui se déroulait devant mes yeux. » Les parents, c’était une inscription et une destination, et soudain, l’enfant est seul. Nul n’est plus là pour humaniser le sol, civiliser le temps, ordonner et solidifier dans un monde le flux sauvage du réel.

Et puis, il y a une autre phrase que je n’ai jamais oubliée. C’est dans L’Amour soudain : le héros est un écrivain à l’automne de sa vie. Il se souvient de son enfance et de sa jeunesse en Bucovine. Ses parents tenaient une épicerie. Sans avoir choisi la voie d’une assimilation conquérante, ils n’avaient conservé que quelques rites religieux sans vie, sans joie. Ils vivaient entre deux mondes, ce que le fils ne supportait pas. Alors il choisit, lui, l’engagement communiste. Sa fidélité au Parti et l’hostilité qu’il portait aux membres de sa tribu étaient intimement mêlées. Ernest, c’est son nom, rendait plusieurs fois par an visite à ses parents. « Ceux-ci, avec l’âge, devenaient de plus en plus embarrassés, de plus en plus figés. Ernest s’asseyait, alignait quelques phrases bouffies d’orgueil, puis s’en allait. » Et voici la phrase : « Après son départ, les parents restaient interdits, comme s’ils venaient de subir un cambriolage d’une extrême violence. » Je n’ai jamais été, au sens d’Ernest, un militant révolutionnaire, jamais, non plus, même dans ma période gauchiste, je ne m’en suis pris au « tribalisme juif ». Mais, j’avais le verbe facile et il m’est arrivé, non seulement, de me disputer avec mes parents mais, fort de la stupide supériorité de l’éloquence, de les engueuler. Lue après coup, la phrase d’Appelfeld est restée fichée en moi comme un remords.

À son ami Philip Roth, Appelfeld a confié que la nécessité d’être fidèle à lui-même et à ses souvenirs lui a donné un ancrage. Il ne s’est pas senti contraint de se précipiter au-devant de l’actualité pourtant haletante en Israël, il l’a même tenue à distance : « Les événements du quotidien frappent bien à toutes les portes, mais ils savent que je ne reçois pas des hôtes aussi agités. » Cette phrase aussi me hante parce que je fais exactement le contraire : ma porte est en permanence ouverte aux hôtes agités qu’Appelfeld refuse de recevoir. Certains, parmi mes proches, s’en inquiètent, souffrant des campagnes dont je suis régulièrement l’objet, ils m’invitent à la prudence et même au retrait. Je continue pourtant, je ne ferme pas la porte, et, pour le coup, je n’ai pas honte, je n’éprouve aucun remords. Je ne saurais, sans jouer la comédie, m’approprier le passé d’Appelfeld, et je vois aujourd’hui l’histoire sortir de ses gonds. Le présent ne ressemble à rien de ce que la philosophie avait prévu pour lui. Il ne se laisse pas ranger sous la catégorie du Progrès et il échappe aux prises de l’expérience. Une question simple et vertigineuse s’impose donc à la pensée : qu’est-ce qui se passe ? J’essaie, jour après jour, d’y répondre.

Les femmes ne parlent pas d’une seule voix

Le 31 décembre 2017, Le Monde a publié une tribune de Sandra Muller, la journaliste à qui la France reconnaissante doit le hashtag #balancetonporc. Ce texte est très instructif car elle y relate la genèse de son exhortation : « “Balance ton porc !”, je trouvais cette expression vulgaire. Au départ, elle décrivait le producteur Harvey Weinstein sous le coup d’accusations différentes, du comportement irrespectueux au viol. À Cannes, on l’appelait “le porc”. Puis je me suis souvenue de paroles dégradantes que, moi-même, j’avais entendues au cours d’un festival qui se déroulait justement à Cannes. Un directeur de chaîne m’assénait : “Tu as de gros seins, tu es mon type de femme, je vais te faire jouir toute la nuit.” Cette phrase était choquante, pathétique et très présomptueuse. J’ai décidé de donner le nom de mon agresseur verbal sur mon réseau afin de montrer l’exemple. Il fallait d’urgence arrêter ce type de comportements. » Cet agresseur, elle l’appelle, dans la suite de l’article, son « bourreau ». Elle dit que l’apostrophe dont il s’est rendu coupable a provoqué chez elle « honte, déni, faille spatio-temporelle », et qu’il lui a fallu des années pour verbaliser. La campagne déclenchée par l’affaire Weinstein a donc été placée dès le départ sous le signe de l’indiscrimination. Les hiérarchies, les distinctions, les degrés, qui sont la raison d’être du droit, ont été balayés. Tout a été logé à la même enseigne criminelle. Pour avoir tenu des propos déplacés lors d’un cocktail arrosé très tard dans une soirée, Éric Brion a été lynché sur les réseaux sociaux. Et comme il le précise lui-même dans une tribune publiée à côté de celle de Sandra Muller, les conséquences de cette dénonciation ont été, aussi bien personnellement que professionnellement, très importantes, et très pénalisantes. Ainsi, afin de mieux lutter contre les conduites barbares, en vient-on à saper les fondements mêmes de la civilisation. Qu’est-ce en effet qu’être « civilisé », sinon distinguer et distinguer encore ?

À la lecture de ces deux textes, j’ai été tenté d’intervenir, mais je savais que j’allais être inaudible car je suis un homme, c’est-à-dire, à moins d’avoir fait ma « nuit du 4-Août » en épousant la cause des balances, un ci-devant, un contre-révolutionnaire. La pétition parue le 10 janvier sous le titre « Des femmes libèrent une autre parole » a donc été pour moi une magnifique surprise. « Le viol, y lisait-on, est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste. » Et le texte mettait en garde contre une justice expéditive, qui sanctionne des hommes dans l’exercice de leur métier, qui va parfois jusqu’à les contraindre à la démission alors que leur seul tort est d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses intimes lors d’un dîner professionnel, ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque.

Les signataires ont payé très cher l’audace de leur bon sens. Elles ont été attaquées avec une violence inimaginable. On leur a opposé la cérémonie des Golden Globes à New York, où les stars étaient en noir, et où le présentateur a fait rire l’assistance par ces mots atroces : « Harvey Weinstein reviendra dans vingt ans dans le rôle du premier homme à être hué à son propre enterrement. » Pourquoi « hué » ? Pourquoi cette suspension, à son seul détriment, du respect silencieux dû aux morts ? Parce que c’est le Mal et le Mâle qu’on espère ensevelir avec lui. Dans la gigantomachie du néoféminisme, le chiffre 2 règne en maître. Deux subjectivités s’affrontent, l’une entièrement bonne, l’autre ignominieuse. Il n’y a pas de zone grise, pas de clair-obscur, pas d’équivoque, rien de mélangé ni d’inextricable. Les individus eux-mêmes ne sont que des représentants. Ils appartiennent à un camp ou à l’autre et c’est la lutte finale. Dans ce moment paroxystique, la parole des femmes se devait d’être une et indivisible. D’où la colère suscitée par les voix dissonantes. D’où l’allergie aussi à la jurisprudence littéraire de la vie humaine. « Quand on généralise la souffrance, on a le communisme. Quand on particularise la souffrance, on a la littérature », écrit Philip Roth. Communistes d’un nouveau type, les néoféministes censurent les œuvres récalcitrantes ou même les corrigent pour les faire entrer dans leur schéma. Elles se réjouissent, à l’instar de la grande historienne Michelle Perrot, que dans une mise en scène affranchie des stéréotypes de genre, Carmen tue Don José. Bref, ce sont d’impitoyables misomuses.

A lire aussi: Défense de Brigitte Lahaie

Mais je ne parlerai pas à leur propos de puritanisme. Nul dégoût chez elles et leurs compagnons de route des fonctions corporelles. Elles ne poursuivent pas le combat de l’esprit contre la chair. La domination est leur obsession, non le péché. Elles n’entendent pas réprimer la sexualité, elles veulent la démocratiser et se donnent même pour mandat d’instaurer le règne définitif de l’égalité et de la transparence en nettoyant de toute ambiguïté, de toute aspérité, de toute asymétrie, les rapports entre les êtres. Ce qui nous menace, ce n’est donc pas un retour à l’ordre moral, c’est une nouvelle version de l’avenir radieux. Les porcs et leurs allié.e.s s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – « trop lentement –, mais inexorablement », annonce la grande prêtresse du mouvement, Caroline De Haas. La pétition à laquelle la signature de Catherine Deneuve a donné une ampleur planétaire est une protestation de vieux monde, c’est-à-dire de la condition humaine contre l’ambition messianique de façonner un être humain nouveau.

On a reproché à ces trouble-fête de défendre la liberté d’importuner. Mais l’importun, c’est celui qui tente vainement sa chance. Il ne faudrait pas que son échec lui soit, en plus, imputé à crime. On leur en a voulu aussi d’oser affirmer qu’une femme peut ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro. On devrait plutôt s’interroger sur cet étrange tropisme du temps présent : l’appétence pour la position de victime. J’ai, pour ma part, un seul regret : que les porteuses de l’autre parole soient allées jusqu’à excuser lesdits frotteurs par la misère sexuelle. Ceux qui s’adonnent à de telles pratiques ne sont pas des mâles dominants, mais des frustrés sournois. Ils ne méritent pas pour autant la moindre indulgence.

Marché total 

Depuis qu’a éclaté l’affaire Weinstein, la domination masculine est sur la sellette. Or, voici qu’une tribune signée notamment par Élisabeth Badinter, Annie Ernaux, Michelle Perrot et Irène Théry réclame l’ouverture d’un débat serein sur la GPA, c’est-à-dire sur la pratique sociale des mères porteuses, pour que celle-ci soit enfin légalisée en France. Or, de quoi s’agit-il ? De l’appropriation par des couples en mal d’enfant du corps de certaines femmes. Comme l’écrit Sylviane Agacinski, la gestation pour autrui consiste, sous des dehors lévinassiens, à louer une vie jour et nuit pendant neuf mois. « Chaque monde, écrivait Péguy, sera jugé sur ce qu’il aura considéré comme négociable et non négociable. » Notre monde risque donc de passer un mauvais quart d’heure au Jugement dernier, car il est celui de « l’universelle négociation » : tout désormais se monnaie, nulle sphère de l’existence n’échappe au principe marchand. On peut même acheter des grossesses et leurs « produits ».

Quand les militantes de la maternité de substitution affirment que c’est en l’encadrant qu’on mettra fin au trafic, elles se mentent à elles-mêmes. Aucune femme ne peut porter l’enfant d’une autre pour la beauté du geste. C’est le manque d’argent et rien d’autre qui pousse à cette extrémité. Si la rémunération est insuffisante, il y aura pénurie de candidates et les « parents d’intention » continueront à se fournir ailleurs. Le regretté Pierre Bergé, au moins, ne se racontait pas d’histoires : « Moi, je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? »

Nous sommes à la croisée des chemins : soit le contrat fait loi en toutes circonstances, soit le droit protège encore la dignité et l’indisponibilité des personnes. Mais le droit ne cesse de reculer sous les assauts des droits de l’homme. Dès qu’il veut faire entendre sa voix et fixer une limite, on lui oppose la liberté discrétionnaire des individus : pourvu que tout le monde y trouve son compte, chacun doit pouvoir faire ce qu’il veut de lui-même et pour lui-même. C’est ainsi que des adversaires résolus des excès de l’économie de marché plaident avec ardeur pour la société du marché total.

Les néoféministes ont donc raison : le combat pour l’égalité et la dignité de toutes les femmes n’est pas terminé. Mais contrairement à ce qu’elles proclament, le pouvoir mâle n’est plus l’ennemi principal. On se trompe d’époque en fustigeant l’ordre patriarcal quand c’est, porté par la technique, l’individualisme qui tient le haut du pavé et qui réclame comme un dû l’aliénation intégrale de celles qui sont les plus vulnérables.

Histoire d'une vie

Price: ---

0 used & new available from

 

Causeur: ne laissez plus Facebook décider pour vous !

0

Facebook a changé sa politique et ne vous laisse plus voir les contenus de Causeur comme avant. Voici comment y remédier facilement.


Ce n’est pas lié à la dernière couv’ de Causeur mais Facebook a changé son algorithme. Le réseau social a décidé de privilégier les contenus « familiaux », postés par vos « amis », à ceux publiés par les « pages », comme celles des différents médias que vous suivez. Conséquence évidente de ce changement : les publications de votre magazine préféré apparaissent moins sous vos yeux.

Si vous ne voulez plus laisser Facebook choisir pour vous, une simple manipulation, pas plus longue qu’un « clic », vous permettra de continuer à profiter au mieux de Causeur – et à n’en rien rater !

Pour cela :

  1. Rendez-vous sur la page Facebook de Causeur :

Capture d’écran 2018-02-07 à 14.55.50

 

  1. Survolez le bouton « déjà abonné(e)s » qui se trouve entre le bandeau de présentation du dernier magazine et la première publication de la page.

