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Bas-Fonds sur Seine

D’après les premières informations données par les enquêteurs, le meurtrier présumé des quatre hommes dont les corps ont été repêchés dans la Seine serait un musulman radicalisé et homophobe. Il a d’abord prétendu être Algérien, mais serait en fait de nationalité tunisienne. Il a décidé de garder le silence jusqu’à son procès.


Le 13 août en début d’après-midi, un passager du RER C qui, à cet endroit sur la commune de Choisy-le-Roi (Val de Marne), longe la rive de la Seine, aperçoit un corps à la dérive. L’alerte est donnée et la brigade fluviale se rend sur place. Ce n’est pas un corps qu’elle découvre alors mais quatre, à peu de distance les uns des autres. Stupeur.

La France foutoir

À partir de cet instant, c’est dans une affaire bien glauque, bien sordide que les enquêteurs vont peu à peu s’immerger. Une histoire telle qu’on en trouverait dans les bas-fonds de Gogol ou du Zola dans sa plus sombre manière. Cela à une ou deux lieues de Paris, au XXIème siècle. Ces bords de Seine pourraient être riants, plaisants. Ce que nous en nous montrent les photos du Parisien illustrant le reportage nous dit clairement la réalité de ces zones entières peu ou prou laissées à l’abandon à la porte de nos villes. Image d’une France qui, oui, s’abandonne. Un lieu qui pourrait être d’agrément pour les populations dégradé en un lieu de misère et finalement, en l’occurrence, d’épouvante où plus personne ne va. Sauf les sans toit, les sans but, les sans repères, les sans avenir. Ce que sont justement les paumés de la fameuse « chance pour la France », cette immigration foutoire qui voit s’enfler d’année en année, de mois en mois, les légions d’êtres à la dérive, perdus qui ne sont plus d’ailleurs et ne seront jamais d’ici.

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On a ici l’intégral du décor du bas-fond type dans cette affaire. Ainsi que le casting de ce grand ratage inhumain. Un squat infect, un vague square devenu un repaire de coït furtif pour homos. Et quatre types qui vont trouver la mort dans les parages, étranglés, pense-t-on. Abdellah, Amir, Sami et Frantz. Quatre meurtres, quatre victimes en 16 jours. Un record, semble-t-il. L’œuvre en rafale d’un sérial killer – l’enquête en cours le confirmera, ou non – emporté dans un délire assassin peu commun.

L’hypothèse d’une furie homophobe

Le mobile aussi devra être confirmé par l’enquête. Néanmoins, l’hypothèse d’une espèce de furie homophobe semblerait crédible, aux dires des investigateurs.

Une homophobie qui se compliquerait d’un conflit intime chez l’auteur des meurtres, violemment tiraillé entre ses tendances homosexuelles et les interdits de sa religion, un islam rigoriste dans lequel il aurait plongé de plus en plus ces derniers temps. Il s’est d’abord dit Algérien aux enquêteurs, serait en fait Tunisien. Ce qui est avéré et qu’il était entré en France et s’y trouvait en toute irrégularité. Depuis trois ans. Pour l’interrogatoire, il a fallu recourir aux services d’un interprète, l’intéressé n’ayant probablement pas jugé utile de se familiariser avec notre langue en ce considérable laps de temps, ce qui en dit long, au passage, sur la vigueur de sa motivation à s’intégrer. Passons.

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Il s’est fait pincer pour avoir utilisé la puce téléphonique d’une des victimes et la carte bancaire d’une autre. Quatre-vingt-seize heures de garde à vue, mais aucun aveu. Son avocat invoque le droit au silence de son client et nous annonce que celui-ci devrait consentir à s’exprimer lors de l’instruction. Trop aimable, n’est-ce pas…

Une immigration hors de contrôle

Cela dit, on a, avec cette affaire dont, encore une fois le sordide et l’horreur semblent d’un autre temps, la parfaite illustration des misères générées par une immigration sans bornes et sans règles. Misères au pluriel, en effet. Misère sociale bien sûr, misère culturelle, civilisationnelle, et, conséquence de l’une et de l’autre, misère mentale.

Il me semble que cette horreur devrait amener les autorités à considérer l’effarante contradiction qu’il y a entre prétendre vouloir combattre, par exemple, l’homophobie et laisser entrer en nombre, en bien trop grand nombre, des individus dont le fonds culturel, religieux, juridique est le rejet absolu et la condamnation de l’homosexualité considérée comme un péché, un crime. Me permettrai-je d’ajouter que ce qui vaut pour l’homophobie vaut aussi bien sûr, soit dit en passant, pour l’antisémitisme. Peut-être serait-il de simple bon sens, si l’on souhaite sérieusement et sincèrement endiguer ces deux ignominies et leurs ravages, commencer par s’occuper de tarir la source ?

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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François Hollande, député socialiste ou ancien président?

Dans l’étrange climat politique qui règne en France en cette rentrée, l’ancien président socialiste joue la prudence et ne soutient pas le mouvement « Bloquons tout ».


Face à l’alternative que propose mon titre, j’ai l’impression que François Hollande a trop souvent choisi sa première branche. Aussi quel bonheur politique quand il se souvient de la seconde.

Il a déclaré sur France Inter, hier matin, au sujet du blocage du 10 septembre, à l’appel de Jean-Luc Mélenchon incitant à une grève générale : « Quand je ne connais pas les initiateurs, la direction et les revendications d’un mouvement, je ne peux pas m’associer à ce que je ne maîtrise pas… ». Il a totalement raison. Cette réticence politique, cette prudence démocratique, me semblent être liées au sentiment de responsabilité qu’un ancien président de la République se doit d’avoir.

Social-démocratie apaisée

J’aimerais que cet exemple de modération fasse taire les propos méprisants qui continuent d’être colportés sur cette personnalité qui, par rapport à l’extrémisme de gauche qui nous menace, représentait un moindre mal quand il tentait désespérément, contre « ses » frondeurs, de sauver une social-démocratie raisonnable.

Cette mise en cause de la journée du 10 septembre est sans doute étrangère, dans son esprit, à ce que j’ai dénoncé dans mon billet du 22 août sur la « globalité du malsain ». Il n’empêche qu’en regrettant que la lutte syndicale ne soit pas la seule motivation de cet événement, il renforce l’impression que ce blocage du 10 septembre est une manière à la fois puérile et dramatique de s’en prendre au Premier ministre qui vaillamment tient, contre tous les oiseaux de mauvais augure et les multiples adeptes de la politique du pire.

Il faut avoir la peau de François Bayrou même si avec elle on risque d’avoir une large part de celle de notre pays. Bayrou affirme que tout est à discuter mais personne ne souhaite ce dialogue avec lui, parce que ce serait risquer d’être convaincu, ou au moins touché. Sa conférence de presse, marquée par une dramatisation justifiée de l’état économique et financier de la France, au cours de laquelle il a annoncé qu’il se soumettrait le 8 septembre au vote d’une motion de confiance, est révélatrice à la fois d’une audace — il va affronter un risque — et d’une occasion politique s’il l’emporte, sans qu’aucune certitude ne soit possible à ce stade.

La rentrée des cancres

Sans sous-estimer les difficultés économiques et sociales de la France et son étrange climat politique, il me semble toutefois que d’autres périls mériteraient d’être pris au tragique et de favoriser sinon un consensus, du moins une approche plus apaisée et républicaine de nos antagonismes.

D’abord, au-dessus de l’envie perverse de « se payer » à tout prix François Bayrou, celle, au contraire, de ménager le plus longtemps possible un gouvernement qui dans tous les cas vaudrait mille fois mieux que la ruine qu’engendrerait sa censure.

Ensuite l’incroyable et bouleversante montée de l’antisémitisme en France. Avec son appropriation partisane par certains députés à l’extrême gauche et, plus dangereusement, par son insertion dans la quotidienneté, des citoyens décidant de leur propre chef, par exemple, d’exclure des Israéliens de certaines manifestations ou de certains lieux au nom de leur soutien à une cause palestinienne intégriste. Il n’est plus possible, sans réagir, de laisser s’amplifier ce poison en ne lui opposant que le verbe présidentiel proclamant « notre totale intransigeance ». Ce qui équivaut à rien sur le plan de l’action et révèle l’impuissance d’un État dépassé par l’ampleur d’un fléau que sa bonne conscience humaniste ne parvient pas à réduire.

Enfin, la France est confrontée à suffisamment de conflits internationaux, de négociations à mener, d’équilibres à assurer, de sauvegardes à effectuer, pour qu’on ne puisse pas aspirer à une accalmie dans des joutes internes pour consacrer le maximum d’énergie nationale à l’essentiel. Aussi bien protéger Boualem Sansal et le faire libérer qu’empêcher le dépeçage de l’Ukraine par un Poutine diaboliquement habile et un Trump narcissiquement manipulé.

Alors je conviens que François Hollande laissant l’ancien président damer le pion au député socialiste n’est pas un épisode bouleversant mais un peu de mesure, de réserve et de rationalité à gauche est toujours bon à prendre. On me pardonnera mais j’en remercie François Hollande.

MeTooMuch ?

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Tétine pour adultes: une inquiétante régression

Attention : venues de Chine, les tétines pour adultes sont aux portes de l’Europe !


Plus que jamais l’objet fétiche des bébés, l’assurance d’une tranquillité pour les parents, voilà que les plus de 18 ans revendiquent désormais le droit à la sucette en toute liberté. En Chine, puis aux États-Unis via TikTok, cette nouvelle tendance fait fureur et commence à se déverser sur les réseaux sociaux en Europe. 

Antidépresseur pour abrutis, régression lubrique ?

Les internautes jurent devant la sainte tétine, modèles XXL, colorés ou sertis de strass, se vendant entre un et 70 euros, qu’ils dorment mieux, respirent plus calmement ou se relaxent depuis qu’ils les utilisent. En somme, la tototte version adulte 2.0 serait l’équivalent d’un antidépresseur de poche selon certains sites qui n’hésitent pas à affirmer que cela peut vous aider à arrêter de fumer. « Cela me procure un sentiment de sécurité, comme quand j’étais enfant », confie une utilisatrice. On aurait presque envie d’ajouter : et sans mutuelle santé.

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Invisalign devrait gagner quelques points à la Bourse

Les dentistes, eux, sont nettement moins attendris face à ce phénomène. Ils avertissent même du danger que la lolotte fait planer sur ses utilisateurs, rappelant que cela n’est pas sans conséquence sur la santé à court terme : usage prolongé rime avec douleurs, dents déplacées et mâchoires malmenées. « Les vendeurs minimisent volontairement les dangers », prévient le docteur Tang Caomin, à Chengdu, cité par le South China Morning Post. Et gare à l’étouffement nocturne : on a connu vraiment plus glamour comme cause de décès. Du côté des psys, l’analyse est claire : il s’agit d’un phénomène de régression. Sous pression, certains adultes retrouvent les gestes rassurants de la petite enfance qu’ils auraient enfouis quelque part dans le cortex de leur cerveau. « La véritable solution n’est pas de se considérer comme un enfant, mais d’affronter ses problèmes », tranche sèchement le psychologue Zhang Mo à ceux qui seraient tentés de fuir les réalités du monde moderne. 

Alors, simple gadget antistress ou symptôme d’une société qui refuse de grandir tels des Peter Pan ? Une chose est sûre : à ce rythme, les crèches devront bientôt prévoir une section « Vingtenaires, trentenaires et quadras angoissés, en manque de totoches ».

Olivier Maillart ou la nonchalante mélancolie des nuits d’Hirocherbourg

Nous avons été séduits par la curieuse poésie qui se dégage du roman Fermez vos gueules, les mouettes


Reconnaissons à Olivier Maillart un talent certain pour la farce picaresque neurasthénique. Dans son deuxième roman, Fermez vos gueules, les mouettes (éditions Héliopoles, 2025), quatre professeurs et amis décident de voler l’urne mortuaire d’un ancien camarade de philosophie, afin de disperser ses cendres sur une plage. Ce n’est pas tout à fait l’Odyssée, néanmoins les péripéties se succèdent au pas de course vers l’absurde. Heureuse escapade nocturne où les migrants se donnent des rendez-vous de bourre-pif, et où nous nous aventurons, en la compagnie de nos valeureux héros de l’Éducation nationale, à une soirée Game ovaire dans un bar féministe queer. Au risque de fâcher, n’oublions point de citer parmi ces aimables pérégrinations la rencontre avec un certain Charles Pell. Ah, le grand Charles ! Poète au talent flou du merveilleux Râteau ivre, dont le génie a résolument pris le parti de la pose !

Cet impressionnisme satirique n’est pas sans évoquer Patrice Jean. Mais l’écriture de Patrice Jean est une vision en lutte avec le monde. L’homme surnuméraire que nous sommes tous se débat dans son œuvre contre l’expression, nouvelle à chaque époque, de la bêtise humaine. Olivier Maillart conserve plutôt une distance amusée avec le présent. Ses personnages acceptent le contemporain, sans trop faire d’histoires. Ils affichent pour la plupart une candeur vaguement étonnée. Une sorte de « pourquoi pas », placide et finalement accommodant. « Ah, tiens, le monde est devenu ainsi maintenant ? Ce sont les règles nouvelles ? Ah oui, bon, d’accord… » semble la petite musique qui rythme son ouvrage. L’extravagance narquoise des tableaux exprime en premier lieu une étrangeté actuelle. La raillerie sociale flirte avec le surréel. Il y a là-dedans quelque chose d’une satire onirique avec, en même temps, cette sensation de mauvais rêve que prend la vie dans le deuil.

