Au fond, qu’est-ce qui dérange ceux qui veulent supprimer les affiches « Paternité » et « Maternité »?


La campagne d’affiches incitant à respecter la maternité et la paternité a suscité des réactions surprenantes par leur intensité. Etait-ce uniquement parce qu’elles étaient signées de l’alliance Vita, considérée par les « progressistes » comme l’incarnation du Mal ? Dans ce cas, il s’agirait d’un anathème qui aurait pu être le même si les affiches avaient été blanches. Vade retro, Vitanas ! Je ne reviendrai pas sur cet aspect très inquiétant de l’événement. Elisabeth Lévy a clairement dénoncé cette atteinte inadmissible à la liberté d’expression. Je me demande de quoi ont peur celles et ceux qui veulent interdire des affiches insistant sur le nécessité de préserver deux aspects essentiels de l’espèce humaine (et pas seulement elle), la paternité et la maternité ?

© Alliance Vita
© Alliance Vita

Quand un système totalitaire empêche l’expression d’une idée, c’est qu’il a peur que celle-ci ne soit dangereuse pour sa propre idéologie et ne la remette en cause. C’est bien cela que les personnes « choquées » par ces placards craignent : qu’en faisant réfléchir les passants, elles ne fragilisent leur idéologie totalitaire, celle qui consiste à nier la nature sexuée de l’être humain, le partage de l’humanité entre hommes et femmes, assurant leur descendance par l’exercice de leur sexualité. Cette idéologie sociologiste veut affirmer que la différence des sexes n’est qu’une construction sociale et que la reproduction, par le truchement d’un  rapport sexuel entre hommes et femmes, procède du désir d’imposer l’hétéro-normativité, et de dénigrer les autres formes d’expression sexuelle.

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Prenons du recul et regardons ces affiches avec le regard neutre du passant lambda, ignorant qui sont les gens qui les ont conçues, et n’ayant pas le temps de lire la signature afin d’aller se renseigner. Elles sont d’une graphie discrète et esthétique, et expriment l’importance de la paternité et de la maternité, ainsi que la nécessité de les préserver. En quoi sont-elles anti-PMA, anti-GPA, homophobe, transphobe ou je ne sais quoi phobe ? Le débat actuel – très animé – porte sur ce qu’on appelle à tort la PMA, et qui est en fait l’introduction, par un moyen médical, dans l’utérus d’une femme vivant en couple avec un homme, de sperme fourni par un autre homme, bénévole, inconnu, et qui n’est pas son conjoint, autrement dit l’IAD (insémination artificielle avec donneur). Celle-ci ne constitue qu’une petite partie de la véritable procréation  médicalement assistée, précisément 5% du total de ce que les spécialistes préfèrent appeler AMP (assistance médicale à la procréation), selon l’étude publiée par l’INED, qui ne saurait être remise en cause. Lorsque l’IAD réussit, le partenaire masculin de la femme inséminée est institué père de l’enfant.

Personne ne nie l’importance de la paternité et de la maternité

Le débat porte sur l’extension de cette méthode à des femmes qui ne sont pas en couple avec un homme, et non sur la question de la paternité, et encore moins de la maternité ; l’enfant ainsi conçu n’aura pas de père déclaré, ce qui n’est pas une nouveauté sous nos cieux (mais pose tout de même un problème). Les femmes réclamant le droit à être inséminées avec le sperme d’un inconnu ne nient pas la maternité, au contraire, elles la revendiquent. De même, les hommes qui ont recours à une mère porteuse ne nient pas la paternité, ils la revendiquent et affirment que la leur est la même que celle des pères « classiques ». Les partisans de l’extension de la « PMA » (en fait IAD) et la légalisation de la GPA ne prétendent aucunement vouloir supprimer la paternité et la maternité ; au contraire, ils affirment à l’appui de leur exigence, que celle-ci n’affectera pas les couples actuels qui souhaitent avoir des enfants et les élever comme on l’a fait jusqu’à présent. Pour ou contre la PMA, pour ou contre la GPA, il y a consensus sur la pérennité de la paternité et de la maternité ; les couples homosexuels voulant avoir des enfants prétendent même que ceux-ci auront deux pères ou deux mères. Je ne vois personne qui réclame une collectivisation de l’éducation des enfants, ou la gestation dans un laboratoire, comme dans Le meilleur des Mondes d’Aldous Huxley.

