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La faute morale de la droite

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La droite française, en quête d’honneur et de clarté morale, se débat entre soutien politique à Israël et malaise croissant face aux excès de sa politique à Gaza. Une tribune libre d’Alexandre de Galzain, journaliste à « Radio Courtoisie ».


Nous savons parfaitement que le texte d’Alexandre de Galzain va ulcérer plus d’un lecteur. Les idées qu’on ne partage pas, c’est souvent dur à supporter, y compris pour votre servante. Mais c’est notre boulot. Le nôtre et aussi le vôtre chers lecteurs. C’est la douleur de la liberté, pour paraphraser Alain Finkielkraut. Si nous ne voulons pas que le débat public soit transformé en concours d’invectives, chacun doit jouer le jeu et s’imposer de répondre à l’argumentation par l’argumentation. Face à la contradiction, certains ne connaissent que l’injure et la menace : ce sont les Insoumis, pas les lecteurs de Causeur. Ici, il n’y a pas de sujet interdit – et certainement pas la politique de Benyamin Netanyahou.
Ne tournons pas autour du pot. Il y a chez beaucoup de juifs aujourd’hui une tendance à confondre critique et haine, désaccord et désaveu. Les juifs ont inventé la polémique ou, en tout cas, lui ont donné ses lettres de noblesse. Depuis des siècles, on s’empaille dans les yeshivots et synagogues – pas seulement pour des motifs théologiques d’ailleurs. Il serait désastreux que cette tradition se perde dans le buzz contemporain. Juif ou pas, cher lecteur, si votre premier mouvement est d’insulter Alexandre de Galzain (par exemple en le traitant d’antisémite), eh bien, attendez le deuxième ! Merci à tous • Elisabeth Lévy

Par réalisme, Maurras et les siens avaient suivi Drumont, Mussolini et Pétain. La droite mit un demi-siècle à s’en remettre. Par réalisme, nous avions suivi Assad et Poutine. Nous nous en relevons aujourd’hui à grand-peine, les mains encore un peu éclaboussées du sang de leurs crimes. Parce que nous sommes faibles, nous ne croyons encore qu’en la force et parce que la morale qui nous dirige aujourd’hui est mauvaise, nous rejetons en bloc toute morale.
La droite commet une faute morale sur le sujet d’Israël dont elle aura bien du mal à se remettre, et qui entachera nos mains pour encore longtemps.            

Le 7-Octobre, nous nous indignions justement du massacre commis par des terroristes aveuglés par la haine : dans un élan infâme de ressentiment vicié, le Hamas frappait au cœur d’Israël et déclarait la guerre. Justement, nous n’avons alors pas manqué de mots pour condamner cette violence inouïe qui avait déjà blessé notre patrie au plus profond de son cœur. Le lendemain, la gauche s’en prenait à Israël, responsable de ses propres plaies : son impérialisme valait bien mille deux cents morts.

Mensonges de la gauche

Les mois suivants, justement encore, nous soutenions Israël dans son combat contre ce Hamas qui opprimait le peuple dont il avait pris la gouvernance. La gauche, alors à tort, dénonçait un « génocide » qui n’avait pas lieu : elle était trop heureuse de se découvrir un nouveau combat, une nouvelle oppression contre laquelle lutter, un nouveau crime à des milliers de kilomètres. Surtout, ce qui est plus grave, elle a fait d’un crime une opportunité, d’une opportunité un combat, d’un combat une obsession, d’une obsession un électorat.

La gauche a dans le même temps créé et détruit sa nouvelle mystique.

Que la gauche cesse un peu de nous mentir, cela lui changera, en affirmant que son combat n’avait aucune visée stratégique ni électorale, que le droit et la justice internationaux lui tiennent tant à cœur, qu’elle n’est motivée que par une digne indignation devant l’horreur.

La gauche veut le vote et la mobilisation des musulmans. Les musulmans votent et se mobilisent quand les leurs sont attaqués. Les Palestiniens sont attaqués. Les Palestiniens sont les leurs. Il faut donc soutenir les Palestiniens pour obtenir le vote des musulmans.

Dans cette affaire, reconnaissons un peu plus d’honneur à Rima Hassan. Rima Hassan est dangereuse. Rima Hassan est de mauvaise foi. Rima Hassan ment. Rima Hassan se moque bien de la signification d’un mandat de « députée française au Parlement européen » accordé par notre peuple. Rima Hassan fait tout cela, mais Rima Hassan ne triche pas. Rima Hassan est Palestinienne, son peuple a vécu sa Catastrophe. Elle est immigrée par la faute de ces horreurs, elle défend l’honneur de son peuple. Rima Hassan ne joue pas à la Française d’origine immigrée, Rima Hassan s’en moque. Rima Hassan ne triche pas : elle clame, tant que la loi le lui permet : « Je ne suis pas d’ici, je ne serai jamais des vôtres et je défendrai les miens que vous opprimez. Alors je vous combattrai avec toutes les armes que vous me laisserez ».

Mais Rima Hassan n’est pas des nôtres, il ne sert à rien de la traiter comme telle. Nous ne parlons pas le même langage.

Images affreuses

Mais nous, nous avons triché, en plus d’avoir menti et d’avoir été de mauvaise foi. Nous avons tenté de faire croire que la gauche n’était pas sincèrement soucieuse du sort des Palestiniens alors que nous savions, alors que nous avons vu comme eux – sans doute moins qu’eux, mais nous avons vu – ces images affreuses d’enfants palestiniens massacrés, de bombes pleuvant sur une ville détruite, d’hôpitaux en ruines, de mères abattues et de pères hagards à force de deuils. Et alors, nous avons dit, presque goguenards : « ce n’est pas notre faute ! », en ajoutant, comme si notre mensonge n’était pas assez gros : « ils ne veulent même pas défendre ces gens, ils veulent simplement être élus ! » Sans le savoir, ceux qui clamaient cela à grands cris dans les journaux et sur les plateaux ne révélaient là que la profonde misère de leur esprit calculateur.

Mais n’allons pas trop vite, car dans notre naïveté première, nous fûmes honorables.

Je l’écrivais plus haut, nous n’avons pas hurlé au génocide quand il n’y avait pas de génocide. Nous n’avons pas justifié l’injustifiable, et sans doute pour des raisons manquant parfois de justesse, nous avons fait preuve parfois d’un admirable manque de réalisme en refusant de justifier la haine par la haine, la violence par la violence, la fin par les moyens. Comme les Résistants combattaient les nazis par la violence parce que le nazisme justifiait la violence, alors le même raisonnement a été appliqué à Israël. « Israël est un Etat génocidaire, Netanyahou un nazi circoncis, Tsahal les SS de Judée ! » entendait-on déjà si souvent dans la bouche de cette gauche stupide ou antisémite. Mais qui ne comprend pas aujourd’hui que si le colonialisme est un impérialisme, que l’impérialisme est un fascisme, que le fascisme doit être combattu par tous les moyens, alors Israël delenda est? Alors même que le génocide n’était pas là, on hurlait ce mot sans frémir, et on trichait pour mieux s’indigner. A ne séparer les violences que par degré et non par nature, on les place toutes dans la même corbeille, et la violence physique est justifiée par la violence sociale, et la violence verbale est justifiée par la violence symbolique.

Alors, la gauche avait tort, réellement tort d’avoir « raison » trop tôt. Il est aujourd’hui établi que le projet actuel de M. Netanyahou est d’épurer ethniquement la bande de Gaza – j’écris « épurer ethniquement » car je crois qu’il importe assez peu à M. Netanyahou que les Palestiniens vivent ailleurs, meurent sous ses bombes ou meurent de faim.

Pourtant, est-il seulement établi que le projet de M. Netanyahou en novembre 2023, en novembre 2024, en janvier dernier même, était cette même épuration ethnique ? Rien n’est moins sûr, et à dire vrai, sans doute que si l’Europe gardienne de la morale avait déclaré plus tôt qu’il fallait mettre fin à cette offensive, sans doute que si nous avions été justes et avions tenu une parole de vérité alors que M. Netanyahou commençait à s’aventurer trop loin, alors nous aurions sans doute pu prévenir la venue de ce nouveau but.

La gauche rappelle un peu ces économistes qui se sont faits une spécialité de prédire la crise économique mondiale pour l’année prochaine depuis quinze ans et qui, au bout d’un moment, finissent bien par avoir raison.

Reste-t-il encore un seul otage d’Israël aux mains du Hamas ? Il est probable que non, et M. Netanyahou s’en moque bien, et nous le savons. Le Hamas est terroriste, il l’a prouvé cent fois, mais est-il djihadiste, commet-il des attentats chez nous ? Nous savons bien que non.

Alors que savons-nous, en fait ? Ce que nous savons, c’est que des dizaines de milliers de Palestiniens dont beaucoup n’ont eu pour crime que d’être eux aussi otages de ce même Hamas sont morts sous les bombes de Tsahal. Nous savons qu’une famine, qu’une crise humanitaire a cours présentement sur cette mince bande de terre. Et alors quoi, Israël serait « l’armée la plus morale du monde » et il faudrait tout à fait lui faire confiance ? Mais que craint M. Netanyahou en empêchant toute aide humanitaire ? Que le peuple de Palestine lui lance le pain qui lui manque à la figure et que, par un pareil procédé, Tsahal essuie un revers militaire ?

Nul n’ignore plus qu’Israël veut désormais annexer tout le territoire gazaoui ; et d’ailleurs, Israël l’affirme lui-même par la voix de son gouvernement. Nous l’avons dit, ce n’est pas d’un génocide, mais d’une épuration ethnique qu’il s’agit. Chose d’abord singulière, mais surtout terrible : ce sont aujourd’hui les juifs qui condamnent un peuple à l’éternel exil.

Et alors, on devrait demeurer silencieux là encore ? Mais encore ceux qui professent l’isolationnisme n’y croient pas assez pour en faire là leur principal argument. En fait, ce qui motive avant tout aujourd’hui la droite dans la défense du gouvernement, rappelons-le, criminel, de M. Netanyahou, c’est avant tout l’avantage politique français qu’il en retire.

Nul doute que la lutte de la droite contre l’antisémitisme est aujourd’hui sincère : chaque jour, nous côtoyons cette même droite et nous pouvons l’affirmer. Oh, il y a longtemps, nous fûmes pour certains antisémites. Était-ce une minorité agissante, une majorité ? Ces antisémites l’étaient-ils d’Etat, de haine raciale, de peur ? Je n’en sais rien et au fond, peut-être bien que cela n’a pas d’importance : sur nos mains, nous avons récolté les gouttes du sang des juifs d’Europe que nous n’avons pas défendus, que nous avons parfois combattus. Heureusement, quelques hommes parmi les autres tentèrent de sauver notre honneur, mais il était déjà trop tard.

Depuis, nous avons avec toute la sincérité du monde lavé nos mains de ce sang. Nos esprits sont purs de tout antisémitisme, nos paroles vierges de cette haine. Le 7-Octobre fut ainsi l’occasion de le prouver, de montrer à la face de la France un visage libre et clair, d’offrir à nouveau au monde une droite affranchie de ses crimes du passé. Nul n’ignore plus que ni Mme Le Pen, ni M. Zemmour, ni les autres ne sont antisémites pour un sou.

Lutte contre l’antisémitisme pervertie

Mais aujourd’hui, la mystique anti-antisémite est plus que jamais pervertie par la politique.

Si effrayés d’être appelés maurrassiens, si apeurés d’être liés à Drumont ou à quelque autre horreur collaborationniste, nous avons choisi de nous boucher les oreilles sans voir que le sionisme n’était pas le judaïsme ainsi que les débats nés au temps d’Herzl auraient dû nous l’apprendre. Et qu’est-ce que le sionisme alors ? S’il s’agit du droit d’Israël à exister, nous le soutenons. S’il s’agit de l’expansion de cet Israël, du Grand Israël rêvé par le ministre Ben Gvir, nous devons le rejeter.

Il y a eu la peur du procès à notre encontre ; il y a aussi la jouissance de mener un semblable procès à nos ennemis politiques. L’antisémitisme a toujours existé à gauche et il existe encore. Et comme ce procès nous a été fait, et comme il a longtemps fonctionné même de manière injuste contre nous, d’aucuns adoptent comme stratégie de le reproduire. Oh ! nous avons bien raison de dénoncer encore aujourd’hui l’antisémitisme de certains : il fait aujourd’hui peu de doutes que M. Portes, M. Guiraud, M. Caron, Mme Obono voire M. Mélenchon ont à tout le moins développé quelques acoquinages honteux avec cette rhétorique. Mais il y a un fossé entre ces attaques légitimes et ces méthodes de déshonneur par association, de catégorisation absolue, d’anathèmes et d’impensée totale. Nous nous plaignions autrefois de l’injuste sort réservé à notre camp parce que certains étaient antisémites : qui ne comprend pas aujourd’hui qu’en répétant, et donc avalisant, les mêmes stratégies, celles-ci finiront inévitablement par nous revenir dans la face ?

Une autre justification de la droite dans sa défense inconditionnelle d’Israël, c’est qu’elle défend les juifs de France contre les musulmans de France. Les premiers ont pris fait et cause pour Israël, les seconds pour la Palestine – en grande majorité du moins, semble-t-il – et alors que la droite combat, avec justesse, l’islamisation de notre pays, défendre Israël contre la Palestine, c’est s’opposer aux musulmans. Bien sûr, le lien entre violence politique, fondamentalisme islamique et soutien au Hamas n’est plus à prouver. Pourtant, nous ne pouvons que déplorer que toute lutte pour la défense du peuple gazaoui soit assimilée à une lutte pour le Hamas, à une lutte de gauche, à une lutte antiraciste ou décoloniale – dans le sens que la gauche leur a accordé en tout cas –, à une lutte antijuive, à une lutte de ces humanistes qui n’aiment défendre les peuples lointains que pour ne pas avoir à défendre le sien. On peut défendre le peuple gazaoui noyé sous les bombes israéliennes en rejetant le Hamas, en étant de droite, en n’adhérant pas aux combats de la gauche, en défendant les juifs et en aimant son peuple, sa terre et ses morts.

On apprend depuis quelques jours qu’Israël et l’Iran sont en conflit ouvert, qu’Israël a bombardé têtes du régime et civils avant de subir une semblable riposte. Et voilà que M. Netanyahou se plaint des frappes qu’il subit. Dans sa bouche, devant l’Occident, le voilà qui affirme qu’Israël serait le rempart de la civilisation face à la barbarie, que « l’armée la plus morale du monde » serait aussi notre bouclier, qu’Israël se battrait en fait pour nous. Mais quand donc le terrorisme iranien a-t-il frappé la France ? Quand donc Israël s’est-il battu pour autre chose que lui-même ? Nous ne le lui reprochons pas d’ailleurs, mais enfin, que la droite cesse d’affirmer bêtement qu’Israël « fait le travail que nous ne voulons pas faire » : M. Netanyahou combat l’Iran comme M. Assad combattait l’Etat islamique – c’est-à-dire qu’il fait face aux conséquences dont il est partiellement responsable et que ce combat sert bien son maintien au pouvoir.

L’Israël de M. Netanyahou, bouclier de la civilisation occidentale, de la chrétienté ? La belle affaire ! Il a été établi que M. Netanyahou finançait l’Etat islamique à Gaza contre le Hamas, qu’il finançait l’Azerbaïdjan contre l’Arménie, qu’il méprisait et insultait les chrétiens autochtones ! Ah, et quel beau gardien de la morale que celui qui massacre femmes et enfants par milliers, qui met en péril la sécurité du monde par ses nouvelles offensives ! On me répondra que l’Iran était un danger pour le monde entier : chacun sait que c’est faux, que les mollahs oppriment ignoblement leur peuple, mais qu’ils n’ont jamais représenté la moindre menace pour l’Occident.

L’aveuglement volontaire de la droite de la situation israélienne est particulièrement préjudiciable en cela qu’elle refuse de comprendre que l’intérêt de M. Netanyahou réside en sa propre personne. Ce politicien corrompu, que toute la France abhorrerait si elle devait subir son règne, n’a pour but que d’échapper à la prison qu’il mérite tant. Comme la gauche se montre bien plus conciliante envers les dictatures de son camp, la droite fait de même et s’aveugle « par réalisme ». Mais quel réalisme est celui qui entache nos mains de sang, qui oublie deux mille ans de morale et de civilisation pour un simple intérêt politique temporaire ? En vérité, le camp de la morale est bien plus ardu à défendre que celui, court-termiste, du réalisme.

Si nous ne voulons pas répéter l’erreur que nous fîmes avec Poutine, Assad ou d’autres autrefois, il ne reste à la droite qu’une voie : celle de l’honneur. La voie de l’honneur aujourd’hui est simple : condamner sans équivoque la politique de M. Netanyahou, défendre le peuple gazaoui, cela sans jamais verser dans les erreurs et excès de la gauche que nous avons décrits. Dans toutes les rédactions de droite, du Figaro à Frontières en passant par CNews ou Valeurs Actuelles ; dans tous les partis politiques de droite des Républicains au Rassemblement national en passant par Reconquête, j’ai entendu pester contre les excès d’Israël, contre les excès de ce sionisme débridé, contre les massacres en cours à Gaza. Nous sommes nombreux à être révoltés devant le spectacle de mensonges et d’omissions en cours sous nos yeux. Nous sommes nombreux, levons-nous. A l’honneur de la droite manque encore le courage. Espérons qu’elle le trouvera.

L’IA menace-t-elle l’écriture?

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L’heure est venue du grand ressassement. ChatGPT est un ennemi mortel.


C’est la nature singulière, originale, imprévisible de l’acte d’écriture que menacent d’effacer aujourd’hui les robots conversationnels comme Chat GPT. N’écrivez plus, ne créez plus ! Nous disent-ils. Recopiez ! N’inventez plus ! Vous feriez de toute façon moins bien, moins riche, moins séduisant. Acceptez l’insigne médiocrité de votre mise en mot singulière et inclinez-vous plutôt devant la quantité impressionnante des data et la puissance stupéfiante des algorithmes qui les sélectionnent et les agencent afin que  vous soit livré un résultat sans aspérités ni surprises.

Masse informe

Surtout, surtout ne rêvez plus « d’inécrit » ; n’imaginez pas que vous puissiez jamais écrire ce que jamais personne n’a écrit, penser ce que jamais personne n’a pensé, transmettre ce que jamais personne n’a transmis. Tout est déjà écrit et stocké ; l’heure est donc venue du grand ressassement. Et si, par un hasard « malencontreux », émergeait de la triste banalité une idée inédite, une proposition originale, une image audacieuse ou une innovation scientifique elle ne serait en aucun cas offerte à la discussion collective, au questionnement et à la critique, alimentant ainsi l’intelligence collective. Elle se fondrait illico dans la masse informe des data prête à être débitée pour combler nos désirs étiquetés. L’espoir de laisser par l’écriture la trace d’une pensée à nulle autre pareille est ainsi dénoncé par cette machine totalitaire.

