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Rokhaya Diallo attaque Céline Pina… parce qu’elle n’est pas d’accord avec elle


La militante laïque Céline Pina est la cible de la médiatique activiste « décoloniale » Rokhaya Diallo et de l’association musulmane « féministe » Lallab. Son crime: être en désaccord avec elles, et avoir osé le dire. 


Céline Pina, militante républicaine universaliste et laïque, est en butte à d’odieuses accusations de la part de Rokhaya Diallo et de l’association Lallab. Au lieu d’essayer de répondre à ses arguments, ses ennemis préfèrent essayer de la faire taire en instrumentalisant les tribunaux et d’abuser des droits que la République leur donne pour tenter d’en saper les fondements même.

Face aux attaques, et après un moment de doute bien compréhensible, Céline Pina a fort heureusement trouvé la force de poursuivre la lutte, grâce à des soutiens spontanés qui prouvent, si besoin était, qu’il est encore permis d’espérer.

« Ce type de militant soi-disant antiraciste instaure un système de lecture de la société où la couleur de peau l’emporte sur tout »

Tout ceci est évidemment une excellente raison de lire ou relire les écrits incriminés, par ailleurs des plus instructifs : « Lutter contre la radicalisation, cela commence par refuser subvention et légitimité à des associations qui ne respectent pas l’esprit de nos lois et de la constitution », écrit-elle fort justement, dénonçant Lallab en s’appuyant sur un dossier d’Ikhwan Info, site généralement bien documenté, et que confirme d’ailleurs une analyse très fouillée de l’excellent Naëm Bestandji.

Par ailleurs, Céline Pina écrit aussi avec bon sens au sujet de Rokhaya Diallo que « ce type de militant soi-disant antiraciste instaure un système de lecture de la société où la couleur de peau l’emporte sur tout » et souligne le paradoxe qui veut que cette activiste « accuse (la France) de favoriser le ‘racisme d’État’, y compris dans les institutions internationales. Elle y a pourtant trouvé sa place et une reconnaissance que sa production littéraire ou audiovisuelle ne suffit pas à justifier. Tant mieux pour elle après tout, mais il n’en reste pas moins que l’intéressée illustre ainsi par son propre exemple, la fausseté de ce qu’elle fait métier de dénoncer. » On ne saurait mieux dire.

« Notre époque qui se veut si tolérante a du mal avec l’anticonformisme. »

C’est en 2015 que Céline Pina a acquis une notoriété nationale, lorsqu’elle a eu la lucidité et le courage de dénoncer le « salon de la femme musulmane de Pontoise », ce qui lui avait déjà valu les foudres d’une partie de la gauche, et avait mis en lumière les fractures profondes qui parcourent cette tendance politique, et que l’affaire du hijab de Décathlon par exemple n’a fait que confirmer.

Depuis, elle agit, réfléchit et écrit avec un souci constant de la nuance et de l’honnêteté intellectuelle. J’en veux pour preuve son texte sur François-Xavier Bellamy, en qui elle sait voir un adversaire politique tout en refusant la tentation de la caricature facile. Elle y fait même le constat tristement exact d’une dangereuse tendance, contre laquelle elle s’efforce de lutter : « L’exagération et le lancement d’anathèmes se sont substitués au débat. Il faut disqualifier l’adversaire plutôt qu’accepter de l’affronter loyalement. Le mensonge prime sur l’affrontement d’idées faisant au passage une victime essentielle : le sens de l’action et la confiance dans la parole publique. »

Même souci de l’humain et même rigueur lorsqu’elle défend Bilal Hassani, sans nier ses erreurs mais en leur redonnant une plus juste proportion tout en soulignant les dérives globales de l’ambiance médiatique : « Mettre en avant son particularisme est plébiscité, mais le faire dans un cadre communautaire voire communautariste est recommandé. (…) Notre époque qui se veut si tolérante a du mal avec l’anticonformisme. Elle aime les représentants communautaires, pas les promeneurs solitaires. »

Dernière victime du « djihad judiciaire »

Femme de gauche, certains ont pu lui reprocher cette appartenance à une famille politique trop longtemps aveugle devant la montée des communautarismes et de l’islamisme. C’est lui faire un mauvais procès, et se tromper de priorités : oui, les lanceurs d’alerte de droite ont d’excellentes raisons d’en vouloir à la gauche, mais face à ce qui menace aujourd’hui l’essence même de la République, il est temps que les républicains de tous bords oublient les vieilles querelles et se serrent les coudes.

Et justement. S’il ne s’agissait que de Céline Pina, cela vaudrait déjà la peine de se battre pour la défendre : c’est un devoir moral, et elle le mérite. Mais il s’agit de bien plus : c’est la liberté d’expression elle-même qui est menacée, attaquée une fois de plus par les ennemis de l’universalisme républicain humaniste, et les tenants du relativisme au détriment de l’éthique et de la vérité. Après Georges Bensoussan, Mohamed Louizi, Olivier Pétré-Grenouilleau, Pascal Bruckner, Jeannette Bougrab, Gilles Clavreul, Véronique Corazza…

On parle parfois de « djihad judiciaire », mais les islamistes ne sont pas seuls à utiliser cette méthode – même s’ils s’y complaisent -, attitude que Yadh Ben Achour dénonce d’une formule : « Donne-moi la liberté que je la tue. » En l’occurrence, je ne crois pas que Rokhaya Diallo soit islamiste, même si un commun rejet de l’Occident la conduit à avoir envers eux des complaisances douteuses.

Le sujet n’est pas ici de défendre le fond des analyses de Céline Pina. Nous avons d’ailleurs nos désaccords, même si je la rejoins sur l’essentiel. J’ai surtout la certitude de la profonde rigueur éthique et intellectuelle de sa démarche, critère qui devrait suffire à lui assurer le soutien de tous les véritables tenants de la démocratie d’opinion.

Rokhaya Diallo et Lallab, bonnet banc et blanc bonnet

J’ai aussi de très fortes suspicions à l’encontre de ses accusateurs. Je ne suis pas juriste, mais il me semble que l’emploi régulier de l’adjectif à connotation ethnique « blanc » dans un sens systématiquement dépréciatif pourrait bien constituer une infraction pénale. Rokhaya Diallo et les membres de Lallab feraient bien d’y réfléchir… Je connais leur esquive selon laquelle le terme de « blanc » serait employé pour désigner une construction sociale, et non une réalité ethnique. L’argument est spécieux. Si c’était vrai, ce n’est pas le mot « blanc » qui aurait été choisi par les tenants de l’idéologie « décoloniale » ou « indigéniste », mais plutôt un terme porteur de connotations culturelles et/ou civilisationnelles, et non ethniques : « occidental » ou « judéo-chrétien », par exemple. Racialisme aux forts relents racistes, analysé et dénoncé entre autres par le sociologue Manuel Boucher, et par Gilles Clavreul, alors délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Rokhaya Diallo se veut militante antiraciste, mais ne comprend manifestement pas ce qu’est le racisme, comme je pense l’avoir démontré. Lallab prétend donner la parole aux femmes musulmanes, mais leur refuse toute conviction individuelle pour les enfermer dans une vision particulière de l’islam, selon laquelle la « femme musulmane » serait nécessairement pro-voile, et nécessairement étrangère au « féminisme blanc ». Dans les deux cas, les assignations identitaires sont aussi odieuses que caricaturales, négations en règle du libre-arbitre comme de cet indéfinissable « quelque chose » qui fait notre commune humanité, que Confucius appelait « ren »[tooltips content= »Question pour Rokhaya Diallo: Confucius était-il blanc ? »]1[/tooltips],, et Plutarque « désir du Bien ». Soyons reconnaissants à Céline Pina de dénoncer l’imposture !

Céline Pina, elle, accepte le débat

Mais imaginons même qu’elle ait tort. Ses écrits ne sont pas des injures lancées à la cantonade, mais des critiques structurées et argumentées. De plus, et c’est fondamental, leur auteur est systématiquement ouverte au débat et désireuse d’entendre les arguments des parties adverses. Elle est de ceux qui reconnaîtront volontiers s’être trompés si on leur en apporte honnêtement la preuve, la vérité étant plus importante à ses yeux que son ego. Et rien que cela suffit à démontrer qu’il ne saurait être question de considérer ses textes comme de la diffamation : elle se prononce en toute bonne foi sur des sujets qu’elle a documentés au mieux de ses possibilités, analysés avec méthode et exposés dans le but on ne peut plus légitime d’alerter sur des manœuvres dangereuses pour le pacte républicain et la pérennité de notre pays.

Condamner Céline Pina, ce serait mettre en danger tous les lanceurs d’alerte, et encourager toutes ces idéologies qui se voudraient au-dessus de la critique, et qui sont donc justement celles qu’il faut critiquer en priorité. Ce serait un pas vers la mort du débat d’idées, qui n’est réel que s’il est libre : rappelons que l’on ne peut réfuter une idée que si ceux qui la défendent ont la possibilité de l’exprimer. Quelqu’un ne peut donc comprendre qu’il a tort que s’il a la possibilité de dire ce qu’il pense, et d’en discuter en toute franchise avec des personnes ayant des avis différents, sans crainte de la censure. Sans cette opportunité de rencontre, et même de franche empoignade intellectuelle, chacun ne peut que se renfermer sur ses certitudes, de plus en plus dogmatiques et de plus en plus caricaturales.

Adversaires contre ennemis

En ce moment même, certains tentent d’instrumentaliser le monstrueux attentat de Christchurch pour rétablir le délit de blasphème, ce qui revient d’ailleurs à cracher sur les tombes des victimes en essayant de livrer en bloc les musulmans aux islamistes. Dans un tel contexte, condamner Céline Pina, ce serait poignarder dans le dos ceux qu’elle défend depuis des années, et ceux qui partagent l’essentiel de ses combats. La condamner, ce serait affaiblir les humanistes du monde arabo-musulman, comme Kamel Daoud, les véritables féministes, comme Anna Muzychuk, Denis Mukwege et des centaines d’Algériennes anonymes, les vrais antiracistes, comme Marceline Loridan Ivens, les tenants d’une gauche authentiquement républicaine, comme Zineb El Rhazoui, les défenseurs de la laïcité, dans la lignée d’Élisabeth Badinter ou aujourd’hui de Lydia Guirous.

Hélas ! Si Céline Pina voit ses adversaires intellectuels comme des adversaires, eux se comportent en ennemis, et n’ont manifestement pas la même éthique qu’elle. Difficile de croire que leurs plaintes soient motivées par un quelconque souci de vérité, mais bien plutôt par la volonté de faire taire une voix qui oppose des arguments efficaces à leurs idéologies malsaines.

« Ne craignez jamais de vous faire des ennemis… »

Sans doute n’espèrent-ils même pas vraiment gagner leurs procès. C’est une guerre d’usure et d’attrition, insidieuse, obscure, et qui ne se limite pas à la France. Une guerre déclarée par des idéologies gavées de subventions – mais se voulant hostiles à ceux-là même qui les leur payent – qui s’en prennent à des individus simplement soucieux de vérité, et souvent bénévoles : Céline Pina, elle, n’a qu’une cagnotte spontanée sur Leetchi pour l’aider. Sa dignité et son combat m’évoquent irrépressiblement trois grands hommes d’Etat, au sens le plus noble du terme. Clémenceau, non pour certaines décisions discutables face aux grèves et redevenues d’actualité, mais pour sa célèbre phrase : « Ne craignez jamais de vous faire des ennemis, si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait. » Churchill, qui lui aussi connut la solitude et le doute, et sût finalement trouver les soutiens nécessaires et la force de tenir bon. Et Périclès, figure tutélaire de toute démocratie, dont les paroles résonnent aujourd’hui avec une intense acuité : « Il n’y a pas de bonheur sans liberté, il n’y a pas de liberté sans courage. »

En 2016, Céline Pina a publié un livre – cri du cœur : Silence coupable, Islamistes : ils ne sont grands que parce que nos élites sont à genoux. Peu importe aujourd’hui que nous fassions ou non partie de ce que l’on appelle « élites ». Comme citoyens, comme hommes et comme femmes, nous devons maintenant faire un choix. Alors que cette femme courageuse est attaquée par des ennemis déclarés de l’humanisme républicain, nous pouvons nous agenouiller devant eux dans un silence coupable. Ou nous pouvons décider de nous tenir debout à ses côtés à elle, dans la dignité et la liberté. Pour la dignité et la liberté.

Silence coupable

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« Pour les islamistes, la France est vouée à devenir musulmane »

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Dans Français encore un effort… pour être laïques !, la philosophe et politologue, Renée Fregosi, livre une lecture de la laïcité à la françaiseElle s’interroge sur la place des religions dans la cité, et notamment sur celle de l’islam par rapport aux principes républicains.


Causeur : Dans votre dernier livre, Français encore un effort… pour être laïques !, vous proposez une lecture historique et culturelle de la laïcité à la française, et donc de la place de la religion dans la cité. C’est cette longue évolution des idées, des mœurs et des normes qui a abouti à des lois, notamment celle de 1905. Pour vous, cette loi est-elle insuffisante aujourd’hui ? A-t-elle perdu son esprit ?

Renée Fregosi : En effet, le corpus juridique constitué par le bloc des lois « laïques » votées entre 1880 et 1905 (expulsion des congrégations, lois scolaires portant sur la gratuité, l’obligation, la laïcisation des enseignants et enfin « séparation de l’Eglise et de l’Etat ») est la concrétisation d’une conception philosophique et d’une lutte idéologique fondant l’autonomisation de l’individu et son émancipation vis-à-vis de ce qui s’oppose à sa liberté de conscience et à la libre disposition de son corps. De ce point de vue, ce bloc juridique qui garantit « la liberté de conscience » n’a rien perdu de sa pertinence.

Par ailleurs, en stipulant dans son article 2 que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », la loi de 1905 concerne toutes les religions, y compris l’islam. De ce point de vue également,  la loi n’a rien perdu de sa pertinence et se suffit à elle-même. Tout ajout de type concordataire (co-construction avec l’Etat d’un islam de France par exemple) viendrait en pervertir l’esprit et en saper la cohérence.

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Enfin, les lois laïques, qui formalisent la primauté du droit national sur la loi religieuse n’ont rien perdu de leur pertinence, si tant est qu’elles soient appliquées ; preuve en est faite a contrario par la polémique que suscite aujourd’hui la question laïque face à l’expansion de la religion musulmane en Europe et notamment en France, et à l’offensive islamiste. Les islamistes revendiquent pour tous les musulmans vivant en France le droit de vivre selon le particularisme communautaire religieux, et en quelque sorte, pour les Français musulmans, leur appartenance à la nationalité française « dans le statut de l’indigénat » de l’Algérie coloniale.

Sans toucher donc à la loi de 1905, il conviendrait en revanche de répondre à l’offensive islamiste actuelle par une refonte de la loi de 2004 qui rate sa cible en assimilant le voile à un signe religieux comme un autre et en en limitant l’interdiction dans l’enseignement primaire et secondaire. Il s’agit plutôt de s’opposer explicitement à la tentative d’imposition d’éléments de la charia dans la République : port du voile, reconnaissance du blasphème, séparatisme communautaire (menus spécifiques, aménagements horaires, lieux de prières autres que les mosquées, etc.).

La laïcité en France a longtemps été façonnée par rapport à la place de l’Eglise et la religion catholique. En quoi l’interruption de l’islam à partir des années 1980 a-t-elle changé la donne ? Pour certains la soumission de l’Eglise catholique a été aussi difficile et conflictuelle…  

D’abord un rappel : si en 1905 l’islam n’est guère présent en France métropolitaine, au moment de sa promulgation, la loi devait concerner tout autant les colonies, notamment l’Algérie. Le code de l’indigénat est en effet en débat depuis 1887 avec les propositions de lois visant à la naturalisation collective des « indigènes » (qui devraient pour acquérir la pleine nationalité française, non pas renier leur religion musulmane mais respecter le Code civil français, c’est-à-dire ne plus pratiquer les coutumes qui lui sont incompatibles, notamment la polygamie, le droit du père à marier son enfant, le droit de rompre le lien conjugal à la discrétion du mari ou le privilège des mâles en matière de succession). Mais la naturalisation collective de toutes les populations algériennes s’est heurté tout autant à la minorité des prédateurs coloniaux et aux anti-assimilationnistes de droite, qu’aux autorités musulmanes traditionnelles qui craignaient de perdre leur emprise.

Mais en quoi l’opposition de l’islam à l’esprit et aux lois concernant la laïcité diffère-t-elle de l’affrontement entre l’Eglise catholique et l’Etat au tournant des XIXe-XXe siècles en France ?

Il existe deux différences principales.

Tout d’abord, à partir de l’indépendance de l’Algérie et surtout à partir des années 1970, la religion musulmane est une religion importée en France à travers une immigration principalement maghrébine et ensuite subsaharienne. L’islam de ces populations immigrées puis descendantes d’immigrés vient contester la construction historique de la laïcité française à la fois de l’extérieur en quelque sorte, et postérieurement à l’édification de la France laïque. L’islam se heurte donc à des lois et à des mœurs élaborées en dehors de lui, de ses références et de son histoire. C’est pourquoi la contestation de la laïcité en France par certains musulmans peut apparaître comme illégitime à des Français qui se sont construits avec et parfois contre mais finalement en accommodement avec la laïcité qui fait maintenant partie du patrimoine commun à tout un chacun, quelles que soient ses options métaphysiques.

D’autre part, outre la dimension géographique et historique, l’islam se distingue plus généralement de la religion catholique par son degré de sécularisation, c’est-à-dire son niveau d’acceptation de la primauté du droit positif des Etats sur la loi religieuse et son acclimatation à l’époque et à la culture ambiante (occidentale, européenne, française).

En Occident, la sécularisation s’est réalisée sur le temps long et repose sur deux mouvements historiques : le christianisme a mis d’abord plusieurs siècles à devenir religion d’Etat (en 380), puis de nombreux autres à renoncer à l’être, cet abandon prenant des rythmes et des formes différentes selon les pays. On a ainsi assisté à un double processus: laïcisation des Etats, c’est-à-dire prise d’autonomie de la politique par rapport aux religions, et soumission de l’ordre religieux à l’ordre politique. Ce mouvement a procédé à la fois par une lente évolution des mœurs et par des phases de grande tension voire de violence extrême entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. Ainsi, les lois laïques en France ont-elles en effet été imposées à l’Eglise catholique sans ménagement.

