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Etats-Unis: les blancs, une minorité parmi d’autres?

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Dans son ouvrage The Age of Entitlement: America Since the Sixties, Christopher Caldwell explique comment les blancs ont fini par se concevoir comme une race – qu’ils le veuillent ou non – et comment ce processus a pris 50 ans et a permis l’élection de Donald Trump.


 

Ceux qui se demandent encore pourquoi Donald Trump a été élu en 2016 et pourquoi il pourrait peut-être l’être à nouveau en 2020 doivent lire le dernier livre de Christopher Caldwell qui vient de paraître. En anglais pour l’instant, en espérant qu’il soit bientôt traduit en français.

Un malentendu vieux de 50 ans

La thèse du livre n’est pas celle d’un caprice d’une population un peu bas du front  qui en aurait soudain eu marre. Les sources de cette révolution dans les urnes remontent aux lois sur les droits civiques des années 1960 et au malentendu sur lequel elles ont été acceptées. Les droits civiques ont institué une sorte de Constitution alternative dépourvue de la légitimité, mais soutenue par les élites du pays.

Ces lois n’ont pas signifié la même chose pour les blancs et les noirs. Pour les blancs, du Nord notamment, il s’agissait de civiliser les États du Sud afin d’en finir avec la ségrégation. Ils n’imaginaient pas que les droits civiques seraient l’occasion de renégocier la culture américaine dans sa totalité. Les noirs y ont vu une sorte de plaider coupable et l’occasion d’un soulèvement.

Affaires de classes sociales

L’extension du domaine de la lutte se fit par le passage des droits civiques aux droits humains. Et, contrairement à ce qu’avaient compris la plupart des Américains, le mouvement des droits civiques fut la matrice d’un nouveau système propre à jeter par-dessus bord n’importe quelle tradition, notamment en matière sexuelle. L’Equal Rights Amendment, équivalent pour les femmes des Civil Rights, présenté à ratification par les États ne rencontra jamais assez de ratifications pour amender la Constitution. Les Américains n’en voulaient pas et craignaient que ce changement constitutionnel n’en entraîne d’autres et mette en péril l’institution du mariage et la vie de famille. Les Américains en étaient venus à identifier ceux désireux de changer la Constitution à une classe, celle d’une nouvelle élite qui s’était cristallisée pendant la lutte contre la guerre du Vietnam. Laquelle avait été aussi une affaire de classe.

À la fin des années 1970, les Américains avaient commencé de saisir le danger que pouvait présenter le projet utopique des années 1960. Ils aspiraient à y mettre un terme et votèrent, avec les élites contestataires qui avaient pris de l’âge, pour Ronald Reagan. Si Reagan changea l’humeur politique du pays pour un temps, il laissa en place les dispositifs des années 1960, notamment l’affirmative action[tooltips content= »La discrimination positive ou action positive ou dédiscrimination est le fait de favoriser certains groupes de personnes victimes de discriminations systématiques de façon temporaire, en vue de rétablir l’égalité des chances »](1)[/tooltips] qu’il s’était engagé à supprimer. Alors qu’il avait promis de fermer la porte à l’immigration, il la laissa grande ouverte et les immigrants furent eux aussi les bénéficiaires de l’extension des droits civiques (IRCA Bill, 1986). Il laissa gonfler la dette car, comme l’écrit Christopher Caldwell, « les droits civiques étaient tellement importants qu’on ne pouvait pas demander aux gens d’attendre, mais trop impopulaires pour qu’on leur demande de payer pour les mettre en œuvre » (p. 111).

Relire, Michèle Tribalat: « L’idée de ‘grand remplacement’ évoque l’effondrement d’un univers familier que vit une partie de la population »

Si l’on y ajoute les transformations culturelles, les politiques préférentielles et l’affaiblissement du contrôle démocratique d’un pouvoir passé dans les coulisses et les cours de justice, on a le cocktail expliquant pourquoi l’immigration a empoisonné le débat public jusqu’à l’élection présidentielle de 2016. La condescendance des élites moquant l’opinion des gens modestes a fait le reste : « Pourquoi argumenter quand il suffit de rouler des yeux d’un air exaspéré ? » (p. 130). D’une certaine manière, on peut dire que la politique reaganienne, par sa duplicité, a favorisé l’exigence radicale démocratique actuelle de mouvements dits populistes qui ne veulent plus se satisfaire de promesses verbales.

L’émergence du politiquement correct

Les années qui ont suivi le mandat de Reagan ont été marquées par une envolée de ce qu’on a appelé le politiquement correct (P. C.). Et, avec le XXIe siècle, l’ensemble du système éducatif, y compris l’école primaire, avait absorbé le nouveau narratif dont il avait accouché. Le prix à payer fut celui de la censure et de l’auto-censure. Tout blanc malchanceux pouvait désormais voir son avenir professionnel ruiné par un propos jugé inadéquat sur la race, le genre et la sexualité. Les Américains s’étaient ainsi dotés, par inadvertance, d’une deuxième constitution ayant préséance sur la constitution officielle à peu près dans tous les aspects de la vie. L’affirmative action et le P.C. étaient les deux piliers de cette nouvelle constitution.

C’est en pleine crise financière que Barak Obama fut élu président. D’une certaine manière, situé à l’intersection de la finance et de l’activisme communautaire, là où la crise avait surgi, il était tout désigné pour prendre la suite. D’une certaine manière aussi, son élection aurait pu être l’occasion de mettre fin à l’affirmative action, comme l’avait laissé penser sa campagne de 2004. Avec l’élection du premier président noir, c’était mission accomplie. La manière dont il exerça son mandat fut donc un choc pour beaucoup d’Américains qui furent bien obligés de constater que toute l’ingénierie des droits civiques était là pour durer. Le prolétariat blanc commença à penser qu’il s’était fait pigeonner, comme il l’avait été économiquement.

Si l’intervention grandissante des intérêts privés sur la question des droits civiques a commencé avant Obama, et notamment avec les patrons de la High Tech, il l’a complaisamment encouragée. Ce qui ne choquait pas, à l’époque, les élites intellectuelles et médiatiques. C’était pour la bonne cause.

Les vilains de l’histoire

Alors que la deuxième campagne électorale d’Obama battait son plein, un livre titré Nudge et écrit par Cass Sustein et Richard Thaler, deux de ses conseillers et amis, apportait une justification supplémentaire à la primauté des droits civiques en justifiant les limites imposées à la souveraineté populaire en raison des préjugés inhérents à la nature humaine qui empêchent les hommes de faire des choix éclairés. C’est sans doute pourquoi le mariage gay, qui avait été refusé référendum après référendum par les Américains, mais soutenu par tous ceux qui comptent aux Etats-Unis, fut finalement imposé par la Cour suprême en 2015. Le juge Scalia qualifia cet arrêt de « putsch des classes supérieures ». La force de frappe du mouvement avait fini par retourner l’opinion américaine qui, après la légalisation du mariage gay, le soutenait à 58%.

Avec les droits civiques, les blancs ont été racialisés d’une manière qu’ils ont eu du mal à comprendre. Mais ils ont fini par comprendre que ce n’était pas pour eux que la politique américaine était faite. S’étaient donc recréées deux classes de citoyens, dont l’effacement avait pourtant été le but des droits civiques. Les blancs ont fini par se concevoir comme une race, qu’ils le veuillent ou non, et leur mise en mouvement a pris 50 ans. Si les droits civiques ont accompli beaucoup, leur coût fut élevé: de nouvelles inégalités, des décisions moins démocratiques et la fin de la liberté d’expression. Ceux qui ont le plus perdu avec la politique des droits civiques sont les hommes blancs, les vilains de l’histoire. Mais gouverner par la honte, comme le fit Obama, présente bien des inconvénients. Cela ne fait pas disparaître les opposants mais les rend indéchiffrables. Pendant un temps, les blancs ont pu se consoler de leur statut inférieur par un niveau de vie convenable. L’érosion de ce dernier a rendu le compromis insupportable, sans que les élites n’en prennent conscience. Christopher Caldwell, qui a réussi la gageure d’écrire ce livre sur ce qui a conduit à l’élection de Donald Trump sans jamais prononcer son nom, le termine sur l’éclat de rire général qui a accompagné les propos d’Ann Coulter sur une probable victoire de Trump lors de l’émission de Bill Malher en juin 2015.

>>> Retrouvez une analyse détaillée de ce livre sur le blog de Michèle Tribalat <<<

The Age of Entitlement: America Since the Sixties, Christopher Caldwell

Michèle Tribalat, démographe, avait signé la préface de l’ouvrage précédent de Christopher Caldwell Une révolution sous nos yeux

The Age of Entitlement: America Since the Sixties

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Education nationale: relancer l’ascenseur social

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Pour que l’École républicaine redevienne un ascenseur social et puisse redonner un espoir d’élévation aux classes populaires, il faut revaloriser le métier d’enseignant globalement. La petite augmentation de salaires proposée par Jean-Michel Blanquer est insuffisante, les professeurs doivent retrouver leur magistère moral dans la société française. Une tribune de Jean-François Champollion, Pierre-Henri Picard et William Thay (Think tank le Millénaire)


L’annonce récente de Jean-Michel Blanquer sur l’augmentation des salaires des enseignants était nécessaire, même si elle est faite pour de mauvaises raisons. Plutôt que de s’inscrire dans un plan global visant à transformer l’école et mettre l’enseignant au cœur du système, elle vise plutôt à calmer la profession avec une réforme des retraites qui n’en finit plus de mécontenter. Pourtant, alors que près de 70% des Français pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux, il est urgent de réformer l’École pour combattre les fractures et relancer l’ascenseur social.

La France accueille le système scolaire le plus inégalitaire 

La dernière enquête PISA révèle que les paramètres sociaux sont prégnants dans la réussite des élèves. En effet, les élèves français issus de milieux socio-économiques défavorisés ont, en moyenne, obtenu des scores inférieurs de 107 points à ceux issus de milieux aisés (contre 89 points d’écart pour la moyenne de l’OCDE). Les lacunes sont particulièrement tangibles concernant la maîtrise de la langue française : 20% des élèves favorisés, mais seulement 2% des élèves défavorisés, sont parmi les élèves très performants en compréhension de l’écrit.

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La faible mixité sociale est également mise en valeur : en France, un élève défavorisé n’a qu’une chance sur six de fréquenter le même lycée qu’un élève très performant, alors qu’une affection aléatoire aurait réduit cette proportion d’une sur quatre. Ces inégalités de traitement entraînent un certain fatalisme chez nos jeunes comme chez leurs parents, autant conditionné par leur contexte familial que par l’absence de perspective que leur offre l’École. Le modèle de l’instruction publique, théorisé par Condorcet, est remis en question dans sa raison d’être, avec son incapacité à faire émerger de nouveaux talents.

Une École discriminante mais pas pour les raisons qu’avançait Bourdieu

Pourtant, si la thèse de Bourdieu pouvait se défendre dans les années 1970, elle s’effondre aujourd’hui face à la massification de l’obtention du baccalauréat. La réelle discrimination est l’incapacité de l’École à doter les étudiants défavorisés des mêmes outils que les plus dotés pour lutter à armes égales dans l’enseignement supérieur où 60% des étudiants échouent en première année de licence. Ainsi, la probabilité qu’un enfant de cadres ait recours aux cours particuliers était 55% plus élevée en 2011 que celle d’un enfant d’employé.

De fait, la situation en France était déjà complexe, comme le souligne les études de Raymond Boudon sur la mobilité sociale en France dans les années 1960-1970. Le nombre d’étudiants augmentait plus vite que le nombre d’emplois disponibles correspondant à leurs diplômes. Or, comme la société se transforme moins vite que le système de qualifications, il y a de plus en plus d’enfants avec un niveau d’instruction supérieur à celui de la génération précédente mais qui ne peuvent pas pour autant obtenir un meilleur statut social, entrainant un déclassement des diplômés (et des diplômes).

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Le risque aujourd’hui est de voir finalement un double écueil se produire : d’un côté un nombre toujours croissant de personnes formées mais de moindre qualité, face à un environnement et un monde du travail devenus de plus en plus exigeants et compétitifs. Nous avançons ainsi vers la chronique d’un échec annoncé sans réforme structurelle de l’École.

Se concentrer sur les fondamentaux

Il faut redonner un sens à l’éducation, en commençant par le primaire dès le plus jeune âge, afin de réduire les fractures (sociale, territoriale, culturelle) qui divisent la France, avec trois priorités : le renforcement des fondamentaux, la revalorisation du statut de l’enseignant, et enfin la promotion du mérite.

Une enquête Pirls, réalisée en 2016 a montré les très fortes inégalités dans l’acquisition des savoirs fondamentaux au primaire. Entre 1976 et 2004, on estime que les élèves ont perdu dans leur parcours scolaire plus de 700 heures de cours de Français, alors qu’il faudrait plutôt recentrer l’enseignement au primaire autour des savoirs fondamentaux (lecture, écriture, calculs), en rognant sur les nouvelles activités périscolaires et sur les activités d’éveil qui ont considérablement augmenté depuis les années 1980 sous l’influence de la pédagogie Freinet.

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L’échec de cette pédagogie doit conduire à faire revenir l’enseignant au cœur du système éducatif, en revalorisant son statut, aussi bien sur le plan matériel qu’immatériel. Du point de vue immatériel d’abord, l’enseignant doit retrouver son magistère intellectuel et moral. Il doit avoir une plus grande liberté de choix pédagogique et être en mesure d’exercer pleinement son autorité sur sa classe. Pour cela, il faut envisager des pistes comme le rétablissement de l’estrade et la suppression des allocations familiales pour les familles des élèves récalcitrants.

Arrêter de privilégier les banlieues

Sur le plan matériel ensuite, il est impératif de mieux utiliser l’argent public afin de revaloriser le salaire des enseignants. Le modèle allemand doit être dans ce cas une source d’inspiration. En effet, un enseignant outre-Rhin gagne presque deux fois plus qu’un enseignant français après 15 ans de carrière (65000€ contre 35000€ en moyenne). Ceci s’explique par l’absence de gaspillage dans les dépenses administratives : la moitié des dépenses d’éducation en Allemagne est consacrée à la masse salariale alors que les salaires n’occupent que 30% du budget éducatif français, bien loin derrière les frais de structures et d’administration (70%).

Enfin, il faut promouvoir le mérite en relançant la politique des internats d’excellence qui avait été mise en œuvre en 2008 par Nicolas Sarkozy, puis supprimée par Vincent Peillon. Permettant aux jeunes élèves de changer de cadre de vie et de suivre un enseignement d’excellence pour s’élever, ces internats avaient servi à de nombreux collégiens et lycéens méritants pour faire de brillantes études dans l’enseignement supérieur. Il faudra par contre étendre le recrutement des internats : initialement destinés aux jeunes des banlieues, ils doivent également concerner les enfants de la France périphérique. En effet, la carte française de l’échec scolaire recoupe – presque parfaitement – celle décrite par le géographe Christophe Guilluy en comprenant une majorité de zones périurbaines. Il s’agit ainsi de prendre en compte de façon prioritaire le critère social plutôt que de lancer un énième plan pour les banlieues afin de véritablement permettre l’égalité des chances.

La désinstruction nationale

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PMA: une agression sans précédent contre les générations, les enfants, la famille


Dimanche 19 janvier, les personnalités politiques étaient assez peu nombreuses à manifester contre la PMA pour toutes. Parmi elles, toutefois, Jean-Frédéric Poisson ou François-Xavier Bellamy ont redit avec force en quoi cette loi était dommageable.


Dimanche dernier, manifestation réussie de La Manif Pour Tous (LMPT) contre la loi de bioéthique  qui sera présentée, ce mardi, en première lecture, au Sénat, dont un volet : la PMA sans père ou plutôt, comme le rappelle Bruno Décoret dans un article de Causeur, l’insémination, pour toutes les femmes, avec tiers donneur anonyme de sperme, dite IAD.

Il faisait beau, les piétons étaient nombreux, la marche fluide. Malgré quelques banderoles  hostiles «  Ni Dieu ni maître » flottant sur deux toits ardoisés, il n’y eut pas de heurts ni de feux, à part ceux, brûlants, des cœurs de ces promeneurs dominicaux. Sept ans qu’ils marchent à épisodes réguliers: belle endurance !

Vagants dominicaux

En passant devant la cour du Louvre, une grande photo d’Emmanuel Macron rappela la longue marche de l’investiture présidentielle, avant le saut disruptif sur le podium, main dans la main avec sa femme, où se trouvait sa famille. Quel beau souvenir ! Macron, souviens-toi ! Souviens-toi de tes pas dans la fosse de la nuit, de l’hymne à la joie qui retentit !  Souviens-toi de la Terre Promise devant nos yeux étoilés ! Quel contraste à présent ! N’entends-tu pas ton peuple qui crie vers toi ?

A lire aussi: Anti-PMA: la manif dont tout le monde ne parle pas

Laissons les chiffres toujours trompeurs, que ce soit celui relatif à la loi sur les retraites (âge pivot à déterminer) bientôt présentée au Parlement ou celui (exponentiel), de la dette souveraine. Les télés d’État se sont contentées d’avancer, sur un bandeau, le chiffre, bien risqué, de dizaines de piétons agitant des banderoles le long des quais. Rien d’autre que des vagants dominicaux. Mais pour qui fait les manifs, comme l’auteur de cet article, dans le sens de la marche puis à rebours, on pouvait constater, en comptant les minutes et les mètres carrés de la voie sur berge depuis le pont de l’Alma, qu’il y avait bien une foule nombreuse, déterminée et pacifique.

Tous ensemble tous ensemble !

Disons-le franchement. On cherchait en vain, comme toujours, des personnalités au nom connu qui pèseraient dans le débat. Mais la tour d’ivoire des livres est tellement plus confortable ! Le pavé, c’est bon pour les provinciaux, les anonymes, les sans-grades, les gens honnêtes, « le peuple » venu en cars. Lui n’a pas une médiatisation à entretenir !

