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Yassine Belattar: drôle d’humour

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Grace à sa carte d’humoriste issu de la « diversité », on laisse ce soi-disant grand défenseur des musulmans sortir des horreurs à la télévision. Sous couvert d’humour, il milite pour un projet de partition de la société.


Yassine Belattar est un humoriste qui brille ces dernières années grâce à de nombreux sketchs qui deviennent, au fur et à mesure que les mois passent, des classiques. En 2018, son sketch « J’appelle au téléphone Albert Chennouf-Meyer – le père du soldat Abel Chennouf tué à Montauban par Mohammed Merah – pour le menacer de porter plainte contre lui pour racisme » déclenche rires et applaudissements mérités lors d’une tournée demeurée mémorable. Son fameux spectacle sur les djihadistes français, « Ils sont comme des enfants qui foutent le bordel à un anniversaire », reste dans les mémoires comme le summum de la transgression drolatique.

Un artiste qui prétend ne pas faire de politique

Tout le monde se souvient des rires déclenchés par son fameux gag à l’adresse d’un ministre considérant que le port du voile ne relevait pas de la tradition française : « Si j’étais lui j’éviterais de mettre les pieds dans le 93 » ou, plus récemment, par sa boutade lancée à une journaliste qui nous coûte les yeux de la tête en protection policière : « Inch Allah en 2020 t’es plus là !  » 

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Dans le journal Libération du 17 octobre 2019, Yassine Belattar lâchait quelques-uns de ces traits d’humour dont il a le secret et qui constitueront l’ossature d’un prochain spectacle, que nous attendons avec impatience : « Je suis un artiste, je ne fais pas de politique » et « Il faudra légaliser les musulmans dans ce pays, avant de légaliser la marijuana.  » 

Le 9 janvier 2020, Yassine Belattar, dans une forme olympique, a éclaboussé de toute sa classe humoristique les spectateurs de cette grande émission d’humour qu’est Balance ton Post ! (émission conduite par un autre maître du rire que le monde entier nous envie, Cyril Hanouna). En face du très triste et effacé Jean Messiha, cadre du RN, et avec le soutien appuyé de sa consœur en humour Raquel Garrido, Yassine a lancé son premier bon mot : « T’es obligé de porter un pin’s de la France (en référence au pin’s du drapeau tricolore que porte Monsieur Messiha sur le revers de sa veste) pour qu’on sache que t’es Français. J’te jure, si t’avais pas le pin’s, tu ressembles à mon cousin du bled !  » (rires du public).

Tête de chameau 

Jean Messiha, pincé et manquant visiblement d’humour, fait remarquer que le tutoiement ne s’impose pas : « On n’a pas gardé les cochons ensemble !  » « C’est bien la preuve, répond du tac au tac l’humoriste, que tu es assimilé. Je n’garde pas les cochons, moi, je garde les chèvres. » Et toc ! Raquel Garrido, confirmant la finesse d’esprit dont elle fait toujours preuve dans les nombreuses émissions TV de haut vol auxquelles elle a participé, murmure de son côté : « On veut pas savoir ce que tu fais avec les chèvres… » (rires du public). 

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Le pauvre Jean Messiha tente désespérément de sortir de la subtile ornière dans laquelle l’a fait choir un Yassine Bellatar au plus haut de sa forme. Il se lance dans une explication alambiquée et pas drôle du tout que l’humoriste casse d’un trait : « Ça y est ? T’as fini ta pizza ? T’as mis tous les ingrédients ? » (rires et applaudissements du public). 


Pendant ce temps-là, s’affiche sur l’écran un des tweets rigolos que Yassine a postés à l’adresse de Jean Messiha il y a quelques semaines : « Votre tête de chameau confirme que vous êtes né du mauvais côté de la Méditerranée. » Comme Monsieur Messiha s’en offusque, Yassine parachève son gag : « Toi tu te lèves le matin en disant “je suis pas arabe” ? Avec la tête que t’as ?  » (rires du public) « Messihaaa, tu leur as pas dit au FN, Messihaaaa. » 

Jean Messiha (vraiment aucun sens de l’humour) : « T’es un raciste de me dire ça, tu me renvoies à mes origines. » Yassine (en pleine forme, on vous dit) : « Non, ton visage le fait très bien ! » (rires du public)

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À l’heure où nous écrivons ces lignes, malgré nos craintes de voir ostracisé cet humoriste risque-tout et rebelle, aucune plainte ne semble avoir été déposée auprès du CSA.

Ni Clémentine Autain, ni Danièle Obono, ni Rokhaya Diallo (si promptes à rédiger, souvent à juste titre, des pétitions contre le racisme) n’ont levé le moindre petit doigt. Ceci prouve que, Dieu merci, il existe encore en ce bas-monde des gens capables de faire la différence entre le second degré, l’humour, et les propos scandaleusement et ouvertement racistes.

Détruire le fascisme islamique

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Charles-Ferdinand Ramuz, un Vaudois à Paris

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Avec la modernité, le charme de Paris disparait. Zoé Poche ressort les notes de Charles-Ferdinand Ramuz, un Suisse qui débarqua gare de Lyon en 1900, à l’âge de 22 ans.


Paris n’est plus le centre du monde depuis les Années folles. Ville convalescente dans un pays malade, la capitale dérive sans altérer les esprits. Absente de son époque, elle ne marque plus son temps que par mimétisme et maniérisme. Elle n’inocule plus cette tension jadis palpable à chaque coin de rue. On venait y chercher des raisons d’espérer ou de sombrer. Elle donnait un sens aux individualités fracassées. Aujourd’hui, les existences molles y font leur lit. L’indifférence et la passivité guident les peuples malheureux, c’est le nouveau mal du siècle. Désormais, à l’instar des autres mégalopoles, Paris se réfugie dans une modernité démodée qui lui a ôté toute singularité, toute attraction et toute transgression.

Paris perdu

L’air de Paris n’électrise plus le provincial qui espérait faire carrière, fortune ou chambouler ses plus profondes certitudes. Paris était un rite de passage, l’étudiant s’y déflorait l’âme avec délice, le visiteur étranger en revenait sonné par tant d’images, la grisaille du pavé et les lumières de la nuit nourrissaient longtemps les pages des journaux intimes. On se rappelait de Paris comme d’une amante ingrate et désirable, d’un piège fluvial qui valait le prix d’un voyage de noces. La Seine était alors plus dangereuse et sinueuse que l’Amazone. Depuis plus d’un an, on n’y monte seulement pour manifester dans des quartiers sécurisés. Paris suscite une colère froide et mécanique, les passions tristes ont emporté son caractère ravageur.

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Il faut reconnaître que le clonage urbain a déraciné la capitale. Des dégâts comparables au réchauffement climatique. Les mêmes façades restaurées, les mêmes boutiques globalisées, les mêmes ségrégations sociales, les mêmes mobilités contraintes, les mêmes catafalques idéologiques qu’ailleurs, à force de rechercher un progrès lisse et asphyxiant, la ville s’est dénaturée, s’est dépouillée de son aura. Elle a laissé son mojo au vestiaire. Où est passée sa fougue gamine ? Pour tenter de retrouver cette lueur d’espoir dans le Paris rocailleux de la Belle Époque, il n’est pas désagréable d’emboiter le pas d’un paysan des alpages, un certain Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947), célèbre pour son roman  La Grande Peur dans la montagne. L’écrivain Vaudois trop souvent cantonné au régionalisme béat a débarqué, un jour, à la Gare de Lyon en provenance de Lausanne. Il était venu pour y préparer son doctorat ès lettres sur Maurice de Guérin, un proche de Barbey d’Aurevilly. Il n’en écrivit pas une ligne et séjourna à Paris jusqu’en 1914. Il relate son expérience dans Paris (notes d’un Vaudois) qui parut en 1938 et ressort cette année chez Zoé Poche dans sa version originale avec une belle introduction de Pierre Assouline.

Un choc esthétique

Ramuz n’est pas un piéton ordinaire même s’il décrit une ville qui ravira les amateurs de couleurs sépia et de vieilles rengaines. Les odeurs, le bruit des fiacres, le goût du lait, les bistrots recouverts de sciure, les cochers à haut-de-forme, les boîtes de bouquinistes, tout ce folklore fascine le petit Vaudois comme il se définit. Nous avions oublié la vraie couleur de Paris, Ramuz nous la remet en tête, en musique même : « une des beautés de Paris est que l’âge ne tente pas de s’y dissimuler sous de faciles maquillages, qu’on y répare peut-être, et assez rarement, mais qu’on n’y restaure guère ». Assouline a raison de le qualifier de « drôle de frontalier » car le propos de Ramuz va bien au-delà d’un portrait fantasmé de la ville ou de cette « multitude d’impressions incohérentes ». Pour lui, chantre de la verticalité où l’horizon s’appelle la pente, Paris le fait littérairement dévisser. « Je ne me doutais pas que la fatigue, ici, c’est d’aller à plat, que la fatigue, à Paris, c’est la foule », écrit-il.

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Le petit Vaudois pétri de nature a surtout un choc esthétique, presque métaphysique. Il vient « d’un pays où le passé se lit bien dans les monuments de la nature, et il se lit bien aussi dans les choses de la terre, mais c’est le passé de la terre ; – où on ne le retrouve nulle part dans les ouvrages faits de main d’homme ». Cet ensemble de monuments dessine pour lui une civilisation et un accès à la nostalgie. Ces notes sont un apprentissage de la liberté. Elles interrogent également sur le rapport à la langue. Car Ramuz se retrouve étranger dans sa propre langue. De sa mansarde, ce jeune homme helvète nous délivre à un siècle d’écart une réflexion assez revigorante sur la pureté du français.

Paris (notes d’un Vaudois) de C.F. Ramuz – Zoé Poche

Paris, notes d'un Vaudois

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Larynx, paix et crustacés


« Certains ont tout, d’autres n’ont rien ». De recherche en recherche, voici le fin mot de la science : les inégalités des ressources sont vieilles comme le monde.


 

Être doué de parole, c’est pouvoir produire avec sa bouche des sons qui forment des mots. Le langage, c’est tout ce qui, grâce à des mots, permet de traduire un sens. Depuis la fin des années 1960, bien des scientifiques sont persuadés que la parole relèverait d’un propre de l’Homme intimement lié à une de ses particularités anatomiques : un larynx « descendu » dans sa gorge. Voilà pourquoi il serait impossible d’apprendre à parler à un petit chimpanzé, même si on l’élève comme un petit humain. Selon cette théorie, la position basse de l’organe situé entre le pharynx et la trachée serait nécessaire à la phonation, soit la production de voyelles différenciées. À cause d’une drôle de mutation apparue voici 200 000 ans, toutes les espèces sauf la nôtre se retrouveraient aujourd’hui privées de parole. Une riche revue de la littérature, menée par des chercheurs français et canadiens notamment affiliés au CNRS et à l’université de Grenoble, vient de percer trois gros trous dans cette barque. De un, leur article montre que cette descente d’organe n’est pas spécifique à l’humain. De deux, que la phonation peut très bien s’effectuer sans larynx en position basse. Et de trois, que des primates contemporains sont capables de telles vocalisations différenciées. L’un dans l’autre, cette triple réfutation de la théorie de la descente laryngée fait faire un grand bond en arrière à l’aube du langage : de 200 000 ans, on passe à 20 millions d’années. Des analyses menées sur des crânes de Néandertaliens montrent, par exemple, que ces hominidés disparus, avec lesquels les humains contemporains peuvent encore partager jusqu’à 3 % de gènes, possédaient eux aussi une capacité phonétique et ce même si leur larynx n’était pas « descendu ». D’autres travaux menés sur des animaux non humains actuels révèlent que les cervidés, les chimpanzés et les porcs ont tous un larynx en position basse, sans pour autant être capables de parler. Contrairement aux babouins dont le larynx « haut » ne les empêche pas le moins du monde de produire une bonne dizaine de vocalisations spécifiques à des situations éthologiques et dans lesquels les scientifiques entendent des proto-voyelles, des proto-mots et un proto-langage.

Référence : http://tinyurl.com/Doutuparles

Jeux de mots

Le langage n’est évidemment pas qu’une question d’anatomie, il y a aussi (et au moins) des facteurs culturels et cognitifs qui rentrent en ligne de compte. Une équipe internationale de linguistes, de psychologues et d’anthropologues évolutionnaires vient à ce titre de formuler une passionnante hypothèse : les jeux enfantins pourraient avoir contribué à l’émergence du langage chez Homo sapiens. Premièrement, ils montrent que certains des gènes sélectionnés dans notre espèce contrôlent la globularisation du crâne et du cerveau – le fait que nous ayons des têtes plus rondes que les Néandertaliens, et dès lors des connexions cérébrales différentes. Ce qui est susceptible d’avoir créé un terrain cognitif favorable à l’aptitude au langage et à notre mode de pensée symbolique. Ensuite, que l’autodomestication humaine, soit l’adaptation des humains modernes à des niches écologiques qu’ils se sont eux-mêmes créées où les prédateurs sont relativement peu nombreux et les ressources alimentaires relativement abondantes, aura fait perdre à l’agressivité de son utilité. Le rapport avec le langage ? Une telle pacification du rapport au monde et à autrui, qu’atteste le fait que les mâles de notre espèce sont bien moins réactifs à la testostérone que chez certains de nos cousins primates, pourrait avoir permis un plus grand brassage des populations, des réseaux sociaux plus étendus et un temps de développement – une enfance – plus long. Dans le cadre de cette « modernité comportementale », les géniteurs n’étaient pas les seuls à s’occuper des enfants – contrairement aux Néandertaliens, aux structures familiales plus nucléaires – et les fratries étaient souvent composées d’enfants dépendants de leurs parents à des degrés divers – avec des petits sevrés et non sevrés, notamment. Et cette « niche sociale », façonnée par l’autodomestication, pourrait avoir donné naissance à des jeux élaborés, eux-mêmes catalyseurs de complexité linguistique.