Une comédie noire pleine de mouettes et de cendres

Voilà un ouvrage où la mort n’est jamais très loin de la drôlerie. Les personnages arrivent au début du récit pour la cérémonie d’enterrement ? Aussitôt l’auteur prend un malin plaisir à souligner que : « C’est Philippe qui engageait le plus volontiers la conversation, saluant les uns d’un signe de la tête, les autres d’une poignée de main. C’était tout de même un petit week-end à la campagne aussi, pour lui, cette histoire, et il y retrouvait des visages qu’il n’avait pas croisés depuis longtemps. Sans bien parvenir à masquer son contentement, il naviguait d’un groupe à l’autre. On pouvait croire à une amicale de profs de maths, car beaucoup avaient une équerre et un compas qui dépassaient de la poche gauche de leur manteau. Un grand chauve barbu serra la main tendue de Philippe d’une poigne faiblarde, façon demi-molle, lui grimaçant qu’il était content de le revoir, s’enquérant de nouvelles dont il n’avait visiblement rien à foutre, sans que cela refroidisse le muté — ou le Parisien, comme on l’appelait ici de manière peu flatteuse. »

Quant à un autre, sa tristesse nous est ainsi résumée : « L’hospitalisation de R. avait mécaniquement accru la dépendance de G. à tous les excitants modernes dont il était grand consommateur : drogues, demoiselles, philosophes danois et, bien entendu, alcools divers et variés. »

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Enfin, quoi de plus réconfortant que de raconter l’agonie de sa vieille mère à une serveuse transsexuelle, dans un moment d’intimité : « Adriana posa alors sa main sur celle de Philippe qui, à cette simple caresse, sentit fondre en lui les dernières résistances qui l’empêchaient de dire ce qu’il avait vu, ce qu’il avait vécu. Sa mère si affreusement diminuée, à l’hôpital, les dernières semaines. Incapable de respirer par elle-même, de se nourrir, de pisser comme de chier. De rien faire. Une sangle soutenant son menton qu’elle n’arrivait même plus à empêcher de laisser choir. »

Le ton pince-sans-rire d’Olivier Maillart se décline en plusieurs registres, comme les différents étages d’un immeuble où chaque appartement apporte une touche singulière à la vie collective. Les observations fines succèdent au loufoque. L’humour vient souvent adoucir un trait trop grave. On songe parfois à une blague potache et spleenétique. Il ne faut pas néanmoins s’attendre à de grandes tensions dramatiques. L’intrigue se révèle encore plus mince que Sydney Sweeney dans ses bons jeans. Les scènes se suivent sans nécessité particulière. Le lecteur n’y croit pas vraiment. Les personnages pas davantage. On a l’impression que même les décors ne tiennent pas droit… C’est le récit de gens ordinaires qui cherchent tout au long de ce roman à faire leur deuil, et c’est comme si cette errance intérieure contaminait le livre même. On a ce sentiment, derrière l’humour, d’une écriture un peu trop triste pour se fondre tout à fait dans ce qu’elle raconte. Il en reste une certaine atmosphère.

Ce je ne sais quoi dans le style de Maillart

Que possède donc l’écriture de notre auteur qui, phénomène singulier dans le milieu éditorial d’aujourd’hui, la distingue de beaucoup d’autres ? Je dirais, un certain charme. Nous sommes loin des grands orgues de Bernanos, ou de la raillerie cruelle d’un Houellebecq. Mais il se devine une tendresse dans cette peinture caustique d’un monde qui semble au bord de la folie. Notre condition humaine nous est exposée avec une légèreté navrée et indolente. Tout est approximatif dans ces chapitres, sauf la finesse d’esprit qui y triomphe. De sorte que cette approximation narrative, mêlée à une acuité dans les émotions, retourne la désinvolture en profondeur. Il en germe une grâce bizarre, comme une veste mal coupée, mais dont les mauvaises proportions séduisent aussitôt.

Car au fond, le charme, c’est toujours se tenir au bord du ratage. C’est ce qui pourrait ne pas marcher, mais qui nous emporte quand même, à notre grand étonnement. On pourrait en vouloir à l’auteur de ce livre sans véritable intrigue et aux scènes invraisemblables, peuplées de personnages à peine esquissés, mais on y trouve ce je ne sais quoi plein de pudeur, dans le ton de l’ouvrage, qui parvient à émouvoir.

Fermez vos gueules, les mouettes d’Olivier Maillart, nous enseigne à quel point le charme littéraire est un art exigeant. Une délicate alchimie pouvant insensiblement tourner au bouillon tiède ou à la mauvaise parodie. Cet équilibre requiert une écriture beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît, où les personnages secondaires, en quelques mots, se révèlent davantage que la caricature qui nous est offerte de prime abord. Où chaque scène possède une curieuse poésie. Où la malice ne se heurte pas à la gravité du propos, mais lui donne tout son sel, pour nous sauver de la niaiserie. Afin d’atteindre au charme, il faut donc un peu rater, mais en y mettant une sensibilité discrète. Alors, comme dans ce roman, l’inabouti devient une couleur qui participe au style et dont la subtile maladresse touche parfois plus immédiatement que des œuvres mieux affirmées.

152 pages

Fermez vos gueules, les mouettes !

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L’an 01 ce n’est pas pour demain

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Ni leader, ni revendication précise. Comme une révolte dans le vide… Le mouvement social « Bloquons tout » va-t-il prendre? Assiste-t-on à une renaissance des gilets jaunes? Le mouvement pourrait-il être manipulé de l’étranger?


L’an 01, que nous proposait Gébé, membre éminent de l’équipe d’Hara-Kiri Hebdo (qui deviendra Charlie Hebdo), était présenté comme un prolongement naturel et immédiat du mouvement de mai 68. Le mot d’ordre était simple, et apparemment plein de bon sens: « On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ».

Mais globalement rien ne s’est arrêté, et le monde a continué sur sa lancée, parce que l’énorme machine économique, sociale, politique, en un mot humaine, dans laquelle nous sommes tous immergés, ne peut pas s’arrêter. Elle ne peut qu’essayer de se réorienter (et avec quelles difficultés !) dans son mouvement.

Le mouvement du 10 septembre, qui semble se profiler, n’est qu’une pâle copie de cette utopie, mâtinée comme toujours de revendications syndicales, des éternelles prétentions révolutionnaires de l’extrême gauche, de la bienveillance des partis politiques qui n’oseront ni trop condamner, ni trop encourager, du désordre façon « gilet jaune », et de la violence façon black-blocks.

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Bref tout cela ne fera qu’exacerber inutilement les tensions d’un pays déjà suffisamment sur les nerfs. Si à cela s’ajoute la chute du gouvernement, la situation financière catastrophique de la France, sa crédibilité sur le marché de la dette s’en trouverait encore dégradée. Sans compter les innombrables problèmes et les retards dans la prise de décisions pourtant urgentes.

À bien des égards nous avons toutes les raisons de n’être pas satisfaits de la façon dont ce pays est dirigé depuis des années. Mais le mouvement qui s’annonce, s’il devait s’amplifier, ne résoudra rien et nous coûtera cher. Si le pays va mal nous en sommes collectivement responsables, par lâcheté, par ignorance, par insouciance et par irresponsabilité.

Mais malgré tout, une question se pose: à qui profite ce crime qui pousse régulièrement une minorité de Français, toujours prêts pour le grand jour (mais sous l’œil attendri de bien des autres) à croire qu’ils peuvent changer leur vie en descendant dans la rue ? Après tout, nous avons des ennemis suffisamment habiles pour savoir ourdir, en utilisant l’implacable dynamique des réseaux sociaux, des mouvements de déstabilisation du pays… Je sais, mon discours est complotiste, mais je ne pense pas qu’il faille forcément exclure une telle hypothèse.

L'An 01

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L’antisémitisme, cet objet non identifié qui a son antidote


Tout a-t-il été dit sur l’antisémitisme ? A peu près, et avec une acuité de plus en plus saillante, hormis un seul point. Qu’on le nomme antijudaïsme, antisionisme, haine des juifs, ou selon tout autre syntagme, l’antisémitisme demeure en partie un mystère insondable.

Il possède mille facettes répugnantes, cumulatives chez certains ; il n’épargne ni des femmes, ni des hommes ni des enfants qui ignorent tout de la judéité prise dans ses acceptions religieuse, philosophique, politique ou autre. Partout, l’antisémitisme est laideur.

D’où vient que pour satisfaire cette obsession muette ou virulente, des personnes deviennent capables, nous le voyons de plus en plus fréquemment, de prendre des risques déraisonnables voire insensés, au mépris et au péril de leur carrière professionnelle ou artistique ?

Nombre d’exploits récents tombés dans le domaine public démontrent que l’antisémitisme s’impose chez leurs adeptes comme une passion tournée contre soi, au sens où ce mot est issu du verbe latin pati, qui parmi ses acceptions en français a donné : pâtir.

Avec le concile Vatican II et plus particulièrement la Déclaration Nostra Aetate, l’Eglise a su se débarrasser de ce lourd problème qui pesait sur elle, la parasitant sans jamais en faire une doctrine officielle. Puis l’Episcopat français n’a cessé de prolonger cet effort remarquable.

Antisémitisme reste autant un terme inadéquat – les musulmans peuvent aussi être des sémites – que présent dans les sphères publiques et privées. Il trouve de tout temps des « affaires » pour étaler sa virulence, et chaque événement tragique au Moyen-Orient l’amplifie.

Il peut être suscité par d’autres que les ennemis déclarés des juifs. Prenons garde qu’il ne devienne aujourd’hui, à l’ère des réseaux et comme la calomnie décrite par Beaumarchais dans la tirade de Figaro, « un chorus universel de haine et de proscription. »  

Que nous arrive-t-il, quatre-vingts ans après la Shoah, pour nous trouver dans l’obligation de rappeler que des enfants et des adultes juifs ne peuvent, ni ne doivent, être tenus comptables de la terrible hécatombe – y compris bien sûr celle du 7-octobre – qui sévit sous nos yeux ?

Les guerres d’Israël, depuis la création de l’État en 1948, n’avaient pas généré une telle personnalisation anonymisée, si l’on autorise cet oxymore, de l’antisémitisme. Ce phénomène renforce de fait le combat de ceux qui refusent la disparition progressive de la haine des juifs.

L’insulte, l’humiliation, l’exclusion constituent désormais des moyens à la portée des lâches qui ne peuvent plus, fort heureusement, s’appuyer sur l’appareil du troisième Reich et du gouvernement Pétain-Laval. Mais les antisémites d’aujourd’hui savent s’adapter.

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Ils appartiennent à tous les âges, sexes et catégories socio-professionnelles. En apparence, rien ne les relie. Comme avant ? En partie, car affirmer son antisémitisme passe aussi par des affichages de connivence tels que les T-shirts à l’effigie de Radis (comme radin/rabbin) Jacob.

Qu’il se cache ou se découvre, l’antisémitisme possède un ennemi, qui est son antidote : le philosémitisme. Les amis des juifs sont là, le disent et le montrent. Ils appartiennent à différentes confessions. Les chrétiens parmi eux se révèlent particulièrement actifs.

Les philosémites ont relevé la tête et se sont multipliés. Par leur sens de la République ou de la démocratie, leur volonté de considérer que les êtres humains sont égaux, leurs amitiés avec des juifs, leur religiosité ou leur laïcité, leur respect du prochain, ils ne transigent pas.

Ils constituent l’exact contraire des antisémites, les deux mots trouvant ici du sens. Leur intérêt pour le judaïsme s’inscrit à la racine de leur attitude. Un antisémite tente de convaincre, comme s’il devait à l’infini ressasser sa haine. Un philosémite intervient chaque fois que nécessaire.

Les deux attitudes s’opposent en tout. L’antisémite condamne sans comprendre et se vautre dans le mensonge, qui est nécessaire à ses arguments ; le philosémite possède, tout au contraire, le goût de l’histoire et la volonté d’approcher ou de comprendre les faits sur le temps long.

Le rapport entre l’antisémitisme et l’intelligence se révèle pervers, au sens originel d’une falsification de la raison : le premier doit écarter la seconde pour subsister, et plus exactement la « faire mal tourner », selon l’étymologie latine de pervertir, afin de la corrompre.

Que dire de ceux qui ne seraient ni l’un, ni l’autre ? La singularité de notre temps réside aussi dans le fait que l’antisémitisme pèse sur notre monde et en constitue l’une de ses grilles de lecture. Les nazis ont exterminé atrocement mais ont échoué : les juifs restent une question.

Rima Hassan: l’honneur perdu de l’ULB

Des étudiants diplômés de la faculté de droit de l’ULB ont choisi de donner le nom de la très clivante députée LFI à leur promotion 2025 ! Une « immense forfaiture », s’indignent les co-signataires de cette lettre ouverte rédigée par Daniel Salvatore Schiffer.


Madame, Monsieur,

C’est avec sidération, sinon une réelle incompréhension, tant morale qu’intellectuelle, que, indignés plus encore que consternés, nous venons d’apprendre, par de très crédibles voies de presse, que les étudiants de la promotion 2025 de la Faculté de Droit et de Criminologie de l’Université Libre de Bruxelles, l’une des académies les plus prestigieuses de Belgique par son traditionnel sens du débat philosophique et de la pensée critique, ont choisi, à titre de gratification, le nom de Rima Hassan[1], députée européenne de « La France Insoumise », parti politique situé à l’extrême gauche sur l’échiquier politico-idéologique de ce pays, mais surtout l’une des plus ferventes militantes de cette obscure nébuleuse de terroristes islamistes, notoires antisémites de surcroît, que constitue le tristement célèbre Hamas, responsable de l’abominable pogrom, de nature proprement génocidaire dans ses intentions, du 7 octobre 2023 à l’encontre des Juifs d’Israël.

Le Hamas : ennemi historique d’Israël, mais surtout, par son obscurantiste tyrannie, pire ennemi des Palestiniens !

Davantage : Rima Hassan, à l’instar de ses amis au sein de « La France Insoumise » (LFI), n’a jamais condamné, pour cet innommable massacre, ce même Hamas, qu’elle considère, au contraire, comme le légitime bras armé de ce qu’elle nomme encore outrancièrement, sans autre forme de nuances et allant même jusqu’à faire pour cela l’apologie du terrorisme, la « Résistance » des Palestiniens, dans la bande de Gaza notamment, face à Israël, nation dont le Hamas, toujours lui, souhaite pourtant obstinément, refusant toute solution pacifique à deux Etats, la totale destruction, sinon l’anéantissement pur et simple.

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Mais le Hamas, par cet extrémisme, sa violence guerrière et son radicalisme politico-religieux, n’est pas seulement l’ennemi juré, historique, d’Israël et, plus généralement, des Juifs ; il est surtout, par la tyrannie qu’il manifeste à l’encontre de son propre peuple, le pire ennemi – le paradoxe n’est qu’apparent – des Palestiniens eux-mêmes, dont il dessert et avilit, pour protéger ses seuls intérêts et pouvoirs, la cause. Qu’on se le dise objectivement, honnêtement et rationnellement, une bonne fois pour toutes !

