Il a déclaré sur RFI: « Si j’étais Jean-Michel Blanquer, j’éviterais de mettre les pieds dans le 93 ».


Yassine Belattar a suscité mardi une polémique certes microscopique mais néanmoins révélatrice. Interrogé sur RFI, l’humoriste, animateur et militant en a profité pour prodiguer une leçon de maintien à Jean-Michel Blanquer, coupable de penser que, si le voile islamique est légal, il n’est pas souhaitable dans la société. « On a un ministre de l’Education qui n’est pas éduqué… J’aimerais savoir de quel droit, maintenant, il rentre sur des notions de vivre-ensemble?» a-t-il demandé. Avant de lâcher : « Si j’étais lui, j’éviterais de mettre les pieds dans le 93». Phrase qui, non seulement, ressemble fortement à une menace, mais laisse penser que la Seine Saint-Denis échapperait à l’ordre républicain. Il faut préciser que, quelques minutes plus tard, quand le journaliste lui demande si Blanquer serait en danger en Seine Saint-Denis, Belattar temporise: « Je ne dirais pas ça, j’ai déjà assez de problèmes comme ça».

Belattar ta gueule à la recré

Les gens qui profèrent des âneries ou des insultes, y compris à l’adresse du président ou des ministres, sont légion. Les roulages de mécanique de Belattar n’auraient aucun intérêt s’il ne s’était pas vanté longtemps de sa proximité avec Emmanuel Macron qu’il appelait « mon frère » – quand il parlait de lui. Le comique a rencontré le futur chef de l’Etat en 2010 à l’Institut Montaigne et lui a vendu sa supposée influence en banlieue, où il rêve de devenir le nouveau Jamel Debbouze – sans en avoir le talent. « Notre pouvoir d’immersion dans les banlieues est avéré. Je ne suis pas un institutionnel, je peux me rendre dans n’importe quelle cité » disait-il alors. Tout en prétendant que les territoires perdus étaient un fantasme raciste.

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En mars 2018, Macron nomme Belattar au Conseil présidentiel des villes, instance composée d’associatifs, supposée l’assister dans la politique de la Ville, qui concerne les « quartiers sensibles ». Il en a démissionné jeudi dernier en pleine polémique sur le voile pendant les sorties scolaires. Dans une lettre ouverte à Macron, publiée par Libération, il parle d’un contexte qui rappelle « le pire passé » – revoilà les heures les plus sombres – et conclut tout en finesse qu’il faudrait « légaliser les musulmans avant de légaliser la marijuana ».

Un non-évènement?

Commentant sa démission, Valeurs actuelles résume : un non-événement pour un non-bilan. En effet. Mais la vogue passée de Belattar témoigne au minimum d’un manque de discernement du président et plus probablement de ses errements idéologiques sur les questions ayant trait à l’intégration et à l’islam politique. Dans la catégorie jeune espoir « issu de la diversité » comme on dit pudiquement, Alexandre Benalla est plus sympathique, plus talentueux. Et plus poli. Quand il pète un câble, ce n’est pas contre un ministre qui dit des choses ne lui revenant pas, mais contre des manifestants qui s’en prennent à la police. C’est plus excusable.

Yassine Belattar (qui est mis en examen pour menaces de mort) contribue à importer en politique les manières des racailles. Il ne faut « pas confondre la haine des femmes voilées et la critique du voile », écrivait récemment dans Le Monde le sociologue Manuel Boucher. Insensible à cette distinction entre la critique et l’insulte, le voyou réagit à tout désaccord, toute remarque, par des injures et des menaces. Belattar pense que les propos de Blanquer sont une insulte  « pour toute une frange de professeurs ». Il réplique comme il le ferait s’il tenait les murs dans une cité.

Les djihadistes, ces « gamins qui foutent le bordel »

Dans un registre proche, on pense à Danièle Obono qui, dans un tweet récent épinglé par Laurent Bouvet, écrivait, à propos du Premier ministre (et de la SNCF, me semble-t-il) : « Il a le seum, le keum » (ce qui signifie « le mec est en colère »). Peut-être faudrait-il annoncer à l’honorable représentante que les habitants de nos banlieues parlent français.

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Non content de se comporter à l’occasion comme un caïd, Belattar, parti de l’antiracisme gentillet, est aujourd’hui idéologiquement, proche des indigénistes, c’est-à-dire crypto-islamiste. En 2015, il animait le gala du CCIF et posait complaisamment avec Tariq Ramadan. Il y a peu, il appelait à «aller récupérer les «djihadistes français», qu’il comparait à «des gamins qui foutent le bordel à un anniversaire». Il prétend défendre « les musulmans », mais il ne parle en réalité qu’au nom de la frange perméable à l’islam politique. Du reste, c’est sans doute autant son analyse du marché que ses convictions qui l’ont conduit à ce positionnement: Belattar est ce que les chercheurs appellent un entrepreneur identitaire.

Oublions Belattar et aidons la majorité silencieuse

Pourquoi choisir un tel personnage comme émissaire dans les banlieues ? C’est insulter les habitants de ces quartiers que de penser qu’il faut flatter « les Frères » pour obtenir leur confiance. Si nos gouvernants ont besoin d’interlocuteurs, voire d’intercesseurs au sein des quartiers, qu’ils répondent aux 101 musulmans qui affirment dans Marianne que « le port du voile est le signe ostentatoire d’une compréhension rétrograde, obscurantiste et sexiste du Coran ». Ils nous appellent à l’aide : « Soutenez les Françaises et les Français de confession ou de culture musulmane qui se battent contre cette terrible vague néoconservatrice ». On déplore souvent que la majorité silencieuse le reste bien trop. Quand elle prend la parole, il serait criminel de ne pas l’entendre.

On espère que le président saisira cette main tendue. Et que Jean-Michel Blanquer se rendra rapidement dans un établissement de Seine Saint-Denis pour rappeler à Belattar et à ceux qui pensent comme lui que la République est chez elle partout en France.

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