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Plus grave encore, l’espérance d’une continuité spirituelle défiant notre disparition matérielle, qui est au cœur même de la création de l’écriture, est aujourd’hui menacée. La création de l’écriture a été tardive dans l’histoire de l’humanité (il y a quelques milliers d’années seulement) ; alors même que la construction du langage était depuis longtemps engagée. La nécessité d’assurer une continuité spirituelle ne put en effet se manifester que lorsque l’intelligence humaine osa enfin regarder la mort en face. Par le génie de l’écriture, un être humain décida de confier à un autre, qu’il ne connaissait pas, une trace de son esprit, en espérant que cette trace serait reçue quand lui-même, ne serait plus. C’est donc dans des mots envoyés au plus loin de lui-même que l’Homme trouva la meilleure défense, le meilleur abri contre la « terreur de la dilution ». Lecture et écriture portent ainsi ensemble ce que j’appellerai la « résistance existentielle ». Lire et écrire sont en ce sens absolument indissociables : « lire, c’est répondre  fraternellement à l’appel désespéré de l’écriture ». L’espoir d’une immortalité spirituelle gravée mot après mot, phrase après phrase risque de changer de camp. Il peut passer du côté de la machine et l’Homme démuni risque d’être voué sans recours à la dilution. De ce point de vue, Chat GPT est notre ennemi juré ; il faut le combattre et lui interdire d’écrire et de penser à la place de nos élèves.

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Au voleur !

Lui permettre, sous prétexte de modernité, d’entrer dans les classes, serait accepter que progressivement l’écrit tombe sur les épaules courbées d’élèves inconscients qu’on leur vole ainsi une part essentielle de leur humanité. Ils seront soulagés d’être dispensés de toute attente, de tout délais imposés par un tâtonnement souvent laborieux qui les exaspèrent et pourraient les mettre dans une colère souvent rentrée et paralysante. Pour la plupart, ces élèves rendus fragiles par cette machine infernale, deviendront incapables de faire l’effort de   construire eux-mêmes des réponses par le récit, par le dialogue et par l’argumentation. Savoir, oui ! Apprendre à construire eux-mêmes malgré leurs doutes et leurs inquiétudes, non !Ce « temps de débat interne » ferme et serein qui est nécessaire à la mise en mots écrits d’une réflexion, provoquera chez ces élèves d’un nouveau type la dispersion et la déroute. Ils   vivront cette obligation comme un vide, comme une faille, parce que le doute, l’incertitude et la distance seront devenus pour eux trop douloureux pour pouvoir stimuler l’activité de penser. Au lieu de ressentir l’anxiété légère et normale que provoque naturellement le fait de ne pas avoir encore écrit, c’est une terrible frustration qui les envahira quand il faudra associer, faire des liens, en un mot… écrire contre soi-même et contre l’Autre. Piégés dans un univers où le trivial le dispute au superficiel et le prévisible à l’imprécis, les élèves chemineront sur la voie de la passivité car ils se seront habitués à se contenter de réponses immédiates, évidentes et définitives. Voilà ce que nous promet l’usage scolaire de CHAT GPT.

Jean-Luc Mélenchon n’en ferait qu’une bouchée…

« La ligne de Glucksmann se rapproche plus du macronisme de 2017 que du Nouveau Front populaire de 2024 », critique poliment dans la presse Manuel Bompard, l’un des principaux lieutenants de Jean-Luc Mélenchon. Mais en coulisses, les cadres de La France insoumise sont convaincus que le populisme démagogique et la force de frappe rhétorique de leur chef écrabouilleraient le leader de Place publique dans l’hypothèse d’une primaire à gauche.


S’il y a bien un homme que j’estime à gauche, c’est Raphaël Glucksmann, qui caresse de plus en plus l’idée de se présenter en 2027, au nom de « Place publique », et pour vaincre Jean-Luc Mélenchon. Et j’ai peur pour lui.

La politique, c’est un métier

Quand un de ses proches déclare « qu’il ne faut pas avoir peur de se faire défenestrer par La France insoumise » à Carl Meeus du Figaro Magazine, il énonce sur un mode positif ce qui risque d’être au contraire le sort de Raphaël Glucksmann dans cette joute à venir que je perçois comme très inégale. Dans le rapport de force qui pourrait s’annoncer au sein de la gauche et de l’extrême gauche, je crains que Glucksmann, aussi estimable qu’il soit, malgré sa conviction qu’il a su faire sa mue de l’intellectuel engagé au politique partisan, soit handicapé par sa finesse et son honnêteté mêmes.

Face à l’instinct de tueur de Jean-Luc Mélenchon qui ne fera pas de quartier, pas plus dans la mouvance LFI qu’à l’égard des candidats kamikazes déclarés comme François Ruffin, et encore moins contre des personnalités comme celle de Raphaël Glucksmann, qui résistera ? Raphaël Glucksmann me paraît assurément relever du registre suscitant le plus de détestation de l’autocrate Mélenchon : une forme de morale tentant de faire oublier sa possible faiblesse derrière un verbe belliqueux. Avec la crainte, pour tous ceux qui apprécient Raphaël Glucksmann et la constance de son combat et de son opposition aux idéologies extrémistes, que sa posture jure avec ce qu’il semble être véritablement. Et notamment sa noble inaptitude à proférer n’importe quoi en le qualifiant de vérité. Sa confiance en lui-même, tellement réduite par rapport à l’arrogance d’exister de Mélenchon, ne le conduira jamais à mon sens à se préférer à une lucidité même préjudiciable à sa cause.

Rouleau compresseur

Quand on évoque « entre Glucksmann et Mélenchon, le match qui vient à gauche » (Pierre Lepelletier dans Le Figaro), comment passer sous silence la formidable oralité du second et l’intelligence argumentative du premier ? Celle-ci, aussi convaincante qu’elle puisse être dans un monde urbain et civilisé, pourrait se trouver fragilisée par un rouleau compresseur de concepts, d’affirmations, de provocations, se souciant comme d’une guigne de la pertinence au bénéfice de l’efficacité.

Ce n’est pas à dire que Raphaël Glucksmann n’aurait pas certains atouts face à l’épouvantail Mélenchon mais si je confirme avoir peur pour lui, c’est que je mesure à quel point ses vertus pourraient être précisément son handicap.

Il n’empêche que dans un univers politique qui me permet l’objectivité de la distance, je salue, par avance, la victime de qualité que sera Glucksmann face au bourreau Mélenchon.

Après les Frères musulmans, Al-Ahbash: ce nouvel islam politique venu d’Allemagne

En 2018, l’islamologue Ralph Ghadban déclenche une onde de choc avec Arabische Clans, la menace sous-estimée. Son enquête explosive sur les dynasties criminelles arabes, qui règnent sur des quartiers de Berlin et au-delà, le place sous protection policière. Au-delà du crime, le clan Mhallami, galvanisé par Al-Ahbash, organisation islamiste rivale des Frères musulmans, porte un projet politique sinistre : imposer un califat en Europe.


À Berlin, les nouveaux seigneurs du crime parlent arabe

Tarek, membre d’un Arabische Clan berlinois et vendeur de coke, lâche à Ralph Ghadban : « L’État allemand ne m’intéresse pas. On suit nos propres règles. Sinon, on ne ferait pas toute cette merde. »[1] Le ton est clair, la mentalité aussi.

Dans son livre, Ghadban tirait le signal d’alarme. Les barons arabes tissent leur toile, et la France est à présent en première ligne.

Le 25 novembre 2019, Dresde plonge dans le noir. Un incendie volontaire grille un transformateur près du musée Grünes Gewölbe, désactivant les alarmes. Des cambrioleurs s’infiltrent, emportent des bijoux du XVIIIème siècle, dont un diamant de 49 carats, et disparaissent sans laisser de trace[2].

En mars 2017, Berlin vit un autre coup retentissant : une pièce d’or de 100 kg, d’une valeur de 4 millions d’euros, est volée au musée de Bode. Trois hommes, armés d’une hache, fracassent une vitre, chargent le butin dans une brouette et s’éclipsent.[3] Ces casses mènent au clan Remmo, un poids lourd de la pègre libanaise en Allemagne. Les autorités contre-attaquent fort : plus de 1 600 agents mobilisés, des perquisitions à tout va. En janvier 2019, trois membres du clan Remmo, jugés pour le vol de Berlin, sont acquittés. En novembre 2020, Wissam Remmo est condamné pour le casse de Dresde, mais d’autres suspects restent introuvables.

L’Allemagne découvre enfin ce que beaucoup préféraient alors ignorer : des grandes familles kurdes, palestiniennes et libanaises — les Remmo, Al-Zein, Ali-Khan, Chahrour, Miri… — ont pris le contrôle du crime organisé dans plusieurs grandes villes, de Berlin à Francfort. Leur arsenal ? Vols, trafic de drogue, extorsion, proxénétisme, blanchiment d’argent. En 2018, la police berlinoise frappe un grand coup en saisissant 77 biens des Remmo, une famille libanaise appartenant au groupe ethnique des Mhallami, pour 10 millions d’euros. Mais ce coup de filet reste dérisoire face à un empire qui semble à présent inébranlable.

Les Mhallami, la fracture invisible de l’Allemagne

Les Mhallami, des Kurdes arabisés originaires du sud-est de la Turquie et du nord de la Syrie, ont trouvé refuge au Liban dès les années 1920, chassés par la misère et les persécutions. Marginalisés dans les quartiers pauvres de Beyrouth ou Tripoli, ils ont fui la guerre civile libanaise (1975-1990) pour atterrir en Allemagne, souvent via des chemins clandestins avant la réunification.

Descendant de peuples nomades, cette diaspora obéit à une loi immuable : le clan prime sur tout. Ce qui se trouve en dehors, en l’occurrence l’Allemagne, n’est perçu que comme un espace à piller et à dépouiller sans la moindre retenue. Pour eux, le pays hôte est un territoire ennemi qu’il faut dominer et conquérir afin d’assurer la survie du groupe. Refusant toute intégration civique, avec des taux de chômage oscillant entre 80 et 90%, ils rejettent systématiquement les emplois soumis à des cotisations, de peur de voir leurs allocations sociales disparaître. Ces aides de l’État allemand (aide au logement, allocations familiales, aide à l’ameublement et à l’habillement…), loin d’être perçues comme un soutien temporaire, sont assimilées à un revenu de base acquis.

A lire aussi, du même auteur: Manuel Ostermann: le cri d’un flic dans une Allemagne à la dérive

Le clan des Mhallami, une communauté de 100 000 individus issus de mariages claniques endogames, constitue une sorte d’État parallèle, exerçant une influence dominante dans certaines régions d’Allemagne. Dans leurs zones d’influence, les interventions policières nécessitent au minimum deux véhicules de patrouille, souvent appuyés par des hélicoptères, pour éviter d’être submergées par des groupes hostiles. La crainte des juges conduit fréquemment à la remise en liberté des accusés, à l’image d’Ibrahim, leader Mhallami d’une guérilla ayant blessé 24 agents de police, libéré en raison d’un prétendu « stress émotionnel extrême ».

Les écoles allemandes sont également sous forte pression à cause des Mhallami. Chez eux, une fatwa interdit aux filles de s’éloigner, lors des sorties scolaires, au-delà de ce qu’un dromadaire peut parcourir en une journée – soit environ 80 km. Les familles lancent des poursuites judiciaires contre les établissements qui proposent aux filles des cours de sport, de natation ou d’éducation sexuelle. On apprend aux enfants à ne pas serrer la main des instituteurs et les réunions parents-profs sont boycottées pour éviter tout contact avec les « kouffars ». Les écoles, dépassées, embauchent des médiateurs turcophones pour tenter de calmer le jeu, mais rien n’y fait. Et si un gamin Mhallami se dispute dans la cour de récré ? Ses grands frères rappliquent, frappent les autres élèves, les profs, les directeurs et finissent enfin par démolir les classes.           

Al-Ahbash : l’islam politique en embuscade

Les Mhallami, ni Libanais, ni Turcs, ni Allemands, s’appuient sur un islam rigoriste pour façonner leur identité et structurer leur communauté. Leur allégeance va d’abord au clan, mais l’islam en est le pilier. La diyya, compensation financière traditionnelle destinée à régler les conflits, occupe une place clé, mais chez eux, ces fonds profitent à Al-Ahbash, mouvement islamique libanais fondé en 1983 par le cheikh éthiopien Abdullah Al-Harari. Se distinguant des salafistes et des Frères musulmans, Al-Ahbash promeut un islam « modéré » et le respect des autorités. Fortement soupçonné dans l’enquête sur l’attentat de 2005 qui a tué le premier ministre Rafic Hariri[4] et 21 autres personnes, Al-Ahbash n’a jamais été condamné, les preuves manquant.

Cette façade de tolérance a séduit les autorités allemandes, lassées des Frères musulmans. Ces derniers, implantés à Munich depuis 1958 par Saïd Ramadan, gendre de Hassan al-Banna, ont longtemps été des interlocuteurs privilégiés du dialogue interreligieux. Mais leur mainmise sur les financements publics et les chaires universitaires, ainsi que leur silence lors de controverses comme le retrait des crucifix des écoles en 1995 ou le débat sur le voile en 2003, ont révélé leur agenda doctrinaire. Trop visibles, trop revendicatifs, les Frères ont perdu la confiance des autorités. Al-Ahbash, avec son image de modération, a pris le relais.

À Berlin, la mosquée Omar, siège européen d’Al-Ahbash, reçoit des visites officielles régulières. Les Mhallami, discrets mais généreux, alimentent ses caisses via la diyya et d’autres dons. Selon Ralph Ghadban, ce système n’est pas anodin : il finance un écosystème islamique destiné à poser les bases d’un futur califat en Europe. Alors que l’Allemagne s’enlise dans le débat sur le halal dans les cantines, Al-Ahbash étend discrètement son emprise vers la France, où son bras armé, l’APBIF (Association des Projets de Bienfaisance Islamique en France[5]), est actif depuis les années 1980.

L’APBIF en France : le cheval de Troie islamiste

Dans les années 1980, l’APBIF débarque à Montpellier ; elle est accueillie par une Église catholique naïve dans un élan de dialogue interreligieux, à une époque où la ville manque cruellement de mosquées. Un geste généreux ? Peut-être, mais en 2004, quand le diocèse réclame ses locaux, l’APBIF refuse de partir, lançant un bras de fer judiciaire qui fait grand bruit.[6] À sa tête, le cheikh Khalid Elzant, prédicateur libanais venu islamiser la francophonie, mais dont le parcours est loin d’être sans heurts. Envoyé à l’Île Maurice entre 2010 et 2015 pour « réislamiser » la mosquée Al-Aqsa, la plus ancienne de l’île, Elzant se retrouve au cœur d’une enquête après des propos jugés blasphématoires par le vice-premier ministre Showkutally Soodhun. Résultat : visa révoqué et expulsé manu militari.[7] De retour en France, Elzant s’installe à la mosquée de Limoux, où il continue son œuvre via un podcast YouTube, diffusant sa version rigoriste de l’islam à une audience francophone.[8]

L’APBIF s’appuie sur des relais culturels pour toucher les jeunes. Le rappeur Kery James, aujourd’hui connu pour être le réalisateur de Banlieusards, incarne cette influence. Converti à l’orthodoxie ahbashienne, il rejette les instruments de musique « impurs » (instruments à vent et à corde) et incite ses fans à se former dans les centres APBIF. Ses débuts, marqués par des textes provocateurs comme « Hardcore » (1998) (« Hardcore, deux PD qui s’embrassent dans la rue » / « Hardcore, sera la reconquête de la Palestine » / « Hardcore, comme si j’faisais sauter une bombe à Disneyland »), ont cédé la place à une posture de guide spirituel. Dans la galaxie de l’APBIF, on retrouve également Abd Samad Moussaoui, frère de Zacarias Moussaoui – surnommé le « 20ème pilote de l’air » et condamné pour son rôle dans les attentats du 11 septembre. Le sociologue Samir Amghar souligne que les sœurs Alma et Lila Lévy — exclues en 2003 d’un lycée d’Aubervilliers pour leur voile, dans une affaire médiatique retentissante — ont elles aussi fréquenté l’APBIF[9].

La France, premier pays musulman d’Europe avec une projection de 8,6 millions de fidèles[10] en 2050, n’est pas un terrain choisi au hasard : elle est ciblée délibérément comme base stratégique pour y implanter, à terme, un califat. Munich pour les Frères musulmans, Berlin pour Al-Ahbash et leur relais français, l’APBIF : ces organisations diffusent un islam politique rigoriste, infiltrant quartiers et institutions sous le masque du dialogue interreligieux. Pendant que l’État ferme les yeux, ce cheval de Troie avance, menaçant l’intégrité même de la République. Jusqu’à quand la France restera-t-elle aveugle ?

Ralph Ghadban. Arabische Clans: Die unterschätzte Gefahr. (en allemand) Ullstein Taschenbuch, 2019. 303 pages.

Arabische Clans

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[1]     Ghadban, Ralph. Arabische Clans: Die unterschätzte Gefahr. (en allemand) Ullstein Taschenbuch, 2019. 303 pages.

[2]     https://www.radiofrance.fr/franceinter/en-allemagne-des-joyaux-voles-dans-un-celebre-musee-retrouve-trois-ans-apres-6261831

[3]     https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2022/08/11/une-hache-et-une-planche-a-roulettes-pour-un-casse-en-or-massif-au-bode-museum-de-berlin_6137783_3451060.html

[4]     https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2005/10/26/assassinat-d-hariri-la-justice-libanaise-a-inculpe-deux-freres_703715_3218.html

[5]     https://apbif.fr/

[6]     https://www.lemonde.fr/une-abonnes/article/2004/08/05/a-montpellier-l-eglise-perd-patience-face-aux-ahbaches_374568_3207.html?utm_source=chatgpt.com

[7]     https://www.zinfos974.com/expulse-de-maurice-pour-blaspheme-un-cheikh-accueilli-a-la-reunion-avec-sa-famille/

[8]     https://www.youtube.com/watch?v=MUr0IPPXtLU&list=PLP6QRti9thBC9L2oTO-Fw_q34EwcyfjON&index=3&ab_channel=LaW-A

[9]     https://shs.cairn.info/revue-politique-etrangere-2007-3-page-605?lang=fr#re3no3

[10]   https://observatoire-immigration.fr/peut-on-evaluer-le-nombre-de-musulmans-vivant-en-france/

Aux frontières du réel

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Le mentir-faux de Bruno Le Maire


« La France doit cesser d’être un figurant du show perpétuel de Donald Trump ». C’est au tour de Bruno Le Maire d’y aller de sa leçon de choses géo-politico-morale, dans une tribune du Figaro[1](4 juillet). Épouvantail et exutoire, Trompe le Maudit aurait ce mérite de nous ouvrir les yeux, de nous remettre les pieds sous terre. Le « réel » est à la mode. Terminé, les naïvetés de Bisounours et rêveries des promeneurs solidaires ? Voire… À Zuydcoote, sur les plages, les pages, dans la sueur et le babeurre, Bruno Le Maire défend La Voie française, se débat. Daladier se prend pour Churchill. Naufrageurs insubmersibles, indécrottables champions du prêchi-prêcha, nos politiques sont incapables de mea-culpa, de se confronter à un réel qui les dépasse, les écrase. 

