Accueil Site Page 153

Attal : éthique en toc

Gabriel Attal veut promouvoir la GPA, mais une GPA prétendument respectueuse de la dignité des femmes. Pourtant, quelle que soit l’approche, quel que soit le vocabulaire lénifiant dont on veut enrober la question, la gestation pour autrui reste essentiellement la même : une façon d’exploiter les femmes.


Monsieur Gabriel Attal, qui fut premier de la classe et Premier ministre, jeune ambitieux frénétiquement en quête d’un destin politique d’envergure, vient d’annoncer la création d’une officine de  cogitation appelée à élucubrer sur quelques merveilles progressistes, dont, évidemment, la GPA (Gestation pour autrui).  Mais attention, pas le tout venant de la GPA. Non, ne nous méprenons pas. Il s’agirait d’une GPA « éthique ». C’est-à-dire, précise pour nous le journal Libération – séduit, bien sûr – « encadrée, non lucrative et respectueuse de la dignité des femmes ».

On respire ! Rappelons tout de même ce qu’est la GPA selon l’Organisation mondiale de la santé : « Une forme d’assistance médicale à la procréation dans laquelle une femme porte un enfant pour le compte d’un ou de plusieurs parents d’intention ». On appréciera comme il convient la délicatesse, la subtilité de la notion de « parents d’intention »« Contrairement à la procréation pour autrui où la femme porteuse utilise ses propres ovocytes, la GPA proprement dite implique l’absence de lien génétique entre la gestatrice et l’enfant », précise encore Libération. De nouveau, on ne manquera pas d’apprécier à sa juste valeur le concept tout beau, tout neuf de gestatrice, venant se substituer dans cette affaire à celui, si noble, de génitrice. Un déclassement qui ne dirait pas son nom, peut-être bien ? À voir. La gestatrice ne serait donc à la génitrice que ce qu’est, au fond, la nounou à la maman, un personnel de substitution, un adjuvant de circonstance…

A lire aussi : Jean Pormanove : nécrologie d’un homme et avènement de la France de demain

Un personnel de substitution, un adjuvant que, très légitimement, on rémunère pour ses signalés services. Or, il ne serait plus question de cela, d’argent, de rétribution, d’indemnisation, pour la gestatrice. Éthique oblige ! Car selon la morale telle que M. Attal la conçoit, ce serait verser dans l’horrible marchandisation du corps des femmes. Mon Dieu, quelle horreur ! Pas question ! On ne veut donc là que du bénévolat, du désintéressement, de l’amour du prochain, de la générosité, du vivre ensemble, du partage. Bref, toute la lyre. Qui croit-on tromper ? 

Seules les femmes ayant la liberté, la possibilité, les moyens de s’offrir une parenthèse de neuf mois de grossesse et de couvrir les frais y afférents seraient donc éligibles ? Comment ne pas voir là une première sélection, peu ou prou par l’argent. On imagine avec plaisir les conversations de salon : « Ma chère, j’avais la possibilité de m’offrir un stage de neuf mois de perfectionnement dans l’art si enthousiasmant de la viole de gambe, j’ai finalement choisi de me faire porteuse-pondeuse pour autrui. Mais, attention ma chère, porteuse-pondeuse éthique. Je ne prends pas une thune. C’est cool, non ? »

À qui ira-t-on faire croire que la question d’argent ne se posera pas ? Et puis quand bien même, à qui ira-t-on faire croire que ce premier critère de sélection ne s’accompagnera pas d’une foule d’autres, l’origine, l’apparence physique, le patrimoine génétique, les aptitudes mentales, l’hérédité. Où ira-t-on chercher dès lors « le respect de la dignité des femmes » ? 

A lire aussi : Rentrée : par ici la sortie ! 

Bref, plus ou moins insidieusement mais imparablement, on assisterait à la mise en œuvre d’un eugénisme à bas-bruit… Et en fait d’un cynisme encore plus écœurantque ne le serait une rétribution officielle, reconnue, concertée. Celle-ci aurait au moins le mérite de mettre M. Attal et les promoteurs de cette ignominie qu’est la GPA devant la seule authentique réalité de la démarche : la dégradation de l’être humain au rang de produit, d’instrument de fabrication pour la mère porteuse, la gestatrice. Objet de satisfaction, de contentement en ce qui concerne l’enfant à qui, dès son premier jour, après que les parents d’intention – non admis à la fertilité selon dame nature – en auront fait des caisses sur « l’irrépressible désir d’enfant » – à qui dès le premier jour, disais-je, on déniera tout droit au « désir de mère ». C’est du moins ce que déclarait à chaque interview un très médiatisé animateur télé ayant eu recours au procédé pour son mari et lui-même : « Cette femme [la porteuse de l’enfant] n’est pas sa mère et ne le sera jamais », assénait-il. Voilà, qui est dit. 

Enfin, faisant reposer sa prétendue éthique quasi exclusivement sur une question d’argent, M. Attal se berce d’illusions, se fourre le doigt dans l’œil bien profond. Il raisonne en épicier. Or, le lieu de l’éthique ne se limite jamais au tiroir-caisse. Loin de là. Aussi, penser, ou seulement imaginer, que donner la vie par procuration, dans un processus dont l’aboutissement n’est autre que l’abandon de l’enfant par sa gestatrice, pourrait si peu que ce soit s’auréoler d’éthique, relève tout simplement d’une imposture mentale. Pire encore, d’une très barbare cagade de l’esprit.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Je suis solognot mais je me soigne

Price: ---

0 used & new available from

Une «promotion Rima Hassan» à l’Université libre de Bruxelles: ma honte d’ancien étudiant

Soumission ? « Les étudiantes et étudiants de Master 2 de la Faculté de Droit et de Criminologie de l’ULB ont désigné, par vote, la personnalité dont leur promotion 2025 portera le nom. Leur choix s’est porté sur l’eurodéputée Rima Hassan. La Faculté prend connaissance du résultat de ce processus démocratique », a déclaré l’établissement d’enseignement supérieur dans un communiqué. Rima Hassan, l’activiste pro-palestinienne de LFI, a toujours refusé la solution à deux États en Palestine, et tient à longueur de journées les propos les plus clivants tout en faisant l’objet de poursuites suite à des menaces envers Prisca Thevenot ou François-Xavier Bellamy ou des sorties ambiguës sur le Hamas.


Quand une ville « tombe » sans coup de canon, on pourrait se demander ce qui passe en premier dans les mains adverses. Des territoires s’écroulant les uns après les autres tels des dominos ? Des médias de plus en plus complaisants ? La masse des indifférents finissant par se rallier ? Un peu de tout cela sans doute.

Dans le cas bruxellois, certaines communes sont déjà presque totalement islamisées, dont la tristement célèbre Molenbeek, mais aussi Anderlecht, Saint-Josse-ten-Noode ou Schaerbeek ; les médias, dont la radio-télévision publique, ont renoncé depuis longtemps à la pluralité d’opinions au profit exclusif d’un islamo-gauchisme teinté d’écologie punitive ; quant aux citoyens, la plupart sont tétanisés par le jugement social – « tout le monde sait », mais personne n’ose l’exprimer à voix haute. 

Le jour où tout a basculé

L’influence des universités dans le processus est souvent sous-estimée. Il suffit de s’être penché sur la guerre au Vietnam pour comprendre le rôle des campus américains dans le retournement de l’opinion ; c’est là aussi qu’ont germé plus récemment le wokisme et la cancel culture – on ne saurait que conseiller, à ce sujet, la lecture de La tache de Philip Roth. Les universités iraniennes furent un des moteurs de la contestation contre le Shah, donnant lieu à la Révolution de 1979, avec les conséquences catastrophiques que l’on connaît pour le peuple iranien – surtout les Iraniennes – comme pour la marche du monde.  

A relire: Palestine, Vueling: une semaine d’ébranlements

En attribuant à la nouvelle promotion de sa Faculté de droit et de criminologie le nom de « Rima Hassan », l’Université libre de Bruxelles a sans doute définitivement basculé. On s’en étonne à peine alors que, durant plusieurs mois, des locaux avaient été occupés en guise de soutien à la Palestine, avec des dégâts estimés à plusieurs centaines de milliers d’euros – c’est qu’à l’extrême gauche, on parvient difficilement à soutenir une cause sans vandaliser, casser, enlaidir, taguer…

Antisémitisme d’atmosphère

L’avenue Paul Héger, qui s’étire le long du principal campus de l’ULB, est devenue une mini-bande de Gaza où il n’est d’ailleurs pas conseillé d’être juif. En réalité, le palestinisme ambiant y est surtout un antisémitisme d’atmosphère. La tenue d’une conférence du professeur Eli Barnavi, pourtant peu connu pour être un soutien du gouvernement en place en Israël, y fut violemment contestée. Deux étudiants juifs, munis de drapeaux israéliens, y ont été agressés. Les accords avec les universités israéliennes y ont été suspendus. Les professeurs, toujours prompts à rédiger des tribunes dégoulinant de leur empoisonnante moraline et de leur stupide wokisme, restent silencieux face aux dérives actuelles.

En tant qu’ancien étudiant de l’ULB, dire que j’ai honte est un euphémisme. À l’époque où j’arpentais les auditoriums, l’université bruxelloise se trouvait déjà sous le joug de la gauche. Les groupuscules communistes, tendances trotskiste, maoïste ou staliniste, vendaient leurs pamphlets disposés sur des stands de fortune. Les professeurs s’indignaient aux larmes lorsqu’un parti trop à droite à leur goût arrivait au pouvoir dans un pays européen. Les groupes de musique alternatifs improvisaient des scènes pour nous abreuver de leurs mauvais tours de chants. Les effluves de joints recouvraient les odeurs de bière. Officiellement, l’université bruxelloise se réclamait du libre examen et était encore en phase avec sa devise « Scientia vincere tenebras », comprenez par là qu’elle rejetait la religion ou, nuance importante, une religion en particulier. En d’autres termes, on « bouffait du curé » et on tançait l’université rivale, arborant quant à elle son catholicisme. 

Et maintenant ?

Je pense aux étudiants actuels qui ne souscrivent pas au délire, car c’en est un, de baptiser une promotion sous le nom d’une militante dont le seul fait d’arme est de porter le keffieh pour la Palestine. Rima Hassan n’est pas connue pour être une sommité en matière de droit international et ce n’est pas parce que vous criez « génocide » à tout bout de champ que cela fait de vous un expert en la matière. 

Vous le comprenez : une « promotion Boualem Sansal » aurait été plus en phase avec les valeurs historiques de l’ULB. Malheureusement, on peut déjà se demander quelle sera la prochaine étape du basculement dans l’islamisme sur le campus bruxellois. Un espace Ahmed Yassine ? Un auditoire Salah Abdeslam ? Une bibliothèque Al-Baghdadi ? En attendant, on peut déjà préjuger que les diplômes des étudiants issus de la « promotion Rima Hassan » ne vaudront pas cher sur le marché du travail. 

La Tache De Philip ROTH

Price: ---

0 used & new available from

A qui profite la revanche postcoloniale?

0

Les militants décoloniaux exigent que les nations occidentales versent des réparations aux pays colonisés par leurs empires, ainsi qu’aux personnes issues de l’immigration en provenance de ces pays. Et que nos autorités fassent preuve d’indulgence à l’égard des criminels et des terroristes dont les ancêtres auraient été victimes du colonialisme. Mais c’est un leurre. En France, l’approche décoloniale nuit aux intérêts de tous les citoyens. Analyse.


On nous répète que la France doit « payer » pour sa colonisation de l’Algérie. Que la défiance de certains jeunes issus de l’immigration, la délinquance, la violence ou même le terrorisme seraient une revanche légitime. Mais qui profite réellement de cette revanche postcoloniale ?

Pas les Français modestes.

Les classes populaires et les classes moyennes françaises n’ont jamais colonisé personne. Pourtant ce sont elles qui paient aujourd’hui : impôts en hausse, insécurité au quotidien, peur de voir leurs enfants happés par les trafics ou par l’islamisme.

Pas toutes les familles issues de l’immigration.

Beaucoup de familles issues de l’immigration veulent simplement travailler et élever leurs enfants en paix. Mais d’autres véhiculent ou subissent un discours de rupture : salafisme, communautarisme, rejet de la République. Ces fractures existent dans les quartiers et elles expliquent pourquoi on ne peut pas se contenter de slogans rassurants.

A lire aussi : Urgences à Mayotte : soigner au bord du chaos

Alors, qui profite ?
– Le régime des « moustachus » en Algérie : une caste militaire et politique corrompue, qui brandit sans cesse la mémoire coloniale pour détourner l’attention de son échec économique et social.
– Les caïds des cités : trafiquants enrichis par la drogue, qui justifient leur violence en se drapant dans un discours victimaire.
– Les islamistes : qui transforment le ressentiment en djihad et sèment la mort en France comme ailleurs.
– Des politiciens complaisants : qui exploitent ce narratif pour acheter la paix sociale et sécuriser des clientèles électorales.

La revanche postcoloniale n’apporte rien de positif aujourd’hui. Elle se traduit par des centaines de morts dans les cités à cause des règlements de compte, par l’explosion des trafics de drogue, par des attentats islamistes meurtriers. Elle entretient la corruption des élites en Algérie et, en France, elle nourrit une classe politique qui ferme les yeux par calcul électoral. Elle appauvrit enfin les classes populaires et moyennes, toujours sommées de payer pour un système qui les met en danger.

Et si on parlait de toutes les dettes de l’Histoire ? Car si l’on veut entrer dans la logique du « remboursement » historique, alors il faut le faire pour tout le monde :
– Faut-il demander aux Berbères musulmans de rembourser la conquête de l’Espagne pendant sept siècles ?
– Faut-il exiger réparation pour la piraterie barbaresque, qui pendant quatre siècles a pillé les navires européens et réduit en esclavage des centaines de milliers de captifs chrétiens ?
– Faut-il faire payer au monde musulman la traite négrière transsaharienne, qui a réduit des millions d’Africains en esclavage ?
– Faut-il rappeler les massacres des Hindous lors des invasions turco-mongoles de Tamerlan ?
– Faut-il demander réparation pour le devchirmé ottoman, cet impôt qui arrachait un garçon chrétien sur cinq dans les Balkans pour en faire un janissaire ?

