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Mila ou le retour du blasphème

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Parce qu’elle a affirmé crânement sur Instagram « je déteste la religion, le Coran est une religion de haine (…) votre Dieu je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci au revoir », une adolescente de Villefontaine (Isère) sort de son anonymat et se retrouve menacée. Au point d’être déscolarisée. Les laïques s’inquiètent et craignent que l’affaire puisse réellement mal tourner. Pas que pour elle. Analyse.


Mila a 16 ans. Et sur les réseaux sociaux, l’ado provocante a simplement dit qu’elle détestait les religions, et plus particulièrement l’islam. Pour cela, elle est depuis harcelée et menacée de mort. Cela ne se passe pas au Pakistan, ni en Arabie saoudite, mais en France, aujourd’hui et maintenant. Et personne ne réagit. Ni la classe politique censée défendre un contrat social dont la liberté d’expression est une des bases, ni les groupes LGBT, pour qui manifestement la défense des homosexuels s’arrête aux portes du blasphème, ni les néo-féministes, qui préfèrent défendre le port du voile. Bref, aucun de ces professionnels de l’indignation n’a pris la défense de cette jeune fille alors que ce qui lui arrive est inacceptable.

Cette jeunesse qui affirme #jenesuispasmila

Qui sont ces personnes qui pensent faire la loi sur le sol de France et décider de qui a le droit de vivre ou non ? Qui sont ces milliers d’individus qui menacent et agressent ceux qui ne pensent pas comme eux ? Qui sont ces gens qui chassent en meute et attaquent en horde ? Plus précisément, quel est le profil de ceux qui ont diffusé son adresse et sont tellement virulents qu’elle a dû être déscolarisée parce qu’elle était en danger ? Nous le donnera-t-on, s’ils sont inquiétés ?

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Il faut bien le dire : ceux qui ont réagi en arguant du blasphème de la jeune femme pour réclamer sa mise à mort sont des personnes se réclamant de l’islam, mais pas uniquement des islamistes patentés ou des militants liés aux frères musulmans ou aux salafistes, non. Comme si nous étions dans un mauvais rêve, c’est toute une jeunesse qui nous révèle tristement à quel point les représentations et la vision politique des extrémistes sont en train d’imprégner en profondeur une partie pas si minoritaire – il faut le craindre – de personnes d’origine arabo-musulmane. L’islamisme progresse : il devient dominant et prescripteur chez les musulmans. Puisqu’elle n’est pas combattue, son emprise ne peut qu’augmenter.

Les pouvoirs publics silencieux

La réaction des pouvoirs publics le prouve. Le silence n’est pas qu’un effet de la gêne ressentie face à de difficiles réalités devant lesquelles on serait désarmé. Non: c’est une façon de refuser d’agir face à l’effroi. Ce qui arrive à Mila contrarie non seulement les représentations de notre gouvernement, mais son idéologie et ses projets.

Ce silence fait penser à celui de l’affaire des viols collectifs de Telford ou de Rotherham. Dans ces affaires de pédophilie et de prostitution commises par des gangs pakistanais en Grande-Bretagne, dont les victimes étaient des filles blanches entre 12 et 15 ans, la dimension religieuse était très forte, les violeurs allant chercher leurs justifications dans le Coran et n’étant point avares de récitations de sourates quand ils violentaient les enfants. Longtemps, il y a eu un refus d’agir. Parce que la figure du pakistanais musulman était une figure de victime, la police et les services sociaux anglais ne faisaient rien. Les agresseurs n’avaient pas le bon profil, ils n’étaient pas des hommes blancs riches et puissants. Par crainte d’être accusé de racisme, des dizaines de très jeunes femmes ont été humiliées, droguées et abusées pendant des années. De telles révélations auraient fait les affaires de l’extrême-droite, pensait-on. Même après avoir été dévoilé, le scandale n’a que très peu été relayé dans la presse.

Ne pas céder à la panique ou occulter un réel trop difficile?

Derrière le silence, il y a cette volonté d’occulter le réel. On essaie de temporiser. On ne veut pas reconnaître qu’en France, aujourd’hui, user de la liberté d’expression est devenu impossible si cela concerne l’islam. Cela vous met tout simplement en danger. La censure n’est plus étatique, comme elle le fut naguère. Ce pouvoir de faire taire est aujourd’hui terroriste et communautariste. Il prospère sur l’abandon. Non seulement le gouvernement baisse les yeux devant ces menaces, mais il renonce aussi à défendre des citoyens intégrés, pour protéger les fous furieux qui utilisent la foi pour attaquer et détruire notre société.