Chasser l’irréel, il revient au galop

« Le réel, ce sont des menaces nouvelles à nos frontières qui appellent des dépenses militaires à la hauteur des enjeux stratégiquesdes capacités nucléaires iraniennes simplement endommagées… les souffrances infligées à Gaza… la progression des troupes russes en Ukraine… des surcapacités chinoises qui font courir un danger de mort à nos industries…

La vocation de la France est de rassembler les forces européennes au service d’un travail politique et diplomatique qui seul donnera des résultats durables. Ce combat, elle doit le mener en convainquant ses partenaires européens de sortir de leur fascination infantile pour des États-Unis qui nous ont clairement signifié, de Barack Obama en passant par Joe Biden, notre congé du monde. Tant que les Européens verront dans le président américain un « Papa », ils resteront des enfants…

Les choses bougent… Mais tout va encore trop lentement. Tout est trop faible. Donc : arrêtons de regarder le show, défendons nos intérêts vitaux… Il est temps que les Européens se comportent en adultes, élargissent leurs alliances à de nouveaux partenaires, rassemblent leurs forces économiques, financières, scientifiques, qui sont immenses… ».

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La vocation de la France est de lutter contre la distraction du monde. Le show perpétuel de Donald Trump est opportuniste et erratique. Il fait un mauvais usage de l’impressionnante domination militaire et technologique des États-Unis – car il crée du désordre plus qu’un nouvel ordre. Aucune nation européenne ne peut le suivre sur ce terrain. Le réel reprend toujours ses droits. Il nous appartient de le prendre en main. Vite, et fort ». Quand les borgnes sont franchis…

Yakafocon. Un vide sidéral, l’anaphore hollandaise, les antiennes de circonstance, des incantations macroniennes, flottent dans un court-bouillon de truismes. Aucune proposition concrète, originale, réaliste pour sortir de l’ornière. La vérité, Bruno, tu nous fais de la peine ! Comment un politique galonné, énarque, major de l’agrégation de Lettres modernes, peut-il aligner autant de platitudes, être aussi naïf et superficiel ? La cerise sur le gâteau de yaourt ce sont les 7 ans, 4 mois et 4 jours que Bruno Le Maire a passé à la tête du ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Les délices de l’hétérotélie : Coué qu’il en coule, La Vérité si je mens.…

La réalité dépasse l’affliction   

« La vocation de la France, fille aînée des Lumières, est de regarder ce réel en face ». Le ministre se suce la langue et oublie Héraclite. Ni le soleil, ni la mort, [ni la vérité, en France] ne peuvent se regarder en face. La vérité, c’est que nos politiques prennent les mots pour des faits, que Marianne a passé l’âge des vocations, des Lumières, des miroirs, du réel et du rimmel. Chaos debout, dé(cons)truite, aux outrages, elle s’en va, à crédit, à vau-l’eau. Les Regrets, mensonges et naïvetés ne changent rien à l’affaire. Marianne se meurt, Marianne est morte.

Le réel, c’est un pays en pleine crise de nerfs, gangréné par les rezzous sociaux, le communautarisme, l’islamo-hystéro-trotskysme attisés par Dominique de Mélenchon de Villepinte, le bateau ivre d’une dette colossale, les clapotements furieux des monnaies, une industrie en cessation des paiements, toujours plus d’impôts, le recrutement d’un million de nouveaux fonctionnaires depuis 25 ans, alors que l’on prétend assainir les finances publiques.

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Le réel, c’est l’écroulement de notre système éducatif, l’école des fans de Bourdieuseries, les consignes aux correcteurs du Brevet et du Bac pour maquiller le naufrage. C’est la Culture minée, non par les coupes budgétaires, mais par la nullité de ses ministres, les batailles d’Hernani.que, les Franciscains de Cour d’Honneur, avides de présidences, prébendes et subventions. Ce sont les apparatchiks de l’audiovisuel public, planqués dans leur roue de fromage avenue du Président Kennedy, qui reniflent et pourchassent le réac dans l’attente du Grand Soir. C’est le Chant des Partisans du Festival de Cannes, les rentiers des avances sur recettes, Fédayins Bella Ciao sous contrat Lancôme. Une pierre à la main ils guettent le sommet, de l’autre ils font l’aumône. Leurs aides de géant les empêchent de voler.

Le réel, hors-les-murs, dans le concert des nations, c’est la France et l’Europe qui dégringolent de la Champions League en National 3, en une décennie. Notre congé du monde, personne ne nous l’a signifié. Il était acté, logique, attendu. Il ne faut ni accuser, ni rien attendre des Yankees, des Chinois, des Russes, d’alliances imaginaires, alliés lilliputiens. Les défaites ne sont jamais étranges. Les Européens, les Français, leurs élites, Bruno Le Maire, sont seuls responsables de nos malheurs. Depuis cinquante ans, ils vivent hors-sols, dans les illusions, bons sentiments, la Com, la politique du chat crevé au fil de l’eau. Au royaume des belles idées, les faits n’ont pas d’importance. « Le plus grand dérèglement de l’esprit c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet » (Bossuet).

Bruno Le Maire en appelle au réel. La vérité, c’est qu’il le craint et l’esquive. La vérité c’est que le réel Bip Bip a dépassé et cornérisé Bruno Coyote. À bout de souffle, en suspension au-dessus du précipice, le Canis latrans gesticule, mouline des jambes pour essayer de retarder le moment fatal, le crash tout au fond du ravin. That’s all folks ! Bercy patron.

La voie française

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[1] https://www.lefigaro.fr/vox/monde/bruno-le-maire-la-france-doit-cesser-d-etre-un-figurant-du-show-perpetuel-de-donald-trump-20250703

Tour (de ou en) France : plus qu’un pinaillage sémantique

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Cette 112e édition du Tour de France qui s’est élancée samedi à Lille – et qui a donné lieu à une aussi surprenante que tendue première étape, usante mentalement pour bien des coureurs (voir encadré : Une première étape qui promet) – ne fera aucune incursion à l’étranger, contrairement à une tradition séculaire bien ancrée.


Le dernier confinement du Tour à l’intérieur de ses frontières naturelles remontait à seulement 2020 – c’était pour cause de Covid et il s’était disputé en septembre et non juillet – jusqu’alors, ses fugues hors de celles-ci étaient systématiques.

Bien que 100% hexagonal cette fois-ci, est-ce que le Tour mérite encore d’être dit « DE » et non « EN » France et, dans ce cas, le mot tour prenant le sens de virée ? Il ne s’agit pas d’un simple et futile pinaillage sémantique.

À peine née, la Grande Boucle a manifesté une appétence certaine pour l’étranger au point de devenir atavique. Cette internationalisation l’a conduit à ne plus visiter des pans entiers du territoire national au point que son parcours se réduit désormais à ne fréquenter en règle générale qu’une moitié de la France en alternance, une année l’est, l’autre l’ouest, ou un grand sud, négligeant le plus souvent le nord. Les Alpes et les Pyrénées restent cependant incontournables car sans elles il ne serait plus ce qu’il est : une épopée populaire que rien n’érode, notamment les scandales liés au dopage.

Quand l’Alsace-Lorraine était allemande

En tout, dans son histoire, le Tour cumule 188 escapades hors frontière, certaines pouvant aller jusqu’à trois étapes, comme ces trois dernières années, en 2022 au Danemark, en 2023 en Euskadi (Pays basque espagnol) et en 2024 en Italie. La prochaine édition s’élancera de Barcelone et la suivante d’Édimbourg. Ainsi ce retour à la mère-patrie n’aura été qu’un intermède…

Sa première incursion à l’étranger date de 1906 alors qu’il n’avait que quatre ans d’existence. Son créateur, Henri Desgranges, était ce qu’on dirait aujourd’hui un souverainiste de droite. Depuis 1871, l’Alsace et la Lorraine étaient allemandes. Ce qu’il n’acceptait pas. Pour marquer symboliquement qu’elle était française, il fera parcourir au peloton 70 km en territoire annexé. Les quatre années suivantes, Metz, sous tutelle germanique, sera même ville étape. Il est surprenant que Berlin ait autorisé cette manifestation d’irrédentisme affichée. Le Tour ne reviendra en Allemagne qu’en 1964 pour célébrer le traité de réconciliation entre les deux pays signé l’année précédente.

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Le Tour a toujours entretenu un discret concubinage avec la politique. Ainsi, en 1992, pour célébrer la signature du traité de Maastricht, bien que parti de Saint-Sébastien, au prix d’un long transfert, il traversera les six pays fondateurs de l’Europe (France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Luxembourg et Italie). L’Espagne avait adhéré sept ans plus tôt à l’Union européenne.

En 1994, les quatrième et cinquième étapes seront courues en Angleterre à l’occasion de l’inauguration du canal de la Manche. Vingt ans plus tôt, le Tour y avait fait une incursion d’une journée, le temps de disputer une boucle autour de Plymouth. La Grande-Bretagne avait adhéré à l’Union européenne l’année précédente. Enfin, en 1998, il se rendra en Irlande, le dernier membre de l’Europe où il ne s’était encore rendu, scellant de la sorte sa prétention à être autant européen que français.

Un détour au pays de Franco

Mais le pays qui a eu sa prédilection, c’est la Belgique. Il l’a visitée 50 fois (soit presque la moitié des éditions), vient ensuite la Suisse 37, puis l’Espagne 23. C’est en 1949 qu’il a pour la première fois franchi les Pyrénées malgré un franquisme à son apogée. Avec 18 visites, l’Allemagne ne vient qu’en quatrième position, et ce en dépit de l’amitié entre les deux pays.

En même temps, la Grande Boucle n’a pas boudé les micro-états. Le Luxembourg l’a accueillie à neuf reprises, Monaco à sept, Andorre à six, et San Marin une fois, l’an dernier. Ne manque que le Liechtenstein.

La vocation européenne du Tour est devenue patente dès 1947, après une interruption de sept années due à la Seconde guerre. Pour cette reprise, la deuxième étape s’est terminée à Bruxelles et la troisième à Luxembourg. Il reviendra en Belgique chaque année jusqu’en 1972, ce qui a frisé l’annexion.

Cette vocation sera confortée en 1954, avec le premier départ de l’étranger, à Amsterdam. Depuis il a renouvelé l’expérience 26 fois, soit un départ sur quatre et cette tendance s’accélère tant la demande des pays voisins (voire lointains comme ce fut le cas avec le Danemark) à accueillir cet événement est forte. La raison en est simple : le Tour est retransmis dans 190 pays, autrement dit dans toute la planète, l’ONU comptant 193 membres. Il y a une bonne décennie, il fut même question qu’il parte de New York.

Ce n’est pas notre faute si la France a une situation géographique exceptionnelle…

Cette européanisation, à la différence des deux autres grands tours, le Giro et la Vuelta, a été favorisée par la situation géographique de la France qui est entourée de huit pays si on compte l’Irlande et la Grande Bretagne, à la différence des deux autres qui ne partagent respectivement que trois et deux frontières.

La conséquence s’est immanquablement répercutée sur le parcours. Le Tour n’épouse plus les contours de l’Hexagone depuis le milieu des années soixante. Et l’édition de cette année est la quintessence de cette logique évolution. Son itinéraire se résume à une diagonale nord-sud avec un crochet à l’est pour ne pas faire d’infidélité aux Alpes. Les villes à la fois arrivée et départ ont disparu. Dès lors la journée d’un coureur commence par un transfert en bus vers la ville départ… Nous y reviendrons.

Cette internationalisation géographique s’est aussi accompagnée d’une forte internationalisation humaine. Nous y reviendrons aussi un peu plus tard, notamment lorsque nous évoquerons les raisons qui font qu’aucun Français ne l’a remporté depuis la victoire de Bernard Hinault il y a 40 ans. Au départ de Lille, vingt-sept nationalités y étaient représentées. Avec 38 coureurs, 20% de l’effectif, la France disposait du plus fort contingent mais aucun vainqueur potentiel.  

Sur la piste du vrai Indiana Jones: Voyage au bout d'un mythe

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Une première étape qui promet
Cette première étape du Tour, une boucle de 184,9 km autour de Lille, n’a pas été une formalité. Certes la victoire est revenue comme prévu à un sprinteur, le Belge Jasper Philipsen, 28 ans, de l’équipe Alpecin-Decenninck, emmené de main de maître par le petit-fils de Raymond Poulidor, Mathieu Van der Poel, et premier maillot jaune.
L’équipe de Jonas Vingegaard, Visma-Lease a bike, a annoncé la couleur d’emblée : elle est venue pour gagner et mener la vie dure à ses rivaux, notamment Tadej Pogacar. Second l’an dernier, Vingegaard a été « plein d’audace », comme l’a écrit L’Equipe. D’entrée de jeu, il a été offensif, provoquant un premier écrémage et il a rendu la course particulièrement stressante et tendue nerveusement.
A 17 km, profitant d’un vent soutenu de côté, avec ses équipiers faisant preuve d’une solide cohésion, il a provoqué une bordure qui a relégué à 39 secondes, le troisième favori, le champion olympique Remco Evenepoel, ainsi que quelques outsiders comme Primoz Roglic, João Almeida, Carlos Buitrago.
« Oui, on s’est fait piéger, a dit Evenepoel. Ce n’est pas rédhibitoire. Le Tour est long ». Certes 39 secondes, ce n’est pas beaucoup. Mais mieux vaut les avoir à son actif qu’à son débit. Peut-être pourra-t-il les récupérer lors du premier contre la montre de Caen.
A cause de sa nervosité, cette première étape a été d’emblée marquée par deux abandons sur commotion après chute, ceux de l’Italien Ganna (Ineos-Grenadiers), un dur à cuire, et du Suisse Stefan Bissegger (Décathlon-Ag2R). Et aussi par la chute cocasse de deux Français, Benjamin Thomas et Mattéo Vercher, se disputant lors de la seconde difficulté le prix du meilleur grimpeur au sprint qui est revenu au premier des deux.
Quant au jeune prodige français dont on attend beaucoup, Lenny Martinez, pour une raison inexplicable, il a terminé dernier à plus de 9’11’’. Ce qui aura très certainement comme conséquence de le priver d’un top 10 auquel il pouvait aspirer pour sa première participation • RU

Racisme antiblanc: à quand un débat entre Jean-Pascal Zadi et François Bousquet?

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Le racisme anti‑Blancs demeure un sujet controversé pour certains: reconnu par une partie de l’opinion, il serait limité à des actes individuels et non assimilés à une forme de racisme structurel selon la gauche. L’acteur Jean-Pascal Zadi reconnaît certes que « certains Blancs peuvent être victimes d’insultes ou d’agressions liées à leur couleur de peau », mais cela n’est pas du racisme au sens systémique selon lui: « c’est de l’hostilité ».


Le racisme antiblanc existe si peu que même les saltimbanques s’empressent d’en nier l’existence. Cette fois-ci, c’est Jean-Pascal Zadi qui s’y est collé. Pour vendre son nanar sur une expédition spatiale africaine, Le Grand Déplacement – une sorte de Black Panther made in France, sans super-pouvoirs, mais avec toutes les obsessions racialistes –, il a fait la tournée des médias et des popotes. Le 27 juin, France Info a cru bon de l’interroger sur le racisme antiblanc. Jean-Pascal Zadi a alors pris la pause d’un Frantz Fanon de banlieue et nous a expliqué doctement que « le racisme antiblanc n’existe pas », que c’est une « hérésie » et qu’insulter ou molester un Blanc, c’est – au mieux ou au pire – de l’« hostilité ».

À ce stade, on n’est plus dans la dénégation, mais dans l’inversion. Un néo-suprémacisme décomplexé. Passons sur le fait qu’il n’y a pas loin de l’hérésie au bûcher et de l’hostilité (hostis, l’ennemi en latin) à la guerre. Jean-Pascal Zadi ne pense pas, il régurgite. C’est la voix off de l’idéologie officielle financé par l’argent public. En bon perroquet du prêt-à-penser décolonial, il rabâche les mantras qui font le quotidien des universités, des salles de rédaction et du « wokisme de salon ».

Jean-Pascal Zadi ferait mieux de lire l’enquête de François Bousquet sur le racisme antiblanc : quarante témoignages bruts, crus, à fendre l’âme, dont celui d’un métis, insulté pour sa moitié blanche.

Ce racisme a tellement peu droit de cité qu’il a fallu attendre 2025 pour qu’un journaliste ose enfin donner la parole aux victimes, qui, jusque-là, n’avaient que le droit de se taire et d’encaisser. Ce livre, c’est l’anti-Zadi : il ne moralise pas, il constate – et ce qu’il constate est effrayant.

On suit les témoins de Bousquet à Bobigny, aux Ulis, à Évry, aux Mureaux, dans les quartiers chauds de Lyon ou de Marseille, jusque dans les replis de l’Isère. On se pince pour y croire, tant ce racisme quotidien s’exprime à l’école, dans les stades, dans les bus scolaires, avec une régularité mécanique qui aurait dû interroger les universitaires, les journalistes et les politiques. Pas un jour sans une insulte. Pas une semaine sans une agression. Et toujours le même silence.

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Qu’est-il arrivé à la France pour que, sur son propre sol, la haine antifrançaise soit devenue un sport collectif et le cri de ralliement d’une immigration extra-européenne en rupture de filiation ? « Sale Blanc », « Putain de gwer », « Sale Français » : les insultes pleuvent et les coups suivent. Rackets, humiliations, crachats – avec en prime la morale inversée : la victime doit presque s’excuser d’exister.

Le plus tragique dans cette affaire ? Les agresseurs sont français, mais seulement de papier. Leur carte d’identité dit « République française », mais leur loyauté est ailleurs : tournée contre elle. Ce n’est pas un conflit d’appartenance, c’est une déclaration de guerre intérieure. La France n’est pas tant colonisée que congédiée de l’intérieur. Elle vit un divorce unilatéral. On lui parle dans sa langue, mais pour mieux l’injurier.

Alors, oui, Jean-Pascal Zadi, c’est du racisme antiblanc. Lourd, massif, répété. Une lame de fond qui ne dit pas son nom, parce qu’on l’interdit de parole. Et c’est justement parce qu’on nie ce racisme qu’il acquiert un caractère systémique. Parce qu’il est systématiquement nié, il est tacitement toléré. Et parce qu’il est toléré, il est en réalité autorisé.

François Bousquet le martèle : nier ces violences, c’est déjà y consentir. Ce n’est pas de la neutralité, c’est de la complicité molle. Ceux qui ferment les yeux acquiescent à ce qu’ils refusent de nommer. Ils pourraient dire comme Georgina Dufoix au temps du sang contaminé : « Responsables, mais pas coupables » ! C’est exactement cela. Ils n’insultent pas, mais ils relativisent. Cela fait d’eux les garants respectables d’une violence inavouable, qu’ils rendent possible à force d’en nier l’existence.

Voilà où conduit, cher Jean-Pascal Zadi, la négation du racisme antiblanc : dans le confort capitonné du mensonge idéologique. Lisez, toute affaire cessante, l’enquête de François Bousquet. C’est la France réelle, pas celle des plateaux où, désormais, vous vous complaisez.

Et osez un débat avec lui. On verra alors qui pense, qui fuit, qui récite. On parie que vous déclinerez. Vous n’avez pas l’habitude d’être contredit, surtout pas par les faits. Mais qui sait ? Vous pourriez en sortir grandi. Ce serait votre premier vrai rôle. Il n’est jamais trop tard.