A lire aussi : L’affaire Axelle Dorier ou l’impunité sous condition

Si on suit cette logique, alors tout le monde doit tout rembourser à tout le monde. C’est sans fin, et cela n’a aucun sens.

La revanche postcoloniale n’est pas une réparation, ni un projet de justice. C’est une machine à enrichir des caïds, des islamistes et des régimes corrompus. Pendant ce temps, elle détruit la confiance, fracture la société française et condamne les plus fragiles à vivre dans la peur et la misère.

La vraie question n’est pas « comment rembourser la colonisation », mais comment sortir de ce piège mémoriel pour que l’histoire ne soit plus un instrument de haine au service d’une mafia dictatoriale, des héritiers du FIS et des narco-caïds.

Les quatre vérités de Michel Audiard

Michel Audiard a accordé en exclusivité une interview posthume à Causeur. Baisse du niveau général, politique économique et migratoire, diversité, cinéma… ce fleuron de l’esprit français n’élude aucune question. Et il balance !


Causeur. Michel Audiard, d’abord merci de faire semblant de nous recevoir et de consentir à ce simulacre d’interview. Vous incarnez l’esprit français et nous n’avons pas considéré votre disparition comme un motif suffisant pour ne pas vous interroger.

Michel Audiard. Je vous en prie. J’ai moi-même toujours eu une éthique professionnelle très souple. Mon premier fait d’armes a été une interview exclusive de Tchang Kaï-chek pour L’Étoile du soir, reportage bien sûr entièrement bidonné et écrit au fond d’un bistrot du 14e. Vous restez des petits joueurs.

On vous sait effectivement un peu menteur. Mais soyez franc, de là-haut, quel regard portez-vous sur les élites et le peuple français de 2025 ?

Rapport au mensonge, c’est moi le petit joueur lorsque j’entends les uns et les autres.

Jusqu’à un passé récent, les élites mentaient au peuple avec plus ou moins de talent, mais beaucoup de conviction. Le peuple croyait lui, suivant son humeur, aux mensonges du pouvoir ou de l’opposition – tout allait bien, c’était réglo. Maintenant, le peuple ne croit plus personne, se ment à lui-même et les mensonges des puissants sont du niveau d’un môme de 6 ans, qui plus est pas très doué.

Soyez plus précis.

Y a des vannes que je ne me serais pas permises, mais que vos gouvernants vous balancent, genre : « Le budget est géré à l’euro près » ; « à l’école le niveau monte » ; « l’immigration est une chance pour la France » ; et la meilleure, « il n’y a pas d’ennemis intérieurs ». C’est plus un festival, c’est une féérie.

À lire aussi : Un Maigret, sinon rien

Et côté peuple ?

Moi j’ai roulé en Ferrari, je vivais à l’Hôtel de la Trémoille, mais j’ai jamais imaginé présenter la douloureuse à mes voisins. Vous, vous vivez tous aux crochets des Boches ou des gosses que vous ne faites plus et qui devront effacer vos chromes. C’est une martingale gagnante depuis quarante ans, mais ça sent le sapin quand même. Va peut-être falloir envisager un truc pénible qui aurait comme un cousinage avec le boulot. 

Je vous rassure, chez Causeur on est lucide sur la baisse du niveau, et pas qu’à l’école. Vous en aviez eu la prescience puisque vous avez déclaré : « Les gens deviennent tellement cons qu’un jour il faudra sous-titrer les films français ».

Je vous rassure aussi, sans être devenu complètement abruti, j’ai pourtant besoin d’un dico pour lire la presse. Vous nous verriez avec Ventura et Gabin chercher « djihad », « kamis », « cisgenre », « woke » ou « climatosceptique ». La tronche du vieux quand je lui ai lu la définition de LGBTQIA+… Cela dit, pour en revenir à la baisse du niveau, moi j’étais considéré par Saint-Germain-des-Prés comme un auteur d’une insoutenable vulgarité alors que maintenant mes textes ne semblent accessibles qu’aux khâgneux et aux normaliens. Ça secoue.

Ça nous étonnerait beaucoup que les normaliens apprécient vos films dans lesquels, objectivement, l’absence de diversité est criante.

Diversité ? Attendez, deux secondes… le dico. Voilà ! Ah oui, cette diversité-là. Vous avez complètement raison et j’en ai le rouge au front. J’aime pas balancer, mais la trilogie de Pagnol avec que des vieux Blancs, et à Marseille en plus, c’était déjà baroque, non ?

À propos de diversité, parlons cash. L’islamisation de la France, qu’est-ce que ça vous inspire ?

J’ai souvent recasé d’un film à l’autre quelques saillies drolatiques, par pure fainéantise. Fidèle à mes habitudes, ce que j’avais déclaré à propos de la Seconde Guerre mondiale me semble parfaitement adapté à votre situation : « Cette guerre, on voulait bien la gagner ; à la limite, on voulait bien la perdre ; mais ce qu’on voulait pas, c’était la faire ».

Rétrospectivement, assumez-vous votre vision de la femme ?

D’abord j’assume tout. Ensuite, j’ai offert aux femmes des rôles plus modernes que vous ne le pensez. Mireille Darc, une vraie copine, incarnait une femme libre, indépendante, capable de tenir tête à des pointures comme Lino. Mais c’est vrai que j’ai toujours préféré faire parler les moches. Si elle avait su lire, j’aurais pu écrire des lignes inoubliables pour votre Mathilde Panot.

À lire aussi : Simon sauvé des eaux tièdes

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné au paradis ?

D’y être.

C’est vrai que vous recyclez bien. C’est ce que vous aviez dit à propos de votre invitation au Festival de Cannes en 1964.

Vous m’épatez. Les festivaliers avaient d’ailleurs sifflé Cent mille dollars au soleil. Mais tout a changé depuis que j’ai été élevé au rang de génie par ceux qui m’avaient conchié. Quand je croise de Funès, on rigole ensemble de son hors-série Télérama. On a hâte de voir les dépouilles des Charlots entrer au Panthéon ou un cycle « 7e compagnie » à la cinémathèque. C’est une question de patience, mais on a l’éternité devant nous.

À Cannes, on révère désormais le nom d’Audiard, mais le prénom a changé. C’est votre fils Jacques qui a tous les honneurs.

Fierté du père évidemment, même si mon fils a intelligemment choisi de tourner le dos au cinéma populaire de son père. Et puis j’ai tâté le terrain auprès de Gabin, Blier et consorts. Je vais avoir du mal à les convaincre de se travestir et de jouer dans une comédie musicale.

Le dialoguiste flamboyant que vous avez été se voit-il un successeur dans le paysage cinématographique actuel ?

J’ai apprécié la finesse de Rémy Waterhouse dans Ridicule ; Bernie Bonvoisin m’a épaté avec Les Démons de Jésus ; Alexandre Astier et Alain Chabat savent assurément manier l’aphorisme. Puis, je vais vous étonner, quelques rappeurs manifestent également un attrait certain pour la langue. Cependant, il faut rester lucide, plus aucun dialoguiste n’aura jamais sur l’affiche son nom en plus gros que celui du réalisateur.

Vous avez été cycliste et vous partagiez avec Gabin et Pousse une passion pour le vélo. À quelques jours du départ du Tour de France, un pronostic ?

J’en discutais hier encore avec des épées – Charly Gaul et Bahamontes, c’est dire si je connais du monde. On était tous d’accord. On croit pas beaucoup aux chances d’Anquetil cette année.

Urgences à Mayotte : soigner au bord du chaos

0

La suite du récit captivant d’Alain Destexhe qui a travaillé cet été aux urgences de l’hôpital de Mayotte. De longues heures de travail pour les médecins, insécurité et violences, pénurie d’eau, patients victimes de circoncisions rituelles mal faites, maladies qu’on ne voit plus depuis longtemps en MétropoleLe tout sur une île qui subit une pression migratoire sans relâche. Lisez la première partie ici.


Lors de mon séjour, une jeune Malgache de 19 ans, arrivée à peine un mois plus tôt, a été assassinée sur une plage. Le médecin doit quand même sortir pour constater le décès. Une autre fois, le médecin régulateur du 15 décide de ne pas envoyer le SMUR (Service mobile d’urgence et de réanimation), car on lui annonce qu’un gamin de 12 ans est coupé de partout et… décapité, mort donc. Règlement de comptes entre gangs d’ados, la plupart abandonnés sur l’île, pour préserver leur droit à devenir Français, lorsque leurs parents sont expulsés vers les Comores.

Chaque jour apporte son lot de cas qu’on ne voit plus dans l’Hexagone, par exemple encore cette femme de 50 ans à peine, arrivée en kwassa sanitaire. Elle ne pèse plus que 28 kg, alors qu’elle en annonce 65 deux ans plus tôt ! Cancer, sans doute. Il faudra des explorations coûteuses pour savoir ce dont elle souffre.

Des conditions de vie spartiates

Notre vie quotidienne est spartiate. Pour les médecins, c’est 11 heures de travail le jour et 13 heures la nuit, 49 heures par semaine, toujours concentré. Il faut s’habituer à ce rythme soutenu. À midi, rien n’est prévu pour le repas. Il n’y a pas de cantine. Nous mangeons souvent sur le pouce, en 10 minutes, ce que nous avons apporté ou les plateaux des malades s’il en reste après la distribution. Les médecins et internes sont souvent logés à quatre par appartement ; les plus âgés médecins, comme moi, à deux. Comme sur toute l’île, l’eau courante n’est disponible qu’un jour et demi sur trois, un problème chronique sans lien direct avec le récent cyclone. On fait des réserves et on se douche avec des seaux. La consommation d’eau à Mayotte augmente de 20 % par an malgré ces coupures, ce qui donne une idée de la pression migratoire démente que subit l’île.
Nous ne sommes pas épargnés par la violence qui règne sur l’île. Une nuit, les vitres des quatre véhicules de location des médecins de mon immeuble ont été brisées. Le soir, je rentre à pied – il fait noir dès 18 heures et il n’y a pas de parking à l’hôpital – et je dois marcher 600 mètres dans une rue où l’éclairage public n’a pas été rétabli après le cyclone. Je ne suis pas à l’aise.

Circoncisions rituelles sans hygiène

C’est la saison des circoncisions. Chaque jour, des enfants arrivent avec le sexe sanguinolent, parfois infecté, souvent avec une compresse collée sur la plaie béante. Il faut l’enlever, mais c’est très douloureux, et les enfants hurlent et pleurent. Aucun anesthésique ne peut empêcher la douleur. Des familles de métropole profitent des vacances scolaires pour venir faire circoncire leurs garçons à Mayotte, et même les infirmiers et aides-soignants locaux le font de façon rituelle traditionnelle, arguant que ça s’est toujours fait ainsi et que c’est l’occasion d’une grande fête rituelle. De toute façon, il n’y a pas d’urologues, ceux qui pratiquent ce geste en métropole la plupart du temps. Actuellement, coup de chance, il y en a un, mais seulement pour deux semaines. Il me raconte avoir vu des choses qu’il n’a jamais rencontrées de toute sa carrière, comme une rupture de l’albuginée, la membrane qui entoure et protège les corps caverneux de la verge. Je vois le patient : son pénis a triplé de volume au repos. S’il n’est pas opéré rapidement, il deviendra impuissant. Comment a-t-il fait cela ? Il ne le dira pas, mais c’est probablement au cours d’un acte sexuel acrobatique.

À lire aussi : Projet de Valls pour Mayotte: « une pompe aspirante à immigration »

Il y a même eu un cas de… tétanos. Aucun des médecins de l’hôpital n’en avait jamais vu. Et quelques cas de diphtérie, des maladies qu’on ne connaît qu’à travers nos études et les manuels de médecine.

Manque de spécialistes

Les spécialistes défilent et repartent. La liste de ceux présents sur l’île est affichée. Il n’y a pas de cardiologue depuis des mois (alors que l’hypertension est très répandue), pas d’endocrinologue (alors que le diabète sévit), nous devons demander des avis par téléphone à La Réunion. Il en va de même pour la neurochirurgie. En fait, toutes les spécialités manquent. L’hôpital accepte donc des spécialistes qui ne viennent parfois que pour quelques semaines voire quelques jours dans certains cas. L’hôpital de Mayotte est pourtant bien équipé : il y a, par exemple, un scanner et une IRM. Mais il manque cruellement de spécialistes, de tous les spécialistes. Ainsi, les coronarographies et les opérations de neurochirurgie ne se font qu’à La Réunion.

Coûteuses EVASAN

Chaque jour, un avion sanitaire part donc de Mayotte pour La Réunion, à 2 heures de vol, avec les malades qu’on ne peut soigner sur place, accompagné d’un médecin et d’un infirmier. Ce sont les EVASAN dans le jargon, les évacuations sanitaires. La plupart des malades ou blessés évacués sont des étrangers, majoritairement comoriens. L’avion compte 12 places assises, mais seulement deux places couchées pour les civières. Les places sont très chères pour ces dernières, et les évacuations sont souvent reportées d’un jour à l’autre en fonction de la gravité des cas. Tout cela coûte une fortune.

Une fois à La Réunion, quelques patients disparaissent dans la nature, mais la plupart reviennent à Mayotte, où ils sont en situation irrégulière, mais bénéficieront quand même de soins coûteux pendant de longs mois, voire des années, par exemple pour les patients dialysés plusieurs fois par semaine.

Mayotte, pas dans l’AME !

