Geneviève Legay est majeure, probablement vaccinée et savait parfaitement ce qu’elle faisait en manifestant à Nice. Sa mésaventure est aussi malheureuse que la polémique démesurée qu’elle a provoquée. Quant aux reproches faits à Emmanuel Macron, ils sont au mieux injustes.


Je trouve la présidence Macron dangereuse pour la cohésion nationale à cause de son laisser-faire en matière d’immigration et de communautarisme musulman et de sa parfaite indifférence dans un domaine aussi crucial pour l’avenir du pays que la natalité. Créditons le président d’avoir un peu desserré le carcan socialiste qui étouffe depuis longtemps l’économie française et nous fait battre des records de chômage. Mais je pense aussi que la haine qui l’entoure désormais comme un nuage de mouche fait dire à ses détracteurs n’importe quoi, y compris les pires bêtises. S’il disait demain que deux et deux font quatre, beaucoup de gens exigeraient qu’on change l’arithmétique.

Jupiter, sagesse biblique

L’Ecclésiaste, modèle de sagesse biblique, dit qu’ « il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le soleil, un temps pour naître et un temps pour mourir… » Et j’ajouterai à ce passage célèbre qu’il y a un temps pour manifester et un temps pour faire des confitures. La tornade qui s’est élevée après la blessure de Geneviève Legay et la réaction d’Emmanuel Macron n’apprend pas grand chose sur le caractère de celui-ci qu’on savait vif et de langue bien pendue, mais en dit long sur les dérives d’une société capable de déclencher une si grande tempête dans un si petit verre d’eau.

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Prétendre qu’il est raisonnable à 73 ans de participer à une manifestation dans un périmètre interdit et de faire vaillamment flotter son petit drapeau sans bouger malgré les trois sommations de la police est une puérilité typique de notre époque. On refuse l’assignation à un âge de la même manière qu’on refuse l’assignation à un sexe. C’est, dans la droite filiation de Mai 68, le triomphe de l’individu tout puissant et sans limite, c’est presque du transhumanisme. On n’accepte plus son âge, on veut être jeune toute sa vie et à force de soins et de diète, on devient une poupée Barbie. Une gamine suédoise pontifie sur le réchauffement climatique et toute la terre applaudit ses propos de patriarche. Une mamie niçoise se prend pour Gavroche sur sa barricade, on admire. L’Ecclésiaste et Macron trouvent qu’il y a là peu de sagesse. Je les approuve.

Victimes de notre époque

Autre dérive typique d’une époque où la lâcheté empuantit l’air du temps : on prend des risques mais on ne les assume pas. Il est beau et noble de prendre des risques, d’agiter son petit drapeau ATTAC. Il est encore plus beau et plus noble de serrer les dents et se taire quand on a perdu. Les chaînes de télévision nous montrent ces temps-ci des interviews de femmes de djihadistes bloquées dans des camps en Syrie. Ces tas d’étoffes noires parlent, elles racontent qu’elles sont parties à la suite de malentendus, de quiproquos, elles ont pris l’avion avec une tante qui souhaitait apprendre l’arabe à Damas ou avec une cousine qui allait approfondir sa connaissance de l’islam à Mossoul. Pitoyables pleurnichages qui finissent toujours par quémander un retour en France ou en Belgique. On aimerait presque des imprécations de Camille djihadistes, une fille qui ait le cran de cracher sa haine à la face de l’Occident, au moins ça aurait de la gueule. Et si Geneviève Legay se dressait sur son lit, désavouait hautement ses filles, son avocat et assumait sa mésaventure ?

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Elle n’en fera rien, elle ne verra pas la contradiction entre jouer à l’héroïne place Masséna et jouer les victimes à l’hôpital. Jeanne d’Arc dans les flammes a appelé les saints à son secours, elle ne s’est pas dite victime d’un complot ourdi par l’évêque Cauchon avec la CIA et Russia Today. La victimisation, autre plaie de notre époque ! Moi qui ne suis victime que de mes propres erreurs, ancien enfant de chœur qui n’a été abusé par aucun prêtre (me trouvaient-ils sans attrait, ce serait vexant), ne relevant d’aucune minorité maltraitée par l’Histoire, je me sens profondément anormal.

Muray connaissait Legay

Geneviève Legay est l’exemple parfait du « mutin de Panurge », Philippe Muray doit être ravi au fond de sa tombe, s’il est au courant d’un aussi misérable incident. Résister aux forces de l’ordre dans un pays où tout le monde se gargarise soir et matin devant son lavabo avec les droits de l’homme, quel héroïsme ! Place Masséna, tous les observateurs attendaient la bavure policière en se léchant les babines, il n’y en a pas eu, on en invente une. L’héroïsme véritable pour la pasionaria senior de Nice, pour Attac, comme pour l’interminable queue de comète gauchisée des gilets jaunes, ce serait aller sur la Place Tien An Men dénoncer la féroce répression des Ouïghours par la Chine. Ou tout simplement d’aller manifester en robe rue Pajol.

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