Le racisme antiblanc: L'enquête interdite

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Des nouvelles d’Oncle Bernie

Durant cet été, Monsieur Nostalgie poursuit sa galerie de portraits d’écrivains vivants dont l’œuvre tend à disparaître dans les milieux autorisés. Cette semaine, il nous parle de Bernard Chapuis, 80 ans, journaliste d’élite des salles de rédaction et écrivain de l’enfance en demi-teinte…


J’ai fait la découverte de Bernie, voix nasillarde et cheveux ondulants, mi-sérieux, mi-godelureau, faussement sage, l’œil rieur, sur le plateau d’Apostrophes en 1987. Bernard Pivot avait intitulé son émission « Qualité France » et invité des représentants du génie cocardier, toutes disciplines confondues. Michel Platini était assis à côté d’André Brunelin, le biographe de Jean Gabin et face à Yvan Audouard, le thuriféraire de Pagnol à l’accent chantant, le numéro 10 évoqua, ce jour-là, l’agression de Battiston. Raymond Peynet se souvenait que ses amoureux étaient nés de son imagination au temps vert-de-gris de la ligne de démarcation. L’assemblée était un joyeux bazar. Un duo d’auteurs composé de Bernard Chapuis et d’Ermine Herscher était venu présenter leur beau livre Qualités – Objets d’en France paru aux éditions du May, 116, rue du Bac, Paris 7ème arrondissement.

Ils avaient recensé pas moins de 74 objets usuels qu’ « un homme ou une femme possède ou a possédé au moins une fois dans sa vie ». Cet inventaire à la Prévert démarrait par les pâtes alphabet Rivoire et Carret et se terminait par la clé Facom. Une vraie féérie ménagère à la nostalgie Manufrance défilait sous nos yeux, la culotte Petit Bateau, le petit-beurre Lu, le cachou Lajaunie, la cocotte Seb ou la sardine Rödel. Cohabitaient dans cet ouvrage rehaussé par les photographies de François Boissonnet aussi bien le béret basque que les mocassins Weston fabriqués à Limoges, le bas Dim jetable que le carré Hermès successoral. Le verre Duralex, toujours attaché à sa terre du Loiret, n’était pas oublié dans cette liste. On apprenait que Guy Cotten avait fondé avec sa femme Françoise leur société à Concarneau qui allait bientôt populariser le ciré jaune à travers toutes les mers du monde. Et que le poêle Godin délivrait alors une chaleur de 6 500 W ; « chargé de bois ou de charbon [du] soir à vingt-deux heures jusqu’à huit heures le lendemain matin ». Autant d’informations précieuses pour mieux connaître son pays et activer la création littéraire. J’ai toujours estimé que cette série de livres sur les objets était plus que nécessaire au paquetage d’un écrivain en détresse qu’un Lagarde et Michard. À la fois comme source d’inspiration, fertile au roman et comme cadre de pensée. L’objet est ce mystère permanent au cœur des connexions humaines. Il est susceptible de refaire surface, une décennie plus tard.

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Ainsi, Bernard Chapuis qui avait interviewé Coluche quelques années auparavant, décrivait en 1987 le succès de la salopette Adolphe Lafont entre le quart Perrier et le K-Way. L’humoriste mort une année plus tôt avait porté une salopette bleue à rayures blanches lors de son premier sketch en 1974. La collection des éditions du May s’exporta par la suite, les objets italiens furent notamment préfacés par Fellini, Bernard Rapp s’intéressa à l’Angleterre dans Objets d’en Face et le couple Labro nous donna des nouvelles d’Amérique. Plus tard, beaucoup plus tard, je revis Bernard Chapuis pousser la chansonnette chez Ruquier à la télévision lors d’une tournée de promotion ou en acteur d’appoint dans les films de Pascal Thomas. En 1987, le collégien attiré par les foudres de la presse écrite que j’étais, avait été bluffé par le CV du personnage. Les salles de rédaction semblaient être son habitat naturel. Il avait épuisé sa pointe Bic Cristal (pages 72-73) dans tous les journaux de la capitale, à Elle, Combat, en tant que chef de service « Enquêtes et reportages » au Quotidien de Paris, au Canard Enchaîné, au Nouvel Observateur, à VSD, à l’Événement du Jeudi ou à la direction de la rédaction de Vogues Hommes.

J’aurais rêvé de déclarer à une conseillère d’orientation qui m’incitait à m’engager dans une carrière commerciale ou juridique : « plus tard, madame, je serai billettiste ». Car Bernard Chapuis s’était fait connaître comme billettiste au journal Le Monde. Né en 1945 à Alger, Bernard Chapuis était un « cumulard ». Il avait écrit des centaines d’articles et publié des romans principalement chez Stock (L’année dernière, La Vie parlée, Vieux garçon, Le Rêve entouré d’eau), qui lui valurent quelques prix de prestige (Nimier, Freustié, Deux Magots). Je m’étais même procuré son Terminus Paris aux Éditions Les formes du secret, 102, boulevard de la Villette, Paris 19ème arrondissement.

En ce début d’été, il faut relire ce vieux garçon plein de charme et de malice dont les romans « parisiens » sont des bulles de champagne légèrement éventées qui oscillent entre tristesse d’instinct et douce fantaisie, ils retiennent le parfum d’un monde oublié. Chapuis est comme Modiano, un homme de la petite ceinture au passé carafé.

Vieux garçon

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Qualites. Objets D'En France

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Terminus paris

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L ANNEE DERNIERE

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La vie parlée (Roman)

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Simon sauvé des eaux tièdes

Michel Simon est mort il y a cinquante ans. Derrière sa gueule épaisse se cachait un être d’une rare sensibilité. Un acteur unique, le plus grand de tous les temps, selon Sacha Guitry, qui surmontait ses angoisses par une boulimie de travail (150 pièces, 140 films), un amour de la nature, et un penchant notable pour la pornographie.


Je dois avoir 10 ans. Je me promène avec mon oncle dans une rue de Noisy-le-Grand. C’est la banlieue tranquille avec le chant des oiseaux et des pavillons en meulière. Au bout de cette rue, il y a une grande demeure avec des cris de singe, de grands arbres et une sorte de jardin d’hiver avec une immense verrière aux vitres brisées. Devant la porte, une silhouette voûtée dans un pardessus crème, une drôle de tête couronnée d’une crinière de lion. Mon oncle le salue. L’homme lui répond d’une voix chevrotante. Il tient à la main un filet à provisions percé. Mon oncle me dit à l’oreille que c’est Michel Simon, un grand acteur. L’image s’incruste dans ma mémoire. Un acteur, pour moi, ressemblera toujours à Michel Simon.

C’est ce qu’on appelle un monstre sacré ; peut-être le plus grand acteur de tous les temps, pour reprendre le jugement de Sacha Guitry, son ami. Il est mort il y a cinquante ans. La maison qu’il habitait avec ses animaux, surtout Zaza, sa guenon, qu’il habillait comme un humain et qu’il emmenait au théâtre, le parc où l’herbe ignorait la tondeuse, sa bibliothèque aux trois mille livres, cette maison-refuge a été rasée. Son fils, François, avait pris la décision de s’en séparer. Il mourut quelques jours plus tard, me confiera l’acteur Maurice Baquet, voisin de Simon. Cette maison, c’était La Cerisaie, tout finissait par s’en aller.

Il aimait la nature car elle le préservait des hommes et de leurs manigances. Ça a un côté rousseauiste. Normal, il est né le 9 avril 1895, à Genève, dans la grand-rue, en face de la maison natale du philosophe. Ses parents sont charcutiers. Lui, l’amoureux des animaux, ils l’envoient travailler aux abattoirs de Genève, où il doit les achever avec un poinçon. Il confesse : « Pendant un an, j’ai assassiné des bêtes. » C’est un mauvais élève, il fait rire ses camarades. Les traits de son visage sont épais. La grâce, il la possède pourtant, dans le regard, mais personne ne la voit. Il en rajoute. Il est frustré, car il veut être le dernier de la classe ; or il est avant-dernier. Il y a toujours un camarade absent, il parvient à lui piquer la place dont il rêvait. C’est un provocateur, râleur, détestant l’ordre. Un jour, il dit, d’une voix malicieuse : « Je n’aime pas les leçons, elles ne servent qu’à violenter les natures. » Il devient soldat. Il connaît le cachot humide. Il sort de cette aventure tuberculeux et antimilitariste. À 17 ans, il est à Paris. Il crèche près de la porte Saint-Martin. Il finit d’être éduqué par des truands. Il s’éprend d’une prostituée, Jeanne. Il en parlera toujours avec tendresse. Pour elle, il refuse d’aller tourner à Hollywood. Elle lui fait découvrir les plaisirs de la chair et de la lecture. Il lit les enquêtes de Nick Carter et dit : « Son auteur a fini fou. Ce n’est pas à la portée des Goncourt. » Son humour l’aide à gommer la laideur de la vie. Il dévore Messieurs les ronds-de-cuir, de Courteline. Lucide, il déclare : « Ce livre préfigurait les grands conflits mondiaux. Du reste, ça se termine dans un cimetière. C’est l’œuvre d’un prophète. » Rabelais lui enseigne l’irrespect ; Aristophane, le désespoir. À propos de Céline, dont il a enregistré Voyage au bout de la nuit, il dit : « Lui, c’est un homme. Les autres n’ont pas d’idées tranchées. Ils pensent à leur clientèle. C’est difficile de trouver un homme en littérature. » Il déteste Descartes. « La logique, c’est absurde », lance-t-il. Il est tour à tour boxeur, photographe, danseur, acrobate, puis comédien, remarqué par Georges Pitoëff, genevois comme lui. Sa carrière est lancée, avec des hauts et des bas. Au total 150 pièces et 140 films.

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Tiens, là, il discute avec Jean Renoir, qui lui a offert ses plus beaux rôles – La Chienne ; Boudu sauvé des eaux –, ils sont dans une guinguette, ils ont picolé. La caméra tourne. Michel dit qu’il n’a jamais trouvé la rue du Conservatoire. Fou rire. Pour Boudu, dont il fut producteur, il rappelle qu’il a failli couler. Le film fut interdit au bout de trois jours. Motif : Boudu mange des sardines à l’huile avec les doigts et s’essuie sur les rideaux. On peut violer la morale, mais le bourgeois ne supporte pas qu’on touche à ses tentures. C’est un instinctif qui offre au personnage le petit « truc » génial – l’interprétation du farfelu Jules dans L’Atalante de Jean Vigo l’atteste. N’a-t-il pas déclaré : « Lorsqu’on chasse le naturel, il ne revient pas toujours. »

Cet angoissé tient en respect sa folie en tournant sans cesse ; c’est aussi un pornographe notoire – sa collection de treize mille pièces, photos et objets érotiques variés dont des godemichets spectaculaires, est légendaire. Il pose nu avec des prostituées, dans des scènes de sexe crues, se travestit. Il sait que l’homme est mauvais, ça le sauve. En 1940, on l’accuse d’être juif, en 1943 d’être communiste, en 1944, on le dénonce comme collabo. Il encaisse. Comme il encaisse les séquelles d’une teinture pour les cheveux qui lui attaque le visage et le cerveau. Il souffre de vertiges, ne peut plus articuler, confond les couleurs. Il met huit ans à s’en remettre. Mais l’homme est solide. Il retrouve le chemin du succès. On dit qu’il ne connaît pas son texte. Dans Drôle de drame, il bluffe pourtant Louis Jouvet, qui déclare : « Il se promenait dans son texte avec volupté. » En 1957, c’est la fin de sa carrière de vedette. On ne veut plus l’assurer, sauf Abel Gance. Cela lui permet de tourner encore quelques grands films dont Le Vieil Homme et l’Enfant, de Claude Berri. Il prend des risques car il joue un antisémite dans un long-métrage dénonçant l’antisémitisme. Le film sera récompensé à Berlin et interdit de projection à Cannes.

Dans la plupart de ses rôles, ce misogyne faussement solitaire déborde d’humanité. L’acteur à la voix si particulière et à la tête démoniaque meurt le 30 mai 1975. Bertrand Blier lui avait proposé un rôle dans Les Valseuses. J’aurais bien aimé voir Depardieu donner la réplique à cet immense comédien qui travaillait sans filet.

Farniente architectural, un paradis perdu

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Natif de Saumur, sorti diplômé de l’école Boulle puis des Arts décoratifs avant d’intégrer l’institut d’Urbanisme de Paris, Henri Quillé (1928-2018) reste un architecte étrangement écarté du panthéon moderniste. En 1962, l’homme découvre l’île alors la plus secrète des Baléares : Formentera. Etabli à Meudon (où il réalise avec l’Atelier 12 le superbe ensemble Les Pierres Levées, dans le quartier de Bellevue, restauré avec soin voici cinq ans), il quitte définitivement la capitale en 1972 pour s’installer à Formentera, où il fait l’acquisition d’une bâtisse vernaculaire, à toit plat, isolée dans la cambrousse, « d’une géométrie simple qui lui confère un charme poétique, reflet de l’art de vivre méditerranéen : une ambiance intérieure faite d’ombre sur les murs chaulés, contrastant avec une forte luminosité extérieure » […] « Sa maison devient le laboratoire de sa démarche ».  Jusqu’en 2004, il multipliera les projets sur l’île, avant de quitter définitivement, en 2010, ce havre de paix désormais arraisonné par le tourisme de masse. Rentré à Paris, il y meurt huit ans plus tard.

À bonne école

Les monographies de chez Norma sont décidément en prise avec l’air du temps. Ainsi par exemple, accompagnant l’exposition qu’avec son flair habituel lui avait consacré Francis Rambert cet hiver à la Cité de l’architecture et du patrimoine (Palais de Chaillot), l’œuvre de Philippe Prost, lauréat en 2022 du Grand Prix national de l’architecture, était-elle célébrée à bon escient : à peine clôturée l’exposition que Prost, hasard malencontreux du calendrier, était, le 27 mars dernier, avec le paysagiste Bruel Delmar, proclamé vainqueur du concours pour le réaménagement de la place de la Concorde. Certainement le moins mauvais choix entre les candidats à ce concours : les travaux que Prost a conduits, à Belle-Ile en Mer tout particulièrement, témoignent d’un authentique respect pour le patrimoine, les vieilles pierres et le paysage. Va-t-il épargner la Concorde du massacre ? C’est vraisemblable. Son projet ne casse ni l’ordonnancement, ni les symétries ni les continuités, réduisant l’emprise de la circulation automobile, mais sans rompre l’harmonie des voies et de ses perspectives, sous prétexte de « végétaliser » à tout prix.  

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Pour en revenir à Quillé, de l’écologie urbaine à l’écologie rurale ne prévaut qu’une seule et même logique, au fond : le respect, la préservation, la valorisation de l’identité traditionnelle du site. Quillé a été à bonne école : dès les années 1960, il s’est lié avec Ricardo Porro, un des quatre architectes des extraordinaires Escuelas de Arte de La Habana –  sans doute l’unique vestige architectural dont pourrait se targuer la sinistre Révolution castriste (que Porro ne tardera pas à fuir, d’ailleurs, pour s’exiler en France et y poursuivre une estimable carrière jusqu’ à sa mort en 2014)…  

Précurseur, Quillé implante dès les années 1960 dans sa maison paysanne les premiers panneaux solaires sur le marché, tout en réunissant des artisans locaux pour imprégner de leurs savoir-faire ancestral ses « maisons organiques » faites de textures brutes, et qui combinent avec une grande élégance lignes courbes, volumes cylindriques, géométries cubiques. Dans les années 1970, une série fait système : dans les pas d’un Le Corbusier, dépourvue de cette prétention rationaliste totalitaire propre à la fameuse « machine à habiter ». Autosuffisantes au plan énergétique dès le seuil des années 1980 !

Lui-même navigateur, Quillé a l’expérience des espaces restreints, d’où l’idée de ces « maisons minimum », en parallèle à des programmes plus ambitieux en termes de taille mais aussi de composition plastique, telle la maison Sandretto (1994), dont une photo illustre la couverture du présent ouvrage – on dirait du Chirico. La maison-atelier construite en 1977 pour le peintre Erro en bordure de la côte nord de l’île était déjà un bel exemple de cette esthétique épurée, qui se déclinera en maints projets réalisés pour d’autres artistes ou entrepreneurs, tel ce « PF-70 », commande de Pietre et Angela Fedell, ou ce «  KG-74 » destiné aux Grohe, cette famille d’industriels allemands à qui vous ne manquez pas de rendre grâce chaque jour en saisissant votre pomme de douche…

Tour du propriétaire

Synergie avec l’environnement, ventilations, simplicité, confort, optimisation des systèmes se retrouvent dans tous les édifices qui essaiment bientôt dans le paysage insulaire –  maisons Valentin, Reiman, Pamela, Dobo, Di Meo, en passant par celle conçue pour l’architecte et urbaniste Raimon Torres, et jusqu’à cette petite maison habillée de pierres, qu’ Andrea Fiorentino réclamera pour lui seul quand il met sa maison principale en location. Un des joyaux tardifs de cette œuvre singulièrement méconnue reste sans aucun doute la vaste demeure bâtie dans les années 1990 pour Giberto Sandretto, un industriel italien, dans la partie la plus étroite de Formentera, à Es Calo, au pied de La Mola, sur un terrain qui descend en pente vers la mer.

A lire ensuite, Thomas Morales: Dans la caravane

De cette diversité, mais aussi de cette continuité remarquable, rendent compte ici photos anciennes, en noir et blanc le plus souvent, alternant avec des photos récentes en couleur, certaines en pleine page, mais également des photos aériennes, des prises de vue des aménagements intérieurs, des plans d’architecte… au fil de ce très « beau livre », dont les pages en papier mat, d’une belle épaisseur texturée, présentent un luxe inhabituel.

Sous la direction de cet homme d’entregent et spécialiste des arts décoratifs du XXème siècle qu’est Guy Bloch-Chamfort, assisté de l’architecte Sophie Cambrillat et de Tanit Quillé, fille d’Henri Quillé et elle-même architecte dépositaire de la mémoire de l’œuvre de son père au sein d’une association dédiée dont elle est présidente, l’ouvrage se présente comme une « visite du propriétaire » : attentive à analyser dans son détail, étape par étape et de site en site, l’exemplarité de chaque édifice. Formentera, au temps du farniente sans la foule. Encore un paradis perdu, –  un de plus ?   

A lire :

Henri Quillé. Formentera, par Guy Bloch-Champtort, Sophie Cambrillat, Tanit Quillé. Norma éditions, 224p. 2025. (texte bilingue français espagnol)

Philippe Prost, architecte. La mémoire vive, sous la direction de Francis Rambert. Norma éditions, 195p. 2024

Philippe Prost, architecte: La mémoire vive

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La faute morale de la droite

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Jérusalem, 11 juin 2025 © Debbie Hill/UPI/Shutterstock/SIPA

La droite française, en quête d’honneur et de clarté morale, se débat entre soutien politique à Israël et malaise croissant face aux excès de sa politique à Gaza. Une tribune libre d’Alexandre de Galzain, journaliste à « Radio Courtoisie ».