A lire aussi: Voilà ce qui arrive quand on touche à la laïcité

Enfin, ce lent processus a été accompagné d’une transformation interne aux dogmes religieux tant dans le christianisme que dans le judaïsme. La pratique religieuse s’est peu à peu cantonnée à la sphère privée : les croyants ont considéré que l’adhésion religieuse procèdait d’avantage de la foi personnelle qu’elle ne relèvait de l’appartenance à une « communauté » de naissance, à une nature ou à une culture spécifique. L’appartenance religieuse n’étant donc plus considérée comme indéfectible, le pluralisme des religions, comme l’apostasie et l’athéisme, peuvent être acceptés par tous.

Or, pour ce qui concerne l’islam, le monde musulman a abordé cette question de la sécularisation des sociétés à la fois tardivement et de façon biaisée : la sécularisation intellectuelle et politique s’est inscrite dans un cadre conflictuel, à travers la colonisation occidentale, la défaite et la chute de l’Empire ottoman et la décolonisation, souvent par la lutte armée. Aussi, aujourd’hui, de l’Algérie des généraux du FLN à l’Égypte post-nassérienne, en passant par les partis Baas syrien et irakien décomposés, ou l’Autorité palestinienne, la laïcisation des pays arabes, naissante dans les années 1950, ou de façade dans les années 1960-70, comme celle plus profonde mais autoritaire en Turquie, a-t-elle cédé sous l’assaut des différents mouvements islamistes et l’on y assiste depuis les années 1980 à une ré-islamisation.

La France avec son modèle laïque est-elle un champ de bataille dans une guerre globale de l’islamisme radical contre l’Occident ?

Oui et non. D’une part, le principe laïque est bien né en Occident, mais l’Occident a aussi produit cette notion étrange d’universalisme. Autrement dit, si la laïcité est à l’origine occidentale, son principe d’émancipation individuelle, lui, concerne tous les humains et dépasse largement les limites géographiques de l’Occident. Et cela d’autant plus dans un monde globalisé comme il l’est désormais.

Au demeurant, les tenants de l’islam politique s’évertuent à persuader les musulmans que la laïcité est strictement occidentale et qu’elle doit, à ce titre, être combattue comme un héritage colonial. Mais c’est bien à une vision globale humaniste et démocratique que s’opposent les islamistes. D’ailleurs, les Occidentaux ne sont pas les seuls ennemis des islamistes : tout musulman qui ne se conforme pas à l’orthopraxie islamiste est à convertir à la « vraie foi » ou à anéantir au même titre que les « mécréants » chrétiens, juifs et athées. Et face à cette offensive islamiste, une solidarité se constitue entre tous les résistants à l’islamisme quelle que soit leur origine, en Occident et ailleurs.

Ainsi, la France est bien en première ligne dans la guerre que livre l’islamisme à tous ses ennemis, parce que la défense du principe laïque y est plus forte et argumentée qu’ailleurs, et parce que le nombre de musulmans y étant en croissance régulière depuis les années 70, les islamistes considèrent le pays comme étant « al islam », c’est-à-dire voué à devenir musulman à titre plein. L’offensive islamiste y prend donc toutes les formes : violentes ou non, politiques, sociales, idéologiques.

Elle vise les corps à travers les attentats terroristes, mais aussi la démographie, la sexualité en général, la séparation des sexes et des communautés, l’endogamie à l’intérieur des communautés. Cette islamisation travaille aussi les esprits à travers une lutte pour la reconnaissance du blasphème, la remise en cause de l’esprit scientifique, la perversion de la posture critique, l’utilisation du droit à la différence et de la cause multiculturaliste pour minimiser, voire annihiler, la culture occidentale et les notions universelles d’émancipation individuelle, de libre pensée et de libre disposition de son corps.

Pour vous le corps de la femme est devenu un enjeu majeur de la laïcité contemporaine. Est-ce une nouveauté liée à l’islam ?  

Comme la laïcité ou encore la démocratie, le féminisme historique égalitariste (des Suffragettes au Mouvement de Libération des Femmes des années 1970) est aujourd’hui accusé par certains d’être d’essence occidentale et partant colonialiste, dominateur et donc à rejeter. Il est vrai que la lutte pour la libération des femmes a commencé en Occident et que l’égalité des sexes y a considérablement progressé même si le combat n’est pas achevé.

Au demeurant, le corps des femmes en tant qu’objet sexuel et instrument de procréation a toujours constitué un enjeu de pouvoir dans à peu près toutes les civilisations, l’Occident ne faisant pas exception. Et le mouvement féministe s’est heurté tout autant aux religions dans leur ensemble qu’au pouvoir politique non religieux. La laïcité en France s’est d’ailleurs instaurée dans un paradoxe historique : au motif que l’Eglise catholique était réputée avoir une forte emprise sur les femmes, nombre de Radicaux promoteurs des lois laïques, étaient par ailleurs opposés au droit de vote des femmes. L’émancipation des femmes n’était pas conçue comme partie intégrante de l’émancipation des individus pourtant objet du principe laïque universel.

A lire aussi: Le hijab, la « French Liberté » des femmes d’Etam

Il n’en reste pas moins que l’esprit de la lutte féministe de « libération », d’émancipation, d’autonomisation, relève pleinement du principe laïque de libre pensée et de libre disposition de son corps pour tout individu. Ce n’est pas un hasard si au début des années 60, le mouvement du Planning familial a inscrit dans ses statuts le principe de laïcité comme consubstantiel à son combat. Et ce n’est pas un hasard  non plus si depuis quelques mois, une lutte « intersectionnelle » regroupant « décoloniaux », « féministes islamiques », multiculturalistes et islamo-gauchistes, s’organise pour réclamer la suppression de cette clause de laïcité dans les statuts de l’organisation.

Car oui, évidemment, la domination des femmes est aujourd’hui un élément essentiel de l’offensive islamiste. Et il est ainsi piquant d’entendre certains politiciens qui ne se sont guère illustrés dans la défense des droits des femmes par le passé, les revendiquer aujourd’hui haut et fort pour des raisons purement tactiques dans leur opposition aux islamistes. Quoi qu’il en soit, la charia institue objectivement la domination des femmes par les hommes à travers nombre de ses préceptes, le plus visible étant le voilement, d’autant que les islamistes en ont fait l’étendard de leur offensive. Chacun sait pourtant que toutes les religions monothéistes, dans leur acception rigoriste originelle, imposent le voile aux femmes comme le dit l’apôtre Paul (1ère épître aux Corinthiens V.11) en double signe d’impureté et de soumission aux hommes. Mais en s’appropriant en quelque sorte ce signe universel, les islamistes rappellent en outre que leurs femmes leur appartiennent et sont destinées aux hommes musulmans exclusivement.

Vous consacrez plusieurs pages aux défis auxquels fait face la démocratie libérale aujourd’hui. En quoi cette problématique est-elle liée à la laïcité ?  

La démocratie est une construction proprement humaine qui parie sur la capacité des humains à supporter l’incertitude, c’est-à-dire à être libres, à donner sens à leur vie par leurs seules actions. Elle se réalise au jour le jour, se construit non pas en référence à un absolu fantasmé mais à une relation du plus au moins satisfaisant. Pas de parousie à l’horizon de l’humanité, pas de projection eschatologique illuminée, mais des avancées et des reculs et toujours la nécessité d’innover, d’inventer des méthodes prosaïques pour répondre au mieux, c’est-à-dire le moins mal possible, aux nouveaux défis de l’époque et aux nouvelles demandes sociales.

La démocratie « libérale », c’est cette « démocratie des Modernes » qui se fonde sur la fiction de l’individu libre. Le choix est donné à chacun en supposant qu’il s’exprimera librement, mais la liberté de pensée de chacun est conçue également comme étant perfectible et s’accroissant au fur et à mesure que les conditions matérielles et morales de cette expression du libre choix s’améliorent (notamment grâce à une éducation émancipatrice)… ou à l’inverse régressent dans d’autres types de contextes.

Car la démocratie n’est jamais acquise définitivement et l’individualisme est une réalité ambivalente. Il existe un individualisme « négatif » (égoïste, consumériste, jaloux, « identitaire », revanchard et du ressentiment) qui peut choisir la servitude volontaire, se soumettre à des communautés et à des modes qui finalement tendent à défaire la démocratie. En revanche, l’individualisme émancipateur, de l’autonomie et de la libre conscience, de l’esprit logique et critique, permet de lutter contre les conformismes oppressifs et les séparatismes communautaires religieux ou autres, et renforce la démocratie.

Cette double notion de responsabilité et de liberté individuelle qui fonde la démocratie moderne est une source commune au principe laïque qui lutte contre les emprises sur les esprits et les corps. Si Dieu s’est retiré du monde sans en achever la création, comme le pensent les juifs, et que les hommes sont maîtres de leur destin et responsables de l’amélioration du monde, la foi ne relève que du privé et croyants et incroyants peuvent œuvrer ensemble à l’amélioration de la société et à l’émancipation individuelle de chacun. Laïcité et démocratie sont donc sœurs jumelles de la modernité. Alors, pour entrer dans ce cadre démocratique et laïque, l’islam doit se réformer comme a dû le faire le catholicisme en son temps. C’est ce que le totalitarisme islamiste cherche à empêcher à toute force, représentant aujourd’hui l’ennemi principal et de la démocratie et de la laïcité.

Français encore un effort... pour rester laïques !

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Et à la fin, c’est encore Donald Trump qui gagne

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Lavé de tout soupçon de collusion avec la Russie par le rapport Mueller, le président Trump a mis ses adversaires KO. Certains médias se sont même confondus en excuses…


Certains médias américains font leur mea culpa après l’effondrement de l’accusation de collusion entre le président Trump et le pouvoir russe. Une journaliste d’investigation réputée, Sharyl Attkisson (The Hill) a ouvert la voie : « Peu importe que nous soyons un partisan ou un opposant au président Trump (…) nous, dans les médias, avons permis à des accusations non prouvées ou fausses de dominer le paysage pendant deux ans, d’une manière extrêmement déséquilibrée. (…) Nous avons considéré ce qu’il disait pour sa propre défense comme devant être disqualifié simplement parce qu’il le disait (…) nous avons très mal traqué l’origine des fausses informations, échoué à peser raisonnablement les motivations des sources anonymes et de ceux qui prétendaient détenir une preuve secrète de la ‘trahison’ de Trump (…) nous avons relayé une quantité énorme d’informations fausses, toujours au détriment de Trump. »

La défaite des médias

Ainsi donc les enquêtes du procureur Mueller et celle du FBI sur la collusion imaginée de Donald Trump avec la Russie pendant sa campagne électorale ne débouchent sur rien. Rien ? Si : probablement sa courte défaite à la Chambre des représentants lors du scrutin de mi-mandat, compensée il est vrai par sa large victoire au Sénat. Peu de journalistes confessent leur erreur ou, quand ils le font, c’est en alimentant une nouvelle suspicion. Le Huffington post note bien que Donald Trump est lavé de ce soupçon mais pour en soulever un autre : « Si le texte conclut effectivement à l’absence de preuve sur une collusion entre son équipe et Moscou en 2016, il laisse, quelques lignes plus loin, la porte ouverte à un autre chef d’accusation: celui d’obstruction à la justice. » Mais si Donald Trump est innocent pourquoi aurait-il tenté d’influencer les juges ? Le clan Clinton, semble-t-il encore shooté à son propre complotisme, rêverait-t-il toujours de le faire destituer ? Il faudrait pour cela que le New York Times, le Washington Post et CNN, devenus peu à peu quasi hystériques, retrouvent une certaine crédibilité dans l’opinion, ce qui n’est pas pour demain.

Les victoires de Trump

En réalité, quel que soit son côté atypique, voire irritant, Donald Trump est en avance sur la pensée unique endoctrinée et calcifiée de son pays. Comme celle de l’Europe bruxelloïde. Sa politique internationale interpelle : il avait annoncé pendant la campagne présidentielle sa volonté de travailler avec la Russie, de défendre les Etats-Unis contre la Chine et, plus généralement, contre les effets du multilatéralisme qui impose des règles rigides, souvent néfastes, auxquelles il faudrait se soumettre sans que son pays puisse s’y opposer. Il a rapidement mis fin au Traité transpacifique, a renégocié l’ALENA (NAFTA) avec le Canada et le Mexique, surtaxé les produits « dumpés » ou déloyaux de Corée et de Chine et mis la pression sur cette dernière, sommée de devenir loyale.

Voici aussi que Daech serait éradiqué en Syrie, et que le Congrès (y compris les Démocrates ) valide – grâce à l’état d’urgence – l’idée de prolonger le mur à la frontière du Mexique (déjà construit par G.W. Bush et B. Obama) afin de contrôler l’immigration illégale de masse et les trafics criminels. La cote de popularité de Donald Trump est toujours aussi haute et l’économie se porte bien.

L’Europe peut en tirer des leçons…

Quelles leçons la France devrait-elle en tirer ? D’abord que les nations ne veulent plus que les décisions qui brisent leurs existences soient prises dans des technostructures internationales aveugles par des non-élus. Et sur le plan économique, qu’il faut suivre le brise-glace Trump qui disloque la banquise de l’OMC et de la mondialisation sauvage et irrationnelle. D’ailleurs, en Europe, les répliques de cette forte aspiration démocratique se voient au Royaume-Uni (Brexit), en Italie, en France (gilets jaunes), en Europe centrale (le groupe de Višegrad) : le puissant besoin des peuples de liberté, d’harmonie culturelle et de justice.

Mais l’Italie semble commettre une erreur (sauf si c’est une « combinazione » pour faire réagir l’Allemagne et la France) en acceptant de se prêter au projet chinois d’une route dite « de la soie » qui pourrait être dévastatrice pour nos emplois et pour le climat (allô, les écolos ?).

…ou prendre une leçon

On assiste à un vaste bluff mondial : la Russie feint de se rapprocher de la Chine (qu’elle n’aime pas) car les Etats-Unis d’Obama l’ont rejetée et ont incité l’Union européenne (UE) à prononcer des sanctions contre elle, sanctions qui pénalisent surtout les Européens. La Chine tente, elle, de se prouver à elle-même et aux Américains que s’ils lui ferment la porte elle déversera sa puissance sur l’Europe. Et donc qu’elle n’est pas en position de faiblesse, alors que les Etats-Unis menacent l’UE de sanctions, tout en proposant des relations privilégiées au Royaume-Uni.

Le dindon de la farce sera-t-il l’Europe continentale ? C’est bien parti pour. A moins que le 27 mai au matin le Parlement européen ne soit complètement chamboulé. Ce qui ne pourra se produire que si les partis qui se réclament de la démocratie, du patriotisme et du souverainisme (de droite et de gauche) démontrent leur sincérité en coordonnant leurs actions et en s’unissant. Sinon, il manquera 1 % ici ou 4 % là.

Journée « sans plastique »: il va falloir le dire aux Indiens…


France Inter et Konbini s’associent aujourd’hui pour dire « Le plastique, non merci! », mais la plupart de celui qu’on retrouve dans les océans ne vient ni de France ni d’Europe. Le masochisme occidental en prend un coup.


Un article du Daily Mail nous apprend que 95% des plastiques polluant les océans sont issus de dix grands fleuves seulement qui les y charrient, tous situés à des dizaines de milliers de kilomètres d’ici : en Chine, en Inde, ou en Afrique.

La « croisade » s’amuse

Voilà qui est fâcheux : non seulement cela signifie que les flagellants écologiques de nos bonnes vieilles contrées s’accusent de bien beaucoup de choses en regard de ce qui se pratique très loin d’ici, mais cela fait craindre le pire : que ne déferlent au bord du Yangzi, du Gange, du Niger ou de l’Indus des milliers de petits chevaliers du Bien venant libérer le sanctuaire de Gaïa des forces du Mal ! C’est que la presse elle-même qualifie allègrement la cause environnementale de « croisade », comme si nous vivions aux temps des convictions médiévales ! Il a beau faire de plus en plus chaud, ça fait froid dans le dos.

Le plastique, c’est pas chic

Plus sérieusement, si la pollution a longtemps été considérée comme la maladie de l’opulence industrielle, le retour de bâton de la marchandise-culte, le revers d’une abondance coupable, le débord toxique d’une production devenue démente, il semblerait que ce péché contre la Terre soit finalement bien moins bourgeois que prévu, et que l’objet de la bonne conscience de l’homme blanc fier d’avoir honte ne soit plus le seul luxe des riches. Le pauvre aussi est un salaud. Il faut nous y faire : la pollution n’est plus un vice aristocratique de nanti des nations, elle est – quelle tristesse – un hobby démocratique mondialisé que même les plus démunis pratiquent avec assiduité.

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L’écologie était notre excuse à nous ! Nous polluions, oui, mais nous en étions marris – alors on pouvait un peu, quand même, entre décadents du Vieux Continent ! Non seulement nous nous faisons voler notre privilège par des pauvres, mais en plus par des pauvres sans scrupules ! Les gens ne respectent vraiment plus aucun fair-play. Tout fout le camp.

A quoi reconnait-on une phrase de droite?


Si vous ne savez pas différencier une phrase de droite d’une phrase de gauche, allumez la télé et écoutez Macron. 


Il y a des phrases de gauche et des phrases de droite. C’est comme ça. Il y a des phrases que quelqu’un de gauche ne pourrait pas dire. Parce qu’elles ne lui viendraient tout simplement pas à l’esprit.

A quoi reconnaît-on une phrase de droite ? A son vocabulaire ? Pas forcément. Prenons le mot peuple. Il est évident que dans la bouche d’un député RN, il n’a pas du tout le même sens que dans celle d’un député communiste. Quand le premier pense race et droit du sang, le deuxième pense classe sociale dominée. Alors, ce serait au ton sur lequel elle est prononcée ? On se rapproche. Il y a vite une sale musique condescendante dans la phrase de droite.

Taisez-vous LREM !

Ecoutez parler les députés LREM qui sont envoyés faire de la retape à la téloche. C’est plus fort qu’eux. Ils finissent par parler à leurs opposants ou aux journalistes comme à des débiles légers qui ne comprennent pas la lumière qui émane du Danube de la start-up nation. Pour les journalistes, ce n’est pas très grave. Ils ne se vexent pas car eux-mêmes prononcent des phrases de droite, tout le temps, sans même s’en rendre compte tellement ils sont formatés par leur soumission au libéralisme. Voyez comment un journaliste s’entretient avec un patron et comment il s’entretient avec un syndicaliste. Elkabbach, qui sévit encore alors qu’il était déjà journaliste de droite quand j’avais quatorze ans, est leur modèle à tous : obséquieux avec les puissants, arrogant avec ceux qui refusent l’ordre établi.

