Fait n°1

Selon le WWF, entre 1970 et 2014, les populations de vertébrés sauvages ont chuté de 60 % au niveau mondial. La dégringolade est encore plus marquée dans les zones tropicales.

Fait n°2

L’élection de Jair Bolsonaro achève, si besoin était, de prouver à quel point la démocratie représentative à l’époque du capitalisme assisté par les réseaux sociaux et les fake news est le régime qui évite aux lobbys patronaux ultralibéraux accompagnés par des militaires d’avoir recours aux blindés, comme au Chili en 1973, pour mener leur politique. La démocratie version années 2010, ce sont  les pigeons qui votent pour l’ouverture de la chasse.

Fait n°3 :

Que les Brésiliens jouent à la roulette russe avec leurs libertés, c’est leur droit. Après tout, se laisser convaincre par plus riche que soi que Bolsonaro apportera la sécurité, ça ne concerne que celui qui le fait. Tout le monde peut choisir de débrancher son cerveau et de perdre sa conscience de classe. On remarquera cependant que le Nordeste et l’Etat de Bahia, plein de vrais pauvres, très pauvres, ont, eux au moins,  compris qu’ils allaient prendre cher.

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Ils ont voté Haddad à 70% et plus. Ils ont même compris que le Parti des travailleurs (PT), si l’on oublie le storytelling des réseaux sociaux ultraréacs, des milieux patronaux court-termistes et autres néoconservateurs, des paranoïaques du métissage, très présents chez nous aussi,  que le PT, donc, les a sortis de la misère. Et, pour ce faire, dans un pays avec des dizaines de partis à l’Assemblée nationale, a dû arroser des micro-alliés pour parvenir à mener à bien leurs projets éducatifs et sociaux.

Le PT a corrompu, beaucoup plus qu’il n’a été corrompu, et pour la bonne cause. On ne peut pas en dire autant de Temer qui a pustché parlementairement Dilma, la « durona », torturée en son temps par les grandes admirations de Bolsonaro

Fait n°4

Il est à mettre en rapport avec le fait n°1 : Bolsonaro veut fondre le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement : bref, il veut laisser ses copains de l’agrobizenesse en finir avec l’Amazonie, le poumon vert de l’humanité que Lula et Dilma avaient réussi à préserver, ou tout au moins s’étaient efforcés d’y limiter la casse écologique.

Si je relie le fait n°4 au fait n°1, c’est là le vrai drame, à portée universelle, de l’élection de l’aphasique galonné. On sait tous (tout en ne voulant pas le savoir, dans une démarche typique du déni de ceux atteints d’une maladie incurable) que l’effondrement est imminent. Tous, à part une ultraminorité climatosceptique de ravis de la crèche marchande qui « n’y croient pas », soit parce qu’ils sont vieux, sans enfants et n’en ont plus rien à faire du monde après eux, soit parce qu’ils sont complotistes et qu’ils confondent le GIEC et les Illuminati.

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Le drame de l’élection de Bolsonaro, ce n’est même pas qu’il soit facho, c’est qu’il va accélérer encore, en détruisant l’Amazonie, notre arrivée dans l’apocalypse. A ce titre, il est bien de notre temps, celui de la déraison définitive. Ce que remarquait déjà Guy Debord, le Vieux de la Montagne, dans ses Commentaires de 1988: « La pollution des océans et la destruction des forêts équatoriales menacent le renouvellement de l’oxygène de la Terre (…) Le spectacle conclut seulement que c’est sans importance. Il ne veut discuter que sur les dates et les doses. Et en ceci seulement, il parvient à rassurer ; ce qu’un esprit pré-spectaculaire aurait tenu pour impossible. (…) Il est assurément dommage que la société humaine rencontre de si brûlants problèmes au moment où il est devenu matériellement impossible de faire entendre la moindre objection au discours marchand. »

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