Nous savons parfaitement que le texte d’Alexandre de Galzain va ulcérer plus d’un lecteur. Les idées qu’on ne partage pas, c’est souvent dur à supporter, y compris pour votre servante. Mais c’est notre boulot. Le nôtre et aussi le vôtre chers lecteurs. C’est la douleur de la liberté, pour paraphraser Alain Finkielkraut. Si nous ne voulons pas que le débat public soit transformé en concours d’invectives, chacun doit jouer le jeu et s’imposer de répondre à l’argumentation par l’argumentation. Face à la contradiction, certains ne connaissent que l’injure et la menace : ce sont les Insoumis, pas les lecteurs de Causeur. Ici, il n’y a pas de sujet interdit – et certainement pas la politique de Benyamin Netanyahou.
Ne tournons pas autour du pot. Il y a chez beaucoup de juifs aujourd’hui une tendance à confondre critique et haine, désaccord et désaveu. Les juifs ont inventé la polémique ou, en tout cas, lui ont donné ses lettres de noblesse. Depuis des siècles, on s’empaille dans les yeshivots et synagogues – pas seulement pour des motifs théologiques d’ailleurs. Il serait désastreux que cette tradition se perde dans le buzz contemporain. Juif ou pas, cher lecteur, si votre premier mouvement est d’insulter Alexandre de Galzain (par exemple en le traitant d’antisémite), eh bien, attendez le deuxième ! Merci à tous • Elisabeth Lévy

Par réalisme, Maurras et les siens avaient suivi Drumont, Mussolini et Pétain. La droite mit un demi-siècle à s’en remettre. Par réalisme, nous avions suivi Assad et Poutine. Nous nous en relevons aujourd’hui à grand-peine, les mains encore un peu éclaboussées du sang de leurs crimes. Parce que nous sommes faibles, nous ne croyons encore qu’en la force et parce que la morale qui nous dirige aujourd’hui est mauvaise, nous rejetons en bloc toute morale.
La droite commet une faute morale sur le sujet d’Israël dont elle aura bien du mal à se remettre, et qui entachera nos mains pour encore longtemps.            

Le 7-Octobre, nous nous indignions justement du massacre commis par des terroristes aveuglés par la haine : dans un élan infâme de ressentiment vicié, le Hamas frappait au cœur d’Israël et déclarait la guerre. Justement, nous n’avons alors pas manqué de mots pour condamner cette violence inouïe qui avait déjà blessé notre patrie au plus profond de son cœur. Le lendemain, la gauche s’en prenait à Israël, responsable de ses propres plaies : son impérialisme valait bien mille deux cents morts.

Mensonges de la gauche

Les mois suivants, justement encore, nous soutenions Israël dans son combat contre ce Hamas qui opprimait le peuple dont il avait pris la gouvernance. La gauche, alors à tort, dénonçait un « génocide » qui n’avait pas lieu : elle était trop heureuse de se découvrir un nouveau combat, une nouvelle oppression contre laquelle lutter, un nouveau crime à des milliers de kilomètres. Surtout, ce qui est plus grave, elle a fait d’un crime une opportunité, d’une opportunité un combat, d’un combat une obsession, d’une obsession un électorat.

La gauche a dans le même temps créé et détruit sa nouvelle mystique.

Que la gauche cesse un peu de nous mentir, cela lui changera, en affirmant que son combat n’avait aucune visée stratégique ni électorale, que le droit et la justice internationaux lui tiennent tant à cœur, qu’elle n’est motivée que par une digne indignation devant l’horreur.

La gauche veut le vote et la mobilisation des musulmans. Les musulmans votent et se mobilisent quand les leurs sont attaqués. Les Palestiniens sont attaqués. Les Palestiniens sont les leurs. Il faut donc soutenir les Palestiniens pour obtenir le vote des musulmans.

Dans cette affaire, reconnaissons un peu plus d’honneur à Rima Hassan. Rima Hassan est dangereuse. Rima Hassan est de mauvaise foi. Rima Hassan ment. Rima Hassan se moque bien de la signification d’un mandat de « députée française au Parlement européen » accordé par notre peuple. Rima Hassan fait tout cela, mais Rima Hassan ne triche pas. Rima Hassan est Palestinienne, son peuple a vécu sa Catastrophe. Elle est immigrée par la faute de ces horreurs, elle défend l’honneur de son peuple. Rima Hassan ne joue pas à la Française d’origine immigrée, Rima Hassan s’en moque. Rima Hassan ne triche pas : elle clame, tant que la loi le lui permet : « Je ne suis pas d’ici, je ne serai jamais des vôtres et je défendrai les miens que vous opprimez. Alors je vous combattrai avec toutes les armes que vous me laisserez ».

Mais Rima Hassan n’est pas des nôtres, il ne sert à rien de la traiter comme telle. Nous ne parlons pas le même langage.

Images affreuses

Mais nous, nous avons triché, en plus d’avoir menti et d’avoir été de mauvaise foi. Nous avons tenté de faire croire que la gauche n’était pas sincèrement soucieuse du sort des Palestiniens alors que nous savions, alors que nous avons vu comme eux – sans doute moins qu’eux, mais nous avons vu – ces images affreuses d’enfants palestiniens massacrés, de bombes pleuvant sur une ville détruite, d’hôpitaux en ruines, de mères abattues et de pères hagards à force de deuils. Et alors, nous avons dit, presque goguenards : « ce n’est pas notre faute ! », en ajoutant, comme si notre mensonge n’était pas assez gros : « ils ne veulent même pas défendre ces gens, ils veulent simplement être élus ! » Sans le savoir, ceux qui clamaient cela à grands cris dans les journaux et sur les plateaux ne révélaient là que la profonde misère de leur esprit calculateur.

Mais n’allons pas trop vite, car dans notre naïveté première, nous fûmes honorables.

Je l’écrivais plus haut, nous n’avons pas hurlé au génocide quand il n’y avait pas de génocide. Nous n’avons pas justifié l’injustifiable, et sans doute pour des raisons manquant parfois de justesse, nous avons fait preuve parfois d’un admirable manque de réalisme en refusant de justifier la haine par la haine, la violence par la violence, la fin par les moyens. Comme les Résistants combattaient les nazis par la violence parce que le nazisme justifiait la violence, alors le même raisonnement a été appliqué à Israël. « Israël est un Etat génocidaire, Netanyahou un nazi circoncis, Tsahal les SS de Judée ! » entendait-on déjà si souvent dans la bouche de cette gauche stupide ou antisémite. Mais qui ne comprend pas aujourd’hui que si le colonialisme est un impérialisme, que l’impérialisme est un fascisme, que le fascisme doit être combattu par tous les moyens, alors Israël delenda est? Alors même que le génocide n’était pas là, on hurlait ce mot sans frémir, et on trichait pour mieux s’indigner. A ne séparer les violences que par degré et non par nature, on les place toutes dans la même corbeille, et la violence physique est justifiée par la violence sociale, et la violence verbale est justifiée par la violence symbolique.

Alors, la gauche avait tort, réellement tort d’avoir « raison » trop tôt. Il est aujourd’hui établi que le projet actuel de M. Netanyahou est d’épurer ethniquement la bande de Gaza – j’écris « épurer ethniquement » car je crois qu’il importe assez peu à M. Netanyahou que les Palestiniens vivent ailleurs, meurent sous ses bombes ou meurent de faim.

Pourtant, est-il seulement établi que le projet de M. Netanyahou en novembre 2023, en novembre 2024, en janvier dernier même, était cette même épuration ethnique ? Rien n’est moins sûr, et à dire vrai, sans doute que si l’Europe gardienne de la morale avait déclaré plus tôt qu’il fallait mettre fin à cette offensive, sans doute que si nous avions été justes et avions tenu une parole de vérité alors que M. Netanyahou commençait à s’aventurer trop loin, alors nous aurions sans doute pu prévenir la venue de ce nouveau but.

La gauche rappelle un peu ces économistes qui se sont faits une spécialité de prédire la crise économique mondiale pour l’année prochaine depuis quinze ans et qui, au bout d’un moment, finissent bien par avoir raison.

Reste-t-il encore un seul otage d’Israël aux mains du Hamas ? Il est probable que non, et M. Netanyahou s’en moque bien, et nous le savons. Le Hamas est terroriste, il l’a prouvé cent fois, mais est-il djihadiste, commet-il des attentats chez nous ? Nous savons bien que non.

Alors que savons-nous, en fait ? Ce que nous savons, c’est que des dizaines de milliers de Palestiniens dont beaucoup n’ont eu pour crime que d’être eux aussi otages de ce même Hamas sont morts sous les bombes de Tsahal. Nous savons qu’une famine, qu’une crise humanitaire a cours présentement sur cette mince bande de terre. Et alors quoi, Israël serait « l’armée la plus morale du monde » et il faudrait tout à fait lui faire confiance ? Mais que craint M. Netanyahou en empêchant toute aide humanitaire ? Que le peuple de Palestine lui lance le pain qui lui manque à la figure et que, par un pareil procédé, Tsahal essuie un revers militaire ?

Nul n’ignore plus qu’Israël veut désormais annexer tout le territoire gazaoui ; et d’ailleurs, Israël l’affirme lui-même par la voix de son gouvernement. Nous l’avons dit, ce n’est pas d’un génocide, mais d’une épuration ethnique qu’il s’agit. Chose d’abord singulière, mais surtout terrible : ce sont aujourd’hui les juifs qui condamnent un peuple à l’éternel exil.

Et alors, on devrait demeurer silencieux là encore ? Mais encore ceux qui professent l’isolationnisme n’y croient pas assez pour en faire là leur principal argument. En fait, ce qui motive avant tout aujourd’hui la droite dans la défense du gouvernement, rappelons-le, criminel, de M. Netanyahou, c’est avant tout l’avantage politique français qu’il en retire.

Nul doute que la lutte de la droite contre l’antisémitisme est aujourd’hui sincère : chaque jour, nous côtoyons cette même droite et nous pouvons l’affirmer. Oh, il y a longtemps, nous fûmes pour certains antisémites. Était-ce une minorité agissante, une majorité ? Ces antisémites l’étaient-ils d’Etat, de haine raciale, de peur ? Je n’en sais rien et au fond, peut-être bien que cela n’a pas d’importance : sur nos mains, nous avons récolté les gouttes du sang des juifs d’Europe que nous n’avons pas défendus, que nous avons parfois combattus. Heureusement, quelques hommes parmi les autres tentèrent de sauver notre honneur, mais il était déjà trop tard.

Depuis, nous avons avec toute la sincérité du monde lavé nos mains de ce sang. Nos esprits sont purs de tout antisémitisme, nos paroles vierges de cette haine. Le 7-Octobre fut ainsi l’occasion de le prouver, de montrer à la face de la France un visage libre et clair, d’offrir à nouveau au monde une droite affranchie de ses crimes du passé. Nul n’ignore plus que ni Mme Le Pen, ni M. Zemmour, ni les autres ne sont antisémites pour un sou.

Lutte contre l’antisémitisme pervertie

Mais aujourd’hui, la mystique anti-antisémite est plus que jamais pervertie par la politique.

Si effrayés d’être appelés maurrassiens, si apeurés d’être liés à Drumont ou à quelque autre horreur collaborationniste, nous avons choisi de nous boucher les oreilles sans voir que le sionisme n’était pas le judaïsme ainsi que les débats nés au temps d’Herzl auraient dû nous l’apprendre. Et qu’est-ce que le sionisme alors ? S’il s’agit du droit d’Israël à exister, nous le soutenons. S’il s’agit de l’expansion de cet Israël, du Grand Israël rêvé par le ministre Ben Gvir, nous devons le rejeter.

Il y a eu la peur du procès à notre encontre ; il y a aussi la jouissance de mener un semblable procès à nos ennemis politiques. L’antisémitisme a toujours existé à gauche et il existe encore. Et comme ce procès nous a été fait, et comme il a longtemps fonctionné même de manière injuste contre nous, d’aucuns adoptent comme stratégie de le reproduire. Oh ! nous avons bien raison de dénoncer encore aujourd’hui l’antisémitisme de certains : il fait aujourd’hui peu de doutes que M. Portes, M. Guiraud, M. Caron, Mme Obono voire M. Mélenchon ont à tout le moins développé quelques acoquinages honteux avec cette rhétorique. Mais il y a un fossé entre ces attaques légitimes et ces méthodes de déshonneur par association, de catégorisation absolue, d’anathèmes et d’impensée totale. Nous nous plaignions autrefois de l’injuste sort réservé à notre camp parce que certains étaient antisémites : qui ne comprend pas aujourd’hui qu’en répétant, et donc avalisant, les mêmes stratégies, celles-ci finiront inévitablement par nous revenir dans la face ?

Une autre justification de la droite dans sa défense inconditionnelle d’Israël, c’est qu’elle défend les juifs de France contre les musulmans de France. Les premiers ont pris fait et cause pour Israël, les seconds pour la Palestine – en grande majorité du moins, semble-t-il – et alors que la droite combat, avec justesse, l’islamisation de notre pays, défendre Israël contre la Palestine, c’est s’opposer aux musulmans. Bien sûr, le lien entre violence politique, fondamentalisme islamique et soutien au Hamas n’est plus à prouver. Pourtant, nous ne pouvons que déplorer que toute lutte pour la défense du peuple gazaoui soit assimilée à une lutte pour le Hamas, à une lutte de gauche, à une lutte antiraciste ou décoloniale – dans le sens que la gauche leur a accordé en tout cas –, à une lutte antijuive, à une lutte de ces humanistes qui n’aiment défendre les peuples lointains que pour ne pas avoir à défendre le sien. On peut défendre le peuple gazaoui noyé sous les bombes israéliennes en rejetant le Hamas, en étant de droite, en n’adhérant pas aux combats de la gauche, en défendant les juifs et en aimant son peuple, sa terre et ses morts.

On apprend depuis quelques jours qu’Israël et l’Iran sont en conflit ouvert, qu’Israël a bombardé têtes du régime et civils avant de subir une semblable riposte. Et voilà que M. Netanyahou se plaint des frappes qu’il subit. Dans sa bouche, devant l’Occident, le voilà qui affirme qu’Israël serait le rempart de la civilisation face à la barbarie, que « l’armée la plus morale du monde » serait aussi notre bouclier, qu’Israël se battrait en fait pour nous. Mais quand donc le terrorisme iranien a-t-il frappé la France ? Quand donc Israël s’est-il battu pour autre chose que lui-même ? Nous ne le lui reprochons pas d’ailleurs, mais enfin, que la droite cesse d’affirmer bêtement qu’Israël « fait le travail que nous ne voulons pas faire » : M. Netanyahou combat l’Iran comme M. Assad combattait l’Etat islamique – c’est-à-dire qu’il fait face aux conséquences dont il est partiellement responsable et que ce combat sert bien son maintien au pouvoir.

L’Israël de M. Netanyahou, bouclier de la civilisation occidentale, de la chrétienté ? La belle affaire ! Il a été établi que M. Netanyahou finançait l’Etat islamique à Gaza contre le Hamas, qu’il finançait l’Azerbaïdjan contre l’Arménie, qu’il méprisait et insultait les chrétiens autochtones ! Ah, et quel beau gardien de la morale que celui qui massacre femmes et enfants par milliers, qui met en péril la sécurité du monde par ses nouvelles offensives ! On me répondra que l’Iran était un danger pour le monde entier : chacun sait que c’est faux, que les mollahs oppriment ignoblement leur peuple, mais qu’ils n’ont jamais représenté la moindre menace pour l’Occident.

L’aveuglement volontaire de la droite de la situation israélienne est particulièrement préjudiciable en cela qu’elle refuse de comprendre que l’intérêt de M. Netanyahou réside en sa propre personne. Ce politicien corrompu, que toute la France abhorrerait si elle devait subir son règne, n’a pour but que d’échapper à la prison qu’il mérite tant. Comme la gauche se montre bien plus conciliante envers les dictatures de son camp, la droite fait de même et s’aveugle « par réalisme ». Mais quel réalisme est celui qui entache nos mains de sang, qui oublie deux mille ans de morale et de civilisation pour un simple intérêt politique temporaire ? En vérité, le camp de la morale est bien plus ardu à défendre que celui, court-termiste, du réalisme.

Si nous ne voulons pas répéter l’erreur que nous fîmes avec Poutine, Assad ou d’autres autrefois, il ne reste à la droite qu’une voie : celle de l’honneur. La voie de l’honneur aujourd’hui est simple : condamner sans équivoque la politique de M. Netanyahou, défendre le peuple gazaoui, cela sans jamais verser dans les erreurs et excès de la gauche que nous avons décrits. Dans toutes les rédactions de droite, du Figaro à Frontières en passant par CNews ou Valeurs Actuelles ; dans tous les partis politiques de droite des Républicains au Rassemblement national en passant par Reconquête, j’ai entendu pester contre les excès d’Israël, contre les excès de ce sionisme débridé, contre les massacres en cours à Gaza. Nous sommes nombreux à être révoltés devant le spectacle de mensonges et d’omissions en cours sous nos yeux. Nous sommes nombreux, levons-nous. A l’honneur de la droite manque encore le courage. Espérons qu’elle le trouvera.

L’IA menace-t-elle l’écriture?

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Lindsay Johnson, professeure d'arts plastiques (à droite), enseigne à ses élèves comment demander de l'aide à ChatGPT pendant un cours d'été à la Roosevelt Middle School, le mercredi 25 juin 2025, à River Forest, près de Chicago dans l’Illinois © Nam Y. Huh/AP/SIPA

L’heure est venue du grand ressassement. ChatGPT est un ennemi mortel.


C’est la nature singulière, originale, imprévisible de l’acte d’écriture que menacent d’effacer aujourd’hui les robots conversationnels comme Chat GPT. N’écrivez plus, ne créez plus ! Nous disent-ils. Recopiez ! N’inventez plus ! Vous feriez de toute façon moins bien, moins riche, moins séduisant. Acceptez l’insigne médiocrité de votre mise en mot singulière et inclinez-vous plutôt devant la quantité impressionnante des data et la puissance stupéfiante des algorithmes qui les sélectionnent et les agencent afin que  vous soit livré un résultat sans aspérités ni surprises.

Masse informe

Surtout, surtout ne rêvez plus « d’inécrit » ; n’imaginez pas que vous puissiez jamais écrire ce que jamais personne n’a écrit, penser ce que jamais personne n’a pensé, transmettre ce que jamais personne n’a transmis. Tout est déjà écrit et stocké ; l’heure est donc venue du grand ressassement. Et si, par un hasard « malencontreux », émergeait de la triste banalité une idée inédite, une proposition originale, une image audacieuse ou une innovation scientifique elle ne serait en aucun cas offerte à la discussion collective, au questionnement et à la critique, alimentant ainsi l’intelligence collective. Elle se fondrait illico dans la masse informe des data prête à être débitée pour combler nos désirs étiquetés. L’espoir de laisser par l’écriture la trace d’une pensée à nulle autre pareille est ainsi dénoncé par cette machine totalitaire.

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Plus grave encore, l’espérance d’une continuité spirituelle défiant notre disparition matérielle, qui est au cœur même de la création de l’écriture, est aujourd’hui menacée. La création de l’écriture a été tardive dans l’histoire de l’humanité (il y a quelques milliers d’années seulement) ; alors même que la construction du langage était depuis longtemps engagée. La nécessité d’assurer une continuité spirituelle ne put en effet se manifester que lorsque l’intelligence humaine osa enfin regarder la mort en face. Par le génie de l’écriture, un être humain décida de confier à un autre, qu’il ne connaissait pas, une trace de son esprit, en espérant que cette trace serait reçue quand lui-même, ne serait plus. C’est donc dans des mots envoyés au plus loin de lui-même que l’Homme trouva la meilleure défense, le meilleur abri contre la « terreur de la dilution ». Lecture et écriture portent ainsi ensemble ce que j’appellerai la « résistance existentielle ». Lire et écrire sont en ce sens absolument indissociables : « lire, c’est répondre  fraternellement à l’appel désespéré de l’écriture ». L’espoir d’une immortalité spirituelle gravée mot après mot, phrase après phrase risque de changer de camp. Il peut passer du côté de la machine et l’Homme démuni risque d’être voué sans recours à la dilution. De ce point de vue, Chat GPT est notre ennemi juré ; il faut le combattre et lui interdire d’écrire et de penser à la place de nos élèves.