Référence : http://tinyurl.com/LudiqueLinguistique

Réquisition de coquilles

L’inégale distribution des ressources matérielles est un invariant des sociétés humaines. Certains ont tout, d’autres n’ont rien, et la grande majorité se situe quelque part au milieu. En économie, le coefficient de Gini permet de rendre compte du niveau d’inégalités dans une population. Il s’agit d’un nombre compris entre 0 et 1 : un groupe parfaitement égalitaire, dans lequel chaque individu est aussi riche que son voisin, a son Gini à 0, tandis qu’un groupe très inégalitaire, dans lequel un nabab monopolise tout quand les autres n’ont que leurs yeux pour pleurer, a le Gini qui frôle salement le 1. Trois chercheurs en écologie évolutive et en mathématiques appliquées ont fait une découverte pas piquée des crevettes : les pagures, plus connus sous leur nom de bernard-l’hermite, ont un coefficient de Gini très semblable à celui des humains des sociétés primitives. Il ne s’agit rien de moins que de la première étude de l’histoire à démontrer l’existence d’une inégalité de richesse dans une espèce autre que la nôtre. Dirigée par Ivan Chase, aujourd’hui professeur émérite à l’université de Stony Brook, elle poursuit ses recherches menées dans les années 1980 sur le turnover immobilier chez ces crustacés, obligés, par la mollesse de leurs organes, à squatter des coquilles de bigorneaux morts. Selon Chase et ses collaborateurs, 1 % des bernard-l’hermite se partagent 3 % des ressources en coquilles. Si on est loin de l’échelle des salaires des pays développés contemporains, l’étude laisse tout de même entendre que les inégalités de ressources n’ont pas moins de 550 millions d’années, soit l’âge de notre dernier ancêtre commun avec les pagures.

Référence : http://tinyurl.com/LeCapitalAuCambrien

De Saint-Pétersbourg à Paris

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Sous le métro de la Chapelle
Près des garnis à vingt-cinq sous
C’est toujours lui, cet homme saoul
Qui bat les murs et qui appelle
On ne sait qui, d’on ne sait où…

(Francis Carco, Nostalgie de Paris)

Isidore Ducasse ne s’éveilla que tard le lendemain. Il avait soif. Son premier geste fut d’aller soulever le rideau pour voir Paris. Un long mur, couleur de routine, arrêta son regard.

(Philippe Soupault, Lautréamont)

J’envisageai un court instant, claquemuré à Pétersbourg, dans le sombre appartement de Andreï Doronine, exceptionnel auteur traduit par votre serviteur, devenu l’année suivante l’éditeur russe de mon avant-dernier roman Morphine Monojet, traduit par Kira Sapguir, durant ces longues semaines grises d’octobre-novembre — d’écrire mon propre Journal du souterrain… Andreï ne faisait que de rares apparitions, son métier d’organisateur de concerts l’expédiant à Novossibirsk, Minsk-Riga-Vilnius d’affilée, avant Vladivostok et Krasnoïarsk en passant par Moscou. Employé comme tout le monde de la marchandise mondiale, je traduisais à flux tendus les contrats envoyés en rafales par mon Vénéré Patron de l’import-export, qui n’avait consenti à me laisser souffler que brièvement lors de mes amours fugaces avec la belle Kazan, à la fois blonde et tatare. Andreï, lorsqu’il surgissait, considérait que je n’avais pas bougé : il m’avait laissé à la même place, assis face à l’écran, pianotant sur le clavier avec force récriminations. Puis il retournait à l’autre bout du continent surveiller ses DJ.

Au fond de la Perspective Nievski, célèbre avenue où l’auteur de Crime et Châtiment commandait ses costumes au seul tailleur lui accordant encore créance, dont la boutique portait un nom français, j’étais à deux pas du cimetière-parc-monastère, où était enterré… Dostoïevski. Lors des longues pauses que je me ménageais, en dépit de l’urgence martelée par mon Vénéré Patron (parce que je vais vous apprendre quelque chose, le capitalisme mondial, dans sa frénésie de commerce forcené, n’a pas plus de pitié pour les traducteurs que pour les péones  Uber) dans cette ville à part, où se mélangent mendiants, popes et touristes, je traînais devant les tombes des grands ancêtres, Lomonossov ou encore Tchaïkovski. Le long du canal, entre cimetière et monastère, était nichée une boulangerie où l’on vend le pain monastique, d’après moi le meilleur de la ville. Toujours un élément de suspense : quand elle avait vendu sa fournée, la boulangerie fermait sans autre forme de procès. Le sentiment de culpabilité du travailleur en train de faire l’école buissonnière ajoutait une certaine consistance à mon idée si pertinente de journal du sous-sol provisoire où j’étais enfermé.

De guerre lasse avec soi-même, on finissait par retourner bûcher sur les finasseries jésuitiques des avocats d’affaires… Muni d’un pain noir de première bourre, pour le caviar rouge arrosé de bière — le prolétariat mental a des à-côtés délectables. Peu de loisirs : une lecture de Nikonov, héros punk des années 1990 et Bukovski local, dans un bouge près de la gare, où le poète saoul hurlait ses vers et jetait ses feuilles sur scène, engueulant l’univers. En compagnie de mon camarade Vincent Deyveaux, poète lui-même, habitant de Pétersbourg, très proche du punk légendaire.

Retour en Phrance — changement total de garniture. Expédié deux jours plus tard à peine vers un festival du livre méridional, pour promouvoir mon récent roman L’Icône. Un gigantesque supermarché, les vedettes à l’honneur, et les lecteurs en file indienne devant les auteurs de thrillers à l’américaine dont ils sont intoxiqués, maintenant que le marché dictant sa loi a démodé le polar de gauche avec flic soixante-huitard sauvant la jeune beur, fumeuse de crack et géniale interprète de Duke Ellington. L’intrigue de ces bouses, elle aussi, est toujours à peu près semblable : le — mieux encore la — capitaine de police Martin de Fouilly-les-Oies, retrouve une femme coupée en morceaux derrière la gare et son enquête piétine longtemps, avant qu’elle ne tombe sur le kinésithérapeute pédophile en cheville avec un notable secrètement néo-nazi, voire poutinien, c’est presque pire. En général, c’est écrit par des chefs d’entreprises de com, ou bien dans l’évènementiel. 300 auteurs, une ambiance d’hypermarché. Le seul plaisir, au matin : passer sur le port, voir les ferries, les bateaux de pêche, les navires de guerre, se laisser caresser par un soleil d’automne.

Le rituel du Salon du Livre, essentiel aux éditeurs, aux conseils régionaux et… aux boîtes de com. entretient sensiblement les mêmes rapports avec la littérature que votre sushi de grande surface avec la mystique shintoïste et ses syllogismes du néant tels que les décrit Mishima dans Le Pavillon d’or. De surcroît — ça, c’est la plaie — comme, de nos jours, le pouvoir vous aime, il se charge de vos distractions. En l’occurrence, la bonne fée avait imaginé, le soir après le boulot, un karaoké d’auteurs !… On en est là !… Peu soucieux du coffre des Castafiore, je ne peux en dire plus, je brillai, en cette occasion, par mon absence.

Plus tard, à Paris, on m’invitait au Salon du Livre russe au Centre Culturel du quai Branly, que Kira Sapguir a l’esprit de surnommer avec humour La Mosquée orthodoxe, en raison des Coupoles au-dessus de la Seine. C’était au début décembre. Oui mais… sans même aborder l’épineuse question de la russophobie  latente et bien pensante bobo-OTAN, toujours sujette à controverse, en pleine grève des transports, on risquait peu l’affluence, à l’abri du client. Erreur totale d’appréciation de ma part : la foule se pressa pour le Prophète et la Momie, Marek Halter et Hélène Carrère d’Encausse. Si le premier s’éclipsa trop tôt, frustrant le libraire du fruit de son labeur, l’académicienne plébiscitée signa à tour de bras.

Kira Sapguir, qui en a vu d’autres en URSS avant de prendre la poudre d’escampette en 1978, devait conclure philosophiquement : encore une preuve que personne ne lit !…Depuis l’Empire Éclaté, 1976, on la prend pour une Pythie !…

L'Icône

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Le Poète russe préfère les grands nègres

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Dieu et les films d’horreur

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Le billet du vaurien


Quelle est la différence entre Dieu et un réalisateur de films d’horreur ? me demande un de mes lecteurs. Je ne sais que répondre. Heureusement, il vient à mon secours : « La différence, c’est que le réalisateur de films d’horreur utilise des trucages…»  Ce lecteur, Gabriel N., projette de publier un recueil d’aphorismes au titre prometteur : « Fièvres et crachats d’un nihiliste post-moderne ». Le cadavre de Cioran remue encore.

Cioran qui, dans sa Fenêtre sur le Rien, avoue que quand il voit la misère humaine, il songe que ceux qui essaient d’y remédier ne lui semblent pas plus louables que ceux qui la favorisent – tant elle est profonde. Finalement, que sont les événements de ce monde, sinon les traces que laissent dans le temps les pas du Diable ?

Quand Cioran songe à ses années berlinoises – 1933, 1934, 1935 -, Il se remémore la folie qui s’était emparée de lui, ses ambitions démesurées, ses visées démentes et, surtout, la vitalité qui palpitait en lui. « J’étais un fou sans fatigue », écrit-il. Et maintenant, ajoute-t-il, je suis fou avec fatigue. Le Diable nous donne une vitalité que la raison nous refuse. Faut-il le regretter ?

Mes fenêtres ne se sont jamais ouvertes sur des mondes irréels – fussent-ils politiques ou mystiques. C’est sans doute ce que me reprochait ironiquement Cioran quand il me disait que j’étais trop civilisé. Pas comme lui un barbare des Carpates, mais un taoïste vaudois. Incapable même de produire un film d’horreur…

Affiches Alliance Vita: de quoi Hidalgo a-t-elle peur ?

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Au fond, qu’est-ce qui dérange ceux qui veulent supprimer les affiches « Paternité » et « Maternité »?


La campagne d’affiches incitant à respecter la maternité et la paternité a suscité des réactions surprenantes par leur intensité. Etait-ce uniquement parce qu’elles étaient signées de l’alliance Vita, considérée par les « progressistes » comme l’incarnation du Mal ? Dans ce cas, il s’agirait d’un anathème qui aurait pu être le même si les affiches avaient été blanches. Vade retro, Vitanas ! Je ne reviendrai pas sur cet aspect très inquiétant de l’événement. Elisabeth Lévy a clairement dénoncé cette atteinte inadmissible à la liberté d’expression. Je me demande de quoi ont peur celles et ceux qui veulent interdire des affiches insistant sur le nécessité de préserver deux aspects essentiels de l’espèce humaine (et pas seulement elle), la paternité et la maternité ?

© Alliance Vita
© Alliance Vita

Quand un système totalitaire empêche l’expression d’une idée, c’est qu’il a peur que celle-ci ne soit dangereuse pour sa propre idéologie et ne la remette en cause. C’est bien cela que les personnes « choquées » par ces placards craignent : qu’en faisant réfléchir les passants, elles ne fragilisent leur idéologie totalitaire, celle qui consiste à nier la nature sexuée de l’être humain, le partage de l’humanité entre hommes et femmes, assurant leur descendance par l’exercice de leur sexualité. Cette idéologie sociologiste veut affirmer que la différence des sexes n’est qu’une construction sociale et que la reproduction, par le truchement d’un  rapport sexuel entre hommes et femmes, procède du désir d’imposer l’hétéro-normativité, et de dénigrer les autres formes d’expression sexuelle.

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Prenons du recul et regardons ces affiches avec le regard neutre du passant lambda, ignorant qui sont les gens qui les ont conçues, et n’ayant pas le temps de lire la signature afin d’aller se renseigner. Elles sont d’une graphie discrète et esthétique, et expriment l’importance de la paternité et de la maternité, ainsi que la nécessité de les préserver. En quoi sont-elles anti-PMA, anti-GPA, homophobe, transphobe ou je ne sais quoi phobe ? Le débat actuel – très animé – porte sur ce qu’on appelle à tort la PMA, et qui est en fait l’introduction, par un moyen médical, dans l’utérus d’une femme vivant en couple avec un homme, de sperme fourni par un autre homme, bénévole, inconnu, et qui n’est pas son conjoint, autrement dit l’IAD (insémination artificielle avec donneur). Celle-ci ne constitue qu’une petite partie de la véritable procréation  médicalement assistée, précisément 5% du total de ce que les spécialistes préfèrent appeler AMP (assistance médicale à la procréation), selon l’étude publiée par l’INED, qui ne saurait être remise en cause. Lorsque l’IAD réussit, le partenaire masculin de la femme inséminée est institué père de l’enfant.

Personne ne nie l’importance de la paternité et de la maternité

Le débat porte sur l’extension de cette méthode à des femmes qui ne sont pas en couple avec un homme, et non sur la question de la paternité, et encore moins de la maternité ; l’enfant ainsi conçu n’aura pas de père déclaré, ce qui n’est pas une nouveauté sous nos cieux (mais pose tout de même un problème). Les femmes réclamant le droit à être inséminées avec le sperme d’un inconnu ne nient pas la maternité, au contraire, elles la revendiquent. De même, les hommes qui ont recours à une mère porteuse ne nient pas la paternité, ils la revendiquent et affirment que la leur est la même que celle des pères « classiques ». Les partisans de l’extension de la « PMA » (en fait IAD) et la légalisation de la GPA ne prétendent aucunement vouloir supprimer la paternité et la maternité ; au contraire, ils affirment à l’appui de leur exigence, que celle-ci n’affectera pas les couples actuels qui souhaitent avoir des enfants et les élever comme on l’a fait jusqu’à présent. Pour ou contre la PMA, pour ou contre la GPA, il y a consensus sur la pérennité de la paternité et de la maternité ; les couples homosexuels voulant avoir des enfants prétendent même que ceux-ci auront deux pères ou deux mères. Je ne vois personne qui réclame une collectivisation de l’éducation des enfants, ou la gestation dans un laboratoire, comme dans Le meilleur des Mondes d’Aldous Huxley.