Capture d’écran 2018-02-07 à 14.56.33

 

  1. Cliquez sur « Voir en premier ».

 

Même chose sur votre mobile:

  1. Rendez-vous sur la page Facebook de Causeur :

FullSizeRender

 

 

 

 

 

 

 

 

2. Cliquez sur le bouton « Abonné(e)s »:

FullSizeRender[1]

3. Sélectionnez « Voir en premier »:

FullSizeRender[2]

 

Félicitations, vous venez de jouer un mauvais tour à Mark Zuckerberg !

 

 

L’art est-il dangereux pour les femmes ?

« Il me plaît d’être battue », réplique Martine, l’épouse de Sganarelle, à ce M. Robert, noble ami des bêtes et des dames en détresse qui tentait de s’interposer dans les querelles du couple. Comment ? Molière, vous êtes sûr ? Celui même qui a écrit L’Ecole des femmes ? Eh bien oui : au XVIIe siècle, les maris battent leurs femmes (et leurs enfants, et leurs valets – voir Les Fourberies de Scapin), et à la rigueur les épouses et les valets s’en vengent. Mœurs infâmes ! Et on ose étudier Le Médecin malgré lui en Sixième ?

Interdisons Molière, Charb, Picasso…

Interdisons Molière ! Ou tout au moins faisons disparaître les scènes les plus choquantes pour notre bon goût contemporain. Après tout, les éditions de Dom Juan parues sous Pétain sucrent la fameuse scène du Pauvre, où le grand seigneur méchant homme incite un malheureux à blasphémer. Et blasphémer, ce n’est pas bien, pensaient Pétain et les étudiants du syndicat Solidaires qui ont tout récemment tenté de faire interdire la lecture, à Paris-VII et à Valenciennes, du dernier écrit de Charb, Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, rédigé juste avant que le dessinateur de Charlie ne la ferme définitivement… Quant aux autorités universitaires qui ont toléré la représentation à la condition expresse qu’aucune publicité ne soit faite à l’événement, on les applaudit bien fort.

A lire aussi: La guerre contre Charb aura bien lieu

La grande vague puritaine initiée par l’affaire Weinstein (à propos, il est inculpé, ou tout ça, c’est du bidon ?) étend ses tentacules sur le monde de l’art et de la littérature. La Manchester Art Gallery vient de décrocher une toile pré-raphaélite de John William Waterhouse et a remplacé in situ l’œuvre d’art par le mémo suivant :

Cette galerie présente le corps des femmes soit en tant que « forme passive décorative » soit en tant que « femme fatale ». Remettons en cause ce fantasme victorien ! Cette galerie existe dans un monde traversé par des questions de genre, de race, de sexualité et de classe qui nous affectent tous. Comment les œuvres d’art peuvent-elles nous parler d’une façon plus contemporaine et pertinente?

En incitant les gens à donner leur avis par post-it (je dois à la vérité de dire que la plupart condamnent cette censure d’une stupidité abyssale). Sûr que la cause des femmes, comme disait Gisèle Halimi autrefois, est bien défendue dans ce musée.

Le révisionnisme féministe ne sait plus où donner de la tête. Le grand photographe américain Chuck Close est accusé lui aussi de « comportements inappropriés ». Ah ah, grande nouvelle, les photographes couchent parfois avec leurs modèles (je ris, mais on a poussé le malheureux David Hamilton au suicide avec ce genre de « révélations ») ! Du coup, une rétrospective de son œuvre qui devait se tenir à la National Gallery of Arts a été annulée. Et des femmes suggèrent désormais de réévaluer sérieusement l’œuvre de Picasso : qu’attend le musée parisien consacré au peintre pour…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

Price: ---

0 used & new available from

L'École des femmes à 1,55 euros

Price: ---

0 used & new available from

Chypre, un pays éparpillé façon puzzle

0

A l’issue du deuxième tour de l’élection présidentielle à Chypre, dimanche 4 février, le président conservateur sortant Nicos Anastasiades (Rassemblement démocrate, DYSI), 71 ans, a été réélu pour un nouveau mandat de 5 ans, avec 56 % des voix, contre 44% pour son rival de gauche, Stavros Malas, du Parti Progressiste des Travailleurs (AKEL). Cette réélection, sans réelle surprise, ne fera pas pour autant disparaître comme par magie les immenses défis qui hypothèquent l’avenir de l’île.

Réunification oubliée

Les espoirs d’une réunification, qui étaient pourtant encore à l’ordre du jour en 2017, s’amenuisent de jour en jour. De nouvelles négociations menées en juillet 2017 à Crans-Montana (Suisse) ont une nouvelle fois échoué. L’île demeure divisée en deux entités, avec une forte présence militaire turque au Nord, estimée à 35 000 soldats. La République auto-proclamée de Chypre-Nord (République turque de Chypre-Nord, RTCN), reconnue uniquement par la Turquie, ressemble de plus en plus à une Turquie miniature. Des projets tels que celui de la construction d’un aqueduc sous-marin, qui alimenterait en eau potable la partie Nord de l’île à partir de la ville turque de Mersin, ne vont pas dans le sens d’une réunification.

Au fil des décennies, depuis la grande partition de 1974 et le début de l’occupation turque, les diplomates ont imaginé la création d’un Etat fédéral bi-communautaire qui aurait permis aux deux entités de se remettre à vivre ensemble et non plus séparées par une zone-tampon de 180 km de long, sous contrôle de la force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) forte d’un millier d’hommes. Et ce, en dépit des efforts déployés par le président de la RTCN, Mustafa Akinci, ancien maire de la municipalité de Nicosie-Nord pour faire aboutir le projet d’un pays réunifié.

Erdogan te regarde

En 2004, les Chypriotes grecs, considérant dans leur majorité que le plan de paix, mis au point sous l’égide de l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan (le Plan Annan), faisait la part trop belle aux Chypriotes turcs, s’étaient opposés à un processus de réunification et avaient voté « non » au référendum. Aujourd’hui, c’est au Nord que l’hostilité à ce projet se développe : les nationalistes et les conservateurs ont remporté les élections législatives de janvier 2018. L’idée d’un pays pour deux Etats est en train de faire son chemin, l’on réfléchit maintenant à un projet de confédération de deux Etats-nations.

Le problème des biens spoliés continue pourtant d’envenimer les relations entre le Nord et le Sud, plus de quatre décennies après les massacres et la tragédie collective des échanges de populations (150 000 Chypriotes grecs et 50 000 Chypriotes turcs). Au Nord, la station balnéaire abandonnée de Varosha/Maras, sorte de Juan-les-Pins où le temps s’est arrêté en 1974 lors de l’invasion turque et aujourd’hui gardée par les forces turques, est toujours l’emblème de ces événements tragiques.

Les cicatrices de la crise

La situation qu’ont, par ailleurs, enduré les classes moyennes dans la partie Sud, lors du déclenchement de la crise économique en 2013, continue de grever le rétablissement du pays dans l’économie globale, en dépit d’une sortie de l’ornière qui se traduit par un taux de croissance actuel de 4%, soit le taux le plus fort de la zone Euro, et des records battus en termes d’affluence touristique avec 3,4 millions de visiteurs en 2017.

Pour mémoire, en 2008, l’entrée de la République de Chypre dans la zone euro ne laissait pas présager les épreuves à venir. En 2013, face à l’effondrement du secteur bancaire et aux injonctions des pays de l’Eurogroupe et du FMI de renflouer les banques et de financer le déficit, l’Etat impose des ponctions massives sur les dépôts bancaires en échange d’un prêt de 10 milliards d’euros consenti par ces mêmes institutions. Les comptes excédant 100 000 euros à la Bank of Cyprus perdent, par exemple, plus de 60% de leur épargne. Les petits épargnants (dépôts de moins de 20 000 euros) ont, quant à eux, senti le vent du boulet car ils étaient tout d’abord dans la ligne de mire et devaient être ponctionnés. Le Parlement chypriote manifesta heureusement sa forte opposition auprès de l’Eurogroupe et du FMI et le plafond fut relevé à 100 000 euros.

Cinq ans après, le président Anastasiades a promis, pendant sa campagne électorale, de tenter de rembourser les épargnants spoliés. Mais les dégâts dans les classes moyennes (certains Chypriotes ont perdu les économies de toute une vie de travail) sont durables. De plus, cette amère expérience dans un Etat membre de l’Union européenne laisse se profiler le spectre de la ruine des épargnants dans les autres pays de la zone euro, y compris en France, où la directive européenne relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances (Bank Recovery and Resolution Directive, BRRD) a été transposée par ordonnance à la France le 21 août 2015, et est entrée en vigueur le 1er janvier 2016. Cette directive donne désormais la possibilité aux banques en faillite de se tourner vers les déposants.

Oeil de Moscou et bras de fer turc

Une des raisons de la crise majeure de 2013 à Chypre est notamment liée à l’ampleur disproportionnée des dépôts d’origine russe dans les banques chypriotes, ils atteignaient le chiffre record de 20 milliards d’euros sur les 70 millards d’euros de dépôts. Près de 60 000 russes (sur une population totale de 1,1 million pour l’ensemble de l’île !) ou ressortissants de l’ex-URSS résident à Chypre. Depuis 2015, le pays offre la possibilité aux Russes, qui disposent de 2 millions d’Euros (contre 10 millions dans les années 2000) – ainsi qu’à tout riche investisseur – d’acheter la nationalité chypriote et donc la citoyenneté de l’UE. En 2011, Moscou a accordé à Chypre un prêt de 2,5 milliards d’euros, que le pays est toujours en train de rembourser.

L’entrisme russe n’est pas seulement économique et social, il est également stratégique. En 2015, alors que le pays abrite encore deux bases militaires souveraines (Sovereign Base Areas) de la Couronne britannique, le gouvernement chypriote accepte, au grand dam des Etats-Unis et de l’OTAN, de laisser la Russie utiliser ses ports de Limassol et Larnaca dans le cadre d’un rapprochement officiel entre les deux pays. La création d’un parti russe Ego o Politis (« Moi le citoyen ») à l’automne 2017 est certainement venu confirmer ces craintes, d’autant plus que quelque 25 000 ressortissants de l’ex-Union soviétique avaient le droit de participer au scrutin présidentiel cette année.

Autre défi pour Chypre : surmonter l’opposition de la Turquie à l’exploration des importantes réserves gazières découvertes (estimées à 127,4 milliards de mètres cubes) en 2011, au large de l’île. Le président Erdogan lui-même s’y est publiquement opposé. Cette manne gazière serait pourtant la bienvenue pour ce pays (un peu plus de 9000 km2) dont la superficie dépasse de peu celle de la Corse.

Dans ce contexte particulier, il n’est pas certain que le nouveau mandat du président Anastasiades permette de forcer le destin et d’engager enfin le pays sur la voie de la prospérité.

Daval/Darmanin, le grand écart du procureur Schiappa

0

Marlène Schiappa a adopté des postures contraires dans les affaires Daval et Darmanin. Si le néo-féminisme est à géométrie variable, la justice, elle, ne l’est pas.


La guerre des sexes que nous annoncions au début du séisme de l’affaire Weinstein semble bel et bien déclarée. Alors que l’islamologue Tariq Ramadan vient d’être placé en détention provisoire à la suite de dénonciations de viols par deux plaignantes, Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, mis en cause pour des faits que la plaignante qualifie de viol par surprise, se voit renouveler « la confiance et la solidarité » du président de la République, du Premier ministre, et de l’ensemble des membres du gouvernement. Incluant Marlène Schiappa, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, héraut de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui s’indignait hier encore de « l’impunité des crimes sexuels en France ».

Une « standing ovation » a même été offerte à Gérald Darmanin à l’Assemblée nationale, mardi 30 janvier, par de nombreux députés marcheurs : n’étant pas mis en examen, il conserve la « totale confiance » du gouvernement, alors que s’ouvre l’enquête préliminaire pour les faits dénoncés par Sophie Spatz.

« Aucune intention de nuire »

Dans le même temps, circule sur internet une pétition mise en ligne par des féministes de combat, estimant une mise en cause pour viol incompatible avec le maintien d’un ministre à son poste. L’évolution de cette pétition sera sans doute surveillée comme du lait sur le feu par les différents conseillers et un succès, qu’elle ne semble pour l’instant pas rencontrer, pourrait conduire, sauf classement sans suite intervenant rapidement, à une révision du tout au tout de la position officielle.

A lire aussi: Affaire Darmanin: quand le néo-féminisme harcèle la justice

La plaignante, Sophie Spatz, affirme sans rire n’avoir « aucune intention de nuire », souhaitant simplement que « les services enquêteurs puissent travailler sereinement [] afin que justice soit rendue ».

Un bref rappel des faits s’impose, afin de prendre la mesure, dans la lecture et le décryptage de cette affaire, de l’importance du tribunal médiatique, qui lui ne travaille pas vraiment dans la sérénité et pourrait bien, selon la tournure des événements, jouer un rôle déterminant.

L’affaire remonte à 2009. Ancienne call-girl, condamnée en 2004 pour des faits de chantage, appels malveillants et menace de crime, la plaignante avait approché différents responsables politiques pour faire réviser cette condamnation, pourtant définitive puisque confirmée en appel. Gérald Darmanin, alors âgé de 26 ans (aujourd’hui plus jeune ministre du gouvernement), était l’un d’entre eux.