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Actuellement, toujours selon les sources indiscutables que sont l’INED et l’INSEE, sur les 780 000 bébés nés en France (en 2018) environ 1 000 ont été conçus à partir d’une IAD, soit 0,13%. Ce chiffre augmentera sans doute si la loi sur « la PMA pour toutes » est promulguée, mais peu ; les couples de femmes sont moins de 0,4% des couples et les femmes célibataires souhaitant avoir recours à l’insémination avec le sperme d’un inconnu ne sont pas légions. Par ailleurs les donneurs de sperme sont rarissimes.

On continuera à faire des enfants en faisant l’amour

Quelle que soit l’évolution de la législation et de l’utilisation de techniques plus ou moins sophistiquées, on peut prévoir sans trop de risque que l’écrasante majorité des enfants qui naitront dans un avenir proche auront été conçus lors d’un rapport sexuel entre un homme et une femme et porteront le code génétique mélangé de ces deux individus, appelés couramment leur parents. Ajoutons que ledit rapport sexuel est, lui aussi dans une écrasante majorité – du moins dans notre pays – désiré par l’homme et la femme qui s’y adonnent, qu’il est accompagné chez les deux protagonistes d’une intense jouissance, d’un sentiment de plénitude et, la plupart du temps, est aussi associé à un sentiment d’amour. C’est peut-être de cela qu’ont peur ceux qui fustigent les affiches : celles-ci leur rappellent que la nature gardera tout de même – et de loin – le dessus, que les hommes et les femmes continueront à vouloir faire leurs enfants par la voie la plus naturelle qui soit : la décharge orgastique de la semence masculine dans la cavité féminine au cours d’un exercice générateur d’un des plus grands plaisirs que l’être humain puisse connaître – faire l’amour – et accompagné du plus fantastique sentiment qu’il puisse éprouver : l’amour amoureux. Que ceux qui, pour des raisons diverses, ne peuvent pas, ou ne veulent pas, connaître cette expérience, puissent en ressentir une frustration, c’est tout à fait compréhensible ; ils méritent qu’on les respecte et qu’on les aide à contourner, dans la mesure du possible, leur incapacité. La médecine y pourvoit déjà dans une certaine mesure, puisqu’un enfant sur 30 est né grâce à une AMP (et non une IAD qui ne représente que 5%). On peut envisager l’élargissement de ces possibilités, ce que prévoit la loi en cours de vote, contestée par pas mal de monde.

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Mais il faut que ces frustrations, et obligations d’avoir recours à un procédé médical, soient assumées par celles et ceux qui les subissent et ceux et celles qui les soutiennent inconditionnellement. Elles sont la conséquence unique d’une impossibilité, ou refus, et non de l’attitude des autres, de la société. Les personnes qui soutiennent l’élargissement n’ont pas à s’offusquer lorsqu’on leur signifie cette réalité : l’être humain se reproduit grâce à la sexualité qui unit pour un temps un homme et une femme, le pénis du premier pénétrant dans le vagin de la deuxième, jusqu’à éjaculation. Il est en cela semblable aux mammifères qui lui sont proches. Mais il y ajoute un sentiment qui lui est peut-être propre et qui, si l’on en croit l’histoire, les écrivains, les poètes, les peintres, ce qui se dit dans les cabinets des psychologues et des sexologues, ce qui se raconte entre amis et ce que l’ont peut vivre soi-même, est l’un des plus intenses que l’on puisse connaître. Ceci n’est pas une création sociale, n’a pas pour but de privilégier l’hétérosexualité par rapport aux autres pratiques sexuelles. C’est notre réalité.

Est-ce cette peur du sexe qui fait pousser à ces gens des cris d’orfraie à la vue d’affiches qui peuvent leur suggérer cette évidence : la quasi-totalité d’entre nous – eux compris – sont venus au monde parce que leur père et leur mère ont eu un rapport sexuel, un soir, un matin, en pleine journée, dans leur lit, leur voiture, un champ de pâquerettes ou un ascenseur, vraisemblablement en prenant leur pied, et assez souvent, avec amour.

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