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Chasse à l’homme au parc de l’Ibirapuera

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A São Paulo, le cours de yoga de Driss Ghali est perturbé par un voleur poursuivi par la police. Récit.


Se retrouver au beau milieu d’un fait divers, c’est avoir la chance de prendre une leçon de sociologie de la main du maître des maîtres : le réel. Une leçon gratuite et impossible à oublier à condition de s’en sortir indemne.

Ce matin, j’ai eu le privilège d’en faire l’expérience, aux premières loges. Mon seul mérite a été de me lever tôt, bien décidé à reprendre le sport après une année où la procrastination s’est rajoutée aux séquelles d’une mauvaise blessure.

A sept heures tapantes, je pénétrai donc dans l’immense parc de l’Ibirapuera, le poumon vert de São Paulo. Je pris le chemin le plus long, à escient, coupant à travers la pépinière municipale.

Je pris mon temps pour inhaler les parfums acides et violents qu’émettent les plantes tropicales au réveil, je m’emplis les poumons de ce langage propre aux végétaux, un langage qui m’est étranger mais où je soupçonne des menaces, des sourires et des tentatives de séduction. Ensuite, je me retrouvai nez à nez avec le cours de yoga le plus sexy de la planète. Il a lieu chaque matin sous une immense marquise en bois qui ressemble à une serre pour êtres humains. Une dizaine de beautés à la fleur de l’âge s’étaient donné rendez-vous exauçant un vœu que j’avais fait la veille avant de me coucher. J’aime quand l’univers conspire en ma faveur. Elles avaient toutes la peau claire mais évitaient la monotonie grâce à une infinité de nuances. Une main invisible présentait à mon regard les variations d’une seule et même histoire à l’issue irrémédiablement heureuse. Du teint jaune qui trahit une origine asiatique, encore vivace, au rose clair qui témoigne d’une ascendance allemande, hongroise ou russe. Le monde était étendu à mes pieds, chaque continent ayant élu domicile sur un tapis en polyester d’une couleur différente.

Dans le temps, ce lieu a dû abriter une scierie. De nos jours, il est le point de rencontre de la jeunesse bourgeoise, version fitness et végane. Que Dieu bénisse la tertiarisation de l’économie.

Un drôle de coach

Les jeunes femmes n’avaient d’yeux que pour le coach, un éphèbe aux cheveux bouclés et au torse nu. Il ressemblait à un rachitique tout juste descendu d’un paquebot en provenance de Calcutta. Il devait être très doué pour le yoga et la méditation mais semblait évoluer constamment à la limite de l’inanition. Quel contraste avec la « bonne santé » de ses élèves ! Le fakir promenait son tas d’os le long d’un tatami couleur rose fuchsia. Il arborait un micro-casque beige qui épousait fidèlement le relief de sa pommette saillante et de sa joue effondrée, on aurait dit que l’accessoire avait été conçu sur mesure pour ce profil aberrant. Le micro diffusait au loin sa voix fausse et mielleuse dont les intonations nasales me causèrent, de suite, une vive exaspération : « on lève la poitrine vers le ciel et on inspire doucement, les seins en pointe…doucement, sans forcer… on lève la poitrine vers le soleil et on accepte la caresse de l’univers…on fait le plein d’énergie cosmique »

J’étais jaloux.

Occupé à communier avec le cosmos et son énergie primaire, le groupe n’avait pas noté ma présence, une raison de plus pour m’attarder sur ces visages resplendissants qu’un artiste virtuose avait couvert de poussière d’étoile durant la nuit.

Le gourou au torse nu marchait à pas lents et me fixait des yeux avec un léger sourire qui ressemblait à une invitation. Quel dommage ! J’aurais voulu faire de l’effet à la blonde au body rose ou à l’asiatique aux cheveux longs et soyeux. Tant pis, la vie est injuste et l’amour est enfant de bohême : je m’y résous de bonne grâce.

Soudain, des cris : « au voleur ! au voleur !». Puis, une forme confuse se détacha des bambous géants qui émirent des craquements secs en guise d’alerte. L’intrus sortit de sa cachette en trombe, il contourna le cours de yoga et s’engouffra dans une serre dont les vitres fêlées laissaient entrevoir des plantes grasses, aux formes méchantes.

Photo: Driss Ghali
Photo: Driss Ghali

Il avait la peau foncée, l’apparence soignée et aucune raison de se trouver au milieu des végétaux. Pantalon bordeaux, chemise blanche en lin, blazer beige.

Pendant ce temps, les corps célestes continuaient à tourner autour du soleil dans l’espoir de trouver l’harmonie et éliminer la cellulite. « Et maintenant on se met à quatre pattes sur les avant-bras, les doigts écartés… »

Etant plus lucide qu’étiré, j’ai vite repéré un couple de policiers en VTT venant en ma direction. Cent mètres derrière, trois agents de la sécurité du parc, presque obèses, courraient et levaient les bras comme s’ils appelaient au secours alors qu’ils étaient censés le donner.

« Le voilà ! Le voilà ! Une balle au genou ! Tirez-lui une balle au genou ! Qu’en on finisse!»

Les policiers s’enfoncèrent dans la pépinière, ils furent vite rejoints par des voix éparses, des voix d’hommes venus appuyer la chasse à l’homme. Sans l’avoir prémédité, je me retrouvai au milieu d’un groupe de parfaits inconnus, réunis spontanément dans le seul but de mettre la main sur le « bandit ». Nous avions décidé d’unir nos forces sans savoir s’il était innocent ou coupable, nous ne savions même pas ce qui lui était reproché. Nous formions une société et cette vérité nous suffisait.

Chasse au voleur au sécateur

Me voilà donc au milieu d’une dizaine d’hommes : des jardiniers de la municipalité de São Paulo, munis de bêches et de pelles. Tous habillés en vert comme les résidents d’une colonie pénale américaine, ces colonies rurales où les prisonniers triment dur sous la houlette de méchants shérifs, montés à cheval. Sauf que cette fois, ce sont les prisonniers qui prenaient le fuyard en chasse.

Je me suis tout de même fixé une limite : au premier coup de feu, tu te jettes à terre et tu ne bouges plus. Mon civisme a des limites.

« Château d’eau ! Château d’eau ! »

Les talkies-walkies des gardiens crachaient à l’unisson les informations en provenance du groupe de tête. Nous nous retrouvâmes donc devant une tour blanche, encerclée de parterres de plantes aux feuilles épaisses. A perte de vue, dominait le vert sombre et inquiétant, ce vert brésilien de la forêt primaire, être vivant au désir infini et vertigineux, toujours en manque de lumière et d’humidité.

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« Il n’a pas pu grimper jusqu’au réservoir d’eau, c’est ridicule, il faut le chercher ailleurs, allez ! »

Quel bonheur de participer à une horde ! L’on y collabore spontanément avec son prochain, sans avoir besoin d’un chef ou d’une carte d’Etat-Major. La meute se suffit à elle-même car elle est instinct. Et, ce matin, l’instinct a eu le dernier mot.

« Le dépôt ! Il s’est caché dans le dépôt ! » Cette fois, je me mis en retrait car la femme flic avait dégainé son revolver. Je préférai abandonner le groupe et contourner le hangar par prudence ou peut-être par esprit d’embuscade. Je ne fus pas déçu car le hangar dispose d’une porte à l’arrière qui donne sur une cour entièrement grillagée. Le cul-de-sac par excellence. Une cage à fauve.

« T’es coincé. C’est fini ! Couche-toi ! Couche-toi ! »

Ça y’est, le voilà, à une dizaine de mètres de moi, de l’autre côté du grillage.

Pris au piège, il se recroquevilla comme pour se rendre invisible. Puis, il se jeta au sol :  sur le ventre et les bras en arrière.

La femme flic était très en colère : « fils de pute, tu m’as frappé avec le sécateur ! dis-moi maintenant, il est où ton putain de sécateur, que je te coupe les oreilles avec ». Et paf ! Le jeune homme se prit un coup de pied dans les côtes. Mécaniquement, son corps se cambra sous la douleur et la femme fit deux pas en arrière que son coéquipier comprit comme une invitation à frapper. Il prit son élan et visa les fesses. Boom !

Une justice expéditive ?

La justice venait d’être rendue in situ. Je ne ressentais rien. Je crois dire que les hommes qui m’entouraient se trouvaient dans la même situation. Nous étions satisfaits et vengés. La société, dont nous formions un microcosme, était vengée. Le dérèglement causé par le marginal, le dommage causé à la victime, tout cela venait d’être effacé, d’un trait.

Il m’a fallu observer la tête des jardiniers, mes collègues spontanés, pour me rendre compte qu’ils ressemblaient tous au jeune homme plaqué au sol. Des métis de noirs et d’indiens avec, çà et là, des gouttes de sang portugais. Il aurait pu être leur frère ou bien leur fils.

Les renforts arrivèrent, toutes sirènes allumées. D’une Toyota Corolla flambant neuve, je vis descendre un officier aux épaules larges et constellées d’étoiles. Il balaya du regard les hyènes réunies en arc de cercle sans se préoccuper de l’animal blessé qui gisait à ses pieds. La femme prit les devants et fit le salut militaire. Le visage crispé, elle semblait mobiliser des ressources mentales immenses avant d’ouvrir la bouche et faire son rapport.  Elle ne se doutait pas que son short était entaillé de haut en bas, sur une dizaine de centimètres. Il y a donc bien eu attaque au sécateur. A son salut, le chef rétorqua d’une voix grave : « J’ai pas pris mon petit-déj, t’aurais quand même pu attendre que j’avale mon café avant de me faire courir comme ça de bon matin! ». La bureaucratie venait de faire son entrée en scène. Il était temps que je m’en aille.

Soudain, un homme sauta par-dessus la haie – celle que le bandit n’osa même pas escalader – et se mit à le frapper. J’ai compté cinq ou six coups de pied puissants, distribués entre le derrière et le bas du dos. Il repartit de la même manière qu’il était arrivé : en sautant par-dessus le grillage et sans faire cas de la présence de la police. Une scène inoubliable.

Le jardinier à mes côtés résuma parfaitement la situation: « En voilà un qui avait besoin de déstresser ! »

L’officier demanda à ce qu’on aide le prisonnier à se lever. « Tu tiens le coup fiston ? Tu sais ce qui t’attend au moins ?  T’as pas de bol, je te le dis tout de suite, la victime va porter plainte »

Il me fallait mettre les voiles. Je voulais garder le souvenir du travail bien fait.

En repartant, j’avais le tournis. Soulagé et préoccupé en même temps. La justice a été rendue et cela m’emplissait d’un sentiment de plénitude. L’animal social était heureux. Pourtant, je me trouvais bête et surtout incohérent car frapper ou laisser frapper un homme isolé ne correspond pas à la notion la plus aboutie des droits de l’homme. Ni encore moins de l’honneur.

Mes pas me conduisirent à la marquise, le cours de yoga touchait à sa fin, les corps se relevaient délicatement comme une fleur qui se remet sur pied après une averse passagère. Harmonie et Equilibre. Je devrais peut-être me laisser faire moi aussi et suivre les conseils du fakir. Parfois, il suffit d’arquer le corps et de se laisser caresser par les rayons du soleil.

L’antisémitisme, témoin du drame français

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L’antisémitisme est un syndrome infaillible permettant de voir qu’un pays est en crise. À ce titre, le meurtre de Sarah Halimi, ainsi que le déroulé des suites judiciaires de l’affaire, sont préoccupants.


C’est un truisme de dire que la France va mal. Ce n’est pas nouveau et le dernier gouvernement n’en n’est pas seul responsable. L’enseignement part à vau l’eau, les pompiers sont attaqués, les policiers se sentent lâchés, les Français ne comprennent plus leur justice… Et depuis plus d’un an des citoyens descendent dans la rue exprimer leur mal-être et leur colère, ils ont le sentiment d’être marginalisés, méprisés, abandonnés. Puis des mouvements de grève  depuis un mois paralysent les transports, les citoyens marchent, marchent, tous laissés avec mépris au bord des grèves de la marée sociale. Et par ailleurs, il ne se passe pas de jour sans un lieu de culte chrétien vandalisé, sans un meurtre islamisé, une agression « incompréhensible ». Au pays des Lumières certains les ont éteintes.

Les Juifs de France, moins de 1% de la population, concentrent environ 40% des actes de haine

L’atmosphère est à la délinquance meurtrière depuis des années. Des Juifs (les canaris des mines) sont assassinés parce que Juifs. Sébastien Selam, Ilan Halimi, les enfants  Myriam Monsonego 7 ans, Gabriel Sandler 4 ans Arié Sandler 5 ans ainsi que Jonathan Sandler 30 ans à l’école Ozar hatorah de Toulouse, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab et François-Michel Saada à l’hyper cacher de la porte de Vincennes, Sarah Halimi puis Mireille Knoll dans leur propre domicile. Les Juifs de France, moins de 1% de la population, concentrent environ 40% des actes de haine. Les dirigeants politiques s’indignent, pleurent, manifestent (n’a-t-il pas lieu de s’inquiéter quand les politiques ne trouvent d’autre façon d’agir que manifester ?) mais que font-ils concrètement ?

Un crime antisémite sordide au cri d’Allah akbar

Les innombrables crimes commis en France au nom de l’Islam sont rapidement devenus le fait d’abord de loups solitaires puis de déséquilibrés. L’assassin de Sébastien Sellam avait déjà été déclaré pénalement irresponsable. La justice est-elle islamophobe ne reconnaissant pas responsables ceux qui crient Allah akbar ? Musulman militant, est-on forcément dément ?

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L’affaire Sarah Halimi vs Kobili Traoré est paradigmatique du drame français. Revenons sur les faits : Madame Halimi est menacée et traitée de « sale juive » pendant des jours et des mois par son voisin Kobili Traoré qui, deux ans auparavant, avait même harcelé sa fille l’appelant « juive dégoûtante ». Cet habitué de la mosquée salafiste Omar était-il irresponsable alors ? Le 4 avril 2017, il pénètre chez elle depuis un balcon. Etait-il déséquilibré, alors ? Il la torture pendant près d’une heure (son visage devient une bouillie, 23 fractures !) en hurlant des sourates du Coran et des Allah akbar puis jette son cadavre du troisième étage. Très tôt, des policiers sont derrière la porte, d’abord un puis trois et bientôt vingt-huit et, comme au Bataclan, n’interviennent pas. Pourquoi n’ont-ils pas « porté assistance à personne en danger » ce qui est leur devoir au-delà même de la règle pour tout citoyen ? Quand tout est fini, enfin, ils défoncent la porte. Traoré, calme, ne nie pas avoir torturé et assassiné sa voisine, il est appréhendé sans résistance. La France était en pleine campagne électorale pour les présidentielles.

Quand l’affaire force le mur du silence, le motif antisémite est d’abord nié contre toute évidence. Le CRIF est appelé à la rescousse par les pouvoirs publics, en israélites ils communiquent : « nous avons vérifié les informations concernant l’éventuelle radicalisation de l’auteur des faits, une intrusion dans la chambre à coucher de la victime et des coups de couteau donnés à Sarah Halimi auprès de la Préfecture de Police, c’est faux ». Le CRIF, contraint par l’opinion, rejoindra une marche d’hommage à Mme Halimi le 9 avril 2017 et demandera publiquement que « toute la vérité soit rendue publique. »

La vérité longtemps cachée lors de l’instruction

A nouveau, la France officielle pleure. Le Président s’indigne… Et alors ? On assure partout que les autorités françaises mettent tout en œuvre pour lutter contre l’antisémitisme, mais il y a une disparité entre cette assurance-là et ce qui se passe réellement dans le pays.