Il est vrai que des personnalités régulièrement auditionnées par le Sénat étaient bien là. Aude Mirkovic, présidente de Juristes pour l’enfance, rappela, en juriste raisonnable, que ce qui fonde la loi est la justice. Que la justice est pour tous. Aussi, cette loi qui privera les enfants de père sera donc « injuste ». La loi n’est pas là pour satisfaire le désir des uns et les projets des autres mais pour protéger les plus faibles.

A relire; Elisabeth Lévy: Hidalgo contre la liberté

Tugdual Derville, président d’Alliance Vita, qui n’oublia pas de dire que la loi concernait aussi la disponibilité de l’embryon, rappela qu’en 2014, Dominique Bertinotti avait retiré sa loi sur la famille, le lendemain d’une manif. Il espérait donc que les sages seraient plus « sages » en hémicycle qu’en commission parlementaire. Nous dirions volontiers : plus courageux.

Une loi inutile

Frank Meyer, président de Maires pour l’enfance fit un retour en arrière dans les années: il n’y avait pas de loi sur le « mariage homosexuel » mais une loi concernant le mariage entre personnes de même sexe, ce qui n’est pas pareil. Cette loi (PMA) se préparait depuis 40 ans. Jean-Frédéric Poisson dit avec force que cette loi était « une agression sans précédent contre les générations, les enfants, la famille ». Devant l’Opéra, enfin, Ludovine de la Rochère ne fit pas un entrechat: elle en appela solennellement et sans mâcher ses mots, à la responsabilité du gouvernement, taclant les godillots de la Chambre. On distribua des billets de banque de 500 euros à l’effigie de Macron (comme l’a déjà raconté Gabrielle Périer ce matin) en donnant rendez-vous mardi et mercredi devant le Sénat.

Nous avons dix années de retard sur cette loi ? Parfait ! Car cette loi est devenue inutile, avec les tests génétiques.

A lire aussi: PMA, une affaire de dingues

On peut tourner les choses par tous les bouts, rien à faire: un enfant a toujours un père et une mère, connus ou inconnus, et l’État n’a pas à fournir le sperme aux frais du contribuable au titre des solidarités dont Madame Buzyn est la ministre. Donc, écrire dans la loi deux mères et la couleur des yeux d’un père, à 18 ans, est une mascarade juridique.

« Les parents boivent, les enfants trinquent » : tel était le slogan qu’on pouvait lire, il y a quelques années, quand on fumait dans une voiture avec ses enfants à l’intérieur. Vous avez raison, Madame Buzyn, il y a une solidarité, mais générationnelle. Que le Président se saisisse de cette affaire sociétale et prenne ses responsabilités. Qu’il cesse de cliver une société déjà fracturée. Qu’il renonce à avoir à l’usure ceux qui portent la voix de la raison.

Qu’il se souvienne plutôt du beau vers d’Apollinaire : « Belle clarté, chère raison ».

La fabrique d´orphelins - Essai

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« Les gens ne sortent pas dans la rue au Venezuela parce qu’ils ont peur »

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Que devient le Venezuela? Il y a un an, Jean-Luc Mélenchon, notre Chavez national, souhaitait sur le plateau de France 3 que Nicolas Maduro « tienne ». Aujourd’hui, son vœu a été exaucé: le président en exercice qui se vantait il y a un an qu’on lui ait offert un gilet jaune – « parce que nous sommes les rebelles du monde », précisait-il- est toujours là. Mais peut-on vraiment parler de victoire? Pour tenter d’y voir plus clair, Paula Vasquez, docteur en anthropologie sociale et ethnologie, chargée de recherche au CNRS et spécialiste du Venezuela, m’a accordé un peu de son temps après que j’ai dévoré Pays hors-service (Editions Buchet Chastel, 2019), son dernier ouvrage. Entretien.


 

Causeur. Il y a un an, le 23 janvier 2019, Juan Guaido, alors nouveau leader de l’opposition, mobilisait des dizaines de milliers de personnes dans la rue. Cela a suscité de l’espoir en vous, dites vous dans Pays hors service. Aujourd’hui, il semble qu’il peine à en mobiliser autant. Est-ce que l’espoir en vous s’est estompé?

Paula Vasquez. Pour moi, cette question de la mobilisation dans la rue est une illusion chère aux médias. Les Vénézuéliens ont tellement manifesté depuis 2002. Déjà avec Henrique Capriles, l’opposition avait mobilisé des millions de personnes dans la rue. Je n’identifie pas la possibilité d’une sortie avec la rue. La rue est une pression médiatique, certes, mais elle n’est pas significative, la question de la mobilisation dans la rue fausse beaucoup de choses. En effet, quel est le raisonnement derrière cette question? Que le fait que les gens ne sortent pas dans la rue signifie que Guaido a perdu son soutien? Les gens ne sortent pas dans la rue au Venezuela parce qu’ils ont peur, parce qu’il y a des attaques systématiques envers n’importe quelle personne qui affiche son opposition dans les quartiers du centre-ville de Caracas. C’est très risqué de sortir dans la rue. On ne peut pas demander cela aux Vénézuéliens. Il faut bien comprendre qu’au Venezuela, le moindre opposant est quelqu’un qui est en train de jouer son intégrité physique et celle de sa famille.

Toujours est-il que contrairement aux attentes, Nicolas Maduro est encore en place. Nicolas Maduro a-t-il gagné?

Et alors? Ça dépend de la définition du mot « victoire ». Les Vénézuéliens continuent de fuir. La Commission des Nations Unies pour les réfugiés estime que 15% de la population vénézuélienne a quitté le territoire. Est-ce vraiment une victoire pour ce gouvernement? L’hyperinflation continue. Il reste au pouvoir, certes, mais à quel prix?

J’espère que ce sont les Vénézueliens eux-mêmes qui sortiront le pays de cette situation

Nicolas Maduro a été élu en 2013, puis il a été à nouveau élu en mai 2018. L’opposition, représentée par la MUD (Table de l’unité démocratique), n’a pas reconnu cette dernière victoire présidentielle. Ce faisant, l’opposition n’est-elle pas allée contre le jeu de la démocratie? 

Il n’y a pas que l’opposition. La France et l’Union Européenne n’ont pas reconnu les élections de 2018 également.

Certes, mais a-t-on réellement des preuves qu’il y a eu fraude lors des élections de 2018?

Ce n’est pas tant une question de trucage des voix, c’est une question des conditions de réalisation des élections. L’autorité nationale électorale a fait des procédures d’invalidation des candidats des partis d’opposition et les élections ont été convoquées par l’Assemblée nationale constituante, qui est contrôlée par le gouvernement, parallèle à l’Assemblée nationale, où l’opposition est majoritaire. Dans ces conditions, même prouver une éventuelle fraude n’était pas possible.

Ces élections se sont réalisées dans un contexte de tensions, de violences et d’intimidations politiques extrêmement fortes. Il y a une chose, c’est de prouver la fraude. Il y a autre chose, c’est de comprendre pourquoi Maduro n’était pas légitime lors des élections de 2018. Beaucoup d’organismes d’observation électorale du monde ont validé le fait que cette élection là n’était pas légitime. Mais si vous voulez chercher les preuves du trucage des élections de Maduro en 2018, vous pouvez le faire comme journaliste.

Cependant, la Table de l’unité démocratique n’a-t-elle pas fait une erreur en refusant de participer au scrutin de mai 2018?

La Table de l’unité démocratique n’a pas accepté les conditions imposées par le gouvernement pour participer à ces élections et c’est pourquoi elle n’a pas présenté de candidat. Peut-être était-ce une erreur, peut-être que non. Ce n’est pas à moi de juger. Le candidat qui s’est lancé pour l’opposition a alors été Henri Falcon, qui s’est lancé tout seul. Mais même avec ce candidat qui s’est présenté face à Maduro, les conditions de réalisation de cette élection étaient complètement irrégulières.

Revenons plus en arrière. Pays hors service contient des anecdotes très instructives. Vous dites notamment que lorsque que vous avez pris un vol Paris-Caracas il y a quelques années, il y avait plus de Chinois que de Vénézuéliens dans le vol. La présence chinoise au Venezuela est un aspect méconnu en France. Pourriez-vous nous en dire un peu plus?

Ce sont les fonds chinois qui ont maintenu le financement de la révolution bolivarienne dans une sorte de budget parallèle jusqu’à la mort de Chavez. Le Venezuela est endetté avec la Chine pendant encore une vingtaine d’années. Il y a aussi une présence de population chinoise très forte, surtout dans les campagnes. On parlait il y a quelques années de ponts aériens Beijing-Caracas.

Ils participent à la construction des infrastructures également?

Non, il sont venus pour travailler dans le pétrole. Mais actuellement, les raffineries les plus importantes du Venezuela sont gérées par les Russes. Les Chinois étaient surtout présent dans le bassin du fleuve de l’Orénoque.

Vous vous intéressez de près au secteur du pétrole, justement. Et si vous faites un portrait sans concession du chavisme, vous êtes sceptique à l’idée d’une sorte de Qatar latino que pourrait être le Venezuela. Vous écrivez même que « le consumérisme, la richesse facile, hantent les Vénézuéliens et leur histoire à partir de la seconde moitié du XXème siècle ».  Ce point est très intéressant, pourriez-vous un peu le développer?

C’est une modernisation qui a été très rapide. Le Venezuela est maintenant un pays urbain. 80% de la population a perdu la main sur sa production agricole. Il y a eu de larges réflexions au sein du pays pour savoir quoi faire de la richesse pétrolière. Tous les pays pétroliers ont eu ces problèmes de réinvestissement de l’argent du pétrole. À l’époque où le Venezuela était une démocratie, le Venezuela a mieux géré ce problème que d’autres pays, que l’Algérie, par exemple. Mais les effets de la maladie hollandaise sont survenus chez nous à cause de mauvaises gestions politiques.

À lire aussi, Gil Mihaely: Pourquoi la criminalité baisse au Venezuela 

Justement, le 25 août 2012, une raffinerie pétrolière explose dans la ville d’Amuay. Il y a eu officiellement 48 morts et 156 blessés. Vous relatez ce tragique épisode dans votre ouvrage. Depuis, qu’en est-il du raffinage du pétrole? 

À l’époque, le pays raffinait un million de barils par jour, ce qui était largement suffisant pour la demande nationale. À l’heure actuelle, il n’en raffine pratiquement plus et il y a pénurie d’essence. Le pays importe de l’essence d’Inde et de Russie, semble-t-il. C »est très difficile de savoir comment le gouvernement contourne les sanctions pétrolières mais il les contourne.

Dans le domaine de la santé, la situation que vous décrivez est chaotique. Si les pénuries de médicaments étaient des situations connues d’ici, vous racontez qu’en 2017, des maladies tropicales que l’on croyait éradiquées sont réapparues. Aujourd’hui, ces maladies sont-elles toujours là?

Bien sûr, il n’y a pas de politique de santé publique. Aujourd’hui c’est donc pire, il y a une situation catastrophique au niveau sanitaire parce qu’il n’y a pas de réseau d’eau qui fonctionne. Au niveau des infrastructures, c’est catastrophique. Il n’y a donc pas de raison que le taux de morbidité baisse. On n’a pas de chiffre mais le meilleur indicateur en ce moment, c’est les conditions dans lesquelles arrivent les migrants vénézuéliens en Colombie. La Colombie mène systématiquement des vagues de vaccins à tous les enfants vénézuéliens car le protocole de vaccination n’est pas à jour au Venezuela, ceci depuis des années.

Je vais rester dans le morbide. Au sujet de l’alimentaire, j’ai appris dans votre livre qu’il y a quelques années, 122 000 tonnes d’aliments importés ont été trouvés en état de putréfaction. Comment est-ce possible?

Pourquoi cela vous étonne? C’est beaucoup plus en réalité, c’est quelque chose qui est caché mais qui est courant. Lorsqu’on fait une entreprise fantôme avec des hommes de paille pour empocher l’argent destiné à l’importation d’aliments qu’on achète à surprix pour un réseau de distribution qui n’existe pas, c’est normal que les containers arrivent avec une nourriture achetée très cher -et qui en réalité n’est pas chère du tout- et qu’il n’y ait ensuite aucune distribution. C’est la conséquence visible d’un énorme système de corruption et de détournement d’argent.

Aujourd’hui, ils ont arrêté de faire ça parce que c’était trop visible, Les réseaux les plus lucratifs de la corruption vénézuélienne sont aujourd’hui les réseaux d’achat de nourriture à prix très élevé pour faire les cartons clap, des paniers de produits de base à prix subventionné. Pour avoir un carton de nourriture clap, il faut le carnet de la patrie. Si chaque carton est vendu 86 dollars, il ne coûte en réalité pas plus de 50 dollars. Où passe donc la différence? Le système de distribution alimentaire vénézuélien est une grande source de corruption.

La dévastation écologique est actuellement énorme, avec énormément de violence pour les populations locales

Dans Pays hors service, j’ai également découvert comment la forêt amazonienne est détruite pour exploiter ses minerais. Le chavisme est-il fâché avec la nature?

Complètement. La forêt amazonienne du Venezuela, c’est le sud de l’Orénoque.

L’Orénoque, c’est le fleuve équivalent à l’Amazone en plus petit, qui sépare le Venezuela et le Brésil, c’est là où vivent les Amérindiens, notamment les Yanomami. Il y a une persécution énorme envers ces ethnies, qui fuient vers le Brésil. Ils sont coincés entre les orpailleurs vénézuéliens qui sont soutenus par la garde nationale, et les entreprises minières qui opèrent sans aucun contrôle. C’était un territoire que le système démocratique vénézuélien avait réussi à sauvegarder, mais avec le projet de « l’arc minier », inventé par Chavez, on a permis de faire des concessions à des étrangers, une première dans l’histoire républicaine du pays.

Ce sont des mines énormes. Et il y a un trafic permanent d’or à travers des avions privés, qui est directement contrôlé par les militaires vénézuéliens. La dévastation écologique est actuellement énorme, avec énormément de violence pour les populations locales. L’année dernière, il y a eu des massacres. Je rappelle que Maduro a dit à la fin de l’année dernière que chaque gouverneur du Parti socialiste uni du Venezuela allait avoir sa propre mine dans l’Amazonie vénézuélienne. C’est un peu comme un retour à l’époque coloniale, pendant laquelle chaque gouverneur avait sa propre mine.

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C’est consternant. Ceci étant, n’y a-t-il pas eu quelques avancées avec le chavisme dans le secteur de l’éducation?

L’état de l’éducation est actuellement une catastrophe. Pendant les quatre, cinq premières années de Chavez, il y a eu les écoles bolivariennes, où ça a fonctionné relativement bien, mais à partir de 2006, 2007, le système éducatif a chuté. Dans les quartiers populaires, il y a des écoles qui n’ont pas de maîtres, de même dans les lycées. Dans l’éducation supérieure, ce n’est pas mieux. L’université centrale du pays est presque fermée. Le système universitaire public a été vraiment pris pour cible, on a éliminé le budget. L’université Simon Bolivar, une université d’excellence fondée il y a cinquante ans, a même dû fermer ses portes car il n’y avait plus d’eau courante.

Malgré tout, êtes-vous un peu optimiste pour l’avenir du Venezuela?

On verra bien. J’espère surtout que ce sont les Vénézuéliens eux-mêmes qui sortiront leur pays de cette situation. Je ne pense pas qu’une intervention étrangère soit bénéfique. Je ne voudrais pas que ça devienne une république d’ONG comme en Haïti. Je ne pense pas que l’aide humanitaire soit une solution durable, cela diminue la capacité de la société à faire face à ses problèmes. Il y eu un travail politique énorme depuis 2015, souhaitons que cela continue.

Pays hors-service

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Le chavisme : Un militarisme compassionnel

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Macron / Le Pen: les deux visages d’un même marasme politique

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Alors que le quinquennat d’Emmanuel Macron est de plus en plus chaotique, et que Marine Le Pen se lance très en avance dans la course à l’élection présidentielle, ni LREM ni le RN ne sont en mesure de s’imposer aux prochaines élections municipales. Analyse.


 

La déclaration de candidature de Marine Le Pen a été le non-événement politique de la semaine passée : les uns y ont vu de la précipitation, de la fébrilité, d’autres un aveu de faiblesse, comme Guillaume Bernard. Comme s’il fallait marquer le territoire, étouffer préventivement tout début de commencement d’idée d’alternative ou de changement de stratégie.

En ce début d’année 2020, à deux ans de la présidentielle et deux mois des municipales, Emmanuel Macron comme Marine Le Pen veulent nous vendre leur deuxième round comme le scénario incontournable. Ils sont les deux figures du même Janus que les Français regardent au mieux avec scepticisme, au pire avec rejet. Les enquêtes d’opinion sont unanimes: Emmanuel Macron suscite près de 70% de mauvaises opinions ; quant à Marine Le Pen, elle arrive constamment en tête des personnalités ayant le plus fort taux de rejet.

LREM et RN mal implantés localement

Pire – mais c’est lié -, leurs partis respectifs sont incapables d’acquérir une véritable assise dans le paysage politique français : ainsi, pour les municipales, ni le RN ni LREM ne sortiront vainqueurs du scrutin, ne serait-ce que parce qu’ils sont incapables de présenter des listes dans un nombre considérable de villes !

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LREM, se sachant trop faible et mal implanté, a fait le choix de soutenir ici un LR, là un PS sortant, mais n’a pas eu le courage de partir sous ses propres couleurs et tente, par les initiatives de Christophe Castaner, de changer les règles du jeu en modifiant les étiquettes et en les supprimant pour les villes de moins de 9 000 habitants. Quant au RN, il peine à constituer des listes et même à trouver des têtes de listes crédibles dans des villes où, pourtant, il réalise de bons scores, comme par exemple dans la ville d’Agen, où la députée européenne RN vient de déclarer que sa formation serait présente à une condition: que la liste soit complète !