Un scandaleux, contreproductif et dangereux amalgame: les terroristes du Hamas n’incarnent pas la résistance du peuple palestinien en son ensemble

Ainsi, en ce qui concerne ce très personnel cas de Rima Hassan, n’est-ce pas la cause qu’elle défend – celle, honorable, du peuple palestinien, qui mérite également notre respect et soutien – que nous critiquons et dénonçons ici, mais bien, la nuance conceptuelle s’avère primordiale en cet épineux dossier, la scandaleuse manière dont elle instrumentalise, au prix d’infâmes, mensongers, contreproductifs et dangereux amalgames – l’assimilation de ce criminel Hamas aux Palestiniens en leur ensemble – ce combat !

Certes, ce n’est pas ici le lieu de nous prononcer sur la nature, ni sur les raisons profondes ou historiques, de ce complexe et douloureux conflit israélo-palestinien, qui n’a, du reste, que trop duré. Qu’il nous soit toutefois permis d’exprimer ici, pour les authentiques démocrates que nous sommes, indissociablement attachés aux principes universels de « tolérance », de « justice » et de « fraternité », notre réelle et sincère compassion humaine envers toutes les victimes, qu’elles soient issues du peuple juif ou palestinien, de ces indicibles souffrances en ce que l’on ose encore appeler aujourd’hui, malgré le sang versé en cette turbulente région du Proche et Moyen-Orient, la « Terre Sainte ».

Mais, tout ceci étant dit et admis, nous, signataires de la présente pétition, ne pouvons néanmoins – notre conscience nous le dicte impérativement – nous taire, Madame la rectrice Annemie Schaus et Monsieur le doyen Pierre Klein, au regard de l’immense forfaiture que représente donc, à nos yeux d’humanistes convaincus, le choix, aussi inapproprié qu’inconvenant en d’aussi problématiques circonstances, de ce très polémique (c’est un euphémisme !) nom de Rima Hassan, précisément, pour désigner cette fameuse promotion 2025 des étudiants, au sein de cette vénérable institution universitaire que vous dirigez actuellement, de votre Faculté de Droit et de Criminologie.

Un enjeu de civilisation et un combat pour la paix

Oui, face à cette funeste décision, qui témoigne d’un tragique aveuglement, sinon d’une complicité coupable, mais aussi d’une étonnante méconnaissance de ce sujet pourtant essentiel à l’aune de ce véritable enjeu culturel, voire civilisationnel, sommes-nous au grand regret de vous le dire ici très clairement, et publiquement : en ces temps particulièrement troublés, où un antisémitisme de plus en plus désinhibé, agressif et assumé, déferle en Europe, rappelant même parfois, de sinistre mémoire, les sombres heures des années 1930, et avec elles la peste brune et autres fascismes à venir, ce nom de Rima Hassan, dont une partie de vos étudiants se réclament donc ouvertement et s’auréolent même sans vergogne ni pudeur ou simple respect à l’égard des familles juives endeuillées après cette féroce hécatombe du 7 octobre (sans même évoquer ici le cruel sort des malheureux otages encore retenus arbitrairement prisonniers, et même déjà morts pour certains d’entre eux, dans les terrifiants tunnels de Gaza), sonne aujourd’hui, toute honte bue, comme l’honneur perdu, telle une tache désormais indélébile sur ses séculaires palmes, de l’Université Libre de Bruxelles !   

A lire ensuite, Gregory Vanden Bruel: Une «promotion Rima Hassan» à l’Université libre de Bruxelles: ma honte d’ancien étudiant

Ainsi, face à cette inquiétante résurgence d’un antisémitisme qui ne dit pas son nom, est-ce notre entière réprobation que, heurtés par tant d’ignominie de la part d’une frange non négligeable de vos étudiants, et parfois même de votre propre corps professoral, nous vous exprimons, avec fermeté et sans la moindre ambiguïté, en cette lettre ouverte que, Madame Annemise Schaus et Monsieur Pierre Klein, nous vous adressons donc résolument en ce jour, fatal pour la réputation comme pour la crédibilité de cette Académie à laquelle vous présidez à l’heure actuelle.

Pour l’annulation du nom de Rima Hassan dans la promotion 2025 des étudiants de la faculté de droit et de criminologie a l’ULB

Davantage : il serait opportun, dans de telles conditions éthico-philosophiques, que vous mettiez tout en œuvre, dans le cadre de vos respectives compétences administratives, mais y compris par votre veto, pour annuler, toutes affaires cessantes, cette indécente, sinon mortifère, décision, de la part de vos étudiants à la Faculté de Droit et de Criminologie, de prendre, dans leur promotion de cette année académique, ce très discutable et même inacceptable nom, pour les raisons que nous venons de vous exposer arguments à l’appui, de Rima Hassan, laquelle, pour aggraver son très décrié et conversé cas, s’est en outre refusée de voter, lors d’une session à l’intérieur de l’hémicycle du Parlement Européen, l’appel en faveur de la libération de Boualem Sansal, l’un des plus grands écrivains franco-algériens, aujourd’hui retenu injustement prisonnier, par l’actuel, dictatorial et obscurantiste pouvoir du président Tebboune, derrière les barreaux d’une anonyme geôle non loin d’Alger !

L’antisionisme, haineux et fallacieux alibi de l’antisémitisme, délit puni par la loi !

Rima Hassan, dont les positions politiques tout autant que les propos idéologiques, à ce difficile et encore bien plus délicat sujet qu’est donc celui de l’interminable conflit israélo-palestinien, ne sont effectivement pas sans rappeler, sous la fallacieuse caution ou le frauduleux alibi d’un antisionisme ostensiblement revendiqué sous l’abusif slogan pseudo-populaire de « Free Palestine » (ce qui implique, « de la Mer au Jourdain » comme il le profère encore, la disparition de l’Etat d’Israël !), l’antisémitisme le plus abject, véritable incitation, de surcroît, à la haine : ce qui, sur le plan plus strictement légal, n’est pas là non plus, vous en conviendrez aisément en toute honnêteté intellectuelle, le moindre des délits, théoriquement sanctionné par le code pénal en toute démocratie digne de ce nom !


Signataires :

Daniel Salvatore Schiffer : philosophe, écrivain, auteur de « La Philosophie d’Emmanuel Levinas (PUF) et directeur de l’ouvrage collectif « Critique de la déraison antisémite » (à paraître aux Editions Intervalles).

Marc Alpozzo : philosophe.

Dominique Baqué : philosophe, critique d’art.

André Bonet : écrivain, essayiste.

Marie-Jo Bonnet : historienne, écrivaine.                                      

Jean-Marie Brohm : sociologue, professeur émérite des universités.

Pascal Bruckner : philosophe.

Belinda Cannone : écrivaine, universitaire.

Sarah Cattan : directrice de « Tribune Juive ».

Hassen Chalghoumi : Président de la Conférence des Imams de France.

Sophie Chauveau : écrivaine, essayiste.

Elie Chouraqui : cinéaste.

Alexandre Del Valle : essayiste, docteur en géopolitique.

Nadine Dewit : artiste peintre.

Michel Dray : historien, ancien directeur-général du Comité de coordination interculturel Marseille-Méditerranée, ancien conseiller du Vice-Président du Congrès Juif Mondial (bureau de New York).

Luc Ferry : philosophe, ancien Ministre français de l’Education Nationale et de la jeunesse.

Christian Godin : philosophe.

Karin Hann : écrivaine, essayiste, universitaire.

Lisa Hirsig : enseignante, essayiste.

François Kasbi : écrivain, critique littéraire.

Arno Klarsfeld : avocat, écrivain.

Joël Kotek : historien, professeur émérite des Universités (ULB).

Bernard Kouchner : ancien Ministre français de la Santé et de l’Action Humanitaire (sous la présidence de François Mitterrand) et des Affaires Etrangères (sous la présidence de Nicolas Sarkozy), fondateur des ONG « Médecins sans Frontières » et « Médecins du Monde ».

Nathalie Krikorian : philosophe politique, historienne des idées.

Bérénice Levet : docteure en philosophie, essayiste.

Fadila Maaroufi : directrice de l’Observatoire Européen des Fondamentalismes (Bruxelles).

Isabelle de Mecquenem : agrégée de philosophie, Université de Reims Champagne Ardenne.

Philippe Mocellin : sociologue, docteur en sciences politiques.

Eric Naulleau : écrivain, essayiste.

Fabien Ollier : directeur de la revue « Quel Sport ? ».

Victoria Pariente-Cohen : psychanalyste clinicienne.

Céline Pina : journaliste, éditorialiste, essayiste.

Daniella Pinkstein : écrivaine, essayiste.

Michaël Prazan : réalisateur, documentariste, écrivain.

Gérard Rabinovitch : philosophe, sociologue, essayiste, directeur de l’Institut Européen Emmanuel Levinas.

Robert Redeker : philosophe.

David Reinharc : éditeur.

Charles Rojzman : philosophe, psychosociologue, essayiste, Institut Charles Rojzman.

Pierre-Yves Rougeyron : essayiste, Président du « Cercle Aristote ».

Armand de Saint-Sauveur : éditeur.

Dominique Schnapper : sociologue, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS).

Jean-Loup Seban : ancien professeur à la Faculté de Théologie Protestante de Bruxelles et collaborateur scientifique du Centre Interdisciplinaire d’Etude des Religions et de la Laïcité (CIERL) de l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

Hagay Sobol : professeur de médecine, Université d’Aix-Marseille, Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg.

Jacques Sojcher : philosophe, professeur émérite à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

Guy Sorman : essayiste, Président de la Maison Française de New York University.

Annie Sugier : physicienne, Présidente de la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF), association créée par Simone de Beauvoir.

Jean Szlamowicz : linguiste.

Pierre-André Taguieff : philosophe, historien des idées, Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).

Michel Taube : écrivain, fondateur du journal en ligne « Opinion Internationale » et d’ « Ensemble contre la Peine de Mort ».

Alain Vircondelet : écrivain, essayiste, universitaire.

Michel Gad Wolkowicz : psychanalyste, hospitalo-universitaire en psychopathologie, Président de l’Association Internationale Inter-Universitaire « Schibboleth – Actualité de Freud ».

Jean-Claude Zylberstein : avocat, éditeur, écrivain.


[1] https://www.causeur.fr/une-promotion-rima-hassan-a-luniversite-libre-de-bruxelles-ma-honte-dancien-etudiant-315216

Paul Cézanne en son pays

Succès monstre pour l’exposition Cézanne au Jas de Bouffan et les évènements « Cézanne 2025 », à Aix-en-Provence


De la bastide familiale du Jas de Bouffan, avec ses marronniers et son lavoir, au socle puissant de Sainte Victoire. Du portrait de Louis-Auguste Cézanne de la National Gallery à celui, étonnant, à la garçonne, de Madame Cézanne, au musée de Philadelphie. Des arbres– tellement d’arbres et de vert dans cette Provence tant aimée ! — aux fresques des Saisons et aux natures mortes. Du corps, couillard, de boxeur, du Baigneur au rocher (Chrysler Museum of Art) aux corps lumineux des Grands Baigneurs. Des Joueurs de cartes hiératiques, comme dans une fresque de Giotto, au chef-d’œuvre de l’Homme aux bras croisés du musée Guggenheim. De la mer plate de l’Estaque aux lames de bauxite du chemin de Bibemus, des façades, à la perspective plongeante, à la pomme sur une table au bord du vide. Ce sont 136 tableaux venus du monde entier, musées, collections privées qui sont exposés, cette année, de juin à octobre, au musée Granet d’Aix-en-Provence.

Retraçant le parcours du peintre de 1859 à 1899, portraits, nus, natures mortes, paysages, esquisses, huiles, aquarelles, gouaches, tous, d’une extraordinaire variété de genre et de matière, témoignent de la vision originale du peintre : une puissante et bienfaisante et solennelle architecture du réel sculptée par la couleur. Entre le dessin qui rend intelligible et la couleur qui rend le sensible, Cézanne ne choisit pas: il incarne par la couleur. Du coup le monde apparaît ni impressionniste ni cubiste ni fantastique ni photographié mais poétique, c’est-à-dire nouveau, grâce à la logique des sensations colorées. On connaît la phrase du peintre : « Traiter la nature (la géométriser) par la sphère, le cône, le cylindre, le tout mis en perspective. » Très fidèle à la géologie autant qu’à la sensation, soucieux de l’harmonie des couleurs, il rapproche des éléments disjoints et écrase les perspectives. Ainsi de celle, surprenante, de la toile Maison et ferme du Jas de Bouffan venue de Prague, choisie pour l’affiche, et dont le déséquilibre assure à l’œil la cohérence de la façade. Tout cela sans jamais quitter « le motif » ni « la sensation ». Quelques phrases : « Faire de l’impressionnisme un art digne d’entrer dans les musées. »De la perspective : « Couper la ligne de fuite avec une pomme et étonner Paris. » Ou encore cette phrase sobre : « Le paysage s’humanise en moi ». Tous les portraits sont graves. Les nus, eux (sa grande passion, interdite par son milieu) sont donnés au monde sans être érotisés. Et que dire de ces miraculeuses aquarelles qui font rêver comme des estampes ! Ces allées d’arbres évanouies dans la brume, si précises pourtant ! L’étang et les marronniers du Jas du musée de Minneapolis sont peints comme des corps, et les branches comme des arabesques. Peu de Sainte Victoire, en revanche. Heureusement, diront certains. Cette exposition donne une vraie joie.

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L’accès au musée Granet, sur la place Saint-Jean-de-Malte, est barré par la police avec une brigade cynophile. La Diabline (une mobilité aixoise pour cinq personnes) débarque un Barnabooth au ventre proéminent et une dame à la bouche fuchsia sous sa capeline, sœur, à n’en pas douter, de La femme au chapeau noir de Manet. Les Américains sont, en effet, les premiers visiteurs de cette exposition. Normal : premiers acheteurs du peintre quand les Aixois le méprisaient, ils sont aussi les premiers mécènes de cette exposition dont le mécénat se chiffre à 500 millions d’euros. Les files devant la porte s’allongent contenues par des barrières. Le public n’est ni dépenaillé ni snob. Mais recueilli : oui ! A l’intérieur comme à l’extérieur. Une manne de pluie caresse à intervalles réguliers les épaules. La visite terminée, on se repose dans la petite cour intérieure, peu nombreuse et calme comme un patio.