Une enquête judiciaire commence. Tout le drame de l’affaire se dessine dans le réquisitoire introductif du procureur. Le procureur est le représentant de l’Etat. D’ailleurs un arrêt de la Cour de Cassation en 2010 affirme, s’alignant sur un arrêt de la Cour Européenne, que le procureur ne peut être considéré indépendant. Dans ce réquisitoire introductif qui qualifie la mission de l’Instruction, exit la non-assistance à personne en danger par la police et la circonstance aggravante évidente de l’antisémitisme. Pas de saisine de la Police des Polices. Une longue bataille commence… Le procureur cèdera sur le caractère raciste six mois plus tard (réquisitoire supplétif) et la juge d’instruction après cinq mois de plus l’intégrera à la mise en examen…

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Il faut donc, idéologiquement, mettre en question la responsabilité mentale de l’assassin. Traoré, délinquant multirécidiviste et multi condamné notamment pour violences aggravées, n’avait pourtant jamais souffert de trouble psychiatrique. Le Dr Zaguri, l’expert judiciaire, en est encore à la rédaction de supplétifs à son rapport concluant à une altération du discernement (pas une abolition !), qu’une seconde expertise est demandée par la juge d’instruction… ces premières conclusions n’exonéraient pas d’une responsabilité pénale, n’empêchaient pas que l’assassin soit renvoyé devant le jury populaire d’une Cour d’assise.

En multipliant les expertises, on finit toujours par trouver un expert qui s’aligne. De fait d’autres experts évoquent un trouble psychotique probable (sic) symptôme d’une schizophréniedonc abolition du discernement pour la juge.

Le cannabis, stupéfiante circonstance atténuante

Est appelée à la rescousse la consommation de cannabis, la drogue du peace and love dans les années soixante, drogue illicite qui provoque une baisse de la vigilance lors de la conduite automobile mais permet ici de franchir des balcons !

Selon la loi française, presque tous les crimes commis sous l’influence de drogues sont jugés avec la plus grande sévérité, mais lorsqu’une vieille femme juive est défenestrée dans une rage psychotique rapportée à la prise de substance illicite et que des policiers restent inactifs derrière la porte, alors, apparemment, ça va. Avec cette histoire de chanvre, on a l’impression d’être pris pour des chèvres.

Nonobstant la jurisprudence qui veut qu’en cas de désaccord des experts sur la responsabilité pénale la Cour d’assise soit compétente, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel tranche directement pour l’abolition du discernement et l’usage de drogues devient une circonstance atténuante. Circulez, il n’y a rien à voir.

Entre-temps une autre grand-mère juive, Mme Mireille Knoll, est assassinée, elle aussi chez elle. Elle aussi avait signalé des menaces à la police qui, là encore, n’avait rien fait. L’instruction est en cours. Mais, désormais quiconque tue peut se valoir d’avoir fumé du cannabis pour être exonéré du crime et être libre !

Belloubet et Macron pas à la hauteur

La vérité est éclairée et la ministre, Mme Belloubet, interrogée s’exclame qu’on ne juge pas un irresponsable. On se demande bien qui est irresponsable. Un scandale politique, policier et judiciaire.

Veut-on ne pas faire la lumière ? Du coup qu’importe que le crime soit antisémite, s’il n’y a pas de jugement.

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Il ne faut pas être malin pour croire que cela suffirait à calmer l’indignation et au-delà de l’indignation, l’inquiétude des citoyens sur l’avenir de la justice… Rien n’arrêtera plus la colère.

Si la cour de cassation ne casse pas ce déni de justice nous aurons confirmation que la République et la démocratie sont en danger. Les églises pourront continuer de brûler dans l’hexagone et nous ne continuerons à n’en être informés, à chaque fois, que par la presse locale, les citoyens continueront à être assassinés dans les lieux et transports publics. Le peuple sait qui sont les responsables.

Juste avant le forum international sur la Shoah à Jérusalem[tooltips content= »Date anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Quarante-sept chefs d’Etats seront présents. »](1)[/tooltips] le président de la République qui avait déclaré la « France en guerre contre l’antisémitisme »  ira au mémorial des Juifs déportés de France et, chemin faisant, devrait aussi se recueillir sur la tombe des martyrs juifs français civils les plus emblématiques Ilan Halimi et Sarah Halimi. Juste après le forum sur la Shoah, il rencontrera Mahmoud Abbas, l’auteur d’un mémoire négationniste, le démocrate à quinze ans de son mandat de quatre ans, celui qui appelle à ensanglanter le dit forum. Juste après. Le message est clair. Que ne se rend-il pas aussi sur la tombe d’Arafat qui avait commandité tant d’attentats qui ensanglantèrent la France.

Monosourcil: bévue à Ricaneland

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Face à la starlette Selena Gomez, productrice de « 13 Reasons Why », l’animateur de TF1/TMC Yann Barthès est bien sûr d’accord pour affirmer que les moqueries et le harcèlement scolaire sont des comportements gravissimes. Quelques instants plus tard, son émission moque le physique… d’un étudiant.


Le 15 janvier dernier, en partance pour l’Alaska, via RMC Découverte canal 24, j’ai incidemment fait escale sur TMC canal 10, qui diffusait l’émission de Yann Barthes. Les propos de Selena Gomez,  relatifs à son engagement contre le harcèlement scolaire à l’école et sur les réseaux sociaux, sonnaient particulièrement justes. « L’objectif, c’est de dire réveillez-vous. Ça se produit chez des enfants de plus en plus jeunes et pour moi, ça ne va pas ». En bref, les moqueries sur le physique des enfants et des adolescents ont des effets désastreux à court, à moyen et à long terme.

Quoi ?  On pouvait donc être sérieux et faire autre chose que ricaner sur « Ricaneland », la planète du ricanage.

Hélas ! mon étonnement a été de courte durée. Je n’ai pas été déçue par la suite du voyage.

Wolf Cukier, une vraie tête de stagiaire, selon Quotidien

Le reportage sur Wolf Cukier, ce jeune Américain de 17 ans qui, le troisième jour de son stage à la NASA, a découvert une exoplanète, six fois grosse comme la Terre, m’a paru hallucinant. De quoi croyez-vous que Quotidien nous parlât ? Ou plutôt de quoi croyez-vous que Quotidien se moquât ? Mais, du physique du jeune homme bien sûr !

A relire: Humour jésuite pour les nuls (de Quotidien)

Celui-ci avait une « vraie tête de stagiaire à la Nasa ». Et surtout, « un magnifique monosourcil visible depuis la lune ». La planète qu’il avait découverte aurait dû s’appeler  « La planète des monosourcils ». Et  comble du raffinement : « Chapeau bas à NBC New York qui a osé le zoom sur la bête ». Oui, sur la bête, vous avez bien lu. Un commentaire digne du pire des terrains de foot. Pour finir en beauté et en finesse, notre maître de cérémonie, aux sourcils harmonieux, alla jusqu’à gesticuler ce que l’on pourrait pudiquement appeler un sourcil d’honneur à ce pauvre Wolf, qui n’en demandait sûrement pas tant.

Barthès: « Faites ce que Selena dit, pas ce que j’fais »

Mais Monsieur Barthes et consorts, qu’est-ce qu’on vous apprend dans vos séminaires pour comiques ? La rigolade, c’est quand on se moque de ce que fait quelqu’un d’autre, qui peut nous paraître insolite, inattendu, déplacé, en un mot risible. Mais, quand on s’attaque à ce que les autres sont, cela s’appelle au minimum de la méchanceté, au pire de l’ostracisme. C’est le B-A BA. Le faire oui, l’être non. Ce n’est pourtant pas compliqué à comprendre, ni à mettre en pratique.

On ne peut pas dire, non plus qu’à Quotidien, la culture générale soit votre fort. Il faut vraiment tout vous dire. Le monosourcil, c’était le top de la beauté féminine dans la Rome et la Grèce antiques. Ovide, oui essayez de vous rappeler, le poète latin, « L’Art d’aimer » et tout ça,  et bien, lui, il recommandait, aux belles de l’époque, de le simuler avec de l’encre, ce monosourcil, so chic.

Si l’antiquité n’est pas votre tasse de thé, aucun d’entre vous n’a jamais entendu parler de Frida Kahlo. De cette grande artiste peintre mexicaine et de ses magnifiques autoportraits dans lesquels justement elle affirme sa différence par son monosourcil.Et même pas besoin d’aller au musée, une formidable exposition est disponible sur internet grâce à Google Arts et Culture.

A lire aussi: La fureur de Yann Barthès contre Valeurs actuelles

Et, pour conclure ce redressage de bretelles, il faut quand même que vous sachiez que  le 12 mars dernier, Sophia Hadjipanteli, mannequin grecque synophridique, c’est-à-dire à monosourcil,  expliquait au Good Morning Britain de ITV, le « bodyshaming » dont elle avait été victime enfant à cause de cette particularité physique. Elle aussi signalait les commentaires haineux et menaçants que lui infligeaient certains internautes, pas franchement malins ni éduqués. Suivez mon regard.

En guise de soutien « à celle qui ose diffuser une autre forme de beauté » et d’encouragement à la diversité, toute l’équipe de l’émission affichait un faux monosourcil pendant l’émission.

C’est ainsi que le hashtag #unibrowmovement est né.


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Retraites: pourquoi pas un référendum?

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Pierre-Henri Tavoillot est de retour sur REACnROLL dans l’Esprit de l’Escalier!


Dans cet épisode de l’Esprit de l’escalier, Elisabeth Lévy et son invité, le philosophe Pierre-Henri Tavoillot, évoquent notamment l’affaire Taha Bouhafs, les violences émaillant les manifestations contre la réforme des retraites et les solutions envisageables pour enrayer la montée du communautarisme islamique. 

Lors de leur échange, alors que les deux intellectuels reviennent sur la colère populaire qui est dirigée vers la figure du président depuis de nombreux mois, ils se demandent si Emmanuel Macron n’a pas commis quelques erreurs politiques. Causeur vous propose de lire un petit extrait. L’émission complète est disponible sur abonnement sur RNR.tv (5€ par mois).

Verbatim

Élisabeth Lévy. Qu’est-ce qui s’est passé pour que ce jeune président, acclamé à son arrivée, destiné à sacraliser de nouveau la fonction présidentielle après Hollande, se retrouve maintenant haï à ce point ? Est-ce que tout est de la faute de la rue et du peuple ?

Pierre-Henri Tavoillot. Non, il y a eu une erreur initiale du côté de l’exécutif. Lorsqu’il a été élu, on a conseillé à Macron de ne pas oublier qu’il avait été mal élu, on lui a rappelé également qu’il était coupé des territoires, de la France périphérique. Et au lieu d’aller travailler très fortement sur cette logique du territoire, comme beaucoup de gens l’incitaient à le faire, il ne l’a pas fait. La révolte des gilets jaunes est l’expression parfaite de cet oubli de la France profonde. Longtemps, le débat social s’était fait entre centre-ville et banlieues, en oubliant la France périphérique. Il y a donc eu là une erreur majeure, de plus pas totalement réglée.

Élisabeth Lévy. Pourtant, lors de l’épisode du Grand débat, Macron a quand même mouillé sa chemise dans la France périphérique ! 

Pierre-Henri Tavoillot. Il a été plutôt bon. Il discute bien, la mise en scène était réussie. Cela dit, entre ce dialogue qu’il y a eu avec les Français lors de cette épisode et la politique “jupitérienne”, y a-t-il quelque chose d’autre ?

Elisabeth Lévy. En menant cette politique d’adaptation de la France à la mondialisation – et il essaie effectivement de faire des choses – il y a peu de chances qu’Emmanuel Macron réponde réellement aux attentes des gilets jaunes et de la France périphérique…

Pierre-Henri Tavoillot. Par exemple sur la question des retraites, il me semble que voyant que la négociation n’allait pas fonctionner, l’hypothèse d’un référendum aurait été intéressante… Pas un référendum qui consiste à dire « Voilà ma réforme, c’est oui ou c’est non » mais plutôt « il y a trois options : on ne change rien mais les cotisations vont augmenter / On instaure la retraite à points / On augmente progressivement l’âge de départ » (…) Vous allez décider. Chaque solution a des avantages ou ses inconvénients, et on sort de cette logique qui consiste à penser que le résultat d’un référendum n’est pas la réponse à la question, mais celle à celui qui l’a posée. En faisant comme ça, on aurait une vraie innovation démocratique !

>>> Retrouvez plus d’une demi-heure de vifs échanges maintenant ici <<<

Crise de l’autorité, un péril inquiétant

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Alors que le conflit sur la réforme des retraites prend fin, certains opposants se radicalisent. En France, depuis plusieurs mois, la multiplication des incidents inquiète et certains pensent que la démocratie est menacée. Dans ce contexte, face à des casseurs ivres de haine, les forces de l’ordre sont très sollicitées. Jusqu’à la bévue de trop ?


La crise couvait, la crise éclate. Le chef de l’État lui-même a finalement été obligé de s’exprimer au sujet des violences policières, devenues un problème politique majeur, et un danger bien réel pour la République. Mais faut-il parler de violences policières, ou d’un divorce violent entre la police et le peuple, sur fond de crise de l’autorité touchant la société entière, des parents à la classe politique en passant par les enseignants ?

L’exécutif a tardé à condamner des incidents d’une police fatiguée

Les constats, d’abord. Depuis un peu plus d’un an, les témoignages de brutalités injustifiées de la part des forces de police lors des manifestations de gilets jaunes puis d’opposants à la réforme des retraites, s’accumulent. Il s’agit le plus souvent de courtes séquences vidéos. Courtes, donc sorties de leur contexte. Diffusées par des manifestants ou des adversaires déclarés des forces de sécurité, donc d’une objectivité incertaine. Mais quel qu’en soit le contexte, certaines scènes sont difficilement justifiables, pour ne pas dire plus. Leur nombre, d’ailleurs, devrait suffire à inquiéter, et aurait dû provoquer une réaction officielle depuis des mois.

Combien de colères rentrées devant la mansuétude de l’institution judiciaire envers les criminels – et pas seulement ceux qui agressent des policiers ?

Des informations essentielles manquent : quel est le profil des policiers mis en cause ? Appartiennent-ils tous à quelques unités de maintien de l’ordre, toujours les mêmes – auquel cas le problème est grave mais circonscrit ? Ou viennent-ils de toute la France, de CRS ou de commissariats différents et sans lien particulier entre eux ?