Un problème démocratique?

On n’a pas encore pris toute la mesure d’une telle situation: les deux grands partis qui, à travers les figures d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, se disputent le pouvoir et seraient incontournables pour 2022 sont, de fait, incapables de concourir vraiment pour ces élections municipales de 2020 ! Cela est révélateur d’un problème démocratique majeur. Pour le RN, c’est, une nouvelle fois, la manifestation de sa pénurie de cadres et de compétences, et de sa paresse à s’organiser comme un grand parti. Certains diront de son sectarisme. Avec qui Marine Le Pen gouvernerait-elle si elle était élue quand elle n’a pas été capable, deux ans avant, de trouver des candidats crédibles pour certaines villes que son parti pouvait espérer conquérir ?

Quant à LREM, il apparait au grand jour comme un parti liquide, capable de se couler à droite ou à gauche selon le sens du courant, mais inapte à occuper un espace majoritaire dans ces élections municipales.

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Certes, au soir du second tour des municipales, RN comme LREM, partis avec peu d’élus sortants, pourront afficher des progrès, mais certainement pas de victoire nationale. Certes les institutions, avec l’élection présidentielle, font qu’il est possible à l’une de ces figures de l’emporter, et même d’obtenir une majorité pléthorique à l’Assemblée. Le macronisme en a apporté la preuve. Mais ensuite ? Ces élections par défaut, par rejet, sans majorité réelle véritable (Macron ne fut élu que par 43% des inscrits et sa majorité parlementaire avec une abstention record de plus de 55%) nous promettent des quinquennats difficiles, immédiatement plombés. Inutile de rappeler ici comment Emmanuel Macron nous en a aussi apporté la preuve depuis l’été 2018.

Ségolène Royal de retour dans le paysage

L’autre non-événement politique de la semaine était la prestation de Ségolène Royal qui, congédiée par Emmanuel Macron – et que le PNF a, dans la foulée, rattrapée -, a annoncé qu’elle créait une association pouvant, à terme, se transformer en parti politique pour construire « une troisième voie entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen »« Il faut desserrer l’étau du face-à-face imposé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen », a-t-elle dit. Il arrive parfois à Ségolène de voir juste.

À une nuance près: ce duel Macron-Le Pen est-il vraiment un étau si serré que ça ?

La vie politique française peut-elle être durablement structurée (mais est-ce le mot ?) autour de deux figures rejetées et de deux partis incapables de s’imposer véritablement lors de ces élections majeures que sont les municipales ? Pour beaucoup de Français, la réponse est dans la question.

Pourquoi les macronistes n’arrivent pas à gouverner (ce pays qui leur est étranger)

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Si l’exécutif est impopulaire et sa réforme des retraites si difficile à faire passer, c’est parce que sa proximité culturelle et sociale avec le peuple français a disparu.


« Gouverner est un métier impossible » selon Freud[tooltips content= »«L’analyse avec fin et l’analyse sans fin», Sigmund FREUD ; Anne BERMAN, trad. Dans Revue française de psychanalyse (vol. 39, n° 3, 1975) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5446329f.image.f5.langFR »](1)[/tooltips]. « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? », aurait dit de Gaulle.

À l’époque des fake news et du délire des réseaux sociaux, la question est plus que jamais d’actualité : comment voulez-vous gouverner un pays qui selon Bruno Palier a compté jusqu’à 600 régimes de retraites de base et plus de 6000 régimes de retraites complémentaires.[tooltips content= »Cahiers français 2010 P 6. Bruno Palier est directeur du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP). Directeur de recherche du CNRS à Sciences Po (CEE) »](2)[/tooltips] Même si ce nombre a significativement diminué la France conserve le système de retraite, le plus généreux, le plus complexe, le plus inégalitaire et le plus liberticide du monde. Le candidat Emmanuel Macron avait promis de le simplifier : une réforme systémique. En dépit de ce qu’en pensait de Gaulle, les Français qui ont deux sous de bon sens approuvaient majoritairement la proposition. Aujourd’hui majoritairement ils n’en veulent plus. À qui la faute ?

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A ces Français, inconstants et en même temps conservateurs, râleurs et en même temps peu syndicalisés, méfiants et en même temps légitimistes, adeptes du débat et de la concertation et en même temps souhaitant être gouvernés d’une main ferme, ou à leur gouvernement qui a conduit dans le mur une réforme qu’au départ à peu près tout le monde s’accordait à trouver indispensable.

Cacophonie anxiogène du cabinet Philippe

Beaucoup de commentateurs pointent les erreurs de communication de l’équipe d’Édouard Philippe, une cacophonie anxiogène, un flou sur les véritables objectifs de la réforme, systémique ou paramétrique, la longueur des débats, des changements de cap, l’impression de discordances au plus haut niveau de l’État.

Tout cela est sans doute vrai, mais n’y a-t-il pas plus grave ? Est-il possible de gouverner sans créer du lien, sans susciter une certaine « amitié politique ». Sous ce rapport même avec d’excellentes intentions l’équipe Macron a failli, pire elle en paraît incapable. Tout a été dit sur la fracture entre les élites et le peuple à l’occasion de la crise des gilets jaunes, entre le centre et la périphérie comme l’a décrit le géographe Christophe Guilly.[tooltips content= »La France périphérique Flammarion 2014 ; Le Crépuscule de la France d’en haut Flammarion 2016 ; Nos Society La fin de la classe moyenne occidentale, Flammarion, 2018. »](3)[/tooltips] Celle-ci ne date pas d’hier mais la gouvernance actuelle de la France n’a fait que l’accentuer. Le grand débat auquel s’est livré Emmanuel Macron avec un courage qu’il faut saluer est l’illustration de cette incapacité du Président à gouverner en créant un minimum d’empathie. Tout au long de ces rencontres, il a été brillantissime comme il l’est à chacune de ses prises de paroles dans les médias. Mais à aucun moment il n’est parvenu à être compris, à susciter la confiance, l’adhésion à lui-même et à son projet. Pire ces interventions ne font que susciter la méfiance et le doute.

Comme les élites élevées hors sol en serres chaudes auquel il appartient, il n’est pas capable de cette connivence avec le peuple.

Politique et psychologie

Or gouverner ne consiste pas seulement à prendre des décisions rationnelles et justes. Le gouvernement appartient aussi au registre de l’intersubjectivité. Impossible de bien gouverner sans reconnaitre l’autre comme un interlocuteur estimé en tant que tel, à part égale, sans se sentir mutuellement proche de lui. Cette connivence se forge dans le côtoiement quotidien à l’âge des apprentissages de la vie. Aujourd’hui non seulement l’ascenseur social est en panne, mais la proximité culturelle et sociale a disparu. Quand les élites n’acceptent plus un minimum de promiscuité sociale, le peuple perd à la fois l’estime de lui-même et la confiance dans ceux qui le gouvernent. Pour finir, il se donne à ceux qui lui font croire – à tort ou à raison -, qu’ils sont de la même tripe que lui.

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Dans cette complicité entre le peuple et les élites, le gouvernement se distingue du simple exercice du pouvoir. Car le gouvernement ne se confond pas avec la pure et simple domination, ni même avec l’exercice de l’autorité. Son objectif n’est pas non-plus de se perpétuer à lui-même. Gouverner consiste à proposer une fin et à imprimer à un peuple qu’il faut unifier une force dynamique ; et ce peuple n’est pas seulement une multitude. Il est un sujet de droit habité du désir de vivre ensemble et de vivre bien. Quelles que soient les modalités de son expression et sa forme institutionnelle, la politique est une rencontre entre la conscience libre du gouvernement et celle des gouvernés.

Ainsi la politique ne peut pas faire abstraction d’une dimension psychologique. Il en va de la politique comme de l’enseignement des mathématiques ou de toute autre discipline. Pour enseigner les mathématiques à Jean, il ne suffit pas de connaître les mathématiques. Il faut aussi connaître et aimer Jean. Or si les Français reconnaissent que leur gouvernement est fort en mathématiques, ils ne se sentent ni aimés ni reconnus par lui.

Affaire Matzneff, un théâtre de la terreur et de l’absurde

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La nouvelle chasse aux sorcières en France s’acharne sur un écrivain connu, Gabriel Matzneff, qui n’a jamais fait mystère de sa pédophilie. Pourquoi maintenant et pas hier? Pourquoi lui et pas un autre? Et jusqu’où ce délire de l’hypermoralisme nous mènera-t-il?


Vers le milieu de l’an dernier, j’ai croisé Gabriel Matzneff dans les couloirs de notre commun éditeur, Gallimard. Nous avons échangé quelques mots, puis il a poursuivi son chemin en laissant derrière lui le sillage prestigieux des grands mandarins de la société parisienne. Cette aura particulière qui nimbe dans ces mêmes lieux les Sollers, les Garcin ou les Assouline, à quoi est-elle due ? A la démarche, aux manières, à l’eau de toilette ou au demi-sourire autocontemplatif qui ne les quitte jamais?

Sentiments mitigés

Gabriel m’avait proposé une entrevue «après toutes ces années». La proposition est restée dans l’air, légère et non obligeante comme le sont les cordialités mondaines. Je n’ai pas non plus rebondi de mon côté. Mes sentiments à son égard étaient mitigés. Je pourrais les détailler plus cruellement si l’homme n’était aujourd’hui jeté à terre et piétiné par la foule. Je commencerai par préciser que je lui étais reconnaissant – et je le reste – du courage qui fut le sien au temps de la guerre en Yougoslavie. A l’époque, il avait été l’un des rares intellectuels français à prendre la défense du peuple serbe, collectivement diabolisé. Il fallait beaucoup de force d’âme, dans le Paris des années 1990, pour prendre de telles positions. Les rares qui l’ont fait – Handke, Besson, Paucard, Dutourd ou Thierry Séchan – n’en ont récolté ni prix ni gloire, uniquement des coups et des blessures.

Mais il y avait l’autre côté, celui par où il est aujourd’hui crucifié. Gabriel Matzneff était ouvertement pédophile. De son vice capital, il avait fait comme bien d’autres un sujet de littérature. Dans Les moins de seize ans, il explique en gros que son intérêt pour les ados décroît à mesure que leur différenciation sexuelle s’affirme.

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Autant j’apprécie le dandysme politique de Matzneff, autant son dandysme sexuel me débecte. En tant que chrétien orthodoxe, Matzneff savait parfaitement sous quelle qualification se rangeait son goût pour les prépubères. Tout le monde le savait. Dans la fameuse confrontation, à Apostrophes, avec Denise Bombardier, je prends sans hésiter le parti de la Québécoise offusquée. Le talent artistique, ni même le génie, ne peut servir d’alibi à tout. Pour le coup, la bonhomie consensuelle de Bernard Pivot apparaît comme une complaisance écœurante et je suis sidéré de la morgue avec laquelle non seulement Matzneff, mais l’ambiance générale du plateau, balaie l’indignation de cette femme. C’est à cause de ce mépris d’hier que nous avons aujourd’hui les chiennes de garde et les flicomanes étiquetées #Metoo.

Pour ma part, malgré la reconnaissance que j’ai pour l’homme et l’estime due à l’écrivain, si Gabriel Matzneff avait tenté de faire à l’une de mes filles, dans leur enfance, ce que décrit son exécutrice Vanessa Springora, je n’aurais pas délégué le soin de lui faire justice à l’incertain compas moral des juges.

Le vice, puissant moteur de création

Mais je ne raisonne ici qu’au cas par cas, en l’occurrence le mien. N’ayant pas été en situation concrète de corriger Matzneff, je ne songerais pas aujourd’hui à le punir d’être ce qu’il est, comme l’a fait ignoblement le CNL en lui supprimant son maigre viatique. Je n’arrive pas à me persuader d’une règle de conduite générale et absolue face aux vices d’autrui. Les grandes indignations de principe contre la pédophilie, en particulier, m’ont toujours paru fabriquées. Si vous dénoncez une relation entre un homme et un ado de moins de seize ans, vous êtes un brave justicier. Si vous dénoncez la même relation quelques mois plus tard et que l’ado a passé l’âge fatidique, vous êtes un ignoble homophobe. Il y a là une tartufferie aussi désaxée que le comportement qu’on poursuit.

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Quoi qu’il en soit, en tant que père, je n’ai jamais eu trop envie de fréquenter Gabriel Matzneff, même si j’ai lu certains de ses livres avec plaisir. En tant qu’écrivain et éditeur, je me contente de hausser les épaules devant ses extases perverses et ses contritions surjouées, mais également devant les tableaux de chasse des deux Millet, aussi bien Richard que Catherine: n’avez-vous rien d’autre à chanter que les pulsions de votre bas-ventre, rien d’autre à décrire que des fumets d’entrejambes? Certes, le vice est un puissant moteur de création. Certes, un Henry Miller a réussi à le transfigurer. Certes, tous les vrais univers artistiques poussent sur des blessures et des inassouvissements. Certes, comme le chante Leonard Cohen, «il y a une fêlure en toutes choses, et c’est par là que la lumière y entre» [tooltips content= »«There’s a crack, a crack in everything./That’s how the light gets in.», «Anthem» »](1)[/tooltips].

Mais, justement, lorsque la fêlure est exposée en pleine lumière, exhibée comme les moignons des mendiants, nous ne sommes plus dans le registre du drame personnel. Nous sommes dans la bouffonnerie. «Par ma faute, mon inconscience, ma folie», écrit Matzneff, «l’icône s’est obscurcie, occultée, et j’ai sombré dans la nuit». Que valent les repentances si bien léchées, imprimées à des milliers d’exemplaires?

Pas une affaire d’époque, une affaire de milieu

Cela dit, je me garde bien de tout mettre sur les épaules du malheureux Gabriel. Il n’est qu’un des protagonistes de cette mascarade. Ce qui frappe, dans l’«affaire Matzneff», c’est justement son aspect théâtral.

Le témoignage de Vanessa Springora, qui a tout déclenché, n’a rien de sensationnel. Elle décrit ce qui est arrivé à des dizaines de fillettes et de garçonnets depuis des décennies sans que personne ne bronche. Le problème est bien en amont de l’hystérie actuelle. Y a-t-il eu au moins un parent pour infliger une bonne rouste à Matzneff? En tout cas pas le père de Springora, absent, ni sa mère «libérée».

Il est là, le «scoop» de ce livre: dans l’irresponsabilité et la solitude qui, dans certains milieux «éclairés», ont marqué l’éducation des enfants. Mais nous n’allons pas nous attarder à cela, n’est-ce pas? «Les mœurs ont changé», nous explique-t-on, et: «on ne juge pas ces époques à l’aune d’aujourd’hui». Ce n’est pas une affaire d’époque, mais une affaire de milieu. De tout temps, en 1970 comme en 2020, la pédophilie a été un crime répugnant aux yeux des gens ordinaires. S’agissant d’eux, d’ailleurs, nulle clémence n’est admise. Combien d’histoires, dans la presse locale, de profs de gym accusés d’attouchements ou d’incursions dans les douches filles et dont la vie est brisée avant même que les faits aient été établis?

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Mais cette justice inflexible est réservée aux ploucs et aux curés de campagne. Le milieu intellectuel, de tout temps, s’est placé au-dessus de la loi commune. On nous ressort les pétitions pro-pédophiles, les déclarations goujates et impunies de Cohn-Bendit sur l’initiation sexuelle des enfants. On ne se demande même plus pourquoi personne n’a enquêté, par exemple, sur la déclaration fracassante de Luc Ferry au sujet de partouzes pédophiles impliquant un ministre français. Lequel, au fait? «Le public a le droit de savoir», clameraient nos journalistes de grand chemin… sur d’autres sujets que celui-là.

La culture de l’impunité va bien au-delà. On a oublié la vague de compréhension qui a consolé le philosophe marxiste Althusser après qu’il eut étranglé sa femme Hélène Rytman, juive et résistante. Que voulez-vous, il avait succombé à une crise de démence et « à cause du soutien de ses proches de l’ENS», il a évité la prison. Cela ne l’a même pas privé de commémoration nationale. «En 2018, ce n’est pas la mémoire d’Hélène que l’on va commémorer, mais celle de son bourreau», s’indignait Jeannette Bougrab. «Comment est-ce possible, aujourd’hui, en France, à l’heure du #Metoo à tout va?»

La maison Gallimard et les pantins

C’est hélas possible, ma bonne Jeannette… Jusqu’à ce que cela devienne impossible. Sait-on pourquoi? Si l’accusatrice de Matzneff n’avait pas été une éminente éditrice parisienne – donc issue de la même caste -, mais une obscure employée de banlieue, en aurait-on fait un plat? Je n’en sais rien. Peut-être. C’est l’arbitraire de la chose qui frappe et son côté mécanique, aléatoire et grotesque. Hier encore, Gabriel glissait onctueusement dans les couloirs de Gallimard. Aujourd’hui ce sont ses livres, par chariots, qui empruntent les mêmes couloirs en direction des caves ou du pilon. Les preuves de ses crimes n’avaient pas attendu le coup éditorial de Vanessa Springora, elles sont dans ces pages répudiées par ceux-là mêmes qui les avaient éditées. Il n’y a plus ni goût, ni mesure, ni dignité en dehors du goût, de la mesure et de la dignité imposés par la meute et la peur. Dans la maison qui a édité des palpeurs comme Gide, Montherlant ou René Schérer, les chariots risquent d’être chargés dans les mois qui viennent. Ou pas, si la meute entretemps se trouve un autre bouc émissaire…

Oui, c’est comme un rêve. Vous êtes au théâtre, devant une scène plongée dans la pénombre où l’on devine des silhouettes à demi-humaines. Chaque marionnette s’affaire de son côté à des actions qu’on devine plus ou moins honteuses, ne regardant surtout pas ce que font les autres. Jusqu’à ce qu’un faisceau de lumière vienne brutalement en éclairer une, au hasard, et que retentisse une stridente sirène d’alarme. Alors tous ces pantins se précipitent comme un seul homme sur la cible désignée, la taillent en pièces et retournent à leurs postes, marqués sur les planches par de petites croix fluorescentes. Et la pénombre retombe, pour cinq minutes ou cinq ans. Et le public fait semblant de se divertir, non sans un picotement de terreur dans la nuque.