« Je ne suis pas une gamine, j’ai compris tout de suite »

Le jeune chargé de mission au service des affaires juridiques de l’UMP va, selon les dires de la plaignante, lui offrir une oreille si attentive que l’exposé de son cas sera suivi d’une invitation à dîner, puis d’une virée en club libertin, et enfin d’un rendez-vous dans une chambre d’hôtel : l’effet de surprise, on en conviendra, pouvant être entamé par cet enchaînement.

Ce d’autant que la promesse d’intervention, à l’issue du dîner, laissait clairement entrevoir une contrepartie sexuelle : « Je ne suis pas une gamine, j’ai compris tout de suite », confiera la plaignante au journaliste du Monde, consentant finalement à une relation sexuelle tout en disant s’être sentie « prise en otage », en raison du besoin qu’elle avait de l’intervention promise. Consentante ? Pas si sûr, puisque la plainte qui sera déposée le sera pour viol et non pour harcèlement sexuel, infraction que l’on aurait pourtant pu invoquer, devant une relation sexuelle « extorquée » en échange de promesses ou de faveurs.

C’est prostrée, en proie au douloureux sentiment de « s’être fait avoir » que son mari dit l’avoir accueillie à son retour au domicile, au petit matin.

Sophie Spatz dénonce une première fois les faits en novembre 2009 : elle écrit alors à l’assistante parlementaire de Jean-François Copé ; le groupe UMP, dans sa réponse officielle du 10 décembre, lui conseillant d’intenter une action en justice. Mais Sophie Spatz ne se rendra à aucune des convocations des policiers : le dossier sera logiquement refermé et la plainte classée sans suite.

Marlène Schiappa ne sait plus où donner de la tête

En apprenant la nomination de Gérald Darmanin en mai 2017, la blessure se rouvre et la colère l’envahit : « hystérique », selon ses propres termes, elle se promet d’obtenir la démission du jeune ministre, appelle l’Élysée, s’y rend, écrit à François Bayrou, éphémère garde des Sceaux… Au mois de juin 2017, elle rencontre la féministe engagée qui sera son sauveur, mais aussi son coach, Caroline de Haas. Celle-ci prend l’affaire en main, explique à Sophie Spatz (et à son mari) que le consentement n’en était pas un, et que la « surprise » pourrait permettre de qualifier le viol.

Le risque politique à soutenir aujourd’hui Gérald Darmanin est donc mesuré : si le dossier ressemble à ce qu’en dévoilent les médias, la qualification de viol, fût-elle « par surprise » a bien peu de chances d’être retenue. Si des faits de harcèlement étaient qualifiés… ils seraient prescrits et ce, en dépit de la loi du 27 février 2017 qui doublait la prescription de ce délit, la portant de 3 à 6 ans.

Le paradoxe est pourtant flagrant : alors que Marlène Schiappa rappelle dans le cas de Gérald Darmanin que la présomption d’innocence vaut pour tous, citoyens comme politiques, elle n’hésite pas, au micro de RTL, à requalifier en assassinat le meurtre de son épouse Alexia, par son conjoint Jonathann Daval, alors même que le procureur de la République, Edwige Roux-Morizot, avait affirmé que la préméditation n’avait pas été retenue.

« Porter la voix de la raison au milieu de cette folie médiatique »

Dans le même élan, la secrétaire d’État s’indignait du fait que des considérations sur la personnalité de la victime aient été avancées par la défense, ce qui reviendrait à « légitimer les féminicides ». « Ce n’est pas une dispute, ce n’est pas un drame passionnel, c’est un assassinat ! », s’emportait-elle au micro de RTL le jeudi 1er février. La prétérition (« je dis ça pour le cas général et pas pour cette affaire en particulier ») n’y change rien : la qualification du crime venait d’être revue, au point que Christophe Castaner s’en est distancié, affirmant « qu’un ministre n’a pas à commenter une affaire judiciaire ». A fortiori lorsque le commentaire dénie aux avocats de la défense le droit de parler des déclarations de leur client et, dans une vision en noir et blanc de la relation auteur-victime, requalifie le crime.

Le soir-même, Edwige Roux-Morizot dénonçait « l’indécence » de certaines déclarations médiatiques, la violation du secret de l’instruction et l’oubli de la présomption d’innocence. Avec le mélange admirable de sobriété et de force qui caractérise ses déclarations ciselées, elle appelait à « porter la voix de la raison au milieu de cette folie médiatique ». L’utilisation du  terme de « meurtrier » (et non d’assassin) présumé, comme en écho aux propos de Marlène Schiappa, prenait ici tout son sens.

Les experts psychiatres devraient s’inquiéter et partager cette indignation : alors que la compréhension du passage à l’acte est l’un des principaux enjeux d’un procès d’assises, les accusera-t-on désormais, lorsqu’ils évoqueront une interaction fatale entre auteur et victime, de justifier le crime ? Ou encore de disculper l’auteur et de blâmer la victime ? Comme Hélène Roux-Morizot, nous souhaitons que la justice reprenne sa place et que la recherche de la vérité prenne le pas sur le militantisme.

Les mots « constructifs » qu’il faut employer pour être « disruptif » au bureau

0

Non je ne suis pas (quel dommage !) Ingrid Riocreux. Je ne suis pas grammairienne, professeur, ou Maîtresse Capello (grrr), mais, mais, mais quelqu’un qui a dû fréquenter l’école avant son effondrement, particulièrement pour ce qui concerne l’enseignement du français, et qui conçoit donc nostalgie et amertume à la lecture des différents messages de sa vie professionnelle.

50 mots pour tout dire (et donc ne rien dire du tout)

J’ai en effet la méchante impression que notre vie professionnelle se résume à l’emploi d’une cinquantaine de mots, que l’on entend et lit cent fois par jour. Ces mots me fatiguent. S’ils ont eu un sens à un moment, ils sont utilisés aujourd’hui comme simple comburant des conversations. Ils sont devenus un signe de reconnaissance entre gens qui n’ont plus le goût de la précision du langage. Ils permettent, grâce à la paresse qu’ils induisent de limiter la pensée à quelques stéréotypes. Quel ennui !

« Big data », « blockchain », « Cloud », « bitcoin », « hash » qui confèrent à ceux qui les utilisent une touche scientifique résolument moderne, même si je suis prête à prendre les paris que moins d’1% d’entre eux savent précisément de quoi ils parlent. Leur usage est néanmoins toujours un plus. En mode pernicieux vous pourrez entendre « Hé tu sais quoi ? Non ? Mon frère dit qu’on est hyper en retard sur le big data… Non ? Si je te jure, il me l’a dit. Je vais en parler. » Moyen habile de jeter le discrédit sur quelqu’un ou une organisation en ne sachant même pas qualifier précisément le sujet…

A lire aussi: « Plus personne ne rêve de travailler à la Défense! »

Si d’aventure quelqu’un comprend ce que signifie être en retard sur le « big data », dans un département où, au mieux, on utilise des données par paquet de cent, je suis preneur. Mais c’est l’époque qui veut ça.

Viennent ensuite les mots de l’à peu près. Dans certains cas, personne, ou presque, parmi ceux qui les utilisent, ne sait avec précision ce qu’ils signifient, mais Dieu qu’il est bon de les utiliser à tort et à travers. Tellement pro ! De fait, s’ils sont substantifs, ils peuvent être transformés en qualificatifs, et faciliter la création de discours hautement « tendances », mais pas toujours compréhensibles. Oui, je sais que vous trouverez beaucoup de mauvaise foi dans ce qui suit. Mais qui pourra dire que j’ai complètement tort ?

Innovation

C’est le terme qui permet de faire passer une vieille mobylette orange pour un vaisseau spatial. Il suffit juste d’employer le terme, ou d’apposer un autocollant « innovation (de la semaine, de l’année…) », et hop, la citrouille devient princesse ! Nous voilà au firmament de la modernité ! Attention, ne pas utiliser ce terme une centaine de fois par jour relève de la qualification pénale. Par extension, « directeur de l’innovation » est le gars dont le métier est d’innover, pour innover, en fait. Comme le célèbre HAI (homme à idées) de Gotlib…

Résilience

Comportement servile de renoncement à tout, pour conserver vaille que vaille son emploi. Il est vrai que de dire « grâce à leur comportement servile, on n’a pas entendu un bruit pendant le plan social » est un peu moins glamour que de parler de résilience, par ailleurs assez « occultante », comme des rideaux…

Disruption

C’est le phénomène qui permet de justifier une décision inique, par exemple, en adoptant une démarche visant délibérément à rompre avec les pratiques habituelles, comme les bonnes mœurs ou les humanités. On pourrait dire, par exemple, que Boby Lapointe dans Max et les ferrailleurs, avec son fusil mitrailleur opérait une forme de disruption au sein du groupe auquel il appartenait. Le terme habille assez bien les dingueries en tout genre, finalement.

Pragmatisme

Terme apaisant. Quand vous voulez faire passer une décision disruptive, rassurez le peuple en assurant que tout a été fait de façon pragmatique. Pragmatique est le mot que les plus habiles traduisent par pratico-pratique, parce qu’ils savent qu’ils s’adressent (ou pensent s’adresser) à des demeurés, et que cette forme verbale leur parlera plus. En substance, pragmatique rassure : ne vous inquiétez pas bonnes gens, même vous, vous allez comprendre ce qu’on vous a mitonné : rien de compliqué à appréhender ! Ça c’est le pragmatisme. En prime, la sonorité du terme claque comme un bonbon scientifique dans la bouche de celui qui le prononce précieusement, ayant l’impression de parler de stochastique.

Outil (ou consultant)

Solution miracle, potentiellement technique, aux contours mal définis, pouvant s’appuyer le cas échéant sur du « big data », et qui permettrait, dans l’esprit de celui qui ne veut pas travailler, de réaliser automatiquement ce pour quoi il est payé ! Exemple 1 : il faut que je me trouve un outil pour appliquer cette nouvelle obligation. Exemple 2 : pénibles ces salariés. Si j’avais un outil (un marteau ?), je pourrais régler tous mes problèmes avec eux. Exemple populaire : l’ascenseur social qui permet sur le seul appui d’un bouton, sans effort donc – principale vertu du terme – de parvenir au sommet de l’échelle sociale.

Benchmark 

Solution miracle d’aide à la décision. Parce que je ne sais pas prendre une décision, ou parce que je n’ai aucune idée sur la façon de traiter un problème, alors je réalise un « benchmark ». Terme anglo-saxon, que l’on pourrait simplement traduire par « comparaison » (beaucoup moins chic), et qui consiste à aller voir ce que font les autres, pour savoir ce que l’on va faire soi-même. On ne réfléchit donc plus à une question posée. Si on fait ce que font les autres, on n’aura pas tort. C’est beau, non ? Mais un peu triste aussi.

Mode projet 

Expression très prisée pour indiquer qu’on travaille sur un sujet, quel qu’il soit, sous contrainte temporelle et surtout budgétaire. Par extension, le mode projet permet de s’affranchir de toutes les règles existantes ou même de la plus élémentaire des politesses. Exemple : ta gueule, je bosse en mode projet.

Constructif 

Adjectif politiquement acceptable, récemment substantivé en politique. On entend par constructif, mais on pourrait également utiliser « positif », tout comportement ou discours abondant dans le sens communément, politiquement ou sociétalement acceptable. En fait la notion de construction importe peu dans son utilisation. Exemple : « je trouve votre idée vraiment sotte », n’est pas constructif. Et on peut aisément comprendre pourquoi : le propos ne mène pas à la construction (quoi que). En revanche, « chef, votre idée, elle est vraiment sublime », n’a rien à voir avec une quelconque construction, mais nombre vous diront que ce type de discours est constructif. Et on comprendra difficilement pourquoi. La vie est mal faite.

Projet (tout court) 

Notion abstraite qui ne correspond à rien, sorte de coffre de chambre d’enfant, dans lequel on place sans savoir quoi, ses espoirs, ses rêves, son avenir. Exemple: « – Moi, je ne suis pas content, j’aurais besoin de me construire autour d’un projet. – D’accord, c’est quoi un projet pour toi ? – Je ne saurais pas dire ce que c’est, mais je sens que j’en ai besoin » (échange authentique). C’est l’eldorado des pauvres en vocabulaire, ou en affirmation de soi.

Elitisme, sélection

Mots cochons, qu’il faut avoir en tête pour pouvoir jeter le discrédit, sans autre forme de procès, sur celui qui en est soupçonné, ou qui les revendique. Excessivement pratique. Exemple : T’as vu Dugenou ? Pas constructif et élitiste. Faut s’en débarrasser, non ? Le pauvre Dugenou, risque gros d’être qualifié de la sorte : mise à pied, licenciement, rappel à la loi… Et pourtant, Dugenou réclamait seulement que le triphasé à son étage soit installé par un électricien qualifié, et pas par le sociologue de l’entreprise.

