Un Brexit sans accord ne serait pas forcément une catastrophe pour la Pologne et les Polonais. Il pourrait même présenter un certain nombre d’opportunités.


Le parti Droit et Justice au pouvoir en Pologne, qui siège avec les conservateurs britanniques au Parlement européen, aborde de façon partagée la perspective du Brexit. Si la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne est globalement perçue comme un danger pour les intérêts centre-européens du fait du renforcement mécanique du poids du couple franco-allemand qu’elle impliquerait, la perspective de sa version « dure » pose la question du devenir des quelques 60 000 entreprises fondées par ses ressortissants. Indépendamment du scénario, il n’est en tout cas pas question pour la droite polonaise de critiquer le choix des électeurs britanniques, ni de chercher à exercer de quelconques pressions auprès de Theresa May, tout simplement parce qu’un « no deal » n’aurait pas d’impact sur la vie de ses citoyens.

Non, non, rien ne va changer

Pour l’après Brexit, le Home office (équivalent du ministère de l’Intérieur) a en effet déjà élaboré une procédure simple de mécanisme de légalisation de séjour concernant les quelques 3,3 millions de ressortissants de l’Union européenne vivant en Grande-Bretagne, distinguant entre résidents (présents légalement sur le territoire depuis cinq ans) et candidats à la résidence. Dans le cas d’une sortie sans accord, que le président polonais du Conseil de l’Europe Donald Tusk a idéologiquement qualifiée de «chaotique», la Grande-Bretagne perdrait son appartenance à l’espace Schengen et devrait rétablir un système de visas pour les travailleurs étrangers qui seraient du même coup statutairement soumis aux mêmes règles que les étrangers extra-communautaires. Pour les Polonais vivant déjà en Grande-Bretagne, peu de choses changeraient en réalité une fois cette formalité administrative accomplie. En revanche, le retour aux frontières douanières frapperait de plein fouet les importations de produits polonais et pourrait conduire à la faillite de plusieurs milliers de magasins d’agro-alimentaire.

« Rendez-nous notre population ! »

Le gouvernement polonais n’a en réalité aucune inquiétude quant au devenir de ses compatriotes et cherche même à profiter de l’événement pour favoriser leur retour. Lors du dernier forum économique de Davos, le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki s’est ainsi adressé à ses homologues britanniques en ces termes : « Rendez-nous notre population ! » Le Brexit est, dans le même esprit, vu comme un moyen de freiner toute future émigration vers la Grande-Bretagne, d’autant plus que le Parti conservateur vient d’enregistrer une nouvelle politique migratoire visant à limiter drastiquement l’émission de permis de séjour aux travailleurs qualifiés de certaines branches.

Et à la fin, c’est l’Allemagne qui cagne

Un Brexit sans accord aurait au moins un autre avantage pour la Pologne. Selon les économistes allemands du Halle Institute for Economic Research, un tel scénario aurait un impact négatif sur les exportations germaniques, ce qui ferait du même coup augmenter le taux de chômage outre-Rhin, notamment dans le secteur de l’automobile. Ce faisant, Angela Merkel serait amenée à renoncer partiellement à son plan de chiper à la Pologne les quelques 250 000 travailleurs ukrainiens qui devaient venir renforcer la branche phare de l’économie allemande. Et, vu de Varsovie, cette question revêt une importance capitale dans un contexte de forte croissance, de plein emploi et de réticences sociales devant la possibilité de faire appel à de la main d’œuvre extra-européenne.

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