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Edwy Plenel ou l’antiracisme qui compte les couleurs

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Edwy Plenel ou l’antiracisme qui compte les couleurs
Capture d'écran Backseat / YouTube.

Lors d’une homélie diffusée dans l’émission « Backseat », le journaliste a estimé que les nouveaux maires lfistes de banlieue qui ont fait couler tant d’encre ont vraiment un p’tit truc en plus. Au banquet de l’antiracisme, il renverse la table.


Dans l’émission Backseat de Jean Massiet sur Twitch, Edwy Plenel dit qu’il veut organiser un banquet des maires noirs de France.

Ecoutez-le: « Je voudrais les saluer en me disant qu’ils pourraient faire un grand bras d’honneur et fêter toutes leurs élections en organisant un congrès ou un banquet des maires noirs de France. Et pourquoi pas ? (…) Alors merci infiniment mesdames et messieurs les élus noirs de la France telle qu’elle vit, celle du peuple vivant. »

Le fondateur de Mediapart, l’une des grandes consciences de la gauche décoloniale, dresse une liste nominative d’élus noirs.

Salomon, vous êtes noir ?

Certes, Plenel ne veut pas les stigmatiser, mais les honorer, en les assignant à leur couleur de peau. Il précise aussi qu’ils ont en commun d’être de gauche dans sa diversité (qui ne comprend pas le PS). Pourtant, il ne suggère pas un banquet pour tous les élus de gauche.

C’est le parfait exemple de l’inversion d’un antiracisme qui passe son temps à compter : la couleur de peau n’est plus indifférente — ce qui était quand même l’objectif  —, elle devient une qualité supplémentaire. Un petit truc en plus !

L’élection de maires noirs montre au moins que le racisme est en déclin. Peut-être, même si beaucoup de leurs électeurs sont eux-mêmes issus de l’immigration. Mais ils n’ont pas été élus en disant qu’ils sont noirs, tout de même !

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Le racisme est aujourd’hui criminalisé et honteux dans notre société. Personne ne s’offusque de l’élection d’un Français noir ou arabe, tant mieux. Mais l’exaltation des origines est contraire à la tradition française d’assimilation. Dans les années 1930, alors que la ségrégation était féroce aux États-Unis, des écrivains et artistes noirs découvraient émerveillés qu’en France, on ne les voyait pas comme des Noirs.

L’antiracisme d’aujourd’hui rompt avec cette tradition. D’abord il y a eu le droit à la différence, ensuite la « diversité », et enfin avec les « tout-blancs, tout-moches » de Mélenchon, on recrée même si c’est pour rigoler une sorte de hiérarchie. Être blanc, c’est porter un passé coupable. En plus, ce ne serait pas beau.

Antiracisme 2.0

Cette gauche Plenel-Mélenchon fustige bruyamment les banquets du « Canon français ». Racisme, fascisme, xénophobie : tout y passe. C’est certainement très franchouillard, peut-être que le public n’est pas assez divers pour les gens qui comptent les couleurs. Mais ces rassemblements n’ont justement rien à voir avec la couleur de peau : ce sont des gens qui veulent défendre des mœurs, une convivialité « saucisson-pinard », une identité qui n’est pas blanche mais française. C’est une réponse semble-t-il assez joyeuse à la peur de la disparition.

Ces soi-disant antiracistes, qui divisent le monde entre racistes et racisés, entre blancs coupables et diversité victime, sont des incendiaires. Ils font tout pour transformer le côte à côte en face-à-face.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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