Je te dirai les maux doux…

Mais il n’y a pas que le ton, il y a aussi les phrases que l’on prononce dans certaines situations douloureuses. On ne demande pas des câlins, mais si on pouvait éviter, en plus de prendre des baffes, ce serait un minimum. Je me souviens de Raymond Barre déplorant la mort de « Français innocents » après l’attentat de la synagogue de la rue Copernic en 1980. Ou je me souviens de Jospin en 1999 déclarant sur TF1 à propos des licenciements boursiers de Michelin, les premiers du genre en France puisque Michelin ne versait pas assez de dividendes aux actionnaires : « L’Etat ne peut pas tout. » Vous me direz que Jospin était de gauche. Bon, en fait, il était socialiste ce qui n’est pas la même chose et ce soir-là, il a prononcé une phrase de droite que les ouvriers de Michelin pouvaient aisément traduire par « démerdez-vous ».

A lire aussi: Geneviève Legay: peut-on attendre « une forme de sagesse » du président Macron?

Mais soyons honnête, la pire phrase de droite que j’ai entendue, c’était en 1986. J’avais vingt-deux ans et j’étais syndiqué à l’UNEF-SE. J’avais participé au mouvement étudiant qui avait été marqué par la mort de Malik Oussekine. Le premier porte-flingue de Pasqua, un certain Robert Pandraud, secrétaire d’Etat à la sécurité, avait réagi en disant : « La mort d’un jeune homme est toujours regrettable, mais je suis père de famille, et si j’avais un fils sous dialyse je l’empêcherais de faire le con dans la nuit. » Dans le genre dégueulasse, c’était quand même champion. Manifester, c’était forcément « faire le con » et l’air de rien, l’insuffisance rénale devenait un motif interdisant de défiler. Il aurait pu élargir son  raisonnement aux hypertendus, aux diabétiques, aux asthmatiques. Le tout noyé dans la fausse compassion du « père de famille ».

Macron, enfin un président de droite !

Eh bien comme tout se répète, on a eu la semaine dernière, de la part de Macron himself une belle phrase à la Pandraud. Après qu’une femme de 73 ans, Geneviève Legay, a eu le crâne fracturé dans une charge de CRS à Nice, le premier réflexe de Macron a été de faire la morale : « […] Il faut avoir un comportement responsable. […] Je lui souhaite un prompt rétablissement, et peut-être une forme de sagesse. […] Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci. »

Si je résume, c’est quand même l’histoire d’un banquier de quarante piges qui donne des leçons de sagesse à une septuagénaire anticapitaliste qui vient d’être blessée gravement. Macron, lui qui n’a jamais manifesté de sa vie.

Bref, la vraie, la belle, la bonne phrase de droite, presque chimiquement pure, c’est à lui qu’on la doit depuis un bon paquet d’années.

Le pire, c’est qu’on n’est même pas surpris.

Nager vers la Norvège

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Geneviève Legay: peut-on attendre « une forme de sagesse » du président Macron?


Gravement blessée en marge d’une manifestation à Nice après une charge policière, Geneviève Legay, 73 ans, n’a eu droit pour toute compassion qu’à une leçon de morale de la part du président Macron. Il lui a souhaité une « forme de sagesse » et l’a invitée à avoir « un comportement responsable »


Décidément, la parole et la communication du jeune Emmanuel Macron ont du mal à tomber juste et à ne pas agresser les Français dans un pays qui traverse l’une de ses plus graves crises sociales et politiques depuis des décennies.

Lors de l’Acte XIX du mouvement des gilets jaunes à Nice, Geneviève Legay, militante pacifiste et altermondialiste du mouvement Attac âgée de 73 ans et se trouvant Place Garibaldi aux abords immédiats de la zone de manifestation interdite en vertu des nouvelles mesures prises pour restreindre les violences (et incidemment le droit de manifester), a été très grièvement blessée à la tête. On la voit brandir paisiblement un drapeau de paix arc en ciel (pas une dangereuse black bloc activiste, donc), puis on voit les forces de l’ordre charger, elle se trouve sur leur passage, on la voit ensuite au sol très grièvement blessée de plusieurs fractures du crâne avec des hématomes sous-duraux.

Bien fait pour elle ?

Le procureur de la République, prudent et mesuré, a demandé l’ouverture d’une enquête afin que soient élucidées les circonstances et responsabilités précises du drame, le contexte n’étant en l’occurrence pas totalement clair : une certaine confusion semble régner quant au périmètre exact dans lequel elle se trouvait puisqu’il se pourrait bien qu’elle ne fût pas tout à fait dans celui qui était interdit. En tout état de cause, et comme n’importe quel œil même un peu morne voire hostile peut le constater sur les images, elle ne représentait pas un péril imminent pour la République, pas même autant qu’un petit transpalette devenu fou. Non. Une petite dame retraitée tranquille avec des idéaux chevillés au corps et un drapeau coloré avec le mot « PAIX » dessus. Une petite dame retraitée, ancienne éducatrice spécialisée, qui fait valoir pacifiquement ses droits et ses convictions dans l’espace public, comme cela se passait autrefois en démocratie.

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De passage à Nice pour y recevoir en grande pompe le président de la Chine Populaire Xi Jinping qui, c’est le moins qu’on puisse dire, n’est pas doté d’une fibre empathique particulièrement développée en matière de respect des libertés publiques ou des manifestants de tout poil, son seul objectif étant vraisemblablement de conclure des marchés  – ce qui demeure une conception toute particulière du communisme et de l’anticapitalisme -, Emmanuel Macron a lâché au quotidien Nice Matin une de ces curieuses petites phrases dont il a le secret en guise de témoignage de sympathie à la malheureuse retraitée, lui souhaitant bien évidemment un « prompt rétablissement », mais aussi qu’elle se retrouve à l’avenir – si Dieu lui prête vie après cet accident – habitée d’une « forme de sagesse » (influence subite de Confucius ? Nul ne sait…). En l’occurrence, la réflexion présidentielle est claire : si vous êtes « fragile » (c’est-à-dire, visiblement, dans l’esprit du fringant jeune homme, un peu « âgée » – est-on « fragile » à 70 ans en France en 2019 ?), vous n’avez rien à faire à manifester dans les rues et encore moins à proximité immédiate d’une zone interdite. C’était sûrement pareil autrefois pour les gueux chinois s’ils avaient le malheur d’enfreindre les murs de la Cité interdite…

La drôle de « sagesse »…

Cette rhétorique d’apparent bon sens avait déjà été utilisée par Robert Pandraud lors de la mort de Malik Oussekine au cours des manifestations étudiantes et lycéennes de 1986, mort consécutive aux coups infligés par les voltigeurs de la police, et dont on sait combien elle a ensuite pesé pendant des décennies sur la doctrine du maintien de l’ordre public, au point d’ailleurs de paralyser toute forme d’action offensive (jusqu’à la brusque décompensation répressive de ces dernières mois) : « Si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le con dans la nuit », avait alors déclaré le délégué à la sécurité de Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur.

S’il est loisible en effet de considérer qu’en périodes de troubles, mieux vaut se protéger des éventuelles violences possibles (en l’occurrence répressives mais ce peut être aussi celles engendrées par des casseurs), la question n’est pas d’étudier l’opportunité ou non pour cette femme de s’être trouvée dans ces lieux alors même qu’elle git à présent sur son lit d’hôpital dans un état très grave.

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Ne peut-on pas, en revanche, rapporter ces blessures subies et la dangerosité à laquelle cette retraitée s’est exposée aux mesures exclusivement sécuritaires mises en place par le pouvoir pour répondre à un problème avant tout social et politique ? Est-ce à dire en effet que tous les retraités de France, par définition pour le jeune président « fragiles » (le critère retenu étant visiblement celui de l’âge, à moins qu’il ne parlât de la fragilité du sexe dit faible ?) sont condamnés à subir la dévalorisation constante de leur pouvoir d’achat et de leurs conditions de vie sans broncher, en restant bien sagement chez eux en chaussons devant la télévision qui diffuserait en boucle les marathons télévangélistes du président ? Serait-ce cela, la sagesse requise ? La manifestation de leur souffrance sociale et économique, qui constitue leur véritable fragilité, celle que justement l’exécutif refuse de regarder en face et de prendre en considération, leur est-elle désormais interdite au motif qu’ils prennent alors des risques mettant en péril leur diagnostic vital et leur intégrité physique ? Qu’en est-il de la prise en compte de la fragilité sociale par cet exécutif ? Une manifestante inoffensive et pacifique qui s’oppose par ailleurs aux restrictions des libertés publiques déployées par l’exécutif macronien peut-elle se retrouver en danger de mort pour cette raison ? Est-ce cela la République qu’il fallait sauver du prétendu danger fasciste à la présidentielle de 2017 ?

…et le « comportement responsable » du président Macron

Par ailleurs, et si certains peuvent tout à fait cautionner le bon sens de la phrase présidentielle sur le plan factuel, qu’en est-il de l’opportunité et de la décence d’une pareille expression employée d’une part à l’encontre d’une femme gisant à l’hôpital, prononcée par un jeune de 41 ans à une femme de 73 ans, son aïeule donc, à qui, dans une société policée, il doit le respect que l’on doit à tous ceux qui nous ont précédés dans les générations, mais surtout prononcée après des dizaines d’autres petites phrases méprisantes ou immatures à l’encontre du peuple Français ? N’en est-il pas enfin assez de ces puérilités de la parole du président qui semble vouloir systématiquement donner la leçon à tous et ne se les appliquer jamais à lui-même ?

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Car enfin, qu’en est-il de la « sagesse » d’un jeune président qui s’en va skier tout feu tout flamme lorsque Paris brûle ? Qu’en est-il de la sagesse d’un jeune yuppie donneur de leçons qui prétend qu’il suffit de « traverser la rue » pour trouver du travail quand tant de ses compatriotes sont à la peine ? Qu’en est-il de la sagesse consistant à traiter son propre peuple de « Gaulois réfractaires » ? Qu’en est-il de la sagesse qualifiant avec provocation et surenchère un large mouvement social de « foule haineuse » ? Où est la sagesse d’un jeune chef qui, réunissant son clan dans le camp retranché de la Maison de l’Amérique latine, lance un provocateur et arrogant « qu’ils viennent me chercher ! » quand tout le pays s’interroge et s’indigne de la pathétique gestion de l’affaire Benalla, entre amateurisme invraisemblable, magouilles et mensonges éhontés ? Où est la sagesse d’un chef d’Etat digne de ce nom posant pour un selfie collé-serré contre le torse de deux malfrats à moitié nus faisant des doigts d’honneur renvoyés à la face du pays tout entier ? Quelle est au juste la forme de sagesse qui incite un jeune président à transformer le palais de l’Elysée en dancefloor vulgaire et tapageur, pour plusieurs mois plus tard venir pleurnicher puisque cette sacralité mise à mal est remise en cause par quelques factieux chauffés à bloc ? Quelle est la forme de sagesse qui pousse un exécutif à n’apporter à une crise sociale et politique que des réponses sécuritaires et aucune réponse politique ? Où est la sagesse consistant à maquiller une campagne électorale européenne en « Grand débat » pour y pérorer pendant des heures comme dans quelque marathon télévangéliste ou quelque compétition de « Questions pour un champion » version concours d’entrée à Sciences po ? Et qu’en est-il des leçons de sagesse curieusement non diligentées à l’encontre des deux jeunes délinquants qui, à Grenoble, conduisaient au volant d’un scooter de grosse cylindrée, volé, sans casque, sans plaques d’immatriculation, roulant sur les trottoirs, percutant des véhicules et qui, logiquement pris en chasse par la police, finirent par trouver la mort coincés par un autocar, ce qui a déclenché des émeutes urbaines d’une rare violence avec de très nombreux dégâts dans le quartier Mistral, ce qui n’a donné lieu à aucune réaction de l’exécutif pourtant si sensible, visiblement, aux questions sécuritaires dès lors qu’elles concernent les Gaulois réfractaires? Pas de leçons de sagesse culpabilisantes dans les quartiers perdus de la République ? Comme c’est étrange…

Le petit prince

Peut-être que cette dame n’aurait pas dû se trouver là, n’aurait pas dû s’y croire en sécurité comme c’était autrefois le cas en régime démocratique. Peut-être qu’elle a eu tort de ne pas avoir peur de ce pouvoir. C’est un fait. Mais quel niveau de narcissisme tout-puissant et d’absence d’empathie faut-il avoir atteint pour venir moraliser sur son dos alors qu’elle n’est encore même pas tirée d’affaire et avec des séquelles le cas échéant dont on ignore l’étendue ? Quelle estime mériterait une personne se rendant au chevet d’un blessé pour lui dire : « Tu vois, je te l’avais bien dit ! » ?  Est-ce digne d’une stature présidentielle ?

C’est au jeune Emmanuel Macron lui-même, par conséquent, qu’il faut souhaiter que vienne enfin la sagesse, et au pays tout entier qui en subit l’absence depuis des mois. Car, décidément, malheur à la ville dont le prince est un enfant !

Top 7 des publicités à l’avant-garde du progressisme


Depuis quelques années, les publicités télévisées ne se contentent plus de vous séduire, elles tentent de vous endoctriner. Le progressisme se vend bien: il faut être dans l’air du temps. Féminisme, antiracisme et proximité sont des valeurs cardinales. Florilège des spots les plus « engagés ». 


Dans les années 80, les publicités se contentaient de mentir un peu pour nous vanter la vitesse de la 205 GTI dévalant les pistes comme l’Aston Martin de James Bond ou la formule miraculeuse d’Ariel pour laver plus blanc que blanc. Mon produit va vous rendre plus beau, mon produit est le moins cher, ma purée a le meilleur goût. Ce n’était pas bien méchant.

Un peu plus tard, les marques sont devenues un tantinet plus subtiles dans leurs propositions de valeurs. Domino’s Pizza, par exemple, a révolutionné son marché aux Etats-Unis, non pas en ayant des pizzas moins chères ou meilleures, mais grâce à la force de son slogan : « Votre pizza fraîche livrée chez vous en 30 minutes, ou on vous la rembourse ». Mais ces dernières années, les publicitaires ont franchi un nouveau cap. Il ne s’agit plus de trouver un moyen de rendre le consommateur accro à telle ou telle marque, mais de lui montrer combien la marque à qui il fait confiance est la plus vertueuse.

Le militantisme a pris des proportions démesurées avec Décathlon et son hijab de sport. Plus que jamais, progressisme sociétal et grandes marques font système et développent tous les outils pour fédérer un maximum autour de la « végétalisation de nos rapports humains » (je pique cette formule à Elisabeth Lévy). Quand cela a-t-il commencé, au juste ? Selon moi, et Philippe Muray l’avait déjà analysée, c’est la publicité de France Telecom pour l’an 2000 qui a sonné le ralliement.

7 – France Telecom « nous fait aimer l’an 2000 »

Alors que les Français sont inquiets du bug de l’an 2000, présenté à l’époque comme une fin du monde certaine, France Telecom dégaine en 1997 un très joli spot. Bambin, je m’étonnais que la compagnie française nous présente un chinois pour vanter ses mérites, alors que ma tête d’enfant innocent pensait qu’elle avait pour mission de permettre aux Français de mieux communiquer entre eux. Mais France Telecom voulait surtout « nous faire aimer l’an 2000 ». Ce slogan témoignait de la volonté furieuse de grands groupes de faire entrer de gré ou de force chaque gaulois réfractaire dans une post-modernité effrayante.

Peu après cette pub, France Telecom est devenue une marque mondiale. Et tout comme la France a continué de fondre dans la globalisation, le mot « France » a disparu de la marque au profit de « Orange ». Depuis, les gosses restent enfermés des heures devant leurs écrans. Et Orange nous annonce aujourd’hui que « votre famille est plus libre avec la fibre ». Sans rire ? Libre, d’accord, mais de regarder Cyril Hanouna et Marlène Schiappa.

6 – Ariel, la lessive qui lave les cerveaux plus blanc que blanc

« Partageons les tâches ». Ariel milite pour que les lessives soient faites par tous et moins par toutes. J’ai longuement évoqué cette stratégie dans un article qui date un peu. Dans ce spot, un papa est terrifié de voir sa bambine mimer Maman qui a une « montagne de choses à faire » à la maison. Alors il prend les choses en main et balance la capsule de lessive dans la machine. #MeToo, ça vaut aussi pour les hommes. Il reste regrettable qu’Ariel n’ait pas eu la sagacité d’afficher un couple interracial dans ce spot.

5 – La Caisse d’Epargne au secours des femmes qui ont des idées

Dans ce spot de 2018, la Caisse d’Epargne veut nous « être utile » et lutte donc efficacement contre le sexisme qui frappe les « femmes entrepreneur » qui lancent leur startup (véritable fléau des temps nouveaux). Si Margaux avait pu être à la fois en surpoids et « entrepreneuse », on lui aurait dit que c’était un sans-faute.

4 – Monabanq, les gens avant l’argent

Les publicités pour les banques ou les assureurs sont souvent les plus barbantes, mais Monabanq décroche ma palme d’or en 2015 avec son slogan « les gens avant l’argent ». Cette banque de supermarché (c’est une filiale des Trois Suisses) prétend que la chaleur des rapports humains lui importe plus que la froide finance. Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu. Taux de duplicité : 120%. Publicitaires, l’hypocrisie se voit, même cachée derrière les bons sentiments…

3 – E. Leclerc n’oublie pas Alzheimer

Dans ce spot peu connu, Michel-Edouard Leclerc se présente comme un militant contre la maladie d’Alzheimer. Il semble si beau et si bon que j’ai envie de traverser l’écran pour lui baiser les mains comme à un bon pape. Mais ce serait oublier que ses cathédrales à lui – à la différence des églises catholiques – ont défiguré les périphéries des villes moyennes. Y voir un moyen de faire du lobbying en contrebande pour pouvoir avoir ses propres pharmacies, un des secteurs réglementés qui résiste encore à  son appétit vorace, serait bien sûr malhonnête.

2 – Gillette mec froid

Outre-Atlantique, ce spot post-Weinstein a provoqué des torrents de réaction. « Masculinistes » et « Alt-right » se sont révoltés contre le nouvel homme promu par Gillette, trop chochotte et repentant devant les femmes. Mais « il n’y aura pas de retour en arrière » prévient Gillette, la marque veillera à l’avenir à ce que ses publicités soient au moins réalisées par 50% de femmes, na !

1 – Decathlon, « le sport, la joie »

A tout seigneur tout honneur. Dans cette publicité, les grosses personnes enrobées de sexe féminin sont invitées à se montrer en maillot, et on espère vivement que les garçons se mettront à la danse et au tutu. Les vieux, enfin, sont priés de se bouger un peu. Parce que bon, les stéréotypes ça suffit. Avant de tenter de s’aventurer dans la vente de produits pour séparatistes musulmans, la chaîne de distribution de produits de sport avait donc sorti ce spot, parfaite illustration de ce dont nos pubards sont capables.