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Et il y a même pire. Les frères musulmans, mouvement islamiste fascisant et violent, naguère proche des nazis, est sur le point de devenir le représentant des musulmans de France par le truchement de l’Association musulmane pour un islam de France (AMIF). L’AMIF, qui doit faire émerger pour Emmanuel Macron un islam de France, est déjà largement entre les mains de la confrérie. L’idée d’islam de France vient d’eux. Ils n’ont jamais caché leurs intentions, pour qui prend la peine de se renseigner. En proposant de financer l’islam par une taxe sur le hallal, le président de la République instaurerait ce qu’il dit vouloir combattre : le communautarisme et le séparatisme. En effet, le hallal permet d’éviter de partager un repas, de faire table commune. Il empêche la première des socialisations, le premier lien, l’échange de nourriture. Alors, on ne partage plus ni la table ni le lit, parce que les purs ne se mélangent pas aux impurs.

Pas d’amalgame?

Éviter la stigmatisation des musulmans est l’excuse traditionnelle invoquée pour justifier l’abandon des victimes de cette violence, qui définit de plus en plus l’expression de l’islam chez nous. Le problème, c’est qu’aujourd’hui on laisse des personnes menacer et harceler par milliers des gens qui ne font qu’user de leur liberté d’expression, et que l’on refuse de traiter l’islam comme la France traita naguère l’Église : par un acte de souveraineté en imposant la loi devant la foi.

En refusant de regarder en face un phénomène ou une idéologie incompatible avec nos modes de vie, nos mœurs, notre culture et nos lois, la peur règne et la censure gagne l’espace public. Le rejet ne pourra que grandir et finira par toucher aussi les personnes arabo-musulmanes qui se battent pour la démocratie, la laïcité, l’égalité, la liberté et qui sont en train de perdre la bataille en Europe, parce que les islamistes trouvent des alliés au plus haut niveau.

Le « pas d’amalgame » est une escroquerie qui sacrifie les musulmans aux islamistes, en prétendant faire l’inverse. On a le sentiment que le « pas d’amalgame » a moins pour effet de protéger les personnes d’origine arabo-musulmane, qu’il ne permet de rendre intouchable les islamistes. Si le nécessaire n’est pas fait par les pouvoirs publics pour faire taire ceux qui menacent Mila sur internet, si des mesures fortes ne sont pas prises contre les islamistes qui rêvent de s’en prendre à elle dans le monde réel, son histoire montrera que l’ordre ne règne plus en France. Si aujourd’hui la jeune adolescente essuie une telle violence, ce n’est pas par hasard : les islamistes sont puissants et prescripteurs. Le blasphème serait-il donc officieusement de retour en France ?

Le parquet lance deux enquêtes distinctes…

Nous apprenons que le procureur de la République de Vienne (38) a ouvert deux enquêtes distinctes dans ce dossier. L’une pour identifier les auteurs des menaces et une autre au sujet de la mineure pour «provocation à la haine raciale»!

Silence coupable

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Nord: agriculteurs et éleveurs se serrent les coudes contre les néoruraux


Les tracteurs sont de sortie lorsqu’un couple anichois se voit reprocher l’odeur et le bruit d’une porcherie. Les néoruraux sabotent toujours plus le fantasme vert d’ « élevage urbain ».


 

Après l’affaire du coq trop bruyant, le cochon puant. Le 26 novembre, le tribunal de Douai a condamné Nathalie et Romaric Delval, éleveurs dans la petite ville d’Aniche (Nord), à payer 58 700 euros à leurs voisins. En cause ? Leurs cochons grouinent un peu fort et émettent des odeurs douteuses, autrement dit des « nuisances sonores et olfactives ». Le couple avait déjà été condamné en 2017 à déplacer sa porcherie dans les quatre mois, avec une astreinte de 200 euros par jour de retard. Ce qu’ils ont fait, construisant un nouveau bâtiment pour 100 000 euros, mais en dépassant largement le délai. Résultat : comme le titre La Voix du Nord, leurs cochons les ont mis sur la paille.