Cette exposition aixoise n’est pas la première consacrée au peintre depuis sa mort. Elle est même la huitième. Celle-ci est néanmoins un événement culturel majeur qui a mobilisé le territoire et la collectivité. Tractations, garanties d’assurance, transports, prêts : on se doute bien que réunir 130 tableaux de Cézanne au même endroit est une affaire difficile qui doit être bénéfique. Elle doit redorer le blason aixois avec 300 000 visiteurs et rivaliser avec les grandes expositions parisiennes. Aussi les Aixois ont-ils mis le paquet : restaurateurs, marchands de vin, calissonniers, tout le monde veut sa spécialité Cézanne. Occasion de rafraîchir des souvenirs. Ainsi le vol, jamais élucidé, de tableaux, en 1962, retrouvés dans une voiture, abandonnés sur une route. Ou l’exposition de 1990, spectaculaire dans sa genèse après l’embrasement de Sainte-Victoire, qui fit un carton. C’est aussi l’aventure d’une Sainte Victoire, qu’on peut voir ici, acquise et prêtée par le musée de Berne, perdue et retrouvée en 2014 chez un marchand d’art qui travaillait avec le régime nazi. Sait-on également que la Maison-Blanche possède huit Cézanne ? Aussi bien les Américains sont-ils de véritables philanthropes qui aiment Cézanne. « Non contents d’être des porte-monnaie, ils se veulent acteurs du territoire et participer à la création d’un bien commun » dit-on à la Ville d’Aix. Est-ce pour cela que le marché vend des dry tomates et que les boucheries se font Steak House ? Quant à l’absence d’accent sur Cézanne écrit Cezanne, horripilant, quelle qu’en soit la raison, elle serait due au désir de toujours de la famille de l’artiste. À moins que ce ne soit une américanisation du nom ? Il n’y a pas encore de tee-shirt « I love Cezanne »…

L’agenda aixois des deux mois d’été regorge d’activités : créations musicales, balades sur les pas de Cézanne, à dos d’âne pour les moins de 10 ans. Les samedis 27 et 28 septembre, est créé, à l’Archevêché, un opéra concert l’Apocalypse d’Icare par Dominique de Williencourt, violoncelliste et compositeur aixois, avec le Open Chambre Orchestra.

Enfin, n’oublions pas « la réhabilitation » d’Hortense, la femme de Cézanne et « sa muse silencieuse », grâce à Rindala El Khoury qui a conçu un projet artistique intitulé « A la recherche d’Hortense Fiquet ». Le marchand de tableaux, Ambroise Vollard, raconte que, quand il était content de son travail, Cézanne allait réveiller Madame Cézanne pour lui demander son impression. Après quoi, « pour la dédommager de ce dérangement, il lui proposait une partie de dames avant de se recoucher. » Est-il plus galante attention ? « Poser comme une pomme », n’est-ce pas là le plus beau compliment que Cézanne ait jamais pu faire à son modèle préféré ?

Exposition Cézanne au Jas de Bouffan, musée Granet, Aix-en-Provence, 2025 © Ville d’Aix-en-Provence

Place Saint Jean de Malte
13100 Aix-en-Provence

Jusqu’au 12 octobre 2025. Entrée : 18 €.

Informations : https://cezanne2025.com

Mon Légionnaire: pour une réforme de la citoyenneté française

Droit du sol, droit du sang, citoyens français par ci, naturalisations par là — et puis quoi encore ? s’interroge notre chroniqueur, plus radical que jamais. Ne serait-il pas temps de n’accorder la nationalité française qu’à ceux qui, d’une façon ou d’une autre, auront servi la France — par leur travail, par leur sens du devoir, ou par leur sang versé ?


Le 13 juillet dernier, trois légionnaires ont été admis à la citoyenneté française pour services rendus au pays de Montesquieu et de Clemenceau. La cérémonie a été empreinte de solennité et d’émotion, et les témoignages des trois nouveaux Français sont éloquents : la France, pour eux, n’est pas un dû, mais un devoir, et un espoir.

Droit du sol, dit la Constitution. Vous êtes né par hasard dans l’Hexagone, ou dans l’une de ses dépendances, et vous voici français. Belle performance ! Neuf mois de gestation involontaire, et vous voici citoyen d’un pays dont trop souvent vous n’avez que faire. C’est la version laïque du baptême que recevaient les nourrissons, une façon de vous intégrer a priori dans une communauté sans que vous l’ayez voulu. À ce compte, Giscard d’Estaing, né à Coblence, eût été allemand — et Balladur, né à Izmir, serait turc.

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Droit du sang, disent les Allemands. Vous pouvez habiter l’Allemagne depuis trois décennies, y être né, y avoir eu vos enfants, travailler assidument dans le pays, ni eux ni vous ne serez allemands : vous resterez Turcs, Tchétchènes — ou Français. Wolfgang passera toujours devant Orhan, fût-il prix Nobel de littérature. 

Les deux solutions sont des pis-aller, des choix administratifs qui ne sont fondés sur rien de bien solide. Du coup, des enfants d’immigrés nés dans l’Hexagone se disent Algériens — ce qu’ils ne sont en rien, mais parce que leurs allégeances imaginaires vont à ce pays. Et pourquoi pas ? Pourvu qu’ils le soient réellement, sans prétendre aux avantages des Français de souche. Ou pourvu qu’ils y aillent.

C’est une question de droits et de devoirs. Un Français a le droit d’être inscrit gratuitement à l’école de la République, publique, universelle et laïque. Et il a le devoir d’en respecter les règles, par exemple de ne pas y apporter les oripeaux et les certitudes de ses superstitions. Un Français a droit à un certain nombre de prestations sociales — parce que ses parents et lui-même ont payé pour lui, au fil de leur vie et de leur carrière. La Sécurité Sociale et les aides diverses ne sont pas un dû, mais un rendu. À qui n’a rien donné à la France, la France ne doit rien.

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« Je n’ai pas une goutte de sang français, mais toute la France coule dans mes veines », disait Romain Gary, né à Vilnius, naturalisé français à 21 ans, et Compagnon de la Libération. Apollinaire, né à Rome et naturalisé français en 1916, l’année où cet engagé volontaire fut grièvement blessé en première ligne, devait en dire autant, tout comme le légionnaire Blaise Cendrars, Suisse naturalisé Français par son héroïsme au combat, où il perdit un bras. Tous sont entrés dans la citoyenneté française par leurs actes, par la langue, par leurs œuvres, faisant là un grand romancier, ici un immense poète. Parce que parler français est à mes yeux un pré-requis. On entre dans la citoyenneté par la langue et par la culture. Et par le mérite.

Que méritent tous ceux qui exhibent leur nationalité française quand ça les arrange, et crachent sur la France à la première occasion ? Que méritent tous ceux qui se gavent d’aides diverses et ne rendent rien au pays, par leur travail ou leurs talents ? Que méritent les racailles qui, en arrivant à leur majorité, sont déjà « connus défavorablement des services de police », selon la formule consacrée ? Pourquoi auraient-ils droit aux mêmes douceurs judiciaires que les citoyens français respectueux de la loi ? La déchéance de nationalité, prévue depuis 1791 par la Constitution et le Code pénal, n’est pas assez appliquée. La privation des droits civiques — à commencer par les multiples subventions à la paresse et à la malfaisance — devrait être systématique en cas d’infraction grave. Et l’expulsion vers le pays de son choix, où l’on pourra vivre en toute liberté sous un joug religieux sévère, devrait être systématisée.

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« Français », quel beau nom ! « Français », La Fontaine, Voltaire, Condorcet, Hugo et Flaubert. Ou Marie Curie, née Polonaise. Françaises, les armées qui sous la Révolution et l’Empire ont parcouru l’Europe en exportant partout ce qui s’attachait à ce nom — la liberté d’abord. Nous avons exporté la France dans des contrées qui ignoraient tout de cette liberté — à commencer par la liberté de penser et celle de ne pas croire : c’est cela d’abord, l’acquis positif de la colonisation. La IIIème République a fort justement décrété que c’était par l’instruction obligatoire que l’on s’attachait à un pays. Jules Ferry et ses amis n’auraient jamais imaginé qu’un jour, des pédagogues mépriseraient ce devoir de culture, inciteraient les enfants à raviver la flamme des cultures étrangères de leurs parents, et organiseraient le ramadan dans des écoles publiques.

Cessons de distribuer de façon automatique la nationalité française, si chargée de sens et d’émotions. Et accordons-la libéralement aux étrangers qui ont servi la France, par leur travail ou leur héroïsme — comme Mamoudou Gassama, qui en 2018 avait sauvé un petit garçon suspendu dans le vide à Paris. Ou Lassana Bathily, qui a reçu ses papiers de citoyen français onze jours à peine après avoir aidé à se cacher des clients de l’Hypercasher de la Porte de Vincennes — des Juifs sauvés par un musulman malien, pendant qu’aujourd’hui de prétendus Français versent dans l’antisémitisme de gauche et applaudissent la barbarie à visage inhumain. On doit être Français au mérite, et pas autrement.

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Tabou mémoriel et salutaire rappel historique du fléau totalitaire

La mémoire est la sentinelle de l’esprit.
William Shakespeare (Macbeth).

Je suis choqué, vraiment choqué, de découvrir qu’on joue de l’argent ici !
Le capitaine Renault dans Casablanca.


Ce samedi le 23 août, le maire LR de la commune méridionale Saint-Raphaël (Var), Frédéric Masquelier, a inauguré une stèle dénonçant le « totalitarisme communiste », qui se trouve en bonne compagnie, dans le même espace où deux autres stèles rendent hommage aux martyrs de la Résistance et aux juifs de France. Le parti communiste français, pour sa part, déchire sa chemise et hurle son indignation, notamment en manifestant avec des affidés, devant la mairie; il dénonce vertement une manœuvre électoraliste et se déclare (oui) « scandalisé » par cet « amalgame » car son parti a dénoncé depuis longtemps les crimes de Staline… après les avoir niés mordicus car il ne fallait surtout pas « désespérer Billancourt »; le parti du centralisme démocratique est bien connu pour sa transparence, réactivité et surtout proactivité sur le plan de l’auto-critique (comme certaines autres institutions à vocation universelle et prétendant aussi détenir le monopole de la vérité, en matière d’abus sexuels).

Impasse Karl Marx

Pourtant, cet événement se tient dans le cadre de la journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme et la date du 23 août est parfaitement choisie puisque c’est celle de la signature du pacte germano-soviétique de 1939. Tous les totalitarismes sont donc visés, pas seulement le communisme.

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Mais l’on reconnaît là le devoir de mémoire sélectif d’une certaine gauche. Il est difficile d’exclure des velléités électorales de la part des mairies qui baptisent des rues en l’honneur de Maxime Gorki, de Salvador Allende, encore que baptiser des impasses du nom de Karl Marx serait entièrement justifié. De surcroît, l’on peut compter sur l’ex-professeur de philosophie Jean-Luc Mélanchon pour rappeler inlassablement, comme de juste, les crimes de la colonisation et de l’impérialisme.

(Ces derniers temps, on parle beaucoup par exemple, des relations difficiles entre l’Algérie et la France. En matière d’histoire occultée, il faut noter ce détail piquant : le PCF n’avait que mépris pour la notion d’indépendance de l’Algérie, partie intégrante de la métropole. En 1956, c’est le gouvernement du très socialiste Guy Mollet qui fit adopter la loi sur les « pouvoirs [dits] spéciaux » – on appréciera l’euphémisme – à l’Assemblée nationale, laquelle donna en pâture à l’armée ce territoire où sévissait la rébellion et le terrorisme, loi soutenue sans réserves par les députés communistes. Et c’est le même Guy Mollet qui « couvrit » l’usage de certaines techniques d’enquête, et notamment d’interrogatoire, moins étroitement corsetées par les classiques, mais tatillonnes contraintes procédurales; techniques d’ailleurs déjà bien éprouvées derrière le rideau de fer. Cependant, il y eut ultérieurement revirement anticolonial chez les communistes… sur ordre de la maison-mère à Moscou).

Négationnisme 

Jeter la pierre sur l’ennemi fait partie depuis toujours du jeu politique et les calculs compensatoires comptables des crimes sont probablement de bonne guerre, même si des additions seraient préférables aux soustractions. Mais il y a parfois rupture plus grotesque du principe d’égalité des armes. Rappelons qu’en France, est pénalement réprimée la dénégation des crimes nazis en raison d’une loi pire qu’inutile, liberticide, adoptée à l’initiative du député totalitaire communiste Jean-Claude Gayssot, qui a consacré ce délicieux néologisme de « négationnisme ». Cependant, chacun demeure, en l’état actuel du droit français, entièrement libre de « négationner », ou de relativiser, l’horreur du goulag; peut-être un « point de détail » dans l’histoire russe ?

A ne pas manquer dans notre numéro en vente: Julien Dray contre la gauche mollah

Cela dit, est sans doute redondante l’expression « totalitarisme communiste ». Tous les totalitarismes ne sont pas de nature communiste, mais le communisme est, par définition, totalitaire. Au PCF, qui a quand même de beaux restes, on ne semble toujours pas disposé à se livrer à une réflexion de fond et concevoir que ce sont les promesses messianiques du « grand soir », sur terre, couchées dans des grimoires canoniques, qui, précisément, peuvent constituer le terreau dans lequel fleurissent les (aspirants) petits pères des peuples et autres grands timoniers. Et le 23 août 1939 prouva qu’il y a toujours de possibles terrains d’entente, au moins provisoires, entre autocrates de bonne compagnie.

Au final, la nation peut remercier le PCF : ses braillements ont servi de rappel didactique de cette évidence et la pédagogie est l’art de la répétition.

Bas-Fonds sur Seine

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La Tour Eiffel vue de loin, depuis les quais de Seine à Choisy-le-Roi, de nuit. DR.

D’après les premières informations données par les enquêteurs, le meurtrier présumé des quatre hommes dont les corps ont été repêchés dans la Seine serait un musulman radicalisé et homophobe. Il a d’abord prétendu être Algérien, mais serait en fait de nationalité tunisienne. Il a décidé de garder le silence jusqu’à son procès.