Pour ma part, ce genre de pièces d’avant-garde me fatigue rapidement. Je préfère me réveiller et rentrer chez moi.

Le consentement

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Multiculturalisme: le délit de blasphème est de retour


Malgré les hommages larmoyants à Charlie, la liberté d’expression est sacrifiée sur l’autel du vivre-ensemble. De Paris à Québec, nos sociétés réintroduisent le délit de blasphème au nom du respect des minorités.


 

Il y aura quelque chose de gênant dans les commémorations de l’attentat contre Charlie Hebdo. On peut s’attendre à ce que les politiques comme les journalistes, d’une seule voix ou presque, célèbrent l’esprit Charlie, et multiplient les rodomontades sur les valeurs essentielles de la République. Ils se raconteront que, depuis cinq ans, ils n’ont cédé sur rien, et la France officielle se présentera comme le phare de l’humanité dans la défense de la liberté de l’esprit. On célébrera l’irrévérence du journal satirique en chantant son refus de se plier à la censure, quelle qu’elle soit. La France était le pays de la liberté intellectuelle et le demeurera ! Jamais elle ne cédera à l’intimidation. Charlie ! Charlie ! Charlie ! Tout le monde, à peu près, prononcera ce qu’on présentera comme un saint nom. La mise en scène, n’en doutons pas, se voudra émouvante. Pourquoi ne le serait-elle pas ?

Le lourd bilan de notre liberté d’expression

Seulement, personne n’y croira. Car il suffit de raconter l’histoire des cinq dernières années pour constater que loin d’entraîner un sursaut, l’attentat contre Charlie a compromis les réflexes vitaux de la société française. À moins qu’il n’ait tout simplement révélé, pour emprunter le vocabulaire de Soljenitsyne, le manque de courage de certaines élites politiques et médiatiques qui, incapables de remettre en question le dogme du vivre-ensemble, multiplient les contorsions mentales pour dissoudre la signification politique des attentats et continuer de croire aux vertus de la société multiculturelle, qu’il s’agit de défendre à tout prix, contre les défenseurs crispés du vieux monde occidental. Elles rappelleront sentencieusement que nos sociétés ne doivent aucunement céder à la peur de l’autre, et se garder de toute forme de repli identitaire face à une démocratie refondée dans la mythologie diversitaire.

Marche républicaine, en solidarité avec le peuple français, Montréal, 11 janvier 2015. © Marc BRAIBANT/ AFP
Marche républicaine, en solidarité avec le peuple français, Montréal, 11 janvier 2015.
© Marc BRAIBANT/ AFP

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Ce mal ne frappe pas exclusivement la France. Un peu partout dans le monde occidental, et bien au-delà de l’attentat contre Charlie Hebdo, les dernières années, loin de s’écrire à l’encre de la renaissance de la liberté d’expression, ont plutôt consacré sa fragilisation et même, sa remise en question, à partir d’une conception nouvelle du blasphème, qui partout s’impose. On la résumera d’une formule : la diversité, tu respecteras. Rien ne saurait entraver le déploiement du régime diversitaire. L’ennui, c’est que la liberté d’expression ne saurait consister à accorder pleinement droit de cité à ceux qui mettent ouvertement en cause son principe même. Sauf à encourager ce qu’on pourrait appeler, sans trop de risque de se tromper, l’extension de l’empire du politiquement correct. Il se déploie sous un étendard qui se veut incontestable : la lutte contre la haine. Tous devraient s’y rallier, et qui affichera la moindre réserve devant ce programme sera fiché, et suspecté de nombreuses phobies.

Bienvenue en régime diversitaire!

Insistons : le concept de haine joue un rôle central dans cette refondation de l’espace public. Il demeure toutefois terriblement flou. On comprend cependant que le régime diversitaire ait tendance à assimiler à la haine toute forme de désaccord explicite avec les différents impératifs du progressisme. Est jugé porteur d’un discours haineux celui qui refusera, par exemple, de se soumettre aux prescriptions du multiculturalisme ou à celles de l’idéologie trans. Est aussi jugé haineux qui ne s’enthousiasme pas pour l’immigration massive ou qui s’entête à penser qu’on ne saurait affirmer sérieusement qu’il n’y a absolument aucun lien entre l’islam et l’islamisme. Est toujours jugé haineux celui qui constate que toutes les cultures ne cohabitent pas aisément et qu’une société qui s’entête à croire le contraire risque de connaître tôt ou tard des tensions identitaires et une forme de désagrégation civique. Autrement dit, il n’y aurait aucun fondement rationnel possible au conservatisme, qui ne serait rien d’autre qu’un discours occupé à masquer les privilèges de l’homme blanc, dont le règne s’achèverait enfin.

Aucune société ne résiste vraiment à ce mouvement, surtout pas la société américaine, même si officiellement, elle sacralise la liberté d’expression. Certes, à cause du premier amendement, l’Amérique demeure fermée, presque par définition, aux lois liberticides instituant le délit d’opinion, qui d’une manière ou d’une autre, étouffent la vie démocratique française. Mais il suffit de s’intéresser à ce qui se passe sur ses campus pour constater qu’elle n’est d’aucune manière étrangère à la censure. C’est au nom du droit des minorités à ne pas entendre un discours vexatoire pour leur identité qu’on en appelle de plus en plus ouvertement, par exemple, à interdire des conférenciers présentés comme des délinquants intellectuels, accusés de répandre des idées qui entreraient en contradiction ouverte avec les exigences de l’émancipation et du progrès. C’est aussi au nom des minorités victimisées qu’on voudra réserver la parole publique sur certains sujets à leurs représentants officiels, investis du pouvoir de décréter les frontières entre les propos acceptables et ceux qui ne le seraient pas dans une société civilisée. C’est le blasphème qu’on réinvente ainsi.

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La société québécoise n’est pas étrangère à ce mouvement, hélas, même si elle tient tête comme elle peut aux lois liberticides et résiste comme elle peut au politiquement correct. Elle le fait à partir de ses propres codes culturels. Traditionnellement, le Québec est une société consensuelle, assez étrangère au débat public à la française. Mais le Québec se montre aussi spontanément allergique aux excentricités idéologiques à l’américaine, comme on l’a vu lors des dernières élections fédérales canadiennes. Les Québécois furent les seuls, au Canada, à refuser de s’embarquer dans le délire autour du « Black Face » de Justin Trudeau, non pas parce qu’ils se montrent insensibles à la souffrance historique des Afro-Américains, mais parce qu’ils refusent spontanément d’envisager toute l’histoire du déguisement à travers le prisme de l’histoire américaine et de ses traumatismes spécifiques. En cherchant, comme ils peuvent, à contenir le déploiement du politiquement correct, ils défendent en fait leur droit de voir le monde à travers leurs propres yeux. C’est leur manière d’être fidèles à l’esprit de Charlie en Amérique.

L'empire du politiquement correct

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Le multiculturalisme comme religion politique

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Présidence du CFCM, un scrutin pour rien?

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Seul candidat, Mohammed Moussaoui a été élu et dirige le conseil français du culte musulman depuis le 19 janvier 2020. L’analyse de Sophie de Peyret, chercheur associé à l’Institut Thomas More, auteur du récent rapport «L’islam en France, le temps des solutions. 35 propositions pour agir maintenant».


Comment qualifier une instance qui, au moment de désigner son nouveau président, ne soumet au vote qu’une seule candidature, s’est organisée en amont pour déterminer quels seront les présidents pour les six années à venir et ne parvient à mobiliser que moins de 40% des individus qu’elle prétend représenter ? Cette instance au fonctionnement si singulier est l’association française qui constitue officiellement l’un des maillons incontournables de la gestion du culte musulman. Il s’agit du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM).

Alors que les crispations autour de l’islam se font chaque jour plus aigües dans la société française, alors que les débats et les polémiques ne cessent de se succéder, il est temps d’acter le fait que le CFCM n’est pas en mesure de dégager et d’imposer une ligne claire

Le 19 janvier, c’est donc un bien curieux scrutin qui s’est tenu à la Grande Mosquée de Paris. La veille, Chams-Eddine Hafiz, le principal concurrent en lice, s’était retiré de la course à la présidence pour « privilégier le consensus et la concertation. » Outre la « nécessité de faire prévaloir l’intérêt commun » qu’il affirme vouloir défendre, il semblerait en réalité que le tout nouveau recteur de la Mosquée de Paris ait jugé le calendrier inopportun et ait préféré passer son tour cette année afin de ne pas prendre le risque d’une défaite. Il n’aura cependant pas longtemps à patienter puisque, conformément aux statuts du CFCM qui prévoient une présidence tournante, il est assuré de récupérer le siège de président d’ici deux ans avant de le céder à son tour au franco-turc Ibrahim Alci. Sans véritable suspense, le nouveau président « sorti des urnes » se nomme donc Mohammed Moussaoui. Président de l’Union des Mosquées de France (UMF), une fédération proche du Maroc, il a recueilli 60 voix sur les 87 que compte le conseil d’administration (7 voix contre et 20 abstentions) et ambitionne de « réformer en profondeur » la structure afin de la rapprocher des attentes des musulmans.

Le CFCM, une structure inutile ?

Au registre des grands chantiers, M. Moussaoui prévoit notamment de s’attaquer au financement, à la formation des cadres religieux ou encore de décentraliser l’organisation au moyen de conseils départementaux. Si les pistes envisagées peuvent sembler intéressantes au premier regard, il convient de rappeler que ces axes sont sur la table depuis près de trente ans et que la création du CFCM n’y a rien changé. M. Moussaoui s’est en outre déjà essayé à l’exercice de la présidence de la structure entre 2008 et 2013 et les résultats sont loin d’avoir été spectaculaires.

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En réalité, le fond du problème ne tient pas véritablement à l’homme qui en emporte la présidence mais à la structure même du CFCM qui, alors qu’il prétend agir au nom des musulmans, souffre d’un criant problème d’efficacité et de représentativité que ce soit en termes numériques, sociologiques ou politiques. Il apparaît en effet que les musulmans dans leur majorité n’aient que faire d’une instance centralisée, déconnectée des problématiques de terrain, non représentative et assujettie à des intérêts personnels de carrière, d’opportunisme ou à des influences étrangères. Depuis sa création en 2003, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy dans des conditions qui dépassent l’entendement, le CFCM n’a d’ailleurs cessé de se distinguer par son inaction. En décembre 2018, alors que les défis lancés par l’islam à la France sont majeurs, un grand congrès organisé par le CFCM s’était soldé par une très timide résolution indiquant seulement la « volonté de créer une nouvelle dynamique pour la représentation du culte musulman ». Pour de réelles avancées concrètes, il faudra attendre.

Macron laisse une dernière chance au CFCM

Le président Macron, s’il ne cesse de reporter sa prise de parole sur l’islam et la laïcité, a néanmoins fait part de ses attentes : « il faut que le CFCM ait une parole forte sur la place du voile, les femmes, l’école républicaine. Il faut un discours clair pour ne pas laisser perdurer l’ambiguïté dont s’alimentent les radicaux », indiquait-il en octobre 2019. Cette déclaration sonne comme une ultime chance laissée au CFCM de conserver sa place d’interlocuteur privilégié. Car la concurrence avec d’autres structures est rude : la plate-forme « L.E.S Musulmans » de Marwan Muhammad, l’Association Musulmane pour l’Islam de France (AMIF) d’Hakim el-Karoui, entre autres, sont en embuscade pour ravir la place convoitée d’acteur central du débat, l’adoubement de la communauté musulmane ou l’oreille des pouvoirs publics.

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Alors que les crispations autour de l’islam se font chaque jour plus aigües dans la société française, alors que les débats et les polémiques ne cessent de se succéder, il est temps d’acter le fait que le CFCM n’est pas en mesure de dégager et d’imposer une ligne claire. L’inertie de la structure, les ambitions personnelles et les luttes intestines entre fédérations (Algérie, Maroc, Turquie principalement) l’ont empêché hier et l’empêcheront demain de s’engager de manière ferme et univoque sur un certain nombre de sujets : liberté de conscience, apostasie, voile, radicalisation, etc.

Plutôt que d’espérer l’émergence d’un islam unifié, centralisé et homogène, ce sont davantage les partenariats locaux, les associations de quartier et les initiatives de terrain qu’il convient de résolument promouvoir.

Yassine Belattar: drôle d’humour

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Grace à sa carte d’humoriste issu de la « diversité », on laisse ce soi-disant grand défenseur des musulmans sortir des horreurs à la télévision. Sous couvert d’humour, il milite pour un projet de partition de la société.


Yassine Belattar est un humoriste qui brille ces dernières années grâce à de nombreux sketchs qui deviennent, au fur et à mesure que les mois passent, des classiques. En 2018, son sketch « J’appelle au téléphone Albert Chennouf-Meyer – le père du soldat Abel Chennouf tué à Montauban par Mohammed Merah – pour le menacer de porter plainte contre lui pour racisme » déclenche rires et applaudissements mérités lors d’une tournée demeurée mémorable. Son fameux spectacle sur les djihadistes français, « Ils sont comme des enfants qui foutent le bordel à un anniversaire », reste dans les mémoires comme le summum de la transgression drolatique.

Un artiste qui prétend ne pas faire de politique

Tout le monde se souvient des rires déclenchés par son fameux gag à l’adresse d’un ministre considérant que le port du voile ne relevait pas de la tradition française : « Si j’étais lui j’éviterais de mettre les pieds dans le 93 » ou, plus récemment, par sa boutade lancée à une journaliste qui nous coûte les yeux de la tête en protection policière : « Inch Allah en 2020 t’es plus là !  » 

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Dans le journal Libération du 17 octobre 2019, Yassine Belattar lâchait quelques-uns de ces traits d’humour dont il a le secret et qui constitueront l’ossature d’un prochain spectacle, que nous attendons avec impatience : « Je suis un artiste, je ne fais pas de politique » et « Il faudra légaliser les musulmans dans ce pays, avant de légaliser la marijuana.  » 

Le 9 janvier 2020, Yassine Belattar, dans une forme olympique, a éclaboussé de toute sa classe humoristique les spectateurs de cette grande émission d’humour qu’est Balance ton Post ! (émission conduite par un autre maître du rire que le monde entier nous envie, Cyril Hanouna). En face du très triste et effacé Jean Messiha, cadre du RN, et avec le soutien appuyé de sa consœur en humour Raquel Garrido, Yassine a lancé son premier bon mot : « T’es obligé de porter un pin’s de la France (en référence au pin’s du drapeau tricolore que porte Monsieur Messiha sur le revers de sa veste) pour qu’on sache que t’es Français. J’te jure, si t’avais pas le pin’s, tu ressembles à mon cousin du bled !  » (rires du public).

Tête de chameau 

Jean Messiha, pincé et manquant visiblement d’humour, fait remarquer que le tutoiement ne s’impose pas : « On n’a pas gardé les cochons ensemble !  » « C’est bien la preuve, répond du tac au tac l’humoriste, que tu es assimilé. Je n’garde pas les cochons, moi, je garde les chèvres. » Et toc ! Raquel Garrido, confirmant la finesse d’esprit dont elle fait toujours preuve dans les nombreuses émissions TV de haut vol auxquelles elle a participé, murmure de son côté : « On veut pas savoir ce que tu fais avec les chèvres… » (rires du public). 

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Le pauvre Jean Messiha tente désespérément de sortir de la subtile ornière dans laquelle l’a fait choir un Yassine Bellatar au plus haut de sa forme. Il se lance dans une explication alambiquée et pas drôle du tout que l’humoriste casse d’un trait : « Ça y est ? T’as fini ta pizza ? T’as mis tous les ingrédients ? » (rires et applaudissements du public). 


Pendant ce temps-là, s’affiche sur l’écran un des tweets rigolos que Yassine a postés à l’adresse de Jean Messiha il y a quelques semaines : « Votre tête de chameau confirme que vous êtes né du mauvais côté de la Méditerranée. » Comme Monsieur Messiha s’en offusque, Yassine parachève son gag : « Toi tu te lèves le matin en disant “je suis pas arabe” ? Avec la tête que t’as ?  » (rires du public) « Messihaaa, tu leur as pas dit au FN, Messihaaaa. » 

Jean Messiha (vraiment aucun sens de l’humour) : « T’es un raciste de me dire ça, tu me renvoies à mes origines. » Yassine (en pleine forme, on vous dit) : « Non, ton visage le fait très bien ! » (rires du public)

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À l’heure où nous écrivons ces lignes, malgré nos craintes de voir ostracisé cet humoriste risque-tout et rebelle, aucune plainte ne semble avoir été déposée auprès du CSA.

Ni Clémentine Autain, ni Danièle Obono, ni Rokhaya Diallo (si promptes à rédiger, souvent à juste titre, des pétitions contre le racisme) n’ont levé le moindre petit doigt. Ceci prouve que, Dieu merci, il existe encore en ce bas-monde des gens capables de faire la différence entre le second degré, l’humour, et les propos scandaleusement et ouvertement racistes.

Détruire le fascisme islamique

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Etats-Unis: les blancs, une minorité parmi d’autres?

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Christopher Caldwell Photo: Hannah Assouline

Dans son ouvrage The Age of Entitlement: America Since the Sixties, Christopher Caldwell explique comment les blancs ont fini par se concevoir comme une race – qu’ils le veuillent ou non – et comment ce processus a pris 50 ans et a permis l’élection de Donald Trump.


 

Ceux qui se demandent encore pourquoi Donald Trump a été élu en 2016 et pourquoi il pourrait peut-être l’être à nouveau en 2020 doivent lire le dernier livre de Christopher Caldwell qui vient de paraître. En anglais pour l’instant, en espérant qu’il soit bientôt traduit en français.