Lors du récent examen de la loi de programmation après le cyclone Chido, le Parlement a refusé que Mayotte soit incluse dans l’aide médicale d’État (AME). La crainte était que l’île devienne un facteur d’attraction supplémentaire, un argument ridicule qui témoigne d’une profonde méconnaissance de ce qui se passe ici. L’île est déjà, à tous points de vue, un facteur d’attraction pour les Comores. Même des ministres comoriens viennent se faire soigner ici gratuitement, sans décliner leur véritable identité. L’AME ne changerait rien à l’attractivité, mais permettrait au moins de savoir combien l’État (Nicolas !) débourse chaque année pour soigner les personnes en situation irrégulière. Même le Rassemblement national n’a pas soutenu l’amendement dans ce sens ! Des familles de patients mahorais – français donc – se plaignent que « le CHM est un hôpital pour les Comoriens ». Ils n’ont pas tort. Ceux qui en ont les moyens se font de préférence soigner à La Réunion ou dans l’Hexagone.

À lire aussi : AME à Mayotte: un moindre mal

Tétraplégique, suite à une chute de cocotier

Drame terrible. On reçoit un jeune homme de trente ans, tombé d’un cocotier il y a quinze jours aux Comores. Ce genre d’accident est malheureusement fréquent. Celui-ci est dans un état catastrophique. Presque tétraplégique. Ses deux membres inférieurs sont paralysés, et il ne conserve qu’un peu de mobilité dans les bras. Il présente une fracture-luxation des vertèbres cervicales C6 et C7.

Il est arrivé par « kwassa sanitaire ». Il s’exprime bien en français, ce qui veut dire qu’il a reçu une certaine éducation, mais n’a aucun papier d’identité et refuse obstinément de donner le moindre numéro de contact. Malgré son état, il reste terrorisé par la police, par l’idée d’être renvoyé aux Comores. On lui explique qu’il doit être évacué vers La Réunion pour être opéré, mais sans identité, c’est un casse-tête administratif. Il faut l’autorisation du préfet de Mayotte. Le dossier est transmis avec pour prénom « XX » et pour nom « XXX ». Une évacuation est prévue dès que l’autorisation tombera, mais elle se fait attendre : c’est le week-end du 15 août.

J’essaie de le transférer au service de médecine ou à l’unité de réanimation, où il serait mieux pris en charge, mais personne n’en veut. Manque de place, ou absence de solution avant l’intervention à La Réunion. L’opération consistera simplement à fixer la fracture, sans espoir de récupération. « Il n’y a pas d’urgence », dit le neurochirurgien. En attendant, il reste dans le service des urgences, où il n’a pas sa place.

Il a une escarre sacrée monstrueuse de plus de vingt centimètres de diamètre et plusieurs centimètres de profondeur au niveau du sacrum. Une plaie atroce, comme personne n’en a jamais vue dans le service. L’odeur est insoutenable. On doit porter un masque pour entrer dans sa chambre. L’infirmière qui lui fait les soins est admirable. Comme il est tétraplégique, il ne souffre pas lors des soins. Il porte également une minerve autour du cou, trop lâche, qui ne sert à rien. Donc, il est passé par un hôpital comorien et on l’a laissé, littéralement, pourrir sur place sans songer à prévenir l’apparition d’escarres (il en a aussi aux talons).

Refus de décliner son identité

Je tente en vain d’obtenir un contact. Puis, un vieux briscard de chirurgien, qui vient régulièrement à Mayotte, intervient : « Si tu n’as pas de papiers, si on ne peut pas vérifier ton identité, on ne peut pas t’évacuer ni te soigner ». Brutal, mais efficace. Soudain, le patient donne un numéro. Une heure plus tard, je parle au téléphone avec son père. Deux heures encore, et j’ai entre les mains sa carte d’identité comorienne et son extrait de naissance ! Deux jours perdus à cause de la peur du gendarme.

À lire aussi : Le droit du sol est-il vraiment un « principe fondamental » de la République, comme l’affirmait François Hollande?

Mais quel avenir pour lui ? Il restera tétraplégique. Son escarre est presque irréparable, trop profonde selon le chirurgien plasticien. Une très hypothétique guérison prendrait des années dans les meilleures circonstances. Comment sera-t-il pris en charge à Mayotte ? Qui s’en occupera ? Dans le meilleur des cas, il coûtera des centaines de milliers d’euros à l’État. Et selon le vieux chirurgien, il décédera probablement dans quelques mois suite à des surinfections de son escarre inguérissable, tout en restant tétraplégique. « J’ai souvent vu ce genre de situation », me confie-t-il en privé, « il ne devrait pas être soigné en France ».

Jusqu’où soigner ? 

Mais personne n’osera prendre la décision de le renvoyer aux Comores. C’est pareil pour les dialysés comoriens, pris en charge à vie à Mayotte, aux frais de la France. Le chirurgien dit qu’il faudrait des décisions médicales collégiales, comme celles qu’on prend pour les cancers incurables. Il faudrait surtout du courage. Que des médecins se réunissent et décident, en conscience, qu’il n’y a pas de prise en charge possible ici, et que le malade doit être renvoyé, dans de bonnes conditions, dans son pays d’origine. Mais qui oserait ?

Les médecins soignent, au nom du serment d’Hippocrate, sans mesurer les conséquences de leurs actes. Et au fond, cela importe peu : c’est Nicolas qui paie. Nicolas, qui n’est sans doute pas d’accord, mais auquel on ne demande pas son avis.

Mère à 14 ans

C’est mon dernier jour. La jeune doctoresse du SMUR revient au CHM, l’air rayonnant. Elle vient de mettre au monde un bébé à domicile et ramène la mère en ambulance. Celle-ci me sourit au passage du brancard, son bébé dans les bras. Elle a 14 ans.

Mayotte : Comment l’immigration détruit une société

Price: ---

0 used & new available from

Trouver sa voix !

0

Pour son dernier épisode de l’été, Monsieur Nostalgie nous parle d’écrivains vivants qui, par leur singularité et leur style, tracent un chemin original dans les méandres de l’édition.


L’homogénéisation nous guette. C’est le mal du XXIème siècle. La planification des romans, astuces d’écriture et stratégies de conquête, est à la manœuvre surtout à l’approche de la rentrée littéraire. Alors que les administrés attendent désespérément une simplification administrative qui n’arrive jamais ; dans l’édition, elle est la règle de survie. Le lecteur est ce vieil enfant que l’on doit prendre par la main, ne surtout pas réveiller, encore moins l’éveiller à des sonorités nouvelles ; continuellement lui mâcher la dictée, le plonger dans un état somnolent, où aucune phrase ne viendra bousculer son confort, toujours l’abreuver d’images déjà vues et de tournures décharnées, calibrer sa peur et ses désirs, l’amener sur des terres mille fois foulées, lui ânonner la vie comme s’il était un grand malade impotent.

Deux littératures bien distinctes

Cette littérature inoffensive est en passe de devenir la norme, elle remplit les rayons et les tables des librairies. L’autre littérature, la dissidente, la nerveuse, la fantasmée, celle que l’on qualifie à tort d’exigeante, est réservée à une poignée d’initiés. Déjà Valery Larbaud dans son journal (1912-1935) se faisait l’écho de cette apathie généralisée : « Les derniers livres arrivés, coupés et ouverts. En les coupant, des mots sautent jusqu’à moi, comme des étincelles d’un feu plus ou moins obscur. Romans, toujours des romans et deux cent cinquante, trois cents pages, situations et personnages étant donnés, cela paraît s’écrire de soi-même, dans la molle coulée et le demi-sommeil d’une invention relâchée ». Le rouleau-compresseur aplanit pour mieux nous endormir. L’entonnoir nous étouffe. Guy Dupré avait repris à son compte ce triste constat dans L’âme charnelle, son journal courant de 1953 à 1978. L’écriture automatique, doucereuse et perverse, a remplacé les boîtes manuelles caractérielles des auteurs qui s’attachent à creuser leur sillon, à imposer leur propre tempo, à écrire avec leur propre structure mentale.

À lire aussi : Écrire ou éditer, lui n’a pas choisi

Heureusement, il existe encore aujourd’hui beaucoup d’écrivains qui n’ont pas vendu leur âme à cette écriture ouatée, désespérante et assommante. Par goût, par nécessité, parce qu’écrire, c’est se distinguer, ces écrivains-là sont reconnaissables aux premiers mots. Au premier flow. Leur rythme est leur ADN, leur vocabulaire, une malle aux trésors. Ils teintent leurs livres d’une empreinte remarquable. Ceux-là, on les aime plus que tout car ils ne sont pas interchangeables. Ils ne courent pas après un hypothétique succès bien qu’ils ne cracheraient pas sur des ventes à quatre, voire, dans leurs rêves les plus fous, à cinq chiffres. Ils ont ce que j’appelle un toucher de plume, leur propre art de la narration s’affirme souvent contre eux-mêmes, ils ne font pas du commun, du lyophilisé, ils sont emportés par une vague qui les dépasse. Ils auraient pu moduler leur paragraphe, lisser certains endroits, asphyxier leur voix, taire leur colère, sucer la roue des tendances frelatées, ils ont préféré écrire à leur main. « Hecho a mano », comme l’on dit à Cuba, dans les fabriques de cigares. Pour clore ma série de l’été, j’ai eu envie de vous citer pêlemêle des auteurs parfois très proches, parfois très éloignés de moi mais qui m’ont toujours saisi par leur singularité. Dans un monde sous cloche, chérissons ces identités-là, particulières et nécessaires. En cette fin d’été, j’aime retrouver leur cadence. Je me mets dans leur pas.

Quelques écrivains inspirants

Je pense à Aude Terray, à la rigueur historique de ses récits, qu’elle s’imprègne de la vie de la Princesse Bibesco, de Jean Moulin, de Drieu ou de Madame Malraux, elle injecte toujours une veine élégante et désenchantée, inhabituelle et donc surprenante à la vie des illustres personnes. Parmi les inclassables éclectiques, je veux citer ici, Valère-Marie Marchand, esprit brillant, critique de haute volée, capable d’écrire sur des sujets aussi variés que les arbres, Boris Vian, le Facteur Cheval ou la calligraphie, et dont le premier roman sorti fin 2024, Spleen au lavomatic (Héliopoles), flirte avec l’univers poétique de Marcel Aymé. Il y a du passe-muraille dans les textes de cette iconoclaste. Parfois, on est happé par des histoires littéraires qui n’étaient pas à priori inscrites dans notre spectre de lecture. Je pense aux livres de Jean-René van der Plaetsen, son militarisme romantique a quelque chose de chevaleresque et d’unique. Il revient début octobre avec un recueil de nouvelles (À contre-courant au Rocher). Il a tellement bien écrit sur l’honneur, il est imbibé de ces engagements-là, sa sincérité émeut ; avec lui les galonnés ou non ne sont plus seulement des noms sur des monuments aux morts mais des êtres de chair.

À lire aussi : Souviens-toi l’été dernier…

J’aime aussi le pastoralisme éclairé de Charles Wright, ses échappées pleines de foi et de tendresse sont un remède à la mélancolie. Il écrit à bas-bruit pour mieux faire ressortir les petites joies et les peines de l’existence. Chacun de ces auteurs nous parlent d’une façon différente. Comment ne pas tomber sous le charme de notre ami chroniqueur Philippe Lacoche, le fatal Picard de la mémoire cheminote. Hier encore, je tombais sur deux de ses anciens livres, Cité Roosevelt et Scooters, il est le seul à faire communier ouvriérisme non larmoyant et stylistes écorchés à droite de l’échiquier, il écrit admirablement sur les gens de peu et les figures d’élite. Cette double-culture nous est aujourd’hui indispensable. Lacoche n’est d’aucune coterie. Parmi les écrivains bien vivants, à la verve mousseuse, Olivier Maulin se pose en taulier goguenard. Chez lui, j’admire son œuvre de diariste, son journal de 1997/1998, Histoire des cocotiers parue jadis chez Rue Fromentin, est abyssal. Il est le Léautaud des Tropiques. Ne désespérons pas, des écrivains résistants s’organisent partout pour faire perdurer les plaisirs interdits de la lecture. Nous les suivrons avec bonheur.

Monsieur Nostalgie

Price: ---

0 used & new available from

Tendre est la province

Price: ---

0 used & new available from

Les Bouquinistes

Price: ---

0 used & new available from

Et maintenant, voici venir un long hiver...

Price: ---

0 used & new available from

Sasha & Farid au O’Bélu ou le double plaisir

0

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Ma sauvageonne me fit part de sa folle envie de sortir. Ce soir-là, je me sentais un peu fatigué. « Mais ce que femme veut, Dieu veut », songeai-je, résigné. « Ok, mais on va au O’Bélu ! », lui répondis-je en reprenant du poil de vieux yak. « Mais bien-sûr ! », explosa-t-elle, ravie, en secouant sa jolie chevelure blonde et ébouriffée. Firmin, notre valet, prépara le fiacre et notre jument Yvonne, et nous partîmes à vive allure vers le quartier Saint-Leu. Destination : notre bar préféré. Comment pourrait-il en être autrement ? O’Belu se trouve en bord de Somme, sur le quai éponyme. Il est tenu, depuis mars dernier, par le sympathique Jean-Baptiste, dit J.B., un tout jeune homme, ancien ingénieur en système embarqué, originaire de Pont-Audemer, qui s’est tellement amouraché de la capitale picarde qu’il a tout plaqué pour reprendre ce sacré bistrot. En compagnie d’une équipe de huit personnes l’été, il en a fait l’un des lieux les plus conviviaux, les plus singuliers, où il fait bon se restaurer en terrasse ou déguster une délicieuse moules-frites ou un saucisson au Beaufort. (Bien d’autres plats sont proposés). Ses cocktails sont un régal. Ma Sauvageonne en raffole. Et la bière ; parlons-en de la bière ! Elle est tellement succulente que je suis contraint, à chaque fois que nous nous y rendons, d’éloigner Yvonne, notre fidèle jument, dipsomane qui, dès qu’elle met le museau dedans, ne sait plus s’arrêter. A titre personnel, je vous recommanderais La Goudale pression, 7,5°, qui rafraîchirait un régiment de cosaques égarés dans le Sahara en plein été.