Gérer (existe aussi sous la forme « djaireuh »)

Mot magique, universel, multi usage. A rapprocher du « to get » américain, tout autant dévoyé. Sert à tout, et confère à celui qui l’utilise la qualité de cadre, de « manager » ou plus généralement d’homme d’affaires. Initialement on gérait un patrimoine, ou un portefeuille d’actions. Aujourd’hui on gère tout. Les enfants, les crises, son corps, son équipe. C’est un moyen simple de se valoriser, par son seul usage, pour les tâches les plus insignifiantes de la vie quotidienne. C’est un moyen également de s’écorcher les tympans : « Wouaouh, j’ai trop bien géré sur ce coup-là ! », pourra-t-ont entendre de l’ado venant de conquérir un cœur…

A lire aussi: Grâce à mon séminaire d’entreprise, je sais que je suis lâche

Ce qui est désolant dans tout cela, c’est que la langue française me semble subtile et riche à la fois, et que les plus éduqués s’évertuent à fonctionner sur ces quelques mots, pas très précis, parfois assis sur des théories fumeuses (essayez donc « l’assertivité », que je n’ai délibérément pas abordée, trop complexe, ou décemment inexplicable je ne sais pas), et qui plongent aussi bien ceux qui les émettent que ceux qui les reçoivent, dans une facilité destructrice de sens, et de valeurs (au pluriel).

Cachés derrière ces écrans de fumée, on verse dans l’à peu près, le binaire et la satisfaction idiote, par refus de qualifier précisément les choses et de se contenter d’approximations paresseuses, mais tellement confortables.

Et alors me direz-vous ? Eh bien, appliquons ce principe d’à peu près et de n’importe quoi à une question simplement arithmétique pour ne pas dire scientifique et admettons que 3 c’est un peu 5 ou 7, ou 2. Ou qu’une courbe, c’est un peu comme une droite. A ce rythme, mon vaisseau spatial innovant aura une sale gueule. Quant à le faire voler…

C'est le français qu'on assassine

Price: ---

0 used & new available from

Affaire Darmanin: c’est la justice qu’on viole

0
Elisabeth Lévy (Photo : Hannah Assouline). 2017.

L’édito’ d’Elisabeth Lévy


Pardonnez-moi l’expression, mais nos ancêtres étaient vraiment des cons. À quoi pouvaient bien servir toutes ces controverses sur la justice, la morale et la grâce, tout ce fatras sur l’équilibre des pouvoirs et des contre-pouvoirs, tous ces chichis élaborés en quelques siècles pour garantir l’indépendance des juges et les droits de la défense, sinon à produire d’ennuyeux livres attrapant la poussière et risquant, de surcroît, de détourner d’innocents enfants de leurs saines activités numériques ? Cet invraisemblable empilement de lois et de procédures a-t-il du sens quand n’importe quel citoyen peut se faire en quelques clics une idée de la culpabilité ou de l’innocence ?

L’opinion fait la loi

Nous assistons au déploiement d’un ordre nouveau, post-démocratique, où l’opinion fait la loi et où le pilori médiatique remplace la salle d’audience. Redoutons que l’affaire Darmanin préfigure notre avenir, un monde où la terreur exercée par les justicières féministes nous conduira à renoncer à toute justice.

On est obligé, s’agissant des faits, de puiser dans l’enquête du Monde du 27 janvier, nécessairement à charge dès lors qu’elle repose surtout sur le témoignage direct et les procès-verbaux d’interrogatoire de la plaignante – qui ose encore parler de secret de l’enquête ? –, ainsi que sur les premiers éléments du dossier judiciaire. À la mi-janvier, le parquet de Paris a donc ouvert une enquête préliminaire au sujet d’une plainte pour viol déposée à l’encontre du ministre de l’Action et des Comptes publics.

A lire aussi: Affaire Darmanin: quand le néo-féminisme harcèle la justice

En 2009, Gérald Darmanin, 26 ans, n’est qu’un militant ambitieux qui a décroché un poste de chargé de mission au siège de l’UMP. Et, probablement « un sale con », comme il semble l’avoir reconnu dans un message à la plaignante. Ce n’est pas un crime et ça s’arrange parfois avec l’âge. Il reçoit « So », une femme sans doute séduisante, dont la spécialité est de harceler les « puissants » qu’elle peut atteindre pour faire blanchir son casier d’une vieille condamnation (ou la faire annuler, ce n’est pas clair). Peut-être a-t-elle inondé les rédactions de ces dossiers qui finissent dans une poubelle sans avoir été lus. Elle obtient parfois à l’usure une « intervention », expression privilégiée du clientélisme officiel – « Mon cher X, aurais-tu la bonté de faire examiner le cas de Mme Y ? Mes amitiés à madame. » Ça n’engage à rien, et dans le cas présent, ça ne pouvait servir à rien, mais la dame l’ignorait sans doute. Il est ensuite possible que le jeune homme lui ait explicitement proposé la botte en échange d’une influence qu’il n’avait pas. Mais si marché il y a eu, ce n’était pas sous la contrainte, puisque l’acte aurait été commis dans une chambre d’hôtel, après un passage dans le club échangiste Les Chandelles et une fois que l’agresseur présumé eut été envoyé acquérir du gel douche et du dentifrice. Quelques mois plus tard, l’élu d’opposition à Tourcoing adresse la fameuse lettre au garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, et en avertit « So », qui est fumasse, mais en reste là…

Caroline de Haas ne surprend plus personne

En 2017, Darmanin entre au gouvernement. Le mari de « So » se souvint alors que son épouse a été, neuf ans plus tôt, victime « d’abus de faiblesse, d’abus de pouvoir, voire de viol ». Lettre au garde des Sceaux, François Bayrou, ouverture d’une enquête pour viol puis, en juillet 2017, classement pour « absence totale d’infraction » – la victime présumée ayant ignoré les convocations.

C’est alors qu’intervient l’inénarrable Caroline De Haas, dont les méfaits devraient inquiéter autant qu’ils font rigoler, maintenant qu’elle ajoute à sa palette de compétences le coaching victimaire et le conseil judiciaire. Peut-être le président de la République devrait-il désormais lui soumettre préalablement la composition du gouvernement afin qu’aucun porc, pourceau ou porcelet ne s’y glisse ? Avec une avocate de ses amies, elle explique au couple qu’il s’agissait bien d’un viol et le persuade de retenter sa chance. Le consentement de « So » aurait été obtenu par surprise, ce qui semble peu compatible avec l’achat du gel douche, mais je ne suis pas juge. En attendant, effaçons de l’histoire du cinéma et de la littérature tous les baisers obtenus par surprise, qui sont un appel au viol.

Si on ne peut pas être jugé deux fois pour les mêmes faits, on peut être poursuivi deux fois. La justice devra déterminer ce qui s’est passé dans cette chambre d’hôtel. En attendant, le lynchage a déjà commencé. Que l’Elysée tienne bon est presque miraculeux.

Wauquiez trahit le peuple

La pétition lancée par « le mouvement », troupe emmenée notamment par Elliot Lepers, expert en harcèlement et délation numériques des méchants machos, flanque vraiment la trouille. « Quand un ministre est mis en cause pour viol, il ne peut pas rester au gouvernement », décrètent les signataires. Un système où l’accusation vaut condamnation, voilà qui est un véritable choc de simplification. Staline lui-même tenait à des simulacres de procès.

A lire aussi: Daval/Darmanin, le grand écart du procureur Schiappa

Mais le pompon de la lâcheté, du conformisme et de l’opportunisme revient à Laurent Wauquiez. Celui-ci avait l’occasion d’apparaître comme le champion de la résistance au politiquement correct. Il n’a pas su résister au plaisir de faire une mauvaise manière à Macron. Au lieu de défendre Darmanin au nom des principes, il règle ses comptes sur le mode mesquin et réclame sa démission – contre l’avis de quelques ténors ou ex-ténors de son parti qui sauvent l’honneur. Le plus désolant, c’est que céder au néo-féminisme caporaliste n’est même pas un bon calcul. La France dans ses tréfonds a plus de bon sens que quelques milliers de pétitionnaires professionnels. En se laissant intimider par la meute, Wauquiez trahit le peuple qu’il prétend représenter. Et contrairement à ce qu’il croit, dans cette affaire, c’est Macron qui a le beau rôle.

Les Rien-pensants

Price: ---

0 used & new available from

Retromobile: roulez vieillesse !

0
La Ferrari 250 GT Cabriolet Pinin Farina de 1958, vendue aux enchères par la maison Artcurial à l'occasion du salon Retromobile 2018. Photo: Loïc Kernen / Artcurial

Entre le 7 et le 11 février, porte de Versailles à Paris, le salon Retromobile met à l’honneur les voitures anciennes. On y échange des pièces de 404 et des bons tuyaux. Pour se rappeler le temps béni où la beauté automobile avait encore droit de cité. 


Depuis hier et jusqu’au 11 février, ils seront tous là, venus de France et d’ailleurs, à piétiner dans les halls de la porte de Versailles. Marcel, arrivé de son Morvan au volant de sa Simca Aronde, le matin de l’ouverture du salon, cheminot à la retraite et passionné de « populaires » françaises, deux mots qui vont si bien ensemble. Éric, le graphiste de la génération Y et sa Peugeot 205 GTI achetée l’année dernière sur un coup de cœur. Andrew, le gentleman driver qui possède dans son manoir du Dorset une brochette d’Aston Martin et de Jaguar à faire hurler un écolo en furie. Quant à Giancarlo, le tifosi de Modène, il s’intéresse uniquement aux Ferrari des années 1960 ayant participé aux 24 heures du Mans. À défaut de pouvoir s’en acheter une à l’échelle 1, il les collectionne en format miniature.

Retromobile, le combat continue

Chacun, à sa manière et selon son budget, a le mérite de continuer le combat : la préservation du patrimoine automobile. Dans une époque où la bagnole suscite tant de démagogie et d’hystérie, comment expliquer que la nostalgie des voitures anciennes n’est pas un crime ? Il y a plus de culture, d’art, de savoir et de féerie dans la carrosserie d’une Bugatti ou d’une 4 CV que dans certains manuels scolaires. Ces hommes-là ont une connaissance livresque du sujet. Ils passent l’essentiel de leur temps libre à rechercher la bonne pièce, à s’informer sur l’origine de leur modèle tant adoré, à s’engager bénévolement dans des clubs, à chercher à comprendre les contraintes industrielles d’alors, et en savent finalement beaucoup sur la psychologie de nos grands-parents. « Dis-moi en quoi tu roules et je te dirais qui tu es vraiment. »

A lire aussi: « Monte-Carlo » : le Grand Prix littéraire de l’automne

Si cette maxime a perdu de sa pertinence au fil des vingt dernières années, elle résumait assez fidèlement l’esprit de nos aïeux. Ces historiens amateurs, sismographes du temps passé, s’inscrivent dans une chronologie longue et font le pont entre l’auto et le cinéma, l’auto et l’architecture, l’auto et la géopolitique. S’ils regardent dans le rétroviseur, c’est pour mieux résister à l’aseptisation du monde actuel. Ils se battent contre la modernité clinquante des réseaux sociaux, son inhumanité rampante et cette volonté farouche de faire disparaître toute forme de beauté dans nos rues.

La France crie haro sur la beauté

Que les villes étaient belles et multiples lorsque chaque constructeur possédait à son catalogue une expression de son propre génie. L’uniformisation des paysages routiers, le clonage de nos gestes quotidiens, bientôt la conduite autonome, nous amputent d’une partie de notre sensibilité esthétique. Aimer les voitures, c’est faire se combiner tous les sens : le plaisir visuel d’une ligne racée, le bruit d’une mécanique bien huilée, le parfum d’un cuir patiné, le toucher d’un tableau de bord en ronce de noyer et le goût de la diversité. Le conducteur d’une Peugeot 404, Citroën DS, Panhard PL 17 ou Volkswagen Coccinelle laissait parler son caractère, mieux, son identité. Il dévoilait une partie intime de lui en roulant.

Aujourd’hui, le propriétaire d’une ancienne est pointé du doigt comme s’il était responsable de la pollution ambiante. Mis au banc des accusés. Les élites françaises lui mènent une féroce guerre idéologique. Restrictions de circulation, limitations et taxations transforment en supplice un loisir qui devrait être encouragé par les pouvoirs publics (au même titre que la restauration d’un monument). Ce désamour ne date pas de la fermeture des voies sur berge. La culture automobile est chez nous source d’ironie et de sarcasmes. Dans les têtes embrumées de certains technocrates, un produit industriel ne peut être l’objet d’une dévotion éclairée. Il est suspect par nature.

En Angleterre, en Allemagne, en Italie ou aux États-Unis, l’automobile ancienne jouit d’un tout autre statut. Les artistes la vénèrent, les professeurs l’étudient et les politiques ne la snobent pas. Reverrons-nous un président comme Georges Pompidou conduire une Porsche 356 à la sortie de l’Élysée ? Un chanteur comme Johnny Hallyday s’engager au Rallye de Monte-Carlo ou un académicien au regard bleu azur se déplacer en cabriolet Mercedes ?

