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De Jawad à Abdeslam, petit délinquant deviendra tueur d’enfants

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Les procès de Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen et celui de Salah Abdeslam sont l’occasion de nous interroger sur les liens entre la délinquance et le terrorisme islamiste, beaucoup moins systématiques qu’on ne l’a dit parfois, mais néanmoins notables.

L’islam condamne les voleurs à avoir une main tranchée, et s’oppose à toute consommation de drogue. Dès lors, comment ne pas s’étonner des liens étroits que l’on observe entre une certaine frange de la délinquance – du moins en Occident – et le terrorisme islamiste ? Le constat est pourtant implacable.

Les réseaux asociaux

Tous les djihadistes ne sont pas d’anciens délinquants, loin de là, et tous les délinquants ne deviennent pas djihadistes. Il y a cependant une grande partie de la délinquance dont on sent intuitivement qu’elle appartient au même monde que les djihadistes, et que ce n’est pas vraiment le nôtre. C’est le monde des fameux « territoires perdus de la République » – dont il n’est pas inutile de rappeler que les habitants ne sont évidemment pas tous délinquants ni terroristes, que beaucoup subissent malgré eux le poids des bandes et des réseaux islamistes, que certains ont le courage de s’opposer fermement à la délinquance ou au terrorisme, mais que, malgré tout, délinquants et djihadistes sont le plus souvent au milieu d’eux comme des poissons dans l’eau.

L’importance des nuances ne doit pas rendre aveugle aux grandes tendances, et celles-ci en retour ne doivent pas faire oublier la complexité du réel ni la grande diversité des situations individuelles. Gardons-nous donc des explications simplistes et des généralisations caricaturales, mais ne refusons pas non plus le constat essentiel : une certaine délinquance est rattachée aux djihadistes avant tout par l’appartenance aux mêmes réseaux communautaires, et un égal mépris pour les Occidentaux et leur culture.

Pauvre victime socio-économique…

Commençons par rappeler ce qui devrait être évident, mais continue malheureusement à être nié par ceux qui soutiennent le déterminisme contre le libre-arbitre. Ceux qui voudraient faire du djihadisme la simple expression d’un malaise socio-économique ou une réaction à un racisme supposé – qui peuvent jouer un rôle dans des adhésions individuelles à l’islam politique, mais n’expliquent absolument pas son existence. Oussama Ben Laden n’était ni pauvre ni victime de discrimination à l’embauche, et la destruction du sanctuaire de Taëf en 632 n’a pas été ordonnée en réaction à la politique d’Israël ou des Etats-Unis…

Comme l’écrit très justement Gabriel Martinez-Gros : « Imagine-t-on d’analyser le nazisme comme on prétend aujourd’hui analyser le djihadisme, en détachant sa « base sociale » de son « propos idéologique » ? On en conclurait que les nazis furent des ouvriers malchanceux, des petits commerçants ruinés par la crise, des intellectuels au chômage, des ratés du système capitaliste… La guerre mondiale, la hiérarchie des races, l’extermination des juifs ? Mais de quoi parlez-vous ? Simple habillage infantile d’une violence de déshérités… »

Délinquance et djihadisme, les six liaisons dangereuses

Revenons aux liens entre le djihadisme et la délinquance. Ce n’est évidemment pas de n’importe quelle délinquance dont il est question, mais de celle dite « des banlieues », c’est à dire de personnes vivant dans des secteurs géographiques où la culture majoritaire est musulmane. De liens, j’en vois au moins six, sans aucune prétention à l’exhaustivité.

Le premier relève de la sélection la plus pragmatique. Un individu « normal » qui du jour au lendemain se découvrirait une vocation de terroriste aurait bien du mal à savoir comment s’y prendre. Tout le monde peut acheter un couteau de cuisine, agresser quelqu’un et se faire arrêter ou « neutraliser » par les forces de l’ordre. Mais trouver des armes, des planques, de faux papiers, voler des voitures pour se déplacer, disparaître après une attaque pour préparer l’opération suivante, voilà qui est tout autre chose ! A moins d’avoir parmi ses contacts un habitué de l’économie souterraine et des réseaux clandestins, l’aspirant djihadiste a peu de chances d’arriver à ses fins – du moins jusqu’à ce qu’il rencontre un autre fidèle de l’islam politique qui, lui, saura lui fournir les connexions nécessaires.

En parlant des délinquants radicalisés, le comité des experts contre le terrorisme du Conseil de l’Europe notait justement, en mai 2017 : « Loin d’être un obstacle, leur passé les a rendus indifférents à l’illégalité et la violence, voire les a dotés de « compétences » exploitables à des fins terroristes. »

Le second lien est bien cette attitude de sécession, pour ne pas dire de prédation, vis-à-vis de la société. Irrespect des lois, acceptation et même jouissance de la violence. Délinquants et djihadistes, y compris lorsqu’ils s’opposent, appartiennent aux marges brutales qu’Ibn Khaldoun appelle les « bédouins », d’autant plus agissantes que la société « normale », qu’il qualifie « d’impériale », se veut pacifiée et renonce à l’emploi de la force, interdisant même à ses membres d’en faire usage pour se défendre, ou ne l’acceptant qu’en se pinçant le nez.

Quand Yann Moix ferme les yeux sur les exactions des migrants envers les habitants de Calais, mais assimile la moindre utilisation de la force par l’État à du totalitarisme et aux « heures les plus sombres », il illustre à lui seul la pertinence des théories d’Ibn Khaldoun, et envoie aussi bien aux délinquants qu’aux djihadistes du monde entier un message clair : la France se sent coupable de se défendre, elle est donc une proie facile. D’où, d’ailleurs, l’importance que le message contraire soit relayé aussi bien par des intellectuels que par les pouvoirs publics : non seulement nous ne nous laisserons pas faire, mais nous ne nous en sentirons pas coupables et donc nous ferons preuve de toute la détermination nécessaire.

Le troisième lien est le phénomène de radicalisation en prison, qui a lui-même plusieurs causes. L’une d’entre elles est le besoin d’appartenance à un groupe pour ne pas rester seul dans un environnement hostile. Le prisonnier qui rejoint une bande en détention bénéficie évidemment d’une certaine protection de la part des autres membres, et dans certains cas comme celui des islamistes cette protection comprend une aide financière à la famille « à l’extérieur », et des points de chute une fois sorti de prison. Naturellement, cette appartenance impose des contreparties, et la protection peut vite se transformer en pression. On peut d’ailleurs rapprocher ce constat de celui des jeunes de quartiers dits « difficiles » qui font partie d’une bande pour ne pas être seuls, le solitaire étant une victime toute désignée. Là comme en prison, plus de fermeté de la part de l’État et des sanctions plus strictes permettraient de mieux protéger ceux qui respectent les règles, et éviterait aux uns et aux autres de devoir rechercher le soutien d’un réseau criminel pour être en sécurité.

Le quatrième est la souplesse bien plus grande qu’on ne l’imagine de l’islam politique envers la délinquance, dans certains cas du moins. Héritage fantasmé du temps des razzias, la violence envers les mécréants et autres kouffars est regardée avec indulgence, quand elle n’est pas ouvertement encouragée. Bien évidemment, le discours médiatique chargé d’une repentance à sens unique entretient un profond ressentiment, laissant croire que les musulmans d’Occident seraient privés de ce qui leur serait dû, en oubliant toujours de préciser qu’ils ont ici beaucoup plus de droits et de facilités que ne peuvent en espérer les non-musulmans en terre d’islam. Dans ce discours, la délinquance devient donc réparation d’injustices et non plus agression.

En outre, découlant de choix collectifs et non de l’autorité divine, les lois de la République sont jugées blasphématoires de par leur existence même, la charia seule pouvant être légitime pour réguler la vie en société. Dans la radicalisation, un délinquant trouvera une justification et même un encouragement à ses choix de comportements prédateurs, quitte à changer de « proies » pour n’avoir comme victimes que des « incroyants » ou de « mauvais musulmans »… c’est à dire tout le monde à part les adeptes de sa branche de l’islam ! On voit que la contrainte est des plus légères. Au fond, tout ceci n’est que la mise en application de ce qu’enseignait Al Ghazâli dès le XIe siècle : « Si un infidèle empêche, par l’action, un musulman (de faire quelque chose), c’est un acte d’autorité sur le musulman, ce qui constitue une humiliation pour ce dernier. or le débauché mérite l’humiliation, mais non de la part de l’infidèle qui lui, la mérite à plus juste raison. »

Le cinquième, paradoxal en apparence au regard du précédent, est celui d’une forme de désir de rédemption, ou du moins de soif de remplir un vide existentiel. N’en déplaise à certains, vouloir posséder une Rolex à 50 ans ou avoir envie de devenir milliardaire ne suffit pas à donner du sens à une vie. Qu’un délinquant de petite ou grande envergure finisse par aspirer à autre chose, par éprouver de la honte ou de la culpabilité, par ressentir le besoin de faire quelque chose de grand et qui dépasse la satisfaction de ses intérêts égoïstes, voilà qui devrait plutôt nous rassurer sur la nature humaine ! Nulle recherche de légitimation théologique de ses appétits dans un tel cas, mais au contraire un authentique besoin de se racheter, de se mettre au service d’une cause plus grande que soi.

Or, les djihadistes bénéficient d’un prestige certain auprès d’une part non négligeable de la communauté musulmane occidentale, y compris auprès de ceux de ses membres qui ont choisi la délinquance comme mode de vie. Plus encore, même lorsque leurs méthodes sont rejetées, leur idéal n’est que timidement critiqué quand il n’est pas implicitement approuvé, et ils s’appuient de surcroît sur des références culturelles et religieuses familières, et connotées positivement dans la communauté. Par le recours permanent à l’autorité des textes fondateurs, le djihadiste juge sans qu’on puisse le juger. Rien d’étonnant donc à ce que ce soit au service de cet idéal-là, si pervers soit-il en réalité, qu’un repenti sincère puisse décider d’offrir sa vie.

Méditons ce constat fait au sujet du parcours d’un jeune catholique converti à l’islam : « Autour de lui, personne n’a l’air prêt à donner sa vie pour les formules un peu fades qu’il entend au caté ou à la messe. Où sont les abbés Pierre dans cette banlieue trop tranquille où les copains passent leur temps à fumer des joints ? »

On peut débattre pour savoir s’il faut plus de courage pour mourir en martyr glorieux d’une cause, ou pour vivre en la servant humblement au quotidien. Mais on ne peut nier la séduction qu’exerce l’intensité de l’engagement des djihadistes, fascination même, au point d’abolir tout regard critique sur la monstruosité de ce qu’ils servent et des crimes qu’ils commettent en son nom.

Enfin, n’oublions pas la solidarité communautaire, ou plutôt communautariste, aux triples ressorts ethniques, culturels et religieux. Il y a les liens familiaux ou de voisinage en France, mais aussi les réseaux toujours actifs dans les pays d’origine pour les personnes issues de l’immigration, qui malgré quelques convertis forment tout de même l’essentiel des djihadistes. Il y a l’habitude de la loi du silence dans les quartiers sensibles, qui y prédispose à donner asile à des criminels sans se demander s’ils sont terroristes ou de droit commun. L’habitude aussi de côtoyer tant la délinquance que les marqueurs de l’islam politique, qui les banalisent l’un et l’autre. Et la sympathie pour la cause de l’islam politique, ainsi que la croyance en la légitimité de la charia, favorisent plus que fortement la complaisance envers les djihadistes de la part d’une portion non négligeable des habitants des « territoires perdus », qu’ils soient ou non délinquants.

Surtout, l’islam littéraliste pousse fermement les musulmans à toujours soutenir un « frère » ou une « sœur » contre les « mécréants », quoi que ce « frère » ou cette « sœur » puisse avoir fait… ou avoir l’intention de faire. L’Oumma avant tout ! Trop de musulmans qui, pourtant condamnent les crimes des terroristes, se sentent malgré tout plus proches d’un djihadiste que d’un athée, d’un païen, d’un juif, voire d’un chrétien…

Ce n’est pas pour rien que Houria Bouteldja déclarait en 2012 : « Mohamed Merah c’est moi, et moi je suis lui. » Ce n’est pas que postcolonial ou décolonial, son « amour révolutionnaire » se dit surtout « Allahou akbar », et son injonction aux « Blancs » dans Les Blancs, les Juifs et Nous est sans ambiguïté : « changez de Panthéon, c’est ainsi que nous ferons Histoire et Avenir ensemble » car sinon « demain, la société toute entière devra assumer pleinement le racisme anti-Blanc. » Pour elle, la séparation entre croyants et incroyants surpasse toute autre considération, et on en revient au djihad : la conversion ou la mort. Décidément et résolument, en matière de panthéon je préfère la Triade capitoline !

C’est d’ailleurs la même réaction de défense de la communauté au prix de l’éthique qu’on peut voir à l’œuvre dans la dénonciation frénétique des prétendus amalgames – en réalité refus de l’autocritique et fuite face aux responsabilités. Même les condamnations prononcées ne le sont généralement que précédées d’une exclusion : « ce n’est pas ça l’islam », « ce ne sont pas de vrais musulmans », et trop rares sont ceux qui, comme Abdennour Bidar, ont le courage et l’honnêteté de dire que si l’islam ne se résume pas au djihadisme, il le porte néanmoins en lui.

Il faut imposer le respect de nos lois

Le procès en cours nous donne l’occasion de ces constats. Mais si importants soient-ils, ils ne suffisent pas. Nous devons maintenant nous demander comment affaiblir ces liens, en particulier le dernier. Comment convaincre nos concitoyens musulmans que l’appartenance à la République peut être au moins aussi noble et importante que l’appartenance à l’Oumma ? Il faut – c’est même primordial – imposer le respect de nos lois, mais il faut aussi convaincre.

Or, proposer véritablement un autre modèle de société que celui des islamistes, proposer d’autres voies de rédemption ou d’accomplissement de soi que l’alternative absurde entre la jouissance consumériste et la jouissance destructrice, impose de croire en ce que nous proposons et de vivre en conséquence, sans quoi nous ne pourrons pas être pris au sérieux.