Cependant, les agriculteurs d’Aniche ont pris fait et cause pour les Delval : une manifestation de soutien, qui a eu un certain écho médiatique, a vu défiler 115 tracteurs dans le centre-ville de Douai. Bingo ! La cagnotte Leetchi lancée pour payer les pénalités a recueilli plus de 25 000 euros. Face à la sévérité de la justice, l’opinion a pris le parti des paysans nourriciers contre les néo-ruraux ingrats. D’autant que ces derniers souhaitent faire construire des logements sur le terrain jouxtant la ferme… Or, loin d’être des croquants mal dégrossis, les Delval détiennent ce qu’ils appellent une « petite exploitation en milieu urbain ». Dans leur rue, s’étale une rangée de maisonnettes récentes en brique ou en béton propret, témoin de l’essor du marché immobilier local. En décembre, l’ancienne ville charbonnière a d’ailleurs été le théâtre d’une étrange affaire : un agriculteur qui voulait vendre ses terrains constructibles pour payer sa retraite protestait contre leur requalification en terres agricoles. En ces temps, pour la ville, de densification immobilière, le dernier rêve des écologistes qui consiste à installer partout des « élevages urbains » n’est donc pas près de se réaliser. Car malgré la popularité de nos amies les bêtes, les citadins n’ont pas envie d’aspirer à grandes goulées l’air fumeux d’une porcherie à chaque fois qu’ils ouvrent leurs fenêtres.

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Bruno Le Maire, rantanplan devant les GAFA

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Taxe GAFA. Quand Bruno Le Maire se couche devant Trump… et affirme qu’il se tient debout.


Il est comme ça le patron de Bercy car il sait que le ridicule ne tue plus en France.

Bombant le torse et montrant ses muscles, il roulait des mécaniques. On allait voir ce qu’on allait voir. La taxe Gafa, dont il est le père, ferait plier les géants du numérique américain. A genoux, ils viendraient humblement supplier d’obtenir des délais de paiements. Pourtant dans la Silicon Valley on ricanait doucement.

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Facebook, Google et autres ne montraient aucune inquiétude. Bruno Le Maire, à la façon d’un méchant bouledogue poussait d’énormes « wouaf », « wouaf », mais les Américains n’avaient aucun doute sur le fait que ces bruits destinés à les terroriser n’étaient pas autre chose que les pathétiques « kaï kaï » du chien froussard de Lucky Luke. Voilà qui est acté.

La France recule devant les Américains, la taxe GAFA finalement reportée jusqu’à la fin de l’année 2020

Le ministre de l’économie et des finances vient en effet d’annoncer depuis Davos qu’un « cadre commun global » sur cette épineuse question avait été trouvé avec les États-Unis. Une excellente nouvelle donc. Détaillons-là quand même.

Bruno Le Maire explique que la France « est prête à reporter le paiement des acomptes sur la taxe sur le digital ». Bravo ! En échange de quoi, toujours selon Le Maire, les Américains ont accepté de « suspendre leurs sanctions commerciales dans la durée durant laquelle la France reportera le paiement des acomptes ».

Macron et Trump se sont entendus

On relit et on se pince. Trump n’appliquera pas de sanctions commerciales contre une mesure qui n’est même pas appliquée. Génial non ? Bruno Le Maire, qui a quand même un sacré toupet, précise qu’ainsi « nous allons pouvoir travailler dans la sérénité ». Car une guerre commerciale « n’aurait fait que des perdants ». Trump perdant, Macron perdant… Quelle tristesse.

A écouter sur Sud Radio: Le regard libre d’Elisabeth Lévy

Le mérite de cette merveilleuse avancée revient selon Le Maire au président de la République qui a eu une « conversation décisive » avec le président des États-Unis. On peut en imaginer la teneur.

Trump : « Hello dear Emmanuel, tu arrêtes les enfantillages ? »

Macron : « Oui mais tu me promets de ne pas envoyer un vilain tweet disant que j’ai capitulé devant toi ? »

Le marché a été conclu à la plus grande satisfaction de Bruno Le Maire.

Juan Guaido à la conquête du vieux continent

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Juan Guaido était à Davos ce jeudi 23 janvier à l’occasion du Forum économique mondial (FEM). Après son entrevue avec Boris Johnson, l’opposant à Maduro poursuit donc sa tournée internationale, tout en bravant l’interdiction de sortie du territoire vénézuelien. Fera-t-il un détour par l’Élysée? Pourra-t-il rentrer dans son pays?


 

Bonne nouvelle pour les amateurs de feuilletons sans fin: la télénovela chaviste reprend!

Avouez que c’est plus excitant que les geigneries à répétition du duc Martinez et les remontrances de notre premier ministre: avec la grève RATP, c’est plus ou moins le même épisode qui nous est réchauffé tous les jours en près de deux mois. Dans le bouillonnement du Venezuela, les rebondissements s’enchaînent depuis déjà plus de vingt ans!

Nouvel épisode de cette interminable saga tragi-comique, la venue à Davos hier de l’élégant Juan Guaido. En ces temps de fraîcheur hivernale, quoi de mieux que cette brise du Nouveau monde?