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Au voleur !

Lui permettre, sous prétexte de modernité, d’entrer dans les classes, serait accepter que progressivement l’écrit tombe sur les épaules courbées d’élèves inconscients qu’on leur vole ainsi une part essentielle de leur humanité. Ils seront soulagés d’être dispensés de toute attente, de tout délais imposés par un tâtonnement souvent laborieux qui les exaspèrent et pourraient les mettre dans une colère souvent rentrée et paralysante. Pour la plupart, ces élèves rendus fragiles par cette machine infernale, deviendront incapables de faire l’effort de   construire eux-mêmes des réponses par le récit, par le dialogue et par l’argumentation. Savoir, oui ! Apprendre à construire eux-mêmes malgré leurs doutes et leurs inquiétudes, non !Ce « temps de débat interne » ferme et serein qui est nécessaire à la mise en mots écrits d’une réflexion, provoquera chez ces élèves d’un nouveau type la dispersion et la déroute. Ils   vivront cette obligation comme un vide, comme une faille, parce que le doute, l’incertitude et la distance seront devenus pour eux trop douloureux pour pouvoir stimuler l’activité de penser. Au lieu de ressentir l’anxiété légère et normale que provoque naturellement le fait de ne pas avoir encore écrit, c’est une terrible frustration qui les envahira quand il faudra associer, faire des liens, en un mot… écrire contre soi-même et contre l’Autre. Piégés dans un univers où le trivial le dispute au superficiel et le prévisible à l’imprécis, les élèves chemineront sur la voie de la passivité car ils se seront habitués à se contenter de réponses immédiates, évidentes et définitives. Voilà ce que nous promet l’usage scolaire de CHAT GPT.

Jean-Luc Mélenchon n’en ferait qu’une bouchée…

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Le député européen Raphaël Glucksmann photographié à Paris le 23 juin 2025 © ISA HARSIN/SIPA

« La ligne de Glucksmann se rapproche plus du macronisme de 2017 que du Nouveau Front populaire de 2024 », critique poliment dans la presse Manuel Bompard, l’un des principaux lieutenants de Jean-Luc Mélenchon. Mais en coulisses, les cadres de La France insoumise sont convaincus que le populisme démagogique et la force de frappe rhétorique de leur chef écrabouilleraient le leader de Place publique dans l’hypothèse d’une primaire à gauche.


S’il y a bien un homme que j’estime à gauche, c’est Raphaël Glucksmann, qui caresse de plus en plus l’idée de se présenter en 2027, au nom de « Place publique », et pour vaincre Jean-Luc Mélenchon. Et j’ai peur pour lui.

La politique, c’est un métier

Quand un de ses proches déclare « qu’il ne faut pas avoir peur de se faire défenestrer par La France insoumise » à Carl Meeus du Figaro Magazine, il énonce sur un mode positif ce qui risque d’être au contraire le sort de Raphaël Glucksmann dans cette joute à venir que je perçois comme très inégale. Dans le rapport de force qui pourrait s’annoncer au sein de la gauche et de l’extrême gauche, je crains que Glucksmann, aussi estimable qu’il soit, malgré sa conviction qu’il a su faire sa mue de l’intellectuel engagé au politique partisan, soit handicapé par sa finesse et son honnêteté mêmes.

Face à l’instinct de tueur de Jean-Luc Mélenchon qui ne fera pas de quartier, pas plus dans la mouvance LFI qu’à l’égard des candidats kamikazes déclarés comme François Ruffin, et encore moins contre des personnalités comme celle de Raphaël Glucksmann, qui résistera ? Raphaël Glucksmann me paraît assurément relever du registre suscitant le plus de détestation de l’autocrate Mélenchon : une forme de morale tentant de faire oublier sa possible faiblesse derrière un verbe belliqueux. Avec la crainte, pour tous ceux qui apprécient Raphaël Glucksmann et la constance de son combat et de son opposition aux idéologies extrémistes, que sa posture jure avec ce qu’il semble être véritablement. Et notamment sa noble inaptitude à proférer n’importe quoi en le qualifiant de vérité. Sa confiance en lui-même, tellement réduite par rapport à l’arrogance d’exister de Mélenchon, ne le conduira jamais à mon sens à se préférer à une lucidité même préjudiciable à sa cause.

Rouleau compresseur

Quand on évoque « entre Glucksmann et Mélenchon, le match qui vient à gauche » (Pierre Lepelletier dans Le Figaro), comment passer sous silence la formidable oralité du second et l’intelligence argumentative du premier ? Celle-ci, aussi convaincante qu’elle puisse être dans un monde urbain et civilisé, pourrait se trouver fragilisée par un rouleau compresseur de concepts, d’affirmations, de provocations, se souciant comme d’une guigne de la pertinence au bénéfice de l’efficacité.

Ce n’est pas à dire que Raphaël Glucksmann n’aurait pas certains atouts face à l’épouvantail Mélenchon mais si je confirme avoir peur pour lui, c’est que je mesure à quel point ses vertus pourraient être précisément son handicap.

Il n’empêche que dans un univers politique qui me permet l’objectivité de la distance, je salue, par avance, la victime de qualité que sera Glucksmann face au bourreau Mélenchon.

Après les Frères musulmans, Al-Ahbash: ce nouvel islam politique venu d’Allemagne

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Un manifestant s'oppose à la politique migratoire d'Angela Merkel proposant d'accueillir des milliers de musulmans, Berlin, septembre 2016 © STEFAN BONESS/IPON/SIPA

En 2018, l’islamologue Ralph Ghadban déclenche une onde de choc avec Arabische Clans, la menace sous-estimée. Son enquête explosive sur les dynasties criminelles arabes, qui règnent sur des quartiers de Berlin et au-delà, le place sous protection policière. Au-delà du crime, le clan Mhallami, galvanisé par Al-Ahbash, organisation islamiste rivale des Frères musulmans, porte un projet politique sinistre : imposer un califat en Europe.


À Berlin, les nouveaux seigneurs du crime parlent arabe

Tarek, membre d’un Arabische Clan berlinois et vendeur de coke, lâche à Ralph Ghadban : « L’État allemand ne m’intéresse pas. On suit nos propres règles. Sinon, on ne ferait pas toute cette merde. »[1] Le ton est clair, la mentalité aussi.

Dans son livre, Ghadban tirait le signal d’alarme. Les barons arabes tissent leur toile, et la France est à présent en première ligne.

Le 25 novembre 2019, Dresde plonge dans le noir. Un incendie volontaire grille un transformateur près du musée Grünes Gewölbe, désactivant les alarmes. Des cambrioleurs s’infiltrent, emportent des bijoux du XVIIIème siècle, dont un diamant de 49 carats, et disparaissent sans laisser de trace[2].

En mars 2017, Berlin vit un autre coup retentissant : une pièce d’or de 100 kg, d’une valeur de 4 millions d’euros, est volée au musée de Bode. Trois hommes, armés d’une hache, fracassent une vitre, chargent le butin dans une brouette et s’éclipsent.[3] Ces casses mènent au clan Remmo, un poids lourd de la pègre libanaise en Allemagne. Les autorités contre-attaquent fort : plus de 1 600 agents mobilisés, des perquisitions à tout va. En janvier 2019, trois membres du clan Remmo, jugés pour le vol de Berlin, sont acquittés. En novembre 2020, Wissam Remmo est condamné pour le casse de Dresde, mais d’autres suspects restent introuvables.

L’Allemagne découvre enfin ce que beaucoup préféraient alors ignorer : des grandes familles kurdes, palestiniennes et libanaises — les Remmo, Al-Zein, Ali-Khan, Chahrour, Miri… — ont pris le contrôle du crime organisé dans plusieurs grandes villes, de Berlin à Francfort. Leur arsenal ? Vols, trafic de drogue, extorsion, proxénétisme, blanchiment d’argent. En 2018, la police berlinoise frappe un grand coup en saisissant 77 biens des Remmo, une famille libanaise appartenant au groupe ethnique des Mhallami, pour 10 millions d’euros. Mais ce coup de filet reste dérisoire face à un empire qui semble à présent inébranlable.

Les Mhallami, la fracture invisible de l’Allemagne

Les Mhallami, des Kurdes arabisés originaires du sud-est de la Turquie et du nord de la Syrie, ont trouvé refuge au Liban dès les années 1920, chassés par la misère et les persécutions. Marginalisés dans les quartiers pauvres de Beyrouth ou Tripoli, ils ont fui la guerre civile libanaise (1975-1990) pour atterrir en Allemagne, souvent via des chemins clandestins avant la réunification.

Descendant de peuples nomades, cette diaspora obéit à une loi immuable : le clan prime sur tout. Ce qui se trouve en dehors, en l’occurrence l’Allemagne, n’est perçu que comme un espace à piller et à dépouiller sans la moindre retenue. Pour eux, le pays hôte est un territoire ennemi qu’il faut dominer et conquérir afin d’assurer la survie du groupe. Refusant toute intégration civique, avec des taux de chômage oscillant entre 80 et 90%, ils rejettent systématiquement les emplois soumis à des cotisations, de peur de voir leurs allocations sociales disparaître. Ces aides de l’État allemand (aide au logement, allocations familiales, aide à l’ameublement et à l’habillement…), loin d’être perçues comme un soutien temporaire, sont assimilées à un revenu de base acquis.

A lire aussi, du même auteur: Manuel Ostermann: le cri d’un flic dans une Allemagne à la dérive

Le clan des Mhallami, une communauté de 100 000 individus issus de mariages claniques endogames, constitue une sorte d’État parallèle, exerçant une influence dominante dans certaines régions d’Allemagne. Dans leurs zones d’influence, les interventions policières nécessitent au minimum deux véhicules de patrouille, souvent appuyés par des hélicoptères, pour éviter d’être submergées par des groupes hostiles. La crainte des juges conduit fréquemment à la remise en liberté des accusés, à l’image d’Ibrahim, leader Mhallami d’une guérilla ayant blessé 24 agents de police, libéré en raison d’un prétendu « stress émotionnel extrême ».

Les écoles allemandes sont également sous forte pression à cause des Mhallami. Chez eux, une fatwa interdit aux filles de s’éloigner, lors des sorties scolaires, au-delà de ce qu’un dromadaire peut parcourir en une journée – soit environ 80 km. Les familles lancent des poursuites judiciaires contre les établissements qui proposent aux filles des cours de sport, de natation ou d’éducation sexuelle. On apprend aux enfants à ne pas serrer la main des instituteurs et les réunions parents-profs sont boycottées pour éviter tout contact avec les « kouffars ». Les écoles, dépassées, embauchent des médiateurs turcophones pour tenter de calmer le jeu, mais rien n’y fait. Et si un gamin Mhallami se dispute dans la cour de récré ? Ses grands frères rappliquent, frappent les autres élèves, les profs, les directeurs et finissent enfin par démolir les classes.           

Al-Ahbash : l’islam politique en embuscade

Les Mhallami, ni Libanais, ni Turcs, ni Allemands, s’appuient sur un islam rigoriste pour façonner leur identité et structurer leur communauté. Leur allégeance va d’abord au clan, mais l’islam en est le pilier. La diyya, compensation financière traditionnelle destinée à régler les conflits, occupe une place clé, mais chez eux, ces fonds profitent à Al-Ahbash, mouvement islamique libanais fondé en 1983 par le cheikh éthiopien Abdullah Al-Harari. Se distinguant des salafistes et des Frères musulmans, Al-Ahbash promeut un islam « modéré » et le respect des autorités. Fortement soupçonné dans l’enquête sur l’attentat de 2005 qui a tué le premier ministre Rafic Hariri[4] et 21 autres personnes, Al-Ahbash n’a jamais été condamné, les preuves manquant.

Cette façade de tolérance a séduit les autorités allemandes, lassées des Frères musulmans. Ces derniers, implantés à Munich depuis 1958 par Saïd Ramadan, gendre de Hassan al-Banna, ont longtemps été des interlocuteurs privilégiés du dialogue interreligieux. Mais leur mainmise sur les financements publics et les chaires universitaires, ainsi que leur silence lors de controverses comme le retrait des crucifix des écoles en 1995 ou le débat sur le voile en 2003, ont révélé leur agenda doctrinaire. Trop visibles, trop revendicatifs, les Frères ont perdu la confiance des autorités. Al-Ahbash, avec son image de modération, a pris le relais.

À Berlin, la mosquée Omar, siège européen d’Al-Ahbash, reçoit des visites officielles régulières. Les Mhallami, discrets mais généreux, alimentent ses caisses via la diyya et d’autres dons. Selon Ralph Ghadban, ce système n’est pas anodin : il finance un écosystème islamique destiné à poser les bases d’un futur califat en Europe. Alors que l’Allemagne s’enlise dans le débat sur le halal dans les cantines, Al-Ahbash étend discrètement son emprise vers la France, où son bras armé, l’APBIF (Association des Projets de Bienfaisance Islamique en France[5]), est actif depuis les années 1980.

L’APBIF en France : le cheval de Troie islamiste

Dans les années 1980, l’APBIF débarque à Montpellier ; elle est accueillie par une Église catholique naïve dans un élan de dialogue interreligieux, à une époque où la ville manque cruellement de mosquées. Un geste généreux ? Peut-être, mais en 2004, quand le diocèse réclame ses locaux, l’APBIF refuse de partir, lançant un bras de fer judiciaire qui fait grand bruit.[6] À sa tête, le cheikh Khalid Elzant, prédicateur libanais venu islamiser la francophonie, mais dont le parcours est loin d’être sans heurts. Envoyé à l’Île Maurice entre 2010 et 2015 pour « réislamiser » la mosquée Al-Aqsa, la plus ancienne de l’île, Elzant se retrouve au cœur d’une enquête après des propos jugés blasphématoires par le vice-premier ministre Showkutally Soodhun. Résultat : visa révoqué et expulsé manu militari.[7] De retour en France, Elzant s’installe à la mosquée de Limoux, où il continue son œuvre via un podcast YouTube, diffusant sa version rigoriste de l’islam à une audience francophone.[8]

L’APBIF s’appuie sur des relais culturels pour toucher les jeunes. Le rappeur Kery James, aujourd’hui connu pour être le réalisateur de Banlieusards, incarne cette influence. Converti à l’orthodoxie ahbashienne, il rejette les instruments de musique « impurs » (instruments à vent et à corde) et incite ses fans à se former dans les centres APBIF. Ses débuts, marqués par des textes provocateurs comme « Hardcore » (1998) (« Hardcore, deux PD qui s’embrassent dans la rue » / « Hardcore, sera la reconquête de la Palestine » / « Hardcore, comme si j’faisais sauter une bombe à Disneyland »), ont cédé la place à une posture de guide spirituel. Dans la galaxie de l’APBIF, on retrouve également Abd Samad Moussaoui, frère de Zacarias Moussaoui – surnommé le « 20ème pilote de l’air » et condamné pour son rôle dans les attentats du 11 septembre. Le sociologue Samir Amghar souligne que les sœurs Alma et Lila Lévy — exclues en 2003 d’un lycée d’Aubervilliers pour leur voile, dans une affaire médiatique retentissante — ont elles aussi fréquenté l’APBIF[9].

La France, premier pays musulman d’Europe avec une projection de 8,6 millions de fidèles[10] en 2050, n’est pas un terrain choisi au hasard : elle est ciblée délibérément comme base stratégique pour y implanter, à terme, un califat. Munich pour les Frères musulmans, Berlin pour Al-Ahbash et leur relais français, l’APBIF : ces organisations diffusent un islam politique rigoriste, infiltrant quartiers et institutions sous le masque du dialogue interreligieux. Pendant que l’État ferme les yeux, ce cheval de Troie avance, menaçant l’intégrité même de la République. Jusqu’à quand la France restera-t-elle aveugle ?

Ralph Ghadban. Arabische Clans: Die unterschätzte Gefahr. (en allemand) Ullstein Taschenbuch, 2019. 303 pages.

Arabische Clans

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[1]     Ghadban, Ralph. Arabische Clans: Die unterschätzte Gefahr. (en allemand) Ullstein Taschenbuch, 2019. 303 pages.

[2]     https://www.radiofrance.fr/franceinter/en-allemagne-des-joyaux-voles-dans-un-celebre-musee-retrouve-trois-ans-apres-6261831

[3]     https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2022/08/11/une-hache-et-une-planche-a-roulettes-pour-un-casse-en-or-massif-au-bode-museum-de-berlin_6137783_3451060.html

[4]     https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2005/10/26/assassinat-d-hariri-la-justice-libanaise-a-inculpe-deux-freres_703715_3218.html

[5]     https://apbif.fr/

[6]     https://www.lemonde.fr/une-abonnes/article/2004/08/05/a-montpellier-l-eglise-perd-patience-face-aux-ahbaches_374568_3207.html?utm_source=chatgpt.com

[7]     https://www.zinfos974.com/expulse-de-maurice-pour-blaspheme-un-cheikh-accueilli-a-la-reunion-avec-sa-famille/

[8]     https://www.youtube.com/watch?v=MUr0IPPXtLU&list=PLP6QRti9thBC9L2oTO-Fw_q34EwcyfjON&index=3&ab_channel=LaW-A

[9]     https://shs.cairn.info/revue-politique-etrangere-2007-3-page-605?lang=fr#re3no3

[10]   https://observatoire-immigration.fr/peut-on-evaluer-le-nombre-de-musulmans-vivant-en-france/

Aux frontières du réel

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© ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Le mentir-faux de Bruno Le Maire


« La France doit cesser d’être un figurant du show perpétuel de Donald Trump ». C’est au tour de Bruno Le Maire d’y aller de sa leçon de choses géo-politico-morale, dans une tribune du Figaro[1](4 juillet). Épouvantail et exutoire, Trompe le Maudit aurait ce mérite de nous ouvrir les yeux, de nous remettre les pieds sous terre. Le « réel » est à la mode. Terminé, les naïvetés de Bisounours et rêveries des promeneurs solidaires ? Voire… À Zuydcoote, sur les plages, les pages, dans la sueur et le babeurre, Bruno Le Maire défend La Voie française, se débat. Daladier se prend pour Churchill. Naufrageurs insubmersibles, indécrottables champions du prêchi-prêcha, nos politiques sont incapables de mea-culpa, de se confronter à un réel qui les dépasse, les écrase. 