A lire aussi: Les ennemis de la France se nourrissent de sa tolérance

Ce qui veut dire d’une part, agir conformément à nos principes, et notamment ne plus nous compromettre avec les pires promoteurs de l’islam radical dès qu’il est question de pétrodollars, mais aussi imposer des limites à la guerre économique, ou cesser de sacrifier l’avenir des écosystèmes au nom d’intérêts immédiats. Et d’autre part, reconnaître la légitimité et la valeur du plaisir et du confort mais arrêter de les confondre avec le bonheur, et nous libérer de la double chape de plomb du relativisme moral et de la repentance – qui a depuis longtemps cessé d’être une critique nécessaire et s’est muée en haine de soi nihiliste – pour pouvoir renouer enfin avec l’aspiration à la grandeur.

Projet ambitieux ? Évidemment. Projet impossible ? Bien sûr que non ! Nous sommes héritiers d’Athènes et de Rome ; de Périclès, Auguste et Winston Churchill ; de Cicéron et Aliénor d’Aquitaine ; d’Hypatie, Léonard et Marie Curie ; de Cléanthe et Saint François ; du Parthénon et des cathédrales gothiques ; de Thémistocle et Marie Hackin ; d’Ulysse, Perceval et Cyrano de Bergerac. Nous ne pouvons pas faire moins.

Les territoires perdus de la République

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Réseaux sociaux: Big Brother, c’est nous !


Si Big Brother n’a pas de visage c’est parce qu’il les a tous. Big Brother c’est nous. Faut-il craindre le despotisme horizontal des réseaux sociaux ? Marcel Gauchet, Raphaël Enthoven, Régis Mailhot et d’autres sont dans un bateau. Et Causeur marche sur les (rés)eaux.


Facebook, Twitter, Instagram et les autres géants du Net sont-ils nos nouveaux maîtres ? Avec notre adhésion active, le fichage généralisé et l’explosion des pulsions forment désormais notre lot quotidien. Souvent menées au nom des meilleurs intentions, des campagnes de délation telles que #Balancetonporc réveillent nos instincts les plus bas. « L’affect le plus fondamental qui émerge sur Internet, c’est tout bêtement la haine ! », constate Marcel Gauchet dans nos colonnes. Mais l’exponentiel essor d’Internet ne doit pas exonérer les médias traditionnels de leurs responsabilités : si les fausses nouvelles (« fake news ») prospèrent sur la Toile, c’est avant tout parce que les journalistes sont démonétisés, à l’image de l’ensemble des élites. Comme s’en désole Elisabeth Lévy, « l’une des manifestations les plus insidieuses de la nouvelle censure est l’euphémisation de la réalité, expurgée de tous ses aspects contrevenant au simplisme du noir et blanc ». Exemple type : on regrettera la résurgence de l’antisémitisme sans en préciser l’origine, histoire de ne pas faire tache au royaume du vivre-ensemble.

>>> Lire le magazine <<<

Mais face au surmoi médiatique, les réseaux sociaux donnent clairement dans le déchaînement du ça. Si Big Brother est constitué de nous tous, c’est que la tyrannie ne s’exerce désormais plus d’en haut mais se rapproche du despotisme horizontal que Tocqueville voyait poindre en son temps.

Ainsi, nos humoristes vivent-ils en liberté surveillée, comme le regrette Régis Mailhot, dont la chronique sur RTL brocarde la bêtise de droite, comme de gauche.

Enthoven, Manach, Twitter et Facebook

Faut-il pour autant jeter le bébé de la technique avec l’eau du bain des pires twittos ? Pas si vite d’après Jean-Marc Manach. Ce blogueur spécialiste d’Internet, nous raconte le fabuleux destin de Facebook, un réseau social qu’on croyait réservé aux dragueurs mais qui a contribué au Printemps arabe, au Brexit ou à l’élection de Trump. En somme, l’avenir de la Toile n’est écrit nulle part, comme en conviennent les rédacteurs Usbek et rica interrogés dans ce numéro. « Le magazine du futur » endroit un XXIe siècle potentiellement technophobe ou au contraire soumis à la tyrannie des robots.

Entre ces deux extrémités, une troisième voie raisonnable s’ouvre peut-être à l’horizon. Au fond, le philosophe Raphaël Enthoven adopte la même stratégie en essayant d’utiliser Twitter à des fins pédagogiques. Instruire et dialoguer sur le réseau de toutes les invectives, quelle gageure ! Pour le moment, les réseaux sociaux prêtent surtout le flanc aux pires exagérations, à l’image de la campagne de mobilisation féministe en faveur de Jacqueline Sauvage. Comme nous le raconte Gil Mihaely, repeindre une épouse meurtrière deux fois condamnée par la justice en faible femme fut une sacrée prouesse. Fait sans précédent, Change.org, Twitter et Facebook eurent raison de la sagesse présidentielle, poussant François Hollande à gracier la condamnée…

Cathos, contre-cathos…

Rayon actualités, le porte-parole de La France insoumise sur les questions internationales, Djordje Kuzmanovic, nous a accordé un entretien rare et inédit. Aussi brillant que discret, cet ancien officier de l’armée française nous explique le monde selon Mélenchon : sortie de la France de l’OTAN, multipolarité, lutte contre les migrations économiques mais régularisation des sans-papiers, etc. De l’autre côté du spectre politique, les cathos penchent clairement à droite, nous confirme le politologue Jérôme Fourquet, sondeur à l’Ifop. Qui de LR ou du FN saura les séduire ? L’avenir nous le dira…

Avec son camarade Vincent Chebat, Luc Rosenzweig signe enfin une enquête fouillée sur les activités de l’Union juive française pour la paix, groupuscule antisioniste subventionné qui mène une croisade contre le « racisme d’Etat » (sic) français et israélien.

…et cuisine cathodique

Quant aux zadistes de Notre-Dame-des-Landes, après l’abandon du projet d’aéroport, qu’adviendra-t-il de leur prétendue contre-société ? Notre reporter Erwan Seznec y répond en dix questions/réponses qui n’épargnent aucun des protagonistes.

Quoi de neuf dans la culture ? Jérôme Leroy suit l’académicien Frédéric Vitoux sur les traces du poète disparu Levet. De son côté, Pierre Lamalattie nous emmène à Malakoff chez le peintre figuratif Sam Szafran. Ce dernier immortalise les philodendrons qui envahissent sa thébaïde d’ermite. Pour retrouver un peu de sociabilité, rien de tel qu’une visite du salon Rétromobile à Paris en compagnie de l’expert ès autos de marque Thomas Morales. En guise d’entremets final, la fine bouche Emmanuel Tresmontant nous sert une analyse toute chaude des mutations de la cuisine familiale. Fini les femmes aux fourneaux, aujourd’hui chaque membre de la famille mange tout seul face à son écran. Décidément, chez Causeur, tout se tient !

Lyon, une ville du califat d’Erdogan ?

Samedi dernier, j’ai décidé, après bien des hésitations, de rejoindre la manifestation en faveur des Kurdes de Syrie, victimes des tueries organisées par Recep Tayyip Erdogan. Mon hésitation tenait à ce que ce combat juste était récupéré par le NPA et d’autres forces dites « à gauche » qui s’allient ici avec le fascisme islamique pour mieux le dénoncer ailleurs, dans ces contrées éloignées où l’on n’a pas à goûter la réalité de l’islam politique réellement…

Place d’Erdoganie

Très en retard, en voiture, je mords quelque peu un passage de bus pour voir s’il y avait un intérêt à persévérer dans ma petite folie automobile. Hélas, un policier m’arrête et menace de me faire perdre des points. Puis il se ravise, s’apercevant de mon déguisement du jour : un foulard du Rojava ramené par ma fille qui a passé six mois au Kurdistan d’Irak. Et me précise : « bon, allez-y, les Kurdes ont bien droit à leur 1789 ! ». J’avais pu mesurer d’ailleurs cette belle attitude de certains policiers, l’été dernier. Certains protégeaient, lors de sa venue à Lyon, Waleed Al-Husseini, cet apostat de l’islam et écrivain, bien au-delà des consignes de la hiérarchie…

A lire aussi: Waleed Al-Husseini: « Face à l’islamisme, le silence des musulmans devient complice »

Arrivant près du terme de cette manifestation, place des Terreaux, je ne vois que des bandes de gens très agités, hurlant, exhibant le drapeau turc. Un ami habitant à côté de cette place me téléphone pour me préciser que l’on voit effectivement des policiers courser des excités en face de la mairie. Mais je décide malgré tout d’aller à cette manifestation autorisée. Des militants anti-Kurdes, était-ce donc tout ce qu’il était advenu de la manifestation en faveur de la résistance aux violences et aux crimes de la Turquie en Syrie ? Apercevant, derrière un groupe de policiers, quelques militants pro-Rojava supposés, je me dirige vers ce qu’il restait de ce rassemblement pour la vie et la liberté.

Tout à coup, quatre à cinq furieux courent vers moi en hurlant devant les forces de l’ordre : « regardez ce qu’il porte à son coup ! ». Je fais alors quelques bonds, frappant à la porte d’une voiture de police, qui se refuse à m’ouvrir. Je frappe à nouveau en parlant plus fort, montrant mes agresseurs et disant distinctement : « ils veulent me battre, laissez-moi entrer ». Mais une escouade d’agents arrive et écarte les agresseurs qui continuent à vociférer en désignant le soleil du Rojava sur l’écharpe… Une policière me demande alors de cacher ce tissu. Je lui réponds qu’on n’est plus ainsi en République ; elle me rétorque que la manifestation est terminée. Toutefois, je lui désigne les drapeaux turcs, sans compter ces femmes aux foulards, ces porteuses du signe très ostensible de l’islam politique. Elle insiste : je m’exécute devant les uniformes de la République française humiliée et les emblèmes de la Turquie annexés par des bandes islamo-fascistes (qui dénaturent l’œuvre d’Atatürk).

La France tolère Erdogan

Je n’ai pas voulu ennuyer les policiers dont je connais le difficile travail ; oui, les pro-Erdogan étaient prêts à en découdre à tout prix, la haine luisait au fond de leurs yeux. J’ai repensé alors que les hauts lieux de l’État sont accommodants avec le fasciste qui usurpe le pouvoir à Ankara, fait détruire les livres de Spinoza et laisse son armée proférer, en Syrie même, « Allah Akbar », chose jamais entendue depuis la fin du Califat ottoman… Quant à l’université Lyon-2, elle dut, à son corps défendant, annuler une manifestation racialiste et islamiste qui se disait être un colloque savant ! L’élite intellectuelle et politique est en voie d’être subvertie par le renoncement et la lâcheté : que demander de plus aux policiers ?

A lire aussi: Rojava, le modèle suisse

J’ai caché mon écharpe. Devant les policiers, la bande de fasciste exultait et faisait crépiter ses téléphones pour faire force photos de mon renoncement. Ils pouvaient être heureux, en effet : il n’y avait plus de République à Lyon ; le citoyen français que je suis n’était, pour un temps, plus chez lui, il n’habitait plus une cité libre mais un lambeau du califat d’Erdogan.

Tariq Ramadan: la justice oui, le lynchage non


Tariq Ramadan ou non, on ne mène pas le combat politique par juges interposés.


Or donc, Tariq Ramadan a été collé au trou. J’en déduis que cette mesure a été requise par le parquet, et souhaitée aussi par les trois juges d’instruction chargés collégialement du dossier. Et que le Juge des Libertés a considéré, au regard des règles du code pénal et du code de procédure pénale, que cette incarcération était nécessaire. Eric Morain, l’avocat d’une des plaignantes, a dit sur le plateau de BFM TV qu’il était favorable à la « libération de la parole », dès lors que celle-ci s’effectuait dans un cadre judiciaire. Cette position est la mienne. Je n’ai pas d’opinion sur le fond du dossier Ramadan que je ne connais pas, et les bribes orientées transmises à une certaine presse en violation de la loi pour être publiées ne peuvent en aucun cas refléter le débat contradictoire. On va donc (pour l’instant) s’en remettre au fonctionnement régulier du système judiciaire. Et laisser aux avocats du prédicateur, si telle est leur intention, la mission de contester devant les instances compétentes les mesures prises à son encontre.

La justice n’est pas un terrain politique

Tout d’abord, ceux qui me connaissent imaginent facilement l’affection que je peux porter au pote de Plenel, et ce que je pense du sale boulot qu’il effectue. Cependant, on ne mène pas le combat politique, aussi essentiel soit-il, par juges interposés. Et j’espère (pour l’instant je le pense) que la mesure qui le frappe est justifiée par le dossier. Pas seulement par la nature des charges qui pèsent sur lui, mais par les nécessités de l’instruction. Les magistrats qui en sont chargés doivent procéder à un certain nombre d’investigations, de vérifications et d’auditions. Compte tenu de la personnalité de « gourou » de Tariq ramadan et de sa popularité, peut-être ont-ils considéré que ce travail devait être effectué à l’abri d’éventuelles pressions venant de sa part.

A lire aussi: Ramadan: le double langage de Plenel

Ensuite, on a entendu plusieurs fois l’argument des prudents qui craignent cette décision d’incarcération. Selon eux, une telle mesure aurait dû être évitée compte tenu de ses conséquences politiques. Parce qu’instituant Ramadan en martyr, elle sera prise comme une provocation et va nourrir la rage de ses soutiens en alimentant les délires sur le « complot sioniste mondial ». Malheureusement, sur ce point, il y a longtemps que le mal est fait, et de toute façon une décision de maintien en liberté ou une mesure privative de celle-ci, ne doivent pas être prises sur la base de considérations politiques.

Twitter, un tribunal islamiste ?

Enfin, le spectacle donné par les réseaux sociaux vendredi était déplorable. Pendant la garde à vue et dans l’attente de la présentation aux juges d’instruction, on avait le sentiment d’assister à la préparation et au déroulement d’un match de foot. Voire d’une corrida. La foule, par ses appels à la mise en cabane de Ramadan, montrait à nouveau son vilain visage de passion vengeresse. Bien éloignée d’une volonté de voir la justice faire dignement son travail. Et que dire des cris de joie et des vivats qui ont accompagné l’annonce du mandat de dépôt, donnant l’impression que Kylian M’Bappé avait marqué un but dans un match de Coupe du Monde ?