Un malentendu vieux de 50 ans

La thèse du livre n’est pas celle d’un caprice d’une population un peu bas du front  qui en aurait soudain eu marre. Les sources de cette révolution dans les urnes remontent aux lois sur les droits civiques des années 1960 et au malentendu sur lequel elles ont été acceptées. Les droits civiques ont institué une sorte de Constitution alternative dépourvue de la légitimité, mais soutenue par les élites du pays.

Ces lois n’ont pas signifié la même chose pour les blancs et les noirs. Pour les blancs, du Nord notamment, il s’agissait de civiliser les États du Sud afin d’en finir avec la ségrégation. Ils n’imaginaient pas que les droits civiques seraient l’occasion de renégocier la culture américaine dans sa totalité. Les noirs y ont vu une sorte de plaider coupable et l’occasion d’un soulèvement.

Affaires de classes sociales

L’extension du domaine de la lutte se fit par le passage des droits civiques aux droits humains. Et, contrairement à ce qu’avaient compris la plupart des Américains, le mouvement des droits civiques fut la matrice d’un nouveau système propre à jeter par-dessus bord n’importe quelle tradition, notamment en matière sexuelle. L’Equal Rights Amendment, équivalent pour les femmes des Civil Rights, présenté à ratification par les États ne rencontra jamais assez de ratifications pour amender la Constitution. Les Américains n’en voulaient pas et craignaient que ce changement constitutionnel n’en entraîne d’autres et mette en péril l’institution du mariage et la vie de famille. Les Américains en étaient venus à identifier ceux désireux de changer la Constitution à une classe, celle d’une nouvelle élite qui s’était cristallisée pendant la lutte contre la guerre du Vietnam. Laquelle avait été aussi une affaire de classe.

À la fin des années 1970, les Américains avaient commencé de saisir le danger que pouvait présenter le projet utopique des années 1960. Ils aspiraient à y mettre un terme et votèrent, avec les élites contestataires qui avaient pris de l’âge, pour Ronald Reagan. Si Reagan changea l’humeur politique du pays pour un temps, il laissa en place les dispositifs des années 1960, notamment l’affirmative action[tooltips content= »La discrimination positive ou action positive ou dédiscrimination est le fait de favoriser certains groupes de personnes victimes de discriminations systématiques de façon temporaire, en vue de rétablir l’égalité des chances »](1)[/tooltips] qu’il s’était engagé à supprimer. Alors qu’il avait promis de fermer la porte à l’immigration, il la laissa grande ouverte et les immigrants furent eux aussi les bénéficiaires de l’extension des droits civiques (IRCA Bill, 1986). Il laissa gonfler la dette car, comme l’écrit Christopher Caldwell, « les droits civiques étaient tellement importants qu’on ne pouvait pas demander aux gens d’attendre, mais trop impopulaires pour qu’on leur demande de payer pour les mettre en œuvre » (p. 111).

Relire, Michèle Tribalat: « L’idée de ‘grand remplacement’ évoque l’effondrement d’un univers familier que vit une partie de la population »

Si l’on y ajoute les transformations culturelles, les politiques préférentielles et l’affaiblissement du contrôle démocratique d’un pouvoir passé dans les coulisses et les cours de justice, on a le cocktail expliquant pourquoi l’immigration a empoisonné le débat public jusqu’à l’élection présidentielle de 2016. La condescendance des élites moquant l’opinion des gens modestes a fait le reste : « Pourquoi argumenter quand il suffit de rouler des yeux d’un air exaspéré ? » (p. 130). D’une certaine manière, on peut dire que la politique reaganienne, par sa duplicité, a favorisé l’exigence radicale démocratique actuelle de mouvements dits populistes qui ne veulent plus se satisfaire de promesses verbales.

L’émergence du politiquement correct

Les années qui ont suivi le mandat de Reagan ont été marquées par une envolée de ce qu’on a appelé le politiquement correct (P. C.). Et, avec le XXIe siècle, l’ensemble du système éducatif, y compris l’école primaire, avait absorbé le nouveau narratif dont il avait accouché. Le prix à payer fut celui de la censure et de l’auto-censure. Tout blanc malchanceux pouvait désormais voir son avenir professionnel ruiné par un propos jugé inadéquat sur la race, le genre et la sexualité. Les Américains s’étaient ainsi dotés, par inadvertance, d’une deuxième constitution ayant préséance sur la constitution officielle à peu près dans tous les aspects de la vie. L’affirmative action et le P.C. étaient les deux piliers de cette nouvelle constitution.

C’est en pleine crise financière que Barak Obama fut élu président. D’une certaine manière, situé à l’intersection de la finance et de l’activisme communautaire, là où la crise avait surgi, il était tout désigné pour prendre la suite. D’une certaine manière aussi, son élection aurait pu être l’occasion de mettre fin à l’affirmative action, comme l’avait laissé penser sa campagne de 2004. Avec l’élection du premier président noir, c’était mission accomplie. La manière dont il exerça son mandat fut donc un choc pour beaucoup d’Américains qui furent bien obligés de constater que toute l’ingénierie des droits civiques était là pour durer. Le prolétariat blanc commença à penser qu’il s’était fait pigeonner, comme il l’avait été économiquement.

Si l’intervention grandissante des intérêts privés sur la question des droits civiques a commencé avant Obama, et notamment avec les patrons de la High Tech, il l’a complaisamment encouragée. Ce qui ne choquait pas, à l’époque, les élites intellectuelles et médiatiques. C’était pour la bonne cause.

Les vilains de l’histoire

Alors que la deuxième campagne électorale d’Obama battait son plein, un livre titré Nudge et écrit par Cass Sustein et Richard Thaler, deux de ses conseillers et amis, apportait une justification supplémentaire à la primauté des droits civiques en justifiant les limites imposées à la souveraineté populaire en raison des préjugés inhérents à la nature humaine qui empêchent les hommes de faire des choix éclairés. C’est sans doute pourquoi le mariage gay, qui avait été refusé référendum après référendum par les Américains, mais soutenu par tous ceux qui comptent aux Etats-Unis, fut finalement imposé par la Cour suprême en 2015. Le juge Scalia qualifia cet arrêt de « putsch des classes supérieures ». La force de frappe du mouvement avait fini par retourner l’opinion américaine qui, après la légalisation du mariage gay, le soutenait à 58%.

Avec les droits civiques, les blancs ont été racialisés d’une manière qu’ils ont eu du mal à comprendre. Mais ils ont fini par comprendre que ce n’était pas pour eux que la politique américaine était faite. S’étaient donc recréées deux classes de citoyens, dont l’effacement avait pourtant été le but des droits civiques. Les blancs ont fini par se concevoir comme une race, qu’ils le veuillent ou non, et leur mise en mouvement a pris 50 ans. Si les droits civiques ont accompli beaucoup, leur coût fut élevé: de nouvelles inégalités, des décisions moins démocratiques et la fin de la liberté d’expression. Ceux qui ont le plus perdu avec la politique des droits civiques sont les hommes blancs, les vilains de l’histoire. Mais gouverner par la honte, comme le fit Obama, présente bien des inconvénients. Cela ne fait pas disparaître les opposants mais les rend indéchiffrables. Pendant un temps, les blancs ont pu se consoler de leur statut inférieur par un niveau de vie convenable. L’érosion de ce dernier a rendu le compromis insupportable, sans que les élites n’en prennent conscience. Christopher Caldwell, qui a réussi la gageure d’écrire ce livre sur ce qui a conduit à l’élection de Donald Trump sans jamais prononcer son nom, le termine sur l’éclat de rire général qui a accompagné les propos d’Ann Coulter sur une probable victoire de Trump lors de l’émission de Bill Malher en juin 2015.

>>> Retrouvez une analyse détaillée de ce livre sur le blog de Michèle Tribalat <<<

The Age of Entitlement: America Since the Sixties, Christopher Caldwell

Michèle Tribalat, démographe, avait signé la préface de l’ouvrage précédent de Christopher Caldwell Une révolution sous nos yeux

The Age of Entitlement: America Since the Sixties

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Education nationale: relancer l’ascenseur social

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Jean-Michel Blanquer à l'Assemblée nationale, le 14 janvier 2020 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00940194_000089

Pour que l’École républicaine redevienne un ascenseur social et puisse redonner un espoir d’élévation aux classes populaires, il faut revaloriser le métier d’enseignant globalement. La petite augmentation de salaires proposée par Jean-Michel Blanquer est insuffisante, les professeurs doivent retrouver leur magistère moral dans la société française. Une tribune de Jean-François Champollion, Pierre-Henri Picard et William Thay (Think tank le Millénaire)


L’annonce récente de Jean-Michel Blanquer sur l’augmentation des salaires des enseignants était nécessaire, même si elle est faite pour de mauvaises raisons. Plutôt que de s’inscrire dans un plan global visant à transformer l’école et mettre l’enseignant au cœur du système, elle vise plutôt à calmer la profession avec une réforme des retraites qui n’en finit plus de mécontenter. Pourtant, alors que près de 70% des Français pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux, il est urgent de réformer l’École pour combattre les fractures et relancer l’ascenseur social.

La France accueille le système scolaire le plus inégalitaire 

La dernière enquête PISA révèle que les paramètres sociaux sont prégnants dans la réussite des élèves. En effet, les élèves français issus de milieux socio-économiques défavorisés ont, en moyenne, obtenu des scores inférieurs de 107 points à ceux issus de milieux aisés (contre 89 points d’écart pour la moyenne de l’OCDE). Les lacunes sont particulièrement tangibles concernant la maîtrise de la langue française : 20% des élèves favorisés, mais seulement 2% des élèves défavorisés, sont parmi les élèves très performants en compréhension de l’écrit.

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La faible mixité sociale est également mise en valeur : en France, un élève défavorisé n’a qu’une chance sur six de fréquenter le même lycée qu’un élève très performant, alors qu’une affection aléatoire aurait réduit cette proportion d’une sur quatre. Ces inégalités de traitement entraînent un certain fatalisme chez nos jeunes comme chez leurs parents, autant conditionné par leur contexte familial que par l’absence de perspective que leur offre l’École. Le modèle de l’instruction publique, théorisé par Condorcet, est remis en question dans sa raison d’être, avec son incapacité à faire émerger de nouveaux talents.

Une École discriminante mais pas pour les raisons qu’avançait Bourdieu

Pourtant, si la thèse de Bourdieu pouvait se défendre dans les années 1970, elle s’effondre aujourd’hui face à la massification de l’obtention du baccalauréat. La réelle discrimination est l’incapacité de l’École à doter les étudiants défavorisés des mêmes outils que les plus dotés pour lutter à armes égales dans l’enseignement supérieur où 60% des étudiants échouent en première année de licence. Ainsi, la probabilité qu’un enfant de cadres ait recours aux cours particuliers était 55% plus élevée en 2011 que celle d’un enfant d’employé.

De fait, la situation en France était déjà complexe, comme le souligne les études de Raymond Boudon sur la mobilité sociale en France dans les années 1960-1970. Le nombre d’étudiants augmentait plus vite que le nombre d’emplois disponibles correspondant à leurs diplômes. Or, comme la société se transforme moins vite que le système de qualifications, il y a de plus en plus d’enfants avec un niveau d’instruction supérieur à celui de la génération précédente mais qui ne peuvent pas pour autant obtenir un meilleur statut social, entrainant un déclassement des diplômés (et des diplômes).

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Le risque aujourd’hui est de voir finalement un double écueil se produire : d’un côté un nombre toujours croissant de personnes formées mais de moindre qualité, face à un environnement et un monde du travail devenus de plus en plus exigeants et compétitifs. Nous avançons ainsi vers la chronique d’un échec annoncé sans réforme structurelle de l’École.

Se concentrer sur les fondamentaux

Il faut redonner un sens à l’éducation, en commençant par le primaire dès le plus jeune âge, afin de réduire les fractures (sociale, territoriale, culturelle) qui divisent la France, avec trois priorités : le renforcement des fondamentaux, la revalorisation du statut de l’enseignant, et enfin la promotion du mérite.

Une enquête Pirls, réalisée en 2016 a montré les très fortes inégalités dans l’acquisition des savoirs fondamentaux au primaire. Entre 1976 et 2004, on estime que les élèves ont perdu dans leur parcours scolaire plus de 700 heures de cours de Français, alors qu’il faudrait plutôt recentrer l’enseignement au primaire autour des savoirs fondamentaux (lecture, écriture, calculs), en rognant sur les nouvelles activités périscolaires et sur les activités d’éveil qui ont considérablement augmenté depuis les années 1980 sous l’influence de la pédagogie Freinet.

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L’échec de cette pédagogie doit conduire à faire revenir l’enseignant au cœur du système éducatif, en revalorisant son statut, aussi bien sur le plan matériel qu’immatériel. Du point de vue immatériel d’abord, l’enseignant doit retrouver son magistère intellectuel et moral. Il doit avoir une plus grande liberté de choix pédagogique et être en mesure d’exercer pleinement son autorité sur sa classe. Pour cela, il faut envisager des pistes comme le rétablissement de l’estrade et la suppression des allocations familiales pour les familles des élèves récalcitrants.

Arrêter de privilégier les banlieues

Sur le plan matériel ensuite, il est impératif de mieux utiliser l’argent public afin de revaloriser le salaire des enseignants. Le modèle allemand doit être dans ce cas une source d’inspiration. En effet, un enseignant outre-Rhin gagne presque deux fois plus qu’un enseignant français après 15 ans de carrière (65000€ contre 35000€ en moyenne). Ceci s’explique par l’absence de gaspillage dans les dépenses administratives : la moitié des dépenses d’éducation en Allemagne est consacrée à la masse salariale alors que les salaires n’occupent que 30% du budget éducatif français, bien loin derrière les frais de structures et d’administration (70%).

Enfin, il faut promouvoir le mérite en relançant la politique des internats d’excellence qui avait été mise en œuvre en 2008 par Nicolas Sarkozy, puis supprimée par Vincent Peillon. Permettant aux jeunes élèves de changer de cadre de vie et de suivre un enseignement d’excellence pour s’élever, ces internats avaient servi à de nombreux collégiens et lycéens méritants pour faire de brillantes études dans l’enseignement supérieur. Il faudra par contre étendre le recrutement des internats : initialement destinés aux jeunes des banlieues, ils doivent également concerner les enfants de la France périphérique. En effet, la carte française de l’échec scolaire recoupe – presque parfaitement – celle décrite par le géographe Christophe Guilluy en comprenant une majorité de zones périurbaines. Il s’agit ainsi de prendre en compte de façon prioritaire le critère social plutôt que de lancer un énième plan pour les banlieues afin de véritablement permettre l’égalité des chances.

La désinstruction nationale

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PMA: une agression sans précédent contre les générations, les enfants, la famille

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François-Xavier Bellamy lors de la manifestation contre la loi bioéthique, le 19 janvier 2020 ©ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00940829_000055

Dimanche 19 janvier, les personnalités politiques étaient assez peu nombreuses à manifester contre la PMA pour toutes. Parmi elles, toutefois, Jean-Frédéric Poisson ou François-Xavier Bellamy ont redit avec force en quoi cette loi était dommageable.


Dimanche dernier, manifestation réussie de La Manif Pour Tous (LMPT) contre la loi de bioéthique  qui sera présentée, ce mardi, en première lecture, au Sénat, dont un volet : la PMA sans père ou plutôt, comme le rappelle Bruno Décoret dans un article de Causeur, l’insémination, pour toutes les femmes, avec tiers donneur anonyme de sperme, dite IAD.

Il faisait beau, les piétons étaient nombreux, la marche fluide. Malgré quelques banderoles  hostiles «  Ni Dieu ni maître » flottant sur deux toits ardoisés, il n’y eut pas de heurts ni de feux, à part ceux, brûlants, des cœurs de ces promeneurs dominicaux. Sept ans qu’ils marchent à épisodes réguliers: belle endurance !

Vagants dominicaux

En passant devant la cour du Louvre, une grande photo d’Emmanuel Macron rappela la longue marche de l’investiture présidentielle, avant le saut disruptif sur le podium, main dans la main avec sa femme, où se trouvait sa famille. Quel beau souvenir ! Macron, souviens-toi ! Souviens-toi de tes pas dans la fosse de la nuit, de l’hymne à la joie qui retentit !  Souviens-toi de la Terre Promise devant nos yeux étoilés ! Quel contraste à présent ! N’entends-tu pas ton peuple qui crie vers toi ?

A lire aussi: Anti-PMA: la manif dont tout le monde ne parle pas

Laissons les chiffres toujours trompeurs, que ce soit celui relatif à la loi sur les retraites (âge pivot à déterminer) bientôt présentée au Parlement ou celui (exponentiel), de la dette souveraine. Les télés d’État se sont contentées d’avancer, sur un bandeau, le chiffre, bien risqué, de dizaines de piétons agitant des banderoles le long des quais. Rien d’autre que des vagants dominicaux. Mais pour qui fait les manifs, comme l’auteur de cet article, dans le sens de la marche puis à rebours, on pouvait constater, en comptant les minutes et les mètres carrés de la voie sur berge depuis le pont de l’Alma, qu’il y avait bien une foule nombreuse, déterminée et pacifique.

Tous ensemble tous ensemble !

Disons-le franchement. On cherchait en vain, comme toujours, des personnalités au nom connu qui pèseraient dans le débat. Mais la tour d’ivoire des livres est tellement plus confortable ! Le pavé, c’est bon pour les provinciaux, les anonymes, les sans-grades, les gens honnêtes, « le peuple » venu en cars. Lui n’a pas une médiatisation à entretenir !

Il est vrai que des personnalités régulièrement auditionnées par le Sénat étaient bien là. Aude Mirkovic, présidente de Juristes pour l’enfance, rappela, en juriste raisonnable, que ce qui fonde la loi est la justice. Que la justice est pour tous. Aussi, cette loi qui privera les enfants de père sera donc « injuste ». La loi n’est pas là pour satisfaire le désir des uns et les projets des autres mais pour protéger les plus faibles.