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Actuellement, toujours selon les sources indiscutables que sont l’INED et l’INSEE, sur les 780 000 bébés nés en France (en 2018) environ 1 000 ont été conçus à partir d’une IAD, soit 0,13%. Ce chiffre augmentera sans doute si la loi sur « la PMA pour toutes » est promulguée, mais peu ; les couples de femmes sont moins de 0,4% des couples et les femmes célibataires souhaitant avoir recours à l’insémination avec le sperme d’un inconnu ne sont pas légions. Par ailleurs les donneurs de sperme sont rarissimes.

On continuera à faire des enfants en faisant l’amour

Quelle que soit l’évolution de la législation et de l’utilisation de techniques plus ou moins sophistiquées, on peut prévoir sans trop de risque que l’écrasante majorité des enfants qui naitront dans un avenir proche auront été conçus lors d’un rapport sexuel entre un homme et une femme et porteront le code génétique mélangé de ces deux individus, appelés couramment leur parents. Ajoutons que ledit rapport sexuel est, lui aussi dans une écrasante majorité – du moins dans notre pays – désiré par l’homme et la femme qui s’y adonnent, qu’il est accompagné chez les deux protagonistes d’une intense jouissance, d’un sentiment de plénitude et, la plupart du temps, est aussi associé à un sentiment d’amour. C’est peut-être de cela qu’ont peur ceux qui fustigent les affiches : celles-ci leur rappellent que la nature gardera tout de même – et de loin – le dessus, que les hommes et les femmes continueront à vouloir faire leurs enfants par la voie la plus naturelle qui soit : la décharge orgastique de la semence masculine dans la cavité féminine au cours d’un exercice générateur d’un des plus grands plaisirs que l’être humain puisse connaître – faire l’amour – et accompagné du plus fantastique sentiment qu’il puisse éprouver : l’amour amoureux. Que ceux qui, pour des raisons diverses, ne peuvent pas, ou ne veulent pas, connaître cette expérience, puissent en ressentir une frustration, c’est tout à fait compréhensible ; ils méritent qu’on les respecte et qu’on les aide à contourner, dans la mesure du possible, leur incapacité. La médecine y pourvoit déjà dans une certaine mesure, puisqu’un enfant sur 30 est né grâce à une AMP (et non une IAD qui ne représente que 5%). On peut envisager l’élargissement de ces possibilités, ce que prévoit la loi en cours de vote, contestée par pas mal de monde.

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Mais il faut que ces frustrations, et obligations d’avoir recours à un procédé médical, soient assumées par celles et ceux qui les subissent et ceux et celles qui les soutiennent inconditionnellement. Elles sont la conséquence unique d’une impossibilité, ou refus, et non de l’attitude des autres, de la société. Les personnes qui soutiennent l’élargissement n’ont pas à s’offusquer lorsqu’on leur signifie cette réalité : l’être humain se reproduit grâce à la sexualité qui unit pour un temps un homme et une femme, le pénis du premier pénétrant dans le vagin de la deuxième, jusqu’à éjaculation. Il est en cela semblable aux mammifères qui lui sont proches. Mais il y ajoute un sentiment qui lui est peut-être propre et qui, si l’on en croit l’histoire, les écrivains, les poètes, les peintres, ce qui se dit dans les cabinets des psychologues et des sexologues, ce qui se raconte entre amis et ce que l’ont peut vivre soi-même, est l’un des plus intenses que l’on puisse connaître. Ceci n’est pas une création sociale, n’a pas pour but de privilégier l’hétérosexualité par rapport aux autres pratiques sexuelles. C’est notre réalité.

Est-ce cette peur du sexe qui fait pousser à ces gens des cris d’orfraie à la vue d’affiches qui peuvent leur suggérer cette évidence : la quasi-totalité d’entre nous – eux compris – sont venus au monde parce que leur père et leur mère ont eu un rapport sexuel, un soir, un matin, en pleine journée, dans leur lit, leur voiture, un champ de pâquerettes ou un ascenseur, vraisemblablement en prenant leur pied, et assez souvent, avec amour.

«Le désengagement de l’État de l’enseignement de l’arabe fait le bonheur des mosquées»

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De passage à Sète, après un reportage à Lunel, j’ai pu interroger Youssef Nouiouar, sociologue et professeur d’arabe, auteur d’une thèse sur la gestion du culte musulman en France. De ses entretiens avec une cinquantaine d’imams dans la région en 2015-2016, il a tiré de nombreux enseignements. Des attentes des musulmans français vis-à-vis des dirigeants de mosquées à l’enseignement de l’arabe, ses conclusions ont parfois de quoi surprendre. Entretien.


Daoud Boughezala. Vous identifiez une date-clé dans l’histoire de l’immigration musulmane en France : 1974. Pourquoi ?

Youssef Nouiouar. L’année 1974 correspond à la fin de l’immigration officielle et le début du regroupement familial. Avant 1974, on ne parlait pas de problème musulman en France, la pratique était individuelle et il n’y avait pas de revendications culturelles ou cultuelles. C’était une immigration majoritairement masculine avec une perspective de retour au pays d’origine. Des années 50 au début des années 70, les chefs de famille ne se préoccupaient que du souci financier. Ils travaillaient et envoyaient de l’argent, à leur famille restée au pays, à la fin du mois. C’était la mère, l’oncle, le cousin, qui s’occupait de l’éducation des enfants. Après 1974, et l’arrivée de jeunes générations de musulmans sur le sol français, les chefs de familles vont se confronter à de nouvelles responsabilités. En plus du souci financier, les pères vont se préoccuper de la transmission du patrimoine culturel aux nouvelles générations. Dès lors les musulmans de France connaîtront une dynamique, toujours en cours, pour la construction des mosquées et la création des associations cultuelles et culturels tout en respectant les lois de la république, ses valeurs et ses institutions. Une équation fragile qui peine à satisfaire les attentes des fidèles et à se maintenir dans la durée sans intervention des pouvoirs publics en France et dans les pays d’émigration. Les revendications se focaliseront autour de deux points précis : l’enseignement de la langue arabe (le turc pour la communauté turque) et la création de lieux de culte musulman.

1981 a donné un coup d’accélérateur à la création de mosquées en France.

La trajectoire des musulmans semble suivre un rythme septennal. En effet, vous voyez dans 1981 une nouvelle inflexion dans la place de l’islam en France. Qu’a changé l’arrivée de la gauche au pouvoir ?

1981 a donné un coup d’accélérateur à la création de mosquées en France. Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, il n’y a plus d’obligation d’avoir la nationalité française pour créer une association. A l’époque, la Grande mosquée de Paris (GMP) détenait un monopole. C’est à partir du milieu des années 80 qu’ont émergé plusieurs organisations islamiques en France pour contrebalancer le poids de la GMP.

La Grande Mosquée de Paris est réputée très proche du régime algérien. Plus largement, les pays d’origine des immigrés musulmans s’ingèrent-ils trop dans la gestion du culte ?

Les pays d’origine ont pris progressivement conscience des enjeux stratégiques et géopolitiques liés à leurs ressortissants à l’étranger. Ils mobilisent à cette fin un capital matériel et relationnel important. Algérie, Maroc et Turquie continuent à financer quelques organisations et fédérations islamiques en France, à envoyer des professeurs ELCO (Enseignement Langue et Culture d’Origine) dans les écoles et des imams dans les mosquées de France. Nous remarquons un contraste dans la politique de ces pays et une lutte symbolique entre ces différents acteurs.  L’État marocain par exemple déclarait, à partir du début des années 2000, vouloir « encourager l’intégration et la cohabitation dans les sociétés d’accueil tout en préservant l’identité marocaine dans ses dimensions musulmane, arabe et amazighe, et (de) propager les valeurs religieuses et civilisationnelles fondées sur la tolérance, le dialogue et la cohabitation au sein de la communauté marocaine à l’étranger ». Le Maroc pousse par exemple à une meilleure intégration de ses ressortissants dans le pays où ils sont nés, mais en gardant un lien privilégié avec leur pays d’origine. A l’échelle familiale, les immigrés musulmans de France trouvent quelques difficultés à transmettre leur héritage culturel et religieux à leurs enfants.

Il y a 3000 mosquées en France

Les trous dans la chaîne de transmission compliquent probablement la tâche des imams. Favorise-t-elle l’islam des caves » ?

Dans les années 70 et 80, on parlait en effet d’islam des caves, la pratique se faisait souvent dans des salles de prières qui ne répondaient pas aux normes d’urbanisme. Les fidèles ont construit coûte à coûte leurs propres mosquées qui assurent un certain confort et la sérénité. Ils se sont mobilisés pour arriver à 3000 mosquées en France si bien que les simples salles de prière et « l’islam des caves » sont en voie de disparition.

Globalement, l’islam de France évolue du quantitatif vers le qualitatif. Les jeunes réclament de plus en plus de prêches en français parce que certains ne comprennent que peu d’éléments aux prêches en arabe. En matière de gouvernance, les fidèles dans certaines mosquées se sentent pris en otage par des dirigeants qui ne respectent pas les échéances électorales, l’alternance au bureau de l’association et la transparence en matière de la gestion financière. Ils réclament plus de démocratie dans les lieux de culte et se plaignent des dirigeants qui ne les représentent pas vraiment.

Le nombre de professeurs d’arabe est en chute libre, divisé de moitié ces cinq dernières années.

Un lieu de culte tel qu’une mosquée a-t-il vraiment vocation à être démocratique ?

Rappelons qu’en France toute mosquée est une association. Et qui dit association dit président, bureau, gestion administrative, gestion financière, enjeu de pouvoir. C’est ce qui crée la tension. Il est rare qu’en entrant dans une mosquée, on trouve les statuts de l’association, le nom du président, la composition du bureau, le rapport de la dernière assemblée générale… Généralement, c’est le président de l’association qui nomme et salarie l’imam. Parfois, il y a un président qui ne maîtrise pas le français, qui peine à affirmer son autorité face un imam compétent ou l’inverse. Cela entraîne une tension manifeste ou latente. Un imam a déclaré : « L’imam en France est assis sur un siège éjectable ! » A Montpellier, la grande mosquée de La Paillade a par exemple été le théâtre de plusieurs conflits allant jusqu’au tribunal. L’exemple de l’imam Khattabi en est une bonne illustration. Ce dernier a fini par créer sa propre mosquée « Aïcha », dans la zone industrielle de Montpellier. Khattabi est à la fois imam et dirigeant de cette mosquée.

Vous citez le cas d’un imam frère musulman. Cette mouvance a beaucoup investi le champ associatif et social, notamment via l’enseignement de l’arabe. L’éducation nationale porte-t-elle une responsabilité là-dedans ?

Oui. Le désengagement de l’État de l’enseignement de l’arabe est décevant. Le nombre de professeurs d’arabe est en chute libre, divisé de moitié ces cinq dernières années. Ils ne sont que deux cents professeurs d’arabe à l’heure actuelle. Le CAPES d’arabe est très fermé, avec deux ou trois profs recrutés à chaque concours contre 800 ou 900 profs d’anglais. L’Éducation nationale se désolidarise de cet enseignement. Cette politique fait le bonheur des mosquées et des associations culturelles où le nombre d’inscrits a été décuplé (cf. le rapport de Hakim El Karoui). Cela montre que la revendication de 1974 est toujours vivace : transmettre le patrimoine cultuel et culturel. Mais les politiques ne la prennent pas en compte.

Le financement étranger de l’islam de France est un fantasme.

Sans doute craignent-ils d’être accusés de faire le jeu de l’islamisme. Beaucoup voient la main de l’Arabie saoudite ou du Qatar derrière le financement et la construction de nouvelles mosquées. Ont-ils tort ?

Le financement étranger de l’islam de France est un fantasme. L’économie du culte repose essentiellement sur les dons des fidèles. La propagande autour du wahhabisme est également loin de la réalité du terrain. Certes il y a quelques percées et des tentatives pour influencer le discours religieux en France à travers des sites internet, des imams et des associations, mais on ne trouve aucune organisation ou fédération wahhabite au sein du CFCM ! L’islam de France reste majoritairement un islam sunnite traditionnel compatible avec les valeurs de la République. Il tente de trouver un point d’équilibre entre l’influence des pays d’origine et l’aspiration à une pratique et une organisation harmonieuse dans le contexte laïc.

L’islam, une religion française

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Isabelle Huppert flinguée par Neuhoff et encensée par Millet

Le cinéma français, cette vieille putain

Éric Neuhoff n’est pas tendre avec Isabelle Huppert. Dans sa charge contre le cinéma français, il multiplie les formules assassines : « Un pays où Isabelle Huppert est considérée comme une grande actrice est un pays qui va mal. » Son pamphlet lui a valu le prix Renaudot. Il le méritait. Il osait enfin dire ce que chacun pense sans oser le formuler, à savoir que depuis une vingtaine d’années le cinéma français est un champ de ruines que plus personne n’a envie de visiter. Perclus de subventions, il a cessé de nous éblouir et dégouline d’une morale de boy-scouts qui donne moins envie de « vivre ensemble » que de s’entretuer pour échapper à tant de niaiseries.

Certes, il y a des exceptions, ne serait-ce que notre ami Pascal Thomas ou Emmanuel Mouret, mais force est de reconnaître que l’exception culturelle française aggravée par une féminisation de la profession a produit des effets désastreux au regard de ce que furent les années 1960-1970 avec Melville, Godard, Truffaut, Malle, Sautet, Pialat, Rohmer, Chabrol… et j’en passe, tant le cinéma était alors une fête pour l’intelligence et les sens. « Jadis, écrit Éric Neuhoff, les films étaient faits pour voir des femmes plus belles que nos voisines de palier : souvenez-vous de ce chef-d’œuvre, L’homme qui aimait les femmes, de François Truffaut. Cela n’est plus de saison. Tout est devenu lent, mou et laborieux. » Le cinéma français est cette vieille putain fardée à la peau flétrie qui ne survit qu’à force de subventions et grâce à l’adhésion des lectrices de Télérama ou des rebelles en peau de lapin de Libération ou des Inrocks.

