Malgré les hommages larmoyants à Charlie, la liberté d’expression est sacrifiée sur l’autel du vivre-ensemble. De Paris à Québec, nos sociétés réintroduisent le délit de blasphème au nom du respect des minorités.


 

Il y aura quelque chose de gênant dans les commémorations de l’attentat contre Charlie Hebdo. On peut s’attendre à ce que les politiques comme les journalistes, d’une seule voix ou presque, célèbrent l’esprit Charlie, et multiplient les rodomontades sur les valeurs essentielles de la République. Ils se raconteront que, depuis cinq ans, ils n’ont cédé sur rien, et la France officielle se présentera comme le phare de l’humanité dans la défense de la liberté de l’esprit. On célébrera l’irrévérence du journal satirique en chantant son refus de se plier à la censure, quelle qu’elle soit. La France était le pays de la liberté intellectuelle et le demeurera ! Jamais elle ne cédera à l’intimidation. Charlie ! Charlie ! Charlie ! Tout le monde, à peu près, prononcera ce qu’on présentera comme un saint nom. La mise en scène, n’en doutons pas, se voudra émouvante. Pourquoi ne le serait-elle pas ?

Le lourd bilan de notre liberté d’expression

Seulement, personne n’y croira. Car il suffit de raconter l’histoire des cinq dernières années pour constater que loin d’entraîner un sursaut, l’attentat contre Charlie a compromis les réflexes vitaux de la société française. À moins qu’il n’ait tout simplement révélé, pour emprunter le vocabulaire de Soljenitsyne, le manque de courage de certaines élites politiques et médiatiques qui, incapables de remettre en question le dogme du vivre-ensemble, multiplient les contorsions mentales pour dissoudre la signification politique des attentats et continuer de croire aux vertus de la société multiculturelle, qu’il s’agit de défendre à tout prix, contre les défenseurs crispés du vieux monde occidental. Elles rappelleront sentencieusement que nos sociétés ne doivent aucunement céder à la peur de l’autre, et se garder de toute forme de repli identitaire face à une démocratie refondée dans la mythologie diversitaire.

Marche républicaine, en solidarité avec le peuple français, Montréal, 11 janvier 2015. © Marc BRAIBANT/ AFP
Marche républicaine, en solidarité avec le peuple français, Montréal, 11 janvier 2015.
© Marc BRAIBANT/ AFP

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Ce mal ne frappe pas exclusivement la France. Un peu partout dans le monde occidental, et bien au-delà de l’attentat contre Charlie Hebdo, les dernières années, loin de s’écrire à l’encre de la renaissance de la liberté d’expression, ont plutôt consacré sa fragilisation et même, sa remise en question, à partir d’une conception nouvelle du blasphème, qui partout s’impose. On la résumera d’une formule : la diversité, tu respecteras. Rien ne saurait entraver le déploiement du régime diversitaire. L’ennui, c’est que la liberté d’expression ne saurait consister à accorder pleinement droit de cité à ceux qui mettent ouvertement en cause son principe même. Sauf à encourager ce qu’on pourrait appeler, sans trop de risque de se tromper, l’extension de l’empire du po

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Janvier 2020 - Causeur #75

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