A relire; Elisabeth Lévy: Hidalgo contre la liberté

Tugdual Derville, président d’Alliance Vita, qui n’oublia pas de dire que la loi concernait aussi la disponibilité de l’embryon, rappela qu’en 2014, Dominique Bertinotti avait retiré sa loi sur la famille, le lendemain d’une manif. Il espérait donc que les sages seraient plus « sages » en hémicycle qu’en commission parlementaire. Nous dirions volontiers : plus courageux.

Une loi inutile

Frank Meyer, président de Maires pour l’enfance fit un retour en arrière dans les années: il n’y avait pas de loi sur le « mariage homosexuel » mais une loi concernant le mariage entre personnes de même sexe, ce qui n’est pas pareil. Cette loi (PMA) se préparait depuis 40 ans. Jean-Frédéric Poisson dit avec force que cette loi était « une agression sans précédent contre les générations, les enfants, la famille ». Devant l’Opéra, enfin, Ludovine de la Rochère ne fit pas un entrechat: elle en appela solennellement et sans mâcher ses mots, à la responsabilité du gouvernement, taclant les godillots de la Chambre. On distribua des billets de banque de 500 euros à l’effigie de Macron (comme l’a déjà raconté Gabrielle Périer ce matin) en donnant rendez-vous mardi et mercredi devant le Sénat.

Nous avons dix années de retard sur cette loi ? Parfait ! Car cette loi est devenue inutile, avec les tests génétiques.

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On peut tourner les choses par tous les bouts, rien à faire: un enfant a toujours un père et une mère, connus ou inconnus, et l’État n’a pas à fournir le sperme aux frais du contribuable au titre des solidarités dont Madame Buzyn est la ministre. Donc, écrire dans la loi deux mères et la couleur des yeux d’un père, à 18 ans, est une mascarade juridique.

« Les parents boivent, les enfants trinquent » : tel était le slogan qu’on pouvait lire, il y a quelques années, quand on fumait dans une voiture avec ses enfants à l’intérieur. Vous avez raison, Madame Buzyn, il y a une solidarité, mais générationnelle. Que le Président se saisisse de cette affaire sociétale et prenne ses responsabilités. Qu’il cesse de cliver une société déjà fracturée. Qu’il renonce à avoir à l’usure ceux qui portent la voix de la raison.

Qu’il se souvienne plutôt du beau vers d’Apollinaire : « Belle clarté, chère raison ».

La fabrique d´orphelins - Essai

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« Les gens ne sortent pas dans la rue au Venezuela parce qu’ils ont peur »

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Juan Guaido, leader du parti d'opposition au Vénézuela, 15 janvier 2020 © Matias DELACROIX/ AP/ SIPA

Que devient le Venezuela? Il y a un an, Jean-Luc Mélenchon, notre Chavez national, souhaitait sur le plateau de France 3 que Nicolas Maduro « tienne ». Aujourd’hui, son vœu a été exaucé: le président en exercice qui se vantait il y a un an qu’on lui ait offert un gilet jaune – « parce que nous sommes les rebelles du monde », précisait-il- est toujours là. Mais peut-on vraiment parler de victoire? Pour tenter d’y voir plus clair, Paula Vasquez, docteur en anthropologie sociale et ethnologie, chargée de recherche au CNRS et spécialiste du Venezuela, m’a accordé un peu de son temps après que j’ai dévoré Pays hors-service (Editions Buchet Chastel, 2019), son dernier ouvrage. Entretien.


 

Causeur. Il y a un an, le 23 janvier 2019, Juan Guaido, alors nouveau leader de l’opposition, mobilisait des dizaines de milliers de personnes dans la rue. Cela a suscité de l’espoir en vous, dites vous dans Pays hors service. Aujourd’hui, il semble qu’il peine à en mobiliser autant. Est-ce que l’espoir en vous s’est estompé?

Paula Vasquez. Pour moi, cette question de la mobilisation dans la rue est une illusion chère aux médias. Les Vénézuéliens ont tellement manifesté depuis 2002. Déjà avec Henrique Capriles, l’opposition avait mobilisé des millions de personnes dans la rue. Je n’identifie pas la possibilité d’une sortie avec la rue. La rue est une pression médiatique, certes, mais elle n’est pas significative, la question de la mobilisation dans la rue fausse beaucoup de choses. En effet, quel est le raisonnement derrière cette question? Que le fait que les gens ne sortent pas dans la rue signifie que Guaido a perdu son soutien? Les gens ne sortent pas dans la rue au Venezuela parce qu’ils ont peur, parce qu’il y a des attaques systématiques envers n’importe quelle personne qui affiche son opposition dans les quartiers du centre-ville de Caracas. C’est très risqué de sortir dans la rue. On ne peut pas demander cela aux Vénézuéliens. Il faut bien comprendre qu’au Venezuela, le moindre opposant est quelqu’un qui est en train de jouer son intégrité physique et celle de sa famille.

Toujours est-il que contrairement aux attentes, Nicolas Maduro est encore en place. Nicolas Maduro a-t-il gagné?

Et alors? Ça dépend de la définition du mot « victoire ». Les Vénézuéliens continuent de fuir. La Commission des Nations Unies pour les réfugiés estime que 15% de la population vénézuélienne a quitté le territoire. Est-ce vraiment une victoire pour ce gouvernement? L’hyperinflation continue. Il reste au pouvoir, certes, mais à quel prix?

J’espère que ce sont les Vénézueliens eux-mêmes qui sortiront le pays de cette situation

Nicolas Maduro a été élu en 2013, puis il a été à nouveau élu en mai 2018. L’opposition, représentée par la MUD (Table de l’unité démocratique), n’a pas reconnu cette dernière victoire présidentielle. Ce faisant, l’opposition n’est-elle pas allée contre le jeu de la démocratie? 

Il n’y a pas que l’opposition. La France et l’Union Européenne n’ont pas reconnu les élections de 2018 également.

Certes, mais a-t-on réellement des preuves qu’il y a eu fraude lors des élections de 2018?

Ce n’est pas tant une question de trucage des voix, c’est une question des conditions de réalisation des élections. L’autorité nationale électorale a fait des procédures d’invalidation des candidats des partis d’opposition et les élections ont été convoquées par l’Assemblée nationale constituante, qui est contrôlée par le gouvernement, parallèle à l’Assemblée nationale, où l’opposition est majoritaire. Dans ces conditions, même prouver une éventuelle fraude n’était pas possible.

Ces élections se sont réalisées dans un contexte de tensions, de violences et d’intimidations politiques extrêmement fortes. Il y a une chose, c’est de prouver la fraude. Il y a autre chose, c’est de comprendre pourquoi Maduro n’était pas légitime lors des élections de 2018. Beaucoup d’organismes d’observation électorale du monde ont validé le fait que cette élection là n’était pas légitime. Mais si vous voulez chercher les preuves du trucage des élections de Maduro en 2018, vous pouvez le faire comme journaliste.

Cependant, la Table de l’unité démocratique n’a-t-elle pas fait une erreur en refusant de participer au scrutin de mai 2018?

La Table de l’unité démocratique n’a pas accepté les conditions imposées par le gouvernement pour participer à ces élections et c’est pourquoi elle n’a pas présenté de candidat. Peut-être était-ce une erreur, peut-être que non. Ce n’est pas à moi de juger. Le candidat qui s’est lancé pour l’opposition a alors été Henri Falcon, qui s’est lancé tout seul. Mais même avec ce candidat qui s’est présenté face à Maduro, les conditions de réalisation de cette élection étaient complètement irrégulières.

Revenons plus en arrière. Pays hors service contient des anecdotes très instructives. Vous dites notamment que lorsque que vous avez pris un vol Paris-Caracas il y a quelques années, il y avait plus de Chinois que de Vénézuéliens dans le vol. La présence chinoise au Venezuela est un aspect méconnu en France. Pourriez-vous nous en dire un peu plus?

Ce sont les fonds chinois qui ont maintenu le financement de la révolution bolivarienne dans une sorte de budget parallèle jusqu’à la mort de Chavez. Le Venezuela est endetté avec la Chine pendant encore une vingtaine d’années. Il y a aussi une présence de population chinoise très forte, surtout dans les campagnes. On parlait il y a quelques années de ponts aériens Beijing-Caracas.

Ils participent à la construction des infrastructures également?

Non, il sont venus pour travailler dans le pétrole. Mais actuellement, les raffineries les plus importantes du Venezuela sont gérées par les Russes. Les Chinois étaient surtout présent dans le bassin du fleuve de l’Orénoque.

Vous vous intéressez de près au secteur du pétrole, justement. Et si vous faites un portrait sans concession du chavisme, vous êtes sceptique à l’idée d’une sorte de Qatar latino que pourrait être le Venezuela. Vous écrivez même que « le consumérisme, la richesse facile, hantent les Vénézuéliens et leur histoire à partir de la seconde moitié du XXème siècle ».  Ce point est très intéressant, pourriez-vous un peu le développer?

C’est une modernisation qui a été très rapide. Le Venezuela est maintenant un pays urbain. 80% de la population a perdu la main sur sa production agricole. Il y a eu de larges réflexions au sein du pays pour savoir quoi faire de la richesse pétrolière. Tous les pays pétroliers ont eu ces problèmes de réinvestissement de l’argent du pétrole. À l’époque où le Venezuela était une démocratie, le Venezuela a mieux géré ce problème que d’autres pays, que l’Algérie, par exemple. Mais les effets de la maladie hollandaise sont survenus chez nous à cause de mauvaises gestions politiques.

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Justement, le 25 août 2012, une raffinerie pétrolière explose dans la ville d’Amuay. Il y a eu officiellement 48 morts et 156 blessés. Vous relatez ce tragique épisode dans votre ouvrage. Depuis, qu’en est-il du raffinage du pétrole? 

À l’époque, le pays raffinait un million de barils par jour, ce qui était largement suffisant pour la demande nationale. À l’heure actuelle, il n’en raffine pratiquement plus et il y a pénurie d’essence. Le pays importe de l’essence d’Inde et de Russie, semble-t-il. C »est très difficile de savoir comment le gouvernement contourne les sanctions pétrolières mais il les contourne.

Dans le domaine de la santé, la situation que vous décrivez est chaotique. Si les pénuries de médicaments étaient des situations connues d’ici, vous racontez qu’en 2017, des maladies tropicales que l’on croyait éradiquées sont réapparues. Aujourd’hui, ces maladies sont-elles toujours là?

Bien sûr, il n’y a pas de politique de santé publique. Aujourd’hui c’est donc pire, il y a une situation catastrophique au niveau sanitaire parce qu’il n’y a pas de réseau d’eau qui fonctionne. Au niveau des infrastructures, c’est catastrophique. Il n’y a donc pas de raison que le taux de morbidité baisse. On n’a pas de chiffre mais le meilleur indicateur en ce moment, c’est les conditions dans lesquelles arrivent les migrants vénézuéliens en Colombie. La Colombie mène systématiquement des vagues de vaccins à tous les enfants vénézuéliens car le protocole de vaccination n’est pas à jour au Venezuela, ceci depuis des années.

Je vais rester dans le morbide. Au sujet de l’alimentaire, j’ai appris dans votre livre qu’il y a quelques années, 122 000 tonnes d’aliments importés ont été trouvés en état de putréfaction. Comment est-ce possible?

Pourquoi cela vous étonne? C’est beaucoup plus en réalité, c’est quelque chose qui est caché mais qui est courant. Lorsqu’on fait une entreprise fantôme avec des hommes de paille pour empocher l’argent destiné à l’importation d’aliments qu’on achète à surprix pour un réseau de distribution qui n’existe pas, c’est normal que les containers arrivent avec une nourriture achetée très cher -et qui en réalité n’est pas chère du tout- et qu’il n’y ait ensuite aucune distribution. C’est la conséquence visible d’un énorme système de corruption et de détournement d’argent.

Aujourd’hui, ils ont arrêté de faire ça parce que c’était trop visible, Les réseaux les plus lucratifs de la corruption vénézuélienne sont aujourd’hui les réseaux d’achat de nourriture à prix très élevé pour faire les cartons clap, des paniers de produits de base à prix subventionné. Pour avoir un carton de nourriture clap, il faut le carnet de la patrie. Si chaque carton est vendu 86 dollars, il ne coûte en réalité pas plus de 50 dollars. Où passe donc la différence? Le système de distribution alimentaire vénézuélien est une grande source de corruption.

La dévastation écologique est actuellement énorme, avec énormément de violence pour les populations locales

Dans Pays hors service, j’ai également découvert comment la forêt amazonienne est détruite pour exploiter ses minerais. Le chavisme est-il fâché avec la nature?

Complètement. La forêt amazonienne du Venezuela, c’est le sud de l’Orénoque.

L’Orénoque, c’est le fleuve équivalent à l’Amazone en plus petit, qui sépare le Venezuela et le Brésil, c’est là où vivent les Amérindiens, notamment les Yanomami. Il y a une persécution énorme envers ces ethnies, qui fuient vers le Brésil. Ils sont coincés entre les orpailleurs vénézuéliens qui sont soutenus par la garde nationale, et les entreprises minières qui opèrent sans aucun contrôle. C’était un territoire que le système démocratique vénézuélien avait réussi à sauvegarder, mais avec le projet de « l’arc minier », inventé par Chavez, on a permis de faire des concessions à des étrangers, une première dans l’histoire républicaine du pays.

Ce sont des mines énormes. Et il y a un trafic permanent d’or à travers des avions privés, qui est directement contrôlé par les militaires vénézuéliens. La dévastation écologique est actuellement énorme, avec énormément de violence pour les populations locales. L’année dernière, il y a eu des massacres. Je rappelle que Maduro a dit à la fin de l’année dernière que chaque gouverneur du Parti socialiste uni du Venezuela allait avoir sa propre mine dans l’Amazonie vénézuélienne. C’est un peu comme un retour à l’époque coloniale, pendant laquelle chaque gouverneur avait sa propre mine.

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C’est consternant. Ceci étant, n’y a-t-il pas eu quelques avancées avec le chavisme dans le secteur de l’éducation?

L’état de l’éducation est actuellement une catastrophe. Pendant les quatre, cinq premières années de Chavez, il y a eu les écoles bolivariennes, où ça a fonctionné relativement bien, mais à partir de 2006, 2007, le système éducatif a chuté. Dans les quartiers populaires, il y a des écoles qui n’ont pas de maîtres, de même dans les lycées. Dans l’éducation supérieure, ce n’est pas mieux. L’université centrale du pays est presque fermée. Le système universitaire public a été vraiment pris pour cible, on a éliminé le budget. L’université Simon Bolivar, une université d’excellence fondée il y a cinquante ans, a même dû fermer ses portes car il n’y avait plus d’eau courante.

Malgré tout, êtes-vous un peu optimiste pour l’avenir du Venezuela?

On verra bien. J’espère surtout que ce sont les Vénézuéliens eux-mêmes qui sortiront leur pays de cette situation. Je ne pense pas qu’une intervention étrangère soit bénéfique. Je ne voudrais pas que ça devienne une république d’ONG comme en Haïti. Je ne pense pas que l’aide humanitaire soit une solution durable, cela diminue la capacité de la société à faire face à ses problèmes. Il y eu un travail politique énorme depuis 2015, souhaitons que cela continue.

Pays hors-service

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Le chavisme : Un militarisme compassionnel

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Macron / Le Pen: les deux visages d’un même marasme politique

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Marine Le Pen à la Maison de la Chimie à Paris, le 12 janvier 2020 © HARSIN ISABELLE/SIPA Numéro de reportage: 00939786_000021

Alors que le quinquennat d’Emmanuel Macron est de plus en plus chaotique, et que Marine Le Pen se lance très en avance dans la course à l’élection présidentielle, ni LREM ni le RN ne sont en mesure de s’imposer aux prochaines élections municipales. Analyse.


 

La déclaration de candidature de Marine Le Pen a été le non-événement politique de la semaine passée : les uns y ont vu de la précipitation, de la fébrilité, d’autres un aveu de faiblesse, comme Guillaume Bernard. Comme s’il fallait marquer le territoire, étouffer préventivement tout début de commencement d’idée d’alternative ou de changement de stratégie.

En ce début d’année 2020, à deux ans de la présidentielle et deux mois des municipales, Emmanuel Macron comme Marine Le Pen veulent nous vendre leur deuxième round comme le scénario incontournable. Ils sont les deux figures du même Janus que les Français regardent au mieux avec scepticisme, au pire avec rejet. Les enquêtes d’opinion sont unanimes: Emmanuel Macron suscite près de 70% de mauvaises opinions ; quant à Marine Le Pen, elle arrive constamment en tête des personnalités ayant le plus fort taux de rejet.

LREM et RN mal implantés localement

Pire – mais c’est lié -, leurs partis respectifs sont incapables d’acquérir une véritable assise dans le paysage politique français : ainsi, pour les municipales, ni le RN ni LREM ne sortiront vainqueurs du scrutin, ne serait-ce que parce qu’ils sont incapables de présenter des listes dans un nombre considérable de villes !

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LREM, se sachant trop faible et mal implanté, a fait le choix de soutenir ici un LR, là un PS sortant, mais n’a pas eu le courage de partir sous ses propres couleurs et tente, par les initiatives de Christophe Castaner, de changer les règles du jeu en modifiant les étiquettes et en les supprimant pour les villes de moins de 9 000 habitants. Quant au RN, il peine à constituer des listes et même à trouver des têtes de listes crédibles dans des villes où, pourtant, il réalise de bons scores, comme par exemple dans la ville d’Agen, où la députée européenne RN vient de déclarer que sa formation serait présente à une condition: que la liste soit complète !

Un problème démocratique?