Certes, répondrait Michel Ciment dans Positif, en nombre d’entrées nos films font jeu égal avec le cinéma hollywoodien. Et dans le monde entier, Isabelle Huppert est considérée comme une grande comédienne. D’ailleurs, observe Neuhoff, « un nécrophile modéré peut très bien se contenter du lit d’une femme frigide ». Il y est bien forcé, n’ayant plus le choix. Adieu donc aux nymphettes et aux dragueurs ! L’heure de la castration et de la délation a sonné.

Le « grand écrivain », lui aussi, est mort…

Isabelle Huppert est-elle une grande actrice ? Dans Huppert et moi, Richard Millet vole à son secours. Et je le suis volontiers quand il écrit que ce genre de qualificatif n’a plus de sens à une époque où le relativisme gouverne les esprits avec une force qui menace la faculté même de juger. Le « grand écrivain » lui aussi est mort. Et la gloire elle-même, avec sa connotation religieuse, est devenue obsolète. « Ainsi Isabelle Huppert, déplore-t-il, ne serait plus qu’une “valeur” française, valeur non plus identitaire, mais marchande, la “qualité française” étant ce qui reste d’authentique à un pays qui fut grand et qui s’endort dans “l’horizontalité démocratique”. »

La Dentellière de Claude Goretta

Si Richard Millet a intitulé son livre Huppert et moi, c’est avec la sensation presque physique qu’elle parle de lui dans ses films sans connaître son existence, mais qu’en parlant de ses films – et il les dissèque admirablement –, il apprend à se connaître comme si elle détenait les fils de son existence, à la manière d’un conte de Borges. Est-elle son enfant, sa sœur, son amante, son énigme ? Il la regarde dans La Dentellière de Goretta, ce beau film sur l’impossibilité de l’amour, sur la nudité silencieuse d’Isabelle qui l’entraînera aux confins de la folie. Il est subjugué et note ceci qui est très beau : « Tout homme a aimé et quittera une fille silencieuse, le destin de l’amour étant tragique pour peu qu’il demeure amour. »

Richard Millet perçoit à quel point elle est seule dans ses films, toujours plus seule – et en cela particulièrement proche de lui. « Je me prends parfois à parler comme elle », écrit-il encore, et « à me demander qui d’elle ou de moi poussera le premier la porte sombre ». Nul n’ignore que les plus belles histoires d’amour sont celles qui n’ont jamais lieu. Richard Millet aura vécu la sienne avec Isabelle Huppert. En sera-t-elle troublée ? Pour la connaître un peu, je n’en doute pas.

On peut aimer à la folie un visage sur un écran, visage qui bouleversera notre existence et qu’on n’aura de cesse de retrouver dans la vie réelle. Cela m’est arrivé avec Louise Brooks. C’était cela le miracle du cinéma. Je doute que cela le soit encore. Disons adieu à nos rêves ! Oublions le septième art ! Par une étrange coïncidence, il est né en même temps que la psychanalyse, a suivi le même destin et ce qu’il en reste nous arracherait des larmes si nous n’étions pas convaincus que tout est amené à disparaître.

(très) Cher cinéma français: Prix Renaudot Essai 2019

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Huppert et Moi

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France Inter: faux rebelles, vrai censeurs

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France inter est une radio de gauche. Cela ne serait pas un problème, si elle n’était pas financée par tous les Français.


France Inter est, parait-il, une radio publique. Pourtant, le service public est soumis à un devoir de neutralité lui interdisant d’être l’instrument d’une propagande. Apôtre d’un gauchisme moralisateur, n’est-ce pas ce que cette radio est devenue? Naturellement, nous pouvons choisir de ne pas les écouter. Cela ne nous empêchera pas de devoir les financer par nos impôts.

Toujours les mêmes cibles

Récemment, un pseudo humoriste, Frédéric Fromet, nous a montré à quel point cette radio pouvait être sectaire et agressive. Dans une chanson intitulée « Jésus est pédé », le chansonnier allie vulgarité et haine (« Du haut de la croix, pourquoi l’avoir cloué, pourquoi l’avoir pas enculé ? »). Comme une impression que France Inter s’inspire de Charlie, sans le talent, ni le courage de s’attaquer à toutes les communautés religieuses, et pas seulement la cible la plus facile. Le chansonnier s’était déjà distingué en tournant en dérision la mort du matador Iván Fandiño lors d’une corrida, ou en ironisant sur l’incendie de Notre-Dame, symbole de la tradition chrétienne de la France que France Inter visiblement vomit.

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France Inter aime prôner un esprit de tolérance et d’ouverture. En réalité, ses journalistes expriment une pensée totalitaire, et sont incapables d’entendre la moindre idée contradictoire. Durant l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2017, la chronique d’un autre humoriste, Pierre-Emmanuel Barré, avait été censurée car il avait déclaré qu’il ne voterait pas pour Emmanuel Macron. Mais quelle est la légitimité d’une radio du service public de prendre parti aussi nettement pour un candidat politique? France Inter ne se pose même pas cette question tant elle est persuadée de prêcher la vérité contre l’hérésie d’une droite réactionnaire qu’il faudrait réduire au silence.

La radio déconnectée du peuple

France Inter n’est pas une radio d’information. C’est la radio du « Camp du Bien », la radio d’une pseudo-élite déracinée, déconnectée du peuple, se croyant rebelle alors qu’elle représente le système dans ce qu’il a de plus conformiste et de plus détestable. France Inter, c’est le sarcasme permanent, « la bouche en coin, toujours du côté gauche », selon l’excellente expression de Maitre Gilles-William Goldnadel. Chez France Inter, on se complait toujours à se gausser car on sait qu’il n’y a pas mieux pour humilier quelqu’un que de rire à ses dépens.

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Ce qu’il y a de fascinant avec la station star de la Maison de la radio, c’est que personne ne peut se risquer à la critiquer.

Que ce soient les politiques, par peur de ne plus être invités dans la matinale la plus écoutée de France, ou tel intellectuel de droite qui se retrouverait immédiatement caricaturé à outrance par Guillaume Meurice ou Charline Vanhoenacker : nul ne prend le risque de déstabiliser une pensée autoproclamée correcte. Mais comme France Inter est financée par les Français, il faut rappeler aux Français qu’ils paient une caste parisienne de bobos de gauche, arrogants et méprisants, cultivant la vulgarité de masse et protégés par leur statut.

Muray, l’homme qui instrumentalisait les femmes


L’humour dévastateur de Philippe Muray naît de l’idée que l’homme est féroce et mu par la jalousie. Contre l’optimisme anthropologique de L’Empire du Bien, il s’est réfugié dans l’écriture et la possession des femmes.


 

Dans un poème intitulé Tombeau pour une touriste innocente, Muray évoque une touriste dotée de toutes les qualités contemporaines qu’il réprouve – un fond idiot et impitoyablement sympa – qui se fait trucider par un islamiste. Celui-ci est défini ontologiquement par Muray comme un « terroriste qui se voulait touriste », c’est-à-dire une sorte de frère en abrutissement de celle qu’il égorge, de symétrique inverse de sa victime, partageant le même idéal de règne de la bêtise. Ce poème, me dit-on, a été retiré de la liste des textes lus sur scène par Fabrice Luchini, car le public n’accrochait pas. Il y avait un blanc. Flash-back : Cunégonde, dans Candide, est violée par tous les reîtres qui traînent en Europe centrale et même, si je me souviens bien, termine cul-de-jatte et borgne ; mais il semblerait que, deux cents ans plus tard, cet effet comique de contraste avec l’optimisme philosophique de Pangloss ne soit plus possible sous la plume de Muray. Comme si les spectateurs ne pouvaient pas accepter un humour féroce, faute de sentir la férocité en eux, ni un humour où l’imbécile est victime, car cette imbécile était vertueuse.

Muray a un succès universel et superficiel quand il se moque des bobos. Mais quand il dit pourquoi il s’en moque, quand les vrais motifs sont sur la table, il n’en a plus. Quand il dévoile le fond de sa pensée, c’est le sauve-qui-peut, car sa pensée part de l’idée que l’homme est féroce et qu’il est fou quand il ne le voit pas. Or le truisme occidental contemporain érigé en principe est le suivant : l’homme est bon et il est sage quand il se pense bon. Ceux qui pensent que l’homme est mauvais sont mauvais.

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Retour à l’inacceptable projet de Muray : désespérer l’optimisme anthropologique. Débouter Polnareff, glorifier le syllabus. De là, la première discussion qui s’ouvre sur l’avenir des thèses de Muray : jusqu’à quand serons-nous assez bêtes pour construire nos lois, nos institutions, nos programmes politiques sur notre phantasme de pureté intérieure immarcescible ? Et comment éviter le ridicule qu’il y a à constater les désordres du monde sans y voir l’effet de sa propre imperfection de nature ? Comment, en un mot, tourner autour de la question de la sagesse ? Et préférer à la sagesse l’accusation permanente ? Le bouc émissaire va-t-il disparaître ? La violence cesser de se focaliser sur des faux coupables ? Si la réponse est oui à ces deux dernières questions, Muray aura été exagérément pessimiste et aura forcé le trait. Mais si la société tourne à l’insurrection permanente des accusateurs contre des accusés imaginaires, comme nous le constatons tous les jours, l’auteur d’Après l’Histoire aura présenté un miroir à une époque où la curiosité, la réflexion, l’honnêteté sont réprouvées. Si les lyncheurs digitaux, qui sont à la fois en crise narcissique et en extase criminelle permanentes prolifèrent et deviennent la norme psychologique et morale, comme on peut le craindre tous les matins, Muray sera notre Jérôme Bosch littéraire.

Deuxième remarque : dans le dernier tome paru de son Ultima necat, il est souvent question de ses relations avec Philippe Sollers. L’analyse de Muray est très simple : Sollers ne tolère pas qu’on existe ailleurs que dans son ombre, dans cette obscurité propice au crime où il étranglera plus ou moins aimablement l’homme de talent qui aurait pu lui disputer la lumière. Ce sont des passages très drôles où la méfiance de Muray a presque l’air de se matérialiser, généralement à la Closerie des Lilas. Muray pense du mariage ce qu’il pense de Sollers. L’épousée vous tue sournoisement, à l’ombre de la loi. À petit feu, avec des ménagements, en vous expliquant qu’elle vous veut du bien. Une femme, ou un éditeur, c’est la synthèse de l’étrangleur ottoman et du consultant en bien-être. La misogynie de Muray et sa phobie de l’éditeur ont la même source : le désir de se fabriquer une baronnie où il serait libre, sous le soleil, sachant qu’il est entouré d’ennemis de ce projet. La jalousie est en effet chez lui le grand motif des actions sociales comme du projet conjugal. Dans les deux cas, l’objectif est que rien de libre ne subsiste autour de soi. L’être jaloux veut être seul à régner sur le néant. Des êtres jaloux qui veulent s’entre-empêcher de produire, d’exister, de vivre : ce résumé de l’état de la société et du couple me paraît parfaitement contemporain.

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Troisième remarque : quand même, il est tombé dans le piège tendu au mâle hétérosexuel contemporain. Muray étant particulièrement intelligent et ne faisant rien comme tout le monde, il n’est pas tombé dans les pièges communs. Le premier piège où sombrent les hommes contemporains est de se déclarer réfugié sexuel : il s’agit de constater que les rapports hétérosexuels étant devenus impossibles tandis que la sexualité est restée nécessaire, on sera désormais homosexuel, ou on adoptera une des nombreuses propositions possibles à l’intersection du sexe, du genre et de l’orientation, dont la liste est disponible au siège de l’UNEF. C’est le piège « Tout sauf bobonne », ou plutôt : « N’importe quoi plutôt que bobonne. » Tomber dans le deuxième piège, c’est obéir aux injonctions que l’esprit de meurtre de l’homme nous adresse : acheter des lingettes au calendula à 23 heures au Franprix en se trouvant formidable. Confondre la réduction en esclavage avec la solidarité conjugale et parentale. Bref, incliner sa fierté et son indépendance au point de se transformer en un gastéropode sournois, un lâche faussement épanoui, qui deviendra aussi liberticide en société qu’il est privé de liberté dans sa vie personnelle. Muray tombe dans le troisième piège, le plus sophistiqué : instrumentaliser les femmes, qu’il adore pourtant. Il les adore esthétiquement, et il en pense le plus grand mal, parce qu’il considère qu’elles ont le projet de remplacer leur amant en mari, c’est-à-dire un condamné à mort qui sera exécuté au moyen du premier enfant qui naîtra. Donc, il ne prend la femme qu’avec son option pilule. Certes, nous en sommes tous là. Nos sentiments sont aussi éruptifs qu’ambivalents. Le désir de révolte se dispute avec les promesses de la volupté. Mais Muray ne veut pas penser à cette idée pourtant inscrite dans la civilisation chrétienne qu’il défend, idée qui n’est pas déshonorante : il est tout de même courtois de leur faire un enfant quand elles le désirent.

Yassine Belattar: drôle d’humour

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Yassine Belattar (qui prétend ne pas faire de politique), prise de parole lors de la reunion publique de la candidate En Marche de la 8e circonscription de Paris, Laetitia Avia, en juin 2017 © STEPHANE ALLAMAN/SIPA Numéro de reportage : 00810392_000051

Grace à sa carte d’humoriste issu de la « diversité », on laisse ce soi-disant grand défenseur des musulmans sortir des horreurs à la télévision. Sous couvert d’humour, il milite pour un projet de partition de la société.