A voir aussi: Antisémitisme à Sarcelles, Affaire Darmanin, aveux de Jonathann Daval, Tariq Ramadan : la semaine vue par Alain Finkielkraut

Inutile de citer ces commentaires excités qui déconsidèrent leurs auteurs. Incapables de mesurer qu’à cet instant, qu’on le veuille ou non, Tariq Ramadan, aussi justifiée soit la mesure qui le frappe, accède à un statut de victime. Une situation particulière, qui n’efface pas, loin de là, les fautes éventuellement commises, mais place la personne poursuivie dans une solitude totale et désarmée vis-à-vis de l’État. En cette époque compassionnelle où le statut de « victime » est sacralisé, le mot va faire bondir, mais il recouvre une réalité. Il n’est pas très digne à ce moment de hurler à la mort, de manifester une joie mauvaise, ou de lancer quolibets et cailloux. Pas besoin de moratoire pour cette lapidation-là, une interdiction définitive s’impose.

Car il convient à ce stade de rappeler que, pour celui qui en est l’objet, une procédure judiciaire pénale, surtout lorsqu’elle s’accompagne d’une incarcération, est un épisode d’une grande violence. Évidemment légitime, puisque la société dispose du pouvoir sur les corps afin de sanctionner les comportements ayant porté atteinte à l’ordre social. Et l’État, mettant en œuvre ce pouvoir légitime, dispose d’une puissance que l’on a du mal à imaginer si l’on n’y a pas été confronté ou qu’on n’y a pas assisté de près.

« L’avocat défend l’homme, pas le crime »

Pour le délinquant d’habitude, l’intervention de la machine fait partie de son cadre de vie. Pour les autres, c’est l’expérience soudaine de la perte du statut de citoyen d’un pays démocratique. Perte nécessaire et justifiée, organisée par des règles, mais dont la violence se ressent physiquement. La garde à vue, c’est dur. Le transfert au dépôt et la présentation au juge après 48h, voire 96h, sans dormir, c’est dur. Les auditions interminables dans le bureau d’un juge d’instruction, c’est dur. Les débats devant le juge des libertés qui va décider de votre sort, c’est dur. Et que dire de la décision qui va vous envoyer entre quatre murs, dans un monde dont on n’avait pas la moindre idée jusqu’à ce moment. Tout ceci est normal et justifié, il n’y a pas à y revenir. Mais c’est ce que vient de subir Tariq Ramadan et on ne se grandit pas en lui crachant dessus. On peut réserver sa compassion, mais on ne doit pas être économe d’un respect minimum.

C’est bien sûr un avocat qui parle, qui a fait sienne la phrase de son modèle Henri Leclerc: « l’avocat défend l’homme, pas le crime ». Qui sait finalement ce qui fait le prix de ce métier, cette solitude partagée avec celui qui affronte la machine. Solitude du combat, intense, qui permet de s’évaluer. Même si le constat est parfois douloureux pour l’amour propre, il y a tant de défaites… Avocat qui sait aussi le paradoxe de la répression pénale, expression de la violence légitime, où se produit cette inversion étrange: quand le méchant dans les mâchoires de l’État accède à un statut de victime.

Dans le Calais belge, les « nouveaux Justes » dénoncent les « rafles » de migrants

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En même temps qu’il est devenu le Calais belge, le parc Maximilien de Bruxelles a été converti en un autel voué aux cultes des migrants. Artistes, médias et autres bonnes âmes ne reculent devant aucune exagération pour dénoncer leur situation. 


La guerre idéologique bat son plein en Belgique. D’un côté, des militants pro-immigration et des médias qui leur sont largement favorables. De l’autre, un Gouvernement sur la défensive bénéficiant pourtant toujours, sur ce thème, d’un large soutien de la population.

La fermeture de la jungle de Calais a entraîné un déplacement du flux de migrants désireux de rejoindre l’Angleterre vers Bruxelles, et tout particulièrement vers le parc Maximilien, devenu à la fois un lieu de transit et tout un symbole. Une « plateforme citoyenne » y accueille bénévoles et journalistes et des classes scolaires y défilent pour éduquer les générations futures au culte des migrants et dénoncer le quasi-fascisme de l’Etat, la génération des parents étant largement perdue pour cette cause et « non rééducable », si l’on en croit les enquêtes d’opinion.

« L’armée de l’ombre », vraiment ?

Le parc, qui compte désormais chaque jour des centaines de personnes, se vide partiellement le soir, la « plateforme citoyenne » se chargeant d’organiser l’hébergement des migrants chez des particuliers pour qu’ils passent la nuit au chaud et échappent à la police belge. La Seconde Guerre mondiale est en permanence convoquée au secours des migrants et Auschwitz n’est jamais loin ! Les opérations policières sont régulièrement qualifiées de « rafles », y compris par la RTBF, la chaîne de télévision publique francophone.

La même chaîne a qualifié les « hébergeurs » d’« armée de l’ombre » aidant les migrants « traqués par les autorités belges ». Le film du même nom de Jean-Pierre Melville, avec Lino Ventura et Simone Signoret, est une évocation tragique et subtile de la résistance française, avec son lot d’héroïsme et de trahisons, où la mort est omniprésente. Presque tous les résistants y finissent assassinés. La RTBF a assurément trouvé là une comparaison pertinente !

Au grand dam d’associations juives, l’éditorialiste de La Libre Belgique, un quotidien autrefois catholique conservateur, a osé qualifier les « hébergeurs » de « nouveaux Justes », oubliant de rappeler que si les premiers ne risquent rien à secourir des migrants, tout au plus menacés d’être renvoyés dans leur pays au terme d’un long parcours juridique, les seconds le faisaient au péril de leur vie afin de sauver des condamnés à mort par un régime totalitaire. Mais à quoi bon ces subtilités lorsque la cause est bonne !

Belgique sans frontières

Les seuls réseaux que la plateforme alimente sont ceux des trafiquants d’êtres humains que les mêmes médias dénoncent régulièrement. Ces migrants ne veulent pas être hébergés gratuitement par l’Etat belge et préfèrent s’en remettre aux réseaux criminels. La plupart, des jeunes hommes soudanais dans la force de l’âge, veut se rendre – illégalement – en Angleterre et choisit le froid et la clandestinité, plutôt que d’être immédiatement pris en charge et d’entrer dans une procédure d’asile. Ce sont donc bien des migrants économiques que les lois belges et européennes n’autorisent pas à immigrer. Mais la plateforme n’a cure de ces contradictions et de la légalité. Selon elle, tous les migrants sont les bienvenus et personne ne peut être renvoyé au Soudan, une dictature.

Peu de migrants viennent de démocraties avec un Etat de droit fonctionnel. Refuser de faire cette distinction entre réfugiés et migrants, refuser de collaborer avec des dictatures pour assurer le retour des migrants économiques, c’est se condamner à l’impuissance et à un tsunami migratoire par une population africaine qui pourrait doubler au cours des trente prochaines années. Sous le masque d’une opération humanitaire se cache en fait un puissant lobby « immigrationniste » dont l’objectif est d’ouvrir sans réserve les frontières de la Belgique et de l’Europe et, à terme, de détruire la cohésion de nos sociétés.

« Le droit est au-dessus de la loi »

Le Gouvernement belge, hanté par le spectre d’un nouveau Calais,  est sur la défensive. Accusé de toutes parts de vouloir « criminaliser l’hospitalité » vis-à-vis des migrants, il est face à un front levé de médias, d’ONG, de juges, de professeurs, d’écrivains et de cinéastes – dont les frères Dardenne (Palme d’or au festival de Cannes) pour l’occasion sortis de leur confortable réserve subsidiée. La présidente du pendant belge du syndicat de la magistrature, qui s’était déjà faite remarquer en affirmant que « le terrorisme tuait moins que les accidents de la route » ou que « le néolibéralisme était un fascisme », a déclaré que « le droit était au-dessus de la loi » (sic), sous-entendant qu’il existerait un droit naturel qui permettrait aux migrants de circuler librement sur la planète. Un appel à peine masqué à la désobéissance et à l’insurrection venant d’une magistrate assermentée !

Ce mouvement pro-migrant se qualifie lui-même de « citoyen » ; un terme repris sans réserve par les médias. C’est pourtant tout l’inverse. La citoyenneté permet à un individu d’être reconnu comme membre d’une société et de participer à la vie publique, pas de contourner des lois légitimes votées par le Parlement, pas de se substituer à la représentation nationale ou à la volonté générale.

Les Belges ne sont pas dupes

Les Belges résistent tant bien que mal à ce torrent d’humanitarisme dévoyé et de militantisme masqué qui vise à faire plier l’Etat. La Belgique qui connaît des problèmes d’intégration plus aigus encore que la France et qui a beaucoup plus que d’autres contribué au djihadisme en Syrie et au terrorisme en Europe, se raidit. La gauche culturelle encore dominante n’impose plus toujours ses vues et, jusqu’à présent, n’a pas réussi à faire plier le Gouvernement.

Les Belges sont devenus parmi les plus hostiles des Européens à l’immigration et à l’islam. Selon une large enquête, « Noir jaune blues », commanditée par les champions du vivre-ensemble que sont le quotidien Le Soir et la RTBF, 77 % des Belges ne se sentent plus chez eux comme avant ; 74 % disent que l’islam, perçu comme une menace pour l’identité de la Belgique, n’est pas une religion tolérante ; 67 % trouvent qu’il y a trop d’immigrés dans notre société et se sentent « de plus en plus envahis ».

Ces chiffres traduisent un formidable décalage entre la population et les « élites » médiatiques, académiques, économiques ou politiques qui prétendent faire le bien de la première malgré elle. Qui résiste à qui ?

Le meurtre d’Alexia Daval n’est pas un féminicide

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N’en déplaise à la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa, le meurtre d’Alexia Daval par son mari Jonathann ne peut pas être considéré comme un « féminicide ».


Le meurtre d’Alexia Daval par son mari Jonathann fait penser à celui de Norbert Marot par son épouse Jacqueline Sauvage. Ingrid Riocreux, Régis de Castelnau et d’autres ont commenté cette ressemblance. Cette triste actualité m’a amené à consulter un document concernant les meurtres conjugaux en France au cours de l’année 2016, dont je conseille la lecture : Etude nationale sur les morts violentes au sein du couple, publication conjointe des directions nationales de la police et de la gendarmerie, à l’en-tête du ministère de l’intérieur.

Le meurtre conjugal, une extrême exception

C’est dans ce document, dont on ne peut pas contester le sérieux, que l’on apprend que 109 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ancien conjoint, 28 hommes par leur conjointe ou ancienne conjointe et un homme par son conjoint. Il est instructif de lire les circonstances de ces crimes et les données sur les relations entre meurtrier et victime avant le meurtre. Un chiffre m’a particulièrement frappé : parmi les 109 hommes qui ont tué leur femme ou ex-femme, 45 se sont suicidés ensuite et 8 ont tenté de le faire ; pour les femmes ayant tué leur partenaire, ces chiffres sont respectivement de 2 et 2. Il y a donc eu, au total, 184 morts : 111 femmes et 73 hommes. Que peut-on tirer de ce constat ?

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La première chose est que la plupart de ces crimes sont des formes paroxystiques de la violence qui peut germer au sein d’un couple. La violence, physique, verbale, posturale, est inévitable dans le couple, car le couple est le lieu de sentiments nombreux, intenses et parfois contradictoires ; qu’il y ait des tensions et des conflits donnant lieu à des épisodes violents n’est donc pas étonnant. Sur les 16 millions de couples français, il n’y en a eu en 2016 « que » 138 chez qui le conflit, ou l’état conflictuel permanent, a conduit l’un des membres à tuer l’autre et à se tuer ensuite éventuellement, soit 0,00078%. Les autres couples vivent avec des conflits qu’ils jugent mineurs et résolvent les autres en discutant, en faisant un voyage, en faisant l’amour, par une thérapie conjugale… ou en se séparant. Le meurtre conjugal n’est donc pas représentatif de la vie de couple en général, mais d’une pathologie extrême de la relation conjugale. Parler de crime passionnel n’est pas absurde, puisqu’il s’agit, dans la très grande majorité des cas, de l’incapacité de contrôler des passions autrement que par un passage à l’acte mortel ou doublement mortel.

Jonathann Daval a tué sa femme, pas une femme

Le deuxième constat est que les hommes sont 3,6 fois plus nombreux que les femmes à être passés à la violence extrême de tuer leur conjoint, et 24 fois plus nombreux à s’être suicidés. On peut donc en déduire que les hommes sont généralement plus violents que les femmes, ce que personne, je crois, ne contestera. Mais en l’occurrence, ils n’ont pas été seulement plus souvent violents à l’égard de leur conjointe, mais aussi, et beaucoup plus en proportion, à l’égard d’eux-mêmes. Les hommes n’ont pas le même rapport à l’acte mortel, et peut-être aussi à la mort que les femmes. Comment expliquer cette différence ? Je me contenterai de ce constat et garderai d’une explication simpliste, car de nombreux facteurs entrent en jeu.

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Pour en revenir aux meurtres d’Alexia Daval et de Norbert Marot, qui se ressemblent et sont l’aboutissement tragique d’un processus de violence non maîtrisé et dont les deux protagonistes ont été des acteurs. Cela s’est joué à deux. L’un des deux y a laissé la vie, c’est donc, homme ou femme, la principale victime de l’emballement de la violence. L’autre est encore vivant et donc seul à répondre de son acte devant la justice humaine. Il est important que, lorsqu’on jugera Jonathann Daval, il soit tenu compte des comportements de sa défunte conjointe dans l’escalade de la violence, ce qui ne saurait le dédouaner de son acte, mais permettra de lui infliger une juste peine, qui sera de toute façon inférieure à celle qu’il a lui-même infligée à saconjointe : la mort. Il serait dommage que le sexe du meurtrier soit une circonstance aggravante ou atténuante. Comme le souligne Ingrid Riocreux, l’acte de Jonathann Daval n’est pas le meurtre d’une femme, mais celui de sa femme. Il est un crime conjugal, pas une violence envers les femmes ; il n’est pas plus un féminicide que celui commis par Mme Sauvage n’est un masculinicide. Il s’agit de deux meurtres ; il n’y a pas, d’une part un salaud que sa femme a tué parce qu’elle n’en pouvait plus, et d’autre part un salaud qui a commis un crime odieux.

