Après l’attentat anti-musulmans de Christchurch, les apôtres du « pas d’amalgame » – Yassine Belattar en tête – ont pratiqué l’amalgame à plein régime.


« Pas d’amalgame » m’a toujours semblé la phrase clef, l’escroquerie initiale – d’ou le nom de cette chronique. Cette injonction m’énervait tellement que, malgré mon naturel pacifique, je lui avais accolé le sous-titre « Sauf dans tes dents ».

De quoi était-il question ? De l’islam bien sûr. « Les patrons, tous des salauds » ou « Les vieux, ces gâteux » ne font pas bondir grand-monde. En réalité, la plupart des « Zemmoukielkrautiens », que l’islam effraie ou indispose pour cause d’islamisme, s’abstiennent de confondre un musulman et sa religion. Beaucoup d’entre eux estiment que le problème pourrait venir, sauf votre respect, excusez-moi de vous demander pardon, du Coran qui, étant incréé, ne peut être par définition ni abrogé ni même arrondi aux angles. En général, même ceux qui n’aiment pas l’islam (ce qui est un droit) considèrent que le croyant, en revanche, est avant tout un être humain susceptible de s’abstenir du pire.

J’évoque là des discours ayant pignon sur rue, n’ignorant pas que chaque individu est capable d’être un âne raciste à titre personnel, surtout dans un pays ou l’industrie de l’andouille se porte à merveille. S’agissant des faits, toujours têtus, les juifs tués et les églises profanées arrivent fièrement devant les violences faites aux mosquées.

À titre personnel, je pense que ce sont les hommes et non les textes qui sont coupables lorsqu’ils choisissent de suivre à la lettre un texte violent, anti-tout ce qui ne suit pas ses injonctions. Il est de bon ton de dire qu’en matière de prescriptions meurtrières, toutes les religions se valent. C’est factuellement faux, mais peu importe. Là n’est pas la question. Force est de constater que, quelle que soit la teneur du texte sacré de chaque religion, qui est à contextualiser, ni le judaïsme ni le christianisme ne s’en servent en 2019 pour légitimer des actes immondes. Aucun juif, aucun chrétien n’entend conquérir la planète pour la dévouer à « son » Dieu. Surtout, quelle organisation structurée a commis ces dernières décennies de multiples attentats criminels au nom de la Torah ou des Évangiles ? Les juifs et les chrétiens ont-ils brandi leurs livres pour se justifier de décapitations, de lapidations, d’enlèvement de jeunes filles ou de marché aux esclaves ?

Après l’attentat terroriste de Christchurch, qu’il est doux d’entendre tous ceux qui me font l’honneur d’avoir le titre de ma chronique pour mantra, pratiquer l’amalgame dans la seconde où ils se sentent concernés. À l’époque ou je m’émerveillais (et me réjouissais) que ce type de massacre n’ait pas  lieu plus souvent, Monsieur

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Avril 2019 – Causeur #67

Article extrait du Magazine Causeur

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