Le jeudi 23 avril, Bruno Retailleau était dans le Tarn, à Albi, pour son premier meeting de campagne. Après avoir été désigné candidat par les adhérents des Républicains avec 73,8 % des suffrages, il leur a présenté sa ligne: une droite «fière et sincère», axée notamment sur l’immigration et la sécurité. Dernièrement, il accuse Emmanuel Macron d’avoir «fait preuve de faiblesse» et d’être «dans une forme de dépendance» vis-à-vis de l’Algérie.
Depuis que la candidature de Bruno Retailleau a été nettement validée par Les Républicains, il est clair qu’il a changé de registre, poussé les feux et passé la cinquième vitesse. Surtout, il a cessé de plomber le moral de ses soutiens et de cette majorité « d’honnêtes gens » qu’il invoque si régulièrement et si justement. En effet, longtemps, il s’est présenté comme un homme de devoir, allant vers la candidature présidentielle comme si elle était un échafaud, n’insufflant pas, de ce fait, la confiance qu’un chef doit inspirer et diffuser. C’était hier, et c’est bien fini.
Un an pour convaincre
L’homme a compris que l’exigence du devoir devait être relayée par l’élan de l’enthousiasme et qu’aucun espoir n’était permis si le principal intéressé, dans cette échéance capitale à venir, manquait lui-même du désir d’opérer la rupture, de « renverser la table », comme il l’a encore déclaré récemment. Pour se convaincre de cette volte bienfaisante, sans laquelle rien n’aurait été possible — ni psychologiquement ni sur le plan politique —, il convient de lire la longue déclaration qu’il a développée dans le Tarn et dont chaque terme est pesé. Elle constitue à la fois une réponse aux polémiques injustes dont il a été victime, une déclaration volontariste, un programme éthique, une promesse sincère aux Français et, par sa vigueur et sa force, un acte.
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Un propos aussi résolu ne peut qu’engager celui qui l’a tenu : « Les gens ont appris à me connaître au ministère de l’Intérieur. Jamais je n’ai courbé l’échine devant la bien-pensance. J’ai suscité des polémiques à maintes reprises. J’ai dû affronter des désaccords avec le chef de l’État. Jamais je n’ai capitulé. Aujourd’hui, prendre la décision de se présenter à une élection présidentielle, c’est prendre une décision extrêmement grave, qui engage chaque cellule, chaque fibre de son corps et, par conséquent, rien ne me fera reculer. Je dirai la vérité, je convaincrai les Français. Je ne ferai pas de marketing électoral. Je ne chercherai pas à séduire avantageusement avec des slogans. Et de même que je ne ferai pas de segmentation, je ne m’adresserai pas à des clientèles successives, je m’adresserai au peuple français et je le convaincrai. J’en suis certain. »
Bruno Retailleau dispose d’un an pour convaincre ceux qui ne sont pas encore persuadés qu’une droite authentique est enfin de retour, pour battre en brèche le pessimisme de ceux qui, comme Jean-François Copé, choisissent de s’en prendre aux populistes plutôt que de créer et d’aider positivement, et, plus largement, pour instiller, dans notre paysage démocratique dévasté, sous une forme républicaine, l’espérance d’un redressement national et international.
Chance pour la France
Ce n’est pas l’insulte qui le visait indirectement au sujet de l’Algérie — Emmanuel Macron a traité de « mabouls » ceux qui défendaient une position ferme sur les rapports entre ce pays et la France — qui constituera un passif à l’encontre de Bruno Retailleau. Bien au contraire, puisque la stratégie purement diplomatique prônée par le pouvoir s’est révélée inefficace et que la sienne est largement approuvée. Et le président, par cette vulgarité ciblée, s’est déshonoré lui-même. La première pierre, pour remettre notre nation d’aplomb, sera d’abord, enfin, le courage de ses dirigeants.
Bruno Retailleau ne se contentera pas de faire son devoir : il mettra tout en œuvre pour être à l’heure de son rendez-vous avec le peuple français, porté par la conscience de la chance qui lui est donnée et qu’il aura su créer.
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