Ferrari des « 24 heures » et retrospective de chars Renault

Quel dommage quand on songe que le secteur d’activité des véhicules historiques génère en France un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros, avec quelque 230 000 collectionneurs et un parc estimé à 800 000 exemplaires. Si l’on ajoute les revenus liés au tourisme, ce collectionneur, éternelle vache à lait du système, apporte sa contribution à la bonne santé économique du pays. Il voyage, il lit, il fait entretenir sa voiture, il consomme et, en plus, il est le gardien de notre mémoire. Alors, que vous soyez un amoureux de la locomotion sous toutes ses formes ou simplement curieux de ce phénomène, ruez-vous au Parc des expositions de Paris.

Vous ne courez qu’un seul risque : en prendre plein les yeux. 120 000 visiteurs, 500 voitures, une galerie d’art, des pièces exceptionnelles et une ferveur bon enfant. Pour cette 43e édition, les organisateurs rendent, entre autres, un hommage à Carlo Abarth et présentent une rétrospective de chars Renault en provenance du Musée des blindés. La traditionnelle vente aux enchères Artcurial mettra à l’honneur la Ferrari 275 P victorieuse au Mans en 1964, qui devrait affoler le marteau. La fondation Berliet fête le centenaire de la naissance de Paul Berliet. Et nouveauté 2018, un espace de vente dédié aux véhicules de plus de trente ans et d’un prix inférieur à 25 000 euros, notamment les youngtimers[tooltips content= »Les youngtimers sont des voitures nouvellement rentrées dans la catégorie des voitures anciennes. Il s’agit des voitures sorties des usines dans les années 1980 et qui tendent à se faire rares. »]1[/tooltips], sera ouvert aux professionnels et aux particuliers. L’auto ancienne n’a pas dit son dernier mot.

Salon Retromobile, du 7 au 11 février, Paris Expo porte de Versailles. 

1200 voitures de légende

Price: ---

0 used & new available from

Un Patachon Dans la Mondialisation

Price: ---

0 used & new available from

 

Apparemment, le protectionnisme « appauvrirait » les consommateurs…

0
Donald Trump à Washington, février 2018. SIPA. AP22161146_000059

Le très libéral site Contrepoints publie un texte de Bill Bonner sous-titré: « Mieux comprendre comment le protectionnisme favorise des groupes au détriment des intérêts des individus ». En cause, la mesure prise par le président Trump sur les panneaux solaires et les lave-linge. L’administration américaine avait été saisie par le fabricant américain de lave-linge Whirlpool, qui subissait la concurrence abusive et illégale des coréens LG et Samsung. S’appuyant sur la recommandation de l’International Trade Commission (comprenant des élus démocrates et républicains), la douane américaine a aussitôt taxé à 20 % le premier million de lave-linge importés (puis à 50 % au-delà). Le patron de Whirlpool a salué « une victoire pour les travailleurs américains et aussi les consommateurs », et a promis des embauches industrielles dans le Midwest et les Appalaches.

L’argent ne fait pas le Bonner

Qui est Bill Bonner et que prétend-il ? Bill Bonner est un Américain, président-directeur de la société Agora Inc., une grosse entreprise de bulletins d’informations financières dont le siège social est situé à Baltimore. Il est le créateur de la Chronique Agora, une lettre d’information financière vendue dans le monde entier. Et donc un agent d’influence. Il flatte son lectorat en diffusant des jugements qu’il fait passer pour du bon sens. Et qui en sont parfois (notamment sur la dette).

A lire aussi: A Davos, Trump met fin au multilatéralisme absolu

Bill Bonner assure que les taxes douanières « pèseraient sur les individus et ne rendraient pas le commerce plus équitable. Elles ne feraient qu’avantager de petits groupes d’intérêt ». Il critique aussi « les baisses d’impôts votées par le Congrès, en plus des dépenses pour la défense, les infrastructures et l’aide sociale, [qui] provoqueront à coup sûr une catastrophe budgétaire ». Et « les politiques commerciales protectionnistes [qui] feront augmenter les prix à la consommation ». Il oublie d’ajouter, pour faire bonne mesure, un autre poncif anti protection : le risque supposé de « guerre protectionniste mondiale », faite de rétorsions successives sans fin.

Suit une parabole sans intérêt de type smithien sur « le boulanger [qui] fait du meilleur pain que le plombier. […] En échangeant l’un avec l’autre, ils terminent tous deux plus riches que s’ils n’avaient rien fait. Restreindre le commerce avec des tarifs et des réglementations, en revanche, produit des gagnants et des perdants… et appauvrit la société ». Indigent…

On ne doit pas opposer les travailleurs aux consommateurs

Bill Bonner transpose (approximativement) son cas de plombier à l’ensemble des Etats-Unis: que compteraient les 28 000 salariés de Whirlpool aux États-Unis face aux centaines de millions d’Américains qui utilisent des machines à laver ? Il oublie simplement toute la filière en amont (composants) et en aval (distribution); il oublie aussi que chaque emploi a un effet multiplicateur de quatre ou cinq (famille, proximité); il oublie encore que ceux qui travaillent dans la filière le font tous les jours et que l’on achète un lave-linge tous les six à dix ans…

Il n’est pas faux de dire que « les consommateurs […] cherchent la meilleure qualité au prix le plus bas, […] qu’une concurrence libre permet de détecter quelle est la meilleure affaire et dirige les ventes et les profits vers le producteur le plus efficace ». Mais ceci, depuis la mondialisation de masse, est devenu totalement relatif. Il existe désormais une légitimité in se à la défense de l’appareil productif national.

A lire aussi: Trump va-t-il détruire la mondialisation ?

Le but de l’économie (que personne ne rappelle plus jamais !) n’est pas l’importation, ni même l’exportation, même si dans ces deux faces le commerce mondial n’est pas illicite; mais elles ne doivent pas provoquer les déséquilibres que l’on voit actuellement et qui auront des résultats cataclysmiques à terme. Que ceux qui sont pour un libre-échangisme total sans règles ni légitime défense nous disent comment rendre laborieuses, prospères, dignes, libres, justes et sereines nos sociétés. Allô… ?

On conclura qu’on ne doit pas opposer les travailleurs aux consommateurs : car les chômeurs des activités productives ruinées par les importations abusives ne consomment pas ; leur perte de pouvoir d’achat crée une dépression exponentielle. Et les consommateurs encore solvables financeront les aides sociales alourdies. Cher lave-linge…

L’UJFP, l’antisionisme subventionné par l’Etat

1
Le 31 octobre 2015, l'UJFP participe à une manifestation de soutien à la jeunesse palestienne, place Bellecour à Lyon. SIPA. 00728859_000021

La très antisioniste « Union juive française pour la paix » a obtenu le soutien financier du gouvernement pour réaliser des clips de propagande. Dans le viseur de cette association dopée à l’argent public, le « racisme d’État » [sic] français et israélien. Enquête.


S’il s’agissait d’une affaire de droit commun, où des individus s’enrichissent frauduleusement aux dépens d’un tiers, elle entrerait dans la catégorie de la « délinquance astucieuse », des arnaques bien ficelées où la victime se voit délestée de son magot par la ruse d’une bande de truands abusant de sa naïveté, ou profitant de sa négligence.

L’UJFP, un auxiliaire zélé de l’islamisme radical

L’attribution à l’Union juive française pour la paix (UJFP) de plusieurs dizaines de milliers d’euros d’aides publiques en provenance du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), placé sous la tutelle du Premier ministre, relève-t-elle du registre pénal ? Les éléments que nous avons en notre possession sur cette affaire établissent, certes, qu’une organisation politique ayant pignon sur rue a sciemment dupé l’État pour financer sa propagande. Mais c’est aux organismes compétents (Cour des comptes, Conseil d’État, tribunaux administratifs) d’établir les responsabilités et de prononcer d’éventuelles sanctions, bref de faire leur travail en ayant été dûment éclairés.

Pour comprendre cette affaire, il faut d’abord se méfier des étiquettes : pour les gens peu informés des arcanes des organisations militantes, l’Union juive française pour la paix pourrait passer pour un groupe pacifiste, prônant une fin négociée du conflit israélo-arabe, et apportant son soutien au « camp de la paix » israélien, cette gauche sioniste opposée à la politique de l’actuel gouvernement d’Israël, mais ferme sur les principes fondateurs de l’État juif. Or, cela est loin d’être le cas : l’UJFP apparaît, dans sa propagande, comme dans ses activités militantes, comme un auxiliaire zélé de l’islamisme radical, collaborant activement à toutes les actions visant à délégitimer l’État d’Israël, et se montre plus que bienveillante avec le parti des Indigènes de la République et les appendices des Frères musulmans tels que le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF) et autres amis de Tariq Ramadan. Les dirigeants de l’UJFP se rendent régulièrement à Gaza pour « dialoguer » avec toutes les forces politiques de ce territoire, du Hamas au Jihad islamique. Ils sont, dans le monde juif laïque, l’équivalent de ces rabbins ultra-orthodoxes qui vont à Téhéran apporter leur soutien aux ayatollahs, promettant d’éradiquer « l’entité sioniste » : aussi bruyants qu’ultra minoritaires.

« Des amis musulmans m’ont expliqué qu’il y a dans l’islam l’idée que l’on ne doit se soumettre qu’à Dieu, ce qui libère l’homme de toute autre sujétion. N’est-ce pas une belle idée ? »

Quelques dizaines de militants de l’UJFP, rassemblés derrière leur banderole, ont participé, ces dernières années, à toutes les manifestations organisées par l’extrême gauche et les mouvements islamistes français pour dénoncer Israël, et le supposé racisme de l’État français ; certaines ayant été marquées par des slogans violemment antisémites, et même par des agressions contre des synagogues et des commerces casher. Cela ne perturbe aucunement les dirigeants et militants de l’UJFP, qui protestent vivement lorsque la presse relève les dérapages de leurs amis et camarades islamistes. Ainsi, Michèle Sibony, porte-parole de ce groupuscule, qui a « joyeusement » participé, le 13 juillet 2014 à une manifestation de protestation contre l’intervention israélienne à Gaza, s’insurge contre un journaliste du site Rue89 (pourtant loin d’être une officine pro-israélienne !) qui avait entendu dans le cortège des slogans carrément antisémites. Après avoir nié, contre l’évidence, ces écarts de langage, Michèle Sibony se fait pédagogue : « Il y avait effectivement un cortège religieux, et les gens criaient Allah houakbar, et aussi “Lâ ilâha illâ Allâh”… Une dame un peu effarouchée m’a demandé de traduire : mais oui madame avec plaisir : “Dieu est grand, il n’y a de Dieu que Dieu”. La profession de foi monothéiste un vrai crime dans ce pays [sic]. Parfois j’ai envie de traduire : “mort aux fachos” mais je me retiens… Bon sang (ça aussi c’est religieux comme expression d’ailleurs, le savez-vous ? c’est le sang du Christ auquel cela fait allusion [resic]) le bourrage de crâne a marché à fond dans ce pays. Mais si des gens croyants ont besoin de se référer à leur foi pour protester contre un crime, cela absout-il le crime ? Est-ce en soit [re-resic] si insupportable ? Si dangereux ? Des amis musulmans m’ont expliqué qu’il y a dans l’islam l’idée que l’on ne doit se soumettre qu’à Dieu, ce qui libère l’homme de toute autre sujétion. N’est-ce pas une belle idée ? Que des hommes et des femmes, si souvent écrasés et dominés par tant de pouvoirs humains détestables rappellent leur seule soumission est celle qu’ils doivent à Dieu [re-re-resic]. Je trouve cela émouvant et beau. C’est une affirmation de leur liberté ici-bas, et de leur insoumission, justement. »

Ces propos sidérants, tenus quelques mois avant les massacres de janvier et novembre 2015, mais après les crimes de Mohammed Merah, donnent une idée de l’état d’esprit qui règne encore dans les rangs de l’UJFP.

« Notre cible, c’est les élèves des lycées. »

Cependant, après les attentats meurtriers des dernières années, il est plus délicat de faire aussi directement la promotion de l’islam radical. Aussi les militants de l’UJFP, qui compte dans ses maigres rangs une proportion notable d’enseignants, actifs ou retraités, ont-ils réfléchi à des méthodes plus sophistiquées pour propager leur credo éradicateur d’Israël dans la société, et notamment dans la jeunesse des quartiers dits « populaires », où leur idéologie pourrait trouver une écoute bienveillante. C’est désormais sous la bannière de « l’antiracisme » et de la lutte contre les discriminations – et avec la bénédiction de l’État – que l’on porte la bonne parole antisioniste dans les quartiers, les écoles, les associations. Ainsi naît, peu après janvier 2015, un projet de livre intitulé « Une parole juive contre le racisme », une sorte de manuel à l’usage des lycéens, analysant le racisme et l’antisémitisme sous une forme didactique apparemment neutre, mais diffusant un bréviaire constitué de trois messages principaux : il n’existe d’antisémitisme qu’occidental et d’extrême droite ; le sionisme est une idéologie raciste et colonialiste, elle-même largement responsable de la montée de l’antisémitisme à travers le monde  ; il se pratique en France un « racisme d’État  » dont les musulmans sont les principales victimes.