On n’a pas encore pris toute la mesure d’une telle situation: les deux grands partis qui, à travers les figures d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, se disputent le pouvoir et seraient incontournables pour 2022 sont, de fait, incapables de concourir vraiment pour ces élections municipales de 2020 ! Cela est révélateur d’un problème démocratique majeur. Pour le RN, c’est, une nouvelle fois, la manifestation de sa pénurie de cadres et de compétences, et de sa paresse à s’organiser comme un grand parti. Certains diront de son sectarisme. Avec qui Marine Le Pen gouvernerait-elle si elle était élue quand elle n’a pas été capable, deux ans avant, de trouver des candidats crédibles pour certaines villes que son parti pouvait espérer conquérir ?

Quant à LREM, il apparait au grand jour comme un parti liquide, capable de se couler à droite ou à gauche selon le sens du courant, mais inapte à occuper un espace majoritaire dans ces élections municipales.

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Certes, au soir du second tour des municipales, RN comme LREM, partis avec peu d’élus sortants, pourront afficher des progrès, mais certainement pas de victoire nationale. Certes les institutions, avec l’élection présidentielle, font qu’il est possible à l’une de ces figures de l’emporter, et même d’obtenir une majorité pléthorique à l’Assemblée. Le macronisme en a apporté la preuve. Mais ensuite ? Ces élections par défaut, par rejet, sans majorité réelle véritable (Macron ne fut élu que par 43% des inscrits et sa majorité parlementaire avec une abstention record de plus de 55%) nous promettent des quinquennats difficiles, immédiatement plombés. Inutile de rappeler ici comment Emmanuel Macron nous en a aussi apporté la preuve depuis l’été 2018.

Ségolène Royal de retour dans le paysage

L’autre non-événement politique de la semaine était la prestation de Ségolène Royal qui, congédiée par Emmanuel Macron – et que le PNF a, dans la foulée, rattrapée -, a annoncé qu’elle créait une association pouvant, à terme, se transformer en parti politique pour construire « une troisième voie entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen »« Il faut desserrer l’étau du face-à-face imposé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen », a-t-elle dit. Il arrive parfois à Ségolène de voir juste.

À une nuance près: ce duel Macron-Le Pen est-il vraiment un étau si serré que ça ?

La vie politique française peut-elle être durablement structurée (mais est-ce le mot ?) autour de deux figures rejetées et de deux partis incapables de s’imposer véritablement lors de ces élections majeures que sont les municipales ? Pour beaucoup de Français, la réponse est dans la question.

Pourquoi les macronistes n’arrivent pas à gouverner (ce pays qui leur est étranger)

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Le restaurant La Rotonde à Paris, où Emmanuel Macron avait dîné entre les deux tours de la présidentielle, incendié le 18 janvier 2020 © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22419450_000003

Si l’exécutif est impopulaire et sa réforme des retraites si difficile à faire passer, c’est parce que sa proximité culturelle et sociale avec le peuple français a disparu.


« Gouverner est un métier impossible » selon Freud[tooltips content= »«L’analyse avec fin et l’analyse sans fin», Sigmund FREUD ; Anne BERMAN, trad. Dans Revue française de psychanalyse (vol. 39, n° 3, 1975) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5446329f.image.f5.langFR »](1)[/tooltips]. « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? », aurait dit de Gaulle.

À l’époque des fake news et du délire des réseaux sociaux, la question est plus que jamais d’actualité : comment voulez-vous gouverner un pays qui selon Bruno Palier a compté jusqu’à 600 régimes de retraites de base et plus de 6000 régimes de retraites complémentaires.[tooltips content= »Cahiers français 2010 P 6. Bruno Palier est directeur du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP). Directeur de recherche du CNRS à Sciences Po (CEE) »](2)[/tooltips] Même si ce nombre a significativement diminué la France conserve le système de retraite, le plus généreux, le plus complexe, le plus inégalitaire et le plus liberticide du monde. Le candidat Emmanuel Macron avait promis de le simplifier : une réforme systémique. En dépit de ce qu’en pensait de Gaulle, les Français qui ont deux sous de bon sens approuvaient majoritairement la proposition. Aujourd’hui majoritairement ils n’en veulent plus. À qui la faute ?

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A ces Français, inconstants et en même temps conservateurs, râleurs et en même temps peu syndicalisés, méfiants et en même temps légitimistes, adeptes du débat et de la concertation et en même temps souhaitant être gouvernés d’une main ferme, ou à leur gouvernement qui a conduit dans le mur une réforme qu’au départ à peu près tout le monde s’accordait à trouver indispensable.

Cacophonie anxiogène du cabinet Philippe

Beaucoup de commentateurs pointent les erreurs de communication de l’équipe d’Édouard Philippe, une cacophonie anxiogène, un flou sur les véritables objectifs de la réforme, systémique ou paramétrique, la longueur des débats, des changements de cap, l’impression de discordances au plus haut niveau de l’État.

Tout cela est sans doute vrai, mais n’y a-t-il pas plus grave ? Est-il possible de gouverner sans créer du lien, sans susciter une certaine « amitié politique ». Sous ce rapport même avec d’excellentes intentions l’équipe Macron a failli, pire elle en paraît incapable. Tout a été dit sur la fracture entre les élites et le peuple à l’occasion de la crise des gilets jaunes, entre le centre et la périphérie comme l’a décrit le géographe Christophe Guilly.[tooltips content= »La France périphérique Flammarion 2014 ; Le Crépuscule de la France d’en haut Flammarion 2016 ; Nos Society La fin de la classe moyenne occidentale, Flammarion, 2018. »](3)[/tooltips] Celle-ci ne date pas d’hier mais la gouvernance actuelle de la France n’a fait que l’accentuer. Le grand débat auquel s’est livré Emmanuel Macron avec un courage qu’il faut saluer est l’illustration de cette incapacité du Président à gouverner en créant un minimum d’empathie. Tout au long de ces rencontres, il a été brillantissime comme il l’est à chacune de ses prises de paroles dans les médias. Mais à aucun moment il n’est parvenu à être compris, à susciter la confiance, l’adhésion à lui-même et à son projet. Pire ces interventions ne font que susciter la méfiance et le doute.

Comme les élites élevées hors sol en serres chaudes auquel il appartient, il n’est pas capable de cette connivence avec le peuple.

Politique et psychologie

Or gouverner ne consiste pas seulement à prendre des décisions rationnelles et justes. Le gouvernement appartient aussi au registre de l’intersubjectivité. Impossible de bien gouverner sans reconnaitre l’autre comme un interlocuteur estimé en tant que tel, à part égale, sans se sentir mutuellement proche de lui. Cette connivence se forge dans le côtoiement quotidien à l’âge des apprentissages de la vie. Aujourd’hui non seulement l’ascenseur social est en panne, mais la proximité culturelle et sociale a disparu. Quand les élites n’acceptent plus un minimum de promiscuité sociale, le peuple perd à la fois l’estime de lui-même et la confiance dans ceux qui le gouvernent. Pour finir, il se donne à ceux qui lui font croire – à tort ou à raison -, qu’ils sont de la même tripe que lui.

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Dans cette complicité entre le peuple et les élites, le gouvernement se distingue du simple exercice du pouvoir. Car le gouvernement ne se confond pas avec la pure et simple domination, ni même avec l’exercice de l’autorité. Son objectif n’est pas non-plus de se perpétuer à lui-même. Gouverner consiste à proposer une fin et à imprimer à un peuple qu’il faut unifier une force dynamique ; et ce peuple n’est pas seulement une multitude. Il est un sujet de droit habité du désir de vivre ensemble et de vivre bien. Quelles que soient les modalités de son expression et sa forme institutionnelle, la politique est une rencontre entre la conscience libre du gouvernement et celle des gouvernés.

Ainsi la politique ne peut pas faire abstraction d’une dimension psychologique. Il en va de la politique comme de l’enseignement des mathématiques ou de toute autre discipline. Pour enseigner les mathématiques à Jean, il ne suffit pas de connaître les mathématiques. Il faut aussi connaître et aimer Jean. Or si les Français reconnaissent que leur gouvernement est fort en mathématiques, ils ne se sentent ni aimés ni reconnus par lui.

Affaire Matzneff, un théâtre de la terreur et de l’absurde

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Vanessa Springora et Gabriel Matzneff. Images: captures d'écran YouTube

La nouvelle chasse aux sorcières en France s’acharne sur un écrivain connu, Gabriel Matzneff, qui n’a jamais fait mystère de sa pédophilie. Pourquoi maintenant et pas hier? Pourquoi lui et pas un autre? Et jusqu’où ce délire de l’hypermoralisme nous mènera-t-il?


Vers le milieu de l’an dernier, j’ai croisé Gabriel Matzneff dans les couloirs de notre commun éditeur, Gallimard. Nous avons échangé quelques mots, puis il a poursuivi son chemin en laissant derrière lui le sillage prestigieux des grands mandarins de la société parisienne. Cette aura particulière qui nimbe dans ces mêmes lieux les Sollers, les Garcin ou les Assouline, à quoi est-elle due ? A la démarche, aux manières, à l’eau de toilette ou au demi-sourire autocontemplatif qui ne les quitte jamais?

Sentiments mitigés

Gabriel m’avait proposé une entrevue «après toutes ces années». La proposition est restée dans l’air, légère et non obligeante comme le sont les cordialités mondaines. Je n’ai pas non plus rebondi de mon côté. Mes sentiments à son égard étaient mitigés. Je pourrais les détailler plus cruellement si l’homme n’était aujourd’hui jeté à terre et piétiné par la foule. Je commencerai par préciser que je lui étais reconnaissant – et je le reste – du courage qui fut le sien au temps de la guerre en Yougoslavie. A l’époque, il avait été l’un des rares intellectuels français à prendre la défense du peuple serbe, collectivement diabolisé. Il fallait beaucoup de force d’âme, dans le Paris des années 1990, pour prendre de telles positions. Les rares qui l’ont fait – Handke, Besson, Paucard, Dutourd ou Thierry Séchan – n’en ont récolté ni prix ni gloire, uniquement des coups et des blessures.

Mais il y avait l’autre côté, celui par où il est aujourd’hui crucifié. Gabriel Matzneff était ouvertement pédophile. De son vice capital, il avait fait comme bien d’autres un sujet de littérature. Dans Les moins de seize ans, il explique en gros que son intérêt pour les ados décroît à mesure que leur différenciation sexuelle s’affirme.

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Autant j’apprécie le dandysme politique de Matzneff, autant son dandysme sexuel me débecte. En tant que chrétien orthodoxe, Matzneff savait parfaitement sous quelle qualification se rangeait son goût pour les prépubères. Tout le monde le savait. Dans la fameuse confrontation, à Apostrophes, avec Denise Bombardier, je prends sans hésiter le parti de la Québécoise offusquée. Le talent artistique, ni même le génie, ne peut servir d’alibi à tout. Pour le coup, la bonhomie consensuelle de Bernard Pivot apparaît comme une complaisance écœurante et je suis sidéré de la morgue avec laquelle non seulement Matzneff, mais l’ambiance générale du plateau, balaie l’indignation de cette femme. C’est à cause de ce mépris d’hier que nous avons aujourd’hui les chiennes de garde et les flicomanes étiquetées #Metoo.

Pour ma part, malgré la reconnaissance que j’ai pour l’homme et l’estime due à l’écrivain, si Gabriel Matzneff avait tenté de faire à l’une de mes filles, dans leur enfance, ce que décrit son exécutrice Vanessa Springora, je n’aurais pas délégué le soin de lui faire justice à l’incertain compas moral des juges.

Le vice, puissant moteur de création

Mais je ne raisonne ici qu’au cas par cas, en l’occurrence le mien. N’ayant pas été en situation concrète de corriger Matzneff, je ne songerais pas aujourd’hui à le punir d’être ce qu’il est, comme l’a fait ignoblement le CNL en lui supprimant son maigre viatique. Je n’arrive pas à me persuader d’une règle de conduite générale et absolue face aux vices d’autrui. Les grandes indignations de principe contre la pédophilie, en particulier, m’ont toujours paru fabriquées. Si vous dénoncez une relation entre un homme et un ado de moins de seize ans, vous êtes un brave justicier. Si vous dénoncez la même relation quelques mois plus tard et que l’ado a passé l’âge fatidique, vous êtes un ignoble homophobe. Il y a là une tartufferie aussi désaxée que le comportement qu’on poursuit.

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Quoi qu’il en soit, en tant que père, je n’ai jamais eu trop envie de fréquenter Gabriel Matzneff, même si j’ai lu certains de ses livres avec plaisir. En tant qu’écrivain et éditeur, je me contente de hausser les épaules devant ses extases perverses et ses contritions surjouées, mais également devant les tableaux de chasse des deux Millet, aussi bien Richard que Catherine: n’avez-vous rien d’autre à chanter que les pulsions de votre bas-ventre, rien d’autre à décrire que des fumets d’entrejambes? Certes, le vice est un puissant moteur de création. Certes, un Henry Miller a réussi à le transfigurer. Certes, tous les vrais univers artistiques poussent sur des blessures et des inassouvissements. Certes, comme le chante Leonard Cohen, «il y a une fêlure en toutes choses, et c’est par là que la lumière y entre» [tooltips content= »«There’s a crack, a crack in everything./That’s how the light gets in.», «Anthem» »](1)[/tooltips].

Mais, justement, lorsque la fêlure est exposée en pleine lumière, exhibée comme les moignons des mendiants, nous ne sommes plus dans le registre du drame personnel. Nous sommes dans la bouffonnerie. «Par ma faute, mon inconscience, ma folie», écrit Matzneff, «l’icône s’est obscurcie, occultée, et j’ai sombré dans la nuit». Que valent les repentances si bien léchées, imprimées à des milliers d’exemplaires?

Pas une affaire d’époque, une affaire de milieu

Cela dit, je me garde bien de tout mettre sur les épaules du malheureux Gabriel. Il n’est qu’un des protagonistes de cette mascarade. Ce qui frappe, dans l’«affaire Matzneff», c’est justement son aspect théâtral.

Le témoignage de Vanessa Springora, qui a tout déclenché, n’a rien de sensationnel. Elle décrit ce qui est arrivé à des dizaines de fillettes et de garçonnets depuis des décennies sans que personne ne bronche. Le problème est bien en amont de l’hystérie actuelle. Y a-t-il eu au moins un parent pour infliger une bonne rouste à Matzneff? En tout cas pas le père de Springora, absent, ni sa mère «libérée».

Il est là, le «scoop» de ce livre: dans l’irresponsabilité et la solitude qui, dans certains milieux «éclairés», ont marqué l’éducation des enfants. Mais nous n’allons pas nous attarder à cela, n’est-ce pas? «Les mœurs ont changé», nous explique-t-on, et: «on ne juge pas ces époques à l’aune d’aujourd’hui». Ce n’est pas une affaire d’époque, mais une affaire de milieu. De tout temps, en 1970 comme en 2020, la pédophilie a été un crime répugnant aux yeux des gens ordinaires. S’agissant d’eux, d’ailleurs, nulle clémence n’est admise. Combien d’histoires, dans la presse locale, de profs de gym accusés d’attouchements ou d’incursions dans les douches filles et dont la vie est brisée avant même que les faits aient été établis?

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Mais cette justice inflexible est réservée aux ploucs et aux curés de campagne. Le milieu intellectuel, de tout temps, s’est placé au-dessus de la loi commune. On nous ressort les pétitions pro-pédophiles, les déclarations goujates et impunies de Cohn-Bendit sur l’initiation sexuelle des enfants. On ne se demande même plus pourquoi personne n’a enquêté, par exemple, sur la déclaration fracassante de Luc Ferry au sujet de partouzes pédophiles impliquant un ministre français. Lequel, au fait? «Le public a le droit de savoir», clameraient nos journalistes de grand chemin… sur d’autres sujets que celui-là.

La culture de l’impunité va bien au-delà. On a oublié la vague de compréhension qui a consolé le philosophe marxiste Althusser après qu’il eut étranglé sa femme Hélène Rytman, juive et résistante. Que voulez-vous, il avait succombé à une crise de démence et « à cause du soutien de ses proches de l’ENS», il a évité la prison. Cela ne l’a même pas privé de commémoration nationale. «En 2018, ce n’est pas la mémoire d’Hélène que l’on va commémorer, mais celle de son bourreau», s’indignait Jeannette Bougrab. «Comment est-ce possible, aujourd’hui, en France, à l’heure du #Metoo à tout va?»

La maison Gallimard et les pantins

C’est hélas possible, ma bonne Jeannette… Jusqu’à ce que cela devienne impossible. Sait-on pourquoi? Si l’accusatrice de Matzneff n’avait pas été une éminente éditrice parisienne – donc issue de la même caste -, mais une obscure employée de banlieue, en aurait-on fait un plat? Je n’en sais rien. Peut-être. C’est l’arbitraire de la chose qui frappe et son côté mécanique, aléatoire et grotesque. Hier encore, Gabriel glissait onctueusement dans les couloirs de Gallimard. Aujourd’hui ce sont ses livres, par chariots, qui empruntent les mêmes couloirs en direction des caves ou du pilon. Les preuves de ses crimes n’avaient pas attendu le coup éditorial de Vanessa Springora, elles sont dans ces pages répudiées par ceux-là mêmes qui les avaient éditées. Il n’y a plus ni goût, ni mesure, ni dignité en dehors du goût, de la mesure et de la dignité imposés par la meute et la peur. Dans la maison qui a édité des palpeurs comme Gide, Montherlant ou René Schérer, les chariots risquent d’être chargés dans les mois qui viennent. Ou pas, si la meute entretemps se trouve un autre bouc émissaire…

Oui, c’est comme un rêve. Vous êtes au théâtre, devant une scène plongée dans la pénombre où l’on devine des silhouettes à demi-humaines. Chaque marionnette s’affaire de son côté à des actions qu’on devine plus ou moins honteuses, ne regardant surtout pas ce que font les autres. Jusqu’à ce qu’un faisceau de lumière vienne brutalement en éclairer une, au hasard, et que retentisse une stridente sirène d’alarme. Alors tous ces pantins se précipitent comme un seul homme sur la cible désignée, la taillent en pièces et retournent à leurs postes, marqués sur les planches par de petites croix fluorescentes. Et la pénombre retombe, pour cinq minutes ou cinq ans. Et le public fait semblant de se divertir, non sans un picotement de terreur dans la nuque.