Un exemple de la fausse objectivité du « Monde »

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Tiens, cela fait un moment que je n’ai pas écrit un petit texte pour Causeur, me disais-je. Mais aussi, j’ai un peu décroché de l’actualité, ces derniers temps… Qu’est-ce donc qui se passe déjà ?

Un vieux numéro du Monde traîne sur la table. Il a un peu plus de quinze jours. Parcouru rapidement, il a été jeté là, dans l’attente d’une lecture plus attentive et tranquille, dont l’occasion ne s’est pas présentée. Les enfants l’ont soigneusement effeuillé et certaines pages sont déchirées. Je remets dans l’ordre les survivantes.

Flagrant « délit » de « traitement différencié »

Et je constate que le quotidien de référence offre, dans ce numéro, un magnifique exemple de « traitement différencié » : j’entends par là une concomitance entre deux faits similaires, traités de manière différente pour des raisons purement idéologiques.

Annoncé en couverture,


Macron Europe


l’article sur la tribune d’Emmanuel Macron est un compte-rendu exhaustif et précis du texte diffusé le lundi 4 mars dans les médias de 28 pays. Il est suivi d’un long extrait de cette tribune.


Macron Europe2


Cette démarche traduit la volonté de synthétiser, de la manière la plus fidèle possible, le propos du président.

On tourne la page et l’on trouve un article intitulé « La Hongrie à l’heure de la propagande anti-Juncker ».


Macron Europe3


Il s’agit, là encore, d’un texte rédigé par un responsable politique (le premier ministre Viktor Orban) et diffusé très largement. Toutefois, alors qu’Emmanuel Macron destinait sa missive à tous les Européens, au-delà des frontières du pays dont il a la responsabilité, Orban s’adresse, lui, uniquement aux Hongrois. Mais cette question de légitimité embarrasse peu Le Monde.

Journaliste avec Macron, partisan avec Orban

Alors que le texte signé Macron était traité avec un respect scrupuleux et un effort de neutralité, celui d’Orban est donné à entendre à travers les yeux d’un Hongrois lambda : « Comme tous les électeurs, Miklos Janszo a reçu personnellement une lettre du gouvernement hongrois ». On découvre, deux paragraphes plus loin, que ce Hongrois n’a pas été choisi au hasard : c’est un opposant à Orban puisqu’il « milite dans un petit parti libéral ».

A lire aussi: Quand Le Monde tente de démentir le « grand remplacement »

Les citations de Macron étaient abondantes et longues, systématiquement accompagnées d’un verbe de parole réattribuant le propos au président, dans un souci journalistique de s’effacer au maximum derrière l’auteur du texte : « Le président espère que… », « il veut… », « il propose… » , « il affirme que… », « il conclut… ». Dans le cas d’Orban, le texte est réduit à…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 

Au Brésil, les ONG font leur loi en vert et contre tous


Instrumentalisant la cause des Indiens d’Amazonie, ONG et mouvements indigénistes ont pris le contrôle d’un septième du territoire brésilien. Leur écologisme radical se heurte aux intérêts des agriculteurs… et aux aspirations de nombreux Indiens. Enquête. 


Les médias européens racontent souvent des histoires de bons et de méchants, notamment lorsqu’ils traitent de sujets lointains qu’ils connaissent mal, comme le sort des Indiens du Brésil. En janvier dernier, après son investiture, Jair Bolsonaro, le nouveau président du pays, a décidé de confier la délimitation des territoires indiens au ministère de l’Agriculture. Auparavant, cette mission incombait à la Funai, la Fondation nationale de l’Indien, un organisme créé en 1967 et rattaché au ministère de la Justice. Ce transfert de compétences a suscité une bronca des ONG et des mouvements indigénistes. À de rares exceptions près, la presse du Vieux Continent a pris leurs arguments pour argent comptant. À les entendre, le nouveau président s’apprête ainsi à détruire plus de cinquante ans de travail pour l’attribution des terres aux peuples indigènes pour livrer les territoires ancestraux à l’appétit vorace de l’ « agribusiness ». La preuve ? Lorsqu’elle était députée fédérale (de 2014 à 2018), la ministre de l’Agriculture choisie par Bolsonaro était le chef de file du lobby parlementaire « ruraliste », réputée défendre les intérêts des grands propriétaires terriens.

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Fin 2018, le Brésil comptait 896 900 Indiens (0,43 % de la population totale) répartis en 305 ethnies différentes. La constitution brésilienne (adoptée en 1988) accorde à ces populations un droit d’usufruit des territoires ancestraux sur lesquels elles sont installées et où la loi indigène fait foi. Ces terres restent néanmoins la propriété de l’État fédéral. Lorsqu’une ethnie revendique un territoire, l’État engage un processus de démarcation en plusieurs étapes. Si la première phase d’étude est concluante, la fondation délimite l’espace sur lequel le droit d’usufruit sera exercé. Ensuite, le ministère de la Justice rend public un projet d’homologation. Celui-ci peut alors être contesté par les occupants non indigènes des lieux (propriétaires en titre de foncier, locataires de bonne foi), qui sont menacés de devoir quitter le territoire délimité. Si les contestations sont jugées irrecevables, le chef de l’État homologue puis régularise les terres de réserve. Après une évaluation des pertes subies par la Funai, les expulsés peuvent cependant être indemnisés. Ces terres indigènes sont de véritables sanctuaires, dont l’accès est réglementé pour les non-Indiens et dont l’exploitation des ressources naturelles est interdite à toute personne ou entreprise venue de l’extérieur.

Quel exploitant s’engagerait à planter, à irriguer des terres ou à investir en équipements s’il court le risque d’être délogé ?

En trente ans, l’explosion des revendications des Indiens et la consolidation juridique de ces territoires ont permis d’accroître la dimension du foncier sur lequel des populations autochtones disposent d’un usufruit exclusif. En 1994, les 258 régions en cours d’évaluation par le gouvernement fédéral représentaient un peu moins de 800 000 km2, mais seuls 34 % se trouvaient en fin de processus et donc confirmés. En 2018, les 572 territoires homologués représentaient 1,18 million de km2, soit 13,8 % de la superficie du pays. En outre, il existait alors un « stock » de 115 autres dossiers en cours de traitement.

Comme on peut l’imaginer, cette extension des droits fonciers des Indiens n’a pas été accueillie avec enthousiasme par les autres populations vivant en milieu rural. Souvent victimes d’un racisme virulent, les bénéficiaires de la démarcation se sont d’abord heurtés à la résistance très violente des bandes criminelles qui vivent du commerce illégal de terres publiques dans les régions du Nord (Amazonie) où le cadastre est encore confus. Mais la résistance à la démarcation vient aussi de l’ensemble du monde agricole – pas seulement les grands propriétaires – pour qui le processus a été et reste une source d’insécurité juridique permanente. Quel exploitant s’engagerait à planter, à irriguer des terres ou à investir en équipements s’il court le risque d’être délogé ?

La politique de démarcation contrarie également les États fédérés, car elle fragmente le territoire et rend très difficile la construction de grandes infrastructures (routes, centrales hydroélectriques), des chantiers coûteux, longs et compliqués que les Indiens peuvent bloquer ou ralentir dès qu’ils ont un impact sur leur terre.

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Les tensions et les conflits autour du foncier sont aussi attisés par la politique d’un grand nombre d’ONG indigénistes. Dès les années 1960, des anthropologues et une fraction de la société civile mobilisée par l’Église catholique se mobilisent sur la question indigène et encouragent la création d’ONG de défense des Indiens. Au fil du temps, ce mouvement ajoute l’écologie à son argumentaire. Les Indiens sont alors présentés comme le meilleur rempart contre la déforestation de l’Amazonie, dont l’ampleur et le rythme deviennent des préoccupations mondiales. Ce recours à l’étendard environnemental confère une audience globale aux revendications des populations indigènes brésiliennes. Empreint d’une culture revendicatrice de gauche, inspiré aussi par une sensibilité écologique radicale, le mouvement national pro-indien défend une conception du développement durable centrée sur la préservation d’espaces de plus en plus étendus et protégés de l’influence du monde capitaliste environnant. Cette approche est aussi celle du Conseil indigéniste missionnaire (CIMI), une organisation gauchisante très influente liée à l’épiscopat brésilien. Dans les années 1990, ces ONG nationales reçoivent le soutien d’agences gouvernementales européennes (Norvège, Royaume-Uni, France, Allemagne, etc.) ainsi que des grandes boutiques mondiales de protection de l’environnement (The Natural Conservancy, Conservation International, WWF, Oxfam, Greenpeace). Le CIMI bénéficie également du soutien d’institutions chrétiennes (CCFD en France, Cafod au Royaume-Uni). Bientôt, l’afflux de ressources financières permet au mouvement pro-indien de recruter des experts de toutes disciplines (anthropologues, communicants, économistes, linguistes). Dans les années 2000, ces experts participent directement à l’élaboration de la politique de démarcation comme consultants pour la Funai. Disposant de canaux de communication internationaux, utilisant des techniques de marketing, les associations indigénistes acquièrent un prestige médiatique qui dépasse de très loin celui de tous les autres secteurs de la société concernés par la politique de démarcation.

Pour ce mouvement très structuré et influent, les terres traditionnelles que doivent occuper les Indiens ne se réduisent pas aux espaces effectivement occupés à un instant, mais incluent l’ensemble des terroirs jugés nécessaires à la survie physique et culturelle des ethnies indigènes et au maintien d’un mode de vie traditionnel. Aux revendications légitimes de ces ethnies, les ONG adjoignent donc un réservoir illimité de demandes potentielles. Ainsi, plusieurs organisations soutiennent aujourd’hui que les 572 territoires déjà identifiés et homologués ou en cours d’homologation ne représentent même pas la moitié de la surface totale à démarquer, qui atteindrait selon elles jusqu’à 30 % du territoire national, soit près de quatre fois la superficie de la France métropolitaine.

Les dérapages d’un autre lobby puissant

Au début des années 2000, avec l’arrivée de Lula à la tête du gouvernement fédéral, le lobby des ONG indigénistes est devenu l’inspirateur direct de la politique conduite par la Funai qui a de ce fait cessé d’agir comme un service public indépendant et impartial. La cause des Indiens a été utilisée par des organisations qui mènent un combat politique anticapitaliste ou défendent des thèses écologiques radicales. La démarcation des terres indiennes est devenue une sorte d’industrie finançant et garantissant la capacité d’influence sur les pouvoirs publics d’associations dites de défense des communautés indigènes.

Selon la législation actuelle, un groupe vivant en milieu rural est considéré comme appartenant à une ethnie autochtone s’il le déclare et si un rapport d’expertise réalisé par des anthropologues le confirme. La réalisation des études préalables et le rapport lui-même sont commandés par la Funai qui engage et rémunère des anthropologues… souvent membres ou associés aux quelque 200 ONG de défense de la cause indigène ! Comme l’a montré une commission parlementaire constituée en 2017 pour analyser le travail de la Fondation nationale de l’Indien, la fin a souvent justifié les moyens. Pendant des années, des rapports d’expertise anthropologiques ont été établis sans la moindre rigueur scientifique pour illustrer les orientations idéologiques de leurs auteurs. Pour légitimer l’expulsion d’un territoire des populations non indigènes, des « experts » ont littéralement ressuscité des peuples indigènes dont l’extinction remonte au XVIIIe siècle. D’autres ont soudain identifié des ethnies sur un bassin agricole où il n’existait pourtant aucune trace historique de leur présence. La dérive a été telle que, dès 2006, le président de la Funai, pourtant nommé par Lula, réclamait un arrêt immédiat des procédures de démarcation qu’il affirmait ne plus contrôler.

Une politique indigéniste indépendante, efficace et juste ne peut plus être fondée sur l’octroi aux Indiens de terres de plus en plus vastes. D’abord parce que ce n’est pas le souhait de plusieurs ethnies qui veulent s’intégrer à la société environnante. Ensuite parce que la concession de droits fonciers et l’usufruit exclusif ne sont pas suffisants pour assurer aux communautés bénéficiaires une sécurité économique. En 2010, le recensement de la population brésilienne (le dernier en date) a montré que 42 % des Indiens vivaient en dehors des terres démarquées. Depuis, l’exode se serait accru. Ignorant complètement les droits originaires garantis par la Constitution, des Indiens abandonnent discrètement les terres ancestrales qui leur sont réservées pour s’installer à la périphérie des villes. Leurs motivations sont très hétérogènes : fuite devant les attaques subies, recherche de travail et de meilleures conditions de vie (santé, éducation). En 2003, la création d’un revenu minimum pour les familles les plus démunies scolarisant leurs enfants a favorisé le mouvement. Les Indiens se sont rapprochés des villes pour recevoir cette allocation et avoir accès à l’école.

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Des enquêtes ont montré que le souhait d’intégration de ces groupes (souvent en contact depuis des décennies avec la société qui les entourent) tranche avec les clichés véhiculés par des mouvements indigénistes. Les autochtones qui veulent rester sur des terres ancestrales préservées et protégées n’ont pas besoin d’une politique d’expansion infinie de leurs droits d’usufruit exclusif et excluant. Ils souhaitent même souvent maintenir des liens économiques et des relations de proximité avec les Blancs et les Métis qu’ils côtoient parfois depuis plusieurs décennies. Ils revendiquent encore un accès à des financements pour développer une agriculture moderne, des soins de santé de base, l’énergie électrique, l’eau courante et des écoles. Beaucoup ont le sentiment d’avoir été instrumentalisés par la lutte écologique radicale que mènent de nombreuses ONG, ce lobby puissant dont les médias occidentaux semblent ne pas connaître l’existence.

Même s’il en avait la volonté, le président Jair Bolsonaro pourrait difficilement rompre de son propre chef avec une politique de protection des Indiens bien installée. Il faudrait qu’il gagne l’appui du pouvoir législatif et que le système judiciaire ferme les yeux. En confiant à sa ministre de l’Agriculture la gestion de la politique de démarcation, il veut montrer que tous les agriculteurs lésés par les abus antérieurs ont été entendus. La ministre ne cesse d’ailleurs de répéter qu’elle s’en tiendra à la loi et au strict respect de la Constitution. Acteur politique majeur, le lobby des ONG sait qu’il va perdre en capacité d’influence. Il présente donc cette mesure comme un cadeau fait au lobby agricole. L’offensive médiatique orchestrée par le mouvement indigéniste dépeint volontiers Bolsonaro comme un génocidaire en puissance des communautés indiennes. Pendant que les médias européens se scandalisent du génocide annoncé, les errements et le jeu politique des ONG, des mouvements religieux et des organisations indigénistes ne sont pas auscultés, évalués, analysés. En concentrant les projecteurs sur un lobby, on en laisse d’autres, tout aussi sinon plus puissants, agir dans l’ombre.

Un Brexit sans accord? Les Polonais sont d’accord!

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Un Brexit sans accord ne serait pas forcément une catastrophe pour la Pologne et les Polonais. Il pourrait même présenter un certain nombre d’opportunités.


Le parti Droit et Justice au pouvoir en Pologne, qui siège avec les conservateurs britanniques au Parlement européen, aborde de façon partagée la perspective du Brexit. Si la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne est globalement perçue comme un danger pour les intérêts centre-européens du fait du renforcement mécanique du poids du couple franco-allemand qu’elle impliquerait, la perspective de sa version « dure » pose la question du devenir des quelques 60 000 entreprises fondées par ses ressortissants. Indépendamment du scénario, il n’est en tout cas pas question pour la droite polonaise de critiquer le choix des électeurs britanniques, ni de chercher à exercer de quelconques pressions auprès de Theresa May, tout simplement parce qu’un « no deal » n’aurait pas d’impact sur la vie de ses citoyens.

Non, non, rien ne va changer

Pour l’après Brexit, le Home office (équivalent du ministère de l’Intérieur) a en effet déjà élaboré une procédure simple de mécanisme de légalisation de séjour concernant les quelques 3,3 millions de ressortissants de l’Union européenne vivant en Grande-Bretagne, distinguant entre résidents (présents légalement sur le territoire depuis cinq ans) et candidats à la résidence. Dans le cas d’une sortie sans accord, que le président polonais du Conseil de l’Europe Donald Tusk a idéologiquement qualifiée de «chaotique», la Grande-Bretagne perdrait son appartenance à l’espace Schengen et devrait rétablir un système de visas pour les travailleurs étrangers qui seraient du même coup statutairement soumis aux mêmes règles que les étrangers extra-communautaires. Pour les Polonais vivant déjà en Grande-Bretagne, peu de choses changeraient en réalité une fois cette formalité administrative accomplie. En revanche, le retour aux frontières douanières frapperait de plein fouet les importations de produits polonais et pourrait conduire à la faillite de plusieurs milliers de magasins d’agro-alimentaire.

« Rendez-nous notre population ! »

Le gouvernement polonais n’a en réalité aucune inquiétude quant au devenir de ses compatriotes et cherche même à profiter de l’événement pour favoriser leur retour. Lors du dernier forum économique de Davos, le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki s’est ainsi adressé à ses homologues britanniques en ces termes : « Rendez-nous notre population ! » Le Brexit est, dans le même esprit, vu comme un moyen de freiner toute future émigration vers la Grande-Bretagne, d’autant plus que le Parti conservateur vient d’enregistrer une nouvelle politique migratoire visant à limiter drastiquement l’émission de permis de séjour aux travailleurs qualifiés de certaines branches.

Et à la fin, c’est l’Allemagne qui cagne

Un Brexit sans accord aurait au moins un autre avantage pour la Pologne. Selon les économistes allemands du Halle Institute for Economic Research, un tel scénario aurait un impact négatif sur les exportations germaniques, ce qui ferait du même coup augmenter le taux de chômage outre-Rhin, notamment dans le secteur de l’automobile. Ce faisant, Angela Merkel serait amenée à renoncer partiellement à son plan de chiper à la Pologne les quelques 250 000 travailleurs ukrainiens qui devaient venir renforcer la branche phare de l’économie allemande. Et, vu de Varsovie, cette question revêt une importance capitale dans un contexte de forte croissance, de plein emploi et de réticences sociales devant la possibilité de faire appel à de la main d’œuvre extra-européenne.

La Pologne des origines à nos jours

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Rokhaya Diallo attaque Céline Pina… parce qu’elle n’est pas d’accord avec elle

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Céline Pina / Rokhaya Diallo ©IBO/SIPA - YANN BOHAC/SIPA / 00881837_000032 - 00731650_000005

La militante laïque Céline Pina est la cible de la médiatique activiste « décoloniale » Rokhaya Diallo et de l’association musulmane « féministe » Lallab. Son crime: être en désaccord avec elles, et avoir osé le dire. 