Le président autoproclamé cherche le soutien de l’UE et des États-Unis

En début de semaine, le bruit courait que l’opposant préféré des dames souhaitait rencontrer à Davos un certain Donald Trump. Rappelons-nous qu’avant de s’embarquer dans ses aventures persanes, la bête noire des progressistes s’était mis en tête il y a un an de déloger le chavisme du Venezuela – cette vaste contrée où posa les pieds un certain Christophe Colomb avant de reprendre sa route vers Hispaniola…

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Devant son assemblée constituante toute soumise à sa cause, ce cabochard de Nicolas Maduro a ironisé: « l’Empire a échoué sur toute la ligne ». Si sa rhétorique tiers-mondiste n’est plus de première fraîcheur, difficile de lui donner tout à fait tort.

Autoproclamé président du Venezuela le 23 janvier 2019, Juan Guaido est tenu d’une sortie d’interdiction du territoire. Dans le très militaire laboratoire chaviste, comment a-t-il pu diable braver les obstacles? « En prenant beaucoup de risques », a simplement soufflé le vaillant Guaido aux journalistes venus s’enquérir. Sous la plume de Gérard de Villiers, son Altesse Sérénissime le prince Malko n’aurait pas dit mieux.

Un manque de crédibilité

« Dans quel pays au monde un gouvernement laisse-t-il un type se proclamer président et se balader tranquillement pour aller demander une intervention militaire ? », s’interroge de son côté un militant du Parti socialiste unifié dans les colonnes du Monde. Au paradis du chavisme, il semble justement que la corruption soit reine…

En février 2019, le sieur Guaido s’était fait remarquer en compagnie de deux paramilitaires du cartel colombien des « Rastrojos », une entreprise amazonienne consacrée aux extorsions, meurtres et trafics en tous genres. Si Guaido a assuré avoir ignoré le métier de ses deux passeurs, les photos ont terni son image auprès des partisans d’une paix colombienne.

Depuis la nébuleuse Bogota, Guaido et Mike Pompeo ont publiquement soupçonné le régime de Maduro de « soutenir le terrorisme » et d’héberger des militants du Hezbollah libanais. « Affabulateur », a tonné l’accusé depuis Caracas à destination du secrétaire d’État américain.

L’idylle Maduro-Trump

Quelques jours avant, le même Maduro d’habitude si fort en verve, suggérait dans une entrevue accordée au Washington Post, qu’il était envisageable de « créer un nouveau type de relation » avec les États-Unis. L’or noir dans le rôle du médiateur? Le commerce adoucit les mœurs, écrivit Montesquieu.

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En attendant l’idylle, l’ancien fidèle de Trump, John Bolton, a repoussé les avances du héraut de l’inflation bolivarienne: « la seule négociation possible porterait sur ce que Nicolas Maduro aimerait manger dans l’avion qui l’emmènera à Cuba ou en Russie », s’est-il amusé sur son compte Twitter. Irréconciliables ou avides d’amour vache? Le futur nous le dira.

Le chantre d’un autre Venezuela a rencontré Boris Johnson mardi à Londres. Mercredi, il est arrivé au forum de Davos. Sur son compte Facebook, il s’est affiché tout souriant aux côtés de la chancelière Angela Merkel. Et maintenant? En début de semaine, il se murmurait qu’il irait à la rencontre d’Emmanuel Macron dans notre capitale. D’après nos confrères de RFI, il semble finalement qu’il opte pour le soleil d’Espagne. Dans la pure tradition d’un bon film d’espionnage, l’opposant fait planer le suspense jusqu’au bout.

Après sa pétillante tournée dans le vieux continent, Juan Guaido pourra-t-il rentrer chez lui? Le doute est semé. Si sa virée en Europe lui causait des problèmes, pourquoi ne pas lui accorder l’asile? Voilà qui aurait le don d’agacer notre chaviste nullement repenti, le camarade Jean-Luc Mélenchon. Un divertissement bienvenu en ces temps de conflit social au parfum morose. En attendant le prochain épisode de la saga vénézuélienne, tous les espoirs sont permis!

Pays hors-service

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Les auto-entrepreneurs auront-ils une retraite?


L’ancien secrétaire d’État aux PME Hervé Novelli a créé le statut d’auto-entrepreneur. Dix ans après, il dresse un bilan globalement positif de l’uberisation de l’économie. Et annonce la fin du salariat.