À lire aussi : Ils ont osé

J’adore aussi l’endroit car, depuis la terrasse, on peut y contempler la Somme et apercevoir chevesnes, vandoises et rotengles remonter le courant entre deux eaux. (A chaque fois que je suis confronté à cette situation, mon petit coeur de pêcheur à la ligne bat la chamade comme si j’étais en train de capturer un silure de deux mètres). C’est encore au O’Bélu que j’ai l’habitude de retrouver mon bon copain David Carr-Brown, documentariste renommé, établi à Amiens depuis quelques années, et que m’a fait connaître Arnaud Viviant, mon ancien confrère de Best, aujourd’hui critique au « Masque et la Plume » sur France Inter. David n’était pas là, mais nous eûmes le plaisir d’accueillir Sylvain, dit Sly, chanteur des Rabeats, à notre table. Plaisir aussi d’écouter avec attention le duo Sasha & Farid. La première chante d’une fort jolie voix soul et bluesy ; le second joue avec talent du saxophone (alto et ténor). « Notre répertoire propose une large palette qui va du jazz à la chanson en passant par le métal acoustique et le rock », expliquent-ils. Ils jouent, bien-sûr, aux terrasses des cafés et restaurants de la ville de Jules Verne (et de Choderlos de Laclos ; on oublie trop souvent que l’auteur des Liaisons dangereuses, est né à Amiens) ; ils animent aussi des mariages et des anniversaires. Ce soir-là ils nous gratifièrent notamment d’une version de « Bella Ciao » qui eût transporté de plaisir les camarades de la section PCF de Tergnier, d’une autre de « Minor Swing », de Django Reinhardt, et de chansons de Stevie Wonder et de la délicieuse et regrettée Amy Whinehouse. Un régal ! Ce duo regorge de talent. A noter que Sasha joue dans un autre groupe (Soulful Dream) et qu’elle est spécialiste des cocktails. A la vôtre !

(Contacts : Farid au 06 59 49 52 61 ; berrehail.farid@gmail.com)

Ukraine : les territoires symboliques de leur MOI…

0

Alors que les négociations sur l’Ukraine s’exposent au grand jour, notre chroniqueur se désole que chacun se mue en stratège diplomatique derrière son écran. Le billet de Philippe Bilger.


Comme lors du Covid où chaque Français s’est cru médecin, les négociations autour de l’Ukraine, qui impliquent les présidents Zelensky, Trump, Poutine et l’Union européenne (qualifiée de « nain politique » par un conseiller de Poutine), avec notamment le président Emmanuel Macron et le chancelier allemand Merz, se déroulent quasiment à ciel ouvert. De sorte que la politique étrangère n’est plus hermétique à nos concitoyens et que ceux-ci, sur un mode totalement antagoniste, se prennent tous pour des Talleyrand au petit pied.

Le rouleau compresseur russo-américain

En effet, la grossièreté des réseaux sociaux est hallucinante, qui ici crachent sur les adversaires de Donald Trump et de Poutine, là sur les rares défenseurs de Zelensky et, surtout, méprisent les efforts de l’Union européenne (UE) pour favoriser un cessez-le-feu. Et ce, pour s’immiscer dans la négociation entre Russes et Américains afin d’éviter que ces derniers, sous Trump, ne cèdent tout à Poutine, dans la précipitation. Celui-ci, imperturbable, continue de mener son jeu, caractérisé par l’aplomb de se dire victime quand il est l’instigateur et le coupable.

J’entends bien que, conscient de mes limites, je n’ai pas à juger une situation internationale tragique qui me dépasse, mais je demanderais alors à tous ceux qui insultent les derniers partisans de l’équilibre, de la mesure et de l’équité de ne pas se camper, comme s’ils en savaient long, en inconditionnels de Trump et de Poutine et en pourfendeurs compulsifs de l’UE.

À lire aussi : « Pas de deal tant qu’il n’y a pas de deal »

Comme si l’UE, pour une fois active, devenait méprisable pour vouloir si peu que ce soit atténuer l’écrasement du rouleau compresseur russo-américain. Poutine a d’ailleurs parfaitement compris le changement de la donne internationale puisque ses consignes sont dorénavant d’accabler l’UE et de favoriser « l’ami américain » qui désire un traité de paix comme lui. Quelle aubaine que cette aspiration qui permet à la Russie de continuer à tuer sur une grande échelle !

Mes observations n’ont rien d’original et me paraissent refléter la surface des événements, des rencontres et des projets de ces derniers jours.

L’importance de l’UE

Il est capital d’avoir l’honnêteté de reconnaître que, dans cet intense maelström international et pour éviter que le principal intéressé, Zelensky, soit emporté comme un fétu de paille en étant contraint de céder une part importante de l’Ukraine contre rien, l’UE, et le président Macron en particulier, constituent le seul rempart objectif. L’unique terreau à partir duquel on peut envisager un règlement international digne de ce nom. Qui ne soit pas gangrené par le cynisme, la dictature, l’imprévisibilité et l’incertitude.

Je n’ai jamais hésité, pour dénoncer une forme de narcissisme présidentiel dans la conduite des affaires intérieures et dans la sauvegarde de son pouvoir, à mettre en cause Emmanuel Macron. Mais je ressens l’obligation de nuancer, d’amender, de relativiser quand je considère à quel point, pour l’Ukraine, il se tient à sa place alors que Trump et Poutine sont les seuls à saturer l’espace avec leur MOI. L’un et l’autre l’affichant sur un mode radicalement différent.

À lire aussi : Trump, Poutine et la farine

Donald Trump a beau rêver du Nobel de la paix et répéter qu’il a facilité la signature de six accords de paix, on doit tout de même considérer que son talent diplomatique, pour l’Ukraine, connaît des ratés. Inconstant, imprévisible, incertain même pour ses alliés (s’il en a encore), changeant de ton comme de chemise, dur ce soir, doux demain, oscillant entre menaces, chantage et hyperboles, fixant des délais dont lui-même ne respecte pas l’échéance, à peine au début et déjà pressé d’en finir, prenant chaque retard pour une offense personnelle et ne fondant jamais les négociations dont il prétend être le protagoniste sur la justice, l’équilibre des forces et la morale internationale mais sur sa seule vision de l’intérêt américain et de sa propre gloire, vraiment narcissique et dépendant, pour le pire, de la stratégie d’un Poutine qui a tout compris de lui, il n’hésitera pas, si on le laisse faire, à lâcher le faible Zelensky pour une union plus facile à réaliser : celle d’un président américain exhibitionniste et manipulable et d’un Poutine froid, sec et sans scrupule.

Quel contraste en effet entre Donald Trump d’un côté et les représentants de l’UE de l’autre, face à un Poutine dictateur, parfois tueur, sans la moindre éthique, suffisamment intelligent pour feindre de s’abaisser, ayant fait le tour de Trump dans une visite guidée par ses ambitions, sa stratégie et ses buts, persuadé que la Grande Russie n’attendait que lui, continuant à poser des conditions, à formuler des ukases, à mépriser sa victime, à se permettre de traiter de haut les porteurs de paix avec toute l’arrogance d’un créateur de guerre injuste, poussant les feux d’un combat où il multiplie les morts à proportion de son prétendu désir d’apaisement.

Que Trump et Poutine conservent ces territoires symboliques que leur MOI a envahis et occupent, si ceux de l’Ukraine sont sauvés grâce à l’entremise d’une UE qui n’a pour elle que la justesse de la cause qu’elle défend !

Rentrée : par ici la sortie ! 

Motion de censure, blocage du pays, discours interminable du chef de l’Etat, chefs-d’oeuvre littéraires qui n’en sont pas… Que nous réserve ce moment particulier qu’en France on appelle la « rentrée » ? Le regard de Dominique Labarrière.


Cette rentrée sera-t-elle celle de toutes les sorties ? On peut se le demander. Elle le sera, comme chaque année, pour le monde de l’édition où, par la malice d’un aimable paradoxe, ce qu’on appelle rentrée littéraire coïncide en réalité avec une sortie grand format, celle, en librairie, des nouveautés de la saison. Ainsi, chaque année se voit-on invité à vérifier cette drôle de règle non écrite selon laquelle c’est la qualité de ces sorties qui fait celle de ladite rentrée. Amusant, non ? Donc rien de bien nouveau en cette année 2025. Aussi nous chercherons ailleurs l’originalité.

Se pourrait-il, par exemple, que la rentrée – parlementaire celle-ci – sonne l’heure de la sortie pour le Premier ministre Bayrou et son gouvernement de bric et de broc, claudiquant et mal en point depuis le premier jour ? Cela se pourrait bien, des oppositions ne cachant pas leur intention de profiter justement de cette rentrée pour sortir de leurs manches des motions de censure bien saignantes avec à la clef avis d’expulsion. À suivre, donc. 

Par ailleurs, pour le 10 septembre – et au-delà si affinités – les affriolantes nuances de gauche – cette fois encore à la remorque d’une initiative davantage d’origine populaire – nous promettent un blocage monstre du pays. Manifs et grèves à tous les étages. Occupations d’entreprises, d’administrations et, cela va de soi, black blocs et casseurs de sortie. 

Face à quoi, soucieux de ne pas rater sa rentrée, M. le président de la République nous gratifiera probablement d’une de ses sorties télévisées qu’il prise tant pour nous expliquer que, ayant tout bien fait ce qu’il avait à faire ces huit dernières années, rien ne lui semble justifier un tel désordre. Sortie verbeuse, alambiquée, pontifiante comme de coutume qui, achevant de lasser la majorité silencieuse pourrait bien, en cette reprise de tous les dangers, la faire sortir pour de bon de ses gonds. 

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Je suis solognot mais je me soigne

Price: ---

0 used & new available from

En quête de père

L’écrivaine et grand reporter Vanessa Schneider consacre un livre à son père. Un récit d’autant plus émouvant qu’il ne l’épargne guère.


Quelques mois avant sa mort, l’écrivain et psychanalyste Michel Schneider, atteint d’un cancer incurable, confie à sa fille une lourde tâche. L’accompagner dans sa maladie, prendre en charge ses funérailles, sa succession, et peut-être aussi, sans que cela fût dit, sa postérité. C’est donc avec courage, qualité que son père lui a toujours reconnue, que Vanessa Schneider s’attelle à la tâche. Exhumant des centaines de papiers jaunis, elle tombe sur un petit livre de Sandor Marai. Son titre : Ce que j’ai voulu taire. Elle y voit un signe et se lance dans une vaste entreprise : raconter un homme qui, sa vie durant, n’a cessé de brouiller les pistes. Un homme « ravi d’échapper aux assignations, de déjouer les codes, de n’être jamais là où on l’attend » et qui, pour ce faire, a multiplié les activités. Écrivain et psychanalyste donc, mais aussi magistrat, conférencier, critique littéraire et haut fonctionnaire. Une ascension fulgurante pour celui qui fut renvoyé de son collège et ne parvint jamais à décrocher son bac. Le contexte familial n’aura pas joué en sa faveur. Mère alcoolique dont il dira qu’il ne l’a jamais vue debout. Père qui mourra lorsqu’il avait quatre ans et dont il finira par découvrir qu’il n’était pas son géniteur. Bref « une famille de fous » immortalisée par Vanessa Schneider dans son deuxième roman.

À lire aussi : Derrière le miroir

Seules échappatoires à cet univers délétère : la musique et les livres qui resteront les deux grandes passions de sa vie. Sans oublier l’engagement politique que son père racontera à mots couverts dans Je crains de lui parler la nuit et dont il finira par revenir. Ses maîtres de l’époque : Marx, Lénine, Mao. À la mort du Grand Timonier, Vanessa verra pour la première fois pleurer son papa. Des années gauchistes dont elle rappelle qu’elles n’empêcheront pas son père d’entrer quelques années plus tard dans l’establishment jusqu’alors honni. Loin de l’hagiographie, ce récit intimiste ne cache pas la complexité d’un homme qui se définissait lui-même comme « une teigne », se disait féministe bien qu’interdisant à sa femme de travailler, fut maoïste puis pro-américain, adorait ses enfants mais refusait de s’en occuper. La peau dure est un livre sans concession, une lettre d’amour autant que de détestation à l’attention d’un père appelé tantôt « mon papa », tantôt « mon enfoiré de père ». Oscillant entre l’admiration et la colère, Vanessa Schneider dessine le portrait d’un homme qui a toujours lutté contre un sentiment d’illégitimité. Un homme que les honneurs n’ont pas réussi à rassasier. Un homme flirtant avec la folie parce que blessé. En 2006 il publiera son plus beau livre Marylin, dernières séances. Il idolâtrait l’actrice. « Son besoin d’être reconnue et consolée » était le sien. Quand Vanessa Schneider sort son premier livre, il exige qu’elle renonce à l’écriture : « Il ne peut y avoir deux Schneider sur les tables des librairies ». Heureusement la fille a tenu tête et signe avec La peau dure l’un de ses plus beaux textes.

La peau dure de Vanessa Schneider, Flammarion, 240 pages.

Attal : éthique en toc

0
Gabriel Attal au siège social du parti Renaissance, Paris 8e, le 21 juillet 2025 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Gabriel Attal veut promouvoir la GPA, mais une GPA prétendument respectueuse de la dignité des femmes. Pourtant, quelle que soit l’approche, quel que soit le vocabulaire lénifiant dont on veut enrober la question, la gestation pour autrui reste essentiellement la même : une façon d’exploiter les femmes.