Antisémitisme à Sarcelles, Affaire Darmanin, aveux de Jonathann Daval, Tariq Ramadan : la semaine vue par Alain Finkielkraut

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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Rémi Brague, la religion comme vie possible et bonne

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Le philosophe des religions qu’est Rémi Brague s’en félicite : on a, comme par enchantement, cessé de considérer sa spécialité comme une bizarrerie superflue. Sur Dieu, sur l’homme, sur la raison, sur le droit et sur la politique, l’étude philosophique des religions permet de clarifier des situations réelles et actuelles.


Or il est soudain apparu nécessaire de comprendre le monde dans lequel nous vivons. Pour nous y aider, Rémi Brague propose un ensemble d’essais consacrés à l’étude de ce que l’on désigne communément par le terme de religion.

D’ailleurs, ce n’est pas si simple. Il existe des dieux sans culte (chez Aristote), des doctrines du salut sans dieu (le bouddhisme). Et des religions révélées ou naturelles, sans compter les innombrables -isme qui ont chacun érigé leur propre idole (progressisme, nationalisme, racisme…). En s’appuyant sur des idées développées par Alain Besançon à propos du communisme, Rémi Brague souligne que l’idéologie, plus qu’une religion, est une « double perversion de la science et de la religion, perversion croisée, l’une pervertissant l’autre ». On n’invente pas si facilement une religion, à moins d’être un « esprit légèrement dérangé » comme Auguste Comte.

Si la vie était due au hasard…

Du reste, on sait que Rémi Brague est chrétien. Selon lui, comme par hasard, le christianisme est la religion absolue, « dégagée de tout lien ». Ni peuple (judaïsme), ni droit (islam), ni sagesse (bouddhisme). C’est aussi, pour lui, l’occasion de mettre en évidence une certaine faiblesse : le concept de religion, conçu dans un environnement chrétien, s’applique assez mal aux autres religions.

L’un des problèmes les plus épineux est le monothéisme. « Que fait le monothéisme de la pluralité ? Que fait le polythéisme de l’unité ? » Rémi Brague rappelle les notions gigognes définies par Aristote : le nombre, l’espèce, le genre, l’analogie. Aussi se pose-t-il une question qui n’est peut-être pas entièrement rhétorique : la différence est-elle si grande entre une myriade de dieux et un dieu unique, sachant que tous sont radicalement différents du monde ?

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On observe dans l’histoire un passage de l’animisme au polythéisme, puis au monothéisme – et enfin à l’athéisme. C’est fâcheux. Pourtant, l’athéisme est impossible, et cela en vertu d’un raisonnement parfaitement rationnel : si la vie était due au hasard, l’homme n’aurait aucune raison de la souhaiter, ni de la maintenir et de la transmettre. Reste cette impression étrange que le monothéisme n’est qu’une transition entre le polythéisme heureux et l’athéisme malheureux. À ce propos, Rémi Brague s’emploie à souffler le tiède et le froid. D’une part, il souligne qu’un retour au paganisme ne serait pas si grave, si la science moderne ne l’avait pas privé de « ce qui le rendait plausible » (les naïades dans les sources, Zeus brandissant la foudre). D’autre part, il met en évidence le fait que les nouvelles idoles disponibles ne sont pas extrêmement attirantes (nation, progrès, classe, race).

L’idolâtrie n’est jamais plus dangereuse et mortifère que quand l’idole est unique

Quel est, finalement, le critère de la divinité authentique ? Ce n’est pas le sens du sacré, mais le respect pour la sainteté. « Le Nouveau Testament s’oppose à la sacralité du pouvoir politique en affirmant que le Seigneur n’est pas César, mais bien Jésus crucifié. » Cette interprétation a plus d’allure que l’apologie ordinaire de la laïcité (rends à César…). Rémi Brague poursuit : « Et ce qui est saint n’est pas à mes yeux ce pour quoi on peut et doit mourir, mais avant tout ce qui rend la vie possible et bonne. » Soyons positifs.

Et pourtant, notre auteur a aussi ses moments de faiblesse. Une petite tentation stoïque, peut-être, ou du moins épicurienne. Les dieux d’Epicure « ne se soucient pas de ce que nous faisons et mènent une vie paisible de contemplation. Mais, de la sorte, sans le savoir, ils procurent aux philosophes un modèle de règles de vie qu’il leur faut respecter pour être heureux comme un dieu parmi les mortels ». Tout comme les grands couturiers s’habillent en noir, le philosophe des religions rêve de simplicité. C’est peut-être le goût du danger qui ramène Brague au christianisme, du moins au monothéisme. Car, selon lui, « l’idolâtrie n’est jamais plus dangereuse et mortifère que quand l’idole est unique ». Fort heureusement, il y a un antidote, l’humanisme, disons plutôt la confiance en l’homme. À propos du fameux discours de Benoît XVI à Ratisbonne (le 12 septembre 2006), dont le thème était la religion et la raison (et pas seulement la supposée critique de l’Islam), Rémi Brague rappelle que le Dieu de la Bible, quand il met l’homme en procès, ne le fait jamais à l’égard de ses « intérêts personnels » (en raison de la transgression d’un rituel, par exemple), mais toujours parce que la justice a été violée envers des êtres humains (parjure, violences). Et Dieu prend à témoin les montagnes (la nature). Il s’agit d’un débat rationnel en présence d’un tiers désintéressé, autrement dit nous sommes à la racine du droit, dont le fondement lui-même est l’amour, c’est-à-dire le « respect envers ce qui est ».

« La liberté occidentale représente une tradition ancienne dont il faut chercher la source avant tout dans la période médiévale »

Il faut s’interroger sur cette origine divine de l’injonction de justice. C’est-à-dire, « pour le christianisme, ce que Dieu dicte à la conscience. Les Lumières n’ont pas inventé la liberté. « La liberté occidentale représente une tradition ancienne dont il faut chercher la source avant tout dans la période médiévale ». Et le Moyen âge lui-même a construit sa vision du monde sur la Bible, qui contient des conceptions implicites sur la liberté.

Puisque les religions sont à la fois semblables et différentes, il n’est pas étonnant que les idées qui les concernent soient confuses, notamment celle de laïcité, que l’on confond souvent avec celle de séparation. Or l’Etat et l’Eglise n’ont pas besoin d’être séparés, puisqu’ils n’ont jamais été unis. « Ce que nous appelons “séparation” est l’interruption d’une dépendance mutuelle ou même d’une coopération. »

La vraie séparation, selon Rémi Brague, consiste à renégocier sans cesse des relations « nécessairement contingentes ». Faut-il comprendre : un peu comme fait le Dieu de l’Islam avec le monde ? De fait, la philosophie des religions n’est pas avare de paradoxes, comme en témoigne quelques aphorismes semés ça et là par Rémi Brague. Par exemple, à propos de séparation/laïcité/désacralisation : l’Eglise fut la première bureaucratie étatique en Europe, et c’est l’Eglise même qui s’est efforcée de désacraliser le pouvoir des rois afin de s’assurer le monopole du sacré.

Sur la religion

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Roman-photo: à « Nous Deux », Marseille!


En rendant hommage au roman-photo, le Mucem expose la richesse de la littérature populaire tout en racontant l’art de vivre des Trente Glorieuses.


L’heure de la revanche des shampouineuses a sonné. Le Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) fait œuvre de salubrité publique en remettant à l’honneur le roman-photo dans une exposition qui réunit plus de 300 objets inédits : revues, films, maquettes, photographies originales… Ménagères, écolières, ouvrières et bourgeoises un brin fleur bleue, vous n’aurez désormais plus honte. Lire des romans-photos ne sera plus marqué du sceau de l’infamie. Les intellos pourront remballer leur quincaille idéologique et retourner à leurs chères études. Leur jugement se moquait depuis trop longtemps de votre droit à un quart d’heure de bonheur hebdomadaire, plus sûr que l’orgasme du samedi soir.

Le mépris, c’est fini

Le roman-photo, jadis méprisé, est de nos jours passé complètement sous silence, n’intéressant que quelques collectionneurs et fétichistes. Il faut dire que cette littérature authentiquement populaire a fini par sombrer sous les coups de la digitalisation et, sans doute aussi, de la perte d’une certaine innocence propre aux Trente Glorieuses. À l’exception notable, toutefois, de l’insubmersible Nous Deux qui continue à enregistrer des chiffres à faire pâlir de jalousie les journalistes d’investigation, avec un tirage autour de 350 000 exemplaires.
Le roman-photo a pourtant enchanté les foyers de l’après-guerre. Dans les années 1960, un Français sur trois les lisait. Nous Deux, lancé en 1947 par Cino Del Duca, un italien exilé en France, pape du sentimentalisme imprimé, dépassait régulièrement la barre du million d’exemplaires vendus avec des pics jusqu’à 1,5 million. Les patrons de presse avaient le sourire, roulaient en Cadillac, la machine à bluettes fonctionnait à plein régime et les dames en redemandaient toujours et encore.

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Personne n’était vraiment dupe de l’épaisse couche de guimauve qui enrobait ces histoires d’amours fabriquées en quantité quasi industrielle. Rencontres sirupeuses sur fond de mandoline, tragédies aux caisses du Monoprix, trahisons en zones pavillonnaires, baisers chastes et apollons sortis des usines, ces magazines ersatz de la dolce vita venaient éclaircir un quotidien souvent trop gris. Ils mettaient du baume au cœur, et l’espace d’un instant, donnaient un sentiment d’évasion aussi fugace que la carrière d’une starlette en topless sur la Croisette. L’espoir d’une vie meilleure et un romantisme totalement assumé passaient au travers de vignettes et de bulles, maquettées par des as de l’édition et de la photographie.

Aussi caricaturales qu’expressives, ces images d’un autre temps nous rappellent une époque tendre, qui refusait le cynisme. « Le roman-photo est un formidable sismographe de la société des Trente Glorieuses », souligne Frédérique Deschamps, journaliste et iconographe, l’une des deux commissaires de l’exposition. C’était léger, inconséquent, charmant et désuet à la fois : le roman-photo captait l’air du temps sans aucune pesanteur et n’avait pas vocation à éduquer ou à former les esprits.

Le roman-photo, l’art de l’intégration

Et pourtant, son impact sur les populations nouvellement arrivées en France n’a pas été négligeable. Nous sommes nombreux à nous souvenir, avec émotion, de nos grands-mères espagnoles, italiennes ou grecques qui peaufinaient leur niveau de français dans ces titres bon marché. La maîtrise de notre langue n’était en effet pas étrangère à une lecture assidue de ces pages où les stars du moment, Sophia Loren, Gina Lollobrigida, Dalida et Marie-José Nat prenaient la pose. Même Jean-Paul Belmondo n’a pas échappé au phénomène. Raymond Cauchetier, grand photographe de plateau de la Nouvelle Vague, réalisa un ciné-roman d’À bout de souffle, de Jean-Luc Godard. Publié en 1969 dans Le Parisien libéré, en 50 épisodes et composé de 400 photos de plateau, il met en scène sur papier le couple Bébél et Jean Seberg dans une rencontre insolite entre l’avant-garde cinématographique et la culture populaire.

Dès son origine, le roman-photo a suscité de vives controverses. Les communistes raillaient cette littérature à l’eau de rose, pas assez rouge et trop impérialiste à leur goût. Les cathos y voyaient une certaine décadence des mœurs et le bûcher des familles. Déjà à l’époque, les élites ne comprenaient rien à ce phénomène mondial. Leur méconnaissance des aspirations plébéiennes ne les prédisposait guère à saisir cet engouement.

Au cours des années 1970-1980, ce sont finalement les activistes, les rigolos, les anars et les libertins qui saisissent la portée subversive du roman-photo et lui donnent une odeur de soufre et de luxure. Hara-Kiri joue la carte de la parodie sexy et Satanik celle de l’érotico-sadique. Tantôt comique, tantôt scatologique, toujours outrancière et irrévérencieuse, cette littérature sert alors les intérêts les plus divers, outil politique ou objet de dérision alliant la forme surannée et le fond révolutionnaire.

Le roman-photo, c’est du sérieux

C’est que le roman-photo n’est frivole qu’en apparence. « Le sens de la révolte et des conflits sociaux y est depuis ses débuts régulièrement traité autour des questions du divorce, des droits des femmes au travail – et contrairement à ce que suggèrent nos a priori, il peut aussi quelquefois dénoncer une société matérialiste et superficielle. Le roman-photo mérite de ne pas être toujours subordonné à une image rétrograde, bien au contraire ! » recadre Marie-Charlotte Calafat, l’autre commissaire, directrice adjointe du département des collections et ressources documentaires du Mucem.

Parti d’Italie, le roman-photo va connaître un succès dans tous les pays du Sud (France, Espagne, Turquie, Liban, Grèce, Afrique du Nord, etc.), mais également aux Amériques, grâce à des techniques de production proches du cinéma, à l’utilisation de décors naturels, à la présence d’acteurs célèbres et à de gros moyens financiers.

Ayant réussi à mettre la main sur un véritable trésor de guerre, notamment le fonds Mondadori, composé de milliers de négatifs, le Mucem offre une plongée féérique dans l’imaginaire de ces faiseurs de papier et fait remonter, des roucoulades sucrées aux canulars du Professeur Choron, un monde englouti à découvrir absolument.

A voir : « Roman-Photo », jusqu’au 23 avril 2018 au Mucem à Marseille. 

De Jawad à Abdeslam, petit délinquant deviendra tueur d’enfants

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Jawad Bendaoud interrogé par BFM TV lors de son interpellation à Saint-Denis, le 18 novembre 2015.

Les procès de Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen et celui de Salah Abdeslam sont l’occasion de nous interroger sur les liens entre la délinquance et le terrorisme islamiste, beaucoup moins systématiques qu’on ne l’a dit parfois, mais néanmoins notables.

L’islam condamne les voleurs à avoir une main tranchée, et s’oppose à toute consommation de drogue. Dès lors, comment ne pas s’étonner des liens étroits que l’on observe entre une certaine frange de la délinquance – du moins en Occident – et le terrorisme islamiste ? Le constat est pourtant implacable.