Chasser l’irréel, il revient au galop

« Le réel, ce sont des menaces nouvelles à nos frontières qui appellent des dépenses militaires à la hauteur des enjeux stratégiquesdes capacités nucléaires iraniennes simplement endommagées… les souffrances infligées à Gaza… la progression des troupes russes en Ukraine… des surcapacités chinoises qui font courir un danger de mort à nos industries…

La vocation de la France est de rassembler les forces européennes au service d’un travail politique et diplomatique qui seul donnera des résultats durables. Ce combat, elle doit le mener en convainquant ses partenaires européens de sortir de leur fascination infantile pour des États-Unis qui nous ont clairement signifié, de Barack Obama en passant par Joe Biden, notre congé du monde. Tant que les Européens verront dans le président américain un « Papa », ils resteront des enfants…

Les choses bougent… Mais tout va encore trop lentement. Tout est trop faible. Donc : arrêtons de regarder le show, défendons nos intérêts vitaux… Il est temps que les Européens se comportent en adultes, élargissent leurs alliances à de nouveaux partenaires, rassemblent leurs forces économiques, financières, scientifiques, qui sont immenses… ».

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La vocation de la France est de lutter contre la distraction du monde. Le show perpétuel de Donald Trump est opportuniste et erratique. Il fait un mauvais usage de l’impressionnante domination militaire et technologique des États-Unis – car il crée du désordre plus qu’un nouvel ordre. Aucune nation européenne ne peut le suivre sur ce terrain. Le réel reprend toujours ses droits. Il nous appartient de le prendre en main. Vite, et fort ». Quand les borgnes sont franchis…

Yakafocon. Un vide sidéral, l’anaphore hollandaise, les antiennes de circonstance, des incantations macroniennes, flottent dans un court-bouillon de truismes. Aucune proposition concrète, originale, réaliste pour sortir de l’ornière. La vérité, Bruno, tu nous fais de la peine ! Comment un politique galonné, énarque, major de l’agrégation de Lettres modernes, peut-il aligner autant de platitudes, être aussi naïf et superficiel ? La cerise sur le gâteau de yaourt ce sont les 7 ans, 4 mois et 4 jours que Bruno Le Maire a passé à la tête du ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Les délices de l’hétérotélie : Coué qu’il en coule, La Vérité si je mens.…

La réalité dépasse l’affliction   

« La vocation de la France, fille aînée des Lumières, est de regarder ce réel en face ». Le ministre se suce la langue et oublie Héraclite. Ni le soleil, ni la mort, [ni la vérité, en France] ne peuvent se regarder en face. La vérité, c’est que nos politiques prennent les mots pour des faits, que Marianne a passé l’âge des vocations, des Lumières, des miroirs, du réel et du rimmel. Chaos debout, dé(cons)truite, aux outrages, elle s’en va, à crédit, à vau-l’eau. Les Regrets, mensonges et naïvetés ne changent rien à l’affaire. Marianne se meurt, Marianne est morte.

Le réel, c’est un pays en pleine crise de nerfs, gangréné par les rezzous sociaux, le communautarisme, l’islamo-hystéro-trotskysme attisés par Dominique de Mélenchon de Villepinte, le bateau ivre d’une dette colossale, les clapotements furieux des monnaies, une industrie en cessation des paiements, toujours plus d’impôts, le recrutement d’un million de nouveaux fonctionnaires depuis 25 ans, alors que l’on prétend assainir les finances publiques.

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Le réel, c’est l’écroulement de notre système éducatif, l’école des fans de Bourdieuseries, les consignes aux correcteurs du Brevet et du Bac pour maquiller le naufrage. C’est la Culture minée, non par les coupes budgétaires, mais par la nullité de ses ministres, les batailles d’Hernani.que, les Franciscains de Cour d’Honneur, avides de présidences, prébendes et subventions. Ce sont les apparatchiks de l’audiovisuel public, planqués dans leur roue de fromage avenue du Président Kennedy, qui reniflent et pourchassent le réac dans l’attente du Grand Soir. C’est le Chant des Partisans du Festival de Cannes, les rentiers des avances sur recettes, Fédayins Bella Ciao sous contrat Lancôme. Une pierre à la main ils guettent le sommet, de l’autre ils font l’aumône. Leurs aides de géant les empêchent de voler.

Le réel, hors-les-murs, dans le concert des nations, c’est la France et l’Europe qui dégringolent de la Champions League en National 3, en une décennie. Notre congé du monde, personne ne nous l’a signifié. Il était acté, logique, attendu. Il ne faut ni accuser, ni rien attendre des Yankees, des Chinois, des Russes, d’alliances imaginaires, alliés lilliputiens. Les défaites ne sont jamais étranges. Les Européens, les Français, leurs élites, Bruno Le Maire, sont seuls responsables de nos malheurs. Depuis cinquante ans, ils vivent hors-sols, dans les illusions, bons sentiments, la Com, la politique du chat crevé au fil de l’eau. Au royaume des belles idées, les faits n’ont pas d’importance. « Le plus grand dérèglement de l’esprit c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet » (Bossuet).

Bruno Le Maire en appelle au réel. La vérité, c’est qu’il le craint et l’esquive. La vérité c’est que le réel Bip Bip a dépassé et cornérisé Bruno Coyote. À bout de souffle, en suspension au-dessus du précipice, le Canis latrans gesticule, mouline des jambes pour essayer de retarder le moment fatal, le crash tout au fond du ravin. That’s all folks ! Bercy patron.

La voie française

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[1] https://www.lefigaro.fr/vox/monde/bruno-le-maire-la-france-doit-cesser-d-etre-un-figurant-du-show-perpetuel-de-donald-trump-20250703

Tour (de ou en) France : plus qu’un pinaillage sémantique

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L'équipe Visma Lease a Bike s'entraîne lors d'une sortie à vélo, un jour avant le départ du Tour de France cycliste à Lille, le vendredi 4 juillet 2025 © Thibault Camus/AP/SIPA

Cette 112e édition du Tour de France qui s’est élancée samedi à Lille – et qui a donné lieu à une aussi surprenante que tendue première étape, usante mentalement pour bien des coureurs (voir encadré : Une première étape qui promet) – ne fera aucune incursion à l’étranger, contrairement à une tradition séculaire bien ancrée.


Le dernier confinement du Tour à l’intérieur de ses frontières naturelles remontait à seulement 2020 – c’était pour cause de Covid et il s’était disputé en septembre et non juillet – jusqu’alors, ses fugues hors de celles-ci étaient systématiques.

Bien que 100% hexagonal cette fois-ci, est-ce que le Tour mérite encore d’être dit « DE » et non « EN » France et, dans ce cas, le mot tour prenant le sens de virée ? Il ne s’agit pas d’un simple et futile pinaillage sémantique.

À peine née, la Grande Boucle a manifesté une appétence certaine pour l’étranger au point de devenir atavique. Cette internationalisation l’a conduit à ne plus visiter des pans entiers du territoire national au point que son parcours se réduit désormais à ne fréquenter en règle générale qu’une moitié de la France en alternance, une année l’est, l’autre l’ouest, ou un grand sud, négligeant le plus souvent le nord. Les Alpes et les Pyrénées restent cependant incontournables car sans elles il ne serait plus ce qu’il est : une épopée populaire que rien n’érode, notamment les scandales liés au dopage.

Quand l’Alsace-Lorraine était allemande

En tout, dans son histoire, le Tour cumule 188 escapades hors frontière, certaines pouvant aller jusqu’à trois étapes, comme ces trois dernières années, en 2022 au Danemark, en 2023 en Euskadi (Pays basque espagnol) et en 2024 en Italie. La prochaine édition s’élancera de Barcelone et la suivante d’Édimbourg. Ainsi ce retour à la mère-patrie n’aura été qu’un intermède…

Sa première incursion à l’étranger date de 1906 alors qu’il n’avait que quatre ans d’existence. Son créateur, Henri Desgranges, était ce qu’on dirait aujourd’hui un souverainiste de droite. Depuis 1871, l’Alsace et la Lorraine étaient allemandes. Ce qu’il n’acceptait pas. Pour marquer symboliquement qu’elle était française, il fera parcourir au peloton 70 km en territoire annexé. Les quatre années suivantes, Metz, sous tutelle germanique, sera même ville étape. Il est surprenant que Berlin ait autorisé cette manifestation d’irrédentisme affichée. Le Tour ne reviendra en Allemagne qu’en 1964 pour célébrer le traité de réconciliation entre les deux pays signé l’année précédente.

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Le Tour a toujours entretenu un discret concubinage avec la politique. Ainsi, en 1992, pour célébrer la signature du traité de Maastricht, bien que parti de Saint-Sébastien, au prix d’un long transfert, il traversera les six pays fondateurs de l’Europe (France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Luxembourg et Italie). L’Espagne avait adhéré sept ans plus tôt à l’Union européenne.

En 1994, les quatrième et cinquième étapes seront courues en Angleterre à l’occasion de l’inauguration du canal de la Manche. Vingt ans plus tôt, le Tour y avait fait une incursion d’une journée, le temps de disputer une boucle autour de Plymouth. La Grande-Bretagne avait adhéré à l’Union européenne l’année précédente. Enfin, en 1998, il se rendra en Irlande, le dernier membre de l’Europe où il ne s’était encore rendu, scellant de la sorte sa prétention à être autant européen que français.

Un détour au pays de Franco

Mais le pays qui a eu sa prédilection, c’est la Belgique. Il l’a visitée 50 fois (soit presque la moitié des éditions), vient ensuite la Suisse 37, puis l’Espagne 23. C’est en 1949 qu’il a pour la première fois franchi les Pyrénées malgré un franquisme à son apogée. Avec 18 visites, l’Allemagne ne vient qu’en quatrième position, et ce en dépit de l’amitié entre les deux pays.

En même temps, la Grande Boucle n’a pas boudé les micro-états. Le Luxembourg l’a accueillie à neuf reprises, Monaco à sept, Andorre à six, et San Marin une fois, l’an dernier. Ne manque que le Liechtenstein.

La vocation européenne du Tour est devenue patente dès 1947, après une interruption de sept années due à la Seconde guerre. Pour cette reprise, la deuxième étape s’est terminée à Bruxelles et la troisième à Luxembourg. Il reviendra en Belgique chaque année jusqu’en 1972, ce qui a frisé l’annexion.

Cette vocation sera confortée en 1954, avec le premier départ de l’étranger, à Amsterdam. Depuis il a renouvelé l’expérience 26 fois, soit un départ sur quatre et cette tendance s’accélère tant la demande des pays voisins (voire lointains comme ce fut le cas avec le Danemark) à accueillir cet événement est forte. La raison en est simple : le Tour est retransmis dans 190 pays, autrement dit dans toute la planète, l’ONU comptant 193 membres. Il y a une bonne décennie, il fut même question qu’il parte de New York.

Ce n’est pas notre faute si la France a une situation géographique exceptionnelle…

Cette européanisation, à la différence des deux autres grands tours, le Giro et la Vuelta, a été favorisée par la situation géographique de la France qui est entourée de huit pays si on compte l’Irlande et la Grande Bretagne, à la différence des deux autres qui ne partagent respectivement que trois et deux frontières.

La conséquence s’est immanquablement répercutée sur le parcours. Le Tour n’épouse plus les contours de l’Hexagone depuis le milieu des années soixante. Et l’édition de cette année est la quintessence de cette logique évolution. Son itinéraire se résume à une diagonale nord-sud avec un crochet à l’est pour ne pas faire d’infidélité aux Alpes. Les villes à la fois arrivée et départ ont disparu. Dès lors la journée d’un coureur commence par un transfert en bus vers la ville départ… Nous y reviendrons.

Cette internationalisation géographique s’est aussi accompagnée d’une forte internationalisation humaine. Nous y reviendrons aussi un peu plus tard, notamment lorsque nous évoquerons les raisons qui font qu’aucun Français ne l’a remporté depuis la victoire de Bernard Hinault il y a 40 ans. Au départ de Lille, vingt-sept nationalités y étaient représentées. Avec 38 coureurs, 20% de l’effectif, la France disposait du plus fort contingent mais aucun vainqueur potentiel.  

Sur la piste du vrai Indiana Jones: Voyage au bout d'un mythe

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Une première étape qui promet
Cette première étape du Tour, une boucle de 184,9 km autour de Lille, n’a pas été une formalité. Certes la victoire est revenue comme prévu à un sprinteur, le Belge Jasper Philipsen, 28 ans, de l’équipe Alpecin-Decenninck, emmené de main de maître par le petit-fils de Raymond Poulidor, Mathieu Van der Poel, et premier maillot jaune.
L’équipe de Jonas Vingegaard, Visma-Lease a bike, a annoncé la couleur d’emblée : elle est venue pour gagner et mener la vie dure à ses rivaux, notamment Tadej Pogacar. Second l’an dernier, Vingegaard a été « plein d’audace », comme l’a écrit L’Equipe. D’entrée de jeu, il a été offensif, provoquant un premier écrémage et il a rendu la course particulièrement stressante et tendue nerveusement.
A 17 km, profitant d’un vent soutenu de côté, avec ses équipiers faisant preuve d’une solide cohésion, il a provoqué une bordure qui a relégué à 39 secondes, le troisième favori, le champion olympique Remco Evenepoel, ainsi que quelques outsiders comme Primoz Roglic, João Almeida, Carlos Buitrago.
« Oui, on s’est fait piéger, a dit Evenepoel. Ce n’est pas rédhibitoire. Le Tour est long ». Certes 39 secondes, ce n’est pas beaucoup. Mais mieux vaut les avoir à son actif qu’à son débit. Peut-être pourra-t-il les récupérer lors du premier contre la montre de Caen.
A cause de sa nervosité, cette première étape a été d’emblée marquée par deux abandons sur commotion après chute, ceux de l’Italien Ganna (Ineos-Grenadiers), un dur à cuire, et du Suisse Stefan Bissegger (Décathlon-Ag2R). Et aussi par la chute cocasse de deux Français, Benjamin Thomas et Mattéo Vercher, se disputant lors de la seconde difficulté le prix du meilleur grimpeur au sprint qui est revenu au premier des deux.
Quant au jeune prodige français dont on attend beaucoup, Lenny Martinez, pour une raison inexplicable, il a terminé dernier à plus de 9’11’’. Ce qui aura très certainement comme conséquence de le priver d’un top 10 auquel il pouvait aspirer pour sa première participation • RU

Racisme antiblanc: à quand un débat entre Jean-Pascal Zadi et François Bousquet?

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Jean-Pascal Zadi à l'affiche du film "Le grand déplacement", 2025 © Mika Cotellon © 2024 GAUMONT – DOUZE DOIGTS PRODUCTIONS – FRANCE 2 CINEMA

Le racisme anti‑Blancs demeure un sujet controversé pour certains: reconnu par une partie de l’opinion, il serait limité à des actes individuels et non assimilés à une forme de racisme structurel selon la gauche. L’acteur Jean-Pascal Zadi reconnaît certes que « certains Blancs peuvent être victimes d’insultes ou d’agressions liées à leur couleur de peau », mais cela n’est pas du racisme au sens systémique selon lui: « c’est de l’hostilité ».


Le racisme antiblanc existe si peu que même les saltimbanques s’empressent d’en nier l’existence. Cette fois-ci, c’est Jean-Pascal Zadi qui s’y est collé. Pour vendre son nanar sur une expédition spatiale africaine, Le Grand Déplacement – une sorte de Black Panther made in France, sans super-pouvoirs, mais avec toutes les obsessions racialistes –, il a fait la tournée des médias et des popotes. Le 27 juin, France Info a cru bon de l’interroger sur le racisme antiblanc. Jean-Pascal Zadi a alors pris la pause d’un Frantz Fanon de banlieue et nous a expliqué doctement que « le racisme antiblanc n’existe pas », que c’est une « hérésie » et qu’insulter ou molester un Blanc, c’est – au mieux ou au pire – de l’« hostilité ».

À ce stade, on n’est plus dans la dénégation, mais dans l’inversion. Un néo-suprémacisme décomplexé. Passons sur le fait qu’il n’y a pas loin de l’hérésie au bûcher et de l’hostilité (hostis, l’ennemi en latin) à la guerre. Jean-Pascal Zadi ne pense pas, il régurgite. C’est la voix off de l’idéologie officielle financé par l’argent public. En bon perroquet du prêt-à-penser décolonial, il rabâche les mantras qui font le quotidien des universités, des salles de rédaction et du « wokisme de salon ».

Jean-Pascal Zadi ferait mieux de lire l’enquête de François Bousquet sur le racisme antiblanc : quarante témoignages bruts, crus, à fendre l’âme, dont celui d’un métis, insulté pour sa moitié blanche.

Ce racisme a tellement peu droit de cité qu’il a fallu attendre 2025 pour qu’un journaliste ose enfin donner la parole aux victimes, qui, jusque-là, n’avaient que le droit de se taire et d’encaisser. Ce livre, c’est l’anti-Zadi : il ne moralise pas, il constate – et ce qu’il constate est effrayant.

On suit les témoins de Bousquet à Bobigny, aux Ulis, à Évry, aux Mureaux, dans les quartiers chauds de Lyon ou de Marseille, jusque dans les replis de l’Isère. On se pince pour y croire, tant ce racisme quotidien s’exprime à l’école, dans les stades, dans les bus scolaires, avec une régularité mécanique qui aurait dû interroger les universitaires, les journalistes et les politiques. Pas un jour sans une insulte. Pas une semaine sans une agression. Et toujours le même silence.

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Qu’est-il arrivé à la France pour que, sur son propre sol, la haine antifrançaise soit devenue un sport collectif et le cri de ralliement d’une immigration extra-européenne en rupture de filiation ? « Sale Blanc », « Putain de gwer », « Sale Français » : les insultes pleuvent et les coups suivent. Rackets, humiliations, crachats – avec en prime la morale inversée : la victime doit presque s’excuser d’exister.

Le plus tragique dans cette affaire ? Les agresseurs sont français, mais seulement de papier. Leur carte d’identité dit « République française », mais leur loyauté est ailleurs : tournée contre elle. Ce n’est pas un conflit d’appartenance, c’est une déclaration de guerre intérieure. La France n’est pas tant colonisée que congédiée de l’intérieur. Elle vit un divorce unilatéral. On lui parle dans sa langue, mais pour mieux l’injurier.

Alors, oui, Jean-Pascal Zadi, c’est du racisme antiblanc. Lourd, massif, répété. Une lame de fond qui ne dit pas son nom, parce qu’on l’interdit de parole. Et c’est justement parce qu’on nie ce racisme qu’il acquiert un caractère systémique. Parce qu’il est systématiquement nié, il est tacitement toléré. Et parce qu’il est toléré, il est en réalité autorisé.

François Bousquet le martèle : nier ces violences, c’est déjà y consentir. Ce n’est pas de la neutralité, c’est de la complicité molle. Ceux qui ferment les yeux acquiescent à ce qu’ils refusent de nommer. Ils pourraient dire comme Georgina Dufoix au temps du sang contaminé : « Responsables, mais pas coupables » ! C’est exactement cela. Ils n’insultent pas, mais ils relativisent. Cela fait d’eux les garants respectables d’une violence inavouable, qu’ils rendent possible à force d’en nier l’existence.

Voilà où conduit, cher Jean-Pascal Zadi, la négation du racisme antiblanc : dans le confort capitonné du mensonge idéologique. Lisez, toute affaire cessante, l’enquête de François Bousquet. C’est la France réelle, pas celle des plateaux où, désormais, vous vous complaisez.

Et osez un débat avec lui. On verra alors qui pense, qui fuit, qui récite. On parie que vous déclinerez. Vous n’avez pas l’habitude d’être contredit, surtout pas par les faits. Mais qui sait ? Vous pourriez en sortir grandi. Ce serait votre premier vrai rôle. Il n’est jamais trop tard.