Céline Pina, militante républicaine universaliste et laïque, est en butte à d’odieuses accusations de la part de Rokhaya Diallo et de l’association Lallab. Au lieu d’essayer de répondre à ses arguments, ses ennemis préfèrent essayer de la faire taire en instrumentalisant les tribunaux et d’abuser des droits que la République leur donne pour tenter d’en saper les fondements même.

Face aux attaques, et après un moment de doute bien compréhensible, Céline Pina a fort heureusement trouvé la force de poursuivre la lutte, grâce à des soutiens spontanés qui prouvent, si besoin était, qu’il est encore permis d’espérer.

« Ce type de militant soi-disant antiraciste instaure un système de lecture de la société où la couleur de peau l’emporte sur tout »

Tout ceci est évidemment une excellente raison de lire ou relire les écrits incriminés, par ailleurs des plus instructifs : « Lutter contre la radicalisation, cela commence par refuser subvention et légitimité à des associations qui ne respectent pas l’esprit de nos lois et de la constitution », écrit-elle fort justement, dénonçant Lallab en s’appuyant sur un dossier d’Ikhwan Info, site généralement bien documenté, et que confirme d’ailleurs une analyse très fouillée de l’excellent Naëm Bestandji.

Par ailleurs, Céline Pina écrit aussi avec bon sens au sujet de Rokhaya Diallo que « ce type de militant soi-disant antiraciste instaure un système de lecture de la société où la couleur de peau l’emporte sur tout » et souligne le paradoxe qui veut que cette activiste « accuse (la France) de favoriser le ‘racisme d’État’, y compris dans les institutions internationales. Elle y a pourtant trouvé sa place et une reconnaissance que sa production littéraire ou audiovisuelle ne suffit pas à justifier. Tant mieux pour elle après tout, mais il n’en reste pas moins que l’intéressée illustre ainsi par son propre exemple, la fausseté de ce qu’elle fait métier de dénoncer. » On ne saurait mieux dire.

« Notre époque qui se veut si tolérante a du mal avec l’anticonformisme. »

C’est en 2015 que Céline Pina a acquis une notoriété nationale, lorsqu’elle a eu la lucidité et le courage de dénoncer le « salon de la femme musulmane de Pontoise », ce qui lui avait déjà valu les foudres d’une partie de la gauche, et avait mis en lumière les fractures profondes qui parcourent cette tendance politique, et que l’affaire du hijab de Décathlon par exemple n’a fait que confirmer.

Depuis, elle agit, réfléchit et écrit avec un souci constant de la nuance et de l’honnêteté intellectuelle. J’en veux pour preuve son texte sur François-Xavier Bellamy, en qui elle sait voir un adversaire politique tout en refusant la tentation de la caricature facile. Elle y fait même le constat tristement exact d’une dangereuse tendance, contre laquelle elle s’efforce de lutter : « L’exagération et le lancement d’anathèmes se sont substitués au débat. Il faut disqualifier l’adversaire plutôt qu’accepter de l’affronter loyalement. Le mensonge prime sur l’affrontement d’idées faisant au passage une victime essentielle : le sens de l’action et la confiance dans la parole publique. »

Même souci de l’humain et même rigueur lorsqu’elle défend Bilal Hassani, sans nier ses erreurs mais en leur redonnant une plus juste proportion tout en soulignant les dérives globales de l’ambiance médiatique : « Mettre en avant son particularisme est plébiscité, mais le faire dans un cadre communautaire voire communautariste est recommandé. (…) Notre époque qui se veut si tolérante a du mal avec l’anticonformisme. Elle aime les représentants communautaires, pas les promeneurs solitaires. »

Dernière victime du « djihad judiciaire »

Femme de gauche, certains ont pu lui reprocher cette appartenance à une famille politique trop longtemps aveugle devant la montée des communautarismes et de l’islamisme. C’est lui faire un mauvais procès, et se tromper de priorités : oui, les lanceurs d’alerte de droite ont d’excellentes raisons d’en vouloir à la gauche, mais face à ce qui menace aujourd’hui l’essence même de la République, il est temps que les républicains de tous bords oublient les vieilles querelles et se serrent les coudes.

Et justement. S’il ne s’agissait que de Céline Pina, cela vaudrait déjà la peine de se battre pour la défendre : c’est un devoir moral, et elle le mérite. Mais il s’agit de bien plus : c’est la liberté d’expression elle-même qui est menacée, attaquée une fois de plus par les ennemis de l’universalisme républicain humaniste, et les tenants du relativisme au détriment de l’éthique et de la vérité. Après Georges Bensoussan, Mohamed Louizi, Olivier Pétré-Grenouilleau, Pascal Bruckner, Jeannette Bougrab, Gilles Clavreul, Véronique Corazza…

On parle parfois de « djihad judiciaire », mais les islamistes ne sont pas seuls à utiliser cette méthode – même s’ils s’y complaisent -, attitude que Yadh Ben Achour dénonce d’une formule : « Donne-moi la liberté que je la tue. » En l’occurrence, je ne crois pas que Rokhaya Diallo soit islamiste, même si un commun rejet de l’Occident la conduit à avoir envers eux des complaisances douteuses.

Le sujet n’est pas ici de défendre le fond des analyses de Céline Pina. Nous avons d’ailleurs nos désaccords, même si je la rejoins sur l’essentiel. J’ai surtout la certitude de la profonde rigueur éthique et intellectuelle de sa démarche, critère qui devrait suffire à lui assurer le soutien de tous les véritables tenants de la démocratie d’opinion.

Rokhaya Diallo et Lallab, bonnet banc et blanc bonnet

J’ai aussi de très fortes suspicions à l’encontre de ses accusateurs. Je ne suis pas juriste, mais il me semble que l’emploi régulier de l’adjectif à connotation ethnique « blanc » dans un sens systématiquement dépréciatif pourrait bien constituer une infraction pénale. Rokhaya Diallo et les membres de Lallab feraient bien d’y réfléchir… Je connais leur esquive selon laquelle le terme de « blanc » serait employé pour désigner une construction sociale, et non une réalité ethnique. L’argument est spécieux. Si c’était vrai, ce n’est pas le mot « blanc » qui aurait été choisi par les tenants de l’idéologie « décoloniale » ou « indigéniste », mais plutôt un terme porteur de connotations culturelles et/ou civilisationnelles, et non ethniques : « occidental » ou « judéo-chrétien », par exemple. Racialisme aux forts relents racistes, analysé et dénoncé entre autres par le sociologue Manuel Boucher, et par Gilles Clavreul, alors délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Rokhaya Diallo se veut militante antiraciste, mais ne comprend manifestement pas ce qu’est le racisme, comme je pense l’avoir démontré. Lallab prétend donner la parole aux femmes musulmanes, mais leur refuse toute conviction individuelle pour les enfermer dans une vision particulière de l’islam, selon laquelle la « femme musulmane » serait nécessairement pro-voile, et nécessairement étrangère au « féminisme blanc ». Dans les deux cas, les assignations identitaires sont aussi odieuses que caricaturales, négations en règle du libre-arbitre comme de cet indéfinissable « quelque chose » qui fait notre commune humanité, que Confucius appelait « ren »[tooltips content= »Question pour Rokhaya Diallo: Confucius était-il blanc ? »]1[/tooltips],, et Plutarque « désir du Bien ». Soyons reconnaissants à Céline Pina de dénoncer l’imposture !

Céline Pina, elle, accepte le débat

Mais imaginons même qu’elle ait tort. Ses écrits ne sont pas des injures lancées à la cantonade, mais des critiques structurées et argumentées. De plus, et c’est fondamental, leur auteur est systématiquement ouverte au débat et désireuse d’entendre les arguments des parties adverses. Elle est de ceux qui reconnaîtront volontiers s’être trompés si on leur en apporte honnêtement la preuve, la vérité étant plus importante à ses yeux que son ego. Et rien que cela suffit à démontrer qu’il ne saurait être question de considérer ses textes comme de la diffamation : elle se prononce en toute bonne foi sur des sujets qu’elle a documentés au mieux de ses possibilités, analysés avec méthode et exposés dans le but on ne peut plus légitime d’alerter sur des manœuvres dangereuses pour le pacte républicain et la pérennité de notre pays.

Condamner Céline Pina, ce serait mettre en danger tous les lanceurs d’alerte, et encourager toutes ces idéologies qui se voudraient au-dessus de la critique, et qui sont donc justement celles qu’il faut critiquer en priorité. Ce serait un pas vers la mort du débat d’idées, qui n’est réel que s’il est libre : rappelons que l’on ne peut réfuter une idée que si ceux qui la défendent ont la possibilité de l’exprimer. Quelqu’un ne peut donc comprendre qu’il a tort que s’il a la possibilité de dire ce qu’il pense, et d’en discuter en toute franchise avec des personnes ayant des avis différents, sans crainte de la censure. Sans cette opportunité de rencontre, et même de franche empoignade intellectuelle, chacun ne peut que se renfermer sur ses certitudes, de plus en plus dogmatiques et de plus en plus caricaturales.

Adversaires contre ennemis

En ce moment même, certains tentent d’instrumentaliser le monstrueux attentat de Christchurch pour rétablir le délit de blasphème, ce qui revient d’ailleurs à cracher sur les tombes des victimes en essayant de livrer en bloc les musulmans aux islamistes. Dans un tel contexte, condamner Céline Pina, ce serait poignarder dans le dos ceux qu’elle défend depuis des années, et ceux qui partagent l’essentiel de ses combats. La condamner, ce serait affaiblir les humanistes du monde arabo-musulman, comme Kamel Daoud, les véritables féministes, comme Anna Muzychuk, Denis Mukwege et des centaines d’Algériennes anonymes, les vrais antiracistes, comme Marceline Loridan Ivens, les tenants d’une gauche authentiquement républicaine, comme Zineb El Rhazoui, les défenseurs de la laïcité, dans la lignée d’Élisabeth Badinter ou aujourd’hui de Lydia Guirous.

Hélas ! Si Céline Pina voit ses adversaires intellectuels comme des adversaires, eux se comportent en ennemis, et n’ont manifestement pas la même éthique qu’elle. Difficile de croire que leurs plaintes soient motivées par un quelconque souci de vérité, mais bien plutôt par la volonté de faire taire une voix qui oppose des arguments efficaces à leurs idéologies malsaines.

« Ne craignez jamais de vous faire des ennemis… »

Sans doute n’espèrent-ils même pas vraiment gagner leurs procès. C’est une guerre d’usure et d’attrition, insidieuse, obscure, et qui ne se limite pas à la France. Une guerre déclarée par des idéologies gavées de subventions – mais se voulant hostiles à ceux-là même qui les leur payent – qui s’en prennent à des individus simplement soucieux de vérité, et souvent bénévoles : Céline Pina, elle, n’a qu’une cagnotte spontanée sur Leetchi pour l’aider. Sa dignité et son combat m’évoquent irrépressiblement trois grands hommes d’Etat, au sens le plus noble du terme. Clémenceau, non pour certaines décisions discutables face aux grèves et redevenues d’actualité, mais pour sa célèbre phrase : « Ne craignez jamais de vous faire des ennemis, si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait. » Churchill, qui lui aussi connut la solitude et le doute, et sût finalement trouver les soutiens nécessaires et la force de tenir bon. Et Périclès, figure tutélaire de toute démocratie, dont les paroles résonnent aujourd’hui avec une intense acuité : « Il n’y a pas de bonheur sans liberté, il n’y a pas de liberté sans courage. »

En 2016, Céline Pina a publié un livre – cri du cœur : Silence coupable, Islamistes : ils ne sont grands que parce que nos élites sont à genoux. Peu importe aujourd’hui que nous fassions ou non partie de ce que l’on appelle « élites ». Comme citoyens, comme hommes et comme femmes, nous devons maintenant faire un choix. Alors que cette femme courageuse est attaquée par des ennemis déclarés de l’humanisme républicain, nous pouvons nous agenouiller devant eux dans un silence coupable. Ou nous pouvons décider de nous tenir debout à ses côtés à elle, dans la dignité et la liberté. Pour la dignité et la liberté.

Silence coupable

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« Pour les islamistes, la France est vouée à devenir musulmane »

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Renée Frégosi, novembre 2018. ©BALTEL/SIPA / 00884429_000049

Dans Français encore un effort… pour être laïques !, la philosophe et politologue, Renée Fregosi, livre une lecture de la laïcité à la françaiseElle s’interroge sur la place des religions dans la cité, et notamment sur celle de l’islam par rapport aux principes républicains.


Causeur : Dans votre dernier livre, Français encore un effort… pour être laïques !, vous proposez une lecture historique et culturelle de la laïcité à la française, et donc de la place de la religion dans la cité. C’est cette longue évolution des idées, des mœurs et des normes qui a abouti à des lois, notamment celle de 1905. Pour vous, cette loi est-elle insuffisante aujourd’hui ? A-t-elle perdu son esprit ?

Renée Fregosi : En effet, le corpus juridique constitué par le bloc des lois « laïques » votées entre 1880 et 1905 (expulsion des congrégations, lois scolaires portant sur la gratuité, l’obligation, la laïcisation des enseignants et enfin « séparation de l’Eglise et de l’Etat ») est la concrétisation d’une conception philosophique et d’une lutte idéologique fondant l’autonomisation de l’individu et son émancipation vis-à-vis de ce qui s’oppose à sa liberté de conscience et à la libre disposition de son corps. De ce point de vue, ce bloc juridique qui garantit « la liberté de conscience » n’a rien perdu de sa pertinence.

Par ailleurs, en stipulant dans son article 2 que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », la loi de 1905 concerne toutes les religions, y compris l’islam. De ce point de vue également,  la loi n’a rien perdu de sa pertinence et se suffit à elle-même. Tout ajout de type concordataire (co-construction avec l’Etat d’un islam de France par exemple) viendrait en pervertir l’esprit et en saper la cohérence.

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Enfin, les lois laïques, qui formalisent la primauté du droit national sur la loi religieuse n’ont rien perdu de leur pertinence, si tant est qu’elles soient appliquées ; preuve en est faite a contrario par la polémique que suscite aujourd’hui la question laïque face à l’expansion de la religion musulmane en Europe et notamment en France, et à l’offensive islamiste. Les islamistes revendiquent pour tous les musulmans vivant en France le droit de vivre selon le particularisme communautaire religieux, et en quelque sorte, pour les Français musulmans, leur appartenance à la nationalité française « dans le statut de l’indigénat » de l’Algérie coloniale.

Sans toucher donc à la loi de 1905, il conviendrait en revanche de répondre à l’offensive islamiste actuelle par une refonte de la loi de 2004 qui rate sa cible en assimilant le voile à un signe religieux comme un autre et en en limitant l’interdiction dans l’enseignement primaire et secondaire. Il s’agit plutôt de s’opposer explicitement à la tentative d’imposition d’éléments de la charia dans la République : port du voile, reconnaissance du blasphème, séparatisme communautaire (menus spécifiques, aménagements horaires, lieux de prières autres que les mosquées, etc.).

La laïcité en France a longtemps été façonnée par rapport à la place de l’Eglise et la religion catholique. En quoi l’interruption de l’islam à partir des années 1980 a-t-elle changé la donne ? Pour certains la soumission de l’Eglise catholique a été aussi difficile et conflictuelle…  

D’abord un rappel : si en 1905 l’islam n’est guère présent en France métropolitaine, au moment de sa promulgation, la loi devait concerner tout autant les colonies, notamment l’Algérie. Le code de l’indigénat est en effet en débat depuis 1887 avec les propositions de lois visant à la naturalisation collective des « indigènes » (qui devraient pour acquérir la pleine nationalité française, non pas renier leur religion musulmane mais respecter le Code civil français, c’est-à-dire ne plus pratiquer les coutumes qui lui sont incompatibles, notamment la polygamie, le droit du père à marier son enfant, le droit de rompre le lien conjugal à la discrétion du mari ou le privilège des mâles en matière de succession). Mais la naturalisation collective de toutes les populations algériennes s’est heurté tout autant à la minorité des prédateurs coloniaux et aux anti-assimilationnistes de droite, qu’aux autorités musulmanes traditionnelles qui craignaient de perdre leur emprise.

Mais en quoi l’opposition de l’islam à l’esprit et aux lois concernant la laïcité diffère-t-elle de l’affrontement entre l’Eglise catholique et l’Etat au tournant des XIXe-XXe siècles en France ?

Il existe deux différences principales.

Tout d’abord, à partir de l’indépendance de l’Algérie et surtout à partir des années 1970, la religion musulmane est une religion importée en France à travers une immigration principalement maghrébine et ensuite subsaharienne. L’islam de ces populations immigrées puis descendantes d’immigrés vient contester la construction historique de la laïcité française à la fois de l’extérieur en quelque sorte, et postérieurement à l’édification de la France laïque. L’islam se heurte donc à des lois et à des mœurs élaborées en dehors de lui, de ses références et de son histoire. C’est pourquoi la contestation de la laïcité en France par certains musulmans peut apparaître comme illégitime à des Français qui se sont construits avec et parfois contre mais finalement en accommodement avec la laïcité qui fait maintenant partie du patrimoine commun à tout un chacun, quelles que soient ses options métaphysiques.

D’autre part, outre la dimension géographique et historique, l’islam se distingue plus généralement de la religion catholique par son degré de sécularisation, c’est-à-dire son niveau d’acceptation de la primauté du droit positif des Etats sur la loi religieuse et son acclimatation à l’époque et à la culture ambiante (occidentale, européenne, française).

En Occident, la sécularisation s’est réalisée sur le temps long et repose sur deux mouvements historiques : le christianisme a mis d’abord plusieurs siècles à devenir religion d’Etat (en 380), puis de nombreux autres à renoncer à l’être, cet abandon prenant des rythmes et des formes différentes selon les pays. On a ainsi assisté à un double processus: laïcisation des Etats, c’est-à-dire prise d’autonomie de la politique par rapport aux religions, et soumission de l’ordre religieux à l’ordre politique. Ce mouvement a procédé à la fois par une lente évolution des mœurs et par des phases de grande tension voire de violence extrême entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. Ainsi, les lois laïques en France ont-elles en effet été imposées à l’Eglise catholique sans ménagement.

A lire aussi: Voilà ce qui arrive quand on touche à la laïcité

Enfin, ce lent processus a été accompagné d’une transformation interne aux dogmes religieux tant dans le christianisme que dans le judaïsme. La pratique religieuse s’est peu à peu cantonnée à la sphère privée : les croyants ont considéré que l’adhésion religieuse procèdait d’avantage de la foi personnelle qu’elle ne relèvait de l’appartenance à une « communauté » de naissance, à une nature ou à une culture spécifique. L’appartenance religieuse n’étant donc plus considérée comme indéfectible, le pluralisme des religions, comme l’apostasie et l’athéisme, peuvent être acceptés par tous.