Les réseaux asociaux

Tous les djihadistes ne sont pas d’anciens délinquants, loin de là, et tous les délinquants ne deviennent pas djihadistes. Il y a cependant une grande partie de la délinquance dont on sent intuitivement qu’elle appartient au même monde que les djihadistes, et que ce n’est pas vraiment le nôtre. C’est le monde des fameux « territoires perdus de la République » – dont il n’est pas inutile de rappeler que les habitants ne sont évidemment pas tous délinquants ni terroristes, que beaucoup subissent malgré eux le poids des bandes et des réseaux islamistes, que certains ont le courage de s’opposer fermement à la délinquance ou au terrorisme, mais que, malgré tout, délinquants et djihadistes sont le plus souvent au milieu d’eux comme des poissons dans l’eau.

L’importance des nuances ne doit pas rendre aveugle aux grandes tendances, et celles-ci en retour ne doivent pas faire oublier la complexité du réel ni la grande diversité des situations individuelles. Gardons-nous donc des explications simplistes et des généralisations caricaturales, mais ne refusons pas non plus le constat essentiel : une certaine délinquance est rattachée aux djihadistes avant tout par l’appartenance aux mêmes réseaux communautaires, et un égal mépris pour les Occidentaux et leur culture.

Pauvre victime socio-économique…

Commençons par rappeler ce qui devrait être évident, mais continue malheureusement à être nié par ceux qui soutiennent le déterminisme contre le libre-arbitre. Ceux qui voudraient faire du djihadisme la simple expression d’un malaise socio-économique ou une réaction à un racisme supposé – qui peuvent jouer un rôle dans des adhésions individuelles à l’islam politique, mais n’expliquent absolument pas son existence. Oussama Ben Laden n’était ni pauvre ni victime de discrimination à l’embauche, et la destruction du sanctuaire de Taëf en 632 n’a pas été ordonnée en réaction à la politique d’Israël ou des Etats-Unis…

Comme l’écrit très justement Gabriel Martinez-Gros : « Imagine-t-on d’analyser le nazisme comme on prétend aujourd’hui analyser le djihadisme, en détachant sa « base sociale » de son « propos idéologique » ? On en conclurait que les nazis furent des ouvriers malchanceux, des petits commerçants ruinés par la crise, des intellectuels au chômage, des ratés du système capitaliste… La guerre mondiale, la hiérarchie des races, l’extermination des juifs ? Mais de quoi parlez-vous ? Simple habillage infantile d’une violence de déshérités… »

Délinquance et djihadisme, les six liaisons dangereuses

Revenons aux liens entre le djihadisme et la délinquance. Ce n’est évidemment pas de n’importe quelle délinquance dont il est question, mais de celle dite « des banlieues », c’est à dire de personnes vivant dans des secteurs géographiques où la culture majoritaire est musulmane. De liens, j’en vois au moins six, sans aucune prétention à l’exhaustivité.

Le premier relève de la sélection la plus pragmatique. Un individu « normal » qui du jour au lendemain se découvrirait une vocation de terroriste aurait bien du mal à savoir comment s’y prendre. Tout le monde peut acheter un couteau de cuisine, agresser quelqu’un et se faire arrêter ou « neutraliser » par les forces de l’ordre. Mais trouver des armes, des planques, de faux papiers, voler des voitures pour se déplacer, disparaître après une attaque pour préparer l’opération suivante, voilà qui est tout autre chose ! A moins d’avoir parmi ses contacts un habitué de l’économie souterraine et des réseaux clandestins, l’aspirant djihadiste a peu de chances d’arriver à ses fins – du moins jusqu’à ce qu’il rencontre un autre fidèle de l’islam politique qui, lui, saura lui fournir les connexions nécessaires.

En parlant des délinquants radicalisés, le comité des experts contre le terrorisme du Conseil de l’Europe notait justement, en mai 2017 : « Loin d’être un obstacle, leur passé les a rendus indifférents à l’illégalité et la violence, voire les a dotés de « compétences » exploitables à des fins terroristes. »

Le second lien est bien cette attitude de sécession, pour ne pas dire de prédation, vis-à-vis de la société. Irrespect des lois, acceptation et même jouissance de la violence. Délinquants et djihadistes, y compris lorsqu’ils s’opposent, appartiennent aux marges brutales qu’Ibn Khaldoun appelle les « bédouins », d’autant plus agissantes que la société « normale », qu’il qualifie « d’impériale », se veut pacifiée et renonce à l’emploi de la force, interdisant même à ses membres d’en faire usage pour se défendre, ou ne l’acceptant qu’en se pinçant le nez.

Quand Yann Moix ferme les yeux sur les exactions des migrants envers les habitants de Calais, mais assimile la moindre utilisation de la force par l’État à du totalitarisme et aux « heures les plus sombres », il illustre à lui seul la pertinence des théories d’Ibn Khaldoun, et envoie aussi bien aux délinquants qu’aux djihadistes du monde entier un message clair : la France se sent coupable de se défendre, elle est donc une proie facile. D’où, d’ailleurs, l’importance que le message contraire soit relayé aussi bien par des intellectuels que par les pouvoirs publics : non seulement nous ne nous laisserons pas faire, mais nous ne nous en sentirons pas coupables et donc nous ferons preuve de toute la détermination nécessaire.

Le troisième lien est le phénomène de radicalisation en prison, qui a lui-même plusieurs causes. L’une d’entre elles est le besoin d’appartenance à un groupe pour ne pas rester seul dans un environnement hostile. Le prisonnier qui rejoint une bande en détention bénéficie évidemment d’une certaine protection de la part des autres membres, et dans certains cas comme celui des islamistes cette protection comprend une aide financière à la famille « à l’extérieur », et des points de chute une fois sorti de prison. Naturellement, cette appartenance impose des contreparties, et la protection peut vite se transformer en pression. On peut d’ailleurs rapprocher ce constat de celui des jeunes de quartiers dits « difficiles » qui font partie d’une bande pour ne pas être seuls, le solitaire étant une victime toute désignée. Là comme en prison, plus de fermeté de la part de l’État et des sanctions plus strictes permettraient de mieux protéger ceux qui respectent les règles, et éviterait aux uns et aux autres de devoir rechercher le soutien d’un réseau criminel pour être en sécurité.

Le quatrième est la souplesse bien plus grande qu’on ne l’imagine de l’islam politique envers la délinquance, dans certains cas du moins. Héritage fantasmé du temps des razzias, la violence envers les mécréants et autres kouffars est regardée avec indulgence, quand elle n’est pas ouvertement encouragée. Bien évidemment, le discours médiatique chargé d’une repentance à sens unique entretient un profond ressentiment, laissant croire que les musulmans d’Occident seraient privés de ce qui leur serait dû, en oubliant toujours de préciser qu’ils ont ici beaucoup plus de droits et de facilités que ne peuvent en espérer les non-musulmans en terre d’islam. Dans ce discours, la délinquance devient donc réparation d’injustices et non plus agression.

En outre, découlant de choix collectifs et non de l’autorité divine, les lois de la République sont jugées blasphématoires de par leur existence même, la charia seule pouvant être légitime pour réguler la vie en société. Dans la radicalisation, un délinquant trouvera une justification et même un encouragement à ses choix de comportements prédateurs, quitte à changer de « proies » pour n’avoir comme victimes que des « incroyants » ou de « mauvais musulmans »… c’est à dire tout le monde à part les adeptes de sa branche de l’islam ! On voit que la contrainte est des plus légères. Au fond, tout ceci n’est que la mise en application de ce qu’enseignait Al Ghazâli dès le XIe siècle : « Si un infidèle empêche, par l’action, un musulman (de faire quelque chose), c’est un acte d’autorité sur le musulman, ce qui constitue une humiliation pour ce dernier. or le débauché mérite l’humiliation, mais non de la part de l’infidèle qui lui, la mérite à plus juste raison. »

Le cinquième, paradoxal en apparence au regard du précédent, est celui d’une forme de désir de rédemption, ou du moins de soif de remplir un vide existentiel. N’en déplaise à certains, vouloir posséder une Rolex à 50 ans ou avoir envie de devenir milliardaire ne suffit pas à donner du sens à une vie. Qu’un délinquant de petite ou grande envergure finisse par aspirer à autre chose, par éprouver de la honte ou de la culpabilité, par ressentir le besoin de faire quelque chose de grand et qui dépasse la satisfaction de ses intérêts égoïstes, voilà qui devrait plutôt nous rassurer sur la nature humaine ! Nulle recherche de légitimation théologique de ses appétits dans un tel cas, mais au contraire un authentique besoin de se racheter, de se mettre au service d’une cause plus grande que soi.

Or, les djihadistes bénéficient d’un prestige certain auprès d’une part non négligeable de la communauté musulmane occidentale, y compris auprès de ceux de ses membres qui ont choisi la délinquance comme mode de vie. Plus encore, même lorsque leurs méthodes sont rejetées, leur idéal n’est que timidement critiqué quand il n’est pas implicitement approuvé, et ils s’appuient de surcroît sur des références culturelles et religieuses familières, et connotées positivement dans la communauté. Par le recours permanent à l’autorité des textes fondateurs, le djihadiste juge sans qu’on puisse le juger. Rien d’étonnant donc à ce que ce soit au service de cet idéal-là, si pervers soit-il en réalité, qu’un repenti sincère puisse décider d’offrir sa vie.

Méditons ce constat fait au sujet du parcours d’un jeune catholique converti à l’islam : « Autour de lui, personne n’a l’air prêt à donner sa vie pour les formules un peu fades qu’il entend au caté ou à la messe. Où sont les abbés Pierre dans cette banlieue trop tranquille où les copains passent leur temps à fumer des joints ? »

On peut débattre pour savoir s’il faut plus de courage pour mourir en martyr glorieux d’une cause, ou pour vivre en la servant humblement au quotidien. Mais on ne peut nier la séduction qu’exerce l’intensité de l’engagement des djihadistes, fascination même, au point d’abolir tout regard critique sur la monstruosité de ce qu’ils servent et des crimes qu’ils commettent en son nom.

Enfin, n’oublions pas la solidarité communautaire, ou plutôt communautariste, aux triples ressorts ethniques, culturels et religieux. Il y a les liens familiaux ou de voisinage en France, mais aussi les réseaux toujours actifs dans les pays d’origine pour les personnes issues de l’immigration, qui malgré quelques convertis forment tout de même l’essentiel des djihadistes. Il y a l’habitude de la loi du silence dans les quartiers sensibles, qui y prédispose à donner asile à des criminels sans se demander s’ils sont terroristes ou de droit commun. L’habitude aussi de côtoyer tant la délinquance que les marqueurs de l’islam politique, qui les banalisent l’un et l’autre. Et la sympathie pour la cause de l’islam politique, ainsi que la croyance en la légitimité de la charia, favorisent plus que fortement la complaisance envers les djihadistes de la part d’une portion non négligeable des habitants des « territoires perdus », qu’ils soient ou non délinquants.

Surtout, l’islam littéraliste pousse fermement les musulmans à toujours soutenir un « frère » ou une « sœur » contre les « mécréants », quoi que ce « frère » ou cette « sœur » puisse avoir fait… ou avoir l’intention de faire. L’Oumma avant tout ! Trop de musulmans qui, pourtant condamnent les crimes des terroristes, se sentent malgré tout plus proches d’un djihadiste que d’un athée, d’un païen, d’un juif, voire d’un chrétien…

Ce n’est pas pour rien que Houria Bouteldja déclarait en 2012 : « Mohamed Merah c’est moi, et moi je suis lui. » Ce n’est pas que postcolonial ou décolonial, son « amour révolutionnaire » se dit surtout « Allahou akbar », et son injonction aux « Blancs » dans Les Blancs, les Juifs et Nous est sans ambiguïté : « changez de Panthéon, c’est ainsi que nous ferons Histoire et Avenir ensemble » car sinon « demain, la société toute entière devra assumer pleinement le racisme anti-Blanc. » Pour elle, la séparation entre croyants et incroyants surpasse toute autre considération, et on en revient au djihad : la conversion ou la mort. Décidément et résolument, en matière de panthéon je préfère la Triade capitoline !

C’est d’ailleurs la même réaction de défense de la communauté au prix de l’éthique qu’on peut voir à l’œuvre dans la dénonciation frénétique des prétendus amalgames – en réalité refus de l’autocritique et fuite face aux responsabilités. Même les condamnations prononcées ne le sont généralement que précédées d’une exclusion : « ce n’est pas ça l’islam », « ce ne sont pas de vrais musulmans », et trop rares sont ceux qui, comme Abdennour Bidar, ont le courage et l’honnêteté de dire que si l’islam ne se résume pas au djihadisme, il le porte néanmoins en lui.

Il faut imposer le respect de nos lois

Le procès en cours nous donne l’occasion de ces constats. Mais si importants soient-ils, ils ne suffisent pas. Nous devons maintenant nous demander comment affaiblir ces liens, en particulier le dernier. Comment convaincre nos concitoyens musulmans que l’appartenance à la République peut être au moins aussi noble et importante que l’appartenance à l’Oumma ? Il faut – c’est même primordial – imposer le respect de nos lois, mais il faut aussi convaincre.

Or, proposer véritablement un autre modèle de société que celui des islamistes, proposer d’autres voies de rédemption ou d’accomplissement de soi que l’alternative absurde entre la jouissance consumériste et la jouissance destructrice, impose de croire en ce que nous proposons et de vivre en conséquence, sans quoi nous ne pourrons pas être pris au sérieux.

A lire aussi: Les ennemis de la France se nourrissent de sa tolérance

Ce qui veut dire d’une part, agir conformément à nos principes, et notamment ne plus nous compromettre avec les pires promoteurs de l’islam radical dès qu’il est question de pétrodollars, mais aussi imposer des limites à la guerre économique, ou cesser de sacrifier l’avenir des écosystèmes au nom d’intérêts immédiats. Et d’autre part, reconnaître la légitimité et la valeur du plaisir et du confort mais arrêter de les confondre avec le bonheur, et nous libérer de la double chape de plomb du relativisme moral et de la repentance – qui a depuis longtemps cessé d’être une critique nécessaire et s’est muée en haine de soi nihiliste – pour pouvoir renouer enfin avec l’aspiration à la grandeur.