Monsieur Gabriel Attal, qui fut premier de la classe et Premier ministre, jeune ambitieux frénétiquement en quête d’un destin politique d’envergure, vient d’annoncer la création d’une officine de  cogitation appelée à élucubrer sur quelques merveilles progressistes, dont, évidemment, la GPA (Gestation pour autrui).  Mais attention, pas le tout venant de la GPA. Non, ne nous méprenons pas. Il s’agirait d’une GPA « éthique ». C’est-à-dire, précise pour nous le journal Libération – séduit, bien sûr – « encadrée, non lucrative et respectueuse de la dignité des femmes ».

On respire ! Rappelons tout de même ce qu’est la GPA selon l’Organisation mondiale de la santé : « Une forme d’assistance médicale à la procréation dans laquelle une femme porte un enfant pour le compte d’un ou de plusieurs parents d’intention ». On appréciera comme il convient la délicatesse, la subtilité de la notion de « parents d’intention »« Contrairement à la procréation pour autrui où la femme porteuse utilise ses propres ovocytes, la GPA proprement dite implique l’absence de lien génétique entre la gestatrice et l’enfant », précise encore Libération. De nouveau, on ne manquera pas d’apprécier à sa juste valeur le concept tout beau, tout neuf de gestatrice, venant se substituer dans cette affaire à celui, si noble, de génitrice. Un déclassement qui ne dirait pas son nom, peut-être bien ? À voir. La gestatrice ne serait donc à la génitrice que ce qu’est, au fond, la nounou à la maman, un personnel de substitution, un adjuvant de circonstance…

A lire aussi : Jean Pormanove : nécrologie d’un homme et avènement de la France de demain

Un personnel de substitution, un adjuvant que, très légitimement, on rémunère pour ses signalés services. Or, il ne serait plus question de cela, d’argent, de rétribution, d’indemnisation, pour la gestatrice. Éthique oblige ! Car selon la morale telle que M. Attal la conçoit, ce serait verser dans l’horrible marchandisation du corps des femmes. Mon Dieu, quelle horreur ! Pas question ! On ne veut donc là que du bénévolat, du désintéressement, de l’amour du prochain, de la générosité, du vivre ensemble, du partage. Bref, toute la lyre. Qui croit-on tromper ? 

Seules les femmes ayant la liberté, la possibilité, les moyens de s’offrir une parenthèse de neuf mois de grossesse et de couvrir les frais y afférents seraient donc éligibles ? Comment ne pas voir là une première sélection, peu ou prou par l’argent. On imagine avec plaisir les conversations de salon : « Ma chère, j’avais la possibilité de m’offrir un stage de neuf mois de perfectionnement dans l’art si enthousiasmant de la viole de gambe, j’ai finalement choisi de me faire porteuse-pondeuse pour autrui. Mais, attention ma chère, porteuse-pondeuse éthique. Je ne prends pas une thune. C’est cool, non ? »

À qui ira-t-on faire croire que la question d’argent ne se posera pas ? Et puis quand bien même, à qui ira-t-on faire croire que ce premier critère de sélection ne s’accompagnera pas d’une foule d’autres, l’origine, l’apparence physique, le patrimoine génétique, les aptitudes mentales, l’hérédité. Où ira-t-on chercher dès lors « le respect de la dignité des femmes » ? 

A lire aussi : Rentrée : par ici la sortie ! 

Bref, plus ou moins insidieusement mais imparablement, on assisterait à la mise en œuvre d’un eugénisme à bas-bruit… Et en fait d’un cynisme encore plus écœurantque ne le serait une rétribution officielle, reconnue, concertée. Celle-ci aurait au moins le mérite de mettre M. Attal et les promoteurs de cette ignominie qu’est la GPA devant la seule authentique réalité de la démarche : la dégradation de l’être humain au rang de produit, d’instrument de fabrication pour la mère porteuse, la gestatrice. Objet de satisfaction, de contentement en ce qui concerne l’enfant à qui, dès son premier jour, après que les parents d’intention – non admis à la fertilité selon dame nature – en auront fait des caisses sur « l’irrépressible désir d’enfant » – à qui dès le premier jour, disais-je, on déniera tout droit au « désir de mère ». C’est du moins ce que déclarait à chaque interview un très médiatisé animateur télé ayant eu recours au procédé pour son mari et lui-même : « Cette femme [la porteuse de l’enfant] n’est pas sa mère et ne le sera jamais », assénait-il. Voilà, qui est dit. 

Enfin, faisant reposer sa prétendue éthique quasi exclusivement sur une question d’argent, M. Attal se berce d’illusions, se fourre le doigt dans l’œil bien profond. Il raisonne en épicier. Or, le lieu de l’éthique ne se limite jamais au tiroir-caisse. Loin de là. Aussi, penser, ou seulement imaginer, que donner la vie par procuration, dans un processus dont l’aboutissement n’est autre que l’abandon de l’enfant par sa gestatrice, pourrait si peu que ce soit s’auréoler d’éthique, relève tout simplement d’une imposture mentale. Pire encore, d’une très barbare cagade de l’esprit.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Je suis solognot mais je me soigne

Price: ---

0 used & new available from

Une «promotion Rima Hassan» à l’Université libre de Bruxelles: ma honte d’ancien étudiant

0
© Franck Derouda/SIPA

Soumission ? « Les étudiantes et étudiants de Master 2 de la Faculté de Droit et de Criminologie de l’ULB ont désigné, par vote, la personnalité dont leur promotion 2025 portera le nom. Leur choix s’est porté sur l’eurodéputée Rima Hassan. La Faculté prend connaissance du résultat de ce processus démocratique », a déclaré l’établissement d’enseignement supérieur dans un communiqué. Rima Hassan, l’activiste pro-palestinienne de LFI, a toujours refusé la solution à deux États en Palestine, et tient à longueur de journées les propos les plus clivants tout en faisant l’objet de poursuites suite à des menaces envers Prisca Thevenot ou François-Xavier Bellamy ou des sorties ambiguës sur le Hamas.


Quand une ville « tombe » sans coup de canon, on pourrait se demander ce qui passe en premier dans les mains adverses. Des territoires s’écroulant les uns après les autres tels des dominos ? Des médias de plus en plus complaisants ? La masse des indifférents finissant par se rallier ? Un peu de tout cela sans doute.

Dans le cas bruxellois, certaines communes sont déjà presque totalement islamisées, dont la tristement célèbre Molenbeek, mais aussi Anderlecht, Saint-Josse-ten-Noode ou Schaerbeek ; les médias, dont la radio-télévision publique, ont renoncé depuis longtemps à la pluralité d’opinions au profit exclusif d’un islamo-gauchisme teinté d’écologie punitive ; quant aux citoyens, la plupart sont tétanisés par le jugement social – « tout le monde sait », mais personne n’ose l’exprimer à voix haute. 

Le jour où tout a basculé

L’influence des universités dans le processus est souvent sous-estimée. Il suffit de s’être penché sur la guerre au Vietnam pour comprendre le rôle des campus américains dans le retournement de l’opinion ; c’est là aussi qu’ont germé plus récemment le wokisme et la cancel culture – on ne saurait que conseiller, à ce sujet, la lecture de La tache de Philip Roth. Les universités iraniennes furent un des moteurs de la contestation contre le Shah, donnant lieu à la Révolution de 1979, avec les conséquences catastrophiques que l’on connaît pour le peuple iranien – surtout les Iraniennes – comme pour la marche du monde.  

A relire: Palestine, Vueling: une semaine d’ébranlements

En attribuant à la nouvelle promotion de sa Faculté de droit et de criminologie le nom de « Rima Hassan », l’Université libre de Bruxelles a sans doute définitivement basculé. On s’en étonne à peine alors que, durant plusieurs mois, des locaux avaient été occupés en guise de soutien à la Palestine, avec des dégâts estimés à plusieurs centaines de milliers d’euros – c’est qu’à l’extrême gauche, on parvient difficilement à soutenir une cause sans vandaliser, casser, enlaidir, taguer…

Antisémitisme d’atmosphère

L’avenue Paul Héger, qui s’étire le long du principal campus de l’ULB, est devenue une mini-bande de Gaza où il n’est d’ailleurs pas conseillé d’être juif. En réalité, le palestinisme ambiant y est surtout un antisémitisme d’atmosphère. La tenue d’une conférence du professeur Eli Barnavi, pourtant peu connu pour être un soutien du gouvernement en place en Israël, y fut violemment contestée. Deux étudiants juifs, munis de drapeaux israéliens, y ont été agressés. Les accords avec les universités israéliennes y ont été suspendus. Les professeurs, toujours prompts à rédiger des tribunes dégoulinant de leur empoisonnante moraline et de leur stupide wokisme, restent silencieux face aux dérives actuelles.

En tant qu’ancien étudiant de l’ULB, dire que j’ai honte est un euphémisme. À l’époque où j’arpentais les auditoriums, l’université bruxelloise se trouvait déjà sous le joug de la gauche. Les groupuscules communistes, tendances trotskiste, maoïste ou staliniste, vendaient leurs pamphlets disposés sur des stands de fortune. Les professeurs s’indignaient aux larmes lorsqu’un parti trop à droite à leur goût arrivait au pouvoir dans un pays européen. Les groupes de musique alternatifs improvisaient des scènes pour nous abreuver de leurs mauvais tours de chants. Les effluves de joints recouvraient les odeurs de bière. Officiellement, l’université bruxelloise se réclamait du libre examen et était encore en phase avec sa devise « Scientia vincere tenebras », comprenez par là qu’elle rejetait la religion ou, nuance importante, une religion en particulier. En d’autres termes, on « bouffait du curé » et on tançait l’université rivale, arborant quant à elle son catholicisme. 

Et maintenant ?

Je pense aux étudiants actuels qui ne souscrivent pas au délire, car c’en est un, de baptiser une promotion sous le nom d’une militante dont le seul fait d’arme est de porter le keffieh pour la Palestine. Rima Hassan n’est pas connue pour être une sommité en matière de droit international et ce n’est pas parce que vous criez « génocide » à tout bout de champ que cela fait de vous un expert en la matière. 

Vous le comprenez : une « promotion Boualem Sansal » aurait été plus en phase avec les valeurs historiques de l’ULB. Malheureusement, on peut déjà se demander quelle sera la prochaine étape du basculement dans l’islamisme sur le campus bruxellois. Un espace Ahmed Yassine ? Un auditoire Salah Abdeslam ? Une bibliothèque Al-Baghdadi ? En attendant, on peut déjà préjuger que les diplômes des étudiants issus de la « promotion Rima Hassan » ne vaudront pas cher sur le marché du travail. 

La Tache De Philip ROTH

Price: ---

0 used & new available from

A qui profite la revanche postcoloniale?

0
Manifestation lors de la Journée anti-Christophe-Colomb, New York, le 8 octobre 2018. Erik McGregor/SIPA

Les militants décoloniaux exigent que les nations occidentales versent des réparations aux pays colonisés par leurs empires, ainsi qu’aux personnes issues de l’immigration en provenance de ces pays. Et que nos autorités fassent preuve d’indulgence à l’égard des criminels et des terroristes dont les ancêtres auraient été victimes du colonialisme. Mais c’est un leurre. En France, l’approche décoloniale nuit aux intérêts de tous les citoyens. Analyse.


On nous répète que la France doit « payer » pour sa colonisation de l’Algérie. Que la défiance de certains jeunes issus de l’immigration, la délinquance, la violence ou même le terrorisme seraient une revanche légitime. Mais qui profite réellement de cette revanche postcoloniale ?

Pas les Français modestes.

Les classes populaires et les classes moyennes françaises n’ont jamais colonisé personne. Pourtant ce sont elles qui paient aujourd’hui : impôts en hausse, insécurité au quotidien, peur de voir leurs enfants happés par les trafics ou par l’islamisme.

Pas toutes les familles issues de l’immigration.

Beaucoup de familles issues de l’immigration veulent simplement travailler et élever leurs enfants en paix. Mais d’autres véhiculent ou subissent un discours de rupture : salafisme, communautarisme, rejet de la République. Ces fractures existent dans les quartiers et elles expliquent pourquoi on ne peut pas se contenter de slogans rassurants.

A lire aussi : Urgences à Mayotte : soigner au bord du chaos

Alors, qui profite ?
– Le régime des « moustachus » en Algérie : une caste militaire et politique corrompue, qui brandit sans cesse la mémoire coloniale pour détourner l’attention de son échec économique et social.
– Les caïds des cités : trafiquants enrichis par la drogue, qui justifient leur violence en se drapant dans un discours victimaire.
– Les islamistes : qui transforment le ressentiment en djihad et sèment la mort en France comme ailleurs.
– Des politiciens complaisants : qui exploitent ce narratif pour acheter la paix sociale et sécuriser des clientèles électorales.

La revanche postcoloniale n’apporte rien de positif aujourd’hui. Elle se traduit par des centaines de morts dans les cités à cause des règlements de compte, par l’explosion des trafics de drogue, par des attentats islamistes meurtriers. Elle entretient la corruption des élites en Algérie et, en France, elle nourrit une classe politique qui ferme les yeux par calcul électoral. Elle appauvrit enfin les classes populaires et moyennes, toujours sommées de payer pour un système qui les met en danger.

Et si on parlait de toutes les dettes de l’Histoire ? Car si l’on veut entrer dans la logique du « remboursement » historique, alors il faut le faire pour tout le monde :
– Faut-il demander aux Berbères musulmans de rembourser la conquête de l’Espagne pendant sept siècles ?
– Faut-il exiger réparation pour la piraterie barbaresque, qui pendant quatre siècles a pillé les navires européens et réduit en esclavage des centaines de milliers de captifs chrétiens ?
– Faut-il faire payer au monde musulman la traite négrière transsaharienne, qui a réduit des millions d’Africains en esclavage ?
– Faut-il rappeler les massacres des Hindous lors des invasions turco-mongoles de Tamerlan ?
– Faut-il demander réparation pour le devchirmé ottoman, cet impôt qui arrachait un garçon chrétien sur cinq dans les Balkans pour en faire un janissaire ?