Or, pour ce qui concerne l’islam, le monde musulman a abordé cette question de la sécularisation des sociétés à la fois tardivement et de façon biaisée : la sécularisation intellectuelle et politique s’est inscrite dans un cadre conflictuel, à travers la colonisation occidentale, la défaite et la chute de l’Empire ottoman et la décolonisation, souvent par la lutte armée. Aussi, aujourd’hui, de l’Algérie des généraux du FLN à l’Égypte post-nassérienne, en passant par les partis Baas syrien et irakien décomposés, ou l’Autorité palestinienne, la laïcisation des pays arabes, naissante dans les années 1950, ou de façade dans les années 1960-70, comme celle plus profonde mais autoritaire en Turquie, a-t-elle cédé sous l’assaut des différents mouvements islamistes et l’on y assiste depuis les années 1980 à une ré-islamisation.

La France avec son modèle laïque est-elle un champ de bataille dans une guerre globale de l’islamisme radical contre l’Occident ?

Oui et non. D’une part, le principe laïque est bien né en Occident, mais l’Occident a aussi produit cette notion étrange d’universalisme. Autrement dit, si la laïcité est à l’origine occidentale, son principe d’émancipation individuelle, lui, concerne tous les humains et dépasse largement les limites géographiques de l’Occident. Et cela d’autant plus dans un monde globalisé comme il l’est désormais.

Au demeurant, les tenants de l’islam politique s’évertuent à persuader les musulmans que la laïcité est strictement occidentale et qu’elle doit, à ce titre, être combattue comme un héritage colonial. Mais c’est bien à une vision globale humaniste et démocratique que s’opposent les islamistes. D’ailleurs, les Occidentaux ne sont pas les seuls ennemis des islamistes : tout musulman qui ne se conforme pas à l’orthopraxie islamiste est à convertir à la « vraie foi » ou à anéantir au même titre que les « mécréants » chrétiens, juifs et athées. Et face à cette offensive islamiste, une solidarité se constitue entre tous les résistants à l’islamisme quelle que soit leur origine, en Occident et ailleurs.

Ainsi, la France est bien en première ligne dans la guerre que livre l’islamisme à tous ses ennemis, parce que la défense du principe laïque y est plus forte et argumentée qu’ailleurs, et parce que le nombre de musulmans y étant en croissance régulière depuis les années 70, les islamistes considèrent le pays comme étant « al islam », c’est-à-dire voué à devenir musulman à titre plein. L’offensive islamiste y prend donc toutes les formes : violentes ou non, politiques, sociales, idéologiques.

Elle vise les corps à travers les attentats terroristes, mais aussi la démographie, la sexualité en général, la séparation des sexes et des communautés, l’endogamie à l’intérieur des communautés. Cette islamisation travaille aussi les esprits à travers une lutte pour la reconnaissance du blasphème, la remise en cause de l’esprit scientifique, la perversion de la posture critique, l’utilisation du droit à la différence et de la cause multiculturaliste pour minimiser, voire annihiler, la culture occidentale et les notions universelles d’émancipation individuelle, de libre pensée et de libre disposition de son corps.

Pour vous le corps de la femme est devenu un enjeu majeur de la laïcité contemporaine. Est-ce une nouveauté liée à l’islam ?  

Comme la laïcité ou encore la démocratie, le féminisme historique égalitariste (des Suffragettes au Mouvement de Libération des Femmes des années 1970) est aujourd’hui accusé par certains d’être d’essence occidentale et partant colonialiste, dominateur et donc à rejeter. Il est vrai que la lutte pour la libération des femmes a commencé en Occident et que l’égalité des sexes y a considérablement progressé même si le combat n’est pas achevé.

Au demeurant, le corps des femmes en tant qu’objet sexuel et instrument de procréation a toujours constitué un enjeu de pouvoir dans à peu près toutes les civilisations, l’Occident ne faisant pas exception. Et le mouvement féministe s’est heurté tout autant aux religions dans leur ensemble qu’au pouvoir politique non religieux. La laïcité en France s’est d’ailleurs instaurée dans un paradoxe historique : au motif que l’Eglise catholique était réputée avoir une forte emprise sur les femmes, nombre de Radicaux promoteurs des lois laïques, étaient par ailleurs opposés au droit de vote des femmes. L’émancipation des femmes n’était pas conçue comme partie intégrante de l’émancipation des individus pourtant objet du principe laïque universel.

A lire aussi: Le hijab, la « French Liberté » des femmes d’Etam

Il n’en reste pas moins que l’esprit de la lutte féministe de « libération », d’émancipation, d’autonomisation, relève pleinement du principe laïque de libre pensée et de libre disposition de son corps pour tout individu. Ce n’est pas un hasard si au début des années 60, le mouvement du Planning familial a inscrit dans ses statuts le principe de laïcité comme consubstantiel à son combat. Et ce n’est pas un hasard  non plus si depuis quelques mois, une lutte « intersectionnelle » regroupant « décoloniaux », « féministes islamiques », multiculturalistes et islamo-gauchistes, s’organise pour réclamer la suppression de cette clause de laïcité dans les statuts de l’organisation.

Car oui, évidemment, la domination des femmes est aujourd’hui un élément essentiel de l’offensive islamiste. Et il est ainsi piquant d’entendre certains politiciens qui ne se sont guère illustrés dans la défense des droits des femmes par le passé, les revendiquer aujourd’hui haut et fort pour des raisons purement tactiques dans leur opposition aux islamistes. Quoi qu’il en soit, la charia institue objectivement la domination des femmes par les hommes à travers nombre de ses préceptes, le plus visible étant le voilement, d’autant que les islamistes en ont fait l’étendard de leur offensive. Chacun sait pourtant que toutes les religions monothéistes, dans leur acception rigoriste originelle, imposent le voile aux femmes comme le dit l’apôtre Paul (1ère épître aux Corinthiens V.11) en double signe d’impureté et de soumission aux hommes. Mais en s’appropriant en quelque sorte ce signe universel, les islamistes rappellent en outre que leurs femmes leur appartiennent et sont destinées aux hommes musulmans exclusivement.

Vous consacrez plusieurs pages aux défis auxquels fait face la démocratie libérale aujourd’hui. En quoi cette problématique est-elle liée à la laïcité ?  

La démocratie est une construction proprement humaine qui parie sur la capacité des humains à supporter l’incertitude, c’est-à-dire à être libres, à donner sens à leur vie par leurs seules actions. Elle se réalise au jour le jour, se construit non pas en référence à un absolu fantasmé mais à une relation du plus au moins satisfaisant. Pas de parousie à l’horizon de l’humanité, pas de projection eschatologique illuminée, mais des avancées et des reculs et toujours la nécessité d’innover, d’inventer des méthodes prosaïques pour répondre au mieux, c’est-à-dire le moins mal possible, aux nouveaux défis de l’époque et aux nouvelles demandes sociales.

La démocratie « libérale », c’est cette « démocratie des Modernes » qui se fonde sur la fiction de l’individu libre. Le choix est donné à chacun en supposant qu’il s’exprimera librement, mais la liberté de pensée de chacun est conçue également comme étant perfectible et s’accroissant au fur et à mesure que les conditions matérielles et morales de cette expression du libre choix s’améliorent (notamment grâce à une éducation émancipatrice)… ou à l’inverse régressent dans d’autres types de contextes.

Car la démocratie n’est jamais acquise définitivement et l’individualisme est une réalité ambivalente. Il existe un individualisme « négatif » (égoïste, consumériste, jaloux, « identitaire », revanchard et du ressentiment) qui peut choisir la servitude volontaire, se soumettre à des communautés et à des modes qui finalement tendent à défaire la démocratie. En revanche, l’individualisme émancipateur, de l’autonomie et de la libre conscience, de l’esprit logique et critique, permet de lutter contre les conformismes oppressifs et les séparatismes communautaires religieux ou autres, et renforce la démocratie.

Cette double notion de responsabilité et de liberté individuelle qui fonde la démocratie moderne est une source commune au principe laïque qui lutte contre les emprises sur les esprits et les corps. Si Dieu s’est retiré du monde sans en achever la création, comme le pensent les juifs, et que les hommes sont maîtres de leur destin et responsables de l’amélioration du monde, la foi ne relève que du privé et croyants et incroyants peuvent œuvrer ensemble à l’amélioration de la société et à l’émancipation individuelle de chacun. Laïcité et démocratie sont donc sœurs jumelles de la modernité. Alors, pour entrer dans ce cadre démocratique et laïque, l’islam doit se réformer comme a dû le faire le catholicisme en son temps. C’est ce que le totalitarisme islamiste cherche à empêcher à toute force, représentant aujourd’hui l’ennemi principal et de la démocratie et de la laïcité.

Français encore un effort... pour rester laïques !

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Et à la fin, c’est encore Donald Trump qui gagne

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Donald Trump à Palm Beach (Etats-Unis), mars 2019. ©Carolyn Kaster/AP/SIPA / AP22317367_000005

Lavé de tout soupçon de collusion avec la Russie par le rapport Mueller, le président Trump a mis ses adversaires KO. Certains médias se sont même confondus en excuses…


Certains médias américains font leur mea culpa après l’effondrement de l’accusation de collusion entre le président Trump et le pouvoir russe. Une journaliste d’investigation réputée, Sharyl Attkisson (The Hill) a ouvert la voie : « Peu importe que nous soyons un partisan ou un opposant au président Trump (…) nous, dans les médias, avons permis à des accusations non prouvées ou fausses de dominer le paysage pendant deux ans, d’une manière extrêmement déséquilibrée. (…) Nous avons considéré ce qu’il disait pour sa propre défense comme devant être disqualifié simplement parce qu’il le disait (…) nous avons très mal traqué l’origine des fausses informations, échoué à peser raisonnablement les motivations des sources anonymes et de ceux qui prétendaient détenir une preuve secrète de la ‘trahison’ de Trump (…) nous avons relayé une quantité énorme d’informations fausses, toujours au détriment de Trump. »

La défaite des médias

Ainsi donc les enquêtes du procureur Mueller et celle du FBI sur la collusion imaginée de Donald Trump avec la Russie pendant sa campagne électorale ne débouchent sur rien. Rien ? Si : probablement sa courte défaite à la Chambre des représentants lors du scrutin de mi-mandat, compensée il est vrai par sa large victoire au Sénat. Peu de journalistes confessent leur erreur ou, quand ils le font, c’est en alimentant une nouvelle suspicion. Le Huffington post note bien que Donald Trump est lavé de ce soupçon mais pour en soulever un autre : « Si le texte conclut effectivement à l’absence de preuve sur une collusion entre son équipe et Moscou en 2016, il laisse, quelques lignes plus loin, la porte ouverte à un autre chef d’accusation: celui d’obstruction à la justice. » Mais si Donald Trump est innocent pourquoi aurait-il tenté d’influencer les juges ? Le clan Clinton, semble-t-il encore shooté à son propre complotisme, rêverait-t-il toujours de le faire destituer ? Il faudrait pour cela que le New York Times, le Washington Post et CNN, devenus peu à peu quasi hystériques, retrouvent une certaine crédibilité dans l’opinion, ce qui n’est pas pour demain.

Les victoires de Trump

En réalité, quel que soit son côté atypique, voire irritant, Donald Trump est en avance sur la pensée unique endoctrinée et calcifiée de son pays. Comme celle de l’Europe bruxelloïde. Sa politique internationale interpelle : il avait annoncé pendant la campagne présidentielle sa volonté de travailler avec la Russie, de défendre les Etats-Unis contre la Chine et, plus généralement, contre les effets du multilatéralisme qui impose des règles rigides, souvent néfastes, auxquelles il faudrait se soumettre sans que son pays puisse s’y opposer. Il a rapidement mis fin au Traité transpacifique, a renégocié l’ALENA (NAFTA) avec le Canada et le Mexique, surtaxé les produits « dumpés » ou déloyaux de Corée et de Chine et mis la pression sur cette dernière, sommée de devenir loyale.

Voici aussi que Daech serait éradiqué en Syrie, et que le Congrès (y compris les Démocrates ) valide – grâce à l’état d’urgence – l’idée de prolonger le mur à la frontière du Mexique (déjà construit par G.W. Bush et B. Obama) afin de contrôler l’immigration illégale de masse et les trafics criminels. La cote de popularité de Donald Trump est toujours aussi haute et l’économie se porte bien.

L’Europe peut en tirer des leçons…

Quelles leçons la France devrait-elle en tirer ? D’abord que les nations ne veulent plus que les décisions qui brisent leurs existences soient prises dans des technostructures internationales aveugles par des non-élus. Et sur le plan économique, qu’il faut suivre le brise-glace Trump qui disloque la banquise de l’OMC et de la mondialisation sauvage et irrationnelle. D’ailleurs, en Europe, les répliques de cette forte aspiration démocratique se voient au Royaume-Uni (Brexit), en Italie, en France (gilets jaunes), en Europe centrale (le groupe de Višegrad) : le puissant besoin des peuples de liberté, d’harmonie culturelle et de justice.

Mais l’Italie semble commettre une erreur (sauf si c’est une « combinazione » pour faire réagir l’Allemagne et la France) en acceptant de se prêter au projet chinois d’une route dite « de la soie » qui pourrait être dévastatrice pour nos emplois et pour le climat (allô, les écolos ?).

…ou prendre une leçon

On assiste à un vaste bluff mondial : la Russie feint de se rapprocher de la Chine (qu’elle n’aime pas) car les Etats-Unis d’Obama l’ont rejetée et ont incité l’Union européenne (UE) à prononcer des sanctions contre elle, sanctions qui pénalisent surtout les Européens. La Chine tente, elle, de se prouver à elle-même et aux Américains que s’ils lui ferment la porte elle déversera sa puissance sur l’Europe. Et donc qu’elle n’est pas en position de faiblesse, alors que les Etats-Unis menacent l’UE de sanctions, tout en proposant des relations privilégiées au Royaume-Uni.

Le dindon de la farce sera-t-il l’Europe continentale ? C’est bien parti pour. A moins que le 27 mai au matin le Parlement européen ne soit complètement chamboulé. Ce qui ne pourra se produire que si les partis qui se réclament de la démocratie, du patriotisme et du souverainisme (de droite et de gauche) démontrent leur sincérité en coordonnant leurs actions et en s’unissant. Sinon, il manquera 1 % ici ou 4 % là.

Journée « sans plastique »: il va falloir le dire aux Indiens…

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Campagne contre le plastique à Hawaï, mai 2018. ©CATERS/SIPA /

France Inter et Konbini s’associent aujourd’hui pour dire « Le plastique, non merci! », mais la plupart de celui qu’on retrouve dans les océans ne vient ni de France ni d’Europe. Le masochisme occidental en prend un coup.


Un article du Daily Mail nous apprend que 95% des plastiques polluant les océans sont issus de dix grands fleuves seulement qui les y charrient, tous situés à des dizaines de milliers de kilomètres d’ici : en Chine, en Inde, ou en Afrique.

La « croisade » s’amuse

Voilà qui est fâcheux : non seulement cela signifie que les flagellants écologiques de nos bonnes vieilles contrées s’accusent de bien beaucoup de choses en regard de ce qui se pratique très loin d’ici, mais cela fait craindre le pire : que ne déferlent au bord du Yangzi, du Gange, du Niger ou de l’Indus des milliers de petits chevaliers du Bien venant libérer le sanctuaire de Gaïa des forces du Mal ! C’est que la presse elle-même qualifie allègrement la cause environnementale de « croisade », comme si nous vivions aux temps des convictions médiévales ! Il a beau faire de plus en plus chaud, ça fait froid dans le dos.

Le plastique, c’est pas chic

Plus sérieusement, si la pollution a longtemps été considérée comme la maladie de l’opulence industrielle, le retour de bâton de la marchandise-culte, le revers d’une abondance coupable, le débord toxique d’une production devenue démente, il semblerait que ce péché contre la Terre soit finalement bien moins bourgeois que prévu, et que l’objet de la bonne conscience de l’homme blanc fier d’avoir honte ne soit plus le seul luxe des riches. Le pauvre aussi est un salaud. Il faut nous y faire : la pollution n’est plus un vice aristocratique de nanti des nations, elle est – quelle tristesse – un hobby démocratique mondialisé que même les plus démunis pratiquent avec assiduité.

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L’écologie était notre excuse à nous ! Nous polluions, oui, mais nous en étions marris – alors on pouvait un peu, quand même, entre décadents du Vieux Continent ! Non seulement nous nous faisons voler notre privilège par des pauvres, mais en plus par des pauvres sans scrupules ! Les gens ne respectent vraiment plus aucun fair-play. Tout fout le camp.

A quoi reconnait-on une phrase de droite?

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Aurore Bergé, Emmanuel Macron, Lionel Jospin (de g. à dr.). ©Woytek Konarzewski/SIPA - SIPA - SAURA PASCAL/SIPA (00865626_000012 - 00900536_000001 - 00543842_000002)

Si vous ne savez pas différencier une phrase de droite d’une phrase de gauche, allumez la télé et écoutez Macron. 


Il y a des phrases de gauche et des phrases de droite. C’est comme ça. Il y a des phrases que quelqu’un de gauche ne pourrait pas dire. Parce qu’elles ne lui viendraient tout simplement pas à l’esprit.

A quoi reconnaît-on une phrase de droite ? A son vocabulaire ? Pas forcément. Prenons le mot peuple. Il est évident que dans la bouche d’un député RN, il n’a pas du tout le même sens que dans celle d’un député communiste. Quand le premier pense race et droit du sang, le deuxième pense classe sociale dominée. Alors, ce serait au ton sur lequel elle est prononcée ? On se rapproche. Il y a vite une sale musique condescendante dans la phrase de droite.

Taisez-vous LREM !

Ecoutez parler les députés LREM qui sont envoyés faire de la retape à la téloche. C’est plus fort qu’eux. Ils finissent par parler à leurs opposants ou aux journalistes comme à des débiles légers qui ne comprennent pas la lumière qui émane du Danube de la start-up nation. Pour les journalistes, ce n’est pas très grave. Ils ne se vexent pas car eux-mêmes prononcent des phrases de droite, tout le temps, sans même s’en rendre compte tellement ils sont formatés par leur soumission au libéralisme. Voyez comment un journaliste s’entretient avec un patron et comment il s’entretient avec un syndicaliste. Elkabbach, qui sévit encore alors qu’il était déjà journaliste de droite quand j’avais quatorze ans, est leur modèle à tous : obséquieux avec les puissants, arrogant avec ceux qui refusent l’ordre établi.