 

Causeur. En tant que secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat, des PME et du Tourisme sous la présidence de Sarkozy, vous avez créé le statut d’autoentrepreneur. Cette mesure devait permettre aux Français de travailler plus pour gagner plus. Dix ans plus tard, quel bilan en dressez-vous ?

Hervé Novelli. Un bilan très positif. Aujourd’hui, il y a à peu près 1,4 million d’autoentrepreneurs en France ! Lorsque j’ai créé ce statut, j’entendais simplifier la création d’activité en supprimant les prélèvements avant les chiffres d’affaires et en recevant un numéro Siret trois jours après l’avoir déclarée. Et le succès de ce phénomène a été démultiplié par l’arrivée de la révolution numérique en 2009. Sont alors nées toutes les applications virtuelles mettant en relation des autoentrepreneurs ayant un service à offrir et des personnes qui en expriment le besoin.

La preuve que ce statut favorise l’économie, c’est que le gouvernement Hollande, faute de pouvoir supprimer la chose, a changé le mot. C’est devenu « microentrepreneur », admirez la trouvaille sémantique !

Même s’il n’a pas été remis en cause, le statut de microentrepreneur fait surtout le bonheur des plates-formes comme Uber, Airbnb ou Deliveroo. Leur émergence a transformé le marché du travail et les mécanismes de solidarité sociale. Cette mutation ne nuit-elle pas aux plus faibles ?

Le succès de l’autoentrepreneur révèle la crise du salariat. Or, le salariat a correspondu à une certaine période de l’état des forces productives : un contrat entre un patron et des salariés qui offraient leur force de travail quantifiable en heures fixes pour permettre la production de masse et l’industrie. En gros, Les Temps modernes de Chaplin. Tout au long du xxe siècle, on croyait que le salarié était l’horizon indépassable. Puis tout a subitement muté, passant d’une économie de production industrielle à une économie de services, accélérée par la révolution technologique. Le travail indépendant correspond mieux que le salariat à cette nouvelle époque.

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En a-t-on définitivement fini avec le salariat ?

Nous sommes dans une phase transitoire. Le salariat va devoir cohabiter avec le travail indépendant qui répond à l’aspiration à l’initiative individuelle. Pour de nombreux jeunes, le salariat n’est plus la panacée. Ils adorent travailler, puis s’arrêter deux ou trois mois, et reprendre. Du point de vue des entreprises, à l’ère de l’uberisation, le microentrepreneur répond mieux à la demande de services que le CDI et même le CDD : vous le payez, il paie ses charges et le travail est fait.

Avec les applications, vous pouvez travailler d’où vous voulez, et quand vous voulez, même la nuit. 25 % des salariés français sont déjà en télétravail. C’est dire la vitesse avec laquelle les entreprises s’adaptent. De mon point de vue, le stade ultime de l’entreprise est une plate-forme : en lieu et place du modèle vertical avec un patron en haut et des salariés en bas, un nouveau modèle horizontal met en relation des indépendants qui apportent leurs prestations à l’entreprise en réseau ou par internet.

Portées par ces technologies, les microentreprises ont-elles trouvé leur place sur notre marché du travail, au cadre légal réputé rigide ?

Pas entièrement. L’état actuel du marché du travail révèle un hiatus entre l’évolution de notre société et les formes contractuelles dans lesquelles l’activité s’incarne. Aujourd’hui, 80 % des entrants sur le marché du travail ont des CDD, alors que 80 % des salariés sont en CDI. On est au début de la plate-formisation de l’économie.

Cet essor pose plusieurs questions. L’un des avantages du salariat, c’est qu’il permet de traiter les problèmes de l’assurance maladie, des vacances, de la retraite, etc. Quelle protection sociale assurer aux microentrepreneurs ?

C’est un problème majeur. On est au début de l’ère du travail indépendant, une phase un peu similaire aux cadences infernales qu’ont connues les salariés au début du xxe siècle. Il faut donc organiser la protection sociale de l’indépendant. Sur le modèle canadien, notre protection sociale devrait s’ouvrir aux indépendants pour les assurances maladie, les congés maternité (de douze mois pour une travailleuse indépendante au Canada !), voire la retraite. Reste le sujet épineux du chômage. Un indépendant doit s’assurer pour continuer à toucher un revenu dans les périodes où il n’a plus de client ni d’activité. Faut-il faire contribuer les plates-formes ? Développer les assurances personnelles ? Il y a tout un travail de recherche à faire en la matière pour ne pas faire de la protection sociale de l’indépendant un décalque de celle du salarié. Marx disait : « Les infrastructures commandent aux superstructures. » Cela signifie que l’état des forces productives génère les superstructures, c’est-à-dire les cadres légaux. Or, notre état des forces productives a profondément muté, on n’est plus dans la relation salariat-patron telle que l’avait codifiée le Conseil national de la Résistance.