Projet ambitieux ? Évidemment. Projet impossible ? Bien sûr que non ! Nous sommes héritiers d’Athènes et de Rome ; de Périclès, Auguste et Winston Churchill ; de Cicéron et Aliénor d’Aquitaine ; d’Hypatie, Léonard et Marie Curie ; de Cléanthe et Saint François ; du Parthénon et des cathédrales gothiques ; de Thémistocle et Marie Hackin ; d’Ulysse, Perceval et Cyrano de Bergerac. Nous ne pouvons pas faire moins.

Les territoires perdus de la République

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Réseaux sociaux: Big Brother, c’est nous !

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Le dernier numéro de Causeur est en ligne.

Si Big Brother n’a pas de visage c’est parce qu’il les a tous. Big Brother c’est nous. Faut-il craindre le despotisme horizontal des réseaux sociaux ? Marcel Gauchet, Raphaël Enthoven, Régis Mailhot et d’autres sont dans un bateau. Et Causeur marche sur les (rés)eaux.


Facebook, Twitter, Instagram et les autres géants du Net sont-ils nos nouveaux maîtres ? Avec notre adhésion active, le fichage généralisé et l’explosion des pulsions forment désormais notre lot quotidien. Souvent menées au nom des meilleurs intentions, des campagnes de délation telles que #Balancetonporc réveillent nos instincts les plus bas. « L’affect le plus fondamental qui émerge sur Internet, c’est tout bêtement la haine ! », constate Marcel Gauchet dans nos colonnes. Mais l’exponentiel essor d’Internet ne doit pas exonérer les médias traditionnels de leurs responsabilités : si les fausses nouvelles (« fake news ») prospèrent sur la Toile, c’est avant tout parce que les journalistes sont démonétisés, à l’image de l’ensemble des élites. Comme s’en désole Elisabeth Lévy, « l’une des manifestations les plus insidieuses de la nouvelle censure est l’euphémisation de la réalité, expurgée de tous ses aspects contrevenant au simplisme du noir et blanc ». Exemple type : on regrettera la résurgence de l’antisémitisme sans en préciser l’origine, histoire de ne pas faire tache au royaume du vivre-ensemble.

>>> Lire le magazine <<<

Mais face au surmoi médiatique, les réseaux sociaux donnent clairement dans le déchaînement du ça. Si Big Brother est constitué de nous tous, c’est que la tyrannie ne s’exerce désormais plus d’en haut mais se rapproche du despotisme horizontal que Tocqueville voyait poindre en son temps.

Ainsi, nos humoristes vivent-ils en liberté surveillée, comme le regrette Régis Mailhot, dont la chronique sur RTL brocarde la bêtise de droite, comme de gauche.

Enthoven, Manach, Twitter et Facebook

Faut-il pour autant jeter le bébé de la technique avec l’eau du bain des pires twittos ? Pas si vite d’après Jean-Marc Manach. Ce blogueur spécialiste d’Internet, nous raconte le fabuleux destin de Facebook, un réseau social qu’on croyait réservé aux dragueurs mais qui a contribué au Printemps arabe, au Brexit ou à l’élection de Trump. En somme, l’avenir de la Toile n’est écrit nulle part, comme en conviennent les rédacteurs Usbek et rica interrogés dans ce numéro. « Le magazine du futur » endroit un XXIe siècle potentiellement technophobe ou au contraire soumis à la tyrannie des robots.

Entre ces deux extrémités, une troisième voie raisonnable s’ouvre peut-être à l’horizon. Au fond, le philosophe Raphaël Enthoven adopte la même stratégie en essayant d’utiliser Twitter à des fins pédagogiques. Instruire et dialoguer sur le réseau de toutes les invectives, quelle gageure ! Pour le moment, les réseaux sociaux prêtent surtout le flanc aux pires exagérations, à l’image de la campagne de mobilisation féministe en faveur de Jacqueline Sauvage. Comme nous le raconte Gil Mihaely, repeindre une épouse meurtrière deux fois condamnée par la justice en faible femme fut une sacrée prouesse. Fait sans précédent, Change.org, Twitter et Facebook eurent raison de la sagesse présidentielle, poussant François Hollande à gracier la condamnée…

Cathos, contre-cathos…

Rayon actualités, le porte-parole de La France insoumise sur les questions internationales, Djordje Kuzmanovic, nous a accordé un entretien rare et inédit. Aussi brillant que discret, cet ancien officier de l’armée française nous explique le monde selon Mélenchon : sortie de la France de l’OTAN, multipolarité, lutte contre les migrations économiques mais régularisation des sans-papiers, etc. De l’autre côté du spectre politique, les cathos penchent clairement à droite, nous confirme le politologue Jérôme Fourquet, sondeur à l’Ifop. Qui de LR ou du FN saura les séduire ? L’avenir nous le dira…

Avec son camarade Vincent Chebat, Luc Rosenzweig signe enfin une enquête fouillée sur les activités de l’Union juive française pour la paix, groupuscule antisioniste subventionné qui mène une croisade contre le « racisme d’Etat » (sic) français et israélien.

…et cuisine cathodique

Quant aux zadistes de Notre-Dame-des-Landes, après l’abandon du projet d’aéroport, qu’adviendra-t-il de leur prétendue contre-société ? Notre reporter Erwan Seznec y répond en dix questions/réponses qui n’épargnent aucun des protagonistes.

Quoi de neuf dans la culture ? Jérôme Leroy suit l’académicien Frédéric Vitoux sur les traces du poète disparu Levet. De son côté, Pierre Lamalattie nous emmène à Malakoff chez le peintre figuratif Sam Szafran. Ce dernier immortalise les philodendrons qui envahissent sa thébaïde d’ermite. Pour retrouver un peu de sociabilité, rien de tel qu’une visite du salon Rétromobile à Paris en compagnie de l’expert ès autos de marque Thomas Morales. En guise d’entremets final, la fine bouche Emmanuel Tresmontant nous sert une analyse toute chaude des mutations de la cuisine familiale. Fini les femmes aux fourneaux, aujourd’hui chaque membre de la famille mange tout seul face à son écran. Décidément, chez Causeur, tout se tient !

Lyon, une ville du califat d’Erdogan ?

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Des militants pro-Erdogan, dont des ultranationalistes des "Loups gris", se sont réunis à Lyon, le 3 février 2018, pour contrer la manifestation pro-Kurdes prévue ce jour-là. Photo: NICOLAS LIPONNE / NURPHOTO

Samedi dernier, j’ai décidé, après bien des hésitations, de rejoindre la manifestation en faveur des Kurdes de Syrie, victimes des tueries organisées par Recep Tayyip Erdogan. Mon hésitation tenait à ce que ce combat juste était récupéré par le NPA et d’autres forces dites « à gauche » qui s’allient ici avec le fascisme islamique pour mieux le dénoncer ailleurs, dans ces contrées éloignées où l’on n’a pas à goûter la réalité de l’islam politique réellement…

Place d’Erdoganie

Très en retard, en voiture, je mords quelque peu un passage de bus pour voir s’il y avait un intérêt à persévérer dans ma petite folie automobile. Hélas, un policier m’arrête et menace de me faire perdre des points. Puis il se ravise, s’apercevant de mon déguisement du jour : un foulard du Rojava ramené par ma fille qui a passé six mois au Kurdistan d’Irak. Et me précise : « bon, allez-y, les Kurdes ont bien droit à leur 1789 ! ». J’avais pu mesurer d’ailleurs cette belle attitude de certains policiers, l’été dernier. Certains protégeaient, lors de sa venue à Lyon, Waleed Al-Husseini, cet apostat de l’islam et écrivain, bien au-delà des consignes de la hiérarchie…

A lire aussi: Waleed Al-Husseini: « Face à l’islamisme, le silence des musulmans devient complice »

Arrivant près du terme de cette manifestation, place des Terreaux, je ne vois que des bandes de gens très agités, hurlant, exhibant le drapeau turc. Un ami habitant à côté de cette place me téléphone pour me préciser que l’on voit effectivement des policiers courser des excités en face de la mairie. Mais je décide malgré tout d’aller à cette manifestation autorisée. Des militants anti-Kurdes, était-ce donc tout ce qu’il était advenu de la manifestation en faveur de la résistance aux violences et aux crimes de la Turquie en Syrie ? Apercevant, derrière un groupe de policiers, quelques militants pro-Rojava supposés, je me dirige vers ce qu’il restait de ce rassemblement pour la vie et la liberté.

Tout à coup, quatre à cinq furieux courent vers moi en hurlant devant les forces de l’ordre : « regardez ce qu’il porte à son coup ! ». Je fais alors quelques bonds, frappant à la porte d’une voiture de police, qui se refuse à m’ouvrir. Je frappe à nouveau en parlant plus fort, montrant mes agresseurs et disant distinctement : « ils veulent me battre, laissez-moi entrer ». Mais une escouade d’agents arrive et écarte les agresseurs qui continuent à vociférer en désignant le soleil du Rojava sur l’écharpe… Une policière me demande alors de cacher ce tissu. Je lui réponds qu’on n’est plus ainsi en République ; elle me rétorque que la manifestation est terminée. Toutefois, je lui désigne les drapeaux turcs, sans compter ces femmes aux foulards, ces porteuses du signe très ostensible de l’islam politique. Elle insiste : je m’exécute devant les uniformes de la République française humiliée et les emblèmes de la Turquie annexés par des bandes islamo-fascistes (qui dénaturent l’œuvre d’Atatürk).

La France tolère Erdogan

Je n’ai pas voulu ennuyer les policiers dont je connais le difficile travail ; oui, les pro-Erdogan étaient prêts à en découdre à tout prix, la haine luisait au fond de leurs yeux. J’ai repensé alors que les hauts lieux de l’État sont accommodants avec le fasciste qui usurpe le pouvoir à Ankara, fait détruire les livres de Spinoza et laisse son armée proférer, en Syrie même, « Allah Akbar », chose jamais entendue depuis la fin du Califat ottoman… Quant à l’université Lyon-2, elle dut, à son corps défendant, annuler une manifestation racialiste et islamiste qui se disait être un colloque savant ! L’élite intellectuelle et politique est en voie d’être subvertie par le renoncement et la lâcheté : que demander de plus aux policiers ?

A lire aussi: Rojava, le modèle suisse

J’ai caché mon écharpe. Devant les policiers, la bande de fasciste exultait et faisait crépiter ses téléphones pour faire force photos de mon renoncement. Ils pouvaient être heureux, en effet : il n’y avait plus de République à Lyon ; le citoyen français que je suis n’était, pour un temps, plus chez lui, il n’habitait plus une cité libre mais un lambeau du califat d’Erdogan.

Tariq Ramadan: la justice oui, le lynchage non

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Tariq Ramadan donne une conférence à Bordeaux en mars 2016. SIPA. 00748663_000022

Tariq Ramadan ou non, on ne mène pas le combat politique par juges interposés.


Or donc, Tariq Ramadan a été collé au trou. J’en déduis que cette mesure a été requise par le parquet, et souhaitée aussi par les trois juges d’instruction chargés collégialement du dossier. Et que le Juge des Libertés a considéré, au regard des règles du code pénal et du code de procédure pénale, que cette incarcération était nécessaire. Eric Morain, l’avocat d’une des plaignantes, a dit sur le plateau de BFM TV qu’il était favorable à la « libération de la parole », dès lors que celle-ci s’effectuait dans un cadre judiciaire. Cette position est la mienne. Je n’ai pas d’opinion sur le fond du dossier Ramadan que je ne connais pas, et les bribes orientées transmises à une certaine presse en violation de la loi pour être publiées ne peuvent en aucun cas refléter le débat contradictoire. On va donc (pour l’instant) s’en remettre au fonctionnement régulier du système judiciaire. Et laisser aux avocats du prédicateur, si telle est leur intention, la mission de contester devant les instances compétentes les mesures prises à son encontre.

La justice n’est pas un terrain politique

Tout d’abord, ceux qui me connaissent imaginent facilement l’affection que je peux porter au pote de Plenel, et ce que je pense du sale boulot qu’il effectue. Cependant, on ne mène pas le combat politique, aussi essentiel soit-il, par juges interposés. Et j’espère (pour l’instant je le pense) que la mesure qui le frappe est justifiée par le dossier. Pas seulement par la nature des charges qui pèsent sur lui, mais par les nécessités de l’instruction. Les magistrats qui en sont chargés doivent procéder à un certain nombre d’investigations, de vérifications et d’auditions. Compte tenu de la personnalité de « gourou » de Tariq ramadan et de sa popularité, peut-être ont-ils considéré que ce travail devait être effectué à l’abri d’éventuelles pressions venant de sa part.

A lire aussi: Ramadan: le double langage de Plenel

Ensuite, on a entendu plusieurs fois l’argument des prudents qui craignent cette décision d’incarcération. Selon eux, une telle mesure aurait dû être évitée compte tenu de ses conséquences politiques. Parce qu’instituant Ramadan en martyr, elle sera prise comme une provocation et va nourrir la rage de ses soutiens en alimentant les délires sur le « complot sioniste mondial ». Malheureusement, sur ce point, il y a longtemps que le mal est fait, et de toute façon une décision de maintien en liberté ou une mesure privative de celle-ci, ne doivent pas être prises sur la base de considérations politiques.

Twitter, un tribunal islamiste ?

Enfin, le spectacle donné par les réseaux sociaux vendredi était déplorable. Pendant la garde à vue et dans l’attente de la présentation aux juges d’instruction, on avait le sentiment d’assister à la préparation et au déroulement d’un match de foot. Voire d’une corrida. La foule, par ses appels à la mise en cabane de Ramadan, montrait à nouveau son vilain visage de passion vengeresse. Bien éloignée d’une volonté de voir la justice faire dignement son travail. Et que dire des cris de joie et des vivats qui ont accompagné l’annonce du mandat de dépôt, donnant l’impression que Kylian M’Bappé avait marqué un but dans un match de Coupe du Monde ?