Je te dirai les maux doux…

Mais il n’y a pas que le ton, il y a aussi les phrases que l’on prononce dans certaines situations douloureuses. On ne demande pas des câlins, mais si on pouvait éviter, en plus de prendre des baffes, ce serait un minimum. Je me souviens de Raymond Barre déplorant la mort de « Français innocents » après l’attentat de la synagogue de la rue Copernic en 1980. Ou je me souviens de Jospin en 1999 déclarant sur TF1 à propos des licenciements boursiers de Michelin, les premiers du genre en France puisque Michelin ne versait pas assez de dividendes aux actionnaires : « L’Etat ne peut pas tout. » Vous me direz que Jospin était de gauche. Bon, en fait, il était socialiste ce qui n’est pas la même chose et ce soir-là, il a prononcé une phrase de droite que les ouvriers de Michelin pouvaient aisément traduire par « démerdez-vous ».

A lire aussi: Geneviève Legay: peut-on attendre « une forme de sagesse » du président Macron?

Mais soyons honnête, la pire phrase de droite que j’ai entendue, c’était en 1986. J’avais vingt-deux ans et j’étais syndiqué à l’UNEF-SE. J’avais participé au mouvement étudiant qui avait été marqué par la mort de Malik Oussekine. Le premier porte-flingue de Pasqua, un certain Robert Pandraud, secrétaire d’Etat à la sécurité, avait réagi en disant : « La mort d’un jeune homme est toujours regrettable, mais je suis père de famille, et si j’avais un fils sous dialyse je l’empêcherais de faire le con dans la nuit. » Dans le genre dégueulasse, c’était quand même champion. Manifester, c’était forcément « faire le con » et l’air de rien, l’insuffisance rénale devenait un motif interdisant de défiler. Il aurait pu élargir son  raisonnement aux hypertendus, aux diabétiques, aux asthmatiques. Le tout noyé dans la fausse compassion du « père de famille ».

Macron, enfin un président de droite !

Eh bien comme tout se répète, on a eu la semaine dernière, de la part de Macron himself une belle phrase à la Pandraud. Après qu’une femme de 73 ans, Geneviève Legay, a eu le crâne fracturé dans une charge de CRS à Nice, le premier réflexe de Macron a été de faire la morale : « […] Il faut avoir un comportement responsable. […] Je lui souhaite un prompt rétablissement, et peut-être une forme de sagesse. […] Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci. »

Si je résume, c’est quand même l’histoire d’un banquier de quarante piges qui donne des leçons de sagesse à une septuagénaire anticapitaliste qui vient d’être blessée gravement. Macron, lui qui n’a jamais manifesté de sa vie.

Bref, la vraie, la belle, la bonne phrase de droite, presque chimiquement pure, c’est à lui qu’on la doit depuis un bon paquet d’années.

Le pire, c’est qu’on n’est même pas surpris.

Nager vers la Norvège

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Geneviève Legay: peut-on attendre « une forme de sagesse » du président Macron?

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Emmanuel Macron, mars 2019. ©Jacques Witt/SIPA / 00900271_000014

Gravement blessée en marge d’une manifestation à Nice après une charge policière, Geneviève Legay, 73 ans, n’a eu droit pour toute compassion qu’à une leçon de morale de la part du président Macron. Il lui a souhaité une « forme de sagesse » et l’a invitée à avoir « un comportement responsable »


Décidément, la parole et la communication du jeune Emmanuel Macron ont du mal à tomber juste et à ne pas agresser les Français dans un pays qui traverse l’une de ses plus graves crises sociales et politiques depuis des décennies.

Lors de l’Acte XIX du mouvement des gilets jaunes à Nice, Geneviève Legay, militante pacifiste et altermondialiste du mouvement Attac âgée de 73 ans et se trouvant Place Garibaldi aux abords immédiats de la zone de manifestation interdite en vertu des nouvelles mesures prises pour restreindre les violences (et incidemment le droit de manifester), a été très grièvement blessée à la tête. On la voit brandir paisiblement un drapeau de paix arc en ciel (pas une dangereuse black bloc activiste, donc), puis on voit les forces de l’ordre charger, elle se trouve sur leur passage, on la voit ensuite au sol très grièvement blessée de plusieurs fractures du crâne avec des hématomes sous-duraux.

Bien fait pour elle ?

Le procureur de la République, prudent et mesuré, a demandé l’ouverture d’une enquête afin que soient élucidées les circonstances et responsabilités précises du drame, le contexte n’étant en l’occurrence pas totalement clair : une certaine confusion semble régner quant au périmètre exact dans lequel elle se trouvait puisqu’il se pourrait bien qu’elle ne fût pas tout à fait dans celui qui était interdit. En tout état de cause, et comme n’importe quel œil même un peu morne voire hostile peut le constater sur les images, elle ne représentait pas un péril imminent pour la République, pas même autant qu’un petit transpalette devenu fou. Non. Une petite dame retraitée tranquille avec des idéaux chevillés au corps et un drapeau coloré avec le mot « PAIX » dessus. Une petite dame retraitée, ancienne éducatrice spécialisée, qui fait valoir pacifiquement ses droits et ses convictions dans l’espace public, comme cela se passait autrefois en démocratie.

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De passage à Nice pour y recevoir en grande pompe le président de la Chine Populaire Xi Jinping qui, c’est le moins qu’on puisse dire, n’est pas doté d’une fibre empathique particulièrement développée en matière de respect des libertés publiques ou des manifestants de tout poil, son seul objectif étant vraisemblablement de conclure des marchés  – ce qui demeure une conception toute particulière du communisme et de l’anticapitalisme -, Emmanuel Macron a lâché au quotidien Nice Matin une de ces curieuses petites phrases dont il a le secret en guise de témoignage de sympathie à la malheureuse retraitée, lui souhaitant bien évidemment un « prompt rétablissement », mais aussi qu’elle se retrouve à l’avenir – si Dieu lui prête vie après cet accident – habitée d’une « forme de sagesse » (influence subite de Confucius ? Nul ne sait…). En l’occurrence, la réflexion présidentielle est claire : si vous êtes « fragile » (c’est-à-dire, visiblement, dans l’esprit du fringant jeune homme, un peu « âgée » – est-on « fragile » à 70 ans en France en 2019 ?), vous n’avez rien à faire à manifester dans les rues et encore moins à proximité immédiate d’une zone interdite. C’était sûrement pareil autrefois pour les gueux chinois s’ils avaient le malheur d’enfreindre les murs de la Cité interdite…

La drôle de « sagesse »…

Cette rhétorique d’apparent bon sens avait déjà été utilisée par Robert Pandraud lors de la mort de Malik Oussekine au cours des manifestations étudiantes et lycéennes de 1986, mort consécutive aux coups infligés par les voltigeurs de la police, et dont on sait combien elle a ensuite pesé pendant des décennies sur la doctrine du maintien de l’ordre public, au point d’ailleurs de paralyser toute forme d’action offensive (jusqu’à la brusque décompensation répressive de ces dernières mois) : « Si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le con dans la nuit », avait alors déclaré le délégué à la sécurité de Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur.

S’il est loisible en effet de considérer qu’en périodes de troubles, mieux vaut se protéger des éventuelles violences possibles (en l’occurrence répressives mais ce peut être aussi celles engendrées par des casseurs), la question n’est pas d’étudier l’opportunité ou non pour cette femme de s’être trouvée dans ces lieux alors même qu’elle git à présent sur son lit d’hôpital dans un état très grave.

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Ne peut-on pas, en revanche, rapporter ces blessures subies et la dangerosité à laquelle cette retraitée s’est exposée aux mesures exclusivement sécuritaires mises en place par le pouvoir pour répondre à un problème avant tout social et politique ? Est-ce à dire en effet que tous les retraités de France, par définition pour le jeune président « fragiles » (le critère retenu étant visiblement celui de l’âge, à moins qu’il ne parlât de la fragilité du sexe dit faible ?) sont condamnés à subir la dévalorisation constante de leur pouvoir d’achat et de leurs conditions de vie sans broncher, en restant bien sagement chez eux en chaussons devant la télévision qui diffuserait en boucle les marathons télévangélistes du président ? Serait-ce cela, la sagesse requise ? La manifestation de leur souffrance sociale et économique, qui constitue leur véritable fragilité, celle que justement l’exécutif refuse de regarder en face et de prendre en considération, leur est-elle désormais interdite au motif qu’ils prennent alors des risques mettant en péril leur diagnostic vital et leur intégrité physique ? Qu’en est-il de la prise en compte de la fragilité sociale par cet exécutif ? Une manifestante inoffensive et pacifique qui s’oppose par ailleurs aux restrictions des libertés publiques déployées par l’exécutif macronien peut-elle se retrouver en danger de mort pour cette raison ? Est-ce cela la République qu’il fallait sauver du prétendu danger fasciste à la présidentielle de 2017 ?

…et le « comportement responsable » du président Macron

Par ailleurs, et si certains peuvent tout à fait cautionner le bon sens de la phrase présidentielle sur le plan factuel, qu’en est-il de l’opportunité et de la décence d’une pareille expression employée d’une part à l’encontre d’une femme gisant à l’hôpital, prononcée par un jeune de 41 ans à une femme de 73 ans, son aïeule donc, à qui, dans une société policée, il doit le respect que l’on doit à tous ceux qui nous ont précédés dans les générations, mais surtout prononcée après des dizaines d’autres petites phrases méprisantes ou immatures à l’encontre du peuple Français ? N’en est-il pas enfin assez de ces puérilités de la parole du président qui semble vouloir systématiquement donner la leçon à tous et ne se les appliquer jamais à lui-même ?

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Car enfin, qu’en est-il de la « sagesse » d’un jeune président qui s’en va skier tout feu tout flamme lorsque Paris brûle ? Qu’en est-il de la sagesse d’un jeune yuppie donneur de leçons qui prétend qu’il suffit de « traverser la rue » pour trouver du travail quand tant de ses compatriotes sont à la peine ? Qu’en est-il de la sagesse consistant à traiter son propre peuple de « Gaulois réfractaires » ? Qu’en est-il de la sagesse qualifiant avec provocation et surenchère un large mouvement social de « foule haineuse » ? Où est la sagesse d’un jeune chef qui, réunissant son clan dans le camp retranché de la Maison de l’Amérique latine, lance un provocateur et arrogant « qu’ils viennent me chercher ! » quand tout le pays s’interroge et s’indigne de la pathétique gestion de l’affaire Benalla, entre amateurisme invraisemblable, magouilles et mensonges éhontés ? Où est la sagesse d’un chef d’Etat digne de ce nom posant pour un selfie collé-serré contre le torse de deux malfrats à moitié nus faisant des doigts d’honneur renvoyés à la face du pays tout entier ? Quelle est au juste la forme de sagesse qui incite un jeune président à transformer le palais de l’Elysée en dancefloor vulgaire et tapageur, pour plusieurs mois plus tard venir pleurnicher puisque cette sacralité mise à mal est remise en cause par quelques factieux chauffés à bloc ? Quelle est la forme de sagesse qui pousse un exécutif à n’apporter à une crise sociale et politique que des réponses sécuritaires et aucune réponse politique ? Où est la sagesse consistant à maquiller une campagne électorale européenne en « Grand débat » pour y pérorer pendant des heures comme dans quelque marathon télévangéliste ou quelque compétition de « Questions pour un champion » version concours d’entrée à Sciences po ? Et qu’en est-il des leçons de sagesse curieusement non diligentées à l’encontre des deux jeunes délinquants qui, à Grenoble, conduisaient au volant d’un scooter de grosse cylindrée, volé, sans casque, sans plaques d’immatriculation, roulant sur les trottoirs, percutant des véhicules et qui, logiquement pris en chasse par la police, finirent par trouver la mort coincés par un autocar, ce qui a déclenché des émeutes urbaines d’une rare violence avec de très nombreux dégâts dans le quartier Mistral, ce qui n’a donné lieu à aucune réaction de l’exécutif pourtant si sensible, visiblement, aux questions sécuritaires dès lors qu’elles concernent les Gaulois réfractaires? Pas de leçons de sagesse culpabilisantes dans les quartiers perdus de la République ? Comme c’est étrange…

Le petit prince

Peut-être que cette dame n’aurait pas dû se trouver là, n’aurait pas dû s’y croire en sécurité comme c’était autrefois le cas en régime démocratique. Peut-être qu’elle a eu tort de ne pas avoir peur de ce pouvoir. C’est un fait. Mais quel niveau de narcissisme tout-puissant et d’absence d’empathie faut-il avoir atteint pour venir moraliser sur son dos alors qu’elle n’est encore même pas tirée d’affaire et avec des séquelles le cas échéant dont on ignore l’étendue ? Quelle estime mériterait une personne se rendant au chevet d’un blessé pour lui dire : « Tu vois, je te l’avais bien dit ! » ?  Est-ce digne d’une stature présidentielle ?

C’est au jeune Emmanuel Macron lui-même, par conséquent, qu’il faut souhaiter que vienne enfin la sagesse, et au pays tout entier qui en subit l’absence depuis des mois. Car, décidément, malheur à la ville dont le prince est un enfant !

Top 7 des publicités à l’avant-garde du progressisme

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Captures d'écran Youtube.

Depuis quelques années, les publicités télévisées ne se contentent plus de vous séduire, elles tentent de vous endoctriner. Le progressisme se vend bien: il faut être dans l’air du temps. Féminisme, antiracisme et proximité sont des valeurs cardinales. Florilège des spots les plus « engagés ». 


Dans les années 80, les publicités se contentaient de mentir un peu pour nous vanter la vitesse de la 205 GTI dévalant les pistes comme l’Aston Martin de James Bond ou la formule miraculeuse d’Ariel pour laver plus blanc que blanc. Mon produit va vous rendre plus beau, mon produit est le moins cher, ma purée a le meilleur goût. Ce n’était pas bien méchant.

Un peu plus tard, les marques sont devenues un tantinet plus subtiles dans leurs propositions de valeurs. Domino’s Pizza, par exemple, a révolutionné son marché aux Etats-Unis, non pas en ayant des pizzas moins chères ou meilleures, mais grâce à la force de son slogan : « Votre pizza fraîche livrée chez vous en 30 minutes, ou on vous la rembourse ». Mais ces dernières années, les publicitaires ont franchi un nouveau cap. Il ne s’agit plus de trouver un moyen de rendre le consommateur accro à telle ou telle marque, mais de lui montrer combien la marque à qui il fait confiance est la plus vertueuse.

Le militantisme a pris des proportions démesurées avec Décathlon et son hijab de sport. Plus que jamais, progressisme sociétal et grandes marques font système et développent tous les outils pour fédérer un maximum autour de la « végétalisation de nos rapports humains » (je pique cette formule à Elisabeth Lévy). Quand cela a-t-il commencé, au juste ? Selon moi, et Philippe Muray l’avait déjà analysée, c’est la publicité de France Telecom pour l’an 2000 qui a sonné le ralliement.

7 – France Telecom « nous fait aimer l’an 2000 »

Alors que les Français sont inquiets du bug de l’an 2000, présenté à l’époque comme une fin du monde certaine, France Telecom dégaine en 1997 un très joli spot. Bambin, je m’étonnais que la compagnie française nous présente un chinois pour vanter ses mérites, alors que ma tête d’enfant innocent pensait qu’elle avait pour mission de permettre aux Français de mieux communiquer entre eux. Mais France Telecom voulait surtout « nous faire aimer l’an 2000 ». Ce slogan témoignait de la volonté furieuse de grands groupes de faire entrer de gré ou de force chaque gaulois réfractaire dans une post-modernité effrayante.

Peu après cette pub, France Telecom est devenue une marque mondiale. Et tout comme la France a continué de fondre dans la globalisation, le mot « France » a disparu de la marque au profit de « Orange ». Depuis, les gosses restent enfermés des heures devant leurs écrans. Et Orange nous annonce aujourd’hui que « votre famille est plus libre avec la fibre ». Sans rire ? Libre, d’accord, mais de regarder Cyril Hanouna et Marlène Schiappa.

6 – Ariel, la lessive qui lave les cerveaux plus blanc que blanc

« Partageons les tâches ». Ariel milite pour que les lessives soient faites par tous et moins par toutes. J’ai longuement évoqué cette stratégie dans un article qui date un peu. Dans ce spot, un papa est terrifié de voir sa bambine mimer Maman qui a une « montagne de choses à faire » à la maison. Alors il prend les choses en main et balance la capsule de lessive dans la machine. #MeToo, ça vaut aussi pour les hommes. Il reste regrettable qu’Ariel n’ait pas eu la sagacité d’afficher un couple interracial dans ce spot.

5 – La Caisse d’Epargne au secours des femmes qui ont des idées

Dans ce spot de 2018, la Caisse d’Epargne veut nous « être utile » et lutte donc efficacement contre le sexisme qui frappe les « femmes entrepreneur » qui lancent leur startup (véritable fléau des temps nouveaux). Si Margaux avait pu être à la fois en surpoids et « entrepreneuse », on lui aurait dit que c’était un sans-faute.

4 – Monabanq, les gens avant l’argent

Les publicités pour les banques ou les assureurs sont souvent les plus barbantes, mais Monabanq décroche ma palme d’or en 2015 avec son slogan « les gens avant l’argent ». Cette banque de supermarché (c’est une filiale des Trois Suisses) prétend que la chaleur des rapports humains lui importe plus que la froide finance. Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu. Taux de duplicité : 120%. Publicitaires, l’hypocrisie se voit, même cachée derrière les bons sentiments…

3 – E. Leclerc n’oublie pas Alzheimer

Dans ce spot peu connu, Michel-Edouard Leclerc se présente comme un militant contre la maladie d’Alzheimer. Il semble si beau et si bon que j’ai envie de traverser l’écran pour lui baiser les mains comme à un bon pape. Mais ce serait oublier que ses cathédrales à lui – à la différence des églises catholiques – ont défiguré les périphéries des villes moyennes. Y voir un moyen de faire du lobbying en contrebande pour pouvoir avoir ses propres pharmacies, un des secteurs réglementés qui résiste encore à  son appétit vorace, serait bien sûr malhonnête.

2 – Gillette mec froid

Outre-Atlantique, ce spot post-Weinstein a provoqué des torrents de réaction. « Masculinistes » et « Alt-right » se sont révoltés contre le nouvel homme promu par Gillette, trop chochotte et repentant devant les femmes. Mais « il n’y aura pas de retour en arrière » prévient Gillette, la marque veillera à l’avenir à ce que ses publicités soient au moins réalisées par 50% de femmes, na !

1 – Decathlon, « le sport, la joie »

A tout seigneur tout honneur. Dans cette publicité, les grosses personnes enrobées de sexe féminin sont invitées à se montrer en maillot, et on espère vivement que les garçons se mettront à la danse et au tutu. Les vieux, enfin, sont priés de se bouger un peu. Parce que bon, les stéréotypes ça suffit. Avant de tenter de s’aventurer dans la vente de produits pour séparatistes musulmans, la chaîne de distribution de produits de sport avait donc sorti ce spot, parfaite illustration de ce dont nos pubards sont capables.