Le racisme antiblanc: L'enquête interdite

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Des nouvelles d’Oncle Bernie

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Prix Littéraire Roger Nimier attribué à Bernard Chapuis pour son roman « La Vie Parlée », Paris, 25 mai 2005 © BENAROCH/SIPA

Durant cet été, Monsieur Nostalgie poursuit sa galerie de portraits d’écrivains vivants dont l’œuvre tend à disparaître dans les milieux autorisés. Cette semaine, il nous parle de Bernard Chapuis, 80 ans, journaliste d’élite des salles de rédaction et écrivain de l’enfance en demi-teinte…


J’ai fait la découverte de Bernie, voix nasillarde et cheveux ondulants, mi-sérieux, mi-godelureau, faussement sage, l’œil rieur, sur le plateau d’Apostrophes en 1987. Bernard Pivot avait intitulé son émission « Qualité France » et invité des représentants du génie cocardier, toutes disciplines confondues. Michel Platini était assis à côté d’André Brunelin, le biographe de Jean Gabin et face à Yvan Audouard, le thuriféraire de Pagnol à l’accent chantant, le numéro 10 évoqua, ce jour-là, l’agression de Battiston. Raymond Peynet se souvenait que ses amoureux étaient nés de son imagination au temps vert-de-gris de la ligne de démarcation. L’assemblée était un joyeux bazar. Un duo d’auteurs composé de Bernard Chapuis et d’Ermine Herscher était venu présenter leur beau livre Qualités – Objets d’en France paru aux éditions du May, 116, rue du Bac, Paris 7ème arrondissement.

Ils avaient recensé pas moins de 74 objets usuels qu’ « un homme ou une femme possède ou a possédé au moins une fois dans sa vie ». Cet inventaire à la Prévert démarrait par les pâtes alphabet Rivoire et Carret et se terminait par la clé Facom. Une vraie féérie ménagère à la nostalgie Manufrance défilait sous nos yeux, la culotte Petit Bateau, le petit-beurre Lu, le cachou Lajaunie, la cocotte Seb ou la sardine Rödel. Cohabitaient dans cet ouvrage rehaussé par les photographies de François Boissonnet aussi bien le béret basque que les mocassins Weston fabriqués à Limoges, le bas Dim jetable que le carré Hermès successoral. Le verre Duralex, toujours attaché à sa terre du Loiret, n’était pas oublié dans cette liste. On apprenait que Guy Cotten avait fondé avec sa femme Françoise leur société à Concarneau qui allait bientôt populariser le ciré jaune à travers toutes les mers du monde. Et que le poêle Godin délivrait alors une chaleur de 6 500 W ; « chargé de bois ou de charbon [du] soir à vingt-deux heures jusqu’à huit heures le lendemain matin ». Autant d’informations précieuses pour mieux connaître son pays et activer la création littéraire. J’ai toujours estimé que cette série de livres sur les objets était plus que nécessaire au paquetage d’un écrivain en détresse qu’un Lagarde et Michard. À la fois comme source d’inspiration, fertile au roman et comme cadre de pensée. L’objet est ce mystère permanent au cœur des connexions humaines. Il est susceptible de refaire surface, une décennie plus tard.

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Ainsi, Bernard Chapuis qui avait interviewé Coluche quelques années auparavant, décrivait en 1987 le succès de la salopette Adolphe Lafont entre le quart Perrier et le K-Way. L’humoriste mort une année plus tôt avait porté une salopette bleue à rayures blanches lors de son premier sketch en 1974. La collection des éditions du May s’exporta par la suite, les objets italiens furent notamment préfacés par Fellini, Bernard Rapp s’intéressa à l’Angleterre dans Objets d’en Face et le couple Labro nous donna des nouvelles d’Amérique. Plus tard, beaucoup plus tard, je revis Bernard Chapuis pousser la chansonnette chez Ruquier à la télévision lors d’une tournée de promotion ou en acteur d’appoint dans les films de Pascal Thomas. En 1987, le collégien attiré par les foudres de la presse écrite que j’étais, avait été bluffé par le CV du personnage. Les salles de rédaction semblaient être son habitat naturel. Il avait épuisé sa pointe Bic Cristal (pages 72-73) dans tous les journaux de la capitale, à Elle, Combat, en tant que chef de service « Enquêtes et reportages » au Quotidien de Paris, au Canard Enchaîné, au Nouvel Observateur, à VSD, à l’Événement du Jeudi ou à la direction de la rédaction de Vogues Hommes.

J’aurais rêvé de déclarer à une conseillère d’orientation qui m’incitait à m’engager dans une carrière commerciale ou juridique : « plus tard, madame, je serai billettiste ». Car Bernard Chapuis s’était fait connaître comme billettiste au journal Le Monde. Né en 1945 à Alger, Bernard Chapuis était un « cumulard ». Il avait écrit des centaines d’articles et publié des romans principalement chez Stock (L’année dernière, La Vie parlée, Vieux garçon, Le Rêve entouré d’eau), qui lui valurent quelques prix de prestige (Nimier, Freustié, Deux Magots). Je m’étais même procuré son Terminus Paris aux Éditions Les formes du secret, 102, boulevard de la Villette, Paris 19ème arrondissement.

En ce début d’été, il faut relire ce vieux garçon plein de charme et de malice dont les romans « parisiens » sont des bulles de champagne légèrement éventées qui oscillent entre tristesse d’instinct et douce fantaisie, ils retiennent le parfum d’un monde oublié. Chapuis est comme Modiano, un homme de la petite ceinture au passé carafé.

Vieux garçon

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Le rêve entouré d'eau

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Qualites. Objets D'En France

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Terminus paris

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L ANNEE DERNIERE

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La vie parlée (Roman)

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Simon sauvé des eaux tièdes

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Michel Simon dans « La Poison » de Sacha Guitry, 1951 © SIPA

Michel Simon est mort il y a cinquante ans. Derrière sa gueule épaisse se cachait un être d’une rare sensibilité. Un acteur unique, le plus grand de tous les temps, selon Sacha Guitry, qui surmontait ses angoisses par une boulimie de travail (150 pièces, 140 films), un amour de la nature, et un penchant notable pour la pornographie.


Je dois avoir 10 ans. Je me promène avec mon oncle dans une rue de Noisy-le-Grand. C’est la banlieue tranquille avec le chant des oiseaux et des pavillons en meulière. Au bout de cette rue, il y a une grande demeure avec des cris de singe, de grands arbres et une sorte de jardin d’hiver avec une immense verrière aux vitres brisées. Devant la porte, une silhouette voûtée dans un pardessus crème, une drôle de tête couronnée d’une crinière de lion. Mon oncle le salue. L’homme lui répond d’une voix chevrotante. Il tient à la main un filet à provisions percé. Mon oncle me dit à l’oreille que c’est Michel Simon, un grand acteur. L’image s’incruste dans ma mémoire. Un acteur, pour moi, ressemblera toujours à Michel Simon.

C’est ce qu’on appelle un monstre sacré ; peut-être le plus grand acteur de tous les temps, pour reprendre le jugement de Sacha Guitry, son ami. Il est mort il y a cinquante ans. La maison qu’il habitait avec ses animaux, surtout Zaza, sa guenon, qu’il habillait comme un humain et qu’il emmenait au théâtre, le parc où l’herbe ignorait la tondeuse, sa bibliothèque aux trois mille livres, cette maison-refuge a été rasée. Son fils, François, avait pris la décision de s’en séparer. Il mourut quelques jours plus tard, me confiera l’acteur Maurice Baquet, voisin de Simon. Cette maison, c’était La Cerisaie, tout finissait par s’en aller.

Il aimait la nature car elle le préservait des hommes et de leurs manigances. Ça a un côté rousseauiste. Normal, il est né le 9 avril 1895, à Genève, dans la grand-rue, en face de la maison natale du philosophe. Ses parents sont charcutiers. Lui, l’amoureux des animaux, ils l’envoient travailler aux abattoirs de Genève, où il doit les achever avec un poinçon. Il confesse : « Pendant un an, j’ai assassiné des bêtes. » C’est un mauvais élève, il fait rire ses camarades. Les traits de son visage sont épais. La grâce, il la possède pourtant, dans le regard, mais personne ne la voit. Il en rajoute. Il est frustré, car il veut être le dernier de la classe ; or il est avant-dernier. Il y a toujours un camarade absent, il parvient à lui piquer la place dont il rêvait. C’est un provocateur, râleur, détestant l’ordre. Un jour, il dit, d’une voix malicieuse : « Je n’aime pas les leçons, elles ne servent qu’à violenter les natures. » Il devient soldat. Il connaît le cachot humide. Il sort de cette aventure tuberculeux et antimilitariste. À 17 ans, il est à Paris. Il crèche près de la porte Saint-Martin. Il finit d’être éduqué par des truands. Il s’éprend d’une prostituée, Jeanne. Il en parlera toujours avec tendresse. Pour elle, il refuse d’aller tourner à Hollywood. Elle lui fait découvrir les plaisirs de la chair et de la lecture. Il lit les enquêtes de Nick Carter et dit : « Son auteur a fini fou. Ce n’est pas à la portée des Goncourt. » Son humour l’aide à gommer la laideur de la vie. Il dévore Messieurs les ronds-de-cuir, de Courteline. Lucide, il déclare : « Ce livre préfigurait les grands conflits mondiaux. Du reste, ça se termine dans un cimetière. C’est l’œuvre d’un prophète. » Rabelais lui enseigne l’irrespect ; Aristophane, le désespoir. À propos de Céline, dont il a enregistré Voyage au bout de la nuit, il dit : « Lui, c’est un homme. Les autres n’ont pas d’idées tranchées. Ils pensent à leur clientèle. C’est difficile de trouver un homme en littérature. » Il déteste Descartes. « La logique, c’est absurde », lance-t-il. Il est tour à tour boxeur, photographe, danseur, acrobate, puis comédien, remarqué par Georges Pitoëff, genevois comme lui. Sa carrière est lancée, avec des hauts et des bas. Au total 150 pièces et 140 films.

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Tiens, là, il discute avec Jean Renoir, qui lui a offert ses plus beaux rôles – La Chienne ; Boudu sauvé des eaux –, ils sont dans une guinguette, ils ont picolé. La caméra tourne. Michel dit qu’il n’a jamais trouvé la rue du Conservatoire. Fou rire. Pour Boudu, dont il fut producteur, il rappelle qu’il a failli couler. Le film fut interdit au bout de trois jours. Motif : Boudu mange des sardines à l’huile avec les doigts et s’essuie sur les rideaux. On peut violer la morale, mais le bourgeois ne supporte pas qu’on touche à ses tentures. C’est un instinctif qui offre au personnage le petit « truc » génial – l’interprétation du farfelu Jules dans L’Atalante de Jean Vigo l’atteste. N’a-t-il pas déclaré : « Lorsqu’on chasse le naturel, il ne revient pas toujours. »

Cet angoissé tient en respect sa folie en tournant sans cesse ; c’est aussi un pornographe notoire – sa collection de treize mille pièces, photos et objets érotiques variés dont des godemichets spectaculaires, est légendaire. Il pose nu avec des prostituées, dans des scènes de sexe crues, se travestit. Il sait que l’homme est mauvais, ça le sauve. En 1940, on l’accuse d’être juif, en 1943 d’être communiste, en 1944, on le dénonce comme collabo. Il encaisse. Comme il encaisse les séquelles d’une teinture pour les cheveux qui lui attaque le visage et le cerveau. Il souffre de vertiges, ne peut plus articuler, confond les couleurs. Il met huit ans à s’en remettre. Mais l’homme est solide. Il retrouve le chemin du succès. On dit qu’il ne connaît pas son texte. Dans Drôle de drame, il bluffe pourtant Louis Jouvet, qui déclare : « Il se promenait dans son texte avec volupté. » En 1957, c’est la fin de sa carrière de vedette. On ne veut plus l’assurer, sauf Abel Gance. Cela lui permet de tourner encore quelques grands films dont Le Vieil Homme et l’Enfant, de Claude Berri. Il prend des risques car il joue un antisémite dans un long-métrage dénonçant l’antisémitisme. Le film sera récompensé à Berlin et interdit de projection à Cannes.

Dans la plupart de ses rôles, ce misogyne faussement solitaire déborde d’humanité. L’acteur à la voix si particulière et à la tête démoniaque meurt le 30 mai 1975. Bertrand Blier lui avait proposé un rôle dans Les Valseuses. J’aurais bien aimé voir Depardieu donner la réplique à cet immense comédien qui travaillait sans filet.

Farniente architectural, un paradis perdu

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L'architecte Henri Quillé découpe des plans reproduits par diazographie solaire, dans sa première maison à Formentera, années 1970 © Piero Fedeli © Fonds d’archives Henri Quillé

Natif de Saumur, sorti diplômé de l’école Boulle puis des Arts décoratifs avant d’intégrer l’institut d’Urbanisme de Paris, Henri Quillé (1928-2018) reste un architecte étrangement écarté du panthéon moderniste. En 1962, l’homme découvre l’île alors la plus secrète des Baléares : Formentera. Etabli à Meudon (où il réalise avec l’Atelier 12 le superbe ensemble Les Pierres Levées, dans le quartier de Bellevue, restauré avec soin voici cinq ans), il quitte définitivement la capitale en 1972 pour s’installer à Formentera, où il fait l’acquisition d’une bâtisse vernaculaire, à toit plat, isolée dans la cambrousse, « d’une géométrie simple qui lui confère un charme poétique, reflet de l’art de vivre méditerranéen : une ambiance intérieure faite d’ombre sur les murs chaulés, contrastant avec une forte luminosité extérieure » […] « Sa maison devient le laboratoire de sa démarche ».  Jusqu’en 2004, il multipliera les projets sur l’île, avant de quitter définitivement, en 2010, ce havre de paix désormais arraisonné par le tourisme de masse. Rentré à Paris, il y meurt huit ans plus tard.

À bonne école

Les monographies de chez Norma sont décidément en prise avec l’air du temps. Ainsi par exemple, accompagnant l’exposition qu’avec son flair habituel lui avait consacré Francis Rambert cet hiver à la Cité de l’architecture et du patrimoine (Palais de Chaillot), l’œuvre de Philippe Prost, lauréat en 2022 du Grand Prix national de l’architecture, était-elle célébrée à bon escient : à peine clôturée l’exposition que Prost, hasard malencontreux du calendrier, était, le 27 mars dernier, avec le paysagiste Bruel Delmar, proclamé vainqueur du concours pour le réaménagement de la place de la Concorde. Certainement le moins mauvais choix entre les candidats à ce concours : les travaux que Prost a conduits, à Belle-Ile en Mer tout particulièrement, témoignent d’un authentique respect pour le patrimoine, les vieilles pierres et le paysage. Va-t-il épargner la Concorde du massacre ? C’est vraisemblable. Son projet ne casse ni l’ordonnancement, ni les symétries ni les continuités, réduisant l’emprise de la circulation automobile, mais sans rompre l’harmonie des voies et de ses perspectives, sous prétexte de « végétaliser » à tout prix.  

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Pour en revenir à Quillé, de l’écologie urbaine à l’écologie rurale ne prévaut qu’une seule et même logique, au fond : le respect, la préservation, la valorisation de l’identité traditionnelle du site. Quillé a été à bonne école : dès les années 1960, il s’est lié avec Ricardo Porro, un des quatre architectes des extraordinaires Escuelas de Arte de La Habana –  sans doute l’unique vestige architectural dont pourrait se targuer la sinistre Révolution castriste (que Porro ne tardera pas à fuir, d’ailleurs, pour s’exiler en France et y poursuivre une estimable carrière jusqu’ à sa mort en 2014)…  

Précurseur, Quillé implante dès les années 1960 dans sa maison paysanne les premiers panneaux solaires sur le marché, tout en réunissant des artisans locaux pour imprégner de leurs savoir-faire ancestral ses « maisons organiques » faites de textures brutes, et qui combinent avec une grande élégance lignes courbes, volumes cylindriques, géométries cubiques. Dans les années 1970, une série fait système : dans les pas d’un Le Corbusier, dépourvue de cette prétention rationaliste totalitaire propre à la fameuse « machine à habiter ». Autosuffisantes au plan énergétique dès le seuil des années 1980 !

Lui-même navigateur, Quillé a l’expérience des espaces restreints, d’où l’idée de ces « maisons minimum », en parallèle à des programmes plus ambitieux en termes de taille mais aussi de composition plastique, telle la maison Sandretto (1994), dont une photo illustre la couverture du présent ouvrage – on dirait du Chirico. La maison-atelier construite en 1977 pour le peintre Erro en bordure de la côte nord de l’île était déjà un bel exemple de cette esthétique épurée, qui se déclinera en maints projets réalisés pour d’autres artistes ou entrepreneurs, tel ce « PF-70 », commande de Pietre et Angela Fedell, ou ce «  KG-74 » destiné aux Grohe, cette famille d’industriels allemands à qui vous ne manquez pas de rendre grâce chaque jour en saisissant votre pomme de douche…

Tour du propriétaire

Synergie avec l’environnement, ventilations, simplicité, confort, optimisation des systèmes se retrouvent dans tous les édifices qui essaiment bientôt dans le paysage insulaire –  maisons Valentin, Reiman, Pamela, Dobo, Di Meo, en passant par celle conçue pour l’architecte et urbaniste Raimon Torres, et jusqu’à cette petite maison habillée de pierres, qu’ Andrea Fiorentino réclamera pour lui seul quand il met sa maison principale en location. Un des joyaux tardifs de cette œuvre singulièrement méconnue reste sans aucun doute la vaste demeure bâtie dans les années 1990 pour Giberto Sandretto, un industriel italien, dans la partie la plus étroite de Formentera, à Es Calo, au pied de La Mola, sur un terrain qui descend en pente vers la mer.

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De cette diversité, mais aussi de cette continuité remarquable, rendent compte ici photos anciennes, en noir et blanc le plus souvent, alternant avec des photos récentes en couleur, certaines en pleine page, mais également des photos aériennes, des prises de vue des aménagements intérieurs, des plans d’architecte… au fil de ce très « beau livre », dont les pages en papier mat, d’une belle épaisseur texturée, présentent un luxe inhabituel.

Sous la direction de cet homme d’entregent et spécialiste des arts décoratifs du XXème siècle qu’est Guy Bloch-Chamfort, assisté de l’architecte Sophie Cambrillat et de Tanit Quillé, fille d’Henri Quillé et elle-même architecte dépositaire de la mémoire de l’œuvre de son père au sein d’une association dédiée dont elle est présidente, l’ouvrage se présente comme une « visite du propriétaire » : attentive à analyser dans son détail, étape par étape et de site en site, l’exemplarité de chaque édifice. Formentera, au temps du farniente sans la foule. Encore un paradis perdu, –  un de plus ?   

A lire :

Henri Quillé. Formentera, par Guy Bloch-Champtort, Sophie Cambrillat, Tanit Quillé. Norma éditions, 224p. 2025. (texte bilingue français espagnol)

Henri Quillé: Formentera

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Philippe Prost, architecte. La mémoire vive, sous la direction de Francis Rambert. Norma éditions, 195p. 2024

Philippe Prost, architecte: La mémoire vive

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