Le 13 août en début d’après-midi, un passager du RER C qui, à cet endroit sur la commune de Choisy-le-Roi (Val de Marne), longe la rive de la Seine, aperçoit un corps à la dérive. L’alerte est donnée et la brigade fluviale se rend sur place. Ce n’est pas un corps qu’elle découvre alors mais quatre, à peu de distance les uns des autres. Stupeur.

La France foutoir

À partir de cet instant, c’est dans une affaire bien glauque, bien sordide que les enquêteurs vont peu à peu s’immerger. Une histoire telle qu’on en trouverait dans les bas-fonds de Gogol ou du Zola dans sa plus sombre manière. Cela à une ou deux lieues de Paris, au XXIème siècle. Ces bords de Seine pourraient être riants, plaisants. Ce que nous en nous montrent les photos du Parisien illustrant le reportage nous dit clairement la réalité de ces zones entières peu ou prou laissées à l’abandon à la porte de nos villes. Image d’une France qui, oui, s’abandonne. Un lieu qui pourrait être d’agrément pour les populations dégradé en un lieu de misère et finalement, en l’occurrence, d’épouvante où plus personne ne va. Sauf les sans toit, les sans but, les sans repères, les sans avenir. Ce que sont justement les paumés de la fameuse « chance pour la France », cette immigration foutoire qui voit s’enfler d’année en année, de mois en mois, les légions d’êtres à la dérive, perdus qui ne sont plus d’ailleurs et ne seront jamais d’ici.

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On a ici l’intégral du décor du bas-fond type dans cette affaire. Ainsi que le casting de ce grand ratage inhumain. Un squat infect, un vague square devenu un repaire de coït furtif pour homos. Et quatre types qui vont trouver la mort dans les parages, étranglés, pense-t-on. Abdellah, Amir, Sami et Frantz. Quatre meurtres, quatre victimes en 16 jours. Un record, semble-t-il. L’œuvre en rafale d’un sérial killer – l’enquête en cours le confirmera, ou non – emporté dans un délire assassin peu commun.

L’hypothèse d’une furie homophobe

Le mobile aussi devra être confirmé par l’enquête. Néanmoins, l’hypothèse d’une espèce de furie homophobe semblerait crédible, aux dires des investigateurs.

Une homophobie qui se compliquerait d’un conflit intime chez l’auteur des meurtres, violemment tiraillé entre ses tendances homosexuelles et les interdits de sa religion, un islam rigoriste dans lequel il aurait plongé de plus en plus ces derniers temps. Il s’est d’abord dit Algérien aux enquêteurs, serait en fait Tunisien. Ce qui est avéré et qu’il était entré en France et s’y trouvait en toute irrégularité. Depuis trois ans. Pour l’interrogatoire, il a fallu recourir aux services d’un interprète, l’intéressé n’ayant probablement pas jugé utile de se familiariser avec notre langue en ce considérable laps de temps, ce qui en dit long, au passage, sur la vigueur de sa motivation à s’intégrer. Passons.

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Il s’est fait pincer pour avoir utilisé la puce téléphonique d’une des victimes et la carte bancaire d’une autre. Quatre-vingt-seize heures de garde à vue, mais aucun aveu. Son avocat invoque le droit au silence de son client et nous annonce que celui-ci devrait consentir à s’exprimer lors de l’instruction. Trop aimable, n’est-ce pas…

Une immigration hors de contrôle

Cela dit, on a, avec cette affaire dont, encore une fois le sordide et l’horreur semblent d’un autre temps, la parfaite illustration des misères générées par une immigration sans bornes et sans règles. Misères au pluriel, en effet. Misère sociale bien sûr, misère culturelle, civilisationnelle, et, conséquence de l’une et de l’autre, misère mentale.

Il me semble que cette horreur devrait amener les autorités à considérer l’effarante contradiction qu’il y a entre prétendre vouloir combattre, par exemple, l’homophobie et laisser entrer en nombre, en bien trop grand nombre, des individus dont le fonds culturel, religieux, juridique est le rejet absolu et la condamnation de l’homosexualité considérée comme un péché, un crime. Me permettrai-je d’ajouter que ce qui vaut pour l’homophobie vaut aussi bien sûr, soit dit en passant, pour l’antisémitisme. Peut-être serait-il de simple bon sens, si l’on souhaite sérieusement et sincèrement endiguer ces deux ignominies et leurs ravages, commencer par s’occuper de tarir la source ?

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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François Hollande, député socialiste ou ancien président?

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François Hollande, ici photographié à l'Assemblée nationale en juin, se distingue des autres socialistes en n'appelant pas à bloquer le pays le 10 septembre © Stephane Lemouton/SIPA

Dans l’étrange climat politique qui règne en France en cette rentrée, l’ancien président socialiste joue la prudence et ne soutient pas le mouvement « Bloquons tout ».


Face à l’alternative que propose mon titre, j’ai l’impression que François Hollande a trop souvent choisi sa première branche. Aussi quel bonheur politique quand il se souvient de la seconde.

Il a déclaré sur France Inter, hier matin, au sujet du blocage du 10 septembre, à l’appel de Jean-Luc Mélenchon incitant à une grève générale : « Quand je ne connais pas les initiateurs, la direction et les revendications d’un mouvement, je ne peux pas m’associer à ce que je ne maîtrise pas… ». Il a totalement raison. Cette réticence politique, cette prudence démocratique, me semblent être liées au sentiment de responsabilité qu’un ancien président de la République se doit d’avoir.

Social-démocratie apaisée

J’aimerais que cet exemple de modération fasse taire les propos méprisants qui continuent d’être colportés sur cette personnalité qui, par rapport à l’extrémisme de gauche qui nous menace, représentait un moindre mal quand il tentait désespérément, contre « ses » frondeurs, de sauver une social-démocratie raisonnable.

Cette mise en cause de la journée du 10 septembre est sans doute étrangère, dans son esprit, à ce que j’ai dénoncé dans mon billet du 22 août sur la « globalité du malsain ». Il n’empêche qu’en regrettant que la lutte syndicale ne soit pas la seule motivation de cet événement, il renforce l’impression que ce blocage du 10 septembre est une manière à la fois puérile et dramatique de s’en prendre au Premier ministre qui vaillamment tient, contre tous les oiseaux de mauvais augure et les multiples adeptes de la politique du pire.

Il faut avoir la peau de François Bayrou même si avec elle on risque d’avoir une large part de celle de notre pays. Bayrou affirme que tout est à discuter mais personne ne souhaite ce dialogue avec lui, parce que ce serait risquer d’être convaincu, ou au moins touché. Sa conférence de presse, marquée par une dramatisation justifiée de l’état économique et financier de la France, au cours de laquelle il a annoncé qu’il se soumettrait le 8 septembre au vote d’une motion de confiance, est révélatrice à la fois d’une audace — il va affronter un risque — et d’une occasion politique s’il l’emporte, sans qu’aucune certitude ne soit possible à ce stade.

La rentrée des cancres

Sans sous-estimer les difficultés économiques et sociales de la France et son étrange climat politique, il me semble toutefois que d’autres périls mériteraient d’être pris au tragique et de favoriser sinon un consensus, du moins une approche plus apaisée et républicaine de nos antagonismes.

D’abord, au-dessus de l’envie perverse de « se payer » à tout prix François Bayrou, celle, au contraire, de ménager le plus longtemps possible un gouvernement qui dans tous les cas vaudrait mille fois mieux que la ruine qu’engendrerait sa censure.

Ensuite l’incroyable et bouleversante montée de l’antisémitisme en France. Avec son appropriation partisane par certains députés à l’extrême gauche et, plus dangereusement, par son insertion dans la quotidienneté, des citoyens décidant de leur propre chef, par exemple, d’exclure des Israéliens de certaines manifestations ou de certains lieux au nom de leur soutien à une cause palestinienne intégriste. Il n’est plus possible, sans réagir, de laisser s’amplifier ce poison en ne lui opposant que le verbe présidentiel proclamant « notre totale intransigeance ». Ce qui équivaut à rien sur le plan de l’action et révèle l’impuissance d’un État dépassé par l’ampleur d’un fléau que sa bonne conscience humaniste ne parvient pas à réduire.

Enfin, la France est confrontée à suffisamment de conflits internationaux, de négociations à mener, d’équilibres à assurer, de sauvegardes à effectuer, pour qu’on ne puisse pas aspirer à une accalmie dans des joutes internes pour consacrer le maximum d’énergie nationale à l’essentiel. Aussi bien protéger Boualem Sansal et le faire libérer qu’empêcher le dépeçage de l’Ukraine par un Poutine diaboliquement habile et un Trump narcissiquement manipulé.

Alors je conviens que François Hollande laissant l’ancien président damer le pion au député socialiste n’est pas un épisode bouleversant mais un peu de mesure, de réserve et de rationalité à gauche est toujours bon à prendre. On me pardonnera mais j’en remercie François Hollande.

MeTooMuch ?

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Tétine pour adultes: une inquiétante régression

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Illustration générée par Chat-GPT.

Attention : venues de Chine, les tétines pour adultes sont aux portes de l’Europe !


Plus que jamais l’objet fétiche des bébés, l’assurance d’une tranquillité pour les parents, voilà que les plus de 18 ans revendiquent désormais le droit à la sucette en toute liberté. En Chine, puis aux États-Unis via TikTok, cette nouvelle tendance fait fureur et commence à se déverser sur les réseaux sociaux en Europe. 

Antidépresseur pour abrutis, régression lubrique ?

Les internautes jurent devant la sainte tétine, modèles XXL, colorés ou sertis de strass, se vendant entre un et 70 euros, qu’ils dorment mieux, respirent plus calmement ou se relaxent depuis qu’ils les utilisent. En somme, la tototte version adulte 2.0 serait l’équivalent d’un antidépresseur de poche selon certains sites qui n’hésitent pas à affirmer que cela peut vous aider à arrêter de fumer. « Cela me procure un sentiment de sécurité, comme quand j’étais enfant », confie une utilisatrice. On aurait presque envie d’ajouter : et sans mutuelle santé.

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Invisalign devrait gagner quelques points à la Bourse

Les dentistes, eux, sont nettement moins attendris face à ce phénomène. Ils avertissent même du danger que la lolotte fait planer sur ses utilisateurs, rappelant que cela n’est pas sans conséquence sur la santé à court terme : usage prolongé rime avec douleurs, dents déplacées et mâchoires malmenées. « Les vendeurs minimisent volontairement les dangers », prévient le docteur Tang Caomin, à Chengdu, cité par le South China Morning Post. Et gare à l’étouffement nocturne : on a connu vraiment plus glamour comme cause de décès. Du côté des psys, l’analyse est claire : il s’agit d’un phénomène de régression. Sous pression, certains adultes retrouvent les gestes rassurants de la petite enfance qu’ils auraient enfouis quelque part dans le cortex de leur cerveau. « La véritable solution n’est pas de se considérer comme un enfant, mais d’affronter ses problèmes », tranche sèchement le psychologue Zhang Mo à ceux qui seraient tentés de fuir les réalités du monde moderne. 

Alors, simple gadget antistress ou symptôme d’une société qui refuse de grandir tels des Peter Pan ? Une chose est sûre : à ce rythme, les crèches devront bientôt prévoir une section « Vingtenaires, trentenaires et quadras angoissés, en manque de totoches ».

Olivier Maillart ou la nonchalante mélancolie des nuits d’Hirocherbourg

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Le romancier français Olivier Maillart © Raphaël Gaillarde

Nous avons été séduits par la curieuse poésie qui se dégage du roman Fermez vos gueules, les mouettes


Reconnaissons à Olivier Maillart un talent certain pour la farce picaresque neurasthénique. Dans son deuxième roman, Fermez vos gueules, les mouettes (éditions Héliopoles, 2025), quatre professeurs et amis décident de voler l’urne mortuaire d’un ancien camarade de philosophie, afin de disperser ses cendres sur une plage. Ce n’est pas tout à fait l’Odyssée, néanmoins les péripéties se succèdent au pas de course vers l’absurde. Heureuse escapade nocturne où les migrants se donnent des rendez-vous de bourre-pif, et où nous nous aventurons, en la compagnie de nos valeureux héros de l’Éducation nationale, à une soirée Game ovaire dans un bar féministe queer. Au risque de fâcher, n’oublions point de citer parmi ces aimables pérégrinations la rencontre avec un certain Charles Pell. Ah, le grand Charles ! Poète au talent flou du merveilleux Râteau ivre, dont le génie a résolument pris le parti de la pose !

Cet impressionnisme satirique n’est pas sans évoquer Patrice Jean. Mais l’écriture de Patrice Jean est une vision en lutte avec le monde. L’homme surnuméraire que nous sommes tous se débat dans son œuvre contre l’expression, nouvelle à chaque époque, de la bêtise humaine. Olivier Maillart conserve plutôt une distance amusée avec le présent. Ses personnages acceptent le contemporain, sans trop faire d’histoires. Ils affichent pour la plupart une candeur vaguement étonnée. Une sorte de « pourquoi pas », placide et finalement accommodant. « Ah, tiens, le monde est devenu ainsi maintenant ? Ce sont les règles nouvelles ? Ah oui, bon, d’accord… » semble la petite musique qui rythme son ouvrage. L’extravagance narquoise des tableaux exprime en premier lieu une étrangeté actuelle. La raillerie sociale flirte avec le surréel. Il y a là-dedans quelque chose d’une satire onirique avec, en même temps, cette sensation de mauvais rêve que prend la vie dans le deuil.