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Certes, mais depuis les Trente Glorieuses, les nations occidentales s’appuient sur des classes moyennes relativement prospères et stables. L’uberisation ne menace-t-elle pas l’équilibre de nos sociétés ?

Ce ne sont pas les autoentrepreneurs qui ont détruit les classes moyennes, mais l’incapacité de celles-ci à assurer un avenir à leurs enfants. Je suis très fier d’avoir créé des dizaines de milliers d’emplois non salariés dans les banlieues grâce aux VTC. L’indépendance a offert la possibilité à des jeunes, même au prix de souffrances et de difficultés, de s’élever dans la hiérarchie sociale alors qu’ils n’avaient aucun autre revenu que l’assistance ou le deal.

Plus globalement, dans la société de demain, le risque sera un peu plus présent, les notions d’indépendance et d’initiative occuperont une place plus forte.

Mon défi est de créer un cadre légal pour que cette société du risque qu’on décrit volontiers comme la société des nouveaux prolétaires, soit aussi celle du redémarrage de l’ascenseur social.

Par quels moyens ?

D’abord, il faut organiser le dialogue entre les travailleurs des plates-formes et les plates-formes. Un syndicat professionnel des plates-formes numériques va bientôt apparaître, car elles ont un besoin vital de se regrouper. Les plates-formes doivent signer une charte de bonne conduite, qui permette aux bonnes plates-formes de chasser les mauvaises si nécessaire. C’est un point crucial pour humaniser et rationaliser l’utilisation par les plates-formes des travailleurs indépendants. Dans le même temps, il faut que les organisations d’autoentrepreneurs se développent pour nouer le dialogue social. Tout ceci est prévu dans la future loi mobilités.

Censure: la loi Avia ou comment contourner le judiciaire


Pourtant torpillé par la commission européenne, très justement annulé par le Sénat, le dispositif phare de la loi Avia a été réintroduit par la commission des Lois de l’Assemblée nationale et a été adopté ce mercredi par les députés en deuxième lecture.


 

L’échec d’une commission mixte paritaire destinée à mettre les deux chambres d’accord sur un même texte, le 8 janvier dernier, a ouvert la voie à la commission des Lois de l’Assemblée nationale et à la réintroduction d’un dispositif liberticide, à savoir la création d’un délit sur mesure pour les plateformes internet (Facebook, Google etc.) en cas de non-retrait de contenus considérés comme étant « manifestement illicites » et signalés comme tels.

La commission des lois de l’Assemblée nationale a de nouveau ouvert la boîte de Pandore au motif que « les magistrats ne pourront pas examiner a priori tous les contenus qui déferlent sur la toile du fait de leur viralité » et donc qu’il faut « rétablir l’idée de supprimer au plus vite les contenus haineux sans attendre le juge ».

On ne pouvait être plus clair, le législateur nous indique sans ambiguïté que c’est l’autorité judiciaire (rappelons que dans une démocratie digne de ce nom, c’est elle qui est gardienne des libertés) qu’il convient de contourner. Plus de pouvoirs aux plateformes et toujours moins à la Justice. Voici le cœur de la loi Avia.

Si la rapporteure du texte avait promis une rédaction allégée, une définition revue des contenus haineux, une référence précise aux infractions, une prise en compte des moteurs de recherche ou encore une précision du caractère intentionnel du délit, il n’en demeure pas moins que le texte qui s’apprête à être voté conserve son architecture d’ensemble et ses deux vices originels.

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Un objectif louable, une définition imprécise

Destinée, selon son exposé des motifs, à mettre un terme à des propos rappelant « les heures les plus sombres de notre histoire » (mais de quelles heures exactement, la Saint Barthélémy, Waterloo ?), le texte n’apporte aucune précision relative aux contenus précisément visés.

Interviewée par BFM Business, Laetitia Avia se complaisait une fois encore à réciter la litanie des mots en phobe et à rappeler qu’il fallait lutter contre les injures à l’endroit de la race. C’était bien la peine de nous avoir pourtant rebattu les oreilles sur le fait que les races n’existaient pas et qu’il fallait les retirer de notre droit…

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La rapporteure du texte rappelle que ce qui est visé, c’est le champ de la dignité humaine. Objectif louable, mais définition imprécise. Pour la petite histoire, rappelons que, dans une affaire relative à un lancer de nain, le Conseil d’Etat avait posé ce principe de dignité humaine dans un arrêt célèbre de 1995, connu de tous les étudiants en droit, en donnant aux autorités de police une base légale pour interdire tout spectacle portant atteinte à la dignité humaine.

