Anne Hidalgo a voulu faire interdire une campagne de l’association conservatrice Alliance Vita.


La campagne d’Alliance Vita dans les gares franciliennes n’a pas plu à Anne Hidalgo. Il faut dire que, selon l’impayable militante professionnelle Laurence Taillade, cette association n’est pas « innocente », puisqu’elle est hostile à l’IVG (sans pour autant réclamer l’abrogation de la loi Veil) et à la PMA.

Respecter la paternité ou la maternité ? Pour les tenants de la procréation sans sexe (et sans père), cette proposition est scandaleuse !

L’association conservatrice entend interpeller l’opinion avant la reprise des débats sur la loi de bioéthique ce mercredi au Sénat. Elle se borne à promouvoir la paternité et la maternité à l’ancienne si on ose dire. Sans chercher à choquer ni à agresser qui ce soit – rien à voir par exemple avec les images-choc diffusées par L214 pour nous sensibiliser à la souffrance animale (non sans efficacité). Alliance Vita a choisi des visuels très doux et assez élégants : deux portraits en noir et blanc, l’un d’homme, l’autre de femme, sont accompagnés de la phrase « La société progressera quand elle respectera la paternité/la maternité ». Respecter la paternité ou la maternité : pour les tenants de la procréation sans sexe (et sans père), cette proposition est scandaleuse. Un troisième visuel, placardé sur un autre réseau d’affichage, montre un handicapé accompagné de la phrase : « La société progressera quand elle respectera les différences ».

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Précisons que Mediatransports, la filiale de Publicis qui gère l’affichage, avait reçu l’aval de l’autorité de régulation et, on le suppose, accepté l’argent de l’association.

Hidalgo « profondément choquée »

Dans ces conditions, on se demande où est le problème. C’est donc que cette campagne a eu le malheur de déplaire à madame le maire. Le 2 janvier, elle s’est dite « profondément choquée et indignée par cette campagne anti-IVG et anti-PMA ». Un mensonge éhonté repris par les curés progressistes du Monde qui se targuent de dire le vrai: les affiches visibles dans l’espace public n’ont strictement rien à voir avec l’IVG. Il est vrai qu’un quatrième visuel reprend, lui, explicitement la grammaire des anti-IVG : on y voit une cellule, avec la mention. Mais celui-ci ne figure que sur le site de l’association. Un crime suffisant pour les censeurs au nom du Bien : cette affiche (qui effectivement ne pourrait pas être placardée dans les transports publics) est la preuve que ces gens-là sont des salauds. En clair, la mairie de Paris s’arroge le droit de décréter que tel annonceur est idéologiquement hallal et que tel autre ne l’est pas. Et pourquoi pas, à ce compte-là, décréter que, désormais, les électeurs de droite seront priés d’aller voter (et résider) ailleurs que dans la ville-monde ?

Anne Hidalgo ne va tout de même pas supporter le pluralisme dans « sa » ville. Le 2 janvier, elle a demandé à Mediatransports de retirer les affiches des gares. Et Mediatransports s’est exécutée fissa, découvrant  soudainement que « les deux visuels pouvaient être entendus comme des messages militants excédant le principe de neutralité dans les transports publics». Au même moment, une affiche réalisée pour l’association Peta sur laquelle un sympathique cochon implore « Ne me mangez pas, je ne suis pas un bout de viande, je suis quelqu’un », n’a nullement gêné ces marchands d’espaces reconvertis en professeurs de morale publique.

Plus inquiétant qu’il n’y paraît

Les affiches d’Alliance Vita ont donc disparu le 3 janvier. Pour revenir le jour suivant : saisie en référé, la justice a estimé le 4 janvier qu’il n’y avait « ni incitation à la haine, ni trouble à l’ordre public ». Hidalgo s’est dite très étonnée, ce qui signifie on suppose folle de rage. Et elle a demandé à  Mediatransports de faire appel, ce qui est de la pure com, puisque l’affiche aura de toute façon disparu quand l’affaire sera jugée au fond.

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Tout cela pourrait sembler seulement ridicule, mais on commence à avoir vraiment peur. Il est particulièrement grave qu’une élue réclame sans se gêner la censure d’une opinion qui lui déplait. Comme l’écrit Mathieu Bock-Côté dans Le Figaro, « le progressisme ne tolère que lui-même ».

À noter que dans la panoplie des dogmes incontestables de la bien-pensance, l’IVG tient une place particulière. Il y a quelques années, Arte a diffusé un documentaire dans lequel des femmes parlaient de la souffrance de l’avortement. Des associations féministes avaient éructé. Ces témoignages qui sortaient du catéchisme autorisé sur le sujet – qui consiste à expliquer que l’IVG est un acte banal – ne devaient pas être entendus.

Certes, des femmes se sont battues pour ce droit – que la campagne d’Alliance Vita, répétons-le, ne remet pas en cause. Mais en démocratie, on a le droit de contester un droit ou une loi – ce qui ne signifie évidemment pas qu’on a le droit de ne pas la respecter. Il y a quelques semaines, la moitié de la gauche répondait à l’appel du CCIF à défiler contre nos lois « liberticides », terme qui visait clairement notre loi contre les signes religieux à l’école. Et on prétend aujourd’hui faire taire Alliance Vita ? Allons-nous accepter longtemps que n’importe qui s’arroge le droit de décider ce que nous avons le droit de dire et de penser ? La société progressera quand elle retrouvera le sens et le goût du désaccord sans lequel il n’y a pas de démocratie.

Madame Hidalgo a une conception totalitaire du débat public: je ne partage pas vos idées et je me battrai pour que vous ne puissiez pas les défendre, déclare-t-elle en substance à ses opposants (et pas seulement sur ce sujet). Elle n’aime pas la liberté, tant pis pour elle. Mais il serait temps qu’elle cesse de confondre la ville de Paris avec son salon.

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