Une comédie noire pleine de mouettes et de cendres

Voilà un ouvrage où la mort n’est jamais très loin de la drôlerie. Les personnages arrivent au début du récit pour la cérémonie d’enterrement ? Aussitôt l’auteur prend un malin plaisir à souligner que : « C’est Philippe qui engageait le plus volontiers la conversation, saluant les uns d’un signe de la tête, les autres d’une poignée de main. C’était tout de même un petit week-end à la campagne aussi, pour lui, cette histoire, et il y retrouvait des visages qu’il n’avait pas croisés depuis longtemps. Sans bien parvenir à masquer son contentement, il naviguait d’un groupe à l’autre. On pouvait croire à une amicale de profs de maths, car beaucoup avaient une équerre et un compas qui dépassaient de la poche gauche de leur manteau. Un grand chauve barbu serra la main tendue de Philippe d’une poigne faiblarde, façon demi-molle, lui grimaçant qu’il était content de le revoir, s’enquérant de nouvelles dont il n’avait visiblement rien à foutre, sans que cela refroidisse le muté — ou le Parisien, comme on l’appelait ici de manière peu flatteuse. »

Quant à un autre, sa tristesse nous est ainsi résumée : « L’hospitalisation de R. avait mécaniquement accru la dépendance de G. à tous les excitants modernes dont il était grand consommateur : drogues, demoiselles, philosophes danois et, bien entendu, alcools divers et variés. »

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Enfin, quoi de plus réconfortant que de raconter l’agonie de sa vieille mère à une serveuse transsexuelle, dans un moment d’intimité : « Adriana posa alors sa main sur celle de Philippe qui, à cette simple caresse, sentit fondre en lui les dernières résistances qui l’empêchaient de dire ce qu’il avait vu, ce qu’il avait vécu. Sa mère si affreusement diminuée, à l’hôpital, les dernières semaines. Incapable de respirer par elle-même, de se nourrir, de pisser comme de chier. De rien faire. Une sangle soutenant son menton qu’elle n’arrivait même plus à empêcher de laisser choir. »

Le ton pince-sans-rire d’Olivier Maillart se décline en plusieurs registres, comme les différents étages d’un immeuble où chaque appartement apporte une touche singulière à la vie collective. Les observations fines succèdent au loufoque. L’humour vient souvent adoucir un trait trop grave. On songe parfois à une blague potache et spleenétique. Il ne faut pas néanmoins s’attendre à de grandes tensions dramatiques. L’intrigue se révèle encore plus mince que Sydney Sweeney dans ses bons jeans. Les scènes se suivent sans nécessité particulière. Le lecteur n’y croit pas vraiment. Les personnages pas davantage. On a l’impression que même les décors ne tiennent pas droit… C’est le récit de gens ordinaires qui cherchent tout au long de ce roman à faire leur deuil, et c’est comme si cette errance intérieure contaminait le livre même. On a ce sentiment, derrière l’humour, d’une écriture un peu trop triste pour se fondre tout à fait dans ce qu’elle raconte. Il en reste une certaine atmosphère.

Ce je ne sais quoi dans le style de Maillart

Que possède donc l’écriture de notre auteur qui, phénomène singulier dans le milieu éditorial d’aujourd’hui, la distingue de beaucoup d’autres ? Je dirais, un certain charme. Nous sommes loin des grands orgues de Bernanos, ou de la raillerie cruelle d’un Houellebecq. Mais il se devine une tendresse dans cette peinture caustique d’un monde qui semble au bord de la folie. Notre condition humaine nous est exposée avec une légèreté navrée et indolente. Tout est approximatif dans ces chapitres, sauf la finesse d’esprit qui y triomphe. De sorte que cette approximation narrative, mêlée à une acuité dans les émotions, retourne la désinvolture en profondeur. Il en germe une grâce bizarre, comme une veste mal coupée, mais dont les mauvaises proportions séduisent aussitôt.

Car au fond, le charme, c’est toujours se tenir au bord du ratage. C’est ce qui pourrait ne pas marcher, mais qui nous emporte quand même, à notre grand étonnement. On pourrait en vouloir à l’auteur de ce livre sans véritable intrigue et aux scènes invraisemblables, peuplées de personnages à peine esquissés, mais on y trouve ce je ne sais quoi plein de pudeur, dans le ton de l’ouvrage, qui parvient à émouvoir.

Fermez vos gueules, les mouettes d’Olivier Maillart, nous enseigne à quel point le charme littéraire est un art exigeant. Une délicate alchimie pouvant insensiblement tourner au bouillon tiède ou à la mauvaise parodie. Cet équilibre requiert une écriture beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît, où les personnages secondaires, en quelques mots, se révèlent davantage que la caricature qui nous est offerte de prime abord. Où chaque scène possède une curieuse poésie. Où la malice ne se heurte pas à la gravité du propos, mais lui donne tout son sel, pour nous sauver de la niaiserie. Afin d’atteindre au charme, il faut donc un peu rater, mais en y mettant une sensibilité discrète. Alors, comme dans ce roman, l’inabouti devient une couleur qui participe au style et dont la subtile maladresse touche parfois plus immédiatement que des œuvres mieux affirmées.

152 pages

Fermez vos gueules, les mouettes !

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L’an 01 ce n’est pas pour demain

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Conférence de rentrée du Premier ministre François Bayrou sur le budget, Paris, 25 août 2025. Il engagera la responsabilité de son gouvernement lors d'un vote de confiance à l'Assemblée nationale le 8 septembre © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Ni leader, ni revendication précise. Comme une révolte dans le vide… Le mouvement social « Bloquons tout » va-t-il prendre? Assiste-t-on à une renaissance des gilets jaunes? Le mouvement pourrait-il être manipulé de l’étranger?


L’an 01, que nous proposait Gébé, membre éminent de l’équipe d’Hara-Kiri Hebdo (qui deviendra Charlie Hebdo), était présenté comme un prolongement naturel et immédiat du mouvement de mai 68. Le mot d’ordre était simple, et apparemment plein de bon sens: « On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ».

Mais globalement rien ne s’est arrêté, et le monde a continué sur sa lancée, parce que l’énorme machine économique, sociale, politique, en un mot humaine, dans laquelle nous sommes tous immergés, ne peut pas s’arrêter. Elle ne peut qu’essayer de se réorienter (et avec quelles difficultés !) dans son mouvement.

Le mouvement du 10 septembre, qui semble se profiler, n’est qu’une pâle copie de cette utopie, mâtinée comme toujours de revendications syndicales, des éternelles prétentions révolutionnaires de l’extrême gauche, de la bienveillance des partis politiques qui n’oseront ni trop condamner, ni trop encourager, du désordre façon « gilet jaune », et de la violence façon black-blocks.

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Bref tout cela ne fera qu’exacerber inutilement les tensions d’un pays déjà suffisamment sur les nerfs. Si à cela s’ajoute la chute du gouvernement, la situation financière catastrophique de la France, sa crédibilité sur le marché de la dette s’en trouverait encore dégradée. Sans compter les innombrables problèmes et les retards dans la prise de décisions pourtant urgentes.

À bien des égards nous avons toutes les raisons de n’être pas satisfaits de la façon dont ce pays est dirigé depuis des années. Mais le mouvement qui s’annonce, s’il devait s’amplifier, ne résoudra rien et nous coûtera cher. Si le pays va mal nous en sommes collectivement responsables, par lâcheté, par ignorance, par insouciance et par irresponsabilité.

Mais malgré tout, une question se pose: à qui profite ce crime qui pousse régulièrement une minorité de Français, toujours prêts pour le grand jour (mais sous l’œil attendri de bien des autres) à croire qu’ils peuvent changer leur vie en descendant dans la rue ? Après tout, nous avons des ennemis suffisamment habiles pour savoir ourdir, en utilisant l’implacable dynamique des réseaux sociaux, des mouvements de déstabilisation du pays… Je sais, mon discours est complotiste, mais je ne pense pas qu’il faille forcément exclure une telle hypothèse.

L'An 01

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L’antisémitisme, cet objet non identifié qui a son antidote

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Tel Aviv, Israël, février 2025 © Oded Balilty/AP/SIPA

Tout a-t-il été dit sur l’antisémitisme ? A peu près, et avec une acuité de plus en plus saillante, hormis un seul point. Qu’on le nomme antijudaïsme, antisionisme, haine des juifs, ou selon tout autre syntagme, l’antisémitisme demeure en partie un mystère insondable.

Il possède mille facettes répugnantes, cumulatives chez certains ; il n’épargne ni des femmes, ni des hommes ni des enfants qui ignorent tout de la judéité prise dans ses acceptions religieuse, philosophique, politique ou autre. Partout, l’antisémitisme est laideur.

D’où vient que pour satisfaire cette obsession muette ou virulente, des personnes deviennent capables, nous le voyons de plus en plus fréquemment, de prendre des risques déraisonnables voire insensés, au mépris et au péril de leur carrière professionnelle ou artistique ?

Nombre d’exploits récents tombés dans le domaine public démontrent que l’antisémitisme s’impose chez leurs adeptes comme une passion tournée contre soi, au sens où ce mot est issu du verbe latin pati, qui parmi ses acceptions en français a donné : pâtir.

Avec le concile Vatican II et plus particulièrement la Déclaration Nostra Aetate, l’Eglise a su se débarrasser de ce lourd problème qui pesait sur elle, la parasitant sans jamais en faire une doctrine officielle. Puis l’Episcopat français n’a cessé de prolonger cet effort remarquable.

Antisémitisme reste autant un terme inadéquat – les musulmans peuvent aussi être des sémites – que présent dans les sphères publiques et privées. Il trouve de tout temps des « affaires » pour étaler sa virulence, et chaque événement tragique au Moyen-Orient l’amplifie.

Il peut être suscité par d’autres que les ennemis déclarés des juifs. Prenons garde qu’il ne devienne aujourd’hui, à l’ère des réseaux et comme la calomnie décrite par Beaumarchais dans la tirade de Figaro, « un chorus universel de haine et de proscription. »  

Que nous arrive-t-il, quatre-vingts ans après la Shoah, pour nous trouver dans l’obligation de rappeler que des enfants et des adultes juifs ne peuvent, ni ne doivent, être tenus comptables de la terrible hécatombe – y compris bien sûr celle du 7-octobre – qui sévit sous nos yeux ?

Les guerres d’Israël, depuis la création de l’État en 1948, n’avaient pas généré une telle personnalisation anonymisée, si l’on autorise cet oxymore, de l’antisémitisme. Ce phénomène renforce de fait le combat de ceux qui refusent la disparition progressive de la haine des juifs.

L’insulte, l’humiliation, l’exclusion constituent désormais des moyens à la portée des lâches qui ne peuvent plus, fort heureusement, s’appuyer sur l’appareil du troisième Reich et du gouvernement Pétain-Laval. Mais les antisémites d’aujourd’hui savent s’adapter.

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Ils appartiennent à tous les âges, sexes et catégories socio-professionnelles. En apparence, rien ne les relie. Comme avant ? En partie, car affirmer son antisémitisme passe aussi par des affichages de connivence tels que les T-shirts à l’effigie de Radis (comme radin/rabbin) Jacob.

Qu’il se cache ou se découvre, l’antisémitisme possède un ennemi, qui est son antidote : le philosémitisme. Les amis des juifs sont là, le disent et le montrent. Ils appartiennent à différentes confessions. Les chrétiens parmi eux se révèlent particulièrement actifs.

Les philosémites ont relevé la tête et se sont multipliés. Par leur sens de la République ou de la démocratie, leur volonté de considérer que les êtres humains sont égaux, leurs amitiés avec des juifs, leur religiosité ou leur laïcité, leur respect du prochain, ils ne transigent pas.

Ils constituent l’exact contraire des antisémites, les deux mots trouvant ici du sens. Leur intérêt pour le judaïsme s’inscrit à la racine de leur attitude. Un antisémite tente de convaincre, comme s’il devait à l’infini ressasser sa haine. Un philosémite intervient chaque fois que nécessaire.

Les deux attitudes s’opposent en tout. L’antisémite condamne sans comprendre et se vautre dans le mensonge, qui est nécessaire à ses arguments ; le philosémite possède, tout au contraire, le goût de l’histoire et la volonté d’approcher ou de comprendre les faits sur le temps long.

Le rapport entre l’antisémitisme et l’intelligence se révèle pervers, au sens originel d’une falsification de la raison : le premier doit écarter la seconde pour subsister, et plus exactement la « faire mal tourner », selon l’étymologie latine de pervertir, afin de la corrompre.

Que dire de ceux qui ne seraient ni l’un, ni l’autre ? La singularité de notre temps réside aussi dans le fait que l’antisémitisme pèse sur notre monde et en constitue l’une de ses grilles de lecture. Les nazis ont exterminé atrocement mais ont échoué : les juifs restent une question.

Rima Hassan: l’honneur perdu de l’ULB

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Bâtiment historique de l'Université libre de Bruxelles et statue de Théodore Verhaegen DR.

Des étudiants diplômés de la faculté de droit de l’ULB ont choisi de donner le nom de la très clivante députée LFI à leur promotion 2025 ! Une « immense forfaiture », s’indignent les co-signataires de cette lettre ouverte rédigée par Daniel Salvatore Schiffer.


Madame, Monsieur,

C’est avec sidération, sinon une réelle incompréhension, tant morale qu’intellectuelle, que, indignés plus encore que consternés, nous venons d’apprendre, par de très crédibles voies de presse, que les étudiants de la promotion 2025 de la Faculté de Droit et de Criminologie de l’Université Libre de Bruxelles, l’une des académies les plus prestigieuses de Belgique par son traditionnel sens du débat philosophique et de la pensée critique, ont choisi, à titre de gratification, le nom de Rima Hassan[1], députée européenne de « La France Insoumise », parti politique situé à l’extrême gauche sur l’échiquier politico-idéologique de ce pays, mais surtout l’une des plus ferventes militantes de cette obscure nébuleuse de terroristes islamistes, notoires antisémites de surcroît, que constitue le tristement célèbre Hamas, responsable de l’abominable pogrom, de nature proprement génocidaire dans ses intentions, du 7 octobre 2023 à l’encontre des Juifs d’Israël.

Le Hamas : ennemi historique d’Israël, mais surtout, par son obscurantiste tyrannie, pire ennemi des Palestiniens !

Davantage : Rima Hassan, à l’instar de ses amis au sein de « La France Insoumise » (LFI), n’a jamais condamné, pour cet innommable massacre, ce même Hamas, qu’elle considère, au contraire, comme le légitime bras armé de ce qu’elle nomme encore outrancièrement, sans autre forme de nuances et allant même jusqu’à faire pour cela l’apologie du terrorisme, la « Résistance » des Palestiniens, dans la bande de Gaza notamment, face à Israël, nation dont le Hamas, toujours lui, souhaite pourtant obstinément, refusant toute solution pacifique à deux Etats, la totale destruction, sinon l’anéantissement pur et simple.

A lire aussi, David Duquesne: A qui profite la revanche postcoloniale?

Mais le Hamas, par cet extrémisme, sa violence guerrière et son radicalisme politico-religieux, n’est pas seulement l’ennemi juré, historique, d’Israël et, plus généralement, des Juifs ; il est surtout, par la tyrannie qu’il manifeste à l’encontre de son propre peuple, le pire ennemi – le paradoxe n’est qu’apparent – des Palestiniens eux-mêmes, dont il dessert et avilit, pour protéger ses seuls intérêts et pouvoirs, la cause. Qu’on se le dise objectivement, honnêtement et rationnellement, une bonne fois pour toutes !