Yassine Belattar est un humoriste qui brille ces dernières années grâce à de nombreux sketchs qui deviennent, au fur et à mesure que les mois passent, des classiques. En 2018, son sketch « J’appelle au téléphone Albert Chennouf-Meyer – le père du soldat Abel Chennouf tué à Montauban par Mohammed Merah – pour le menacer de porter plainte contre lui pour racisme » déclenche rires et applaudissements mérités lors d’une tournée demeurée mémorable. Son fameux spectacle sur les djihadistes français, « Ils sont comme des enfants qui foutent le bordel à un anniversaire », reste dans les mémoires comme le summum de la transgression drolatique.

Un artiste qui prétend ne pas faire de politique

Tout le monde se souvient des rires déclenchés par son fameux gag à l’adresse d’un ministre considérant que le port du voile ne relevait pas de la tradition française : « Si j’étais lui j’éviterais de mettre les pieds dans le 93 » ou, plus récemment, par sa boutade lancée à une journaliste qui nous coûte les yeux de la tête en protection policière : « Inch Allah en 2020 t’es plus là !  » 

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Dans le journal Libération du 17 octobre 2019, Yassine Belattar lâchait quelques-uns de ces traits d’humour dont il a le secret et qui constitueront l’ossature d’un prochain spectacle, que nous attendons avec impatience : « Je suis un artiste, je ne fais pas de politique » et « Il faudra légaliser les musulmans dans ce pays, avant de légaliser la marijuana.  » 

Le 9 janvier 2020, Yassine Belattar, dans une forme olympique, a éclaboussé de toute sa classe humoristique les spectateurs de cette grande émission d’humour qu’est Balance ton Post ! (émission conduite par un autre maître du rire que le monde entier nous envie, Cyril Hanouna). En face du très triste et effacé Jean Messiha, cadre du RN, et avec le soutien appuyé de sa consœur en humour Raquel Garrido, Yassine a lancé son premier bon mot : « T’es obligé de porter un pin’s de la France (en référence au pin’s du drapeau tricolore que porte Monsieur Messiha sur le revers de sa veste) pour qu’on sache que t’es Français. J’te jure, si t’avais pas le pin’s, tu ressembles à mon cousin du bled !  » (rires du public).

Tête de chameau 

Jean Messiha, pincé et manquant visiblement d’humour, fait remarquer que le tutoiement ne s’impose pas : « On n’a pas gardé les cochons ensemble !  » « C’est bien la preuve, répond du tac au tac l’humoriste, que tu es assimilé. Je n’garde pas les cochons, moi, je garde les chèvres. » Et toc ! Raquel Garrido, confirmant la finesse d’esprit dont elle fait toujours preuve dans les nombreuses émissions TV de haut vol auxquelles elle a participé, murmure de son côté : « On veut pas savoir ce que tu fais avec les chèvres… » (rires du public). 

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Le pauvre Jean Messiha tente désespérément de sortir de la subtile ornière dans laquelle l’a fait choir un Yassine Bellatar au plus haut de sa forme. Il se lance dans une explication alambiquée et pas drôle du tout que l’humoriste casse d’un trait : « Ça y est ? T’as fini ta pizza ? T’as mis tous les ingrédients ? » (rires et applaudissements du public). 


Pendant ce temps-là, s’affiche sur l’écran un des tweets rigolos que Yassine a postés à l’adresse de Jean Messiha il y a quelques semaines : « Votre tête de chameau confirme que vous êtes né du mauvais côté de la Méditerranée. » Comme Monsieur Messiha s’en offusque, Yassine parachève son gag : « Toi tu te lèves le matin en disant “je suis pas arabe” ? Avec la tête que t’as ?  » (rires du public) « Messihaaa, tu leur as pas dit au FN, Messihaaaa. » 

Jean Messiha (vraiment aucun sens de l’humour) : « T’es un raciste de me dire ça, tu me renvoies à mes origines. » Yassine (en pleine forme, on vous dit) : « Non, ton visage le fait très bien ! » (rires du public)

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À l’heure où nous écrivons ces lignes, malgré nos craintes de voir ostracisé cet humoriste risque-tout et rebelle, aucune plainte ne semble avoir été déposée auprès du CSA.

Ni Clémentine Autain, ni Danièle Obono, ni Rokhaya Diallo (si promptes à rédiger, souvent à juste titre, des pétitions contre le racisme) n’ont levé le moindre petit doigt. Ceci prouve que, Dieu merci, il existe encore en ce bas-monde des gens capables de faire la différence entre le second degré, l’humour, et les propos scandaleusement et ouvertement racistes.

Détruire le fascisme islamique

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Charles-Ferdinand Ramuz, un Vaudois à Paris

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Ramuz © Centre des littératures en Suisse romande

 


Avec la modernité, le charme de Paris disparait. Zoé Poche ressort les notes de Charles-Ferdinand Ramuz, un Suisse qui débarqua gare de Lyon en 1900, à l’âge de 22 ans.


Paris n’est plus le centre du monde depuis les Années folles. Ville convalescente dans un pays malade, la capitale dérive sans altérer les esprits. Absente de son époque, elle ne marque plus son temps que par mimétisme et maniérisme. Elle n’inocule plus cette tension jadis palpable à chaque coin de rue. On venait y chercher des raisons d’espérer ou de sombrer. Elle donnait un sens aux individualités fracassées. Aujourd’hui, les existences molles y font leur lit. L’indifférence et la passivité guident les peuples malheureux, c’est le nouveau mal du siècle. Désormais, à l’instar des autres mégalopoles, Paris se réfugie dans une modernité démodée qui lui a ôté toute singularité, toute attraction et toute transgression.

Paris perdu

L’air de Paris n’électrise plus le provincial qui espérait faire carrière, fortune ou chambouler ses plus profondes certitudes. Paris était un rite de passage, l’étudiant s’y déflorait l’âme avec délice, le visiteur étranger en revenait sonné par tant d’images, la grisaille du pavé et les lumières de la nuit nourrissaient longtemps les pages des journaux intimes. On se rappelait de Paris comme d’une amante ingrate et désirable, d’un piège fluvial qui valait le prix d’un voyage de noces. La Seine était alors plus dangereuse et sinueuse que l’Amazone. Depuis plus d’un an, on n’y monte seulement pour manifester dans des quartiers sécurisés. Paris suscite une colère froide et mécanique, les passions tristes ont emporté son caractère ravageur.

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Il faut reconnaître que le clonage urbain a déraciné la capitale. Des dégâts comparables au réchauffement climatique. Les mêmes façades restaurées, les mêmes boutiques globalisées, les mêmes ségrégations sociales, les mêmes mobilités contraintes, les mêmes catafalques idéologiques qu’ailleurs, à force de rechercher un progrès lisse et asphyxiant, la ville s’est dénaturée, s’est dépouillée de son aura. Elle a laissé son mojo au vestiaire. Où est passée sa fougue gamine ? Pour tenter de retrouver cette lueur d’espoir dans le Paris rocailleux de la Belle Époque, il n’est pas désagréable d’emboiter le pas d’un paysan des alpages, un certain Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947), célèbre pour son roman  La Grande Peur dans la montagne. L’écrivain Vaudois trop souvent cantonné au régionalisme béat a débarqué, un jour, à la Gare de Lyon en provenance de Lausanne. Il était venu pour y préparer son doctorat ès lettres sur Maurice de Guérin, un proche de Barbey d’Aurevilly. Il n’en écrivit pas une ligne et séjourna à Paris jusqu’en 1914. Il relate son expérience dans Paris (notes d’un Vaudois) qui parut en 1938 et ressort cette année chez Zoé Poche dans sa version originale avec une belle introduction de Pierre Assouline.

Un choc esthétique

Ramuz n’est pas un piéton ordinaire même s’il décrit une ville qui ravira les amateurs de couleurs sépia et de vieilles rengaines. Les odeurs, le bruit des fiacres, le goût du lait, les bistrots recouverts de sciure, les cochers à haut-de-forme, les boîtes de bouquinistes, tout ce folklore fascine le petit Vaudois comme il se définit. Nous avions oublié la vraie couleur de Paris, Ramuz nous la remet en tête, en musique même : « une des beautés de Paris est que l’âge ne tente pas de s’y dissimuler sous de faciles maquillages, qu’on y répare peut-être, et assez rarement, mais qu’on n’y restaure guère ». Assouline a raison de le qualifier de « drôle de frontalier » car le propos de Ramuz va bien au-delà d’un portrait fantasmé de la ville ou de cette « multitude d’impressions incohérentes ». Pour lui, chantre de la verticalité où l’horizon s’appelle la pente, Paris le fait littérairement dévisser. « Je ne me doutais pas que la fatigue, ici, c’est d’aller à plat, que la fatigue, à Paris, c’est la foule », écrit-il.

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Le petit Vaudois pétri de nature a surtout un choc esthétique, presque métaphysique. Il vient « d’un pays où le passé se lit bien dans les monuments de la nature, et il se lit bien aussi dans les choses de la terre, mais c’est le passé de la terre ; – où on ne le retrouve nulle part dans les ouvrages faits de main d’homme ». Cet ensemble de monuments dessine pour lui une civilisation et un accès à la nostalgie. Ces notes sont un apprentissage de la liberté. Elles interrogent également sur le rapport à la langue. Car Ramuz se retrouve étranger dans sa propre langue. De sa mansarde, ce jeune homme helvète nous délivre à un siècle d’écart une réflexion assez revigorante sur la pureté du français.

Paris (notes d’un Vaudois) de C.F. Ramuz – Zoé Poche

Paris, notes d'un Vaudois

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Larynx, paix et crustacés

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© Biosphoto/ Cyrille MULARD/ AFP

« Certains ont tout, d’autres n’ont rien ». De recherche en recherche, voici le fin mot de la science : les inégalités des ressources sont vieilles comme le monde.


 

Être doué de parole, c’est pouvoir produire avec sa bouche des sons qui forment des mots. Le langage, c’est tout ce qui, grâce à des mots, permet de traduire un sens. Depuis la fin des années 1960, bien des scientifiques sont persuadés que la parole relèverait d’un propre de l’Homme intimement lié à une de ses particularités anatomiques : un larynx « descendu » dans sa gorge. Voilà pourquoi il serait impossible d’apprendre à parler à un petit chimpanzé, même si on l’élève comme un petit humain. Selon cette théorie, la position basse de l’organe situé entre le pharynx et la trachée serait nécessaire à la phonation, soit la production de voyelles différenciées. À cause d’une drôle de mutation apparue voici 200 000 ans, toutes les espèces sauf la nôtre se retrouveraient aujourd’hui privées de parole. Une riche revue de la littérature, menée par des chercheurs français et canadiens notamment affiliés au CNRS et à l’université de Grenoble, vient de percer trois gros trous dans cette barque. De un, leur article montre que cette descente d’organe n’est pas spécifique à l’humain. De deux, que la phonation peut très bien s’effectuer sans larynx en position basse. Et de trois, que des primates contemporains sont capables de telles vocalisations différenciées. L’un dans l’autre, cette triple réfutation de la théorie de la descente laryngée fait faire un grand bond en arrière à l’aube du langage : de 200 000 ans, on passe à 20 millions d’années. Des analyses menées sur des crânes de Néandertaliens montrent, par exemple, que ces hominidés disparus, avec lesquels les humains contemporains peuvent encore partager jusqu’à 3 % de gènes, possédaient eux aussi une capacité phonétique et ce même si leur larynx n’était pas « descendu ». D’autres travaux menés sur des animaux non humains actuels révèlent que les cervidés, les chimpanzés et les porcs ont tous un larynx en position basse, sans pour autant être capables de parler. Contrairement aux babouins dont le larynx « haut » ne les empêche pas le moins du monde de produire une bonne dizaine de vocalisations spécifiques à des situations éthologiques et dans lesquels les scientifiques entendent des proto-voyelles, des proto-mots et un proto-langage.

Référence : http://tinyurl.com/Doutuparles

Jeux de mots

Le langage n’est évidemment pas qu’une question d’anatomie, il y a aussi (et au moins) des facteurs culturels et cognitifs qui rentrent en ligne de compte. Une équipe internationale de linguistes, de psychologues et d’anthropologues évolutionnaires vient à ce titre de formuler une passionnante hypothèse : les jeux enfantins pourraient avoir contribué à l’émergence du langage chez Homo sapiens. Premièrement, ils montrent que certains des gènes sélectionnés dans notre espèce contrôlent la globularisation du crâne et du cerveau – le fait que nous ayons des têtes plus rondes que les Néandertaliens, et dès lors des connexions cérébrales différentes. Ce qui est susceptible d’avoir créé un terrain cognitif favorable à l’aptitude au langage et à notre mode de pensée symbolique. Ensuite, que l’autodomestication humaine, soit l’adaptation des humains modernes à des niches écologiques qu’ils se sont eux-mêmes créées où les prédateurs sont relativement peu nombreux et les ressources alimentaires relativement abondantes, aura fait perdre à l’agressivité de son utilité. Le rapport avec le langage ? Une telle pacification du rapport au monde et à autrui, qu’atteste le fait que les mâles de notre espèce sont bien moins réactifs à la testostérone que chez certains de nos cousins primates, pourrait avoir permis un plus grand brassage des populations, des réseaux sociaux plus étendus et un temps de développement – une enfance – plus long. Dans le cadre de cette « modernité comportementale », les géniteurs n’étaient pas les seuls à s’occuper des enfants – contrairement aux Néandertaliens, aux structures familiales plus nucléaires – et les fratries étaient souvent composées d’enfants dépendants de leurs parents à des degrés divers – avec des petits sevrés et non sevrés, notamment. Et cette « niche sociale », façonnée par l’autodomestication, pourrait avoir donné naissance à des jeux élaborés, eux-mêmes catalyseurs de complexité linguistique.