25 ans plus tard, on peut vraiment douter de l’efficacité en droit d’un tel principe. Personne ne peut affirmer que le nombre et la fréquence des distractions douteuses a vraiment disparu et, comme le soulignait très justement le regretté Guy Carcassonne en 2013, « le principe de dignité de la personne humaine inquiète plus qu’il ne sauvegarde ».

Mobiliser un tel principe, c’est nécessairement confier à celui qui en a la charge de se livrer à une interprétation particulièrement subjective des propos qui lui sont soumis et de donner à la proposition de loi un champ d’application particulièrement fluctuant.

On pourra également s’étonner que le texte se borne à se limiter au champ de ce qui est convenu d’appeler le « politiquement correct », c’est-à-dire aux propos visant des groupes prétendument minoritaires, alors que le bien commun (la France, la République, la justice, la démocratie) ne figure pas dans le champ d’application du texte.

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Une mise en œuvre douteuse et aléatoire

C’est donc clairement aux plateformes qu’il conviendra de procéder à l’interprétation des contenus et à déterminer s’ils s’avèrent ou non être une infraction. C’est donc à des opérateurs privés, soumis à des intérêts privés, qu’il conviendra d’appliquer la loi française. Curieuse conception de la démocratie que nous offre la loi Avia.

Un délit sur mesure a spécialement été créé pour eux en cas de non retrait dans les 24 heures du signalement.

Pour tenir un délai aussi bref avec un champ d’application aussi flou, les plateformes n’auront d’autre possibilité que de mettre en œuvre des méthodes de filtrage automatique des contenus et de privilégier, en cas de doute, la censure à l’expression. Autrement dit, le doute bénéficiera à l’accusation.

Lorsque l’on est opposant à ce texte, on ne peut que regretter d’être systématiquement renvoyé aux « heures les plus sombres de notre histoire » et que les années 30 soient encore et toujours convoquées dans le débat par les défenseurs du texte qui s’autoproclament résistants face à un péril fasciste imaginaire.

Le Conseil national des barreaux, le Conseil national du numérique, la Fondation Internet Nouvelle Génération, Internet sans frontières, la Quadrature du Net, la ligue des droits de l’Homme ou encore le syndicat des avocats de France (on ne peut pas les suspecter d’être des méchants d’extrême droite) ont adressé une lettre ouverte à la Garde des Sceaux faisant unanimement part de la dérive prise par la proposition de loi Avia et des risques graves qu’elle fait peser sur la liberté d’expression.

On pourra regretter fortement que les soutiens du texte persistent à entretenir un amalgame entre la nécessité du texte et sa proportionnalité. Il est sans doute nécessaire de lutter contre la haine, la méthode proposée n’est en revanche absolument pas proportionnée.

La loi Avia n’est rien d’autre qu’une loi liberticide, dogmatique, portée au mieux par idéologie, au pire par clientélisme.

Charlie, c’est fini?


Au lendemain des attentats, tout le monde était Charlie. Cinq ans plus tard, le séparatisme islamiste progresse au même rythme que le déni. Si l’État marque des points sur le plan sécuritaire, la société est en train de perdre le combat culturel contre l’islamisation. Faute de l’avoir mené.


 

Dans les rues de nos villes, il y avait des bougies et des fleurs, des visages graves et de la colère silencieuse. Aucun de nous n’a oublié cette soirée du 7 janvier 2015. Rien ne sera plus comme avant, pensait-on, rien ne doit plus être comme avant. Cinq ans ont passé et bien sûr, tout est presque comme avant. Voire pire. Le 7 janvier, nous étions en position de combat sécuritaire, idéologique et même spirituel. Nous avons vite oublié les belles promesses que nous nous étions faites.

Le 11 janvier, tout le monde était Charlie. Et flic. Et juif. S’agissant des flics et des juifs, on sait ce qu’il en est advenu. La haine de la police est un lieu commun, voire un devoir civique. Et il semble que les objurgations gouvernementales n’aient pas plus fait régresser l’antisémitisme que les sommations du petit bonhomme de Sempé (« Couché ! ») ne font reculer l’océan.

Cinq ans après, la France est démobilisée (…). Emmanuel Macron est très fort pour les grands discours, notamment devant des cercueils. Dans ces occasions solennelles, il ne mégote pas sur l’emphase et le lyrisme et on se prend à croire qu’il a compris la gravité de la situation. Et puis il ne se passe rien.

