En Autriche, la loi interdit depuis mai 2019 le port du voile islamique dans les écoles primaires. Mais une circulaire ministérielle de fin septembre clarifie les contours de cette nouvelle législation, en apportant quelques indications pour le moins surprenantes.


18 mai 2019. Rien ne va plus au pays de Freud et Schubert ! Le parti populiste FPÖ est contraint de s’auto-éjecter de la coalition gouvernementale en place et de filer la queue entre les jambes suite à la publication, la veille par deux journaux allemands, d’une vidéo pour le moins embarrassante dans laquelle Heinz-Christian Strache, vice-chancelier et tête de proue du parti, est filmé dans une villa d’Ibiza en train de s’adonner à ce qui ressemble fort à de la corruption passive à l’endroit de la nièce de l’oligarque russe Igor Makarov. La chanson We’re Going to Ibiza! des Vengaboys refait un carton en Autriche. Le FPÖ fait profil bas. Mais l’affaire n’empêchera pas son allié de la droite conservatrice (l’ÖVP) d’arriver largement en tête des élections législatives anticipées en septembre dernier.

80% des citoyens autrichiens opposés au voile à l’école publique

Deux jours seulement avant la publication de la vidéo était votée la toute première législation autrichienne sur le port du voile dans les écoles publiques; en l’occurrence, l’interdiction se limite à ce stade aux élèves d’écoles primaires. L’opposition fait alors entendre sa désapprobation, de même que l’IGGÖ(1), organisation représentative des musulmans d’Autriche, parfois contestée pour ses positions communautaristes. Celle-ci s’est depuis associée à un recours devant le Conseil Constitutionnel (Verfassungsgerichtshof Österreich). Affaire à suivre.

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Au demeurant, un sondage de novembre 2018 indiquait que près de 80% des Autrichiens sont favorables à l’interdiction du voile à l’école publique(2).

Une circulaire ministérielle du 27 septembre 2019(3) apporte quelques clarifications quant à l’application de la nouvelle loi dans le cadre spécifique des cours d’éducation physique et sportive. Outre le rappel que l’interdiction se limite aux écoles primaires (jusque-là rien de surprenant), on peut y lire noir sur blanc qu’en cours de natation, le burkini est autorisé à partir de l’âge de… dix ans.  « Les écolières à partir de 10 ans, qui ne veulent pas utiliser un maillot de bain ou un couvre-chef ordinaire pour des raisons religieuses, sont autorisées à porter un vêtement complet avec robe ample (Burkini) ».

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La circulaire use de contorsions (sans mauvais jeux de mots) remarquables en invitant les enseignants à « travailler de manière objective et avec une certaine sensibilité, […] en avançant des arguments pédagogiques et hygiéniques » afin que les élèves ne portent pas de couvre-chef en cours de sport, en mentionnant à demi-mot la dimension religieuse ou idéologique(4). Le texte rappelle néanmoins l’autorisation du voile à partir de dix ans et se perd ensuite en euphémismes sur les dangers posés par les peignes et autres épingles à cheveux attachés aux voiles(5), qui de toute évidence posent un problème de sécurité en cours de gym, mais se garde bien de rentrer dans le cœur du débat. Sebastian Kurz, qui a d’autres chats à fouetter ces temps-ci, n’a pas encore reparlé d’une autre proposition de sa défunte coalition, celle visant à étendre l’interdiction du voile aux enseignantes d’écoles publiques(6). Gageons qu’il devra promptement remettre le sujet sur la table.

Le voisin allemand a des problèmes similaires

Entre-temps, l’idée d’interdire le voile à l’école a fait des petits. En Allemagne, pays dans lequel la compétence d’autoriser le voile ou de l’interdire dans les écoles et administrations publiques relève jusqu’à présent des Länder, certaines voix s’élèvent pour appeler à une législation fédérale interdisant le voile dans les écoles publiques. « Il est absurde que les petites filles portent le voile, la plupart des musulmans sont aussi de cet avis », a notamment déclaré la déléguée gouvernementale à l’intégration des étrangers, Annette Widmann-Mauz, au quotidien Bild en mai dernier (la même secrétaire d’Etat qui devait néanmoins quelques mois plus tard envoyer des cartes de vœux de Noël… sans aucune référence à « Noël », mais ces mots : « peu importe ce en quoi vous croyez, nous vous souhaitons un temps paisible et un bon début d’année »). (7)

Les esprits s’échauffent donc également outre-Rhin au sujet du voile. Comme souvent, la question divise dans ces pays ou par tradition, une approche libérale de la question est de mise. Le débat n’est pas prêt de s’arrêter.

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