A lire aussi : L’affaire Axelle Dorier ou l’impunité sous condition

Si on suit cette logique, alors tout le monde doit tout rembourser à tout le monde. C’est sans fin, et cela n’a aucun sens.

La revanche postcoloniale n’est pas une réparation, ni un projet de justice. C’est une machine à enrichir des caïds, des islamistes et des régimes corrompus. Pendant ce temps, elle détruit la confiance, fracture la société française et condamne les plus fragiles à vivre dans la peur et la misère.

La vraie question n’est pas « comment rembourser la colonisation », mais comment sortir de ce piège mémoriel pour que l’histoire ne soit plus un instrument de haine au service d’une mafia dictatoriale, des héritiers du FIS et des narco-caïds.

Les quatre vérités de Michel Audiard

0
Michel Audiard lors d’une interview pour l’émission télévisée « Sept jours du monde », en mars 1965 © D.R.

Michel Audiard a accordé en exclusivité une interview posthume à Causeur. Baisse du niveau général, politique économique et migratoire, diversité, cinéma… ce fleuron de l’esprit français n’élude aucune question. Et il balance !


Causeur. Michel Audiard, d’abord merci de faire semblant de nous recevoir et de consentir à ce simulacre d’interview. Vous incarnez l’esprit français et nous n’avons pas considéré votre disparition comme un motif suffisant pour ne pas vous interroger.

Michel Audiard. Je vous en prie. J’ai moi-même toujours eu une éthique professionnelle très souple. Mon premier fait d’armes a été une interview exclusive de Tchang Kaï-chek pour L’Étoile du soir, reportage bien sûr entièrement bidonné et écrit au fond d’un bistrot du 14e. Vous restez des petits joueurs.

On vous sait effectivement un peu menteur. Mais soyez franc, de là-haut, quel regard portez-vous sur les élites et le peuple français de 2025 ?

Rapport au mensonge, c’est moi le petit joueur lorsque j’entends les uns et les autres.

Jusqu’à un passé récent, les élites mentaient au peuple avec plus ou moins de talent, mais beaucoup de conviction. Le peuple croyait lui, suivant son humeur, aux mensonges du pouvoir ou de l’opposition – tout allait bien, c’était réglo. Maintenant, le peuple ne croit plus personne, se ment à lui-même et les mensonges des puissants sont du niveau d’un môme de 6 ans, qui plus est pas très doué.

Soyez plus précis.

Y a des vannes que je ne me serais pas permises, mais que vos gouvernants vous balancent, genre : « Le budget est géré à l’euro près » ; « à l’école le niveau monte » ; « l’immigration est une chance pour la France » ; et la meilleure, « il n’y a pas d’ennemis intérieurs ». C’est plus un festival, c’est une féérie.

À lire aussi : Un Maigret, sinon rien

Et côté peuple ?

Moi j’ai roulé en Ferrari, je vivais à l’Hôtel de la Trémoille, mais j’ai jamais imaginé présenter la douloureuse à mes voisins. Vous, vous vivez tous aux crochets des Boches ou des gosses que vous ne faites plus et qui devront effacer vos chromes. C’est une martingale gagnante depuis quarante ans, mais ça sent le sapin quand même. Va peut-être falloir envisager un truc pénible qui aurait comme un cousinage avec le boulot. 

Je vous rassure, chez Causeur on est lucide sur la baisse du niveau, et pas qu’à l’école. Vous en aviez eu la prescience puisque vous avez déclaré : « Les gens deviennent tellement cons qu’un jour il faudra sous-titrer les films français ».

Je vous rassure aussi, sans être devenu complètement abruti, j’ai pourtant besoin d’un dico pour lire la presse. Vous nous verriez avec Ventura et Gabin chercher « djihad », « kamis », « cisgenre », « woke » ou « climatosceptique ». La tronche du vieux quand je lui ai lu la définition de LGBTQIA+… Cela dit, pour en revenir à la baisse du niveau, moi j’étais considéré par Saint-Germain-des-Prés comme un auteur d’une insoutenable vulgarité alors que maintenant mes textes ne semblent accessibles qu’aux khâgneux et aux normaliens. Ça secoue.

Ça nous étonnerait beaucoup que les normaliens apprécient vos films dans lesquels, objectivement, l’absence de diversité est criante.

Diversité ? Attendez, deux secondes… le dico. Voilà ! Ah oui, cette diversité-là. Vous avez complètement raison et j’en ai le rouge au front. J’aime pas balancer, mais la trilogie de Pagnol avec que des vieux Blancs, et à Marseille en plus, c’était déjà baroque, non ?

À propos de diversité, parlons cash. L’islamisation de la France, qu’est-ce que ça vous inspire ?

J’ai souvent recasé d’un film à l’autre quelques saillies drolatiques, par pure fainéantise. Fidèle à mes habitudes, ce que j’avais déclaré à propos de la Seconde Guerre mondiale me semble parfaitement adapté à votre situation : « Cette guerre, on voulait bien la gagner ; à la limite, on voulait bien la perdre ; mais ce qu’on voulait pas, c’était la faire ».

Rétrospectivement, assumez-vous votre vision de la femme ?

D’abord j’assume tout. Ensuite, j’ai offert aux femmes des rôles plus modernes que vous ne le pensez. Mireille Darc, une vraie copine, incarnait une femme libre, indépendante, capable de tenir tête à des pointures comme Lino. Mais c’est vrai que j’ai toujours préféré faire parler les moches. Si elle avait su lire, j’aurais pu écrire des lignes inoubliables pour votre Mathilde Panot.

À lire aussi : Simon sauvé des eaux tièdes

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné au paradis ?

D’y être.

C’est vrai que vous recyclez bien. C’est ce que vous aviez dit à propos de votre invitation au Festival de Cannes en 1964.

Vous m’épatez. Les festivaliers avaient d’ailleurs sifflé Cent mille dollars au soleil. Mais tout a changé depuis que j’ai été élevé au rang de génie par ceux qui m’avaient conchié. Quand je croise de Funès, on rigole ensemble de son hors-série Télérama. On a hâte de voir les dépouilles des Charlots entrer au Panthéon ou un cycle « 7e compagnie » à la cinémathèque. C’est une question de patience, mais on a l’éternité devant nous.

À Cannes, on révère désormais le nom d’Audiard, mais le prénom a changé. C’est votre fils Jacques qui a tous les honneurs.

Fierté du père évidemment, même si mon fils a intelligemment choisi de tourner le dos au cinéma populaire de son père. Et puis j’ai tâté le terrain auprès de Gabin, Blier et consorts. Je vais avoir du mal à les convaincre de se travestir et de jouer dans une comédie musicale.

Le dialoguiste flamboyant que vous avez été se voit-il un successeur dans le paysage cinématographique actuel ?

J’ai apprécié la finesse de Rémy Waterhouse dans Ridicule ; Bernie Bonvoisin m’a épaté avec Les Démons de Jésus ; Alexandre Astier et Alain Chabat savent assurément manier l’aphorisme. Puis, je vais vous étonner, quelques rappeurs manifestent également un attrait certain pour la langue. Cependant, il faut rester lucide, plus aucun dialoguiste n’aura jamais sur l’affiche son nom en plus gros que celui du réalisateur.

Vous avez été cycliste et vous partagiez avec Gabin et Pousse une passion pour le vélo. À quelques jours du départ du Tour de France, un pronostic ?

J’en discutais hier encore avec des épées – Charly Gaul et Bahamontes, c’est dire si je connais du monde. On était tous d’accord. On croit pas beaucoup aux chances d’Anquetil cette année.

Urgences à Mayotte : soigner au bord du chaos

0
L'atmosphère de l'hôpital ESCRIM de Mamoudzou à Mayotte, le 30 décembre 2024 © Alain ROBERT/SIPA

La suite du récit captivant d’Alain Destexhe qui a travaillé cet été aux urgences de l’hôpital de Mayotte. De longues heures de travail pour les médecins, insécurité et violences, pénurie d’eau, patients victimes de circoncisions rituelles mal faites, maladies qu’on ne voit plus depuis longtemps en MétropoleLe tout sur une île qui subit une pression migratoire sans relâche. Lisez la première partie ici.


Lors de mon séjour, une jeune Malgache de 19 ans, arrivée à peine un mois plus tôt, a été assassinée sur une plage. Le médecin doit quand même sortir pour constater le décès. Une autre fois, le médecin régulateur du 15 décide de ne pas envoyer le SMUR (Service mobile d’urgence et de réanimation), car on lui annonce qu’un gamin de 12 ans est coupé de partout et… décapité, mort donc. Règlement de comptes entre gangs d’ados, la plupart abandonnés sur l’île, pour préserver leur droit à devenir Français, lorsque leurs parents sont expulsés vers les Comores.

Chaque jour apporte son lot de cas qu’on ne voit plus dans l’Hexagone, par exemple encore cette femme de 50 ans à peine, arrivée en kwassa sanitaire. Elle ne pèse plus que 28 kg, alors qu’elle en annonce 65 deux ans plus tôt ! Cancer, sans doute. Il faudra des explorations coûteuses pour savoir ce dont elle souffre.

Des conditions de vie spartiates

Notre vie quotidienne est spartiate. Pour les médecins, c’est 11 heures de travail le jour et 13 heures la nuit, 49 heures par semaine, toujours concentré. Il faut s’habituer à ce rythme soutenu. À midi, rien n’est prévu pour le repas. Il n’y a pas de cantine. Nous mangeons souvent sur le pouce, en 10 minutes, ce que nous avons apporté ou les plateaux des malades s’il en reste après la distribution. Les médecins et internes sont souvent logés à quatre par appartement ; les plus âgés médecins, comme moi, à deux. Comme sur toute l’île, l’eau courante n’est disponible qu’un jour et demi sur trois, un problème chronique sans lien direct avec le récent cyclone. On fait des réserves et on se douche avec des seaux. La consommation d’eau à Mayotte augmente de 20 % par an malgré ces coupures, ce qui donne une idée de la pression migratoire démente que subit l’île.
Nous ne sommes pas épargnés par la violence qui règne sur l’île. Une nuit, les vitres des quatre véhicules de location des médecins de mon immeuble ont été brisées. Le soir, je rentre à pied – il fait noir dès 18 heures et il n’y a pas de parking à l’hôpital – et je dois marcher 600 mètres dans une rue où l’éclairage public n’a pas été rétabli après le cyclone. Je ne suis pas à l’aise.

Circoncisions rituelles sans hygiène

C’est la saison des circoncisions. Chaque jour, des enfants arrivent avec le sexe sanguinolent, parfois infecté, souvent avec une compresse collée sur la plaie béante. Il faut l’enlever, mais c’est très douloureux, et les enfants hurlent et pleurent. Aucun anesthésique ne peut empêcher la douleur. Des familles de métropole profitent des vacances scolaires pour venir faire circoncire leurs garçons à Mayotte, et même les infirmiers et aides-soignants locaux le font de façon rituelle traditionnelle, arguant que ça s’est toujours fait ainsi et que c’est l’occasion d’une grande fête rituelle. De toute façon, il n’y a pas d’urologues, ceux qui pratiquent ce geste en métropole la plupart du temps. Actuellement, coup de chance, il y en a un, mais seulement pour deux semaines. Il me raconte avoir vu des choses qu’il n’a jamais rencontrées de toute sa carrière, comme une rupture de l’albuginée, la membrane qui entoure et protège les corps caverneux de la verge. Je vois le patient : son pénis a triplé de volume au repos. S’il n’est pas opéré rapidement, il deviendra impuissant. Comment a-t-il fait cela ? Il ne le dira pas, mais c’est probablement au cours d’un acte sexuel acrobatique.

À lire aussi : Projet de Valls pour Mayotte: « une pompe aspirante à immigration »

Il y a même eu un cas de… tétanos. Aucun des médecins de l’hôpital n’en avait jamais vu. Et quelques cas de diphtérie, des maladies qu’on ne connaît qu’à travers nos études et les manuels de médecine.

Manque de spécialistes

Les spécialistes défilent et repartent. La liste de ceux présents sur l’île est affichée. Il n’y a pas de cardiologue depuis des mois (alors que l’hypertension est très répandue), pas d’endocrinologue (alors que le diabète sévit), nous devons demander des avis par téléphone à La Réunion. Il en va de même pour la neurochirurgie. En fait, toutes les spécialités manquent. L’hôpital accepte donc des spécialistes qui ne viennent parfois que pour quelques semaines voire quelques jours dans certains cas. L’hôpital de Mayotte est pourtant bien équipé : il y a, par exemple, un scanner et une IRM. Mais il manque cruellement de spécialistes, de tous les spécialistes. Ainsi, les coronarographies et les opérations de neurochirurgie ne se font qu’à La Réunion.

Coûteuses EVASAN

Chaque jour, un avion sanitaire part donc de Mayotte pour La Réunion, à 2 heures de vol, avec les malades qu’on ne peut soigner sur place, accompagné d’un médecin et d’un infirmier. Ce sont les EVASAN dans le jargon, les évacuations sanitaires. La plupart des malades ou blessés évacués sont des étrangers, majoritairement comoriens. L’avion compte 12 places assises, mais seulement deux places couchées pour les civières. Les places sont très chères pour ces dernières, et les évacuations sont souvent reportées d’un jour à l’autre en fonction de la gravité des cas. Tout cela coûte une fortune.

Une fois à La Réunion, quelques patients disparaissent dans la nature, mais la plupart reviennent à Mayotte, où ils sont en situation irrégulière, mais bénéficieront quand même de soins coûteux pendant de longs mois, voire des années, par exemple pour les patients dialysés plusieurs fois par semaine.

Mayotte, pas dans l’AME !