Le restaurant La Rotonde à Paris, où Emmanuel Macron avait dîné entre les deux tours de la présidentielle, incendié le 18 janvier 2020 © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22419450_000003
Le restaurant La Rotonde à Paris, où Emmanuel Macron avait dîné entre les deux tours de la présidentielle, incendié le 18 janvier 2020 © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22419450_000003

En face, on assiste également à des violences inadmissibles, quelle que puisse être la légitimité des revendications. Plus encore que les destructions de mobilier urbain ou l’incendie de la Rotonde, je pense au saccage du stand de République Souveraine, le mouvement de Georges Kuzmanovic, par un groupe d’extrême-gauche. Ces violences entre manifestants contre la réforme des retraites en rappellent d’autres. J’y vois un écho de décembre 2018, lorsque des gilets jaunes ont défendu la tombe du Soldat Inconnu face à des Black Blocs qui voulaient la profaner, pendant que d’autres saccageaient l’Arc de Triomphe. C’est la même dualité parmi les manifestants, et la même insupportable confusion médiatique – et parfois policière – entre des citoyens en colère et des casseurs ivres de haine.

La mansuétude incompréhensible de la justice face aux émeutiers

Le constat est aussi celui d’un cercle vicieux. En dehors même des manifestations, les violences envers les policiers ne font qu’augmenter. Injures, menaces, caillassages, insupportables pressions sur les familles, agressions au travail et parfois en dehors du travail. L’état d’hyper-vigilance qui se prolonge s’accompagne d’une fatigue nerveuse et morale pour nos forces de l’ordre. Combien de samedis passés loin des leurs, manifestation après manifestation ? Combien de colères rentrées devant la mansuétude de l’institution judiciaire envers les criminels – et pas seulement ceux qui agressent des policiers ? Combien de frustrations ravalées devant ces casseurs et leurs tactiques de harcèlement : brûler, s’enfuir, revenir, s’enfuir, brûler encore, casser, s’enfuir encore, se cacher derrière d’autres manifestants utilisés comme des boucliers humains ? Et voilà le policier à qui on ordonne de tenir sa position. Tenir, pendant des heures, sous les insultes, de plus en plus souvent les jets de canettes, d’ordures, de pavés. Tenir encore.

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Et soudain, la charge ! Lâchez les fauves ! Des heures, des jours, des semaines, des mois de tensions qui se déversent dans quelques secondes d’action. Jusqu’à l’excès. Jusqu’à la faute. Comprendre n’est pas excuser, et encore moins approuver.

L’aspiration légitime à une souveraineté populaire retrouvée

Mais ces violences résultent aussi de la morsure des petites phrases méprisantes du pouvoir, l’une après l’autre, mois après mois. Pendant des mois, des médias ont raillé ces beaufs de gilets jaunes, le gouvernement a parlé de pédagogie plutôt que de désaccords, comme si les citoyens n’étaient que des enfants ignorants et les ministres de sages instructeurs détenteurs du seul savoir. Des cahiers de doléances ont été remplis et n’ont jamais été lus. L’insupportable arrogance d’un Delevoye malhonnête et menteur ajoutant de faux dialogues aux faux débats du tour de France présidentiel, l’absurdité des propos tenus pour le défendre : comment ne pas sentir que le gouvernement prend les Français pour des imbéciles ? Pire : pour des paillassons, à qui on peut faire avaler toutes les couleuvres puisque jamais ils ne se révolteront. « Qu’ils viennent me chercher ! » a dit Emmanuel Macron. Chiche ! a répondu le peuple. Mais quand le peuple devient foule, sa saine colère devient rage absurde. Et en face : les flics. Qui ont eu une prime spéciale pour s’être opposés aux gilets jaunes. Qui seront, dit-on, épargnés par la réforme des retraites. Dont on voit les brutalités en vidéo sur les réseaux sociaux – et on les voit, on les regarde, et quelque chose en soit gronde « vengeance ». Et c’est le contact. Et la fureur explose. Jusqu’à l’excès. Jusqu’à la faute. Comprendre n’est pas excuser, et encore moins approuver.

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Et je n’oublie pas, bien sûr, que parmi les policiers comme parmi les manifestants il y a une incompressible proportion d’imbéciles, de petits caïds qui jouissent de la moindre parcelle d’autorité, de brutes de cour d’école qui n’attendent qu’une occasion pour se défouler. Il y a des policiers qui seraient casseurs s’ils étaient manifestants. Il y a des manifestants qui se délecteraient de distribuer des coups de matraque s’ils étaient policiers. Ils sont peu nombreux, au fond, mais ils sont profondément nocifs. Ils provoquent et entretiennent le cercle vicieux. Jusqu’à la rupture, si on les laisse faire.

Reparlons de notre justice

Je n’oublie pas non plus l’institution judiciaire. Quand vous vous faites flasher à 52 km/h en ville, et que vous êtes obligé de payer, mais que celui qui le même jour vous a volé votre sac s’en tire avec un rappel à la loi (et ne vous rembourse même pas les dommages causés), vous avez le droit d’être en colère. Que dis-je ? Vous en avez le devoir ! Et les policiers qui constatent chaque jour ce genre d’injustices sont eux aussi en colère, d’ailleurs. Quand les gilets jaunes sont sanctionnés sans complaisance, mais que les Black Blocs s’en tirent toujours, les policiers ne s’indignent pas moins que le reste des citoyens !

Et quand on déploie pour protéger un déplacement présidentiel des moyens que l’on aimerait bien avoir pour combattre les violences urbaines, par exemple la nuit du Nouvel An, les policiers ne sont pas moins outrés que le reste des citoyens – plus même, sans doute. Quand la répression des opposants est plus déterminée que la lutte contre les racailles, c’est insupportable pour tous les citoyens dignes de ce nom, peu importe qu’ils soient policiers ou pas.

J’ai parlé de rupture. Si rien n’est fait, nous y allons tout droit. Un divorce entre les Français et leur police – car c’est leur police, pas celle du gouvernement, seul le peuple est souverain – serait catastrophique. Il n’est jamais bon que l’un des piliers de l’État s’effondre.

Appel au calme

La solution est pourtant claire : responsabilité. Que chaque policier arrête son camarade, là, juste à côté, qui va trop loin. Que chaque manifestant arrête son camarade, là, juste à côté, qui va trop loin.

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Oui, c’est difficile. Une part de nous-mêmes aurait envie de faire pareil, et peut-être pour de bonnes raisons. Il y a l’effet de groupe, l’effet de foule, la crainte du regard des autres. Qui a dit qu’il était facile de faire son devoir ? Mais c’est une nécessité.

Si nous n’agissons pas là où nous sommes, si nous continuons à attendre que ce soit le gouvernement qui mette fin à la surenchère de violences réciproques, les dégâts seront immenses. Bien sûr, il faudra exiger que les coupables soient châtiés – brutes en uniforme, et casseurs. Bien sûr, il faudra exiger que les responsabilités soient établies, jusqu’au plus haut niveau si nécessaire. La priorité est d’empêcher l’escalade. Nous désolidariser de la minorité d’abrutis dans nos rangs, que nous soyons derrière les boucliers ou parmi les manifestants. Ce n’est pas le problème de la police, ce n’est pas le problème des manifestants. C’est le problème de tous les Français, quels qu’ils soient. Sous l’uniforme, dans un cortège de manif, sur les réseaux sociaux, dans nos discussions entre collègues, en famille, entre amis. Et ça commence maintenant.

No society: La fin de la classe moyenne occidentale

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Quand le FRAC d’Orléans et le Planning familial s’unissent


Il était temps d’enfin « dédramatiser les choses » sur le plaisir solitaire féminin.


Chaque région possède un Fonds d’art contemporain (FRAC) dont la mission est d’animer la vie culturelle et de constituer des collections d’art. Le FRAC Centre-Val de Loire, basé à Orléans, a décidé d’élargir son champ disciplinaire à l’action militante clownesque, organisant moult débats sur les migrants ou proposant des ateliers « Yoga pour enfants ».

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Mais l’établissement vient de se surpasser en accueillant un délectable happening féministe festif du Planning familial. La vénérable association, traversée ces dernières années par des tendances intersectionnelles, s’était illustrée en fermant les yeux face au burkini. On la retrouve aujourd’hui en pointe dans un registre féministe à-la-mode, à travers une « Soirée zéro gène » – dans les murs du FRAC d’Orléans – consacrée au « Plaisir féminin sous tous les angles » et surtout à la « masturbation solitaire ». Étaient proposés aux visiteurs un mur des fantasmes (il fallait entrer dans un isoloir pour écrire son fantasme sur un bout de papier, avant de le placarder !), un atelier tatouages éphémères, une cabine d’écoute érotique, la distribution de ballons « érotico-rigolos », du roller-derby, un DJ-set, un atelier badges, des rencontres avec des « chroniqueuses sexo »… Et le cauchemar ne serait pas complet s’il n’était également prévu une énième animation sur le thème du clitoris, qui serait le grand ignoré du corps féminin… Il était donc possible, au comble de l’extase, de repartir avec un clitoris imprimé en 3D !

Autant de gesticulations destinées à finir inexorablement dans le néant de « stories » publiées sur les réseaux sociaux. On veut « dédramatiser les choses » précise la coordinatrice du Planning. Par l’éloge du plaisir solitaire, peut-être a-t-elle voulu régler définitivement la question de la contraception.

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Libérons nous du féminisme !

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« Qu’un sang impur… », un « Apocalypse now » revanchard et raté


Qu’un sans impur… d’Abdel Raouf Dafri, en salles le 22 janvier 2020.


« Il a la carte », comme aurait dit Jean Rochefort. Cette carte, Abdel Raouf Dafri l’a depuis son entrée dans la carrière, où il fut le coscénariste du film de Jacques Audiard, Le Prophète. Un statut d’intouchable ou presque. Même si depuis lors (dix ans déjà…), sa filmographie ne s’est guère étoffée, à une exception près. En ce début d’année, il signe son grand retour sur grand écran avec sa première réalisation intitulée Qu’un sang impur…. Un titre, une affiche également : un homme, le visage masqué, presque étouffé, par le drapeau français, chemise militaire et crucifix bien en vue autour du cou et Ray-Ban de rigueur dépassant de la pochette… Le poids des mots et le choc de la photo d’entrée de jeu : clichés de fond et de forme, tout y est. Le spectacle peut commencer.

Né en France de parents algériens en 1964 à Marseille, Dafri règle ses comptes avec la France, la colonisation, l’armée et la guerre d’Algérie, comme il se doit. Non pas à travers un documentaire, mais par le biais d’une fiction, soit l’histoire inventée d’un commando hétérogène de l’armée française chargée en 1960 de ramener coûte que coûte le corps d’un colonel porté disparu dans les Aurès. Car, oui, l’ombre portée du film fou de Francis Ford Coppola, Apocalypse Now, plane très immodestement sur tout le film. Avec en apothéose la révélation que ledit colonel, loin d’être mort, a retourné sa verste kaki et dirige un commando algérien sur lequel il règne, tout comme Marlon Brando alias Kurtz chez Coppola. Pour les sourds et les malentendants à qui la référence échapperait, Dafri n’a pas hésité un instant à grimer le si pourtant talentueux Olivier Gourmet en Brando de pacotille, crâne rasé et interrogations métaphysiques à l’appui. La captation d’héritage est si ridicule et si maladroite qu’on finit par rire sous cape de cette apocalypse qui fait pschitt.

Dafri jette consciencieusement de l’huile sur un feu

Dafri pratique ainsi et sans l’ombre d’un complexe le cinéma à l’estomac dès les premières et longues scènes de torture. Il ne recule devant rien, pas même devant un jeu de mot alibi : quand un officier français s’apprête à écraser la tête d’un combattant algérien, celle-ci étant enroulée dans le drapeau français (c’est une obsession…), il n’a qu’un mot pour réclamer l’arme avec laquelle il va tuer : « Massue ! » Colossale finesse orale. Le reste, à l’avenant, ne s’embarrasse d’aucune nuance. Dans le dossier de presse, où l’historien « repentiste » Pascal Blanchard adoube le film, Dafri s’essaie à un discours plus balancé, et même convenu, mais il ne peut pas s’empêcher d’y qualifier Alexis de Tocqueville d’« ordure absolue ». Sans oublier d’instrumentaliser Camus, comme il le fait dans le film, à travers une mémorable péroraison de son fameux colonel. On aura compris que le propos de Dafri est de refaire l’Histoire, comme l’indique si clairement le choix des paroles de La Marseillaise pour le titre de son film. Mais, faut-il en réponse s’épuiser une fois encore à dire que « l’impureté » du sang de Rouget de Lisle n’a rien à voir avec un racisme moderne ? L’anachronisme et l’amalgame sont donc en marche et rien ne les arrêtera.

Le plus grave dans tout cela, c’est que Dafri jette consciencieusement de l’huile sur un feu mal éteint et le sait parfaitement. On frémit d’avance des « débats » que va inévitablement faire naître son film dans les banlieues d’une part et sur les plateaux de télé de l’autre. Les extrémistes de tous bords vont se pourlécher les babines. Chacun y trouvera de quoi alimenter sa haine plus d’un demi-siècle après. Colportant la vieille (et caricaturale) rengaine selon laquelle le cinéma français est resté muet sur la guerre d’Algérie, Dafri apporte sa pierre à un ensemble qui existe bel et bien. Mais c’est hélas un tableau peint à la truelle, sans nuances ni interrogations. Ni la France d’hier ni l’Algérie d’aujourd’hui ne méritent au fond ces excès d’horreur.

À Berlin aussi, la gauche flirte avec les islamistes

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Un débat récent sur une proposition de la droite berlinoise d’inscrire dans la loi l’interdiction de brûler des drapeaux nationaux en public a une nouvelle fois démontré combien l’islamisme commence à gangrener la vie politique allemande.


Interdire de brûler des drapeaux nationaux ? Cela aurait pu rester une proposition anecdotique ou banale mais la réaction de la gauche berlinoise en dit long sur ses accointances avec l’islam politique.

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Retour en arrière : en décembre 2017, des manifestations hostiles à Israël éclatent suite à la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l’État hébreu et de déménager en conséquence l’ambassade américaine dans la ville sainte (ce en quoi il ne faisait d’ailleurs qu’appliquer une loi de 1995 dont la mise en œuvre fut sans cesse repoussée). Rapidement, certains groupes de manifestants se montrent violents. Une image choque en particulier le pays : celle de drapeaux israéliens mis à feu et piétinés par ces manifestants (la plupart issus de la communauté musulmane), et ce en plein quartier de la porte du Brandebourg.

Ces vidéos provoqueront un véritable tollé en Allemagne, d’une part pour des raisons historiques évidentes, mais également pour les condamnations timides, voire inexistantes, d’une partie de la gauche, qui dévoilèrent au grand jour leur jeu dangereux avec l’islam politique. Pourtant, ces provocations ne sont pas nouvelles : depuis plusieurs décennies déjà, la « journée mondiale d’Al-Quds »[tooltips content= »La Journée mondiale d’Al-Quds est un événement annuel destiné à exprimer la solidarité avec le peuple palestinien »](1)[/tooltips] est un défouloir pour les islamistes de tout poil, à Berlin comme ailleurs. Un phénomène qui a fait couler beaucoup d’encre, et notamment celle de l’éditorialiste du Zeit Robert Leicht, qui se désolait avec effroi des mesures de sécurité imposantes devenues des images du quotidien autour des lieux de culte juif et des mémoriaux de la Shoah.