A voir aussi: Antisémitisme à Sarcelles, Affaire Darmanin, aveux de Jonathann Daval, Tariq Ramadan : la semaine vue par Alain Finkielkraut

Inutile de citer ces commentaires excités qui déconsidèrent leurs auteurs. Incapables de mesurer qu’à cet instant, qu’on le veuille ou non, Tariq Ramadan, aussi justifiée soit la mesure qui le frappe, accède à un statut de victime. Une situation particulière, qui n’efface pas, loin de là, les fautes éventuellement commises, mais place la personne poursuivie dans une solitude totale et désarmée vis-à-vis de l’État. En cette époque compassionnelle où le statut de « victime » est sacralisé, le mot va faire bondir, mais il recouvre une réalité. Il n’est pas très digne à ce moment de hurler à la mort, de manifester une joie mauvaise, ou de lancer quolibets et cailloux. Pas besoin de moratoire pour cette lapidation-là, une interdiction définitive s’impose.

Car il convient à ce stade de rappeler que, pour celui qui en est l’objet, une procédure judiciaire pénale, surtout lorsqu’elle s’accompagne d’une incarcération, est un épisode d’une grande violence. Évidemment légitime, puisque la société dispose du pouvoir sur les corps afin de sanctionner les comportements ayant porté atteinte à l’ordre social. Et l’État, mettant en œuvre ce pouvoir légitime, dispose d’une puissance que l’on a du mal à imaginer si l’on n’y a pas été confronté ou qu’on n’y a pas assisté de près.

« L’avocat défend l’homme, pas le crime »

Pour le délinquant d’habitude, l’intervention de la machine fait partie de son cadre de vie. Pour les autres, c’est l’expérience soudaine de la perte du statut de citoyen d’un pays démocratique. Perte nécessaire et justifiée, organisée par des règles, mais dont la violence se ressent physiquement. La garde à vue, c’est dur. Le transfert au dépôt et la présentation au juge après 48h, voire 96h, sans dormir, c’est dur. Les auditions interminables dans le bureau d’un juge d’instruction, c’est dur. Les débats devant le juge des libertés qui va décider de votre sort, c’est dur. Et que dire de la décision qui va vous envoyer entre quatre murs, dans un monde dont on n’avait pas la moindre idée jusqu’à ce moment. Tout ceci est normal et justifié, il n’y a pas à y revenir. Mais c’est ce que vient de subir Tariq Ramadan et on ne se grandit pas en lui crachant dessus. On peut réserver sa compassion, mais on ne doit pas être économe d’un respect minimum.

C’est bien sûr un avocat qui parle, qui a fait sienne la phrase de son modèle Henri Leclerc: « l’avocat défend l’homme, pas le crime ». Qui sait finalement ce qui fait le prix de ce métier, cette solitude partagée avec celui qui affronte la machine. Solitude du combat, intense, qui permet de s’évaluer. Même si le constat est parfois douloureux pour l’amour propre, il y a tant de défaites… Avocat qui sait aussi le paradoxe de la répression pénale, expression de la violence légitime, où se produit cette inversion étrange: quand le méchant dans les mâchoires de l’État accède à un statut de victime.

Dans le Calais belge, les « nouveaux Justes » dénoncent les « rafles » de migrants

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A Bruxelles, des manifestants s'opposent à une intervention de police dans le parc Maximilien, 21 janvier 2018. Photo: VIRGINIE NGUYEN HOANG / HANS LUCAS

En même temps qu’il est devenu le Calais belge, le parc Maximilien de Bruxelles a été converti en un autel voué aux cultes des migrants. Artistes, médias et autres bonnes âmes ne reculent devant aucune exagération pour dénoncer leur situation. 


La guerre idéologique bat son plein en Belgique. D’un côté, des militants pro-immigration et des médias qui leur sont largement favorables. De l’autre, un Gouvernement sur la défensive bénéficiant pourtant toujours, sur ce thème, d’un large soutien de la population.

La fermeture de la jungle de Calais a entraîné un déplacement du flux de migrants désireux de rejoindre l’Angleterre vers Bruxelles, et tout particulièrement vers le parc Maximilien, devenu à la fois un lieu de transit et tout un symbole. Une « plateforme citoyenne » y accueille bénévoles et journalistes et des classes scolaires y défilent pour éduquer les générations futures au culte des migrants et dénoncer le quasi-fascisme de l’Etat, la génération des parents étant largement perdue pour cette cause et « non rééducable », si l’on en croit les enquêtes d’opinion.

« L’armée de l’ombre », vraiment ?

Le parc, qui compte désormais chaque jour des centaines de personnes, se vide partiellement le soir, la « plateforme citoyenne » se chargeant d’organiser l’hébergement des migrants chez des particuliers pour qu’ils passent la nuit au chaud et échappent à la police belge. La Seconde Guerre mondiale est en permanence convoquée au secours des migrants et Auschwitz n’est jamais loin ! Les opérations policières sont régulièrement qualifiées de « rafles », y compris par la RTBF, la chaîne de télévision publique francophone.

La même chaîne a qualifié les « hébergeurs » d’« armée de l’ombre » aidant les migrants « traqués par les autorités belges ». Le film du même nom de Jean-Pierre Melville, avec Lino Ventura et Simone Signoret, est une évocation tragique et subtile de la résistance française, avec son lot d’héroïsme et de trahisons, où la mort est omniprésente. Presque tous les résistants y finissent assassinés. La RTBF a assurément trouvé là une comparaison pertinente !

Au grand dam d’associations juives, l’éditorialiste de La Libre Belgique, un quotidien autrefois catholique conservateur, a osé qualifier les « hébergeurs » de « nouveaux Justes », oubliant de rappeler que si les premiers ne risquent rien à secourir des migrants, tout au plus menacés d’être renvoyés dans leur pays au terme d’un long parcours juridique, les seconds le faisaient au péril de leur vie afin de sauver des condamnés à mort par un régime totalitaire. Mais à quoi bon ces subtilités lorsque la cause est bonne !

Belgique sans frontières

Les seuls réseaux que la plateforme alimente sont ceux des trafiquants d’êtres humains que les mêmes médias dénoncent régulièrement. Ces migrants ne veulent pas être hébergés gratuitement par l’Etat belge et préfèrent s’en remettre aux réseaux criminels. La plupart, des jeunes hommes soudanais dans la force de l’âge, veut se rendre – illégalement – en Angleterre et choisit le froid et la clandestinité, plutôt que d’être immédiatement pris en charge et d’entrer dans une procédure d’asile. Ce sont donc bien des migrants économiques que les lois belges et européennes n’autorisent pas à immigrer. Mais la plateforme n’a cure de ces contradictions et de la légalité. Selon elle, tous les migrants sont les bienvenus et personne ne peut être renvoyé au Soudan, une dictature.

Peu de migrants viennent de démocraties avec un Etat de droit fonctionnel. Refuser de faire cette distinction entre réfugiés et migrants, refuser de collaborer avec des dictatures pour assurer le retour des migrants économiques, c’est se condamner à l’impuissance et à un tsunami migratoire par une population africaine qui pourrait doubler au cours des trente prochaines années. Sous le masque d’une opération humanitaire se cache en fait un puissant lobby « immigrationniste » dont l’objectif est d’ouvrir sans réserve les frontières de la Belgique et de l’Europe et, à terme, de détruire la cohésion de nos sociétés.

« Le droit est au-dessus de la loi »

Le Gouvernement belge, hanté par le spectre d’un nouveau Calais,  est sur la défensive. Accusé de toutes parts de vouloir « criminaliser l’hospitalité » vis-à-vis des migrants, il est face à un front levé de médias, d’ONG, de juges, de professeurs, d’écrivains et de cinéastes – dont les frères Dardenne (Palme d’or au festival de Cannes) pour l’occasion sortis de leur confortable réserve subsidiée. La présidente du pendant belge du syndicat de la magistrature, qui s’était déjà faite remarquer en affirmant que « le terrorisme tuait moins que les accidents de la route » ou que « le néolibéralisme était un fascisme », a déclaré que « le droit était au-dessus de la loi » (sic), sous-entendant qu’il existerait un droit naturel qui permettrait aux migrants de circuler librement sur la planète. Un appel à peine masqué à la désobéissance et à l’insurrection venant d’une magistrate assermentée !

Ce mouvement pro-migrant se qualifie lui-même de « citoyen » ; un terme repris sans réserve par les médias. C’est pourtant tout l’inverse. La citoyenneté permet à un individu d’être reconnu comme membre d’une société et de participer à la vie publique, pas de contourner des lois légitimes votées par le Parlement, pas de se substituer à la représentation nationale ou à la volonté générale.

Les Belges ne sont pas dupes

Les Belges résistent tant bien que mal à ce torrent d’humanitarisme dévoyé et de militantisme masqué qui vise à faire plier l’Etat. La Belgique qui connaît des problèmes d’intégration plus aigus encore que la France et qui a beaucoup plus que d’autres contribué au djihadisme en Syrie et au terrorisme en Europe, se raidit. La gauche culturelle encore dominante n’impose plus toujours ses vues et, jusqu’à présent, n’a pas réussi à faire plier le Gouvernement.

Les Belges sont devenus parmi les plus hostiles des Européens à l’immigration et à l’islam. Selon une large enquête, « Noir jaune blues », commanditée par les champions du vivre-ensemble que sont le quotidien Le Soir et la RTBF, 77 % des Belges ne se sentent plus chez eux comme avant ; 74 % disent que l’islam, perçu comme une menace pour l’identité de la Belgique, n’est pas une religion tolérante ; 67 % trouvent qu’il y a trop d’immigrés dans notre société et se sentent « de plus en plus envahis ».

Ces chiffres traduisent un formidable décalage entre la population et les « élites » médiatiques, académiques, économiques ou politiques qui prétendent faire le bien de la première malgré elle. Qui résiste à qui ?

Le meurtre d’Alexia Daval n’est pas un féminicide

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Funérailles d'Alexia Daval, 8 novembre 2017. Photo: SEBASTIEN BOZON / AFP

N’en déplaise à la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa, le meurtre d’Alexia Daval par son mari Jonathann ne peut pas être considéré comme un « féminicide ».


Le meurtre d’Alexia Daval par son mari Jonathann fait penser à celui de Norbert Marot par son épouse Jacqueline Sauvage. Ingrid Riocreux, Régis de Castelnau et d’autres ont commenté cette ressemblance. Cette triste actualité m’a amené à consulter un document concernant les meurtres conjugaux en France au cours de l’année 2016, dont je conseille la lecture : Etude nationale sur les morts violentes au sein du couple, publication conjointe des directions nationales de la police et de la gendarmerie, à l’en-tête du ministère de l’intérieur.

Le meurtre conjugal, une extrême exception

C’est dans ce document, dont on ne peut pas contester le sérieux, que l’on apprend que 109 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ancien conjoint, 28 hommes par leur conjointe ou ancienne conjointe et un homme par son conjoint. Il est instructif de lire les circonstances de ces crimes et les données sur les relations entre meurtrier et victime avant le meurtre. Un chiffre m’a particulièrement frappé : parmi les 109 hommes qui ont tué leur femme ou ex-femme, 45 se sont suicidés ensuite et 8 ont tenté de le faire ; pour les femmes ayant tué leur partenaire, ces chiffres sont respectivement de 2 et 2. Il y a donc eu, au total, 184 morts : 111 femmes et 73 hommes. Que peut-on tirer de ce constat ?

A lire aussi: Jonathann Daval, la nouvelle Jacqueline Sauvage ?

La première chose est que la plupart de ces crimes sont des formes paroxystiques de la violence qui peut germer au sein d’un couple. La violence, physique, verbale, posturale, est inévitable dans le couple, car le couple est le lieu de sentiments nombreux, intenses et parfois contradictoires ; qu’il y ait des tensions et des conflits donnant lieu à des épisodes violents n’est donc pas étonnant. Sur les 16 millions de couples français, il n’y en a eu en 2016 « que » 138 chez qui le conflit, ou l’état conflictuel permanent, a conduit l’un des membres à tuer l’autre et à se tuer ensuite éventuellement, soit 0,00078%. Les autres couples vivent avec des conflits qu’ils jugent mineurs et résolvent les autres en discutant, en faisant un voyage, en faisant l’amour, par une thérapie conjugale… ou en se séparant. Le meurtre conjugal n’est donc pas représentatif de la vie de couple en général, mais d’une pathologie extrême de la relation conjugale. Parler de crime passionnel n’est pas absurde, puisqu’il s’agit, dans la très grande majorité des cas, de l’incapacité de contrôler des passions autrement que par un passage à l’acte mortel ou doublement mortel.

Jonathann Daval a tué sa femme, pas une femme

Le deuxième constat est que les hommes sont 3,6 fois plus nombreux que les femmes à être passés à la violence extrême de tuer leur conjoint, et 24 fois plus nombreux à s’être suicidés. On peut donc en déduire que les hommes sont généralement plus violents que les femmes, ce que personne, je crois, ne contestera. Mais en l’occurrence, ils n’ont pas été seulement plus souvent violents à l’égard de leur conjointe, mais aussi, et beaucoup plus en proportion, à l’égard d’eux-mêmes. Les hommes n’ont pas le même rapport à l’acte mortel, et peut-être aussi à la mort que les femmes. Comment expliquer cette différence ? Je me contenterai de ce constat et garderai d’une explication simpliste, car de nombreux facteurs entrent en jeu.

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Pour en revenir aux meurtres d’Alexia Daval et de Norbert Marot, qui se ressemblent et sont l’aboutissement tragique d’un processus de violence non maîtrisé et dont les deux protagonistes ont été des acteurs. Cela s’est joué à deux. L’un des deux y a laissé la vie, c’est donc, homme ou femme, la principale victime de l’emballement de la violence. L’autre est encore vivant et donc seul à répondre de son acte devant la justice humaine. Il est important que, lorsqu’on jugera Jonathann Daval, il soit tenu compte des comportements de sa défunte conjointe dans l’escalade de la violence, ce qui ne saurait le dédouaner de son acte, mais permettra de lui infliger une juste peine, qui sera de toute façon inférieure à celle qu’il a lui-même infligée à saconjointe : la mort. Il serait dommage que le sexe du meurtrier soit une circonstance aggravante ou atténuante. Comme le souligne Ingrid Riocreux, l’acte de Jonathann Daval n’est pas le meurtre d’une femme, mais celui de sa femme. Il est un crime conjugal, pas une violence envers les femmes ; il n’est pas plus un féminicide que celui commis par Mme Sauvage n’est un masculinicide. Il s’agit de deux meurtres ; il n’y a pas, d’une part un salaud que sa femme a tué parce qu’elle n’en pouvait plus, et d’autre part un salaud qui a commis un crime odieux.