Lors du récent examen de la loi de programmation après le cyclone Chido, le Parlement a refusé que Mayotte soit incluse dans l’aide médicale d’État (AME). La crainte était que l’île devienne un facteur d’attraction supplémentaire, un argument ridicule qui témoigne d’une profonde méconnaissance de ce qui se passe ici. L’île est déjà, à tous points de vue, un facteur d’attraction pour les Comores. Même des ministres comoriens viennent se faire soigner ici gratuitement, sans décliner leur véritable identité. L’AME ne changerait rien à l’attractivité, mais permettrait au moins de savoir combien l’État (Nicolas !) débourse chaque année pour soigner les personnes en situation irrégulière. Même le Rassemblement national n’a pas soutenu l’amendement dans ce sens ! Des familles de patients mahorais – français donc – se plaignent que « le CHM est un hôpital pour les Comoriens ». Ils n’ont pas tort. Ceux qui en ont les moyens se font de préférence soigner à La Réunion ou dans l’Hexagone.

À lire aussi : AME à Mayotte: un moindre mal

Tétraplégique, suite à une chute de cocotier

Drame terrible. On reçoit un jeune homme de trente ans, tombé d’un cocotier il y a quinze jours aux Comores. Ce genre d’accident est malheureusement fréquent. Celui-ci est dans un état catastrophique. Presque tétraplégique. Ses deux membres inférieurs sont paralysés, et il ne conserve qu’un peu de mobilité dans les bras. Il présente une fracture-luxation des vertèbres cervicales C6 et C7.

Il est arrivé par « kwassa sanitaire ». Il s’exprime bien en français, ce qui veut dire qu’il a reçu une certaine éducation, mais n’a aucun papier d’identité et refuse obstinément de donner le moindre numéro de contact. Malgré son état, il reste terrorisé par la police, par l’idée d’être renvoyé aux Comores. On lui explique qu’il doit être évacué vers La Réunion pour être opéré, mais sans identité, c’est un casse-tête administratif. Il faut l’autorisation du préfet de Mayotte. Le dossier est transmis avec pour prénom « XX » et pour nom « XXX ». Une évacuation est prévue dès que l’autorisation tombera, mais elle se fait attendre : c’est le week-end du 15 août.

J’essaie de le transférer au service de médecine ou à l’unité de réanimation, où il serait mieux pris en charge, mais personne n’en veut. Manque de place, ou absence de solution avant l’intervention à La Réunion. L’opération consistera simplement à fixer la fracture, sans espoir de récupération. « Il n’y a pas d’urgence », dit le neurochirurgien. En attendant, il reste dans le service des urgences, où il n’a pas sa place.

Il a une escarre sacrée monstrueuse de plus de vingt centimètres de diamètre et plusieurs centimètres de profondeur au niveau du sacrum. Une plaie atroce, comme personne n’en a jamais vue dans le service. L’odeur est insoutenable. On doit porter un masque pour entrer dans sa chambre. L’infirmière qui lui fait les soins est admirable. Comme il est tétraplégique, il ne souffre pas lors des soins. Il porte également une minerve autour du cou, trop lâche, qui ne sert à rien. Donc, il est passé par un hôpital comorien et on l’a laissé, littéralement, pourrir sur place sans songer à prévenir l’apparition d’escarres (il en a aussi aux talons).

Refus de décliner son identité

Je tente en vain d’obtenir un contact. Puis, un vieux briscard de chirurgien, qui vient régulièrement à Mayotte, intervient : « Si tu n’as pas de papiers, si on ne peut pas vérifier ton identité, on ne peut pas t’évacuer ni te soigner ». Brutal, mais efficace. Soudain, le patient donne un numéro. Une heure plus tard, je parle au téléphone avec son père. Deux heures encore, et j’ai entre les mains sa carte d’identité comorienne et son extrait de naissance ! Deux jours perdus à cause de la peur du gendarme.

À lire aussi : Le droit du sol est-il vraiment un « principe fondamental » de la République, comme l’affirmait François Hollande?

Mais quel avenir pour lui ? Il restera tétraplégique. Son escarre est presque irréparable, trop profonde selon le chirurgien plasticien. Une très hypothétique guérison prendrait des années dans les meilleures circonstances. Comment sera-t-il pris en charge à Mayotte ? Qui s’en occupera ? Dans le meilleur des cas, il coûtera des centaines de milliers d’euros à l’État. Et selon le vieux chirurgien, il décédera probablement dans quelques mois suite à des surinfections de son escarre inguérissable, tout en restant tétraplégique. « J’ai souvent vu ce genre de situation », me confie-t-il en privé, « il ne devrait pas être soigné en France ».

Jusqu’où soigner ? 

Mais personne n’osera prendre la décision de le renvoyer aux Comores. C’est pareil pour les dialysés comoriens, pris en charge à vie à Mayotte, aux frais de la France. Le chirurgien dit qu’il faudrait des décisions médicales collégiales, comme celles qu’on prend pour les cancers incurables. Il faudrait surtout du courage. Que des médecins se réunissent et décident, en conscience, qu’il n’y a pas de prise en charge possible ici, et que le malade doit être renvoyé, dans de bonnes conditions, dans son pays d’origine. Mais qui oserait ?

Les médecins soignent, au nom du serment d’Hippocrate, sans mesurer les conséquences de leurs actes. Et au fond, cela importe peu : c’est Nicolas qui paie. Nicolas, qui n’est sans doute pas d’accord, mais auquel on ne demande pas son avis.

Mère à 14 ans

C’est mon dernier jour. La jeune doctoresse du SMUR revient au CHM, l’air rayonnant. Elle vient de mettre au monde un bébé à domicile et ramène la mère en ambulance. Celle-ci me sourit au passage du brancard, son bébé dans les bras. Elle a 14 ans.

Mayotte : Comment l’immigration détruit une société

Price: ---

0 used & new available from

Trouver sa voix !

0
Le chroniqueur et écrivain Thomas Morales © Hannah Assouline

Pour son dernier épisode de l’été, Monsieur Nostalgie nous parle d’écrivains vivants qui, par leur singularité et leur style, tracent un chemin original dans les méandres de l’édition.


L’homogénéisation nous guette. C’est le mal du XXIème siècle. La planification des romans, astuces d’écriture et stratégies de conquête, est à la manœuvre surtout à l’approche de la rentrée littéraire. Alors que les administrés attendent désespérément une simplification administrative qui n’arrive jamais ; dans l’édition, elle est la règle de survie. Le lecteur est ce vieil enfant que l’on doit prendre par la main, ne surtout pas réveiller, encore moins l’éveiller à des sonorités nouvelles ; continuellement lui mâcher la dictée, le plonger dans un état somnolent, où aucune phrase ne viendra bousculer son confort, toujours l’abreuver d’images déjà vues et de tournures décharnées, calibrer sa peur et ses désirs, l’amener sur des terres mille fois foulées, lui ânonner la vie comme s’il était un grand malade impotent.

Deux littératures bien distinctes

Cette littérature inoffensive est en passe de devenir la norme, elle remplit les rayons et les tables des librairies. L’autre littérature, la dissidente, la nerveuse, la fantasmée, celle que l’on qualifie à tort d’exigeante, est réservée à une poignée d’initiés. Déjà Valery Larbaud dans son journal (1912-1935) se faisait l’écho de cette apathie généralisée : « Les derniers livres arrivés, coupés et ouverts. En les coupant, des mots sautent jusqu’à moi, comme des étincelles d’un feu plus ou moins obscur. Romans, toujours des romans et deux cent cinquante, trois cents pages, situations et personnages étant donnés, cela paraît s’écrire de soi-même, dans la molle coulée et le demi-sommeil d’une invention relâchée ». Le rouleau-compresseur aplanit pour mieux nous endormir. L’entonnoir nous étouffe. Guy Dupré avait repris à son compte ce triste constat dans L’âme charnelle, son journal courant de 1953 à 1978. L’écriture automatique, doucereuse et perverse, a remplacé les boîtes manuelles caractérielles des auteurs qui s’attachent à creuser leur sillon, à imposer leur propre tempo, à écrire avec leur propre structure mentale.

À lire aussi : Écrire ou éditer, lui n’a pas choisi

Heureusement, il existe encore aujourd’hui beaucoup d’écrivains qui n’ont pas vendu leur âme à cette écriture ouatée, désespérante et assommante. Par goût, par nécessité, parce qu’écrire, c’est se distinguer, ces écrivains-là sont reconnaissables aux premiers mots. Au premier flow. Leur rythme est leur ADN, leur vocabulaire, une malle aux trésors. Ils teintent leurs livres d’une empreinte remarquable. Ceux-là, on les aime plus que tout car ils ne sont pas interchangeables. Ils ne courent pas après un hypothétique succès bien qu’ils ne cracheraient pas sur des ventes à quatre, voire, dans leurs rêves les plus fous, à cinq chiffres. Ils ont ce que j’appelle un toucher de plume, leur propre art de la narration s’affirme souvent contre eux-mêmes, ils ne font pas du commun, du lyophilisé, ils sont emportés par une vague qui les dépasse. Ils auraient pu moduler leur paragraphe, lisser certains endroits, asphyxier leur voix, taire leur colère, sucer la roue des tendances frelatées, ils ont préféré écrire à leur main. « Hecho a mano », comme l’on dit à Cuba, dans les fabriques de cigares. Pour clore ma série de l’été, j’ai eu envie de vous citer pêlemêle des auteurs parfois très proches, parfois très éloignés de moi mais qui m’ont toujours saisi par leur singularité. Dans un monde sous cloche, chérissons ces identités-là, particulières et nécessaires. En cette fin d’été, j’aime retrouver leur cadence. Je me mets dans leur pas.

Quelques écrivains inspirants

Je pense à Aude Terray, à la rigueur historique de ses récits, qu’elle s’imprègne de la vie de la Princesse Bibesco, de Jean Moulin, de Drieu ou de Madame Malraux, elle injecte toujours une veine élégante et désenchantée, inhabituelle et donc surprenante à la vie des illustres personnes. Parmi les inclassables éclectiques, je veux citer ici, Valère-Marie Marchand, esprit brillant, critique de haute volée, capable d’écrire sur des sujets aussi variés que les arbres, Boris Vian, le Facteur Cheval ou la calligraphie, et dont le premier roman sorti fin 2024, Spleen au lavomatic (Héliopoles), flirte avec l’univers poétique de Marcel Aymé. Il y a du passe-muraille dans les textes de cette iconoclaste. Parfois, on est happé par des histoires littéraires qui n’étaient pas à priori inscrites dans notre spectre de lecture. Je pense aux livres de Jean-René van der Plaetsen, son militarisme romantique a quelque chose de chevaleresque et d’unique. Il revient début octobre avec un recueil de nouvelles (À contre-courant au Rocher). Il a tellement bien écrit sur l’honneur, il est imbibé de ces engagements-là, sa sincérité émeut ; avec lui les galonnés ou non ne sont plus seulement des noms sur des monuments aux morts mais des êtres de chair.

À lire aussi : Souviens-toi l’été dernier…

J’aime aussi le pastoralisme éclairé de Charles Wright, ses échappées pleines de foi et de tendresse sont un remède à la mélancolie. Il écrit à bas-bruit pour mieux faire ressortir les petites joies et les peines de l’existence. Chacun de ces auteurs nous parlent d’une façon différente. Comment ne pas tomber sous le charme de notre ami chroniqueur Philippe Lacoche, le fatal Picard de la mémoire cheminote. Hier encore, je tombais sur deux de ses anciens livres, Cité Roosevelt et Scooters, il est le seul à faire communier ouvriérisme non larmoyant et stylistes écorchés à droite de l’échiquier, il écrit admirablement sur les gens de peu et les figures d’élite. Cette double-culture nous est aujourd’hui indispensable. Lacoche n’est d’aucune coterie. Parmi les écrivains bien vivants, à la verve mousseuse, Olivier Maulin se pose en taulier goguenard. Chez lui, j’admire son œuvre de diariste, son journal de 1997/1998, Histoire des cocotiers parue jadis chez Rue Fromentin, est abyssal. Il est le Léautaud des Tropiques. Ne désespérons pas, des écrivains résistants s’organisent partout pour faire perdurer les plaisirs interdits de la lecture. Nous les suivrons avec bonheur.

Monsieur Nostalgie

Price: ---

0 used & new available from

Tendre est la province

Price: ---

0 used & new available from

Les Bouquinistes

Price: ---

0 used & new available from

Et maintenant, voici venir un long hiver...

Price: ---

0 used & new available from

Sasha & Farid au O’Bélu ou le double plaisir

0
De gauche à droite : Sacha, Farid et Jean-Baptise © Philippe Lacoche

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Ma sauvageonne me fit part de sa folle envie de sortir. Ce soir-là, je me sentais un peu fatigué. « Mais ce que femme veut, Dieu veut », songeai-je, résigné. « Ok, mais on va au O’Bélu ! », lui répondis-je en reprenant du poil de vieux yak. « Mais bien-sûr ! », explosa-t-elle, ravie, en secouant sa jolie chevelure blonde et ébouriffée. Firmin, notre valet, prépara le fiacre et notre jument Yvonne, et nous partîmes à vive allure vers le quartier Saint-Leu. Destination : notre bar préféré. Comment pourrait-il en être autrement ? O’Belu se trouve en bord de Somme, sur le quai éponyme. Il est tenu, depuis mars dernier, par le sympathique Jean-Baptiste, dit J.B., un tout jeune homme, ancien ingénieur en système embarqué, originaire de Pont-Audemer, qui s’est tellement amouraché de la capitale picarde qu’il a tout plaqué pour reprendre ce sacré bistrot. En compagnie d’une équipe de huit personnes l’été, il en a fait l’un des lieux les plus conviviaux, les plus singuliers, où il fait bon se restaurer en terrasse ou déguster une délicieuse moules-frites ou un saucisson au Beaufort. (Bien d’autres plats sont proposés). Ses cocktails sont un régal. Ma Sauvageonne en raffole. Et la bière ; parlons-en de la bière ! Elle est tellement succulente que je suis contraint, à chaque fois que nous nous y rendons, d’éloigner Yvonne, notre fidèle jument, dipsomane qui, dès qu’elle met le museau dedans, ne sait plus s’arrêter. A titre personnel, je vous recommanderais La Goudale pression, 7,5°, qui rafraîchirait un régiment de cosaques égarés dans le Sahara en plein été.