Un scandaleux, contreproductif et dangereux amalgame: les terroristes du Hamas n’incarnent pas la résistance du peuple palestinien en son ensemble

Ainsi, en ce qui concerne ce très personnel cas de Rima Hassan, n’est-ce pas la cause qu’elle défend – celle, honorable, du peuple palestinien, qui mérite également notre respect et soutien – que nous critiquons et dénonçons ici, mais bien, la nuance conceptuelle s’avère primordiale en cet épineux dossier, la scandaleuse manière dont elle instrumentalise, au prix d’infâmes, mensongers, contreproductifs et dangereux amalgames – l’assimilation de ce criminel Hamas aux Palestiniens en leur ensemble – ce combat !

Certes, ce n’est pas ici le lieu de nous prononcer sur la nature, ni sur les raisons profondes ou historiques, de ce complexe et douloureux conflit israélo-palestinien, qui n’a, du reste, que trop duré. Qu’il nous soit toutefois permis d’exprimer ici, pour les authentiques démocrates que nous sommes, indissociablement attachés aux principes universels de « tolérance », de « justice » et de « fraternité », notre réelle et sincère compassion humaine envers toutes les victimes, qu’elles soient issues du peuple juif ou palestinien, de ces indicibles souffrances en ce que l’on ose encore appeler aujourd’hui, malgré le sang versé en cette turbulente région du Proche et Moyen-Orient, la « Terre Sainte ».

Mais, tout ceci étant dit et admis, nous, signataires de la présente pétition, ne pouvons néanmoins – notre conscience nous le dicte impérativement – nous taire, Madame la rectrice Annemie Schaus et Monsieur le doyen Pierre Klein, au regard de l’immense forfaiture que représente donc, à nos yeux d’humanistes convaincus, le choix, aussi inapproprié qu’inconvenant en d’aussi problématiques circonstances, de ce très polémique (c’est un euphémisme !) nom de Rima Hassan, précisément, pour désigner cette fameuse promotion 2025 des étudiants, au sein de cette vénérable institution universitaire que vous dirigez actuellement, de votre Faculté de Droit et de Criminologie.

Un enjeu de civilisation et un combat pour la paix

Oui, face à cette funeste décision, qui témoigne d’un tragique aveuglement, sinon d’une complicité coupable, mais aussi d’une étonnante méconnaissance de ce sujet pourtant essentiel à l’aune de ce véritable enjeu culturel, voire civilisationnel, sommes-nous au grand regret de vous le dire ici très clairement, et publiquement : en ces temps particulièrement troublés, où un antisémitisme de plus en plus désinhibé, agressif et assumé, déferle en Europe, rappelant même parfois, de sinistre mémoire, les sombres heures des années 1930, et avec elles la peste brune et autres fascismes à venir, ce nom de Rima Hassan, dont une partie de vos étudiants se réclament donc ouvertement et s’auréolent même sans vergogne ni pudeur ou simple respect à l’égard des familles juives endeuillées après cette féroce hécatombe du 7 octobre (sans même évoquer ici le cruel sort des malheureux otages encore retenus arbitrairement prisonniers, et même déjà morts pour certains d’entre eux, dans les terrifiants tunnels de Gaza), sonne aujourd’hui, toute honte bue, comme l’honneur perdu, telle une tache désormais indélébile sur ses séculaires palmes, de l’Université Libre de Bruxelles !   

A lire ensuite, Gregory Vanden Bruel: Une «promotion Rima Hassan» à l’Université libre de Bruxelles: ma honte d’ancien étudiant

Ainsi, face à cette inquiétante résurgence d’un antisémitisme qui ne dit pas son nom, est-ce notre entière réprobation que, heurtés par tant d’ignominie de la part d’une frange non négligeable de vos étudiants, et parfois même de votre propre corps professoral, nous vous exprimons, avec fermeté et sans la moindre ambiguïté, en cette lettre ouverte que, Madame Annemise Schaus et Monsieur Pierre Klein, nous vous adressons donc résolument en ce jour, fatal pour la réputation comme pour la crédibilité de cette Académie à laquelle vous présidez à l’heure actuelle.

Pour l’annulation du nom de Rima Hassan dans la promotion 2025 des étudiants de la faculté de droit et de criminologie a l’ULB

Davantage : il serait opportun, dans de telles conditions éthico-philosophiques, que vous mettiez tout en œuvre, dans le cadre de vos respectives compétences administratives, mais y compris par votre veto, pour annuler, toutes affaires cessantes, cette indécente, sinon mortifère, décision, de la part de vos étudiants à la Faculté de Droit et de Criminologie, de prendre, dans leur promotion de cette année académique, ce très discutable et même inacceptable nom, pour les raisons que nous venons de vous exposer arguments à l’appui, de Rima Hassan, laquelle, pour aggraver son très décrié et conversé cas, s’est en outre refusée de voter, lors d’une session à l’intérieur de l’hémicycle du Parlement Européen, l’appel en faveur de la libération de Boualem Sansal, l’un des plus grands écrivains franco-algériens, aujourd’hui retenu injustement prisonnier, par l’actuel, dictatorial et obscurantiste pouvoir du président Tebboune, derrière les barreaux d’une anonyme geôle non loin d’Alger !

L’antisionisme, haineux et fallacieux alibi de l’antisémitisme, délit puni par la loi !

Rima Hassan, dont les positions politiques tout autant que les propos idéologiques, à ce difficile et encore bien plus délicat sujet qu’est donc celui de l’interminable conflit israélo-palestinien, ne sont effectivement pas sans rappeler, sous la fallacieuse caution ou le frauduleux alibi d’un antisionisme ostensiblement revendiqué sous l’abusif slogan pseudo-populaire de « Free Palestine » (ce qui implique, « de la Mer au Jourdain » comme il le profère encore, la disparition de l’Etat d’Israël !), l’antisémitisme le plus abject, véritable incitation, de surcroît, à la haine : ce qui, sur le plan plus strictement légal, n’est pas là non plus, vous en conviendrez aisément en toute honnêteté intellectuelle, le moindre des délits, théoriquement sanctionné par le code pénal en toute démocratie digne de ce nom !


Signataires :

Daniel Salvatore Schiffer : philosophe, écrivain, auteur de « La Philosophie d’Emmanuel Levinas (PUF) et directeur de l’ouvrage collectif « Critique de la déraison antisémite » (à paraître aux Editions Intervalles).

Marc Alpozzo : philosophe.

Dominique Baqué : philosophe, critique d’art.

André Bonet : écrivain, essayiste.

Marie-Jo Bonnet : historienne, écrivaine.                                      

Jean-Marie Brohm : sociologue, professeur émérite des universités.

Pascal Bruckner : philosophe.

Belinda Cannone : écrivaine, universitaire.

Sarah Cattan : directrice de « Tribune Juive ».

Hassen Chalghoumi : Président de la Conférence des Imams de France.

Sophie Chauveau : écrivaine, essayiste.

Elie Chouraqui : cinéaste.

Alexandre Del Valle : essayiste, docteur en géopolitique.

Nadine Dewit : artiste peintre.

Michel Dray : historien, ancien directeur-général du Comité de coordination interculturel Marseille-Méditerranée, ancien conseiller du Vice-Président du Congrès Juif Mondial (bureau de New York).

Luc Ferry : philosophe, ancien Ministre français de l’Education Nationale et de la jeunesse.

Christian Godin : philosophe.

Karin Hann : écrivaine, essayiste, universitaire.

Lisa Hirsig : enseignante, essayiste.

François Kasbi : écrivain, critique littéraire.

Arno Klarsfeld : avocat, écrivain.

Joël Kotek : historien, professeur émérite des Universités (ULB).

Bernard Kouchner : ancien Ministre français de la Santé et de l’Action Humanitaire (sous la présidence de François Mitterrand) et des Affaires Etrangères (sous la présidence de Nicolas Sarkozy), fondateur des ONG « Médecins sans Frontières » et « Médecins du Monde ».

Nathalie Krikorian : philosophe politique, historienne des idées.

Bérénice Levet : docteure en philosophie, essayiste.

Fadila Maaroufi : directrice de l’Observatoire Européen des Fondamentalismes (Bruxelles).

Isabelle de Mecquenem : agrégée de philosophie, Université de Reims Champagne Ardenne.

Philippe Mocellin : sociologue, docteur en sciences politiques.

Eric Naulleau : écrivain, essayiste.

Fabien Ollier : directeur de la revue « Quel Sport ? ».

Victoria Pariente-Cohen : psychanalyste clinicienne.

Céline Pina : journaliste, éditorialiste, essayiste.

Daniella Pinkstein : écrivaine, essayiste.

Michaël Prazan : réalisateur, documentariste, écrivain.

Gérard Rabinovitch : philosophe, sociologue, essayiste, directeur de l’Institut Européen Emmanuel Levinas.

Robert Redeker : philosophe.

David Reinharc : éditeur.

Charles Rojzman : philosophe, psychosociologue, essayiste, Institut Charles Rojzman.

Pierre-Yves Rougeyron : essayiste, Président du « Cercle Aristote ».

Armand de Saint-Sauveur : éditeur.

Dominique Schnapper : sociologue, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS).

Jean-Loup Seban : ancien professeur à la Faculté de Théologie Protestante de Bruxelles et collaborateur scientifique du Centre Interdisciplinaire d’Etude des Religions et de la Laïcité (CIERL) de l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

Hagay Sobol : professeur de médecine, Université d’Aix-Marseille, Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg.

Jacques Sojcher : philosophe, professeur émérite à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

Guy Sorman : essayiste, Président de la Maison Française de New York University.

Annie Sugier : physicienne, Présidente de la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF), association créée par Simone de Beauvoir.

Jean Szlamowicz : linguiste.

Pierre-André Taguieff : philosophe, historien des idées, Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).

Michel Taube : écrivain, fondateur du journal en ligne « Opinion Internationale » et d’ « Ensemble contre la Peine de Mort ».

Alain Vircondelet : écrivain, essayiste, universitaire.

Michel Gad Wolkowicz : psychanalyste, hospitalo-universitaire en psychopathologie, Président de l’Association Internationale Inter-Universitaire « Schibboleth – Actualité de Freud ».

Jean-Claude Zylberstein : avocat, éditeur, écrivain.


[1] https://www.causeur.fr/une-promotion-rima-hassan-a-luniversite-libre-de-bruxelles-ma-honte-dancien-etudiant-315216

Paul Cézanne en son pays

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Paul Cézanne, Maison et ferme du Jas de Bouffan, 1885-1887, huile sur toile © National Gallery Prague 2025

Succès monstre pour l’exposition Cézanne au Jas de Bouffan et les évènements « Cézanne 2025 », à Aix-en-Provence


De la bastide familiale du Jas de Bouffan, avec ses marronniers et son lavoir, au socle puissant de Sainte Victoire. Du portrait de Louis-Auguste Cézanne de la National Gallery à celui, étonnant, à la garçonne, de Madame Cézanne, au musée de Philadelphie. Des arbres– tellement d’arbres et de vert dans cette Provence tant aimée ! — aux fresques des Saisons et aux natures mortes. Du corps, couillard, de boxeur, du Baigneur au rocher (Chrysler Museum of Art) aux corps lumineux des Grands Baigneurs. Des Joueurs de cartes hiératiques, comme dans une fresque de Giotto, au chef-d’œuvre de l’Homme aux bras croisés du musée Guggenheim. De la mer plate de l’Estaque aux lames de bauxite du chemin de Bibemus, des façades, à la perspective plongeante, à la pomme sur une table au bord du vide. Ce sont 136 tableaux venus du monde entier, musées, collections privées qui sont exposés, cette année, de juin à octobre, au musée Granet d’Aix-en-Provence.

Retraçant le parcours du peintre de 1859 à 1899, portraits, nus, natures mortes, paysages, esquisses, huiles, aquarelles, gouaches, tous, d’une extraordinaire variété de genre et de matière, témoignent de la vision originale du peintre : une puissante et bienfaisante et solennelle architecture du réel sculptée par la couleur. Entre le dessin qui rend intelligible et la couleur qui rend le sensible, Cézanne ne choisit pas: il incarne par la couleur. Du coup le monde apparaît ni impressionniste ni cubiste ni fantastique ni photographié mais poétique, c’est-à-dire nouveau, grâce à la logique des sensations colorées. On connaît la phrase du peintre : « Traiter la nature (la géométriser) par la sphère, le cône, le cylindre, le tout mis en perspective. » Très fidèle à la géologie autant qu’à la sensation, soucieux de l’harmonie des couleurs, il rapproche des éléments disjoints et écrase les perspectives. Ainsi de celle, surprenante, de la toile Maison et ferme du Jas de Bouffan venue de Prague, choisie pour l’affiche, et dont le déséquilibre assure à l’œil la cohérence de la façade. Tout cela sans jamais quitter « le motif » ni « la sensation ». Quelques phrases : « Faire de l’impressionnisme un art digne d’entrer dans les musées. »De la perspective : « Couper la ligne de fuite avec une pomme et étonner Paris. » Ou encore cette phrase sobre : « Le paysage s’humanise en moi ». Tous les portraits sont graves. Les nus, eux (sa grande passion, interdite par son milieu) sont donnés au monde sans être érotisés. Et que dire de ces miraculeuses aquarelles qui font rêver comme des estampes ! Ces allées d’arbres évanouies dans la brume, si précises pourtant ! L’étang et les marronniers du Jas du musée de Minneapolis sont peints comme des corps, et les branches comme des arabesques. Peu de Sainte Victoire, en revanche. Heureusement, diront certains. Cette exposition donne une vraie joie.

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L’accès au musée Granet, sur la place Saint-Jean-de-Malte, est barré par la police avec une brigade cynophile. La Diabline (une mobilité aixoise pour cinq personnes) débarque un Barnabooth au ventre proéminent et une dame à la bouche fuchsia sous sa capeline, sœur, à n’en pas douter, de La femme au chapeau noir de Manet. Les Américains sont, en effet, les premiers visiteurs de cette exposition. Normal : premiers acheteurs du peintre quand les Aixois le méprisaient, ils sont aussi les premiers mécènes de cette exposition dont le mécénat se chiffre à 500 millions d’euros. Les files devant la porte s’allongent contenues par des barrières. Le public n’est ni dépenaillé ni snob. Mais recueilli : oui ! A l’intérieur comme à l’extérieur. Une manne de pluie caresse à intervalles réguliers les épaules. La visite terminée, on se repose dans la petite cour intérieure, peu nombreuse et calme comme un patio.