Référence : http://tinyurl.com/LudiqueLinguistique

Réquisition de coquilles

L’inégale distribution des ressources matérielles est un invariant des sociétés humaines. Certains ont tout, d’autres n’ont rien, et la grande majorité se situe quelque part au milieu. En économie, le coefficient de Gini permet de rendre compte du niveau d’inégalités dans une population. Il s’agit d’un nombre compris entre 0 et 1 : un groupe parfaitement égalitaire, dans lequel chaque individu est aussi riche que son voisin, a son Gini à 0, tandis qu’un groupe très inégalitaire, dans lequel un nabab monopolise tout quand les autres n’ont que leurs yeux pour pleurer, a le Gini qui frôle salement le 1. Trois chercheurs en écologie évolutive et en mathématiques appliquées ont fait une découverte pas piquée des crevettes : les pagures, plus connus sous leur nom de bernard-l’hermite, ont un coefficient de Gini très semblable à celui des humains des sociétés primitives. Il ne s’agit rien de moins que de la première étude de l’histoire à démontrer l’existence d’une inégalité de richesse dans une espèce autre que la nôtre. Dirigée par Ivan Chase, aujourd’hui professeur émérite à l’université de Stony Brook, elle poursuit ses recherches menées dans les années 1980 sur le turnover immobilier chez ces crustacés, obligés, par la mollesse de leurs organes, à squatter des coquilles de bigorneaux morts. Selon Chase et ses collaborateurs, 1 % des bernard-l’hermite se partagent 3 % des ressources en coquilles. Si on est loin de l’échelle des salaires des pays développés contemporains, l’étude laisse tout de même entendre que les inégalités de ressources n’ont pas moins de 550 millions d’années, soit l’âge de notre dernier ancêtre commun avec les pagures.

Référence : http://tinyurl.com/LeCapitalAuCambrien

De Saint-Pétersbourg à Paris

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Thierry Marignac a

Sous le métro de la Chapelle
Près des garnis à vingt-cinq sous
C’est toujours lui, cet homme saoul
Qui bat les murs et qui appelle
On ne sait qui, d’on ne sait où…

(Francis Carco, Nostalgie de Paris)

Isidore Ducasse ne s’éveilla que tard le lendemain. Il avait soif. Son premier geste fut d’aller soulever le rideau pour voir Paris. Un long mur, couleur de routine, arrêta son regard.

(Philippe Soupault, Lautréamont)

J’envisageai un court instant, claquemuré à Pétersbourg, dans le sombre appartement de Andreï Doronine, exceptionnel auteur traduit par votre serviteur, devenu l’année suivante l’éditeur russe de mon avant-dernier roman Morphine Monojet, traduit par Kira Sapguir, durant ces longues semaines grises d’octobre-novembre — d’écrire mon propre Journal du souterrain… Andreï ne faisait que de rares apparitions, son métier d’organisateur de concerts l’expédiant à Novossibirsk, Minsk-Riga-Vilnius d’affilée, avant Vladivostok et Krasnoïarsk en passant par Moscou. Employé comme tout le monde de la marchandise mondiale, je traduisais à flux tendus les contrats envoyés en rafales par mon Vénéré Patron de l’import-export, qui n’avait consenti à me laisser souffler que brièvement lors de mes amours fugaces avec la belle Kazan, à la fois blonde et tatare. Andreï, lorsqu’il surgissait, considérait que je n’avais pas bougé : il m’avait laissé à la même place, assis face à l’écran, pianotant sur le clavier avec force récriminations. Puis il retournait à l’autre bout du continent surveiller ses DJ.

Au fond de la Perspective Nievski, célèbre avenue où l’auteur de Crime et Châtiment commandait ses costumes au seul tailleur lui accordant encore créance, dont la boutique portait un nom français, j’étais à deux pas du cimetière-parc-monastère, où était enterré… Dostoïevski. Lors des longues pauses que je me ménageais, en dépit de l’urgence martelée par mon Vénéré Patron (parce que je vais vous apprendre quelque chose, le capitalisme mondial, dans sa frénésie de commerce forcené, n’a pas plus de pitié pour les traducteurs que pour les péones  Uber) dans cette ville à part, où se mélangent mendiants, popes et touristes, je traînais devant les tombes des grands ancêtres, Lomonossov ou encore Tchaïkovski. Le long du canal, entre cimetière et monastère, était nichée une boulangerie où l’on vend le pain monastique, d’après moi le meilleur de la ville. Toujours un élément de suspense : quand elle avait vendu sa fournée, la boulangerie fermait sans autre forme de procès. Le sentiment de culpabilité du travailleur en train de faire l’école buissonnière ajoutait une certaine consistance à mon idée si pertinente de journal du sous-sol provisoire où j’étais enfermé.

De guerre lasse avec soi-même, on finissait par retourner bûcher sur les finasseries jésuitiques des avocats d’affaires… Muni d’un pain noir de première bourre, pour le caviar rouge arrosé de bière — le prolétariat mental a des à-côtés délectables. Peu de loisirs : une lecture de Nikonov, héros punk des années 1990 et Bukovski local, dans un bouge près de la gare, où le poète saoul hurlait ses vers et jetait ses feuilles sur scène, engueulant l’univers. En compagnie de mon camarade Vincent Deyveaux, poète lui-même, habitant de Pétersbourg, très proche du punk légendaire.

Retour en Phrance — changement total de garniture. Expédié deux jours plus tard à peine vers un festival du livre méridional, pour promouvoir mon récent roman L’Icône. Un gigantesque supermarché, les vedettes à l’honneur, et les lecteurs en file indienne devant les auteurs de thrillers à l’américaine dont ils sont intoxiqués, maintenant que le marché dictant sa loi a démodé le polar de gauche avec flic soixante-huitard sauvant la jeune beur, fumeuse de crack et géniale interprète de Duke Ellington. L’intrigue de ces bouses, elle aussi, est toujours à peu près semblable : le — mieux encore la — capitaine de police Martin de Fouilly-les-Oies, retrouve une femme coupée en morceaux derrière la gare et son enquête piétine longtemps, avant qu’elle ne tombe sur le kinésithérapeute pédophile en cheville avec un notable secrètement néo-nazi, voire poutinien, c’est presque pire. En général, c’est écrit par des chefs d’entreprises de com, ou bien dans l’évènementiel. 300 auteurs, une ambiance d’hypermarché. Le seul plaisir, au matin : passer sur le port, voir les ferries, les bateaux de pêche, les navires de guerre, se laisser caresser par un soleil d’automne.

Le rituel du Salon du Livre, essentiel aux éditeurs, aux conseils régionaux et… aux boîtes de com. entretient sensiblement les mêmes rapports avec la littérature que votre sushi de grande surface avec la mystique shintoïste et ses syllogismes du néant tels que les décrit Mishima dans Le Pavillon d’or. De surcroît — ça, c’est la plaie — comme, de nos jours, le pouvoir vous aime, il se charge de vos distractions. En l’occurrence, la bonne fée avait imaginé, le soir après le boulot, un karaoké d’auteurs !… On en est là !… Peu soucieux du coffre des Castafiore, je ne peux en dire plus, je brillai, en cette occasion, par mon absence.

Plus tard, à Paris, on m’invitait au Salon du Livre russe au Centre Culturel du quai Branly, que Kira Sapguir a l’esprit de surnommer avec humour La Mosquée orthodoxe, en raison des Coupoles au-dessus de la Seine. C’était au début décembre. Oui mais… sans même aborder l’épineuse question de la russophobie  latente et bien pensante bobo-OTAN, toujours sujette à controverse, en pleine grève des transports, on risquait peu l’affluence, à l’abri du client. Erreur totale d’appréciation de ma part : la foule se pressa pour le Prophète et la Momie, Marek Halter et Hélène Carrère d’Encausse. Si le premier s’éclipsa trop tôt, frustrant le libraire du fruit de son labeur, l’académicienne plébiscitée signa à tour de bras.

Kira Sapguir, qui en a vu d’autres en URSS avant de prendre la poudre d’escampette en 1978, devait conclure philosophiquement : encore une preuve que personne ne lit !…Depuis l’Empire Éclaté, 1976, on la prend pour une Pythie !…

L'Icône

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Fasciste

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Le Poète russe préfère les grands nègres

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Dieu et les films d’horreur

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L'écrivain Cioran en 1989 © OZKOK/SIPA Numéro de reportage: 00170537_000003

Le billet du vaurien


Quelle est la différence entre Dieu et un réalisateur de films d’horreur ? me demande un de mes lecteurs. Je ne sais que répondre. Heureusement, il vient à mon secours : « La différence, c’est que le réalisateur de films d’horreur utilise des trucages…»  Ce lecteur, Gabriel N., projette de publier un recueil d’aphorismes au titre prometteur : « Fièvres et crachats d’un nihiliste post-moderne ». Le cadavre de Cioran remue encore.

Cioran qui, dans sa Fenêtre sur le Rien, avoue que quand il voit la misère humaine, il songe que ceux qui essaient d’y remédier ne lui semblent pas plus louables que ceux qui la favorisent – tant elle est profonde. Finalement, que sont les événements de ce monde, sinon les traces que laissent dans le temps les pas du Diable ?

Quand Cioran songe à ses années berlinoises – 1933, 1934, 1935 -, Il se remémore la folie qui s’était emparée de lui, ses ambitions démesurées, ses visées démentes et, surtout, la vitalité qui palpitait en lui. « J’étais un fou sans fatigue », écrit-il. Et maintenant, ajoute-t-il, je suis fou avec fatigue. Le Diable nous donne une vitalité que la raison nous refuse. Faut-il le regretter ?

Mes fenêtres ne se sont jamais ouvertes sur des mondes irréels – fussent-ils politiques ou mystiques. C’est sans doute ce que me reprochait ironiquement Cioran quand il me disait que j’étais trop civilisé. Pas comme lui un barbare des Carpates, mais un taoïste vaudois. Incapable même de produire un film d’horreur…

Fenêtre sur le Rien

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Affiches Alliance Vita: de quoi Hidalgo a-t-elle peur ?

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Anne Hidalgo le 10 janvier 2020 © PIERRE VILLARD/SIPA Numéro de reportage: 00939526_000002

Au fond, qu’est-ce qui dérange ceux qui veulent supprimer les affiches « Paternité » et « Maternité »?


La campagne d’affiches incitant à respecter la maternité et la paternité a suscité des réactions surprenantes par leur intensité. Etait-ce uniquement parce qu’elles étaient signées de l’alliance Vita, considérée par les « progressistes » comme l’incarnation du Mal ? Dans ce cas, il s’agirait d’un anathème qui aurait pu être le même si les affiches avaient été blanches. Vade retro, Vitanas ! Je ne reviendrai pas sur cet aspect très inquiétant de l’événement. Elisabeth Lévy a clairement dénoncé cette atteinte inadmissible à la liberté d’expression. Je me demande de quoi ont peur celles et ceux qui veulent interdire des affiches insistant sur le nécessité de préserver deux aspects essentiels de l’espèce humaine (et pas seulement elle), la paternité et la maternité ?

© Alliance Vita
© Alliance Vita

Quand un système totalitaire empêche l’expression d’une idée, c’est qu’il a peur que celle-ci ne soit dangereuse pour sa propre idéologie et ne la remette en cause. C’est bien cela que les personnes « choquées » par ces placards craignent : qu’en faisant réfléchir les passants, elles ne fragilisent leur idéologie totalitaire, celle qui consiste à nier la nature sexuée de l’être humain, le partage de l’humanité entre hommes et femmes, assurant leur descendance par l’exercice de leur sexualité. Cette idéologie sociologiste veut affirmer que la différence des sexes n’est qu’une construction sociale et que la reproduction, par le truchement d’un  rapport sexuel entre hommes et femmes, procède du désir d’imposer l’hétéro-normativité, et de dénigrer les autres formes d’expression sexuelle.

A lire aussi: Hidalgo contre la liberté

Prenons du recul et regardons ces affiches avec le regard neutre du passant lambda, ignorant qui sont les gens qui les ont conçues, et n’ayant pas le temps de lire la signature afin d’aller se renseigner. Elles sont d’une graphie discrète et esthétique, et expriment l’importance de la paternité et de la maternité, ainsi que la nécessité de les préserver. En quoi sont-elles anti-PMA, anti-GPA, homophobe, transphobe ou je ne sais quoi phobe ? Le débat actuel – très animé – porte sur ce qu’on appelle à tort la PMA, et qui est en fait l’introduction, par un moyen médical, dans l’utérus d’une femme vivant en couple avec un homme, de sperme fourni par un autre homme, bénévole, inconnu, et qui n’est pas son conjoint, autrement dit l’IAD (insémination artificielle avec donneur). Celle-ci ne constitue qu’une petite partie de la véritable procréation  médicalement assistée, précisément 5% du total de ce que les spécialistes préfèrent appeler AMP (assistance médicale à la procréation), selon l’étude publiée par l’INED, qui ne saurait être remise en cause. Lorsque l’IAD réussit, le partenaire masculin de la femme inséminée est institué père de l’enfant.

Personne ne nie l’importance de la paternité et de la maternité

Le débat porte sur l’extension de cette méthode à des femmes qui ne sont pas en couple avec un homme, et non sur la question de la paternité, et encore moins de la maternité ; l’enfant ainsi conçu n’aura pas de père déclaré, ce qui n’est pas une nouveauté sous nos cieux (mais pose tout de même un problème). Les femmes réclamant le droit à être inséminées avec le sperme d’un inconnu ne nient pas la maternité, au contraire, elles la revendiquent. De même, les hommes qui ont recours à une mère porteuse ne nient pas la paternité, ils la revendiquent et affirment que la leur est la même que celle des pères « classiques ». Les partisans de l’extension de la « PMA » (en fait IAD) et la légalisation de la GPA ne prétendent aucunement vouloir supprimer la paternité et la maternité ; au contraire, ils affirment à l’appui de leur exigence, que celle-ci n’affectera pas les couples actuels qui souhaitent avoir des enfants et les élever comme on l’a fait jusqu’à présent. Pour ou contre la PMA, pour ou contre la GPA, il y a consensus sur la pérennité de la paternité et de la maternité ; les couples homosexuels voulant avoir des enfants prétendent même que ceux-ci auront deux pères ou deux mères. Je ne vois personne qui réclame une collectivisation de l’éducation des enfants, ou la gestation dans un laboratoire, comme dans Le meilleur des Mondes d’Aldous Huxley.