À lire aussi : Ils ont osé

J’adore aussi l’endroit car, depuis la terrasse, on peut y contempler la Somme et apercevoir chevesnes, vandoises et rotengles remonter le courant entre deux eaux. (A chaque fois que je suis confronté à cette situation, mon petit coeur de pêcheur à la ligne bat la chamade comme si j’étais en train de capturer un silure de deux mètres). C’est encore au O’Bélu que j’ai l’habitude de retrouver mon bon copain David Carr-Brown, documentariste renommé, établi à Amiens depuis quelques années, et que m’a fait connaître Arnaud Viviant, mon ancien confrère de Best, aujourd’hui critique au « Masque et la Plume » sur France Inter. David n’était pas là, mais nous eûmes le plaisir d’accueillir Sylvain, dit Sly, chanteur des Rabeats, à notre table. Plaisir aussi d’écouter avec attention le duo Sasha & Farid. La première chante d’une fort jolie voix soul et bluesy ; le second joue avec talent du saxophone (alto et ténor). « Notre répertoire propose une large palette qui va du jazz à la chanson en passant par le métal acoustique et le rock », expliquent-ils. Ils jouent, bien-sûr, aux terrasses des cafés et restaurants de la ville de Jules Verne (et de Choderlos de Laclos ; on oublie trop souvent que l’auteur des Liaisons dangereuses, est né à Amiens) ; ils animent aussi des mariages et des anniversaires. Ce soir-là ils nous gratifièrent notamment d’une version de « Bella Ciao » qui eût transporté de plaisir les camarades de la section PCF de Tergnier, d’une autre de « Minor Swing », de Django Reinhardt, et de chansons de Stevie Wonder et de la délicieuse et regrettée Amy Whinehouse. Un régal ! Ce duo regorge de talent. A noter que Sasha joue dans un autre groupe (Soulful Dream) et qu’elle est spécialiste des cocktails. A la vôtre !

(Contacts : Farid au 06 59 49 52 61 ; berrehail.farid@gmail.com)

Ukraine : les territoires symboliques de leur MOI…

0
Donald Trump, Volodymyr Zelensky et ses alliés européens à la Maison Blanche, 18 août 2025 © Ukrainian Presidency/SIPA

Alors que les négociations sur l’Ukraine s’exposent au grand jour, notre chroniqueur se désole que chacun se mue en stratège diplomatique derrière son écran. Le billet de Philippe Bilger.


Comme lors du Covid où chaque Français s’est cru médecin, les négociations autour de l’Ukraine, qui impliquent les présidents Zelensky, Trump, Poutine et l’Union européenne (qualifiée de « nain politique » par un conseiller de Poutine), avec notamment le président Emmanuel Macron et le chancelier allemand Merz, se déroulent quasiment à ciel ouvert. De sorte que la politique étrangère n’est plus hermétique à nos concitoyens et que ceux-ci, sur un mode totalement antagoniste, se prennent tous pour des Talleyrand au petit pied.

Le rouleau compresseur russo-américain

En effet, la grossièreté des réseaux sociaux est hallucinante, qui ici crachent sur les adversaires de Donald Trump et de Poutine, là sur les rares défenseurs de Zelensky et, surtout, méprisent les efforts de l’Union européenne (UE) pour favoriser un cessez-le-feu. Et ce, pour s’immiscer dans la négociation entre Russes et Américains afin d’éviter que ces derniers, sous Trump, ne cèdent tout à Poutine, dans la précipitation. Celui-ci, imperturbable, continue de mener son jeu, caractérisé par l’aplomb de se dire victime quand il est l’instigateur et le coupable.

J’entends bien que, conscient de mes limites, je n’ai pas à juger une situation internationale tragique qui me dépasse, mais je demanderais alors à tous ceux qui insultent les derniers partisans de l’équilibre, de la mesure et de l’équité de ne pas se camper, comme s’ils en savaient long, en inconditionnels de Trump et de Poutine et en pourfendeurs compulsifs de l’UE.

À lire aussi : « Pas de deal tant qu’il n’y a pas de deal »

Comme si l’UE, pour une fois active, devenait méprisable pour vouloir si peu que ce soit atténuer l’écrasement du rouleau compresseur russo-américain. Poutine a d’ailleurs parfaitement compris le changement de la donne internationale puisque ses consignes sont dorénavant d’accabler l’UE et de favoriser « l’ami américain » qui désire un traité de paix comme lui. Quelle aubaine que cette aspiration qui permet à la Russie de continuer à tuer sur une grande échelle !

Mes observations n’ont rien d’original et me paraissent refléter la surface des événements, des rencontres et des projets de ces derniers jours.

L’importance de l’UE

Il est capital d’avoir l’honnêteté de reconnaître que, dans cet intense maelström international et pour éviter que le principal intéressé, Zelensky, soit emporté comme un fétu de paille en étant contraint de céder une part importante de l’Ukraine contre rien, l’UE, et le président Macron en particulier, constituent le seul rempart objectif. L’unique terreau à partir duquel on peut envisager un règlement international digne de ce nom. Qui ne soit pas gangrené par le cynisme, la dictature, l’imprévisibilité et l’incertitude.

Je n’ai jamais hésité, pour dénoncer une forme de narcissisme présidentiel dans la conduite des affaires intérieures et dans la sauvegarde de son pouvoir, à mettre en cause Emmanuel Macron. Mais je ressens l’obligation de nuancer, d’amender, de relativiser quand je considère à quel point, pour l’Ukraine, il se tient à sa place alors que Trump et Poutine sont les seuls à saturer l’espace avec leur MOI. L’un et l’autre l’affichant sur un mode radicalement différent.

À lire aussi : Trump, Poutine et la farine

Donald Trump a beau rêver du Nobel de la paix et répéter qu’il a facilité la signature de six accords de paix, on doit tout de même considérer que son talent diplomatique, pour l’Ukraine, connaît des ratés. Inconstant, imprévisible, incertain même pour ses alliés (s’il en a encore), changeant de ton comme de chemise, dur ce soir, doux demain, oscillant entre menaces, chantage et hyperboles, fixant des délais dont lui-même ne respecte pas l’échéance, à peine au début et déjà pressé d’en finir, prenant chaque retard pour une offense personnelle et ne fondant jamais les négociations dont il prétend être le protagoniste sur la justice, l’équilibre des forces et la morale internationale mais sur sa seule vision de l’intérêt américain et de sa propre gloire, vraiment narcissique et dépendant, pour le pire, de la stratégie d’un Poutine qui a tout compris de lui, il n’hésitera pas, si on le laisse faire, à lâcher le faible Zelensky pour une union plus facile à réaliser : celle d’un président américain exhibitionniste et manipulable et d’un Poutine froid, sec et sans scrupule.

Quel contraste en effet entre Donald Trump d’un côté et les représentants de l’UE de l’autre, face à un Poutine dictateur, parfois tueur, sans la moindre éthique, suffisamment intelligent pour feindre de s’abaisser, ayant fait le tour de Trump dans une visite guidée par ses ambitions, sa stratégie et ses buts, persuadé que la Grande Russie n’attendait que lui, continuant à poser des conditions, à formuler des ukases, à mépriser sa victime, à se permettre de traiter de haut les porteurs de paix avec toute l’arrogance d’un créateur de guerre injuste, poussant les feux d’un combat où il multiplie les morts à proportion de son prétendu désir d’apaisement.

Que Trump et Poutine conservent ces territoires symboliques que leur MOI a envahis et occupent, si ceux de l’Ukraine sont sauvés grâce à l’entremise d’une UE qui n’a pour elle que la justesse de la cause qu’elle défend !

Rentrée : par ici la sortie ! 

0
Jean-Luc Mélenchon, Manon Aubry, Mathilde Panot et Clemence Guette aux universités d'été de la France Insoumise (LFI) à Chateauneuf-sur-Isère, le vendredi 22 aout 2025. Alain ROBERT/SIPA

Motion de censure, blocage du pays, discours interminable du chef de l’Etat, chefs-d’oeuvre littéraires qui n’en sont pas… Que nous réserve ce moment particulier qu’en France on appelle la « rentrée » ? Le regard de Dominique Labarrière.


Cette rentrée sera-t-elle celle de toutes les sorties ? On peut se le demander. Elle le sera, comme chaque année, pour le monde de l’édition où, par la malice d’un aimable paradoxe, ce qu’on appelle rentrée littéraire coïncide en réalité avec une sortie grand format, celle, en librairie, des nouveautés de la saison. Ainsi, chaque année se voit-on invité à vérifier cette drôle de règle non écrite selon laquelle c’est la qualité de ces sorties qui fait celle de ladite rentrée. Amusant, non ? Donc rien de bien nouveau en cette année 2025. Aussi nous chercherons ailleurs l’originalité.

Se pourrait-il, par exemple, que la rentrée – parlementaire celle-ci – sonne l’heure de la sortie pour le Premier ministre Bayrou et son gouvernement de bric et de broc, claudiquant et mal en point depuis le premier jour ? Cela se pourrait bien, des oppositions ne cachant pas leur intention de profiter justement de cette rentrée pour sortir de leurs manches des motions de censure bien saignantes avec à la clef avis d’expulsion. À suivre, donc. 

Par ailleurs, pour le 10 septembre – et au-delà si affinités – les affriolantes nuances de gauche – cette fois encore à la remorque d’une initiative davantage d’origine populaire – nous promettent un blocage monstre du pays. Manifs et grèves à tous les étages. Occupations d’entreprises, d’administrations et, cela va de soi, black blocs et casseurs de sortie. 

Face à quoi, soucieux de ne pas rater sa rentrée, M. le président de la République nous gratifiera probablement d’une de ses sorties télévisées qu’il prise tant pour nous expliquer que, ayant tout bien fait ce qu’il avait à faire ces huit dernières années, rien ne lui semble justifier un tel désordre. Sortie verbeuse, alambiquée, pontifiante comme de coutume qui, achevant de lasser la majorité silencieuse pourrait bien, en cette reprise de tous les dangers, la faire sortir pour de bon de ses gonds. 

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Je suis solognot mais je me soigne

Price: ---

0 used & new available from

En quête de père

0
Vanessa Schneider le 8 mars 2024 © SYSPEO/SIPA

L’écrivaine et grand reporter Vanessa Schneider consacre un livre à son père. Un récit d’autant plus émouvant qu’il ne l’épargne guère.


Quelques mois avant sa mort, l’écrivain et psychanalyste Michel Schneider, atteint d’un cancer incurable, confie à sa fille une lourde tâche. L’accompagner dans sa maladie, prendre en charge ses funérailles, sa succession, et peut-être aussi, sans que cela fût dit, sa postérité. C’est donc avec courage, qualité que son père lui a toujours reconnue, que Vanessa Schneider s’attelle à la tâche. Exhumant des centaines de papiers jaunis, elle tombe sur un petit livre de Sandor Marai. Son titre : Ce que j’ai voulu taire. Elle y voit un signe et se lance dans une vaste entreprise : raconter un homme qui, sa vie durant, n’a cessé de brouiller les pistes. Un homme « ravi d’échapper aux assignations, de déjouer les codes, de n’être jamais là où on l’attend » et qui, pour ce faire, a multiplié les activités. Écrivain et psychanalyste donc, mais aussi magistrat, conférencier, critique littéraire et haut fonctionnaire. Une ascension fulgurante pour celui qui fut renvoyé de son collège et ne parvint jamais à décrocher son bac. Le contexte familial n’aura pas joué en sa faveur. Mère alcoolique dont il dira qu’il ne l’a jamais vue debout. Père qui mourra lorsqu’il avait quatre ans et dont il finira par découvrir qu’il n’était pas son géniteur. Bref « une famille de fous » immortalisée par Vanessa Schneider dans son deuxième roman.

À lire aussi : Derrière le miroir

Seules échappatoires à cet univers délétère : la musique et les livres qui resteront les deux grandes passions de sa vie. Sans oublier l’engagement politique que son père racontera à mots couverts dans Je crains de lui parler la nuit et dont il finira par revenir. Ses maîtres de l’époque : Marx, Lénine, Mao. À la mort du Grand Timonier, Vanessa verra pour la première fois pleurer son papa. Des années gauchistes dont elle rappelle qu’elles n’empêcheront pas son père d’entrer quelques années plus tard dans l’establishment jusqu’alors honni. Loin de l’hagiographie, ce récit intimiste ne cache pas la complexité d’un homme qui se définissait lui-même comme « une teigne », se disait féministe bien qu’interdisant à sa femme de travailler, fut maoïste puis pro-américain, adorait ses enfants mais refusait de s’en occuper. La peau dure est un livre sans concession, une lettre d’amour autant que de détestation à l’attention d’un père appelé tantôt « mon papa », tantôt « mon enfoiré de père ». Oscillant entre l’admiration et la colère, Vanessa Schneider dessine le portrait d’un homme qui a toujours lutté contre un sentiment d’illégitimité. Un homme que les honneurs n’ont pas réussi à rassasier. Un homme flirtant avec la folie parce que blessé. En 2006 il publiera son plus beau livre Marylin, dernières séances. Il idolâtrait l’actrice. « Son besoin d’être reconnue et consolée » était le sien. Quand Vanessa Schneider sort son premier livre, il exige qu’elle renonce à l’écriture : « Il ne peut y avoir deux Schneider sur les tables des librairies ». Heureusement la fille a tenu tête et signe avec La peau dure l’un de ses plus beaux textes.

La peau dure de Vanessa Schneider, Flammarion, 240 pages.