Elles voient des machos partout

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Il y a un peu moins de trois ans, Pierre Salviac était l’un des journalistes sportifs les plus populaires du pays. Mais ça, c’était avant. Avant que cet habitué du « tweet » potache ne se fende d’un 140 signes sur Valérie Trierweiler, trois jours après l’élection de François Hollande : « À toutes mes consœurs je dis : “Baisez utile, vous avez une chance de vous retrouver première dame de France.” » Une blague franchement navrante, qui ne mérite certainement pas le premier prix d’élégance, mais qui a valu à son auteur… d’être viré de RTL au bout d’une heure et demie. Dans la foulée, Salviac s’excusait piteusement, comme un stagiaire désolé d’avoir préparé un café trop chaud. Le successeur de Roger Couderc a depuis perdu la voix et s’occupe… d’un site de voyages sur Internet.

Il paraît que c’est le sens de l’histoire. Et malheur à qui s’y opposerait. La chasse à l’homme des féministes, on n’y résiste pas. On y cède de peur d’être sa prochaine victime.[access capability=”lire_inedits”] Julien Aubert en sait quelque chose. Il n’est autre que le député UMP qui, en octobre dernier, avait refusé de saluer « madame LA présidente » de l’Assemblée. Résultat : une retenue sur indemnité limite illégale et des insultes à volonté. « J’ai eu droit à tout, soupire l’élu du Vaucluse, on m’a même mis dans le même panier que ce député [NDLR : Philippe Le Ray] qui avait fait des bruits de poule ! Ce qui montre leur manque de discernement total. Tout devient une attaque contre les femmes. » Depuis, Julien Aubert avoue se montrer beaucoup plus prudent. « Cette affaire m’a fait réfléchir. Pas question de baisser pavillon, mais si je continue à utiliser cette expression, on va me traiter d’horrible machiste. Alors je ne nomme plus, je parle sans désigner le titre… »

Comme le chantait Léo Ferré, dans notre beau pays, toutes les muselières ne sont pas faites pour les chiens. À l’origine de ce bâillonnement, un site Internet : Macholand. Cette plateforme de cyber-harcèlement est la créature de trois personnes, parmi lesquelles un geek doué, le militant Vert Elliott Lepers, et Caroline de Haas, fondatrice de l’association Osez le féminisme !, qui conseilla un temps Najat Vallaud-Belkacem au ministère des Droits des femmes. Lancé au moment de l’affaire Aubert, le site a exhorté ses adeptes à inonder les boîtes mail des soutiens du député. Imaginez le supplice chinois : recevoir 1 200 fois le même courrier, ça c’est du spam de progrès ! Les signataires du Manifeste des 343 salauds lancé par Causeur ont eu droit au même traitement de faveur…

Autre spécialité maison, la dénonciation du « sexisme » des pubs des grandes entreprises. Epson, par exemple, a eu le malheur de diffuser un spot pour les montres connectées où les hommes font de la course et où les femmes font des courses. Inutile de vous dire que cette pub pas très fute-fute n’a pas plu à Macholand. Lequel a commandé à 500 de ses « activistes » de bombarder la page Facebook d’Epson de leurs récriminations. 125 messages suffiront à provoquer le retrait de la réclame. Strike ! Penaud, l’animateur de la page Epson explique avoir « créé une cellule de crise dans les heures qui ont suivi la prise de connaissance du problème. On en a discuté ensemble au niveau français, puis on a fait remonter ça au niveau européen. » Une réunion de crise internationale pour… 125 messages. Rassurez-vous, depuis ce fâcheux incident, Epson assure avoir « établi un nouveau processus de création et diffusion de ses contenus ». Bref, Macholand peut dormir tranquille.

« Les féministes font peur aux grandes entreprises, confirme Valérie Planchez, vice-présidente du groupe Havas, premier publicitaire du pays. Le coût d’une polémique peut être terrible, c’est leur plus grande crainte. Peu de gens peuvent faire beaucoup de bruit et donc beaucoup de mal à une marque. »

La menace se fait omniprésente, si l’on en croit l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP), dont le jury de déontologie examine chaque semaine les doléances de la société civile. « Depuis toujours, c’est le premier motif de plainte », assure Stéphane Martin, directeur général de l’ARPP. Et leur nombre explose : 3 171 – « dont l’essentiel concernait des problématiques sexistes » – pour l’année 2014, soit sept fois plus qu’en 2013.

Ces chiffres n’ont rien d’étonnant, sachant que certaines associations féministes squattent littéralement les locaux de l’institution : « Elles poussent depuis une quinzaine d’années, constate Stéphane Martin. On croise régulièrement des représentantes des Chiennes de garde. » Pressions relayées par des représentants d’associations pro-féministes, comme le Conseil national des familles laïques (Cnafal), qui siège, lui, dans une autre instance associée à l’ARPP.

L’ARPP porte d’ailleurs une responsabilité directe dans la diffusion de cette peur puisque cette structure fixe, depuis 1935, les normes auxquelles les pubards doivent s’astreindre. « Ces règles, précise son directeur général, sont le reflet de la société civile. ». À tel point qu’aujourd’hui, « il n’y a presque plus de publicités sexistes ». Au moins aux yeux de l’Autorité, qui n’a relevé, l’an dernier, que 47 plaintes « fondées ». Stigmatisé en 2000, le phénomène du porno-chic a ainsi disparu dès 2008. C’est dire si la technostructure peut façonner le réel à sa guise, et le transformer lorsque les fils de pub renient leurs exigences idéologiques, pardon éthiques.

Les annonceurs sont d’autant plus malléables qu’une publicité coûte cher. Très cher même. « Il arrive que des parfumeurs dépensent 200 % de ce qu’ils vont gagner sur une année, explique Valérie Planchez. C’est beaucoup, beaucoup d’argent. L’audace, ça marche en matière de publicité, mais pour prendre des risques, il faut quand même avoir des couilles… »

Hélas, tout le monde n’est pas sévèrement burné. À l’Assemblée, 161 députés UMP ont remis leur courage à demain lorsqu’il s’est agi de voter la loi « pour l’égalité entre les femmes et les hommes », le 28 janvier 2014. « Beaucoup voulaient voter contre », reconnaît l’un d’entre eux, mais 161 se sont tout bonnement abstenus. De peur de se voir reprocher de s’être opposés au volet de ce projet de loi qui prévoyait de faire disparaître la notion de « détresse » attachée à l’IVG ? « Ce n’est pas glorieux, c’est une solution de repli dont je ne suis pas satisfait, continue cet élu de l’Est, visiblement affecté. Et je sais que je ne suis pas le seul à avoir des états d’âme, mais c’est une réalité, il y a des choses qu’il n’est pas de bon ton de dire. » Son collègue Rémi Delatte évoque pudiquement « l’importance des lobbies à l’Assemblée ».

Dans l’avenir radieux que nous préparent les gardes roses, on n’aura même plus besoin d’un rappel à l’ordre pour penser bien. Instruit par le scandale de la pub sexiste, le communicant d’Epson a ainsi adopté la cause de ses harceleuses, jusqu’à répéter ad nauseam : « Nous sommes contents que Macholand existe. » Et Orwell de conclure : « La lutte était terminée. Il avait remporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother. »[/access]

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*Photo: Jonathan McIntosh.

Juillet-Aout 2015 #26

Article extrait du Magazine Causeur


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