Obtenir l’imprimatur et l’aide de l’État pour ce projet se révèle extrêmement facile. Il suffit de présenter un dossier au CGET rédigé de manière à endormir la méfiance des fonctionnaires. On peut ensuite se réjouir du bon tour que l’on a joué aux autorités et, accessoirement, aux contribuables : à hauteur des 18 000 euros accordés à l’UJFP par le CGET sur l’exercice 2016. L’une des auteures de l’ouvrage, Béatrice Orès, se vante ainsi ouvertement de ce tour de passepasse lors d’une rencontre avec les lecteurs à la librairie Tropiques, à Paris : « Quand vous le regarderez [le livre], vous verrez qu’en quatrième de couverture il y a une magnifique Marianne tricolore… Cela indique le soutien du Commissariat général à l’égalité des territoires, CGET. Pourquoi ce soutien à un livre dénonçant le racisme d’État ? Comment vivons-nous cette contradiction ? Cela ne nous a pas dérangés. Nous avons fait un dossier pour avoir une subvention. On a construit le dossier pour qu’il soit accepté, donc on a utilisé des termes, on a utilisé le mot antisémitisme pour avoir cette subvention. C’est le paradoxe de notre gouvernement. Le CGET lutte contre les discriminations. Donc il subventionne des projets qui sont contre les discriminations. Ils [le CGET] ont soutenu notre publication sans jamais exercer de pression, ils n’ont pas vu l’ouvrage avant sa parution et nous n’avons eu aucun écho après. Rien. »

Répondant à une question du public, l’oratrice souligne que le livre est très illustré : « Notre cible, c’est les élèves des lycées. » Ce qui rend l’affaire encore plus fâcheuse.

Les clips de l’UFJP comparent les opérations israéliennes à Gaza à la déportation des Tziganes par les nazis.

Quand on a trouvé un bon filon, en l’occurrence une administration débonnaire et pas trop tatillonne, il serait vraiment dommage de ne pas l’exploiter à fond. Après avoir diffusé les 5 000 exemplaires du livre, l’UJFP procède à une nouvelle édition, toujours avec le soutien du CGET, au titre de l’exercice budgétaire 2017. Et passe à la vitesse supérieure : ayant constaté que le public visé, les lycéens des quartiers populaires, était plus friand d’images que de texte, l’équipe éditoriale de l’ouvrage décide de produire une série de clips vidéo dans lesquels les membres du noyau militant de l’UJFP (35 personnes) raconteront leur itinéraire devant la caméra pour illustrer les thématiques chères à leur organisation. La réalisation de ces clips est confiée à un cinéaste de renom, Eyal Sivan, Israélien installé en France, dont la spécialité est la dénonciation répétitive de son pays de naissance. Le résultat de ce travail peut être consulté en accès libre sur le site de l’UJFP, et l’on ne mentionnera ici que quelques extraits donnant un aperçu de leur contenu, dont le caractère propagandiste l’emporte nettement sur la perspective éducative. Ces clips accusent la France de promouvoir un racisme d’État. (« Je considère aujourd’hui que c’est [la loi sur le foulard à l’école] surtout un instrument islamophobe avec une volonté d’extension sur tous les espaces publics, une lutte islamophobe clairement organisée par l’État… ») Ils accusent Israël d’être un État structurellement raciste et le sionisme d’être raciste. (« Le sionisme est raciste. Je dirais même que le sionisme est antisémite. ») Ils mettent sur un même plan les opérations armées israéliennes à Gaza en réponse aux tirs de roquettes, l’assassinat des enfants juifs d’Ozar Hatorah par Mohammed Merah et la déportation des Tziganes par les nazis. (« Quand on meurt parce qu’on est palestinien et qu’on est bombardé par Israël ou quand on meurt parce qu’on est juif et qu’on se fait tuer par Mohammed Merah ou quand on meurt parce qu’on est tsigane et qu’on a été déporté par les nazis, en tous les cas on est victime d’un processus de déshumanisation… ») Comme le livre, ces clips portent le logo du CGET, indiquant le soutien de cet organisme public à cette opération.

Il nous a été impossible d’obtenir du CGET le montant de l’aide accordée à l’UJFP pour la réalisation de ce matériel de propagande, qui est désormais utilisé par cette organisation dans le cadre de ses activités militantes, la plupart du temps lors de réunions communes avec des organisations ouvertement islamistes. Il faudra donc attendre la publication, au printemps prochain, des documents budgétaires officiels (les « jaunes ») qui rendent compte de l’exécution du budget voté par le Parlement pour l’exercice précédent.

Manuel Valls tombe des nues

Nous avons présenté ces éléments à Manuel Valls, qui était Premier ministre en 2016, à l’époque où une première subvention avait été accordée à l’UJFP, alors que lui-même menait une vigoureuse campagne dénonçant l’antisémitisme se dissimulant sous le masque de l’antisionisme. Il tombe des nues et affirme ne pas avoir été informé par ses services de cette affaire : « Il s’agit bien évidemment d’un grave dysfonctionnement de l’État sur lequel la lumière doit être faite, nous a-t-il déclaré. Il est impensable qu’en tant que Premier ministre j’aurais pu donner un aval politique à de telles publications ! »

Cette affaire est maintenant du ressort d’Édouard Philippe, en tant qu’autorité de tutelle du CGET. Le Premier ministre pourrait commencer par donner une réponse précise et documentée à la question écrite qui lui a été posée, le 28 décembre 2017, par Loïc Hervé, sénateur (UDI) de la Haute-Savoie : « Alors que ces clips semblent être destinés à être projetés dans des établissements scolaires ou lors de réunions publiques dans les quartiers populaires, certains propos accusateurs contre la France semblent inappropriés et pourraient s’avérer contre-productifs. » Qu’en termes galants ces choses-là sont dites.

Un racisme imaginaire: La querelle de l'islamophobie

Price: ---

0 used & new available from

Alain Finkielkraut: « Nulle sphère de l’existence n’échappe désormais au principe marchand »

0
Alain Finkielkraut, septembre 2017. ©Hannah ASSOULINE/Opale/Leemage

Le meilleur de « L’Esprit de l’escalier » par Alain Finkielkraut.


Trois phrases d’Aharon Appelfeld 

Appelfeld, c’était Orphée au pays de Prométhée. Arrivé très jeune en Israël, il a été enrôlé dans la grande entreprise des bâtisseurs de la nation. « Nous sommes venus en Israël pour construire et être construits », disait-on autour de lui. Ce constructivisme effréné se traduisait par l’anéantissement de la mémoire, par un changement radical et par la fusion avec ce lopin de terre. L’hébreu était la langue même de la rupture. Or, Appelfeld a trouvé en lui la ressource de désobéir. Il adhérait au projet sioniste, mais il n’a pas laissé la construction prendre intégralement possession de sa vie. Du passé, dont on l’invitait à se défaire, il a fait la matière même de son œuvre. Sa mère, assassinée au tout début de la guerre, était son Eurydice et cet endeuillé, esseulé parmi les futuromanes, n’a jamais voulu détourner les yeux de la catastrophe qui l’a englouti. Ce que l’on peut, en outre, déduire des admirables traductions de Valérie Zenatti, c’est qu’il a trouvé dans l’hébreu non la langue de l’ici et maintenant, mais, par l’économie de mots, par le refus de se répandre en adjectifs, une manière biblique de dire les choses. Le savoir qu’il nous transmet excède le savoir et parle à l’âme. Ainsi, cette phrase toute simple pour dire l’horreur abyssale du délaissement : « À peine six mois auparavant, j’avais des parents. À présent, mon existence n’était plus que ce qui se déroulait devant mes yeux. » Les parents, c’était une inscription et une destination, et soudain, l’enfant est seul. Nul n’est plus là pour humaniser le sol, civiliser le temps, ordonner et solidifier dans un monde le flux sauvage du réel.

Et puis, il y a une autre phrase que je n’ai jamais oubliée. C’est dans L’Amour soudain : le héros est un écrivain à l’automne de sa vie. Il se souvient de son enfance et de sa jeunesse en Bucovine. Ses parents tenaient une épicerie. Sans avoir choisi la voie d’une assimilation conquérante, ils n’avaient conservé que quelques rites religieux sans vie, sans joie. Ils vivaient entre deux mondes, ce que le fils ne supportait pas. Alors il choisit, lui, l’engagement communiste. Sa fidélité au Parti et l’hostilité qu’il portait aux membres de sa tribu étaient intimement mêlées. Ernest, c’est son nom, rendait plusieurs fois par an visite à ses parents. « Ceux-ci, avec l’âge, devenaient de plus en plus embarrassés, de plus en plus figés. Ernest s’asseyait, alignait quelques phrases bouffies d’orgueil, puis s’en allait. » Et voici la phrase : « Après son départ, les parents restaient interdits, comme s’ils venaient de subir un cambriolage d’une extrême violence. » Je n’ai jamais été, au sens d’Ernest, un militant révolutionnaire, jamais, non plus, même dans ma période gauchiste, je ne m’en suis pris au « tribalisme juif ». Mais, j’avais le verbe facile et il m’est arrivé, non seulement, de me disputer avec mes parents mais, fort de la stupide supériorité de l’éloquence, de les engueuler. Lue après coup, la phrase d’Appelfeld est restée fichée en moi comme un remords.

À son ami Philip Roth, Appelfeld a confié que la nécessité d’être fidèle à lui-même et à ses souvenirs lui a donné un ancrage. Il ne s’est pas senti contraint de se précipiter au-devant de l’actualité pourtant haletante en Israël, il l’a même tenue à distance : « Les événements du quotidien frappent bien à toutes les portes, mais ils savent que je ne reçois pas des hôtes aussi agités. » Cette phrase aussi me hante parce que je fais exactement le contraire : ma porte est en permanence ouverte aux hôtes agités qu’Appelfeld refuse de recevoir. Certains, parmi mes proches, s’en inquiètent, souffrant des campagnes dont je suis régulièrement l’objet, ils m’invitent à la prudence et même au retrait. Je continue pourtant, je ne ferme pas la porte, et, pour le coup, je n’ai pas honte, je n’éprouve aucun remords. Je ne saurais, sans jouer la comédie, m’approprier le passé d’Appelfeld, et je vois aujourd’hui l’histoire sortir de ses gonds. Le présent ne ressemble à rien de ce que la philosophie avait prévu pour lui. Il ne se laisse pas ranger sous la catégorie du Progrès et il échappe aux prises de l’expérience. Une question simple et vertigineuse s’impose donc à la pensée : qu’est-ce qui se passe ? J’essaie, jour après jour, d’y répondre.

Les femmes ne parlent pas d’une seule voix

Le 31 décembre 2017, Le Monde a publié une tribune de Sandra Muller, la journaliste à qui la France reconnaissante doit le hashtag #balancetonporc. Ce texte est très instructif car elle y relate la genèse de son exhortation : « “Balance ton porc !”, je trouvais cette expression vulgaire. Au départ, elle décrivait le producteur Harvey Weinstein sous le coup d’accusations différentes, du comportement irrespectueux au viol. À Cannes, on l’appelait “le porc”. Puis je me suis souvenue de paroles dégradantes que, moi-même, j’avais entendues au cours d’un festival qui se déroulait justement à Cannes. Un directeur de chaîne m’assénait : “Tu as de gros seins, tu es mon type de femme, je vais te faire jouir toute la nuit.” Cette phrase était choquante, pathétique et très présomptueuse. J’ai décidé de donner le nom de mon agresseur verbal sur mon réseau afin de montrer l’exemple. Il fallait d’urgence arrêter ce type de comportements. » Cet agresseur, elle l’appelle, dans la suite de l’article, son « bourreau ». Elle dit que l’apostrophe dont il s’est rendu coupable a provoqué chez elle « honte, déni, faille spatio-temporelle », et qu’il lui a fallu des années pour verbaliser. La campagne déclenchée par l’affaire Weinstein a donc été placée dès le départ sous le signe de l’indiscrimination. Les hiérarchies, les distinctions, les degrés, qui sont la raison d’être du droit, ont été balayés. Tout a été logé à la même enseigne criminelle. Pour avoir tenu des propos déplacés lors d’un cocktail arrosé très tard dans une soirée, Éric Brion a été lynché sur les réseaux sociaux. Et comme il le précise lui-même dans une tribune publiée à côté de celle de Sandra Muller, les conséquences de cette dénonciation ont été, aussi bien personnellement que professionnellement, très importantes, et très pénalisantes. Ainsi, afin de mieux lutter contre les conduites barbares, en vient-on à saper les fondements mêmes de la civilisation. Qu’est-ce en effet qu’être « civilisé », sinon distinguer et distinguer encore ?

À la lecture de ces deux textes, j’ai été tenté d’intervenir, mais je savais que j’allais être inaudible car je suis un homme, c’est-à-dire, à moins d’avoir fait ma « nuit du 4-Août » en épousant la cause des balances, un ci-devant, un contre-révolutionnaire. La pétition parue le 10 janvier sous le titre « Des femmes libèrent une autre parole » a donc été pour moi une magnifique surprise. « Le viol, y lisait-on, est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste. » Et le texte mettait en garde contre une justice expéditive, qui sanctionne des hommes dans l’exercice de leur métier, qui va parfois jusqu’à les contraindre à la démission alors que leur seul tort est d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses intimes lors d’un dîner professionnel, ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque.