Un exemple de la fausse objectivité du « Monde »

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Image d'illustration. ©NICOLAS MESSYASZ/SIPA / 00853709_000003

Tiens, cela fait un moment que je n’ai pas écrit un petit texte pour Causeur, me disais-je. Mais aussi, j’ai un peu décroché de l’actualité, ces derniers temps… Qu’est-ce donc qui se passe déjà ?

Un vieux numéro du Monde traîne sur la table. Il a un peu plus de quinze jours. Parcouru rapidement, il a été jeté là, dans l’attente d’une lecture plus attentive et tranquille, dont l’occasion ne s’est pas présentée. Les enfants l’ont soigneusement effeuillé et certaines pages sont déchirées. Je remets dans l’ordre les survivantes.

Flagrant « délit » de « traitement différencié »

Et je constate que le quotidien de référence offre, dans ce numéro, un magnifique exemple de « traitement différencié » : j’entends par là une concomitance entre deux faits similaires, traités de manière différente pour des raisons purement idéologiques.

Annoncé en couverture,


Macron Europe


l’article sur la tribune d’Emmanuel Macron est un compte-rendu exhaustif et précis du texte diffusé le lundi 4 mars dans les médias de 28 pays. Il est suivi d’un long extrait de cette tribune.


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Cette démarche traduit la volonté de synthétiser, de la manière la plus fidèle possible, le propos du président.

On tourne la page et l’on trouve un article intitulé « La Hongrie à l’heure de la propagande anti-Juncker ».


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Il s’agit, là encore, d’un texte rédigé par un responsable politique (le premier ministre Viktor Orban) et diffusé très largement. Toutefois, alors qu’Emmanuel Macron destinait sa missive à tous les Européens, au-delà des frontières du pays dont il a la responsabilité, Orban s’adresse, lui, uniquement aux Hongrois. Mais cette question de légitimité embarrasse peu Le Monde.

Journaliste avec Macron, partisan avec Orban

Alors que le texte signé Macron était traité avec un respect scrupuleux et un effort de neutralité, celui d’Orban est donné à entendre à travers les yeux d’un Hongrois lambda : « Comme tous les électeurs, Miklos Janszo a reçu personnellement une lettre du gouvernement hongrois ». On découvre, deux paragraphes plus loin, que ce Hongrois n’a pas été choisi au hasard : c’est un opposant à Orban puisqu’il « milite dans un petit parti libéral ».

A lire aussi: Quand Le Monde tente de démentir le « grand remplacement »

Les citations de Macron étaient abondantes et longues, systématiquement accompagnées d’un verbe de parole réattribuant le propos au président, dans un souci journalistique de s’effacer au maximum derrière l’auteur du texte : « Le président espère que… », « il veut… », « il propose… » , « il affirme que… », « il conclut… ». Dans le cas d’Orban, le texte est réduit à…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 

La Langue des medias

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Au Brésil, les ONG font leur loi en vert et contre tous

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Des membres de la tribu indienne des Waiapi, dans l'Etat de l'Amapa au Brésil, au nord de l'Amazonie, octobre 2017. ©Apu Gomes / AFP

Instrumentalisant la cause des Indiens d’Amazonie, ONG et mouvements indigénistes ont pris le contrôle d’un septième du territoire brésilien. Leur écologisme radical se heurte aux intérêts des agriculteurs… et aux aspirations de nombreux Indiens. Enquête. 


Les médias européens racontent souvent des histoires de bons et de méchants, notamment lorsqu’ils traitent de sujets lointains qu’ils connaissent mal, comme le sort des Indiens du Brésil. En janvier dernier, après son investiture, Jair Bolsonaro, le nouveau président du pays, a décidé de confier la délimitation des territoires indiens au ministère de l’Agriculture. Auparavant, cette mission incombait à la Funai, la Fondation nationale de l’Indien, un organisme créé en 1967 et rattaché au ministère de la Justice. Ce transfert de compétences a suscité une bronca des ONG et des mouvements indigénistes. À de rares exceptions près, la presse du Vieux Continent a pris leurs arguments pour argent comptant. À les entendre, le nouveau président s’apprête ainsi à détruire plus de cinquante ans de travail pour l’attribution des terres aux peuples indigènes pour livrer les territoires ancestraux à l’appétit vorace de l’ « agribusiness ». La preuve ? Lorsqu’elle était députée fédérale (de 2014 à 2018), la ministre de l’Agriculture choisie par Bolsonaro était le chef de file du lobby parlementaire « ruraliste », réputée défendre les intérêts des grands propriétaires terriens.

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Fin 2018, le Brésil comptait 896 900 Indiens (0,43 % de la population totale) répartis en 305 ethnies différentes. La constitution brésilienne (adoptée en 1988) accorde à ces populations un droit d’usufruit des territoires ancestraux sur lesquels elles sont installées et où la loi indigène fait foi. Ces terres restent néanmoins la propriété de l’État fédéral. Lorsqu’une ethnie revendique un territoire, l’État engage un processus de démarcation en plusieurs étapes. Si la première phase d’étude est concluante, la fondation délimite l’espace sur lequel le droit d’usufruit sera exercé. Ensuite, le ministère de la Justice rend public un projet d’homologation. Celui-ci peut alors être contesté par les occupants non indigènes des lieux (propriétaires en titre de foncier, locataires de bonne foi), qui sont menacés de devoir quitter le territoire délimité. Si les contestations sont jugées irrecevables, le chef de l’État homologue puis régularise les terres de réserve. Après une évaluation des pertes subies par la Funai, les expulsés peuvent cependant être indemnisés. Ces terres indigènes sont de véritables sanctuaires, dont l’accès est réglementé pour les non-Indiens et dont l’exploitation des ressources naturelles est interdite à toute personne ou entreprise venue de l’extérieur.

Quel exploitant s’engagerait à planter, à irriguer des terres ou à investir en équipements s’il court le risque d’être délogé ?

En trente ans, l’explosion des revendications des Indiens et la consolidation juridique de ces territoires ont permis d’accroître la dimension du foncier sur lequel des populations autochtones disposent d’un usufruit exclusif. En 1994, les 258 régions en cours d’évaluation par le gouvernement fédéral représentaient un peu moins de 800 000 km2, mais seuls 34 % se trouvaient en fin de processus et donc confirmés. En 2018, les 572 territoires homologués représentaient 1,18 million de km2, soit 13,8 % de la superficie du pays. En outre, il existait alors un « stock » de 115 autres dossiers en cours de traitement.

Comme on peut l’imaginer, cette extension des droits fonciers des Indiens n’a pas été accueillie avec enthousiasme par les autres populations vivant en milieu rural. Souvent victimes d’un racisme virulent, les bénéficiaires de la démarcation se sont d’abord heurtés à la résistance très violente des bandes criminelles qui vivent du commerce illégal de terres publiques dans les régions du Nord (Amazonie) où le cadastre est encore confus. Mais la résistance à la démarcation vient aussi de l’ensemble du monde agricole – pas seulement les grands propriétaires – pour qui le processus a été et reste une source d’insécurité juridique permanente. Quel exploitant s’engagerait à planter, à irriguer des terres ou à investir en équipements s’il court le risque d’être délogé ?

La politique de démarcation contrarie également les États fédérés, car elle fragmente le territoire et rend très difficile la construction de grandes infrastructures (routes, centrales hydroélectriques), des chantiers coûteux, longs et compliqués que les Indiens peuvent bloquer ou ralentir dès qu’ils ont un impact sur leur terre.

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Les tensions et les conflits autour du foncier sont aussi attisés par la politique d’un grand nombre d’ONG indigénistes. Dès les années 1960, des anthropologues et une fraction de la société civile mobilisée par l’Église catholique se mobilisent sur la question indigène et encouragent la création d’ONG de défense des Indiens. Au fil du temps, ce mouvement ajoute l’écologie à son argumentaire. Les Indiens sont alors présentés comme le meilleur rempart contre la déforestation de l’Amazonie, dont l’ampleur et le rythme deviennent des préoccupations mondiales. Ce recours à l’étendard environnemental confère une audience globale aux revendications des populations indigènes brésiliennes. Empreint d’une culture revendicatrice de gauche, inspiré aussi par une sensibilité écologique radicale, le mouvement national pro-indien défend une conception du développement durable centrée sur la préservation d’espaces de plus en plus étendus et protégés de l’influence du monde capitaliste environnant. Cette approche est aussi celle du Conseil indigéniste missionnaire (CIMI), une organisation gauchisante très influente liée à l’épiscopat brésilien. Dans les années 1990, ces ONG nationales reçoivent le soutien d’agences gouvernementales européennes (Norvège, Royaume-Uni, France, Allemagne, etc.) ainsi que des grandes boutiques mondiales de protection de l’environnement (The Natural Conservancy, Conservation International, WWF, Oxfam, Greenpeace). Le CIMI bénéficie également du soutien d’institutions chrétiennes (CCFD en France, Cafod au Royaume-Uni). Bientôt, l’afflux de ressources financières permet au mouvement pro-indien de recruter des experts de toutes disciplines (anthropologues, communicants, économistes, linguistes). Dans les années 2000, ces experts participent directement à l’élaboration de la politique de démarcation comme consultants pour la Funai. Disposant de canaux de communication internationaux, utilisant des techniques de marketing, les associations indigénistes acquièrent un prestige médiatique qui dépasse de très loin celui de tous les autres secteurs de la société concernés par la politique de démarcation.

Pour ce mouvement très structuré et influent, les terres traditionnelles que doivent occuper les Indiens ne se réduisent pas aux espaces effectivement occupés à un instant, mais incluent l’ensemble des terroirs jugés nécessaires à la survie physique et culturelle des ethnies indigènes et au maintien d’un mode de vie traditionnel. Aux revendications légitimes de ces ethnies, les ONG adjoignent donc un réservoir illimité de demandes potentielles. Ainsi, plusieurs organisations soutiennent aujourd’hui que les 572 territoires déjà identifiés et homologués ou en cours d’homologation ne représentent même pas la moitié de la surface totale à démarquer, qui atteindrait selon elles jusqu’à 30 % du territoire national, soit près de quatre fois la superficie de la France métropolitaine.

Les dérapages d’un autre lobby puissant

Au début des années 2000, avec l’arrivée de Lula à la tête du gouvernement fédéral, le lobby des ONG indigénistes est devenu l’inspirateur direct de la politique conduite par la Funai qui a de ce fait cessé d’agir comme un service public indépendant et impartial. La cause des Indiens a été utilisée par des organisations qui mènent un combat politique anticapitaliste ou défendent des thèses écologiques radicales. La démarcation des terres indiennes est devenue une sorte d’industrie finançant et garantissant la capacité d’influence sur les pouvoirs publics d’associations dites de défense des communautés indigènes.

Selon la législation actuelle, un groupe vivant en milieu rural est considéré comme appartenant à une ethnie autochtone s’il le déclare et si un rapport d’expertise réalisé par des anthropologues le confirme. La réalisation des études préalables et le rapport lui-même sont commandés par la Funai qui engage et rémunère des anthropologues… souvent membres ou associés aux quelque 200 ONG de défense de la cause indigène ! Comme l’a montré une commission parlementaire constituée en 2017 pour analyser le travail de la Fondation nationale de l’Indien, la fin a souvent justifié les moyens. Pendant des années, des rapports d’expertise anthropologiques ont été établis sans la moindre rigueur scientifique pour illustrer les orientations idéologiques de leurs auteurs. Pour légitimer l’expulsion d’un territoire des populations non indigènes, des « experts » ont littéralement ressuscité des peuples indigènes dont l’extinction remonte au XVIIIe siècle. D’autres ont soudain identifié des ethnies sur un bassin agricole où il n’existait pourtant aucune trace historique de leur présence. La dérive a été telle que, dès 2006, le président de la Funai, pourtant nommé par Lula, réclamait un arrêt immédiat des procédures de démarcation qu’il affirmait ne plus contrôler.

Une politique indigéniste indépendante, efficace et juste ne peut plus être fondée sur l’octroi aux Indiens de terres de plus en plus vastes. D’abord parce que ce n’est pas le souhait de plusieurs ethnies qui veulent s’intégrer à la société environnante. Ensuite parce que la concession de droits fonciers et l’usufruit exclusif ne sont pas suffisants pour assurer aux communautés bénéficiaires une sécurité économique. En 2010, le recensement de la population brésilienne (le dernier en date) a montré que 42 % des Indiens vivaient en dehors des terres démarquées. Depuis, l’exode se serait accru. Ignorant complètement les droits originaires garantis par la Constitution, des Indiens abandonnent discrètement les terres ancestrales qui leur sont réservées pour s’installer à la périphérie des villes. Leurs motivations sont très hétérogènes : fuite devant les attaques subies, recherche de travail et de meilleures conditions de vie (santé, éducation). En 2003, la création d’un revenu minimum pour les familles les plus démunies scolarisant leurs enfants a favorisé le mouvement. Les Indiens se sont rapprochés des villes pour recevoir cette allocation et avoir accès à l’école.

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Des enquêtes ont montré que le souhait d’intégration de ces groupes (souvent en contact depuis des décennies avec la société qui les entourent) tranche avec les clichés véhiculés par des mouvements indigénistes. Les autochtones qui veulent rester sur des terres ancestrales préservées et protégées n’ont pas besoin d’une politique d’expansion infinie de leurs droits d’usufruit exclusif et excluant. Ils souhaitent même souvent maintenir des liens économiques et des relations de proximité avec les Blancs et les Métis qu’ils côtoient parfois depuis plusieurs décennies. Ils revendiquent encore un accès à des financements pour développer une agriculture moderne, des soins de santé de base, l’énergie électrique, l’eau courante et des écoles. Beaucoup ont le sentiment d’avoir été instrumentalisés par la lutte écologique radicale que mènent de nombreuses ONG, ce lobby puissant dont les médias occidentaux semblent ne pas connaître l’existence.

Même s’il en avait la volonté, le président Jair Bolsonaro pourrait difficilement rompre de son propre chef avec une politique de protection des Indiens bien installée. Il faudrait qu’il gagne l’appui du pouvoir législatif et que le système judiciaire ferme les yeux. En confiant à sa ministre de l’Agriculture la gestion de la politique de démarcation, il veut montrer que tous les agriculteurs lésés par les abus antérieurs ont été entendus. La ministre ne cesse d’ailleurs de répéter qu’elle s’en tiendra à la loi et au strict respect de la Constitution. Acteur politique majeur, le lobby des ONG sait qu’il va perdre en capacité d’influence. Il présente donc cette mesure comme un cadeau fait au lobby agricole. L’offensive médiatique orchestrée par le mouvement indigéniste dépeint volontiers Bolsonaro comme un génocidaire en puissance des communautés indiennes. Pendant que les médias européens se scandalisent du génocide annoncé, les errements et le jeu politique des ONG, des mouvements religieux et des organisations indigénistes ne sont pas auscultés, évalués, analysés. En concentrant les projecteurs sur un lobby, on en laisse d’autres, tout aussi sinon plus puissants, agir dans l’ombre.

Un Brexit sans accord? Les Polonais sont d’accord!

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Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki et son homologue britannique Theresa May, décembre 2018, Londres. ©Niklas Halle'n/AP/SIPA / AP22284023_000006

Un Brexit sans accord ne serait pas forcément une catastrophe pour la Pologne et les Polonais. Il pourrait même présenter un certain nombre d’opportunités.


Le parti Droit et Justice au pouvoir en Pologne, qui siège avec les conservateurs britanniques au Parlement européen, aborde de façon partagée la perspective du Brexit. Si la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne est globalement perçue comme un danger pour les intérêts centre-européens du fait du renforcement mécanique du poids du couple franco-allemand qu’elle impliquerait, la perspective de sa version « dure » pose la question du devenir des quelques 60 000 entreprises fondées par ses ressortissants. Indépendamment du scénario, il n’est en tout cas pas question pour la droite polonaise de critiquer le choix des électeurs britanniques, ni de chercher à exercer de quelconques pressions auprès de Theresa May, tout simplement parce qu’un « no deal » n’aurait pas d’impact sur la vie de ses citoyens.

Non, non, rien ne va changer

Pour l’après Brexit, le Home office (équivalent du ministère de l’Intérieur) a en effet déjà élaboré une procédure simple de mécanisme de légalisation de séjour concernant les quelques 3,3 millions de ressortissants de l’Union européenne vivant en Grande-Bretagne, distinguant entre résidents (présents légalement sur le territoire depuis cinq ans) et candidats à la résidence. Dans le cas d’une sortie sans accord, que le président polonais du Conseil de l’Europe Donald Tusk a idéologiquement qualifiée de «chaotique», la Grande-Bretagne perdrait son appartenance à l’espace Schengen et devrait rétablir un système de visas pour les travailleurs étrangers qui seraient du même coup statutairement soumis aux mêmes règles que les étrangers extra-communautaires. Pour les Polonais vivant déjà en Grande-Bretagne, peu de choses changeraient en réalité une fois cette formalité administrative accomplie. En revanche, le retour aux frontières douanières frapperait de plein fouet les importations de produits polonais et pourrait conduire à la faillite de plusieurs milliers de magasins d’agro-alimentaire.

« Rendez-nous notre population ! »

Le gouvernement polonais n’a en réalité aucune inquiétude quant au devenir de ses compatriotes et cherche même à profiter de l’événement pour favoriser leur retour. Lors du dernier forum économique de Davos, le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki s’est ainsi adressé à ses homologues britanniques en ces termes : « Rendez-nous notre population ! » Le Brexit est, dans le même esprit, vu comme un moyen de freiner toute future émigration vers la Grande-Bretagne, d’autant plus que le Parti conservateur vient d’enregistrer une nouvelle politique migratoire visant à limiter drastiquement l’émission de permis de séjour aux travailleurs qualifiés de certaines branches.

Et à la fin, c’est l’Allemagne qui cagne

Un Brexit sans accord aurait au moins un autre avantage pour la Pologne. Selon les économistes allemands du Halle Institute for Economic Research, un tel scénario aurait un impact négatif sur les exportations germaniques, ce qui ferait du même coup augmenter le taux de chômage outre-Rhin, notamment dans le secteur de l’automobile. Ce faisant, Angela Merkel serait amenée à renoncer partiellement à son plan de chiper à la Pologne les quelques 250 000 travailleurs ukrainiens qui devaient venir renforcer la branche phare de l’économie allemande. Et, vu de Varsovie, cette question revêt une importance capitale dans un contexte de forte croissance, de plein emploi et de réticences sociales devant la possibilité de faire appel à de la main d’œuvre extra-européenne.

La Pologne des origines à nos jours

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