Une proposition de loi rejetée par la coalition « rouge-rouge-vert »

Peu de temps après les manifestations de décembre 2017, plusieurs partis (notamment l’AfD et le FDP) ont soutenu la proposition de loi avancée par la CDU locale devant la chambre des députés de la ville-Land de Berlin visant à modifier l’article 104 du code pénal allemand afin d’élargir la pénalisation des outrages au drapeau et d’inscrire dans la loi les drapeaux nationaux brûlés en public, notamment lors de manifestations. Ce qui paraissait comme une mesure unanime et de bon sens s’est heurté au refus, il y a quelques jours, de la majorité berlinoise depuis 2016, la coalition « rouge-rouge-vert » (tout un programme…), nommée ainsi car elle rassemble la gauche radicale du parti Die Linke, le parti socialiste allemand (SPD) et les Verts (die Grünen).

La coalition a justifié son vote en se contorsionnant autour d’arguments juridiques bancals et d’explications floues, et retardant le processus par la commande d’un rapport sur l’état existant du droit. La vérité ne serait-elle pas qu’elle craint de braquer une partie de son électorat et ses soutiens ?

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Gauche radicale allemande et islam politique: des liens qui ne datent pas d’hier

Car une partie de la gauche allemande a en réalité entretenu de longue date des liens avec l’antisionisme, voire l’islam politique.

La RDA socialo-communiste en son temps soutenait les pays arabes contre Israël à chaque conflit dans la région. De même, les groupes terroristes armés d’inspiration marxiste-léniniste, telle la Fraction Armée rouge, entretenaient des liens étroits avec le Fatah, et certains de ses membres se rendaient dans des camps d’entrainement en Jordanie, comme le rappelait récemment la journaliste Birgit Gärtner pour le think tank autrichien Mena Watch. Gärtner rappelle également que plus récemment, l’avocat Hans-Eberhard Schultz, proche de la gauche altermondialiste, représenta à plusieurs reprises des islamistes dont la manifestation avait annulée par les autorités pour cause de trouble à l’ordre public (et notamment le salafiste Ibrahim Abou-Nagie, proche du Hamas). Et de citer la tribune au vitriol, en 2014, de l’écrivain Maxim Biller qui dénonçait ouvertement l’antisémitisme de gauche, auréolé d’un antisionisme bon ton, engendré selon lui par les dérives intellectuelles d’une partie de la mouvance soixante-huitarde. Un texte d’une très grande puissance qui résonne quelques années plus tard comme un véritable manifeste.

On se souvient que Joschka Fischer, figure de proue des Verts et ancien ministre, dénonçait les dérives antisémites et d’Israël bashing compulsif de certains membres de son propre parti, ce qui ne lui valut pas que des amis. De la même manière, Gregor Gysi, député et membre du parti Die Linke, fut bien isolé quand il s’agissait de dénoncer les positions nébuleuses de ses collègues députés (comme Annette Groth et Inge Höger, dont les sympathies sont plus que douteuses). Il fut pris à partie dans le pathétique et navrant Toiletgate[tooltips content= »En novembre 2014, après avoir été invité par Inge Höger et Annette Groth, membres de la gauche parlementaire, à discuter avec elles au parlement allemand, le Bundestag, les journalistes Max Blumenthal et David Sheen ont appris que Gysi, bien que lui-même critique envers Israël en ce qui concerne la bande de Gaza et la Cisjordanie après 1967, a essayé d’annuler les rendez-vous au motif que Blumenthal et Sheen ont une opinion « extrémiste » sur les colonies israéliennes, de laquelle il souhaite dissocier la gauche allemande. Un incident, ultérieurement surnommé « Toiletgate », est survenu plus tard : Blumenthal et Sheen attendaient Gysi pour « le mettre face aux crimes d’Israël à Gaza et aux diffamations que Gysi et ses acolytes ont disséminées à leur encontre ». Gysi s’est enfui, suivi des deux et d’autres membres du parlement, en descendant par un couloir du parlement et arrivant dans des toilettes. Après cet événement, il a été conseillé à Blumenthal et Sheen de ne plus remettre les pieds dans le Bundestag (source: Wikipedia)« ](2)[/tooltips].

Rappelons ici également le sort qui fut réservé à Claude Lanzmann à Hambourg en 2009 lors de la projection de son film Pourquoi Israël. L’équipe du film fut accueillie par quelques dizaines d’activistes d’extrême gauche débitant des salves d’insultes antisémites et homophobes. La projection avait dû être annulée. Un fait qui a peu marqué la presse à l’époque, y compris outre-Rhin.

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Et les exemples plus récents ne manquent pas. À de nombreuses reprises, des membres ou sympathisants du parti Die Linke ont ainsi soutenu des manifestations et appels au boycott émanant d’associations notoirement islamistes, par exemple suite à la tenue à Francfort d’un simple débat sur le voile, organisé au sein de l’université Johann Wolfgang Goethe il y a quelques mois.

Suite au fiasco de la chambre des députés de Berlin sur les outrages au drapeau, la CDU a repris le sujet en main au Bundestag et il semblerait que la modification de l’article 104 du code pénal ait au final bien lieu. Affaire à suivre, donc. Mais cet épisode a une nouvelle fois montré l’ambivalence d’une parte de la gauche allemande, qui n’a décidément rien à envier à ses homologues de La France Insoumise.

L’Université française creuse sa tombe

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Enseignement supérieur: alors que la Ministre n’a toujours pas réagi à l’annulation d’une conférence avec Geoffroy Lejeune et Charles Consigny à Sciences Po Lille, Guilhem Carayon de l’Union nationale inter-universitaire (UNI) déplore que l’État cède plus que jamais à la tyrannie d’une petite minorité de gauche dans les facultés françaises.


Plus de cinquante ans après la révolte bourgeoise de mai 68, l’extrême-gauche gangrène toujours l’Université. Elle devrait être le creuset de l’émancipation intellectuelle pour les étudiants. Pourtant, de plus en plus d’enseignants sectaires semblent confondre leur militantisme politique avec l’enseignement qu’ils délivrent. La fascination pour les études postcoloniales ou les études de genre, héritées des campus américains, a de quoi inquiéter d’autant que ces théories sont diffusées sous couvert de vérité scientifique. Peut-être pire encore, les descendants des faux-héros de mai 68 rêvent de faire leur propre révolution, saisissant chaque mouvement social comme une occasion de bloquer les facultés, sous le regard impuissant de Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement supérieur, et des doyens de faculté.

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Pénaliser les autres n’est pas acceptable

Ces dernières semaines, dans de nombreuses universités comme celles de Nanterre, Paris 4 mais également Rennes 2, des étudiants, souvent accompagnés de cheminots et d’enseignants en grève, ont empêché la tenue des partiels en bloquant leur université. Ces blocages sont toujours l’œuvre de petits groupes ultra-minoritaires qui privent la grande majorité des étudiants de passer leurs partiels. Les étudiants qui se disent « en grève » oublient que l’étudiant n’est pas un travailleur mais un bénéficiaire du service public qu’est l’université. L’article L.811-1 du code de l’éducation prévoit que les étudiants « disposent de la liberté d’information et d’expression à l’égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels. Ils exercent cette liberté à titre individuel et collectif, dans des conditions qui ne portent pas atteinte aux activités d’enseignement et de recherche et qui ne troublent pas l’ordre public ». Or précisément, les blocages constituent bel et bien un trouble à l’ordre public et une atteinte aux activités d’enseignement et de recherche. Que certains étudiants se pénalisent eux-mêmes est une chose, pénaliser les autres est inacceptable. Les doyens d’universités doivent prendre leurs responsabilités et faire preuve d’autorité en sanctionnant ces gens qui n’ont rien à faire à l’Université.

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Largement distancées dans les classements internationaux du Times Higher Education ou celui de Shanghai, les universités françaises n’avaient vraiment pas besoin de cela. Imagine-t-on les étudiants des universités d’Oxford et de Cambridge bloquer leur université ? Les étudiants bloqueurs se permettent tout car ils savent que leurs actes resteront impunis et que de toute façon, ce n’est pas leur argent qui est en jeu puisque leurs études sont financées par les contribuables. Une note d’information du ministère de l’éducation nationale avait révélé qu’une année universitaire coûtait à l’Etat 13 873 euros par an. Rien que ça., « Les socialistes sont généreux, mais avec l’argent des autres ».

Révolutionnaires en carton

Certains étudiants se croient tout permis, oubliant que la citoyenneté est un bloc, faite de droits mais surtout de devoirs. L’Université n’appartient pas aux étudiants, encore moins aux quelques révolutionnaires en carton qui refont le monde aux terrasses de Saint Germain des Prés ou du Panthéon. Les bloqueurs ne représentent pas les 3 millions d’étudiants qui se battent pour obtenir un diplôme et travailler le plus tôt possible. On parle souvent de « majorité silencieuse ». C’est tragique car l’Etat cède plus que jamais à la tyrannie des minorités. Ces dernières ont compris les failles d’un système dans lequel l’autorité n’existe plus.

Anti-PMA: la manif dont tout le monde ne parle pas

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Alors que la loi de bioéthique doit être examinée aujourd’hui en séance plénière par le Sénat, les opposants à l’extension de la PMA aux femmes seules et aux couples de lesbiennes, rassemblés sous l’égide du collectif Marchons enfants, défilaient de nouveau ce dimanche dans les rues de Paris. Suivons notre chroniqueuse Gabrielle Périer qui s’était mobilisée…


Dimanche, dans le froid mordant de l’hiver parisien, la deuxième grande manifestation contre la PMA sans père a vu défiler de nouveau plusieurs dizaines de milliers de gens[tooltips content= »41 000 personnes selon la préfecture de police, 26 000 selon le cabinet Occurrence mandaté par plusieurs médias. Les organisateurs, eux, se sont refusés à donner une estimation, pour ne pas se réengager dans les débats de chiffres qui avaient suivi la manifestation du 6 octobre : eux avaient annoncé en effet 600 000 personnes, contre 42 000 selon la police et 74 500 selon Occurrence. »](1)[/tooltips] venus de toute la France, en vue de l’examen par le Sénat du projet de loi déjà adopté par l’Assemblée nationale. Comme le 6 octobre, la foule était joyeuse, familiale et paisible. Place de l’Opéra, lieu de l’arrivée du cortège, une grande tribune avait été installée pour accueillir les représentants des associations formant le collectif Marchons enfants, qui assume la charge de la mobilisation. Inlassablement, ils ont répété le danger de faire les apprentis sorciers avec la filiation au nom de désirs individuels tout-puissants ; ils ont poussé un cri d’alarme face au projet institutionnel de « fabriquer des orphelins de père » ; ils ont dénoncé l’intervention croissante de la technique dans la procréation, impliquant le financement par l’État du « droit à l’enfant ».

Ils marchent contre l’individualisme dominant

Déjà présente à la manifestation du 6 octobre, j’ai décidé cette fois de m’engager au nombre des bénévoles qui aidaient à la logistique de la manifestation. On m’a affiliée à une petite équipe de cinq étudiants et un retraité, tous, sauf un, étant spécialement venus de province. Stationnés à l’arrivée à partir de dix heures du matin, trottant derrière le chef d’équipe, nous avons déplacé quelques cartons et installé des barrières, puis distribué des drapeaux verts et rouges.

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La position du militant de base est très instructive. Le matin, curieux, les badauds nous interpellaient. Après avoir compris qui nous étions, une femme a aboyé : « vous n’êtes pas dans le sens de l’histoire, ni dans celui de la générosité ! » – au contraire d’elle, bien sûr, au comble du bon goût. Dans l’ensemble cependant, la plupart des gens avec qui nous avons discuté n’étaient pas enthousiastes vis-à-vis du projet de loi de bioéthique. Quand on explique en effet que la conjointe d’une femme enceinte via une PMA pourra être désormais instituée, abracadabra, en « mère 2 », la majorité est en effet sceptique. L’abstraction juridique a ses limites, qui sont en premier lieu celles de la vraisemblance. De même, cela ne plaît pas beaucoup que l’État puisse valider et concourir à l’absence de père, drame intime récurrent qui a été traité de long en large par l’art et la psychologie – et dont le dernier exemple en date est celui de Vanessa Springora, qui explique le fait qu’elle se soit laissée prendre à l’emprise de Matzneff par une telle absence. Ces sentiments, assez largement partagés, se heurtent à l’individualisme dominant qui rassure en expliquant qu’il faut laisser les gens vivre comme ils l’entendent, que chacun doit avoir le droit de vivre son amour et d’avoir des enfants, et que ça ne touchera personne d’autre (sauf les « haineux »). Pris dans cette dissonance cognitive, on la résout le plus souvent par le conformisme – qui ne nécessite que de détourner les yeux.

Les hommes effacés

Qu’à cela ne tienne, les manifestants étaient au rendez-vous. Comme d’habitude, il y avait un très grand nombre de familles, qui ont passé leur temps à s’amuser avec leurs drapeaux et leurs pancartes – au cœur de la manifestation, j’ai d’ailleurs passé un bon moment à tenter d’empêcher des enfants qui riaient innocemment de lâcher leurs drapeaux au-dessus d’une bouche d’aération, ce qui les faisait s’envoler et retomber un peu plus loin (seul incident de maintien de l’ordre que j’ai observé).

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Les organisateurs avaient décidé de stratégies de communication assez comiques, dont on n’a malheureusement pas beaucoup fait l’écho : des masques blancs avaient été distribués aux hommes, censés représenter leur effacement dans le projet de loi ; des canons ont lancé des faux billets de 500 euros avec la tête d’Emmanuel Macron et le slogan « non à la marchandisation du corps humain ». Simplicité et candeur potache règnent chez ces gens qui ne revendiquent rien d’autre que l’arrêt des traficotages sur la filiation humaine.

Photo: Gabrielle Perier
Photo: Gabrielle Perier

Le bilan de l’événement est bien sûr mitigé : malgré l’optimisme que doivent bien sûr insuffler les organisateurs, très peu croient encore que la mobilisation pourrait aboutir à un retrait du texte. Les personnalités politiques se sont faites bien rares. Beaucoup de ceux qui étaient là le 6 octobre n’ont pas jugé utile ou politiquement opportun de se montrer dimanche – à l’exception de quelques indécrottables, François-Xavier Bellamy, Agnès Thill, Xavier Breton. Mais aussi bien sur le plan pratique qu’intellectuel, de tels événements consolident la structure d’un courant politique appelé à durer : un des faits notables de la mobilisation contre la PMA restera sans doute la reprise massive de l’argument écologique par les conservateurs, par le biais de l’« écologie intégrale » ou du « principe de précaution en matière de respect de la vie humaine ».

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Ceci de façon d’autant plus réjouissante qu’elle ne fait en cela, bien sûr, que retrouver ses racines : depuis le XIXème siècle en effet, c’est la droite contre-révolutionnaire qui exalte la nature contre les abstractions jacobines – et les écologistes qui prônent le « retour à la terre » devraient trouver de quoi y réfléchir.

La jeune garde conservatrice affûte ses armes. Et on n’a pas fini d’en finir avec elle.

Chasse à l’homme au parc de l’Ibirapuera

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Le parc Photo: Driss Ghali

A São Paulo, le cours de yoga de Driss Ghali est perturbé par un voleur poursuivi par la police. Récit.


Se retrouver au beau milieu d’un fait divers, c’est avoir la chance de prendre une leçon de sociologie de la main du maître des maîtres : le réel. Une leçon gratuite et impossible à oublier à condition de s’en sortir indemne.