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Actuellement, toujours selon les sources indiscutables que sont l’INED et l’INSEE, sur les 780 000 bébés nés en France (en 2018) environ 1 000 ont été conçus à partir d’une IAD, soit 0,13%. Ce chiffre augmentera sans doute si la loi sur « la PMA pour toutes » est promulguée, mais peu ; les couples de femmes sont moins de 0,4% des couples et les femmes célibataires souhaitant avoir recours à l’insémination avec le sperme d’un inconnu ne sont pas légions. Par ailleurs les donneurs de sperme sont rarissimes.

On continuera à faire des enfants en faisant l’amour

Quelle que soit l’évolution de la législation et de l’utilisation de techniques plus ou moins sophistiquées, on peut prévoir sans trop de risque que l’écrasante majorité des enfants qui naitront dans un avenir proche auront été conçus lors d’un rapport sexuel entre un homme et une femme et porteront le code génétique mélangé de ces deux individus, appelés couramment leur parents. Ajoutons que ledit rapport sexuel est, lui aussi dans une écrasante majorité – du moins dans notre pays – désiré par l’homme et la femme qui s’y adonnent, qu’il est accompagné chez les deux protagonistes d’une intense jouissance, d’un sentiment de plénitude et, la plupart du temps, est aussi associé à un sentiment d’amour. C’est peut-être de cela qu’ont peur ceux qui fustigent les affiches : celles-ci leur rappellent que la nature gardera tout de même – et de loin – le dessus, que les hommes et les femmes continueront à vouloir faire leurs enfants par la voie la plus naturelle qui soit : la décharge orgastique de la semence masculine dans la cavité féminine au cours d’un exercice générateur d’un des plus grands plaisirs que l’être humain puisse connaître – faire l’amour – et accompagné du plus fantastique sentiment qu’il puisse éprouver : l’amour amoureux. Que ceux qui, pour des raisons diverses, ne peuvent pas, ou ne veulent pas, connaître cette expérience, puissent en ressentir une frustration, c’est tout à fait compréhensible ; ils méritent qu’on les respecte et qu’on les aide à contourner, dans la mesure du possible, leur incapacité. La médecine y pourvoit déjà dans une certaine mesure, puisqu’un enfant sur 30 est né grâce à une AMP (et non une IAD qui ne représente que 5%). On peut envisager l’élargissement de ces possibilités, ce que prévoit la loi en cours de vote, contestée par pas mal de monde.

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Mais il faut que ces frustrations, et obligations d’avoir recours à un procédé médical, soient assumées par celles et ceux qui les subissent et ceux et celles qui les soutiennent inconditionnellement. Elles sont la conséquence unique d’une impossibilité, ou refus, et non de l’attitude des autres, de la société. Les personnes qui soutiennent l’élargissement n’ont pas à s’offusquer lorsqu’on leur signifie cette réalité : l’être humain se reproduit grâce à la sexualité qui unit pour un temps un homme et une femme, le pénis du premier pénétrant dans le vagin de la deuxième, jusqu’à éjaculation. Il est en cela semblable aux mammifères qui lui sont proches. Mais il y ajoute un sentiment qui lui est peut-être propre et qui, si l’on en croit l’histoire, les écrivains, les poètes, les peintres, ce qui se dit dans les cabinets des psychologues et des sexologues, ce qui se raconte entre amis et ce que l’ont peut vivre soi-même, est l’un des plus intenses que l’on puisse connaître. Ceci n’est pas une création sociale, n’a pas pour but de privilégier l’hétérosexualité par rapport aux autres pratiques sexuelles. C’est notre réalité.

Est-ce cette peur du sexe qui fait pousser à ces gens des cris d’orfraie à la vue d’affiches qui peuvent leur suggérer cette évidence : la quasi-totalité d’entre nous – eux compris – sont venus au monde parce que leur père et leur mère ont eu un rapport sexuel, un soir, un matin, en pleine journée, dans leur lit, leur voiture, un champ de pâquerettes ou un ascenseur, vraisemblablement en prenant leur pied, et assez souvent, avec amour.

«Le désengagement de l’État de l’enseignement de l’arabe fait le bonheur des mosquées»

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arabe islam youssef nouiouar
Enseignement de l'arabe à la mosquée Addawa, Paris, 2002. Auteurs : SIMON ISABELLE/SIPA. Numéro de reportage : 00463383_000003

De passage à Sète, après un reportage à Lunel, j’ai pu interroger Youssef Nouiouar, sociologue et professeur d’arabe, auteur d’une thèse sur la gestion du culte musulman en France. De ses entretiens avec une cinquantaine d’imams dans la région en 2015-2016, il a tiré de nombreux enseignements. Des attentes des musulmans français vis-à-vis des dirigeants de mosquées à l’enseignement de l’arabe, ses conclusions ont parfois de quoi surprendre. Entretien.


Daoud Boughezala. Vous identifiez une date-clé dans l’histoire de l’immigration musulmane en France : 1974. Pourquoi ?

Youssef Nouiouar. L’année 1974 correspond à la fin de l’immigration officielle et le début du regroupement familial. Avant 1974, on ne parlait pas de problème musulman en France, la pratique était individuelle et il n’y avait pas de revendications culturelles ou cultuelles. C’était une immigration majoritairement masculine avec une perspective de retour au pays d’origine. Des années 50 au début des années 70, les chefs de famille ne se préoccupaient que du souci financier. Ils travaillaient et envoyaient de l’argent, à leur famille restée au pays, à la fin du mois. C’était la mère, l’oncle, le cousin, qui s’occupait de l’éducation des enfants. Après 1974, et l’arrivée de jeunes générations de musulmans sur le sol français, les chefs de familles vont se confronter à de nouvelles responsabilités. En plus du souci financier, les pères vont se préoccuper de la transmission du patrimoine culturel aux nouvelles générations. Dès lors les musulmans de France connaîtront une dynamique, toujours en cours, pour la construction des mosquées et la création des associations cultuelles et culturels tout en respectant les lois de la république, ses valeurs et ses institutions. Une équation fragile qui peine à satisfaire les attentes des fidèles et à se maintenir dans la durée sans intervention des pouvoirs publics en France et dans les pays d’émigration. Les revendications se focaliseront autour de deux points précis : l’enseignement de la langue arabe (le turc pour la communauté turque) et la création de lieux de culte musulman.

1981 a donné un coup d’accélérateur à la création de mosquées en France.

La trajectoire des musulmans semble suivre un rythme septennal. En effet, vous voyez dans 1981 une nouvelle inflexion dans la place de l’islam en France. Qu’a changé l’arrivée de la gauche au pouvoir ?

1981 a donné un coup d’accélérateur à la création de mosquées en France. Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, il n’y a plus d’obligation d’avoir la nationalité française pour créer une association. A l’époque, la Grande mosquée de Paris (GMP) détenait un monopole. C’est à partir du milieu des années 80 qu’ont émergé plusieurs organisations islamiques en France pour contrebalancer le poids de la GMP.

La Grande Mosquée de Paris est réputée très proche du régime algérien. Plus largement, les pays d’origine des immigrés musulmans s’ingèrent-ils trop dans la gestion du culte ?

Les pays d’origine ont pris progressivement conscience des enjeux stratégiques et géopolitiques liés à leurs ressortissants à l’étranger. Ils mobilisent à cette fin un capital matériel et relationnel important. Algérie, Maroc et Turquie continuent à financer quelques organisations et fédérations islamiques en France, à envoyer des professeurs ELCO (Enseignement Langue et Culture d’Origine) dans les écoles et des imams dans les mosquées de France. Nous remarquons un contraste dans la politique de ces pays et une lutte symbolique entre ces différents acteurs.  L’État marocain par exemple déclarait, à partir du début des années 2000, vouloir « encourager l’intégration et la cohabitation dans les sociétés d’accueil tout en préservant l’identité marocaine dans ses dimensions musulmane, arabe et amazighe, et (de) propager les valeurs religieuses et civilisationnelles fondées sur la tolérance, le dialogue et la cohabitation au sein de la communauté marocaine à l’étranger ». Le Maroc pousse par exemple à une meilleure intégration de ses ressortissants dans le pays où ils sont nés, mais en gardant un lien privilégié avec leur pays d’origine. A l’échelle familiale, les immigrés musulmans de France trouvent quelques difficultés à transmettre leur héritage culturel et religieux à leurs enfants.

Il y a 3000 mosquées en France

Les trous dans la chaîne de transmission compliquent probablement la tâche des imams. Favorise-t-elle l’islam des caves » ?

Dans les années 70 et 80, on parlait en effet d’islam des caves, la pratique se faisait souvent dans des salles de prières qui ne répondaient pas aux normes d’urbanisme. Les fidèles ont construit coûte à coûte leurs propres mosquées qui assurent un certain confort et la sérénité. Ils se sont mobilisés pour arriver à 3000 mosquées en France si bien que les simples salles de prière et « l’islam des caves » sont en voie de disparition.

Globalement, l’islam de France évolue du quantitatif vers le qualitatif. Les jeunes réclament de plus en plus de prêches en français parce que certains ne comprennent que peu d’éléments aux prêches en arabe. En matière de gouvernance, les fidèles dans certaines mosquées se sentent pris en otage par des dirigeants qui ne respectent pas les échéances électorales, l’alternance au bureau de l’association et la transparence en matière de la gestion financière. Ils réclament plus de démocratie dans les lieux de culte et se plaignent des dirigeants qui ne les représentent pas vraiment.

Le nombre de professeurs d’arabe est en chute libre, divisé de moitié ces cinq dernières années.

Un lieu de culte tel qu’une mosquée a-t-il vraiment vocation à être démocratique ?

Rappelons qu’en France toute mosquée est une association. Et qui dit association dit président, bureau, gestion administrative, gestion financière, enjeu de pouvoir. C’est ce qui crée la tension. Il est rare qu’en entrant dans une mosquée, on trouve les statuts de l’association, le nom du président, la composition du bureau, le rapport de la dernière assemblée générale… Généralement, c’est le président de l’association qui nomme et salarie l’imam. Parfois, il y a un président qui ne maîtrise pas le français, qui peine à affirmer son autorité face un imam compétent ou l’inverse. Cela entraîne une tension manifeste ou latente. Un imam a déclaré : « L’imam en France est assis sur un siège éjectable ! » A Montpellier, la grande mosquée de La Paillade a par exemple été le théâtre de plusieurs conflits allant jusqu’au tribunal. L’exemple de l’imam Khattabi en est une bonne illustration. Ce dernier a fini par créer sa propre mosquée « Aïcha », dans la zone industrielle de Montpellier. Khattabi est à la fois imam et dirigeant de cette mosquée.

Vous citez le cas d’un imam frère musulman. Cette mouvance a beaucoup investi le champ associatif et social, notamment via l’enseignement de l’arabe. L’éducation nationale porte-t-elle une responsabilité là-dedans ?

Oui. Le désengagement de l’État de l’enseignement de l’arabe est décevant. Le nombre de professeurs d’arabe est en chute libre, divisé de moitié ces cinq dernières années. Ils ne sont que deux cents professeurs d’arabe à l’heure actuelle. Le CAPES d’arabe est très fermé, avec deux ou trois profs recrutés à chaque concours contre 800 ou 900 profs d’anglais. L’Éducation nationale se désolidarise de cet enseignement. Cette politique fait le bonheur des mosquées et des associations culturelles où le nombre d’inscrits a été décuplé (cf. le rapport de Hakim El Karoui). Cela montre que la revendication de 1974 est toujours vivace : transmettre le patrimoine cultuel et culturel. Mais les politiques ne la prennent pas en compte.

Le financement étranger de l’islam de France est un fantasme.

Sans doute craignent-ils d’être accusés de faire le jeu de l’islamisme. Beaucoup voient la main de l’Arabie saoudite ou du Qatar derrière le financement et la construction de nouvelles mosquées. Ont-ils tort ?

Le financement étranger de l’islam de France est un fantasme. L’économie du culte repose essentiellement sur les dons des fidèles. La propagande autour du wahhabisme est également loin de la réalité du terrain. Certes il y a quelques percées et des tentatives pour influencer le discours religieux en France à travers des sites internet, des imams et des associations, mais on ne trouve aucune organisation ou fédération wahhabite au sein du CFCM ! L’islam de France reste majoritairement un islam sunnite traditionnel compatible avec les valeurs de la République. Il tente de trouver un point d’équilibre entre l’influence des pays d’origine et l’aspiration à une pratique et une organisation harmonieuse dans le contexte laïc.

L’islam, une religion française

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Isabelle Huppert flinguée par Neuhoff et encensée par Millet

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© Étienne GEORGE/Rue des Archives

Le cinéma français, cette vieille putain

Éric Neuhoff n’est pas tendre avec Isabelle Huppert. Dans sa charge contre le cinéma français, il multiplie les formules assassines : « Un pays où Isabelle Huppert est considérée comme une grande actrice est un pays qui va mal. » Son pamphlet lui a valu le prix Renaudot. Il le méritait. Il osait enfin dire ce que chacun pense sans oser le formuler, à savoir que depuis une vingtaine d’années le cinéma français est un champ de ruines que plus personne n’a envie de visiter. Perclus de subventions, il a cessé de nous éblouir et dégouline d’une morale de boy-scouts qui donne moins envie de « vivre ensemble » que de s’entretuer pour échapper à tant de niaiseries.

