J’ai été invité, dimanche dernier, au festival Artecisse, à Molineuf, dans le Loir-et-Cher, pour y signer mes livres et en lire des passages, par la créatrice de l’événement, la sympathique et talentueuse Isabel Da Rocha. J’ai, bien sûr, entraîné dans mes pérégrinations la Sauvageonne. Elle en fut ravie. Mieux: elle est tombée sous le charme de ce secteur, plus précisément de la vallée de la Cisse, adorable rivière, affluent de la Loire, calme et aussi poétique qu’un « Dormeur du val » d’Arthur Rimbaud.



Je tombai, moi aussi, amoureux du lieu et du délicieux cours d’eau. « Nos prochaines vacances, nous les passerons là et pas en Bretagne, vieux Yak ! », fit-elle, décidée et un brin autoritaire comme la petite-fille qu’elle est d’un commandant de la Gendarmerie nationale. Isabel Da Rocha a mené à bien une carrière épatante dans le monde des arts. Née à Paris, elle a passé toute son enfance à Saint-Quentin, dans l’Aisne, où elle est restée jusqu’à l’âge de 18 ans; « je suis Picarde mais je me soigne », a-t-elle précisé en souriant à mon attention pour faire référence à l’un de mes essais. Elle a suivi les cours de l’école des beaux-arts Maurice-Quentin de La Tour dans la capitale du Vermandois, puis ceux de l’école des Beaux-Arts d’Amiens, et ensuite ceux de l’école des arts appliqués Duperré, à Paris. À sa sortie, elle est devenue une artiste designer, décoratrice, œuvrant pour de prestigieuses maisons de couture (Christian Dior, Givenchy, Louis Feraud, etc.). « Trente-cinq ans dans le luxe », explique-t-elle. « J’étais la première à faire des installations artistiques dans les vitrines. Je travaillais aussi dans l’architecture d’intérieur et le design de mobilier. En même temps, j’étais artiste peintre ; je suis arrivée dans la vallée de la Cisse en février 2009 pour m’adonner à 100% à la peinture. J’ai pris mon parachute ; j’ai sauté dans l’inconnu à 55 ans. » Rapidement, elle fonde l’association Artcecisse (mot qui veut dire au plus près de la Cisse ou les arts de la Cisse ; il y a deux significations en latin) pour valoriser le territoire et pour valoriser la culture contemporaine, défendre l’environnement et l’eau. « Le festival Artcessice a été surnommé H2O à une époque par la presse et c’est resté », précise Isabel. « On parle beaucoup de l’eau ; la Cisse est une rivière importante. C’est un affluent de la Loire. Je crée des liens entre l’histoire de l’humanité et l’histoire de la nature ; j’aime bien ce qui est invisible. Souvent dans mon travail, je parle de ce qui est invisible. Et, en fait, les affluents sont aussi des invisibles. On cite toujours des grands fleuves, mais on n’évoque pas ceux qui les façonnent. Sans leurs affluents, la Seine, la Loire, le Rhin, le Rhône, etc., n’existeraient pas. Les affluents sont les invisibles de la nature. L’eau est devenue quelque chose de très sensible à notre époque puisqu’on connaît aujourd’hui des guerres de l’eau. Les technologies utilisent trop d’eau ; d’où la crise de l’eau. Pour cela je veux défendre la préservation de l’eau ; il ne faut pas que l’industrie agricole vole l’eau aux petits agriculteurs, aux paysans. Il faut que tout soit réparti équitablement. C’est l’un des sujets de ce festival au travers de la musique, de la littérature, des arts en général. »
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Dimanche dernier, à Nervault, une magnifique propriété située sur le domaine de la commune de Molineuf, à la faveur de la 11e édition du festival, de nombreux créateurs et écrivains étaient présents : Zazü, artiste plasticienne qui a mené à bien un travail à quatre mains avec le photographe Jean-Gabriel Pujol ; Sylvie Joubel, chanteuse, pianiste, compositrice, qui accompagna avec un talent fou les lectures des textes des écrivains et poètes ; Coralie Pineau, animatrice et conteuse du Conservatoire d’espaces naturels du Loir-et-Cher ; Samuel Tasinage, écrivain et artiste ; Nicole Lierre, poétesse ; et bien sûr, Isabel Da Rocha, auteur d’un premier roman-, Les tabous voyageurs (éd. Artecisse), et d’un autre livre Les murmures de l’eau, sous-titré « Miscellanées aquatiques de la Vallée de la Cisse » (éd. Artecisse, 2017), un opus de poésies richement illustré. Le dimanche matin, avant le festival, Isabel nous fit visiter les châteaux d’eau décorés par de grands artistes de street art : ceux d’Averdon, dans la petite Beauce (mis en valeur par Pantonio, un artiste portugais), de Valloire-sur-Cisse (embelli par Liska Llorca), de Limeray (avec des œuvres d’Adec, du Sud-Ouest de la France) et de Monteaux (avec des peintures d’Alegria del Prado). Grâce à Isabel et Artecisse, l’eau, dans son cours ou dans son château, est gâtée, chouchoutée, magnifiée. La Cisse le mérite. Je crois que la Sauvageonne et moi, allons passer nos prochaines vacances dans le Loir-et-Cher.
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