Ce matin, j’ai eu le privilège d’en faire l’expérience, aux premières loges. Mon seul mérite a été de me lever tôt, bien décidé à reprendre le sport après une année où la procrastination s’est rajoutée aux séquelles d’une mauvaise blessure.

A sept heures tapantes, je pénétrai donc dans l’immense parc de l’Ibirapuera, le poumon vert de São Paulo. Je pris le chemin le plus long, à escient, coupant à travers la pépinière municipale.

Je pris mon temps pour inhaler les parfums acides et violents qu’émettent les plantes tropicales au réveil, je m’emplis les poumons de ce langage propre aux végétaux, un langage qui m’est étranger mais où je soupçonne des menaces, des sourires et des tentatives de séduction. Ensuite, je me retrouvai nez à nez avec le cours de yoga le plus sexy de la planète. Il a lieu chaque matin sous une immense marquise en bois qui ressemble à une serre pour êtres humains. Une dizaine de beautés à la fleur de l’âge s’étaient donné rendez-vous exauçant un vœu que j’avais fait la veille avant de me coucher. J’aime quand l’univers conspire en ma faveur. Elles avaient toutes la peau claire mais évitaient la monotonie grâce à une infinité de nuances. Une main invisible présentait à mon regard les variations d’une seule et même histoire à l’issue irrémédiablement heureuse. Du teint jaune qui trahit une origine asiatique, encore vivace, au rose clair qui témoigne d’une ascendance allemande, hongroise ou russe. Le monde était étendu à mes pieds, chaque continent ayant élu domicile sur un tapis en polyester d’une couleur différente.

Dans le temps, ce lieu a dû abriter une scierie. De nos jours, il est le point de rencontre de la jeunesse bourgeoise, version fitness et végane. Que Dieu bénisse la tertiarisation de l’économie.

Un drôle de coach

Les jeunes femmes n’avaient d’yeux que pour le coach, un éphèbe aux cheveux bouclés et au torse nu. Il ressemblait à un rachitique tout juste descendu d’un paquebot en provenance de Calcutta. Il devait être très doué pour le yoga et la méditation mais semblait évoluer constamment à la limite de l’inanition. Quel contraste avec la « bonne santé » de ses élèves ! Le fakir promenait son tas d’os le long d’un tatami couleur rose fuchsia. Il arborait un micro-casque beige qui épousait fidèlement le relief de sa pommette saillante et de sa joue effondrée, on aurait dit que l’accessoire avait été conçu sur mesure pour ce profil aberrant. Le micro diffusait au loin sa voix fausse et mielleuse dont les intonations nasales me causèrent, de suite, une vive exaspération : « on lève la poitrine vers le ciel et on inspire doucement, les seins en pointe…doucement, sans forcer… on lève la poitrine vers le soleil et on accepte la caresse de l’univers…on fait le plein d’énergie cosmique »

J’étais jaloux.

Occupé à communier avec le cosmos et son énergie primaire, le groupe n’avait pas noté ma présence, une raison de plus pour m’attarder sur ces visages resplendissants qu’un artiste virtuose avait couvert de poussière d’étoile durant la nuit.

Le gourou au torse nu marchait à pas lents et me fixait des yeux avec un léger sourire qui ressemblait à une invitation. Quel dommage ! J’aurais voulu faire de l’effet à la blonde au body rose ou à l’asiatique aux cheveux longs et soyeux. Tant pis, la vie est injuste et l’amour est enfant de bohême : je m’y résous de bonne grâce.

Soudain, des cris : « au voleur ! au voleur !». Puis, une forme confuse se détacha des bambous géants qui émirent des craquements secs en guise d’alerte. L’intrus sortit de sa cachette en trombe, il contourna le cours de yoga et s’engouffra dans une serre dont les vitres fêlées laissaient entrevoir des plantes grasses, aux formes méchantes.

Photo: Driss Ghali
Photo: Driss Ghali

Il avait la peau foncée, l’apparence soignée et aucune raison de se trouver au milieu des végétaux. Pantalon bordeaux, chemise blanche en lin, blazer beige.

Pendant ce temps, les corps célestes continuaient à tourner autour du soleil dans l’espoir de trouver l’harmonie et éliminer la cellulite. « Et maintenant on se met à quatre pattes sur les avant-bras, les doigts écartés… »

Etant plus lucide qu’étiré, j’ai vite repéré un couple de policiers en VTT venant en ma direction. Cent mètres derrière, trois agents de la sécurité du parc, presque obèses, courraient et levaient les bras comme s’ils appelaient au secours alors qu’ils étaient censés le donner.

« Le voilà ! Le voilà ! Une balle au genou ! Tirez-lui une balle au genou ! Qu’en on finisse!»

Les policiers s’enfoncèrent dans la pépinière, ils furent vite rejoints par des voix éparses, des voix d’hommes venus appuyer la chasse à l’homme. Sans l’avoir prémédité, je me retrouvai au milieu d’un groupe de parfaits inconnus, réunis spontanément dans le seul but de mettre la main sur le « bandit ». Nous avions décidé d’unir nos forces sans savoir s’il était innocent ou coupable, nous ne savions même pas ce qui lui était reproché. Nous formions une société et cette vérité nous suffisait.

Chasse au voleur au sécateur

Me voilà donc au milieu d’une dizaine d’hommes : des jardiniers de la municipalité de São Paulo, munis de bêches et de pelles. Tous habillés en vert comme les résidents d’une colonie pénale américaine, ces colonies rurales où les prisonniers triment dur sous la houlette de méchants shérifs, montés à cheval. Sauf que cette fois, ce sont les prisonniers qui prenaient le fuyard en chasse.

Je me suis tout de même fixé une limite : au premier coup de feu, tu te jettes à terre et tu ne bouges plus. Mon civisme a des limites.

« Château d’eau ! Château d’eau ! »

Les talkies-walkies des gardiens crachaient à l’unisson les informations en provenance du groupe de tête. Nous nous retrouvâmes donc devant une tour blanche, encerclée de parterres de plantes aux feuilles épaisses. A perte de vue, dominait le vert sombre et inquiétant, ce vert brésilien de la forêt primaire, être vivant au désir infini et vertigineux, toujours en manque de lumière et d’humidité.

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« Il n’a pas pu grimper jusqu’au réservoir d’eau, c’est ridicule, il faut le chercher ailleurs, allez ! »

Quel bonheur de participer à une horde ! L’on y collabore spontanément avec son prochain, sans avoir besoin d’un chef ou d’une carte d’Etat-Major. La meute se suffit à elle-même car elle est instinct. Et, ce matin, l’instinct a eu le dernier mot.

« Le dépôt ! Il s’est caché dans le dépôt ! » Cette fois, je me mis en retrait car la femme flic avait dégainé son revolver. Je préférai abandonner le groupe et contourner le hangar par prudence ou peut-être par esprit d’embuscade. Je ne fus pas déçu car le hangar dispose d’une porte à l’arrière qui donne sur une cour entièrement grillagée. Le cul-de-sac par excellence. Une cage à fauve.

« T’es coincé. C’est fini ! Couche-toi ! Couche-toi ! »

Ça y’est, le voilà, à une dizaine de mètres de moi, de l’autre côté du grillage.

Pris au piège, il se recroquevilla comme pour se rendre invisible. Puis, il se jeta au sol :  sur le ventre et les bras en arrière.

La femme flic était très en colère : « fils de pute, tu m’as frappé avec le sécateur ! dis-moi maintenant, il est où ton putain de sécateur, que je te coupe les oreilles avec ». Et paf ! Le jeune homme se prit un coup de pied dans les côtes. Mécaniquement, son corps se cambra sous la douleur et la femme fit deux pas en arrière que son coéquipier comprit comme une invitation à frapper. Il prit son élan et visa les fesses. Boom !

Une justice expéditive ?

La justice venait d’être rendue in situ. Je ne ressentais rien. Je crois dire que les hommes qui m’entouraient se trouvaient dans la même situation. Nous étions satisfaits et vengés. La société, dont nous formions un microcosme, était vengée. Le dérèglement causé par le marginal, le dommage causé à la victime, tout cela venait d’être effacé, d’un trait.

Il m’a fallu observer la tête des jardiniers, mes collègues spontanés, pour me rendre compte qu’ils ressemblaient tous au jeune homme plaqué au sol. Des métis de noirs et d’indiens avec, çà et là, des gouttes de sang portugais. Il aurait pu être leur frère ou bien leur fils.

Les renforts arrivèrent, toutes sirènes allumées. D’une Toyota Corolla flambant neuve, je vis descendre un officier aux épaules larges et constellées d’étoiles. Il balaya du regard les hyènes réunies en arc de cercle sans se préoccuper de l’animal blessé qui gisait à ses pieds. La femme prit les devants et fit le salut militaire. Le visage crispé, elle semblait mobiliser des ressources mentales immenses avant d’ouvrir la bouche et faire son rapport.  Elle ne se doutait pas que son short était entaillé de haut en bas, sur une dizaine de centimètres. Il y a donc bien eu attaque au sécateur. A son salut, le chef rétorqua d’une voix grave : « J’ai pas pris mon petit-déj, t’aurais quand même pu attendre que j’avale mon café avant de me faire courir comme ça de bon matin! ». La bureaucratie venait de faire son entrée en scène. Il était temps que je m’en aille.

Soudain, un homme sauta par-dessus la haie – celle que le bandit n’osa même pas escalader – et se mit à le frapper. J’ai compté cinq ou six coups de pied puissants, distribués entre le derrière et le bas du dos. Il repartit de la même manière qu’il était arrivé : en sautant par-dessus le grillage et sans faire cas de la présence de la police. Une scène inoubliable.

Le jardinier à mes côtés résuma parfaitement la situation: « En voilà un qui avait besoin de déstresser ! »

L’officier demanda à ce qu’on aide le prisonnier à se lever. « Tu tiens le coup fiston ? Tu sais ce qui t’attend au moins ?  T’as pas de bol, je te le dis tout de suite, la victime va porter plainte »

Il me fallait mettre les voiles. Je voulais garder le souvenir du travail bien fait.

En repartant, j’avais le tournis. Soulagé et préoccupé en même temps. La justice a été rendue et cela m’emplissait d’un sentiment de plénitude. L’animal social était heureux. Pourtant, je me trouvais bête et surtout incohérent car frapper ou laisser frapper un homme isolé ne correspond pas à la notion la plus aboutie des droits de l’homme. Ni encore moins de l’honneur.

Mes pas me conduisirent à la marquise, le cours de yoga touchait à sa fin, les corps se relevaient délicatement comme une fleur qui se remet sur pied après une averse passagère. Harmonie et Equilibre. Je devrais peut-être me laisser faire moi aussi et suivre les conseils du fakir. Parfois, il suffit d’arquer le corps et de se laisser caresser par les rayons du soleil.

L’antisémitisme, témoin du drame français

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Le cimetière de Westhoffen (Bas-Rhin) vandalisé, le 4 décembre 2019 © Jean-Francois Badias/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22405228_000009

L’antisémitisme est un syndrome infaillible permettant de voir qu’un pays est en crise. À ce titre, le meurtre de Sarah Halimi, ainsi que le déroulé des suites judiciaires de l’affaire, sont préoccupants.


C’est un truisme de dire que la France va mal. Ce n’est pas nouveau et le dernier gouvernement n’en n’est pas seul responsable. L’enseignement part à vau l’eau, les pompiers sont attaqués, les policiers se sentent lâchés, les Français ne comprennent plus leur justice… Et depuis plus d’un an des citoyens descendent dans la rue exprimer leur mal-être et leur colère, ils ont le sentiment d’être marginalisés, méprisés, abandonnés. Puis des mouvements de grève  depuis un mois paralysent les transports, les citoyens marchent, marchent, tous laissés avec mépris au bord des grèves de la marée sociale. Et par ailleurs, il ne se passe pas de jour sans un lieu de culte chrétien vandalisé, sans un meurtre islamisé, une agression « incompréhensible ». Au pays des Lumières certains les ont éteintes.

Les Juifs de France, moins de 1% de la population, concentrent environ 40% des actes de haine

L’atmosphère est à la délinquance meurtrière depuis des années. Des Juifs (les canaris des mines) sont assassinés parce que Juifs. Sébastien Selam, Ilan Halimi, les enfants  Myriam Monsonego 7 ans, Gabriel Sandler 4 ans Arié Sandler 5 ans ainsi que Jonathan Sandler 30 ans à l’école Ozar hatorah de Toulouse, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab et François-Michel Saada à l’hyper cacher de la porte de Vincennes, Sarah Halimi puis Mireille Knoll dans leur propre domicile. Les Juifs de France, moins de 1% de la population, concentrent environ 40% des actes de haine. Les dirigeants politiques s’indignent, pleurent, manifestent (n’a-t-il pas lieu de s’inquiéter quand les politiques ne trouvent d’autre façon d’agir que manifester ?) mais que font-ils concrètement ?

Un crime antisémite sordide au cri d’Allah akbar

Les innombrables crimes commis en France au nom de l’Islam sont rapidement devenus le fait d’abord de loups solitaires puis de déséquilibrés. L’assassin de Sébastien Sellam avait déjà été déclaré pénalement irresponsable. La justice est-elle islamophobe ne reconnaissant pas responsables ceux qui crient Allah akbar ? Musulman militant, est-on forcément dément ?

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L’affaire Sarah Halimi vs Kobili Traoré est paradigmatique du drame français. Revenons sur les faits : Madame Halimi est menacée et traitée de « sale juive » pendant des jours et des mois par son voisin Kobili Traoré qui, deux ans auparavant, avait même harcelé sa fille l’appelant « juive dégoûtante ». Cet habitué de la mosquée salafiste Omar était-il irresponsable alors ? Le 4 avril 2017, il pénètre chez elle depuis un balcon. Etait-il déséquilibré, alors ? Il la torture pendant près d’une heure (son visage devient une bouillie, 23 fractures !) en hurlant des sourates du Coran et des Allah akbar puis jette son cadavre du troisième étage. Très tôt, des policiers sont derrière la porte, d’abord un puis trois et bientôt vingt-huit et, comme au Bataclan, n’interviennent pas. Pourquoi n’ont-ils pas « porté assistance à personne en danger » ce qui est leur devoir au-delà même de la règle pour tout citoyen ? Quand tout est fini, enfin, ils défoncent la porte. Traoré, calme, ne nie pas avoir torturé et assassiné sa voisine, il est appréhendé sans résistance. La France était en pleine campagne électorale pour les présidentielles.

Quand l’affaire force le mur du silence, le motif antisémite est d’abord nié contre toute évidence. Le CRIF est appelé à la rescousse par les pouvoirs publics, en israélites ils communiquent : « nous avons vérifié les informations concernant l’éventuelle radicalisation de l’auteur des faits, une intrusion dans la chambre à coucher de la victime et des coups de couteau donnés à Sarah Halimi auprès de la Préfecture de Police, c’est faux ». Le CRIF, contraint par l’opinion, rejoindra une marche d’hommage à Mme Halimi le 9 avril 2017 et demandera publiquement que « toute la vérité soit rendue publique. »

La vérité longtemps cachée lors de l’instruction

A nouveau, la France officielle pleure. Le Président s’indigne… Et alors ? On assure partout que les autorités françaises mettent tout en œuvre pour lutter contre l’antisémitisme, mais il y a une disparité entre cette assurance-là et ce qui se passe réellement dans le pays.

