Johnny et la bande de la Trinité. Johnny et Gene Vincent. Johnny à l’Alhambra. Johnny et Line Renaud en marraine du métier. Johnny et Sylvie. Johnny dans une Ford Mustang au Rallye Monte-Carlo. Johnny et Bruno Coquatrix dans les loges de l’Olympia. Johnny à Nashville, Tennessee. Johnny chez Godard. Johnny et Jimi Hendrix. Johnny et Nathalie. Johnny à L.A. Johnny et le fisc. Johnny et Laura. Johnny en Harley, en perfecto, en bottes texanes, en David Lansky, en marionnette des Guignols, à Saint-Tropez chez Barclay, avec son copain Schmoll sur les fortifs, en Suisse dans un chalet, au Stade de France en héros national, en hélico au-dessus de Paris, à la mairie de Neuilly avec Sarko, à cheval en Camargue, en taulier du microsillon, en dévot du scopitone, en sergent au 43ème Régiment Blindé d’infanterie de marine, en forçat des tournées, en ermite des studios, en hippie ou en rocker, cheveux longs ou idées courtes, peu importe, avec cette vieille canaille, tous les souvenirs se ramassent à la pelle, ce matin.

Johnny, le thérapeute de tout un peuple

Il était l’ami des français, celui à qui on pardonne tout, ses excès comme ses faiblesses, celui qu’on déteste accabler car il a gravé dans notre cœur au moins un tube, un standard pioché, au hasard, dans son immense carrière. Un hymne à l’amour, au combat ou à la vie. Un titre yéyé, rockabilly, de variétoche ou une ballade chamallow, quelque chose de dérisoire et futile qui devient essentielle à notre existence quand la lumière s’éteint. Une simple chanson que sa voix puissante et gracile a élevé au rang d’œuvre éternelle. Il aura plus fait pour le rapprochement des corps et des âmes que toute la Pléiade réunie.

Ce grand artiste aura pratiqué un art mineur avec des accords majeurs. Sans Johnny, nous aurions assurément fait des conneries, certains soirs de déprime, quand le blues noircit l’horizon et que tout espoir semble enfermé à double tour au pénitencier. Johnny a toujours su retenir la nuit pour nous. Sur son Teppaz, Walkman, Discman ou lecteur mp3, que vous soyez flic ou badaud, nous avons chacun un tube qui résonne au plus profond de nous. Johnny criait pour nous, exultait pour nous, il aura été le thérapeute de tout un peuple. Alors, ce matin, on est triste même si on sait par expérience que les héros ne meurent jamais vraiment et que les légendes ont le cuir solide.

Johnny ne trichait pas

Cette affection pour ce chanteur jamais abandonné par son public vient de très loin, elle a pris naissance dans les brumes des Trente Glorieuses, dans un pays qui découvrait l’Amérique et les déhanchés d’Elvis, entre les Cadillac carrossées comme des Pin-up et le King, entre la soupe de grand-mère et les envies de Coca, entre ce désir d’ailleurs et une candeur adolescente. Avec lui, la vie pouvait commencer, il a allumé le feu. Nous avons grandi ensemble, nous nous sommes parfois éloignés au gré de certaines orientations musicales, mais le lien qui nous unissait, a finalement toujours résisté aux affres du temps.

Dans notre album de famille, Johnny prend une place à part, celle du tendre rebelle, du grand frère qui n’en faisait qu’à sa tête, qui déconnait souvent mais dès qu’il montait le volume sur scène, sa voix ne trompait pas. Il ne trichait pas, il mettait sa peau sur la table (de mixage) comme le claironnait Céline. Et puis, grâce à lui, les Français ont découvert la Route 66, l’origine du Rock, son essence même avec ses pères fondateurs, Chuck Berry en tête, les vestes à franges, une passion pour les loups et les huskies de préférence sur le dos des blousons, des sosies par dizaines qui se produisent dans des galas et cette frénésie d’achat pour les bagnoles les plus improbables.

Ah que… salut!

Ce matin, je le revois au volant de sa Ferrari 250 Spider California, posant devant sa gentilhommière de Montfort-L’Amaury, le bras sur la portière, sur une photo jaunie du début des années 1960 et cette impression qui s’est transformée en certitude au fil du temps que ce gars-là, il était terrible. Il s’appelait Jean-Philippe Smet et c’était notre idole.

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