Pour ma part, ce genre de pièces d’avant-garde me fatigue rapidement. Je préfère me réveiller et rentrer chez moi.

Le consentement

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Multiculturalisme: le délit de blasphème est de retour

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Mathieu Bock-Côté, le réac venu du froid Photo : FREDERICK FLORIN / AFP

Malgré les hommages larmoyants à Charlie, la liberté d’expression est sacrifiée sur l’autel du vivre-ensemble. De Paris à Québec, nos sociétés réintroduisent le délit de blasphème au nom du respect des minorités.


 

Il y aura quelque chose de gênant dans les commémorations de l’attentat contre Charlie Hebdo. On peut s’attendre à ce que les politiques comme les journalistes, d’une seule voix ou presque, célèbrent l’esprit Charlie, et multiplient les rodomontades sur les valeurs essentielles de la République. Ils se raconteront que, depuis cinq ans, ils n’ont cédé sur rien, et la France officielle se présentera comme le phare de l’humanité dans la défense de la liberté de l’esprit. On célébrera l’irrévérence du journal satirique en chantant son refus de se plier à la censure, quelle qu’elle soit. La France était le pays de la liberté intellectuelle et le demeurera ! Jamais elle ne cédera à l’intimidation. Charlie ! Charlie ! Charlie ! Tout le monde, à peu près, prononcera ce qu’on présentera comme un saint nom. La mise en scène, n’en doutons pas, se voudra émouvante. Pourquoi ne le serait-elle pas ?

Le lourd bilan de notre liberté d’expression

Seulement, personne n’y croira. Car il suffit de raconter l’histoire des cinq dernières années pour constater que loin d’entraîner un sursaut, l’attentat contre Charlie a compromis les réflexes vitaux de la société française. À moins qu’il n’ait tout simplement révélé, pour emprunter le vocabulaire de Soljenitsyne, le manque de courage de certaines élites politiques et médiatiques qui, incapables de remettre en question le dogme du vivre-ensemble, multiplient les contorsions mentales pour dissoudre la signification politique des attentats et continuer de croire aux vertus de la société multiculturelle, qu’il s’agit de défendre à tout prix, contre les défenseurs crispés du vieux monde occidental. Elles rappelleront sentencieusement que nos sociétés ne doivent aucunement céder à la peur de l’autre, et se garder de toute forme de repli identitaire face à une démocratie refondée dans la mythologie diversitaire.

Marche républicaine, en solidarité avec le peuple français, Montréal, 11 janvier 2015. © Marc BRAIBANT/ AFP
Marche républicaine, en solidarité avec le peuple français, Montréal, 11 janvier 2015.
© Marc BRAIBANT/ AFP

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Ce mal ne frappe pas exclusivement la France. Un peu partout dans le monde occidental, et bien au-delà de l’attentat contre Charlie Hebdo, les dernières années, loin de s’écrire à l’encre de la renaissance de la liberté d’expression, ont plutôt consacré sa fragilisation et même, sa remise en question, à partir d’une conception nouvelle du blasphème, qui partout s’impose. On la résumera d’une formule : la diversité, tu respecteras. Rien ne saurait entraver le déploiement du régime diversitaire. L’ennui, c’est que la liberté d’expression ne saurait consister à accorder pleinement droit de cité à ceux qui mettent ouvertement en cause son principe même. Sauf à encourager ce qu’on pourrait appeler, sans trop de risque de se tromper, l’extension de l’empire du politiquement correct. Il se déploie sous un étendard qui se veut incontestable : la lutte contre la haine. Tous devraient s’y rallier, et qui affichera la moindre réserve devant ce programme sera fiché, et suspecté de nombreuses phobies.

Bienvenue en régime diversitaire!

Insistons : le concept de haine joue un rôle central dans cette refondation de l’espace public. Il demeure toutefois terriblement flou. On comprend cependant que le régime diversitaire ait tendance à assimiler à la haine toute forme de désaccord explicite avec les différents impératifs du progressisme. Est jugé porteur d’un discours haineux celui qui refusera, par exemple, de se soumettre aux prescriptions du multiculturalisme ou à celles de l’idéologie trans. Est aussi jugé haineux qui ne s’enthousiasme pas pour l’immigration massive ou qui s’entête à penser qu’on ne saurait affirmer sérieusement qu’il n’y a absolument aucun lien entre l’islam et l’islamisme. Est toujours jugé haineux celui qui constate que toutes les cultures ne cohabitent pas aisément et qu’une société qui s’entête à croire le contraire risque de connaître tôt ou tard des tensions identitaires et une forme de désagrégation civique. Autrement dit, il n’y aurait aucun fondement rationnel possible au conservatisme, qui ne serait rien d’autre qu’un discours occupé à masquer les privilèges de l’homme blanc, dont le règne s’achèverait enfin.

Aucune société ne résiste vraiment à ce mouvement, surtout pas la société américaine, même si officiellement, elle sacralise la liberté d’expression. Certes, à cause du premier amendement, l’Amérique demeure fermée, presque par définition, aux lois liberticides instituant le délit d’opinion, qui d’une manière ou d’une autre, étouffent la vie démocratique française. Mais il suffit de s’intéresser à ce qui se passe sur ses campus pour constater qu’elle n’est d’aucune manière étrangère à la censure. C’est au nom du droit des minorités à ne pas entendre un discours vexatoire pour leur identité qu’on en appelle de plus en plus ouvertement, par exemple, à interdire des conférenciers présentés comme des délinquants intellectuels, accusés de répandre des idées qui entreraient en contradiction ouverte avec les exigences de l’émancipation et du progrès. C’est aussi au nom des minorités victimisées qu’on voudra réserver la parole publique sur certains sujets à leurs représentants officiels, investis du pouvoir de décréter les frontières entre les propos acceptables et ceux qui ne le seraient pas dans une société civilisée. C’est le blasphème qu’on réinvente ainsi.

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La société québécoise n’est pas étrangère à ce mouvement, hélas, même si elle tient tête comme elle peut aux lois liberticides et résiste comme elle peut au politiquement correct. Elle le fait à partir de ses propres codes culturels. Traditionnellement, le Québec est une société consensuelle, assez étrangère au débat public à la française. Mais le Québec se montre aussi spontanément allergique aux excentricités idéologiques à l’américaine, comme on l’a vu lors des dernières élections fédérales canadiennes. Les Québécois furent les seuls, au Canada, à refuser de s’embarquer dans le délire autour du « Black Face » de Justin Trudeau, non pas parce qu’ils se montrent insensibles à la souffrance historique des Afro-Américains, mais parce qu’ils refusent spontanément d’envisager toute l’histoire du déguisement à travers le prisme de l’histoire américaine et de ses traumatismes spécifiques. En cherchant, comme ils peuvent, à contenir le déploiement du politiquement correct, ils défendent en fait leur droit de voir le monde à travers leurs propres yeux. C’est leur manière d’être fidèles à l’esprit de Charlie en Amérique.

L'empire du politiquement correct

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Le multiculturalisme comme religion politique

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Présidence du CFCM, un scrutin pour rien?

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Mohammed Moussaoui, photographié en 2012 © DUPUY FLORENT/SIPA Numéro de reportage: 00633556_000003

Seul candidat, Mohammed Moussaoui a été élu et dirige le conseil français du culte musulman depuis le 19 janvier 2020. L’analyse de Sophie de Peyret, chercheur associé à l’Institut Thomas More, auteur du récent rapport «L’islam en France, le temps des solutions. 35 propositions pour agir maintenant».


Comment qualifier une instance qui, au moment de désigner son nouveau président, ne soumet au vote qu’une seule candidature, s’est organisée en amont pour déterminer quels seront les présidents pour les six années à venir et ne parvient à mobiliser que moins de 40% des individus qu’elle prétend représenter ? Cette instance au fonctionnement si singulier est l’association française qui constitue officiellement l’un des maillons incontournables de la gestion du culte musulman. Il s’agit du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM).

Alors que les crispations autour de l’islam se font chaque jour plus aigües dans la société française, alors que les débats et les polémiques ne cessent de se succéder, il est temps d’acter le fait que le CFCM n’est pas en mesure de dégager et d’imposer une ligne claire

Le 19 janvier, c’est donc un bien curieux scrutin qui s’est tenu à la Grande Mosquée de Paris. La veille, Chams-Eddine Hafiz, le principal concurrent en lice, s’était retiré de la course à la présidence pour « privilégier le consensus et la concertation. » Outre la « nécessité de faire prévaloir l’intérêt commun » qu’il affirme vouloir défendre, il semblerait en réalité que le tout nouveau recteur de la Mosquée de Paris ait jugé le calendrier inopportun et ait préféré passer son tour cette année afin de ne pas prendre le risque d’une défaite. Il n’aura cependant pas longtemps à patienter puisque, conformément aux statuts du CFCM qui prévoient une présidence tournante, il est assuré de récupérer le siège de président d’ici deux ans avant de le céder à son tour au franco-turc Ibrahim Alci. Sans véritable suspense, le nouveau président « sorti des urnes » se nomme donc Mohammed Moussaoui. Président de l’Union des Mosquées de France (UMF), une fédération proche du Maroc, il a recueilli 60 voix sur les 87 que compte le conseil d’administration (7 voix contre et 20 abstentions) et ambitionne de « réformer en profondeur » la structure afin de la rapprocher des attentes des musulmans.

Le CFCM, une structure inutile ?

Au registre des grands chantiers, M. Moussaoui prévoit notamment de s’attaquer au financement, à la formation des cadres religieux ou encore de décentraliser l’organisation au moyen de conseils départementaux. Si les pistes envisagées peuvent sembler intéressantes au premier regard, il convient de rappeler que ces axes sont sur la table depuis près de trente ans et que la création du CFCM n’y a rien changé. M. Moussaoui s’est en outre déjà essayé à l’exercice de la présidence de la structure entre 2008 et 2013 et les résultats sont loin d’avoir été spectaculaires.

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En réalité, le fond du problème ne tient pas véritablement à l’homme qui en emporte la présidence mais à la structure même du CFCM qui, alors qu’il prétend agir au nom des musulmans, souffre d’un criant problème d’efficacité et de représentativité que ce soit en termes numériques, sociologiques ou politiques. Il apparaît en effet que les musulmans dans leur majorité n’aient que faire d’une instance centralisée, déconnectée des problématiques de terrain, non représentative et assujettie à des intérêts personnels de carrière, d’opportunisme ou à des influences étrangères. Depuis sa création en 2003, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy dans des conditions qui dépassent l’entendement, le CFCM n’a d’ailleurs cessé de se distinguer par son inaction. En décembre 2018, alors que les défis lancés par l’islam à la France sont majeurs, un grand congrès organisé par le CFCM s’était soldé par une très timide résolution indiquant seulement la « volonté de créer une nouvelle dynamique pour la représentation du culte musulman ». Pour de réelles avancées concrètes, il faudra attendre.

Macron laisse une dernière chance au CFCM

Le président Macron, s’il ne cesse de reporter sa prise de parole sur l’islam et la laïcité, a néanmoins fait part de ses attentes : « il faut que le CFCM ait une parole forte sur la place du voile, les femmes, l’école républicaine. Il faut un discours clair pour ne pas laisser perdurer l’ambiguïté dont s’alimentent les radicaux », indiquait-il en octobre 2019. Cette déclaration sonne comme une ultime chance laissée au CFCM de conserver sa place d’interlocuteur privilégié. Car la concurrence avec d’autres structures est rude : la plate-forme « L.E.S Musulmans » de Marwan Muhammad, l’Association Musulmane pour l’Islam de France (AMIF) d’Hakim el-Karoui, entre autres, sont en embuscade pour ravir la place convoitée d’acteur central du débat, l’adoubement de la communauté musulmane ou l’oreille des pouvoirs publics.

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Alors que les crispations autour de l’islam se font chaque jour plus aigües dans la société française, alors que les débats et les polémiques ne cessent de se succéder, il est temps d’acter le fait que le CFCM n’est pas en mesure de dégager et d’imposer une ligne claire. L’inertie de la structure, les ambitions personnelles et les luttes intestines entre fédérations (Algérie, Maroc, Turquie principalement) l’ont empêché hier et l’empêcheront demain de s’engager de manière ferme et univoque sur un certain nombre de sujets : liberté de conscience, apostasie, voile, radicalisation, etc.

Plutôt que d’espérer l’émergence d’un islam unifié, centralisé et homogène, ce sont davantage les partenariats locaux, les associations de quartier et les initiatives de terrain qu’il convient de résolument promouvoir.

Yassine Belattar: drôle d’humour

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Yassine Belattar (qui prétend ne pas faire de politique), prise de parole lors de la reunion publique de la candidate En Marche de la 8e circonscription de Paris, Laetitia Avia, en juin 2017 © STEPHANE ALLAMAN/SIPA Numéro de reportage : 00810392_000051

Grace à sa carte d’humoriste issu de la « diversité », on laisse ce soi-disant grand défenseur des musulmans sortir des horreurs à la télévision. Sous couvert d’humour, il milite pour un projet de partition de la société.


Yassine Belattar est un humoriste qui brille ces dernières années grâce à de nombreux sketchs qui deviennent, au fur et à mesure que les mois passent, des classiques. En 2018, son sketch « J’appelle au téléphone Albert Chennouf-Meyer – le père du soldat Abel Chennouf tué à Montauban par Mohammed Merah – pour le menacer de porter plainte contre lui pour racisme » déclenche rires et applaudissements mérités lors d’une tournée demeurée mémorable. Son fameux spectacle sur les djihadistes français, « Ils sont comme des enfants qui foutent le bordel à un anniversaire », reste dans les mémoires comme le summum de la transgression drolatique.

Un artiste qui prétend ne pas faire de politique

Tout le monde se souvient des rires déclenchés par son fameux gag à l’adresse d’un ministre considérant que le port du voile ne relevait pas de la tradition française : « Si j’étais lui j’éviterais de mettre les pieds dans le 93 » ou, plus récemment, par sa boutade lancée à une journaliste qui nous coûte les yeux de la tête en protection policière : « Inch Allah en 2020 t’es plus là !  » 

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Dans le journal Libération du 17 octobre 2019, Yassine Belattar lâchait quelques-uns de ces traits d’humour dont il a le secret et qui constitueront l’ossature d’un prochain spectacle, que nous attendons avec impatience : « Je suis un artiste, je ne fais pas de politique » et « Il faudra légaliser les musulmans dans ce pays, avant de légaliser la marijuana.  » 

Le 9 janvier 2020, Yassine Belattar, dans une forme olympique, a éclaboussé de toute sa classe humoristique les spectateurs de cette grande émission d’humour qu’est Balance ton Post ! (émission conduite par un autre maître du rire que le monde entier nous envie, Cyril Hanouna). En face du très triste et effacé Jean Messiha, cadre du RN, et avec le soutien appuyé de sa consœur en humour Raquel Garrido, Yassine a lancé son premier bon mot : « T’es obligé de porter un pin’s de la France (en référence au pin’s du drapeau tricolore que porte Monsieur Messiha sur le revers de sa veste) pour qu’on sache que t’es Français. J’te jure, si t’avais pas le pin’s, tu ressembles à mon cousin du bled !  » (rires du public).

Tête de chameau 

Jean Messiha, pincé et manquant visiblement d’humour, fait remarquer que le tutoiement ne s’impose pas : « On n’a pas gardé les cochons ensemble !  » « C’est bien la preuve, répond du tac au tac l’humoriste, que tu es assimilé. Je n’garde pas les cochons, moi, je garde les chèvres. » Et toc ! Raquel Garrido, confirmant la finesse d’esprit dont elle fait toujours preuve dans les nombreuses émissions TV de haut vol auxquelles elle a participé, murmure de son côté : « On veut pas savoir ce que tu fais avec les chèvres… » (rires du public). 

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Le pauvre Jean Messiha tente désespérément de sortir de la subtile ornière dans laquelle l’a fait choir un Yassine Bellatar au plus haut de sa forme. Il se lance dans une explication alambiquée et pas drôle du tout que l’humoriste casse d’un trait : « Ça y est ? T’as fini ta pizza ? T’as mis tous les ingrédients ? » (rires et applaudissements du public). 


Pendant ce temps-là, s’affiche sur l’écran un des tweets rigolos que Yassine a postés à l’adresse de Jean Messiha il y a quelques semaines : « Votre tête de chameau confirme que vous êtes né du mauvais côté de la Méditerranée. » Comme Monsieur Messiha s’en offusque, Yassine parachève son gag : « Toi tu te lèves le matin en disant “je suis pas arabe” ? Avec la tête que t’as ?  » (rires du public) « Messihaaa, tu leur as pas dit au FN, Messihaaaa. » 

Jean Messiha (vraiment aucun sens de l’humour) : « T’es un raciste de me dire ça, tu me renvoies à mes origines. » Yassine (en pleine forme, on vous dit) : « Non, ton visage le fait très bien ! » (rires du public)

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À l’heure où nous écrivons ces lignes, malgré nos craintes de voir ostracisé cet humoriste risque-tout et rebelle, aucune plainte ne semble avoir été déposée auprès du CSA.

Ni Clémentine Autain, ni Danièle Obono, ni Rokhaya Diallo (si promptes à rédiger, souvent à juste titre, des pétitions contre le racisme) n’ont levé le moindre petit doigt. Ceci prouve que, Dieu merci, il existe encore en ce bas-monde des gens capables de faire la différence entre le second degré, l’humour, et les propos scandaleusement et ouvertement racistes.

Détruire le fascisme islamique

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