Une enquête judiciaire commence. Tout le drame de l’affaire se dessine dans le réquisitoire introductif du procureur. Le procureur est le représentant de l’Etat. D’ailleurs un arrêt de la Cour de Cassation en 2010 affirme, s’alignant sur un arrêt de la Cour Européenne, que le procureur ne peut être considéré indépendant. Dans ce réquisitoire introductif qui qualifie la mission de l’Instruction, exit la non-assistance à personne en danger par la police et la circonstance aggravante évidente de l’antisémitisme. Pas de saisine de la Police des Polices. Une longue bataille commence… Le procureur cèdera sur le caractère raciste six mois plus tard (réquisitoire supplétif) et la juge d’instruction après cinq mois de plus l’intégrera à la mise en examen…

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Il faut donc, idéologiquement, mettre en question la responsabilité mentale de l’assassin. Traoré, délinquant multirécidiviste et multi condamné notamment pour violences aggravées, n’avait pourtant jamais souffert de trouble psychiatrique. Le Dr Zaguri, l’expert judiciaire, en est encore à la rédaction de supplétifs à son rapport concluant à une altération du discernement (pas une abolition !), qu’une seconde expertise est demandée par la juge d’instruction… ces premières conclusions n’exonéraient pas d’une responsabilité pénale, n’empêchaient pas que l’assassin soit renvoyé devant le jury populaire d’une Cour d’assise.

En multipliant les expertises, on finit toujours par trouver un expert qui s’aligne. De fait d’autres experts évoquent un trouble psychotique probable (sic) symptôme d’une schizophréniedonc abolition du discernement pour la juge.

Le cannabis, stupéfiante circonstance atténuante

Est appelée à la rescousse la consommation de cannabis, la drogue du peace and love dans les années soixante, drogue illicite qui provoque une baisse de la vigilance lors de la conduite automobile mais permet ici de franchir des balcons !

Selon la loi française, presque tous les crimes commis sous l’influence de drogues sont jugés avec la plus grande sévérité, mais lorsqu’une vieille femme juive est défenestrée dans une rage psychotique rapportée à la prise de substance illicite et que des policiers restent inactifs derrière la porte, alors, apparemment, ça va. Avec cette histoire de chanvre, on a l’impression d’être pris pour des chèvres.

Nonobstant la jurisprudence qui veut qu’en cas de désaccord des experts sur la responsabilité pénale la Cour d’assise soit compétente, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel tranche directement pour l’abolition du discernement et l’usage de drogues devient une circonstance atténuante. Circulez, il n’y a rien à voir.

Entre-temps une autre grand-mère juive, Mme Mireille Knoll, est assassinée, elle aussi chez elle. Elle aussi avait signalé des menaces à la police qui, là encore, n’avait rien fait. L’instruction est en cours. Mais, désormais quiconque tue peut se valoir d’avoir fumé du cannabis pour être exonéré du crime et être libre !

Belloubet et Macron pas à la hauteur

La vérité est éclairée et la ministre, Mme Belloubet, interrogée s’exclame qu’on ne juge pas un irresponsable. On se demande bien qui est irresponsable. Un scandale politique, policier et judiciaire.

Veut-on ne pas faire la lumière ? Du coup qu’importe que le crime soit antisémite, s’il n’y a pas de jugement.

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Il ne faut pas être malin pour croire que cela suffirait à calmer l’indignation et au-delà de l’indignation, l’inquiétude des citoyens sur l’avenir de la justice… Rien n’arrêtera plus la colère.

Si la cour de cassation ne casse pas ce déni de justice nous aurons confirmation que la République et la démocratie sont en danger. Les églises pourront continuer de brûler dans l’hexagone et nous ne continuerons à n’en être informés, à chaque fois, que par la presse locale, les citoyens continueront à être assassinés dans les lieux et transports publics. Le peuple sait qui sont les responsables.

Juste avant le forum international sur la Shoah à Jérusalem[tooltips content= »Date anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Quarante-sept chefs d’Etats seront présents. »](1)[/tooltips] le président de la République qui avait déclaré la « France en guerre contre l’antisémitisme »  ira au mémorial des Juifs déportés de France et, chemin faisant, devrait aussi se recueillir sur la tombe des martyrs juifs français civils les plus emblématiques Ilan Halimi et Sarah Halimi. Juste après le forum sur la Shoah, il rencontrera Mahmoud Abbas, l’auteur d’un mémoire négationniste, le démocrate à quinze ans de son mandat de quatre ans, celui qui appelle à ensanglanter le dit forum. Juste après. Le message est clair. Que ne se rend-il pas aussi sur la tombe d’Arafat qui avait commandité tant d’attentats qui ensanglantèrent la France.

Monosourcil: bévue à Ricaneland

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Stagiaire de la NASA, Wolf Cukier découvre une exo-planète à 17 ans. Image: Capture d'écran YouTube

Face à la starlette Selena Gomez, productrice de « 13 Reasons Why », l’animateur de TF1/TMC Yann Barthès est bien sûr d’accord pour affirmer que les moqueries et le harcèlement scolaire sont des comportements gravissimes. Quelques instants plus tard, son émission moque le physique… d’un étudiant.


Le 15 janvier dernier, en partance pour l’Alaska, via RMC Découverte canal 24, j’ai incidemment fait escale sur TMC canal 10, qui diffusait l’émission de Yann Barthes. Les propos de Selena Gomez,  relatifs à son engagement contre le harcèlement scolaire à l’école et sur les réseaux sociaux, sonnaient particulièrement justes. « L’objectif, c’est de dire réveillez-vous. Ça se produit chez des enfants de plus en plus jeunes et pour moi, ça ne va pas ». En bref, les moqueries sur le physique des enfants et des adolescents ont des effets désastreux à court, à moyen et à long terme.

Quoi ?  On pouvait donc être sérieux et faire autre chose que ricaner sur « Ricaneland », la planète du ricanage.

Hélas ! mon étonnement a été de courte durée. Je n’ai pas été déçue par la suite du voyage.

Wolf Cukier, une vraie tête de stagiaire, selon Quotidien

Le reportage sur Wolf Cukier, ce jeune Américain de 17 ans qui, le troisième jour de son stage à la NASA, a découvert une exoplanète, six fois grosse comme la Terre, m’a paru hallucinant. De quoi croyez-vous que Quotidien nous parlât ? Ou plutôt de quoi croyez-vous que Quotidien se moquât ? Mais, du physique du jeune homme bien sûr !

A relire: Humour jésuite pour les nuls (de Quotidien)

Celui-ci avait une « vraie tête de stagiaire à la Nasa ». Et surtout, « un magnifique monosourcil visible depuis la lune ». La planète qu’il avait découverte aurait dû s’appeler  « La planète des monosourcils ». Et  comble du raffinement : « Chapeau bas à NBC New York qui a osé le zoom sur la bête ». Oui, sur la bête, vous avez bien lu. Un commentaire digne du pire des terrains de foot. Pour finir en beauté et en finesse, notre maître de cérémonie, aux sourcils harmonieux, alla jusqu’à gesticuler ce que l’on pourrait pudiquement appeler un sourcil d’honneur à ce pauvre Wolf, qui n’en demandait sûrement pas tant.

Barthès: « Faites ce que Selena dit, pas ce que j’fais »

Mais Monsieur Barthes et consorts, qu’est-ce qu’on vous apprend dans vos séminaires pour comiques ? La rigolade, c’est quand on se moque de ce que fait quelqu’un d’autre, qui peut nous paraître insolite, inattendu, déplacé, en un mot risible. Mais, quand on s’attaque à ce que les autres sont, cela s’appelle au minimum de la méchanceté, au pire de l’ostracisme. C’est le B-A BA. Le faire oui, l’être non. Ce n’est pourtant pas compliqué à comprendre, ni à mettre en pratique.

On ne peut pas dire, non plus qu’à Quotidien, la culture générale soit votre fort. Il faut vraiment tout vous dire. Le monosourcil, c’était le top de la beauté féminine dans la Rome et la Grèce antiques. Ovide, oui essayez de vous rappeler, le poète latin, « L’Art d’aimer » et tout ça,  et bien, lui, il recommandait, aux belles de l’époque, de le simuler avec de l’encre, ce monosourcil, so chic.

Si l’antiquité n’est pas votre tasse de thé, aucun d’entre vous n’a jamais entendu parler de Frida Kahlo. De cette grande artiste peintre mexicaine et de ses magnifiques autoportraits dans lesquels justement elle affirme sa différence par son monosourcil.Et même pas besoin d’aller au musée, une formidable exposition est disponible sur internet grâce à Google Arts et Culture.

A lire aussi: La fureur de Yann Barthès contre Valeurs actuelles

Et, pour conclure ce redressage de bretelles, il faut quand même que vous sachiez que  le 12 mars dernier, Sophia Hadjipanteli, mannequin grecque synophridique, c’est-à-dire à monosourcil,  expliquait au Good Morning Britain de ITV, le « bodyshaming » dont elle avait été victime enfant à cause de cette particularité physique. Elle aussi signalait les commentaires haineux et menaçants que lui infligeaient certains internautes, pas franchement malins ni éduqués. Suivez mon regard.

En guise de soutien « à celle qui ose diffuser une autre forme de beauté » et d’encouragement à la diversité, toute l’équipe de l’émission affichait un faux monosourcil pendant l’émission.

C’est ainsi que le hashtag #unibrowmovement est né.


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Retraites: pourquoi pas un référendum?

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pierre henri tavoillot levy
Pierre-Henri Tavoillot et Elisabeth Lévy.

Pierre-Henri Tavoillot est de retour sur REACnROLL dans l’Esprit de l’Escalier!


Dans cet épisode de l’Esprit de l’escalier, Elisabeth Lévy et son invité, le philosophe Pierre-Henri Tavoillot, évoquent notamment l’affaire Taha Bouhafs, les violences émaillant les manifestations contre la réforme des retraites et les solutions envisageables pour enrayer la montée du communautarisme islamique. 

Lors de leur échange, alors que les deux intellectuels reviennent sur la colère populaire qui est dirigée vers la figure du président depuis de nombreux mois, ils se demandent si Emmanuel Macron n’a pas commis quelques erreurs politiques. Causeur vous propose de lire un petit extrait. L’émission complète est disponible sur abonnement sur RNR.tv (5€ par mois).

Verbatim

Élisabeth Lévy. Qu’est-ce qui s’est passé pour que ce jeune président, acclamé à son arrivée, destiné à sacraliser de nouveau la fonction présidentielle après Hollande, se retrouve maintenant haï à ce point ? Est-ce que tout est de la faute de la rue et du peuple ?

Pierre-Henri Tavoillot. Non, il y a eu une erreur initiale du côté de l’exécutif. Lorsqu’il a été élu, on a conseillé à Macron de ne pas oublier qu’il avait été mal élu, on lui a rappelé également qu’il était coupé des territoires, de la France périphérique. Et au lieu d’aller travailler très fortement sur cette logique du territoire, comme beaucoup de gens l’incitaient à le faire, il ne l’a pas fait. La révolte des gilets jaunes est l’expression parfaite de cet oubli de la France profonde. Longtemps, le débat social s’était fait entre centre-ville et banlieues, en oubliant la France périphérique. Il y a donc eu là une erreur majeure, de plus pas totalement réglée.

Élisabeth Lévy. Pourtant, lors de l’épisode du Grand débat, Macron a quand même mouillé sa chemise dans la France périphérique ! 

Pierre-Henri Tavoillot. Il a été plutôt bon. Il discute bien, la mise en scène était réussie. Cela dit, entre ce dialogue qu’il y a eu avec les Français lors de cette épisode et la politique “jupitérienne”, y a-t-il quelque chose d’autre ?

Elisabeth Lévy. En menant cette politique d’adaptation de la France à la mondialisation – et il essaie effectivement de faire des choses – il y a peu de chances qu’Emmanuel Macron réponde réellement aux attentes des gilets jaunes et de la France périphérique…

Pierre-Henri Tavoillot. Par exemple sur la question des retraites, il me semble que voyant que la négociation n’allait pas fonctionner, l’hypothèse d’un référendum aurait été intéressante… Pas un référendum qui consiste à dire « Voilà ma réforme, c’est oui ou c’est non » mais plutôt « il y a trois options : on ne change rien mais les cotisations vont augmenter / On instaure la retraite à points / On augmente progressivement l’âge de départ » (…) Vous allez décider. Chaque solution a des avantages ou ses inconvénients, et on sort de cette logique qui consiste à penser que le résultat d’un référendum n’est pas la réponse à la question, mais celle à celui qui l’a posée. En faisant comme ça, on aurait une vraie innovation démocratique !

>>> Retrouvez plus d’une demi-heure de vifs échanges maintenant ici <<<

Crise de l’autorité, un péril inquiétant

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Emeutiers à Nantes, le 11 janvier 2020, lors d'une manifestation contre la réforme des retraites © SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA Numéro de reportage: 00939660_000027

Alors que le conflit sur la réforme des retraites prend fin, certains opposants se radicalisent. En France, depuis plusieurs mois, la multiplication des incidents inquiète et certains pensent que la démocratie est menacée. Dans ce contexte, face à des casseurs ivres de haine, les forces de l’ordre sont très sollicitées. Jusqu’à la bévue de trop ?


La crise couvait, la crise éclate. Le chef de l’État lui-même a finalement été obligé de s’exprimer au sujet des violences policières, devenues un problème politique majeur, et un danger bien réel pour la République. Mais faut-il parler de violences policières, ou d’un divorce violent entre la police et le peuple, sur fond de crise de l’autorité touchant la société entière, des parents à la classe politique en passant par les enseignants ?

L’exécutif a tardé à condamner des incidents d’une police fatiguée

Les constats, d’abord. Depuis un peu plus d’un an, les témoignages de brutalités injustifiées de la part des forces de police lors des manifestations de gilets jaunes puis d’opposants à la réforme des retraites, s’accumulent. Il s’agit le plus souvent de courtes séquences vidéos. Courtes, donc sorties de leur contexte. Diffusées par des manifestants ou des adversaires déclarés des forces de sécurité, donc d’une objectivité incertaine. Mais quel qu’en soit le contexte, certaines scènes sont difficilement justifiables, pour ne pas dire plus. Leur nombre, d’ailleurs, devrait suffire à inquiéter, et aurait dû provoquer une réaction officielle depuis des mois.

Combien de colères rentrées devant la mansuétude de l’institution judiciaire envers les criminels – et pas seulement ceux qui agressent des policiers ?

Des informations essentielles manquent : quel est le profil des policiers mis en cause ? Appartiennent-ils tous à quelques unités de maintien de l’ordre, toujours les mêmes – auquel cas le problème est grave mais circonscrit ? Ou viennent-ils de toute la France, de CRS ou de commissariats différents et sans lien particulier entre eux ?