Certes, il y a des exceptions, ne serait-ce que notre ami Pascal Thomas ou Emmanuel Mouret, mais force est de reconnaître que l’exception culturelle française aggravée par une féminisation de la profession a produit des effets désastreux au regard de ce que furent les années 1960-1970 avec Melville, Godard, Truffaut, Malle, Sautet, Pialat, Rohmer, Chabrol… et j’en passe, tant le cinéma était alors une fête pour l’intelligence et les sens. « Jadis, écrit Éric Neuhoff, les films étaient faits pour voir des femmes plus belles que nos voisines de palier : souvenez-vous de ce chef-d’œuvre, L’homme qui aimait les femmes, de François Truffaut. Cela n’est plus de saison. Tout est devenu lent, mou et laborieux. » Le cinéma français est cette vieille putain fardée à la peau flétrie qui ne survit qu’à force de subventions et grâce à l’adhésion des lectrices de Télérama ou des rebelles en peau de lapin de Libération ou des Inrocks.

Certes, répondrait Michel Ciment dans Positif, en nombre d’entrées nos films font jeu égal avec le cinéma hollywoodien. Et dans le monde entier, Isabelle Huppert est considérée comme une grande comédienne. D’ailleurs, observe Neuhoff, « un nécrophile modéré peut très bien se contenter du lit d’une femme frigide ». Il y est bien forcé, n’ayant plus le choix. Adieu donc aux nymphettes et aux dragueurs ! L’heure de la castration et de la délation a sonné.

Le « grand écrivain », lui aussi, est mort…

Isabelle Huppert est-elle une grande actrice ? Dans Huppert et moi, Richard Millet vole à son secours. Et je le suis volontiers quand il écrit que ce genre de qualificatif n’a plus de sens à une époque où le relativisme gouverne les esprits avec une force qui menace la faculté même de juger. Le « grand écrivain » lui aussi est mort. Et la gloire elle-même, avec sa connotation religieuse, est devenue obsolète. « Ainsi Isabelle Huppert, déplore-t-il, ne serait plus qu’une “valeur” française, valeur non plus identitaire, mais marchande, la “qualité française” étant ce qui reste d’authentique à un pays qui fut grand et qui s’endort dans “l’horizontalité démocratique”. »

La Dentellière de Claude Goretta

Si Richard Millet a intitulé son livre Huppert et moi, c’est avec la sensation presque physique qu’elle parle de lui dans ses films sans connaître son existence, mais qu’en parlant de ses films – et il les dissèque admirablement –, il apprend à se connaître comme si elle détenait les fils de son existence, à la manière d’un conte de Borges. Est-elle son enfant, sa sœur, son amante, son énigme ? Il la regarde dans La Dentellière de Goretta, ce beau film sur l’impossibilité de l’amour, sur la nudité silencieuse d’Isabelle qui l’entraînera aux confins de la folie. Il est subjugué et note ceci qui est très beau : « Tout homme a aimé et quittera une fille silencieuse, le destin de l’amour étant tragique pour peu qu’il demeure amour. »

Richard Millet perçoit à quel point elle est seule dans ses films, toujours plus seule – et en cela particulièrement proche de lui. « Je me prends parfois à parler comme elle », écrit-il encore, et « à me demander qui d’elle ou de moi poussera le premier la porte sombre ». Nul n’ignore que les plus belles histoires d’amour sont celles qui n’ont jamais lieu. Richard Millet aura vécu la sienne avec Isabelle Huppert. En sera-t-elle troublée ? Pour la connaître un peu, je n’en doute pas.

On peut aimer à la folie un visage sur un écran, visage qui bouleversera notre existence et qu’on n’aura de cesse de retrouver dans la vie réelle. Cela m’est arrivé avec Louise Brooks. C’était cela le miracle du cinéma. Je doute que cela le soit encore. Disons adieu à nos rêves ! Oublions le septième art ! Par une étrange coïncidence, il est né en même temps que la psychanalyse, a suivi le même destin et ce qu’il en reste nous arracherait des larmes si nous n’étions pas convaincus que tout est amené à disparaître.

(très) Cher cinéma français: Prix Renaudot Essai 2019

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Huppert et Moi

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France Inter: faux rebelles, vrai censeurs

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L'humoriste français Guillaume Meurice © BALTEL/SIPA

France inter est une radio de gauche. Cela ne serait pas un problème, si elle n’était pas financée par tous les Français.


France Inter est, parait-il, une radio publique. Pourtant, le service public est soumis à un devoir de neutralité lui interdisant d’être l’instrument d’une propagande. Apôtre d’un gauchisme moralisateur, n’est-ce pas ce que cette radio est devenue? Naturellement, nous pouvons choisir de ne pas les écouter. Cela ne nous empêchera pas de devoir les financer par nos impôts.

Toujours les mêmes cibles

Récemment, un pseudo humoriste, Frédéric Fromet, nous a montré à quel point cette radio pouvait être sectaire et agressive. Dans une chanson intitulée « Jésus est pédé », le chansonnier allie vulgarité et haine (« Du haut de la croix, pourquoi l’avoir cloué, pourquoi l’avoir pas enculé ? »). Comme une impression que France Inter s’inspire de Charlie, sans le talent, ni le courage de s’attaquer à toutes les communautés religieuses, et pas seulement la cible la plus facile. Le chansonnier s’était déjà distingué en tournant en dérision la mort du matador Iván Fandiño lors d’une corrida, ou en ironisant sur l’incendie de Notre-Dame, symbole de la tradition chrétienne de la France que France Inter visiblement vomit.

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France Inter aime prôner un esprit de tolérance et d’ouverture. En réalité, ses journalistes expriment une pensée totalitaire, et sont incapables d’entendre la moindre idée contradictoire. Durant l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2017, la chronique d’un autre humoriste, Pierre-Emmanuel Barré, avait été censurée car il avait déclaré qu’il ne voterait pas pour Emmanuel Macron. Mais quelle est la légitimité d’une radio du service public de prendre parti aussi nettement pour un candidat politique? France Inter ne se pose même pas cette question tant elle est persuadée de prêcher la vérité contre l’hérésie d’une droite réactionnaire qu’il faudrait réduire au silence.

La radio déconnectée du peuple

France Inter n’est pas une radio d’information. C’est la radio du « Camp du Bien », la radio d’une pseudo-élite déracinée, déconnectée du peuple, se croyant rebelle alors qu’elle représente le système dans ce qu’il a de plus conformiste et de plus détestable. France Inter, c’est le sarcasme permanent, « la bouche en coin, toujours du côté gauche », selon l’excellente expression de Maitre Gilles-William Goldnadel. Chez France Inter, on se complait toujours à se gausser car on sait qu’il n’y a pas mieux pour humilier quelqu’un que de rire à ses dépens.

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Ce qu’il y a de fascinant avec la station star de la Maison de la radio, c’est que personne ne peut se risquer à la critiquer.

Que ce soient les politiques, par peur de ne plus être invités dans la matinale la plus écoutée de France, ou tel intellectuel de droite qui se retrouverait immédiatement caricaturé à outrance par Guillaume Meurice ou Charline Vanhoenacker : nul ne prend le risque de déstabiliser une pensée autoproclamée correcte. Mais comme France Inter est financée par les Français, il faut rappeler aux Français qu’ils paient une caste parisienne de bobos de gauche, arrogants et méprisants, cultivant la vulgarité de masse et protégés par leur statut.

Muray, l’homme qui instrumentalisait les femmes

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Philippe Murray © Hannah Assouline

L’humour dévastateur de Philippe Muray naît de l’idée que l’homme est féroce et mu par la jalousie. Contre l’optimisme anthropologique de L’Empire du Bien, il s’est réfugié dans l’écriture et la possession des femmes.


 

Dans un poème intitulé Tombeau pour une touriste innocente, Muray évoque une touriste dotée de toutes les qualités contemporaines qu’il réprouve – un fond idiot et impitoyablement sympa – qui se fait trucider par un islamiste. Celui-ci est défini ontologiquement par Muray comme un « terroriste qui se voulait touriste », c’est-à-dire une sorte de frère en abrutissement de celle qu’il égorge, de symétrique inverse de sa victime, partageant le même idéal de règne de la bêtise. Ce poème, me dit-on, a été retiré de la liste des textes lus sur scène par Fabrice Luchini, car le public n’accrochait pas. Il y avait un blanc. Flash-back : Cunégonde, dans Candide, est violée par tous les reîtres qui traînent en Europe centrale et même, si je me souviens bien, termine cul-de-jatte et borgne ; mais il semblerait que, deux cents ans plus tard, cet effet comique de contraste avec l’optimisme philosophique de Pangloss ne soit plus possible sous la plume de Muray. Comme si les spectateurs ne pouvaient pas accepter un humour féroce, faute de sentir la férocité en eux, ni un humour où l’imbécile est victime, car cette imbécile était vertueuse.

Muray a un succès universel et superficiel quand il se moque des bobos. Mais quand il dit pourquoi il s’en moque, quand les vrais motifs sont sur la table, il n’en a plus. Quand il dévoile le fond de sa pensée, c’est le sauve-qui-peut, car sa pensée part de l’idée que l’homme est féroce et qu’il est fou quand il ne le voit pas. Or le truisme occidental contemporain érigé en principe est le suivant : l’homme est bon et il est sage quand il se pense bon. Ceux qui pensent que l’homme est mauvais sont mauvais.

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Retour à l’inacceptable projet de Muray : désespérer l’optimisme anthropologique. Débouter Polnareff, glorifier le syllabus. De là, la première discussion qui s’ouvre sur l’avenir des thèses de Muray : jusqu’à quand serons-nous assez bêtes pour construire nos lois, nos institutions, nos programmes politiques sur notre phantasme de pureté intérieure immarcescible ? Et comment éviter le ridicule qu’il y a à constater les désordres du monde sans y voir l’effet de sa propre imperfection de nature ? Comment, en un mot, tourner autour de la question de la sagesse ? Et préférer à la sagesse l’accusation permanente ? Le bouc émissaire va-t-il disparaître ? La violence cesser de se focaliser sur des faux coupables ? Si la réponse est oui à ces deux dernières questions, Muray aura été exagérément pessimiste et aura forcé le trait. Mais si la société tourne à l’insurrection permanente des accusateurs contre des accusés imaginaires, comme nous le constatons tous les jours, l’auteur d’Après l’Histoire aura présenté un miroir à une époque où la curiosité, la réflexion, l’honnêteté sont réprouvées. Si les lyncheurs digitaux, qui sont à la fois en crise narcissique et en extase criminelle permanentes prolifèrent et deviennent la norme psychologique et morale, comme on peut le craindre tous les matins, Muray sera notre Jérôme Bosch littéraire.

Deuxième remarque : dans le dernier tome paru de son Ultima necat, il est souvent question de ses relations avec Philippe Sollers. L’analyse de Muray est très simple : Sollers ne tolère pas qu’on existe ailleurs que dans son ombre, dans cette obscurité propice au crime où il étranglera plus ou moins aimablement l’homme de talent qui aurait pu lui disputer la lumière. Ce sont des passages très drôles où la méfiance de Muray a presque l’air de se matérialiser, généralement à la Closerie des Lilas. Muray pense du mariage ce qu’il pense de Sollers. L’épousée vous tue sournoisement, à l’ombre de la loi. À petit feu, avec des ménagements, en vous expliquant qu’elle vous veut du bien. Une femme, ou un éditeur, c’est la synthèse de l’étrangleur ottoman et du consultant en bien-être. La misogynie de Muray et sa phobie de l’éditeur ont la même source : le désir de se fabriquer une baronnie où il serait libre, sous le soleil, sachant qu’il est entouré d’ennemis de ce projet. La jalousie est en effet chez lui le grand motif des actions sociales comme du projet conjugal. Dans les deux cas, l’objectif est que rien de libre ne subsiste autour de soi. L’être jaloux veut être seul à régner sur le néant. Des êtres jaloux qui veulent s’entre-empêcher de produire, d’exister, de vivre : ce résumé de l’état de la société et du couple me paraît parfaitement contemporain.

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Troisième remarque : quand même, il est tombé dans le piège tendu au mâle hétérosexuel contemporain. Muray étant particulièrement intelligent et ne faisant rien comme tout le monde, il n’est pas tombé dans les pièges communs. Le premier piège où sombrent les hommes contemporains est de se déclarer réfugié sexuel : il s’agit de constater que les rapports hétérosexuels étant devenus impossibles tandis que la sexualité est restée nécessaire, on sera désormais homosexuel, ou on adoptera une des nombreuses propositions possibles à l’intersection du sexe, du genre et de l’orientation, dont la liste est disponible au siège de l’UNEF. C’est le piège « Tout sauf bobonne », ou plutôt : « N’importe quoi plutôt que bobonne. » Tomber dans le deuxième piège, c’est obéir aux injonctions que l’esprit de meurtre de l’homme nous adresse : acheter des lingettes au calendula à 23 heures au Franprix en se trouvant formidable. Confondre la réduction en esclavage avec la solidarité conjugale et parentale. Bref, incliner sa fierté et son indépendance au point de se transformer en un gastéropode sournois, un lâche faussement épanoui, qui deviendra aussi liberticide en société qu’il est privé de liberté dans sa vie personnelle. Muray tombe dans le troisième piège, le plus sophistiqué : instrumentaliser les femmes, qu’il adore pourtant. Il les adore esthétiquement, et il en pense le plus grand mal, parce qu’il considère qu’elles ont le projet de remplacer leur amant en mari, c’est-à-dire un condamné à mort qui sera exécuté au moyen du premier enfant qui naîtra. Donc, il ne prend la femme qu’avec son option pilule. Certes, nous en sommes tous là. Nos sentiments sont aussi éruptifs qu’ambivalents. Le désir de révolte se dispute avec les promesses de la volupté. Mais Muray ne veut pas penser à cette idée pourtant inscrite dans la civilisation chrétienne qu’il défend, idée qui n’est pas déshonorante : il est tout de même courtois de leur faire un enfant quand elles le désirent.