Les signataires ont payé très cher l’audace de leur bon sens. Elles ont été attaquées avec une violence inimaginable. On leur a opposé la cérémonie des Golden Globes à New York, où les stars étaient en noir, et où le présentateur a fait rire l’assistance par ces mots atroces : « Harvey Weinstein reviendra dans vingt ans dans le rôle du premier homme à être hué à son propre enterrement. » Pourquoi « hué » ? Pourquoi cette suspension, à son seul détriment, du respect silencieux dû aux morts ? Parce que c’est le Mal et le Mâle qu’on espère ensevelir avec lui. Dans la gigantomachie du néoféminisme, le chiffre 2 règne en maître. Deux subjectivités s’affrontent, l’une entièrement bonne, l’autre ignominieuse. Il n’y a pas de zone grise, pas de clair-obscur, pas d’équivoque, rien de mélangé ni d’inextricable. Les individus eux-mêmes ne sont que des représentants. Ils appartiennent à un camp ou à l’autre et c’est la lutte finale. Dans ce moment paroxystique, la parole des femmes se devait d’être une et indivisible. D’où la colère suscitée par les voix dissonantes. D’où l’allergie aussi à la jurisprudence littéraire de la vie humaine. « Quand on généralise la souffrance, on a le communisme. Quand on particularise la souffrance, on a la littérature », écrit Philip Roth. Communistes d’un nouveau type, les néoféministes censurent les œuvres récalcitrantes ou même les corrigent pour les faire entrer dans leur schéma. Elles se réjouissent, à l’instar de la grande historienne Michelle Perrot, que dans une mise en scène affranchie des stéréotypes de genre, Carmen tue Don José. Bref, ce sont d’impitoyables misomuses.

A lire aussi: Défense de Brigitte Lahaie

Mais je ne parlerai pas à leur propos de puritanisme. Nul dégoût chez elles et leurs compagnons de route des fonctions corporelles. Elles ne poursuivent pas le combat de l’esprit contre la chair. La domination est leur obsession, non le péché. Elles n’entendent pas réprimer la sexualité, elles veulent la démocratiser et se donnent même pour mandat d’instaurer le règne définitif de l’égalité et de la transparence en nettoyant de toute ambiguïté, de toute aspérité, de toute asymétrie, les rapports entre les êtres. Ce qui nous menace, ce n’est donc pas un retour à l’ordre moral, c’est une nouvelle version de l’avenir radieux. Les porcs et leurs allié.e.s s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – « trop lentement –, mais inexorablement », annonce la grande prêtresse du mouvement, Caroline De Haas. La pétition à laquelle la signature de Catherine Deneuve a donné une ampleur planétaire est une protestation de vieux monde, c’est-à-dire de la condition humaine contre l’ambition messianique de façonner un être humain nouveau.

On a reproché à ces trouble-fête de défendre la liberté d’importuner. Mais l’importun, c’est celui qui tente vainement sa chance. Il ne faudrait pas que son échec lui soit, en plus, imputé à crime. On leur en a voulu aussi d’oser affirmer qu’une femme peut ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro. On devrait plutôt s’interroger sur cet étrange tropisme du temps présent : l’appétence pour la position de victime. J’ai, pour ma part, un seul regret : que les porteuses de l’autre parole soient allées jusqu’à excuser lesdits frotteurs par la misère sexuelle. Ceux qui s’adonnent à de telles pratiques ne sont pas des mâles dominants, mais des frustrés sournois. Ils ne méritent pas pour autant la moindre indulgence.

Marché total 

Depuis qu’a éclaté l’affaire Weinstein, la domination masculine est sur la sellette. Or, voici qu’une tribune signée notamment par Élisabeth Badinter, Annie Ernaux, Michelle Perrot et Irène Théry réclame l’ouverture d’un débat serein sur la GPA, c’est-à-dire sur la pratique sociale des mères porteuses, pour que celle-ci soit enfin légalisée en France. Or, de quoi s’agit-il ? De l’appropriation par des couples en mal d’enfant du corps de certaines femmes. Comme l’écrit Sylviane Agacinski, la gestation pour autrui consiste, sous des dehors lévinassiens, à louer une vie jour et nuit pendant neuf mois. « Chaque monde, écrivait Péguy, sera jugé sur ce qu’il aura considéré comme négociable et non négociable. » Notre monde risque donc de passer un mauvais quart d’heure au Jugement dernier, car il est celui de « l’universelle négociation » : tout désormais se monnaie, nulle sphère de l’existence n’échappe au principe marchand. On peut même acheter des grossesses et leurs « produits ».

Quand les militantes de la maternité de substitution affirment que c’est en l’encadrant qu’on mettra fin au trafic, elles se mentent à elles-mêmes. Aucune femme ne peut porter l’enfant d’une autre pour la beauté du geste. C’est le manque d’argent et rien d’autre qui pousse à cette extrémité. Si la rémunération est insuffisante, il y aura pénurie de candidates et les « parents d’intention » continueront à se fournir ailleurs. Le regretté Pierre Bergé, au moins, ne se racontait pas d’histoires : « Moi, je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? »

Nous sommes à la croisée des chemins : soit le contrat fait loi en toutes circonstances, soit le droit protège encore la dignité et l’indisponibilité des personnes. Mais le droit ne cesse de reculer sous les assauts des droits de l’homme. Dès qu’il veut faire entendre sa voix et fixer une limite, on lui oppose la liberté discrétionnaire des individus : pourvu que tout le monde y trouve son compte, chacun doit pouvoir faire ce qu’il veut de lui-même et pour lui-même. C’est ainsi que des adversaires résolus des excès de l’économie de marché plaident avec ardeur pour la société du marché total.

Les néoféministes ont donc raison : le combat pour l’égalité et la dignité de toutes les femmes n’est pas terminé. Mais contrairement à ce qu’elles proclament, le pouvoir mâle n’est plus l’ennemi principal. On se trompe d’époque en fustigeant l’ordre patriarcal quand c’est, porté par la technique, l’individualisme qui tient le haut du pavé et qui réclame comme un dû l’aliénation intégrale de celles qui sont les plus vulnérables.

Histoire d'une vie

Price: ---

0 used & new available from

 

Causeur: ne laissez plus Facebook décider pour vous !

0

Facebook a changé sa politique et ne vous laisse plus voir les contenus de Causeur comme avant. Voici comment y remédier facilement.


Ce n’est pas lié à la dernière couv’ de Causeur mais Facebook a changé son algorithme. Le réseau social a décidé de privilégier les contenus « familiaux », postés par vos « amis », à ceux publiés par les « pages », comme celles des différents médias que vous suivez. Conséquence évidente de ce changement : les publications de votre magazine préféré apparaissent moins sous vos yeux.

Si vous ne voulez plus laisser Facebook choisir pour vous, une simple manipulation, pas plus longue qu’un « clic », vous permettra de continuer à profiter au mieux de Causeur – et à n’en rien rater !

Pour cela :

  1. Rendez-vous sur la page Facebook de Causeur :

Capture d’écran 2018-02-07 à 14.55.50

 

  1. Survolez le bouton « déjà abonné(e)s » qui se trouve entre le bandeau de présentation du dernier magazine et la première publication de la page.

Capture d’écran 2018-02-07 à 14.56.33

 

  1. Cliquez sur « Voir en premier ».

 

Même chose sur votre mobile:

  1. Rendez-vous sur la page Facebook de Causeur :

FullSizeRender

 

 

 

 

 

 

 

 

2. Cliquez sur le bouton « Abonné(e)s »:

FullSizeRender[1]

3. Sélectionnez « Voir en premier »:

FullSizeRender[2]

 

Félicitations, vous venez de jouer un mauvais tour à Mark Zuckerberg !

 

 

L’art est-il dangereux pour les femmes ?

0
A gauche: "Hylas and the Nymphs" de John William Waterhouse. A droite: l'emplacement où il se trouvait avant son retrait dans le cadre d'une performance artistique visant à faire réfléchir au sexisme de l'art victorien.

« Il me plaît d’être battue », réplique Martine, l’épouse de Sganarelle, à ce M. Robert, noble ami des bêtes et des dames en détresse qui tentait de s’interposer dans les querelles du couple. Comment ? Molière, vous êtes sûr ? Celui même qui a écrit L’Ecole des femmes ? Eh bien oui : au XVIIe siècle, les maris battent leurs femmes (et leurs enfants, et leurs valets – voir Les Fourberies de Scapin), et à la rigueur les épouses et les valets s’en vengent. Mœurs infâmes ! Et on ose étudier Le Médecin malgré lui en Sixième ?

Interdisons Molière, Charb, Picasso…

Interdisons Molière ! Ou tout au moins faisons disparaître les scènes les plus choquantes pour notre bon goût contemporain. Après tout, les éditions de Dom Juan parues sous Pétain sucrent la fameuse scène du Pauvre, où le grand seigneur méchant homme incite un malheureux à blasphémer. Et blasphémer, ce n’est pas bien, pensaient Pétain et les étudiants du syndicat Solidaires qui ont tout récemment tenté de faire interdire la lecture, à Paris-VII et à Valenciennes, du dernier écrit de Charb, Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, rédigé juste avant que le dessinateur de Charlie ne la ferme définitivement… Quant aux autorités universitaires qui ont toléré la représentation à la condition expresse qu’aucune publicité ne soit faite à l’événement, on les applaudit bien fort.

A lire aussi: La guerre contre Charb aura bien lieu

La grande vague puritaine initiée par l’affaire Weinstein (à propos, il est inculpé, ou tout ça, c’est du bidon ?) étend ses tentacules sur le monde de l’art et de la littérature. La Manchester Art Gallery vient de décrocher une toile pré-raphaélite de John William Waterhouse et a remplacé in situ l’œuvre d’art par le mémo suivant :

Cette galerie présente le corps des femmes soit en tant que « forme passive décorative » soit en tant que « femme fatale ». Remettons en cause ce fantasme victorien ! Cette galerie existe dans un monde traversé par des questions de genre, de race, de sexualité et de classe qui nous affectent tous. Comment les œuvres d’art peuvent-elles nous parler d’une façon plus contemporaine et pertinente?

En incitant les gens à donner leur avis par post-it (je dois à la vérité de dire que la plupart condamnent cette censure d’une stupidité abyssale). Sûr que la cause des femmes, comme disait Gisèle Halimi autrefois, est bien défendue dans ce musée.

Le révisionnisme féministe ne sait plus où donner de la tête. Le grand photographe américain Chuck Close est accusé lui aussi de « comportements inappropriés ». Ah ah, grande nouvelle, les photographes couchent parfois avec leurs modèles (je ris, mais on a poussé le malheureux David Hamilton au suicide avec ce genre de « révélations ») ! Du coup, une rétrospective de son œuvre qui devait se tenir à la National Gallery of Arts a été annulée. Et des femmes suggèrent désormais de réévaluer sérieusement l’œuvre de Picasso : qu’attend le musée parisien consacré au peintre pour…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

Price: ---

0 used & new available from

L'École des femmes à 1,55 euros

Price: ---

0 used & new available from

Chypre, un pays éparpillé façon puzzle

0
Les soldats de l'ONU contrôlent une zone démilitarisée entre la Chypre "turque" et la Chypre "grecque". Ici à Nicosie, en juin 2017, des partisans de la paix se sont introduits dans cette zone. SIPA. AP22071471_000008

A l’issue du deuxième tour de l’élection présidentielle à Chypre, dimanche 4 février, le président conservateur sortant Nicos Anastasiades (Rassemblement démocrate, DYSI), 71 ans, a été réélu pour un nouveau mandat de 5 ans, avec 56 % des voix, contre 44% pour son rival de gauche, Stavros Malas, du Parti Progressiste des Travailleurs (AKEL). Cette réélection, sans réelle surprise, ne fera pas pour autant disparaître comme par magie les immenses défis qui hypothèquent l’avenir de l’île.

Réunification oubliée

Les espoirs d’une réunification, qui étaient pourtant encore à l’ordre du jour en 2017, s’amenuisent de jour en jour. De nouvelles négociations menées en juillet 2017 à Crans-Montana (Suisse) ont une nouvelle fois échoué. L’île demeure divisée en deux entités, avec une forte présence militaire turque au Nord, estimée à 35 000 soldats. La République auto-proclamée de Chypre-Nord (République turque de Chypre-Nord, RTCN), reconnue uniquement par la Turquie, ressemble de plus en plus à une Turquie miniature. Des projets tels que celui de la construction d’un aqueduc sous-marin, qui alimenterait en eau potable la partie Nord de l’île à partir de la ville turque de Mersin, ne vont pas dans le sens d’une réunification.

Au fil des décennies, depuis la grande partition de 1974 et le début de l’occupation turque, les diplomates ont imaginé la création d’un Etat fédéral bi-communautaire qui aurait permis aux deux entités de se remettre à vivre ensemble et non plus séparées par une zone-tampon de 180 km de long, sous contrôle de la force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) forte d’un millier d’hommes. Et ce, en dépit des efforts déployés par le président de la RTCN, Mustafa Akinci, ancien maire de la municipalité de Nicosie-Nord pour faire aboutir le projet d’un pays réunifié.