Le restaurant La Rotonde à Paris, où Emmanuel Macron avait dîné entre les deux tours de la présidentielle, incendié le 18 janvier 2020 © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22419450_000003
Le restaurant La Rotonde à Paris, où Emmanuel Macron avait dîné entre les deux tours de la présidentielle, incendié le 18 janvier 2020 © Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22419450_000003

En face, on assiste également à des violences inadmissibles, quelle que puisse être la légitimité des revendications. Plus encore que les destructions de mobilier urbain ou l’incendie de la Rotonde, je pense au saccage du stand de République Souveraine, le mouvement de Georges Kuzmanovic, par un groupe d’extrême-gauche. Ces violences entre manifestants contre la réforme des retraites en rappellent d’autres. J’y vois un écho de décembre 2018, lorsque des gilets jaunes ont défendu la tombe du Soldat Inconnu face à des Black Blocs qui voulaient la profaner, pendant que d’autres saccageaient l’Arc de Triomphe. C’est la même dualité parmi les manifestants, et la même insupportable confusion médiatique – et parfois policière – entre des citoyens en colère et des casseurs ivres de haine.

La mansuétude incompréhensible de la justice face aux émeutiers

Le constat est aussi celui d’un cercle vicieux. En dehors même des manifestations, les violences envers les policiers ne font qu’augmenter. Injures, menaces, caillassages, insupportables pressions sur les familles, agressions au travail et parfois en dehors du travail. L’état d’hyper-vigilance qui se prolonge s’accompagne d’une fatigue nerveuse et morale pour nos forces de l’ordre. Combien de samedis passés loin des leurs, manifestation après manifestation ? Combien de colères rentrées devant la mansuétude de l’institution judiciaire envers les criminels – et pas seulement ceux qui agressent des policiers ? Combien de frustrations ravalées devant ces casseurs et leurs tactiques de harcèlement : brûler, s’enfuir, revenir, s’enfuir, brûler encore, casser, s’enfuir encore, se cacher derrière d’autres manifestants utilisés comme des boucliers humains ? Et voilà le policier à qui on ordonne de tenir sa position. Tenir, pendant des heures, sous les insultes, de plus en plus souvent les jets de canettes, d’ordures, de pavés. Tenir encore.

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Et soudain, la charge ! Lâchez les fauves ! Des heures, des jours, des semaines, des mois de tensions qui se déversent dans quelques secondes d’action. Jusqu’à l’excès. Jusqu’à la faute. Comprendre n’est pas excuser, et encore moins approuver.

L’aspiration légitime à une souveraineté populaire retrouvée

Mais ces violences résultent aussi de la morsure des petites phrases méprisantes du pouvoir, l’une après l’autre, mois après mois. Pendant des mois, des médias ont raillé ces beaufs de gilets jaunes, le gouvernement a parlé de pédagogie plutôt que de désaccords, comme si les citoyens n’étaient que des enfants ignorants et les ministres de sages instructeurs détenteurs du seul savoir. Des cahiers de doléances ont été remplis et n’ont jamais été lus. L’insupportable arrogance d’un Delevoye malhonnête et menteur ajoutant de faux dialogues aux faux débats du tour de France présidentiel, l’absurdité des propos tenus pour le défendre : comment ne pas sentir que le gouvernement prend les Français pour des imbéciles ? Pire : pour des paillassons, à qui on peut faire avaler toutes les couleuvres puisque jamais ils ne se révolteront. « Qu’ils viennent me chercher ! » a dit Emmanuel Macron. Chiche ! a répondu le peuple. Mais quand le peuple devient foule, sa saine colère devient rage absurde. Et en face : les flics. Qui ont eu une prime spéciale pour s’être opposés aux gilets jaunes. Qui seront, dit-on, épargnés par la réforme des retraites. Dont on voit les brutalités en vidéo sur les réseaux sociaux – et on les voit, on les regarde, et quelque chose en soit gronde « vengeance ». Et c’est le contact. Et la fureur explose. Jusqu’à l’excès. Jusqu’à la faute. Comprendre n’est pas excuser, et encore moins approuver.

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Et je n’oublie pas, bien sûr, que parmi les policiers comme parmi les manifestants il y a une incompressible proportion d’imbéciles, de petits caïds qui jouissent de la moindre parcelle d’autorité, de brutes de cour d’école qui n’attendent qu’une occasion pour se défouler. Il y a des policiers qui seraient casseurs s’ils étaient manifestants. Il y a des manifestants qui se délecteraient de distribuer des coups de matraque s’ils étaient policiers. Ils sont peu nombreux, au fond, mais ils sont profondément nocifs. Ils provoquent et entretiennent le cercle vicieux. Jusqu’à la rupture, si on les laisse faire.

Reparlons de notre justice

Je n’oublie pas non plus l’institution judiciaire. Quand vous vous faites flasher à 52 km/h en ville, et que vous êtes obligé de payer, mais que celui qui le même jour vous a volé votre sac s’en tire avec un rappel à la loi (et ne vous rembourse même pas les dommages causés), vous avez le droit d’être en colère. Que dis-je ? Vous en avez le devoir ! Et les policiers qui constatent chaque jour ce genre d’injustices sont eux aussi en colère, d’ailleurs. Quand les gilets jaunes sont sanctionnés sans complaisance, mais que les Black Blocs s’en tirent toujours, les policiers ne s’indignent pas moins que le reste des citoyens !

Et quand on déploie pour protéger un déplacement présidentiel des moyens que l’on aimerait bien avoir pour combattre les violences urbaines, par exemple la nuit du Nouvel An, les policiers ne sont pas moins outrés que le reste des citoyens – plus même, sans doute. Quand la répression des opposants est plus déterminée que la lutte contre les racailles, c’est insupportable pour tous les citoyens dignes de ce nom, peu importe qu’ils soient policiers ou pas.

J’ai parlé de rupture. Si rien n’est fait, nous y allons tout droit. Un divorce entre les Français et leur police – car c’est leur police, pas celle du gouvernement, seul le peuple est souverain – serait catastrophique. Il n’est jamais bon que l’un des piliers de l’État s’effondre.

Appel au calme

La solution est pourtant claire : responsabilité. Que chaque policier arrête son camarade, là, juste à côté, qui va trop loin. Que chaque manifestant arrête son camarade, là, juste à côté, qui va trop loin.

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Oui, c’est difficile. Une part de nous-mêmes aurait envie de faire pareil, et peut-être pour de bonnes raisons. Il y a l’effet de groupe, l’effet de foule, la crainte du regard des autres. Qui a dit qu’il était facile de faire son devoir ? Mais c’est une nécessité.

Si nous n’agissons pas là où nous sommes, si nous continuons à attendre que ce soit le gouvernement qui mette fin à la surenchère de violences réciproques, les dégâts seront immenses. Bien sûr, il faudra exiger que les coupables soient châtiés – brutes en uniforme, et casseurs. Bien sûr, il faudra exiger que les responsabilités soient établies, jusqu’au plus haut niveau si nécessaire. La priorité est d’empêcher l’escalade. Nous désolidariser de la minorité d’abrutis dans nos rangs, que nous soyons derrière les boucliers ou parmi les manifestants. Ce n’est pas le problème de la police, ce n’est pas le problème des manifestants. C’est le problème de tous les Français, quels qu’ils soient. Sous l’uniforme, dans un cortège de manif, sur les réseaux sociaux, dans nos discussions entre collègues, en famille, entre amis. Et ça commence maintenant.

No society: La fin de la classe moyenne occidentale

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Quand le FRAC d’Orléans et le Planning familial s’unissent

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© D.R.

Il était temps d’enfin « dédramatiser les choses » sur le plaisir solitaire féminin.


Chaque région possède un Fonds d’art contemporain (FRAC) dont la mission est d’animer la vie culturelle et de constituer des collections d’art. Le FRAC Centre-Val de Loire, basé à Orléans, a décidé d’élargir son champ disciplinaire à l’action militante clownesque, organisant moult débats sur les migrants ou proposant des ateliers « Yoga pour enfants ».

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Mais l’établissement vient de se surpasser en accueillant un délectable happening féministe festif du Planning familial. La vénérable association, traversée ces dernières années par des tendances intersectionnelles, s’était illustrée en fermant les yeux face au burkini. On la retrouve aujourd’hui en pointe dans un registre féministe à-la-mode, à travers une « Soirée zéro gène » – dans les murs du FRAC d’Orléans – consacrée au « Plaisir féminin sous tous les angles » et surtout à la « masturbation solitaire ». Étaient proposés aux visiteurs un mur des fantasmes (il fallait entrer dans un isoloir pour écrire son fantasme sur un bout de papier, avant de le placarder !), un atelier tatouages éphémères, une cabine d’écoute érotique, la distribution de ballons « érotico-rigolos », du roller-derby, un DJ-set, un atelier badges, des rencontres avec des « chroniqueuses sexo »… Et le cauchemar ne serait pas complet s’il n’était également prévu une énième animation sur le thème du clitoris, qui serait le grand ignoré du corps féminin… Il était donc possible, au comble de l’extase, de repartir avec un clitoris imprimé en 3D !

Autant de gesticulations destinées à finir inexorablement dans le néant de « stories » publiées sur les réseaux sociaux. On veut « dédramatiser les choses » précise la coordinatrice du Planning. Par l’éloge du plaisir solitaire, peut-être a-t-elle voulu régler définitivement la question de la contraception.

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Libérons nous du féminisme !

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« Qu’un sang impur… », un « Apocalypse now » revanchard et raté

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"Qu'un sang impur..." © Maris Films

Qu’un sans impur… d’Abdel Raouf Dafri, en salles le 22 janvier 2020.


« Il a la carte », comme aurait dit Jean Rochefort. Cette carte, Abdel Raouf Dafri l’a depuis son entrée dans la carrière, où il fut le coscénariste du film de Jacques Audiard, Le Prophète. Un statut d’intouchable ou presque. Même si depuis lors (dix ans déjà…), sa filmographie ne s’est guère étoffée, à une exception près. En ce début d’année, il signe son grand retour sur grand écran avec sa première réalisation intitulée Qu’un sang impur…. Un titre, une affiche également : un homme, le visage masqué, presque étouffé, par le drapeau français, chemise militaire et crucifix bien en vue autour du cou et Ray-Ban de rigueur dépassant de la pochette… Le poids des mots et le choc de la photo d’entrée de jeu : clichés de fond et de forme, tout y est. Le spectacle peut commencer.

Né en France de parents algériens en 1964 à Marseille, Dafri règle ses comptes avec la France, la colonisation, l’armée et la guerre d’Algérie, comme il se doit. Non pas à travers un documentaire, mais par le biais d’une fiction, soit l’histoire inventée d’un commando hétérogène de l’armée française chargée en 1960 de ramener coûte que coûte le corps d’un colonel porté disparu dans les Aurès. Car, oui, l’ombre portée du film fou de Francis Ford Coppola, Apocalypse Now, plane très immodestement sur tout le film. Avec en apothéose la révélation que ledit colonel, loin d’être mort, a retourné sa verste kaki et dirige un commando algérien sur lequel il règne, tout comme Marlon Brando alias Kurtz chez Coppola. Pour les sourds et les malentendants à qui la référence échapperait, Dafri n’a pas hésité un instant à grimer le si pourtant talentueux Olivier Gourmet en Brando de pacotille, crâne rasé et interrogations métaphysiques à l’appui. La captation d’héritage est si ridicule et si maladroite qu’on finit par rire sous cape de cette apocalypse qui fait pschitt.

Dafri jette consciencieusement de l’huile sur un feu

Dafri pratique ainsi et sans l’ombre d’un complexe le cinéma à l’estomac dès les premières et longues scènes de torture. Il ne recule devant rien, pas même devant un jeu de mot alibi : quand un officier français s’apprête à écraser la tête d’un combattant algérien, celle-ci étant enroulée dans le drapeau français (c’est une obsession…), il n’a qu’un mot pour réclamer l’arme avec laquelle il va tuer : « Massue ! » Colossale finesse orale. Le reste, à l’avenant, ne s’embarrasse d’aucune nuance. Dans le dossier de presse, où l’historien « repentiste » Pascal Blanchard adoube le film, Dafri s’essaie à un discours plus balancé, et même convenu, mais il ne peut pas s’empêcher d’y qualifier Alexis de Tocqueville d’« ordure absolue ». Sans oublier d’instrumentaliser Camus, comme il le fait dans le film, à travers une mémorable péroraison de son fameux colonel. On aura compris que le propos de Dafri est de refaire l’Histoire, comme l’indique si clairement le choix des paroles de La Marseillaise pour le titre de son film. Mais, faut-il en réponse s’épuiser une fois encore à dire que « l’impureté » du sang de Rouget de Lisle n’a rien à voir avec un racisme moderne ? L’anachronisme et l’amalgame sont donc en marche et rien ne les arrêtera.

Le plus grave dans tout cela, c’est que Dafri jette consciencieusement de l’huile sur un feu mal éteint et le sait parfaitement. On frémit d’avance des « débats » que va inévitablement faire naître son film dans les banlieues d’une part et sur les plateaux de télé de l’autre. Les extrémistes de tous bords vont se pourlécher les babines. Chacun y trouvera de quoi alimenter sa haine plus d’un demi-siècle après. Colportant la vieille (et caricaturale) rengaine selon laquelle le cinéma français est resté muet sur la guerre d’Algérie, Dafri apporte sa pierre à un ensemble qui existe bel et bien. Mais c’est hélas un tableau peint à la truelle, sans nuances ni interrogations. Ni la France d’hier ni l’Algérie d’aujourd’hui ne méritent au fond ces excès d’horreur.

À Berlin aussi, la gauche flirte avec les islamistes

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Les organisations musulmanes et palestiniennes manifestent lors de l'Al-Quds-Tag à Berlin le 1er juin 2019. © Stefan BONESS /IPON /SIPA

 


Un débat récent sur une proposition de la droite berlinoise d’inscrire dans la loi l’interdiction de brûler des drapeaux nationaux en public a une nouvelle fois démontré combien l’islamisme commence à gangrener la vie politique allemande.


Interdire de brûler des drapeaux nationaux ? Cela aurait pu rester une proposition anecdotique ou banale mais la réaction de la gauche berlinoise en dit long sur ses accointances avec l’islam politique.

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Retour en arrière : en décembre 2017, des manifestations hostiles à Israël éclatent suite à la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l’État hébreu et de déménager en conséquence l’ambassade américaine dans la ville sainte (ce en quoi il ne faisait d’ailleurs qu’appliquer une loi de 1995 dont la mise en œuvre fut sans cesse repoussée). Rapidement, certains groupes de manifestants se montrent violents. Une image choque en particulier le pays : celle de drapeaux israéliens mis à feu et piétinés par ces manifestants (la plupart issus de la communauté musulmane), et ce en plein quartier de la porte du Brandebourg.

Ces vidéos provoqueront un véritable tollé en Allemagne, d’une part pour des raisons historiques évidentes, mais également pour les condamnations timides, voire inexistantes, d’une partie de la gauche, qui dévoilèrent au grand jour leur jeu dangereux avec l’islam politique. Pourtant, ces provocations ne sont pas nouvelles : depuis plusieurs décennies déjà, la « journée mondiale d’Al-Quds »[tooltips content= »La Journée mondiale d’Al-Quds est un événement annuel destiné à exprimer la solidarité avec le peuple palestinien »](1)[/tooltips] est un défouloir pour les islamistes de tout poil, à Berlin comme ailleurs. Un phénomène qui a fait couler beaucoup d’encre, et notamment celle de l’éditorialiste du Zeit Robert Leicht, qui se désolait avec effroi des mesures de sécurité imposantes devenues des images du quotidien autour des lieux de culte juif et des mémoriaux de la Shoah.