Antisémitisme à Sarcelles, Affaire Darmanin, aveux de Jonathann Daval, Tariq Ramadan : la semaine vue par Alain Finkielkraut

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


Lire la vidéo

Rémi Brague, la religion comme vie possible et bonne

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Youtube - Image tirée d'une vidéo de Familles Chrétiennes

Le philosophe des religions qu’est Rémi Brague s’en félicite : on a, comme par enchantement, cessé de considérer sa spécialité comme une bizarrerie superflue. Sur Dieu, sur l’homme, sur la raison, sur le droit et sur la politique, l’étude philosophique des religions permet de clarifier des situations réelles et actuelles.


Or il est soudain apparu nécessaire de comprendre le monde dans lequel nous vivons. Pour nous y aider, Rémi Brague propose un ensemble d’essais consacrés à l’étude de ce que l’on désigne communément par le terme de religion.

D’ailleurs, ce n’est pas si simple. Il existe des dieux sans culte (chez Aristote), des doctrines du salut sans dieu (le bouddhisme). Et des religions révélées ou naturelles, sans compter les innombrables -isme qui ont chacun érigé leur propre idole (progressisme, nationalisme, racisme…). En s’appuyant sur des idées développées par Alain Besançon à propos du communisme, Rémi Brague souligne que l’idéologie, plus qu’une religion, est une « double perversion de la science et de la religion, perversion croisée, l’une pervertissant l’autre ». On n’invente pas si facilement une religion, à moins d’être un « esprit légèrement dérangé » comme Auguste Comte.

Si la vie était due au hasard…

Du reste, on sait que Rémi Brague est chrétien. Selon lui, comme par hasard, le christianisme est la religion absolue, « dégagée de tout lien ». Ni peuple (judaïsme), ni droit (islam), ni sagesse (bouddhisme). C’est aussi, pour lui, l’occasion de mettre en évidence une certaine faiblesse : le concept de religion, conçu dans un environnement chrétien, s’applique assez mal aux autres religions.

L’un des problèmes les plus épineux est le monothéisme. « Que fait le monothéisme de la pluralité ? Que fait le polythéisme de l’unité ? » Rémi Brague rappelle les notions gigognes définies par Aristote : le nombre, l’espèce, le genre, l’analogie. Aussi se pose-t-il une question qui n’est peut-être pas entièrement rhétorique : la différence est-elle si grande entre une myriade de dieux et un dieu unique, sachant que tous sont radicalement différents du monde ?

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On observe dans l’histoire un passage de l’animisme au polythéisme, puis au monothéisme – et enfin à l’athéisme. C’est fâcheux. Pourtant, l’athéisme est impossible, et cela en vertu d’un raisonnement parfaitement rationnel : si la vie était due au hasard, l’homme n’aurait aucune raison de la souhaiter, ni de la maintenir et de la transmettre. Reste cette impression étrange que le monothéisme n’est qu’une transition entre le polythéisme heureux et l’athéisme malheureux. À ce propos, Rémi Brague s’emploie à souffler le tiède et le froid. D’une part, il souligne qu’un retour au paganisme ne serait pas si grave, si la science moderne ne l’avait pas privé de « ce qui le rendait plausible » (les naïades dans les sources, Zeus brandissant la foudre). D’autre part, il met en évidence le fait que les nouvelles idoles disponibles ne sont pas extrêmement attirantes (nation, progrès, classe, race).

L’idolâtrie n’est jamais plus dangereuse et mortifère que quand l’idole est unique

Quel est, finalement, le critère de la divinité authentique ? Ce n’est pas le sens du sacré, mais le respect pour la sainteté. « Le Nouveau Testament s’oppose à la sacralité du pouvoir politique en affirmant que le Seigneur n’est pas César, mais bien Jésus crucifié. » Cette interprétation a plus d’allure que l’apologie ordinaire de la laïcité (rends à César…). Rémi Brague poursuit : « Et ce qui est saint n’est pas à mes yeux ce pour quoi on peut et doit mourir, mais avant tout ce qui rend la vie possible et bonne. » Soyons positifs.

Et pourtant, notre auteur a aussi ses moments de faiblesse. Une petite tentation stoïque, peut-être, ou du moins épicurienne. Les dieux d’Epicure « ne se soucient pas de ce que nous faisons et mènent une vie paisible de contemplation. Mais, de la sorte, sans le savoir, ils procurent aux philosophes un modèle de règles de vie qu’il leur faut respecter pour être heureux comme un dieu parmi les mortels ». Tout comme les grands couturiers s’habillent en noir, le philosophe des religions rêve de simplicité. C’est peut-être le goût du danger qui ramène Brague au christianisme, du moins au monothéisme. Car, selon lui, « l’idolâtrie n’est jamais plus dangereuse et mortifère que quand l’idole est unique ». Fort heureusement, il y a un antidote, l’humanisme, disons plutôt la confiance en l’homme. À propos du fameux discours de Benoît XVI à Ratisbonne (le 12 septembre 2006), dont le thème était la religion et la raison (et pas seulement la supposée critique de l’Islam), Rémi Brague rappelle que le Dieu de la Bible, quand il met l’homme en procès, ne le fait jamais à l’égard de ses « intérêts personnels » (en raison de la transgression d’un rituel, par exemple), mais toujours parce que la justice a été violée envers des êtres humains (parjure, violences). Et Dieu prend à témoin les montagnes (la nature). Il s’agit d’un débat rationnel en présence d’un tiers désintéressé, autrement dit nous sommes à la racine du droit, dont le fondement lui-même est l’amour, c’est-à-dire le « respect envers ce qui est ».

« La liberté occidentale représente une tradition ancienne dont il faut chercher la source avant tout dans la période médiévale »

Il faut s’interroger sur cette origine divine de l’injonction de justice. C’est-à-dire, « pour le christianisme, ce que Dieu dicte à la conscience. Les Lumières n’ont pas inventé la liberté. « La liberté occidentale représente une tradition ancienne dont il faut chercher la source avant tout dans la période médiévale ». Et le Moyen âge lui-même a construit sa vision du monde sur la Bible, qui contient des conceptions implicites sur la liberté.

Puisque les religions sont à la fois semblables et différentes, il n’est pas étonnant que les idées qui les concernent soient confuses, notamment celle de laïcité, que l’on confond souvent avec celle de séparation. Or l’Etat et l’Eglise n’ont pas besoin d’être séparés, puisqu’ils n’ont jamais été unis. « Ce que nous appelons “séparation” est l’interruption d’une dépendance mutuelle ou même d’une coopération. »

La vraie séparation, selon Rémi Brague, consiste à renégocier sans cesse des relations « nécessairement contingentes ». Faut-il comprendre : un peu comme fait le Dieu de l’Islam avec le monde ? De fait, la philosophie des religions n’est pas avare de paradoxes, comme en témoigne quelques aphorismes semés ça et là par Rémi Brague. Par exemple, à propos de séparation/laïcité/désacralisation : l’Eglise fut la première bureaucratie étatique en Europe, et c’est l’Eglise même qui s’est efforcée de désacraliser le pouvoir des rois afin de s’assurer le monopole du sacré.

Sur la religion

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Roman-photo: à « Nous Deux », Marseille!

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Photographie réalisée pour le roman-photo Il figlio rubato ("L'Enfant volé"), publié dans Bolero Film, n°1060, 1967. Photo: Arnoldo Mondadori Editore/ DR.

En rendant hommage au roman-photo, le Mucem expose la richesse de la littérature populaire tout en racontant l’art de vivre des Trente Glorieuses.


L’heure de la revanche des shampouineuses a sonné. Le Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) fait œuvre de salubrité publique en remettant à l’honneur le roman-photo dans une exposition qui réunit plus de 300 objets inédits : revues, films, maquettes, photographies originales… Ménagères, écolières, ouvrières et bourgeoises un brin fleur bleue, vous n’aurez désormais plus honte. Lire des romans-photos ne sera plus marqué du sceau de l’infamie. Les intellos pourront remballer leur quincaille idéologique et retourner à leurs chères études. Leur jugement se moquait depuis trop longtemps de votre droit à un quart d’heure de bonheur hebdomadaire, plus sûr que l’orgasme du samedi soir.

Le mépris, c’est fini

Le roman-photo, jadis méprisé, est de nos jours passé complètement sous silence, n’intéressant que quelques collectionneurs et fétichistes. Il faut dire que cette littérature authentiquement populaire a fini par sombrer sous les coups de la digitalisation et, sans doute aussi, de la perte d’une certaine innocence propre aux Trente Glorieuses. À l’exception notable, toutefois, de l’insubmersible Nous Deux qui continue à enregistrer des chiffres à faire pâlir de jalousie les journalistes d’investigation, avec un tirage autour de 350 000 exemplaires.
Le roman-photo a pourtant enchanté les foyers de l’après-guerre. Dans les années 1960, un Français sur trois les lisait. Nous Deux, lancé en 1947 par Cino Del Duca, un italien exilé en France, pape du sentimentalisme imprimé, dépassait régulièrement la barre du million d’exemplaires vendus avec des pics jusqu’à 1,5 million. Les patrons de presse avaient le sourire, roulaient en Cadillac, la machine à bluettes fonctionnait à plein régime et les dames en redemandaient toujours et encore.

A lire aussi: Au Mucem de Marseille, plus belle l’expansion musulmane

Personne n’était vraiment dupe de l’épaisse couche de guimauve qui enrobait ces histoires d’amours fabriquées en quantité quasi industrielle. Rencontres sirupeuses sur fond de mandoline, tragédies aux caisses du Monoprix, trahisons en zones pavillonnaires, baisers chastes et apollons sortis des usines, ces magazines ersatz de la dolce vita venaient éclaircir un quotidien souvent trop gris. Ils mettaient du baume au cœur, et l’espace d’un instant, donnaient un sentiment d’évasion aussi fugace que la carrière d’une starlette en topless sur la Croisette. L’espoir d’une vie meilleure et un romantisme totalement assumé passaient au travers de vignettes et de bulles, maquettées par des as de l’édition et de la photographie.

Aussi caricaturales qu’expressives, ces images d’un autre temps nous rappellent une époque tendre, qui refusait le cynisme. « Le roman-photo est un formidable sismographe de la société des Trente Glorieuses », souligne Frédérique Deschamps, journaliste et iconographe, l’une des deux commissaires de l’exposition. C’était léger, inconséquent, charmant et désuet à la fois : le roman-photo captait l’air du temps sans aucune pesanteur et n’avait pas vocation à éduquer ou à former les esprits.

Le roman-photo, l’art de l’intégration

Et pourtant, son impact sur les populations nouvellement arrivées en France n’a pas été négligeable. Nous sommes nombreux à nous souvenir, avec émotion, de nos grands-mères espagnoles, italiennes ou grecques qui peaufinaient leur niveau de français dans ces titres bon marché. La maîtrise de notre langue n’était en effet pas étrangère à une lecture assidue de ces pages où les stars du moment, Sophia Loren, Gina Lollobrigida, Dalida et Marie-José Nat prenaient la pose. Même Jean-Paul Belmondo n’a pas échappé au phénomène. Raymond Cauchetier, grand photographe de plateau de la Nouvelle Vague, réalisa un ciné-roman d’À bout de souffle, de Jean-Luc Godard. Publié en 1969 dans Le Parisien libéré, en 50 épisodes et composé de 400 photos de plateau, il met en scène sur papier le couple Bébél et Jean Seberg dans une rencontre insolite entre l’avant-garde cinématographique et la culture populaire.

Dès son origine, le roman-photo a suscité de vives controverses. Les communistes raillaient cette littérature à l’eau de rose, pas assez rouge et trop impérialiste à leur goût. Les cathos y voyaient une certaine décadence des mœurs et le bûcher des familles. Déjà à l’époque, les élites ne comprenaient rien à ce phénomène mondial. Leur méconnaissance des aspirations plébéiennes ne les prédisposait guère à saisir cet engouement.

Au cours des années 1970-1980, ce sont finalement les activistes, les rigolos, les anars et les libertins qui saisissent la portée subversive du roman-photo et lui donnent une odeur de soufre et de luxure. Hara-Kiri joue la carte de la parodie sexy et Satanik celle de l’érotico-sadique. Tantôt comique, tantôt scatologique, toujours outrancière et irrévérencieuse, cette littérature sert alors les intérêts les plus divers, outil politique ou objet de dérision alliant la forme surannée et le fond révolutionnaire.

Le roman-photo, c’est du sérieux

C’est que le roman-photo n’est frivole qu’en apparence. « Le sens de la révolte et des conflits sociaux y est depuis ses débuts régulièrement traité autour des questions du divorce, des droits des femmes au travail – et contrairement à ce que suggèrent nos a priori, il peut aussi quelquefois dénoncer une société matérialiste et superficielle. Le roman-photo mérite de ne pas être toujours subordonné à une image rétrograde, bien au contraire ! » recadre Marie-Charlotte Calafat, l’autre commissaire, directrice adjointe du département des collections et ressources documentaires du Mucem.

Parti d’Italie, le roman-photo va connaître un succès dans tous les pays du Sud (France, Espagne, Turquie, Liban, Grèce, Afrique du Nord, etc.), mais également aux Amériques, grâce à des techniques de production proches du cinéma, à l’utilisation de décors naturels, à la présence d’acteurs célèbres et à de gros moyens financiers.

Ayant réussi à mettre la main sur un véritable trésor de guerre, notamment le fonds Mondadori, composé de milliers de négatifs, le Mucem offre une plongée féérique dans l’imaginaire de ces faiseurs de papier et fait remonter, des roucoulades sucrées aux canulars du Professeur Choron, un monde englouti à découvrir absolument.

A voir : « Roman-Photo », jusqu’au 23 avril 2018 au Mucem à Marseille. 

Nous deux présente La saga du roman-photo

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Alain de Benoist, Mai 68, le réel, Melanie Klein, etc.

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