Cette exposition aixoise n’est pas la première consacrée au peintre depuis sa mort. Elle est même la huitième. Celle-ci est néanmoins un événement culturel majeur qui a mobilisé le territoire et la collectivité. Tractations, garanties d’assurance, transports, prêts : on se doute bien que réunir 130 tableaux de Cézanne au même endroit est une affaire difficile qui doit être bénéfique. Elle doit redorer le blason aixois avec 300 000 visiteurs et rivaliser avec les grandes expositions parisiennes. Aussi les Aixois ont-ils mis le paquet : restaurateurs, marchands de vin, calissonniers, tout le monde veut sa spécialité Cézanne. Occasion de rafraîchir des souvenirs. Ainsi le vol, jamais élucidé, de tableaux, en 1962, retrouvés dans une voiture, abandonnés sur une route. Ou l’exposition de 1990, spectaculaire dans sa genèse après l’embrasement de Sainte-Victoire, qui fit un carton. C’est aussi l’aventure d’une Sainte Victoire, qu’on peut voir ici, acquise et prêtée par le musée de Berne, perdue et retrouvée en 2014 chez un marchand d’art qui travaillait avec le régime nazi. Sait-on également que la Maison-Blanche possède huit Cézanne ? Aussi bien les Américains sont-ils de véritables philanthropes qui aiment Cézanne. « Non contents d’être des porte-monnaie, ils se veulent acteurs du territoire et participer à la création d’un bien commun » dit-on à la Ville d’Aix. Est-ce pour cela que le marché vend des dry tomates et que les boucheries se font Steak House ? Quant à l’absence d’accent sur Cézanne écrit Cezanne, horripilant, quelle qu’en soit la raison, elle serait due au désir de toujours de la famille de l’artiste. À moins que ce ne soit une américanisation du nom ? Il n’y a pas encore de tee-shirt « I love Cezanne »…

L’agenda aixois des deux mois d’été regorge d’activités : créations musicales, balades sur les pas de Cézanne, à dos d’âne pour les moins de 10 ans. Les samedis 27 et 28 septembre, est créé, à l’Archevêché, un opéra concert l’Apocalypse d’Icare par Dominique de Williencourt, violoncelliste et compositeur aixois, avec le Open Chambre Orchestra.

Enfin, n’oublions pas « la réhabilitation » d’Hortense, la femme de Cézanne et « sa muse silencieuse », grâce à Rindala El Khoury qui a conçu un projet artistique intitulé « A la recherche d’Hortense Fiquet ». Le marchand de tableaux, Ambroise Vollard, raconte que, quand il était content de son travail, Cézanne allait réveiller Madame Cézanne pour lui demander son impression. Après quoi, « pour la dédommager de ce dérangement, il lui proposait une partie de dames avant de se recoucher. » Est-il plus galante attention ? « Poser comme une pomme », n’est-ce pas là le plus beau compliment que Cézanne ait jamais pu faire à son modèle préféré ?

Exposition Cézanne au Jas de Bouffan, musée Granet, Aix-en-Provence, 2025 © Ville d’Aix-en-Provence

Place Saint Jean de Malte
13100 Aix-en-Provence

Jusqu’au 12 octobre 2025. Entrée : 18 €.

Informations : https://cezanne2025.com

Mon Légionnaire: pour une réforme de la citoyenneté française

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Défilé des sapeurs lors de la Fête de la Legion, le 30 avril 2025, Aubagne, France. JONATHAN BELIN/POOL/SIPA

Droit du sol, droit du sang, citoyens français par ci, naturalisations par là — et puis quoi encore ? s’interroge notre chroniqueur, plus radical que jamais. Ne serait-il pas temps de n’accorder la nationalité française qu’à ceux qui, d’une façon ou d’une autre, auront servi la France — par leur travail, par leur sens du devoir, ou par leur sang versé ?


Le 13 juillet dernier, trois légionnaires ont été admis à la citoyenneté française pour services rendus au pays de Montesquieu et de Clemenceau. La cérémonie a été empreinte de solennité et d’émotion, et les témoignages des trois nouveaux Français sont éloquents : la France, pour eux, n’est pas un dû, mais un devoir, et un espoir.

Droit du sol, dit la Constitution. Vous êtes né par hasard dans l’Hexagone, ou dans l’une de ses dépendances, et vous voici français. Belle performance ! Neuf mois de gestation involontaire, et vous voici citoyen d’un pays dont trop souvent vous n’avez que faire. C’est la version laïque du baptême que recevaient les nourrissons, une façon de vous intégrer a priori dans une communauté sans que vous l’ayez voulu. À ce compte, Giscard d’Estaing, né à Coblence, eût été allemand — et Balladur, né à Izmir, serait turc.

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Droit du sang, disent les Allemands. Vous pouvez habiter l’Allemagne depuis trois décennies, y être né, y avoir eu vos enfants, travailler assidument dans le pays, ni eux ni vous ne serez allemands : vous resterez Turcs, Tchétchènes — ou Français. Wolfgang passera toujours devant Orhan, fût-il prix Nobel de littérature. 

Les deux solutions sont des pis-aller, des choix administratifs qui ne sont fondés sur rien de bien solide. Du coup, des enfants d’immigrés nés dans l’Hexagone se disent Algériens — ce qu’ils ne sont en rien, mais parce que leurs allégeances imaginaires vont à ce pays. Et pourquoi pas ? Pourvu qu’ils le soient réellement, sans prétendre aux avantages des Français de souche. Ou pourvu qu’ils y aillent.

C’est une question de droits et de devoirs. Un Français a le droit d’être inscrit gratuitement à l’école de la République, publique, universelle et laïque. Et il a le devoir d’en respecter les règles, par exemple de ne pas y apporter les oripeaux et les certitudes de ses superstitions. Un Français a droit à un certain nombre de prestations sociales — parce que ses parents et lui-même ont payé pour lui, au fil de leur vie et de leur carrière. La Sécurité Sociale et les aides diverses ne sont pas un dû, mais un rendu. À qui n’a rien donné à la France, la France ne doit rien.

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« Je n’ai pas une goutte de sang français, mais toute la France coule dans mes veines », disait Romain Gary, né à Vilnius, naturalisé français à 21 ans, et Compagnon de la Libération. Apollinaire, né à Rome et naturalisé français en 1916, l’année où cet engagé volontaire fut grièvement blessé en première ligne, devait en dire autant, tout comme le légionnaire Blaise Cendrars, Suisse naturalisé Français par son héroïsme au combat, où il perdit un bras. Tous sont entrés dans la citoyenneté française par leurs actes, par la langue, par leurs œuvres, faisant là un grand romancier, ici un immense poète. Parce que parler français est à mes yeux un pré-requis. On entre dans la citoyenneté par la langue et par la culture. Et par le mérite.

Que méritent tous ceux qui exhibent leur nationalité française quand ça les arrange, et crachent sur la France à la première occasion ? Que méritent tous ceux qui se gavent d’aides diverses et ne rendent rien au pays, par leur travail ou leurs talents ? Que méritent les racailles qui, en arrivant à leur majorité, sont déjà « connus défavorablement des services de police », selon la formule consacrée ? Pourquoi auraient-ils droit aux mêmes douceurs judiciaires que les citoyens français respectueux de la loi ? La déchéance de nationalité, prévue depuis 1791 par la Constitution et le Code pénal, n’est pas assez appliquée. La privation des droits civiques — à commencer par les multiples subventions à la paresse et à la malfaisance — devrait être systématique en cas d’infraction grave. Et l’expulsion vers le pays de son choix, où l’on pourra vivre en toute liberté sous un joug religieux sévère, devrait être systématisée.

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« Français », quel beau nom ! « Français », La Fontaine, Voltaire, Condorcet, Hugo et Flaubert. Ou Marie Curie, née Polonaise. Françaises, les armées qui sous la Révolution et l’Empire ont parcouru l’Europe en exportant partout ce qui s’attachait à ce nom — la liberté d’abord. Nous avons exporté la France dans des contrées qui ignoraient tout de cette liberté — à commencer par la liberté de penser et celle de ne pas croire : c’est cela d’abord, l’acquis positif de la colonisation. La IIIème République a fort justement décrété que c’était par l’instruction obligatoire que l’on s’attachait à un pays. Jules Ferry et ses amis n’auraient jamais imaginé qu’un jour, des pédagogues mépriseraient ce devoir de culture, inciteraient les enfants à raviver la flamme des cultures étrangères de leurs parents, et organiseraient le ramadan dans des écoles publiques.

Cessons de distribuer de façon automatique la nationalité française, si chargée de sens et d’émotions. Et accordons-la libéralement aux étrangers qui ont servi la France, par leur travail ou leur héroïsme — comme Mamoudou Gassama, qui en 2018 avait sauvé un petit garçon suspendu dans le vide à Paris. Ou Lassana Bathily, qui a reçu ses papiers de citoyen français onze jours à peine après avoir aidé à se cacher des clients de l’Hypercasher de la Porte de Vincennes — des Juifs sauvés par un musulman malien, pendant qu’aujourd’hui de prétendus Français versent dans l’antisémitisme de gauche et applaudissent la barbarie à visage inhumain. On doit être Français au mérite, et pas autrement.

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Tabou mémoriel et salutaire rappel historique du fléau totalitaire

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Commémoration en hommage aux cent millions de morts victimes du totalitarisme du communiste, Saint Raphael, Var, 23 août 2025. Capture YouTube.

La mémoire est la sentinelle de l’esprit.
William Shakespeare (Macbeth).

Je suis choqué, vraiment choqué, de découvrir qu’on joue de l’argent ici !
Le capitaine Renault dans Casablanca.


Ce samedi le 23 août, le maire LR de la commune méridionale Saint-Raphaël (Var), Frédéric Masquelier, a inauguré une stèle dénonçant le « totalitarisme communiste », qui se trouve en bonne compagnie, dans le même espace où deux autres stèles rendent hommage aux martyrs de la Résistance et aux juifs de France. Le parti communiste français, pour sa part, déchire sa chemise et hurle son indignation, notamment en manifestant avec des affidés, devant la mairie; il dénonce vertement une manœuvre électoraliste et se déclare (oui) « scandalisé » par cet « amalgame » car son parti a dénoncé depuis longtemps les crimes de Staline… après les avoir niés mordicus car il ne fallait surtout pas « désespérer Billancourt »; le parti du centralisme démocratique est bien connu pour sa transparence, réactivité et surtout proactivité sur le plan de l’auto-critique (comme certaines autres institutions à vocation universelle et prétendant aussi détenir le monopole de la vérité, en matière d’abus sexuels).

Impasse Karl Marx

Pourtant, cet événement se tient dans le cadre de la journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme et la date du 23 août est parfaitement choisie puisque c’est celle de la signature du pacte germano-soviétique de 1939. Tous les totalitarismes sont donc visés, pas seulement le communisme.

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Mais l’on reconnaît là le devoir de mémoire sélectif d’une certaine gauche. Il est difficile d’exclure des velléités électorales de la part des mairies qui baptisent des rues en l’honneur de Maxime Gorki, de Salvador Allende, encore que baptiser des impasses du nom de Karl Marx serait entièrement justifié. De surcroît, l’on peut compter sur l’ex-professeur de philosophie Jean-Luc Mélanchon pour rappeler inlassablement, comme de juste, les crimes de la colonisation et de l’impérialisme.

(Ces derniers temps, on parle beaucoup par exemple, des relations difficiles entre l’Algérie et la France. En matière d’histoire occultée, il faut noter ce détail piquant : le PCF n’avait que mépris pour la notion d’indépendance de l’Algérie, partie intégrante de la métropole. En 1956, c’est le gouvernement du très socialiste Guy Mollet qui fit adopter la loi sur les « pouvoirs [dits] spéciaux » – on appréciera l’euphémisme – à l’Assemblée nationale, laquelle donna en pâture à l’armée ce territoire où sévissait la rébellion et le terrorisme, loi soutenue sans réserves par les députés communistes. Et c’est le même Guy Mollet qui « couvrit » l’usage de certaines techniques d’enquête, et notamment d’interrogatoire, moins étroitement corsetées par les classiques, mais tatillonnes contraintes procédurales; techniques d’ailleurs déjà bien éprouvées derrière le rideau de fer. Cependant, il y eut ultérieurement revirement anticolonial chez les communistes… sur ordre de la maison-mère à Moscou).

Négationnisme 

Jeter la pierre sur l’ennemi fait partie depuis toujours du jeu politique et les calculs compensatoires comptables des crimes sont probablement de bonne guerre, même si des additions seraient préférables aux soustractions. Mais il y a parfois rupture plus grotesque du principe d’égalité des armes. Rappelons qu’en France, est pénalement réprimée la dénégation des crimes nazis en raison d’une loi pire qu’inutile, liberticide, adoptée à l’initiative du député totalitaire communiste Jean-Claude Gayssot, qui a consacré ce délicieux néologisme de « négationnisme ». Cependant, chacun demeure, en l’état actuel du droit français, entièrement libre de « négationner », ou de relativiser, l’horreur du goulag; peut-être un « point de détail » dans l’histoire russe ?

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Cela dit, est sans doute redondante l’expression « totalitarisme communiste ». Tous les totalitarismes ne sont pas de nature communiste, mais le communisme est, par définition, totalitaire. Au PCF, qui a quand même de beaux restes, on ne semble toujours pas disposé à se livrer à une réflexion de fond et concevoir que ce sont les promesses messianiques du « grand soir », sur terre, couchées dans des grimoires canoniques, qui, précisément, peuvent constituer le terreau dans lequel fleurissent les (aspirants) petits pères des peuples et autres grands timoniers. Et le 23 août 1939 prouva qu’il y a toujours de possibles terrains d’entente, au moins provisoires, entre autocrates de bonne compagnie.

Au final, la nation peut remercier le PCF : ses braillements ont servi de rappel didactique de cette évidence et la pédagogie est l’art de la répétition.