Une proposition de loi rejetée par la coalition « rouge-rouge-vert »

Peu de temps après les manifestations de décembre 2017, plusieurs partis (notamment l’AfD et le FDP) ont soutenu la proposition de loi avancée par la CDU locale devant la chambre des députés de la ville-Land de Berlin visant à modifier l’article 104 du code pénal allemand afin d’élargir la pénalisation des outrages au drapeau et d’inscrire dans la loi les drapeaux nationaux brûlés en public, notamment lors de manifestations. Ce qui paraissait comme une mesure unanime et de bon sens s’est heurté au refus, il y a quelques jours, de la majorité berlinoise depuis 2016, la coalition « rouge-rouge-vert » (tout un programme…), nommée ainsi car elle rassemble la gauche radicale du parti Die Linke, le parti socialiste allemand (SPD) et les Verts (die Grünen).

La coalition a justifié son vote en se contorsionnant autour d’arguments juridiques bancals et d’explications floues, et retardant le processus par la commande d’un rapport sur l’état existant du droit. La vérité ne serait-elle pas qu’elle craint de braquer une partie de son électorat et ses soutiens ?

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Gauche radicale allemande et islam politique: des liens qui ne datent pas d’hier

Car une partie de la gauche allemande a en réalité entretenu de longue date des liens avec l’antisionisme, voire l’islam politique.

La RDA socialo-communiste en son temps soutenait les pays arabes contre Israël à chaque conflit dans la région. De même, les groupes terroristes armés d’inspiration marxiste-léniniste, telle la Fraction Armée rouge, entretenaient des liens étroits avec le Fatah, et certains de ses membres se rendaient dans des camps d’entrainement en Jordanie, comme le rappelait récemment la journaliste Birgit Gärtner pour le think tank autrichien Mena Watch. Gärtner rappelle également que plus récemment, l’avocat Hans-Eberhard Schultz, proche de la gauche altermondialiste, représenta à plusieurs reprises des islamistes dont la manifestation avait annulée par les autorités pour cause de trouble à l’ordre public (et notamment le salafiste Ibrahim Abou-Nagie, proche du Hamas). Et de citer la tribune au vitriol, en 2014, de l’écrivain Maxim Biller qui dénonçait ouvertement l’antisémitisme de gauche, auréolé d’un antisionisme bon ton, engendré selon lui par les dérives intellectuelles d’une partie de la mouvance soixante-huitarde. Un texte d’une très grande puissance qui résonne quelques années plus tard comme un véritable manifeste.

On se souvient que Joschka Fischer, figure de proue des Verts et ancien ministre, dénonçait les dérives antisémites et d’Israël bashing compulsif de certains membres de son propre parti, ce qui ne lui valut pas que des amis. De la même manière, Gregor Gysi, député et membre du parti Die Linke, fut bien isolé quand il s’agissait de dénoncer les positions nébuleuses de ses collègues députés (comme Annette Groth et Inge Höger, dont les sympathies sont plus que douteuses). Il fut pris à partie dans le pathétique et navrant Toiletgate[tooltips content= »En novembre 2014, après avoir été invité par Inge Höger et Annette Groth, membres de la gauche parlementaire, à discuter avec elles au parlement allemand, le Bundestag, les journalistes Max Blumenthal et David Sheen ont appris que Gysi, bien que lui-même critique envers Israël en ce qui concerne la bande de Gaza et la Cisjordanie après 1967, a essayé d’annuler les rendez-vous au motif que Blumenthal et Sheen ont une opinion « extrémiste » sur les colonies israéliennes, de laquelle il souhaite dissocier la gauche allemande. Un incident, ultérieurement surnommé « Toiletgate », est survenu plus tard : Blumenthal et Sheen attendaient Gysi pour « le mettre face aux crimes d’Israël à Gaza et aux diffamations que Gysi et ses acolytes ont disséminées à leur encontre ». Gysi s’est enfui, suivi des deux et d’autres membres du parlement, en descendant par un couloir du parlement et arrivant dans des toilettes. Après cet événement, il a été conseillé à Blumenthal et Sheen de ne plus remettre les pieds dans le Bundestag (source: Wikipedia)« ](2)[/tooltips].

Rappelons ici également le sort qui fut réservé à Claude Lanzmann à Hambourg en 2009 lors de la projection de son film Pourquoi Israël. L’équipe du film fut accueillie par quelques dizaines d’activistes d’extrême gauche débitant des salves d’insultes antisémites et homophobes. La projection avait dû être annulée. Un fait qui a peu marqué la presse à l’époque, y compris outre-Rhin.

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Et les exemples plus récents ne manquent pas. À de nombreuses reprises, des membres ou sympathisants du parti Die Linke ont ainsi soutenu des manifestations et appels au boycott émanant d’associations notoirement islamistes, par exemple suite à la tenue à Francfort d’un simple débat sur le voile, organisé au sein de l’université Johann Wolfgang Goethe il y a quelques mois.

Suite au fiasco de la chambre des députés de Berlin sur les outrages au drapeau, la CDU a repris le sujet en main au Bundestag et il semblerait que la modification de l’article 104 du code pénal ait au final bien lieu. Affaire à suivre, donc. Mais cet épisode a une nouvelle fois montré l’ambivalence d’une parte de la gauche allemande, qui n’a décidément rien à envier à ses homologues de La France Insoumise.

L’Université française creuse sa tombe

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Frédérique Vidal et Emmanuel Macron, novembre 2019 © ELIOT BLONDET-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00934659_000013

Enseignement supérieur: alors que la Ministre n’a toujours pas réagi à l’annulation d’une conférence avec Geoffroy Lejeune et Charles Consigny à Sciences Po Lille, Guilhem Carayon de l’Union nationale inter-universitaire (UNI) déplore que l’État cède plus que jamais à la tyrannie d’une petite minorité de gauche dans les facultés françaises.


Plus de cinquante ans après la révolte bourgeoise de mai 68, l’extrême-gauche gangrène toujours l’Université. Elle devrait être le creuset de l’émancipation intellectuelle pour les étudiants. Pourtant, de plus en plus d’enseignants sectaires semblent confondre leur militantisme politique avec l’enseignement qu’ils délivrent. La fascination pour les études postcoloniales ou les études de genre, héritées des campus américains, a de quoi inquiéter d’autant que ces théories sont diffusées sous couvert de vérité scientifique. Peut-être pire encore, les descendants des faux-héros de mai 68 rêvent de faire leur propre révolution, saisissant chaque mouvement social comme une occasion de bloquer les facultés, sous le regard impuissant de Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement supérieur, et des doyens de faculté.

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Pénaliser les autres n’est pas acceptable

Ces dernières semaines, dans de nombreuses universités comme celles de Nanterre, Paris 4 mais également Rennes 2, des étudiants, souvent accompagnés de cheminots et d’enseignants en grève, ont empêché la tenue des partiels en bloquant leur université. Ces blocages sont toujours l’œuvre de petits groupes ultra-minoritaires qui privent la grande majorité des étudiants de passer leurs partiels. Les étudiants qui se disent « en grève » oublient que l’étudiant n’est pas un travailleur mais un bénéficiaire du service public qu’est l’université. L’article L.811-1 du code de l’éducation prévoit que les étudiants « disposent de la liberté d’information et d’expression à l’égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels. Ils exercent cette liberté à titre individuel et collectif, dans des conditions qui ne portent pas atteinte aux activités d’enseignement et de recherche et qui ne troublent pas l’ordre public ». Or précisément, les blocages constituent bel et bien un trouble à l’ordre public et une atteinte aux activités d’enseignement et de recherche. Que certains étudiants se pénalisent eux-mêmes est une chose, pénaliser les autres est inacceptable. Les doyens d’universités doivent prendre leurs responsabilités et faire preuve d’autorité en sanctionnant ces gens qui n’ont rien à faire à l’Université.

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Largement distancées dans les classements internationaux du Times Higher Education ou celui de Shanghai, les universités françaises n’avaient vraiment pas besoin de cela. Imagine-t-on les étudiants des universités d’Oxford et de Cambridge bloquer leur université ? Les étudiants bloqueurs se permettent tout car ils savent que leurs actes resteront impunis et que de toute façon, ce n’est pas leur argent qui est en jeu puisque leurs études sont financées par les contribuables. Une note d’information du ministère de l’éducation nationale avait révélé qu’une année universitaire coûtait à l’Etat 13 873 euros par an. Rien que ça., « Les socialistes sont généreux, mais avec l’argent des autres ».

Révolutionnaires en carton

Certains étudiants se croient tout permis, oubliant que la citoyenneté est un bloc, faite de droits mais surtout de devoirs. L’Université n’appartient pas aux étudiants, encore moins aux quelques révolutionnaires en carton qui refont le monde aux terrasses de Saint Germain des Prés ou du Panthéon. Les bloqueurs ne représentent pas les 3 millions d’étudiants qui se battent pour obtenir un diplôme et travailler le plus tôt possible. On parle souvent de « majorité silencieuse ». C’est tragique car l’Etat cède plus que jamais à la tyrannie des minorités. Ces dernières ont compris les failles d’un système dans lequel l’autorité n’existe plus.

Anti-PMA: la manif dont tout le monde ne parle pas

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L'avenue de l'Opéra à Paris, le 19 janvier 2020 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00940829_000040

 


Alors que la loi de bioéthique doit être examinée aujourd’hui en séance plénière par le Sénat, les opposants à l’extension de la PMA aux femmes seules et aux couples de lesbiennes, rassemblés sous l’égide du collectif Marchons enfants, défilaient de nouveau ce dimanche dans les rues de Paris. Suivons notre chroniqueuse Gabrielle Périer qui s’était mobilisée…


Dimanche, dans le froid mordant de l’hiver parisien, la deuxième grande manifestation contre la PMA sans père a vu défiler de nouveau plusieurs dizaines de milliers de gens[tooltips content= »41 000 personnes selon la préfecture de police, 26 000 selon le cabinet Occurrence mandaté par plusieurs médias. Les organisateurs, eux, se sont refusés à donner une estimation, pour ne pas se réengager dans les débats de chiffres qui avaient suivi la manifestation du 6 octobre : eux avaient annoncé en effet 600 000 personnes, contre 42 000 selon la police et 74 500 selon Occurrence. »](1)[/tooltips] venus de toute la France, en vue de l’examen par le Sénat du projet de loi déjà adopté par l’Assemblée nationale. Comme le 6 octobre, la foule était joyeuse, familiale et paisible. Place de l’Opéra, lieu de l’arrivée du cortège, une grande tribune avait été installée pour accueillir les représentants des associations formant le collectif Marchons enfants, qui assume la charge de la mobilisation. Inlassablement, ils ont répété le danger de faire les apprentis sorciers avec la filiation au nom de désirs individuels tout-puissants ; ils ont poussé un cri d’alarme face au projet institutionnel de « fabriquer des orphelins de père » ; ils ont dénoncé l’intervention croissante de la technique dans la procréation, impliquant le financement par l’État du « droit à l’enfant ».

Ils marchent contre l’individualisme dominant

Déjà présente à la manifestation du 6 octobre, j’ai décidé cette fois de m’engager au nombre des bénévoles qui aidaient à la logistique de la manifestation. On m’a affiliée à une petite équipe de cinq étudiants et un retraité, tous, sauf un, étant spécialement venus de province. Stationnés à l’arrivée à partir de dix heures du matin, trottant derrière le chef d’équipe, nous avons déplacé quelques cartons et installé des barrières, puis distribué des drapeaux verts et rouges.

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La position du militant de base est très instructive. Le matin, curieux, les badauds nous interpellaient. Après avoir compris qui nous étions, une femme a aboyé : « vous n’êtes pas dans le sens de l’histoire, ni dans celui de la générosité ! » – au contraire d’elle, bien sûr, au comble du bon goût. Dans l’ensemble cependant, la plupart des gens avec qui nous avons discuté n’étaient pas enthousiastes vis-à-vis du projet de loi de bioéthique. Quand on explique en effet que la conjointe d’une femme enceinte via une PMA pourra être désormais instituée, abracadabra, en « mère 2 », la majorité est en effet sceptique. L’abstraction juridique a ses limites, qui sont en premier lieu celles de la vraisemblance. De même, cela ne plaît pas beaucoup que l’État puisse valider et concourir à l’absence de père, drame intime récurrent qui a été traité de long en large par l’art et la psychologie – et dont le dernier exemple en date est celui de Vanessa Springora, qui explique le fait qu’elle se soit laissée prendre à l’emprise de Matzneff par une telle absence. Ces sentiments, assez largement partagés, se heurtent à l’individualisme dominant qui rassure en expliquant qu’il faut laisser les gens vivre comme ils l’entendent, que chacun doit avoir le droit de vivre son amour et d’avoir des enfants, et que ça ne touchera personne d’autre (sauf les « haineux »). Pris dans cette dissonance cognitive, on la résout le plus souvent par le conformisme – qui ne nécessite que de détourner les yeux.

Les hommes effacés

Qu’à cela ne tienne, les manifestants étaient au rendez-vous. Comme d’habitude, il y avait un très grand nombre de familles, qui ont passé leur temps à s’amuser avec leurs drapeaux et leurs pancartes – au cœur de la manifestation, j’ai d’ailleurs passé un bon moment à tenter d’empêcher des enfants qui riaient innocemment de lâcher leurs drapeaux au-dessus d’une bouche d’aération, ce qui les faisait s’envoler et retomber un peu plus loin (seul incident de maintien de l’ordre que j’ai observé).

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Les organisateurs avaient décidé de stratégies de communication assez comiques, dont on n’a malheureusement pas beaucoup fait l’écho : des masques blancs avaient été distribués aux hommes, censés représenter leur effacement dans le projet de loi ; des canons ont lancé des faux billets de 500 euros avec la tête d’Emmanuel Macron et le slogan « non à la marchandisation du corps humain ». Simplicité et candeur potache règnent chez ces gens qui ne revendiquent rien d’autre que l’arrêt des traficotages sur la filiation humaine.

Photo: Gabrielle Perier
Photo: Gabrielle Perier

Le bilan de l’événement est bien sûr mitigé : malgré l’optimisme que doivent bien sûr insuffler les organisateurs, très peu croient encore que la mobilisation pourrait aboutir à un retrait du texte. Les personnalités politiques se sont faites bien rares. Beaucoup de ceux qui étaient là le 6 octobre n’ont pas jugé utile ou politiquement opportun de se montrer dimanche – à l’exception de quelques indécrottables, François-Xavier Bellamy, Agnès Thill, Xavier Breton. Mais aussi bien sur le plan pratique qu’intellectuel, de tels événements consolident la structure d’un courant politique appelé à durer : un des faits notables de la mobilisation contre la PMA restera sans doute la reprise massive de l’argument écologique par les conservateurs, par le biais de l’« écologie intégrale » ou du « principe de précaution en matière de respect de la vie humaine ».

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Ceci de façon d’autant plus réjouissante qu’elle ne fait en cela, bien sûr, que retrouver ses racines : depuis le XIXème siècle en effet, c’est la droite contre-révolutionnaire qui exalte la nature contre les abstractions jacobines – et les écologistes qui prônent le « retour à la terre » devraient trouver de quoi y réfléchir.

La jeune garde conservatrice affûte ses armes. Et on n’a pas fini d’en finir avec elle.