Erdogan te regarde

En 2004, les Chypriotes grecs, considérant dans leur majorité que le plan de paix, mis au point sous l’égide de l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan (le Plan Annan), faisait la part trop belle aux Chypriotes turcs, s’étaient opposés à un processus de réunification et avaient voté « non » au référendum. Aujourd’hui, c’est au Nord que l’hostilité à ce projet se développe : les nationalistes et les conservateurs ont remporté les élections législatives de janvier 2018. L’idée d’un pays pour deux Etats est en train de faire son chemin, l’on réfléchit maintenant à un projet de confédération de deux Etats-nations.

Le problème des biens spoliés continue pourtant d’envenimer les relations entre le Nord et le Sud, plus de quatre décennies après les massacres et la tragédie collective des échanges de populations (150 000 Chypriotes grecs et 50 000 Chypriotes turcs). Au Nord, la station balnéaire abandonnée de Varosha/Maras, sorte de Juan-les-Pins où le temps s’est arrêté en 1974 lors de l’invasion turque et aujourd’hui gardée par les forces turques, est toujours l’emblème de ces événements tragiques.

Les cicatrices de la crise

La situation qu’ont, par ailleurs, enduré les classes moyennes dans la partie Sud, lors du déclenchement de la crise économique en 2013, continue de grever le rétablissement du pays dans l’économie globale, en dépit d’une sortie de l’ornière qui se traduit par un taux de croissance actuel de 4%, soit le taux le plus fort de la zone Euro, et des records battus en termes d’affluence touristique avec 3,4 millions de visiteurs en 2017.

Pour mémoire, en 2008, l’entrée de la République de Chypre dans la zone euro ne laissait pas présager les épreuves à venir. En 2013, face à l’effondrement du secteur bancaire et aux injonctions des pays de l’Eurogroupe et du FMI de renflouer les banques et de financer le déficit, l’Etat impose des ponctions massives sur les dépôts bancaires en échange d’un prêt de 10 milliards d’euros consenti par ces mêmes institutions. Les comptes excédant 100 000 euros à la Bank of Cyprus perdent, par exemple, plus de 60% de leur épargne. Les petits épargnants (dépôts de moins de 20 000 euros) ont, quant à eux, senti le vent du boulet car ils étaient tout d’abord dans la ligne de mire et devaient être ponctionnés. Le Parlement chypriote manifesta heureusement sa forte opposition auprès de l’Eurogroupe et du FMI et le plafond fut relevé à 100 000 euros.

Cinq ans après, le président Anastasiades a promis, pendant sa campagne électorale, de tenter de rembourser les épargnants spoliés. Mais les dégâts dans les classes moyennes (certains Chypriotes ont perdu les économies de toute une vie de travail) sont durables. De plus, cette amère expérience dans un Etat membre de l’Union européenne laisse se profiler le spectre de la ruine des épargnants dans les autres pays de la zone euro, y compris en France, où la directive européenne relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances (Bank Recovery and Resolution Directive, BRRD) a été transposée par ordonnance à la France le 21 août 2015, et est entrée en vigueur le 1er janvier 2016. Cette directive donne désormais la possibilité aux banques en faillite de se tourner vers les déposants.

Oeil de Moscou et bras de fer turc

Une des raisons de la crise majeure de 2013 à Chypre est notamment liée à l’ampleur disproportionnée des dépôts d’origine russe dans les banques chypriotes, ils atteignaient le chiffre record de 20 milliards d’euros sur les 70 millards d’euros de dépôts. Près de 60 000 russes (sur une population totale de 1,1 million pour l’ensemble de l’île !) ou ressortissants de l’ex-URSS résident à Chypre. Depuis 2015, le pays offre la possibilité aux Russes, qui disposent de 2 millions d’Euros (contre 10 millions dans les années 2000) – ainsi qu’à tout riche investisseur – d’acheter la nationalité chypriote et donc la citoyenneté de l’UE. En 2011, Moscou a accordé à Chypre un prêt de 2,5 milliards d’euros, que le pays est toujours en train de rembourser.

L’entrisme russe n’est pas seulement économique et social, il est également stratégique. En 2015, alors que le pays abrite encore deux bases militaires souveraines (Sovereign Base Areas) de la Couronne britannique, le gouvernement chypriote accepte, au grand dam des Etats-Unis et de l’OTAN, de laisser la Russie utiliser ses ports de Limassol et Larnaca dans le cadre d’un rapprochement officiel entre les deux pays. La création d’un parti russe Ego o Politis (« Moi le citoyen ») à l’automne 2017 est certainement venu confirmer ces craintes, d’autant plus que quelque 25 000 ressortissants de l’ex-Union soviétique avaient le droit de participer au scrutin présidentiel cette année.

Autre défi pour Chypre : surmonter l’opposition de la Turquie à l’exploration des importantes réserves gazières découvertes (estimées à 127,4 milliards de mètres cubes) en 2011, au large de l’île. Le président Erdogan lui-même s’y est publiquement opposé. Cette manne gazière serait pourtant la bienvenue pour ce pays (un peu plus de 9000 km2) dont la superficie dépasse de peu celle de la Corse.

Dans ce contexte particulier, il n’est pas certain que le nouveau mandat du président Anastasiades permette de forcer le destin et d’engager enfin le pays sur la voie de la prospérité.

Daval/Darmanin, le grand écart du procureur Schiappa

0
Marlène Schiappa à l'Assemblée nationale, novembre 2017. SIPA. 00833902_000025

Marlène Schiappa a adopté des postures contraires dans les affaires Daval et Darmanin. Si le néo-féminisme est à géométrie variable, la justice, elle, ne l’est pas.


La guerre des sexes que nous annoncions au début du séisme de l’affaire Weinstein semble bel et bien déclarée. Alors que l’islamologue Tariq Ramadan vient d’être placé en détention provisoire à la suite de dénonciations de viols par deux plaignantes, Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, mis en cause pour des faits que la plaignante qualifie de viol par surprise, se voit renouveler « la confiance et la solidarité » du président de la République, du Premier ministre, et de l’ensemble des membres du gouvernement. Incluant Marlène Schiappa, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, héraut de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui s’indignait hier encore de « l’impunité des crimes sexuels en France ».

Une « standing ovation » a même été offerte à Gérald Darmanin à l’Assemblée nationale, mardi 30 janvier, par de nombreux députés marcheurs : n’étant pas mis en examen, il conserve la « totale confiance » du gouvernement, alors que s’ouvre l’enquête préliminaire pour les faits dénoncés par Sophie Spatz.

« Aucune intention de nuire »

Dans le même temps, circule sur internet une pétition mise en ligne par des féministes de combat, estimant une mise en cause pour viol incompatible avec le maintien d’un ministre à son poste. L’évolution de cette pétition sera sans doute surveillée comme du lait sur le feu par les différents conseillers et un succès, qu’elle ne semble pour l’instant pas rencontrer, pourrait conduire, sauf classement sans suite intervenant rapidement, à une révision du tout au tout de la position officielle.

A lire aussi: Affaire Darmanin: quand le néo-féminisme harcèle la justice

La plaignante, Sophie Spatz, affirme sans rire n’avoir « aucune intention de nuire », souhaitant simplement que « les services enquêteurs puissent travailler sereinement [] afin que justice soit rendue ».

Un bref rappel des faits s’impose, afin de prendre la mesure, dans la lecture et le décryptage de cette affaire, de l’importance du tribunal médiatique, qui lui ne travaille pas vraiment dans la sérénité et pourrait bien, selon la tournure des événements, jouer un rôle déterminant.

L’affaire remonte à 2009. Ancienne call-girl, condamnée en 2004 pour des faits de chantage, appels malveillants et menace de crime, la plaignante avait approché différents responsables politiques pour faire réviser cette condamnation, pourtant définitive puisque confirmée en appel. Gérald Darmanin, alors âgé de 26 ans (aujourd’hui plus jeune ministre du gouvernement), était l’un d’entre eux.

« Je ne suis pas une gamine, j’ai compris tout de suite »

Le jeune chargé de mission au service des affaires juridiques de l’UMP va, selon les dires de la plaignante, lui offrir une oreille si attentive que l’exposé de son cas sera suivi d’une invitation à dîner, puis d’une virée en club libertin, et enfin d’un rendez-vous dans une chambre d’hôtel : l’effet de surprise, on en conviendra, pouvant être entamé par cet enchaînement.

Ce d’autant que la promesse d’intervention, à l’issue du dîner, laissait clairement entrevoir une contrepartie sexuelle : « Je ne suis pas une gamine, j’ai compris tout de suite », confiera la plaignante au journaliste du Monde, consentant finalement à une relation sexuelle tout en disant s’être sentie « prise en otage », en raison du besoin qu’elle avait de l’intervention promise. Consentante ? Pas si sûr, puisque la plainte qui sera déposée le sera pour viol et non pour harcèlement sexuel, infraction que l’on aurait pourtant pu invoquer, devant une relation sexuelle « extorquée » en échange de promesses ou de faveurs.

C’est prostrée, en proie au douloureux sentiment de « s’être fait avoir » que son mari dit l’avoir accueillie à son retour au domicile, au petit matin.

Sophie Spatz dénonce une première fois les faits en novembre 2009 : elle écrit alors à l’assistante parlementaire de Jean-François Copé ; le groupe UMP, dans sa réponse officielle du 10 décembre, lui conseillant d’intenter une action en justice. Mais Sophie Spatz ne se rendra à aucune des convocations des policiers : le dossier sera logiquement refermé et la plainte classée sans suite.

Marlène Schiappa ne sait plus où donner de la tête

En apprenant la nomination de Gérald Darmanin en mai 2017, la blessure se rouvre et la colère l’envahit : « hystérique », selon ses propres termes, elle se promet d’obtenir la démission du jeune ministre, appelle l’Élysée, s’y rend, écrit à François Bayrou, éphémère garde des Sceaux… Au mois de juin 2017, elle rencontre la féministe engagée qui sera son sauveur, mais aussi son coach, Caroline de Haas. Celle-ci prend l’affaire en main, explique à Sophie Spatz (et à son mari) que le consentement n’en était pas un, et que la « surprise » pourrait permettre de qualifier le viol.

Le risque politique à soutenir aujourd’hui Gérald Darmanin est donc mesuré : si le dossier ressemble à ce qu’en dévoilent les médias, la qualification de viol, fût-elle « par surprise » a bien peu de chances d’être retenue. Si des faits de harcèlement étaient qualifiés… ils seraient prescrits et ce, en dépit de la loi du 27 février 2017 qui doublait la prescription de ce délit, la portant de 3 à 6 ans.

Le paradoxe est pourtant flagrant : alors que Marlène Schiappa rappelle dans le cas de Gérald Darmanin que la présomption d’innocence vaut pour tous, citoyens comme politiques, elle n’hésite pas, au micro de RTL, à requalifier en assassinat le meurtre de son épouse Alexia, par son conjoint Jonathann Daval, alors même que le procureur de la République, Edwige Roux-Morizot, avait affirmé que la préméditation n’avait pas été retenue.

« Porter la voix de la raison au milieu de cette folie médiatique »

Dans le même élan, la secrétaire d’État s’indignait du fait que des considérations sur la personnalité de la victime aient été avancées par la défense, ce qui reviendrait à « légitimer les féminicides ». « Ce n’est pas une dispute, ce n’est pas un drame passionnel, c’est un assassinat ! », s’emportait-elle au micro de RTL le jeudi 1er février. La prétérition (« je dis ça pour le cas général et pas pour cette affaire en particulier ») n’y change rien : la qualification du crime venait d’être revue, au point que Christophe Castaner s’en est distancié, affirmant « qu’un ministre n’a pas à commenter une affaire judiciaire ». A fortiori lorsque le commentaire dénie aux avocats de la défense le droit de parler des déclarations de leur client et, dans une vision en noir et blanc de la relation auteur-victime, requalifie le crime.

Le soir-même, Edwige Roux-Morizot dénonçait « l’indécence » de certaines déclarations médiatiques, la violation du secret de l’instruction et l’oubli de la présomption d’innocence. Avec le mélange admirable de sobriété et de force qui caractérise ses déclarations ciselées, elle appelait à « porter la voix de la raison au milieu de cette folie médiatique ». L’utilisation du  terme de « meurtrier » (et non d’assassin) présumé, comme en écho aux propos de Marlène Schiappa, prenait ici tout son sens.

Les experts psychiatres devraient s’inquiéter et partager cette indignation : alors que la compréhension du passage à l’acte est l’un des principaux enjeux d’un procès d’assises, les accusera-t-on désormais, lorsqu’ils évoqueront une interaction fatale entre auteur et victime, de justifier le crime ? Ou encore de disculper l’auteur et de blâmer la victime ? Comme Hélène Roux-Morizot, nous souhaitons que la justice reprenne sa place et que la recherche de la vérité prenne le pas sur le militantisme.