Quant à l’esprit Charlie, il n’est plus qu’une ritournelle que l’on entonne pour les commémorations. Alors que vous lisez ces lignes, il est probable que, conformément au pronostic de Mathieu Bock-Côté, ce cinquième anniversaire est l’occasion des proclamations et sermons d’usage, avec en prime l’emphase adaptée aux chiffres ronds. Nous ne céderons pas. Les valeurs de la République. Tu parles Charles. On ne marche plus.

Tous juraient qu’ils mourraient pour la liberté d’expression

La France a été Charlie entre le 7 et le 15 janvier 2015. C’était déjà largement une illusion. C’est l’émotion qui constituait le ciment de l’union nationale proclamée. Or, l’émotion flatte notre désir de fusion et d’effusion, surtout face au danger, mais elle n’est pas une politique. Dans Une minute quarante-neuf secondes, paru à l’automne dernier, Riss livre un souvenir plus acide du climat de l’époque : « Terrorisme, fanatisme religieux, intolérance primitive. Nos tourments personnels auraient dû avoir l’élégance de s’effacer derrière la nécessité impérieuse de lutter pour des valeurs communes. Mais l’obscénité de notre époque, l’égocentrisme infantile érigé en valeur moderne d’épanouissement ont libéré des flots de narcissisme victimaire aussi déplacé que morbide. Seules la charité et la compassion ont été autorisées. Il ne fallait pas se révolter, ne pas désigner de responsables, ni tendre le doigt en direction des lâches et des coupables. Et encore moins dénoncer le prosélytisme des croyances archaïques, de concepts réactionnaires, afin de ne pas heurter ceux qui les pratiquent et veulent les propager pour se sentir moins seuls. »

Politiques, journalistes, commentateurs : tous juraient, stylo au poing, qu’ils mourraient pour la liberté d’expression, la laïcité et la minijupe. Le droit à la critique, à la caricature et même au franc déconnage, en particulier sur les religions et en particulier sur une (celle qui justement ne veut pas être critiquée), était inaliénable et sacré. L’humour serait notre code. Les plus candides semblaient dessillés au point qu’il était permis d’aborder les sujets qui fâchent comme l’antisémitisme répandu dans nos banlieues ou la sécession sourde à l’œuvre dans une partie croissante de notre jeunesse musulmane.

Il a suffi de quelques jours, semaines ou mois, selon les individus, pour que de valeureux combattants de la liberté se muent en vierges effarouchées soucieuses de ne froisser personne et de ne pas sembler fermées à l’Autre. Alors que François Hollande avait du mal à s’arracher le mot « islamiste », Manuel Valls, après un discours aux accents churchilliens, parlait le 20 janvier d’un « apartheid social, territorial, ethnique » dans nos banlieues. Bien entendu, le Premier ministre ne désignait pas l’apartheid volontaire instauré par la halallisation des esprits. Les médias se sont jetés sur ce propos pour en rajouter dans l’excusisme. Tout était de notre faute. Ils avaient des raisons d’avoir la haine.

Le parti de l’opinion éclairée étouffe l’affaire

L’attentat de 2015, comme tous ceux qui ont suivi, a produit un bref éclair de vérité. Une fenêtre s’ouvrait sur le réel. De fait, nous étions aux premières loges pour observer les fractures françaises. À chaque fois, notre humeur collective a suivi la même pente qui va de la lucidité au déni. Au début, nous voulions savoir, regarder en face ce qui nous arrivait. Les journaux enquêtaient, les éditorialistes s’engueulaient, les penseurs pensaient – certains en tout cas. Les chercheurs cherchaient et même trouvaient. Les enquêtes de l’Institut Montaigne et du CNRS, les études menées par Kepel, Fourquet et d’autres ont dessiné un tableau de plus en plus précis de la situation. Et plus il était précis, plus il semblait effrayant, voire insoluble.

Seulement, on commence par voir et on finit par stigmatiser. À chaque fois, le parti de l’opinion éclairée, comme dit Finkielkraut, habillant son impuissance en générosité et sa peur en lucidité, s’est employé avec force à fermer la fenêtre entrebâillée et à enfouir le réel sous les slogans, tel le fameux « pas d’amalgame » qui, comme « vivre-ensemble » fait rigoler tout le monde.

On n’en finirait pas de recenser les innombrables lâchetés, retournements de veste, bottages en touche qui ont, au cours de ces cinq ans, pavé la voie de la soumission. Quelques exemples choisis au hasard de la mémoire et de Google. Avec une mention spéciale pour un François Hollande déclarant le jour que les territoires perdus n’existent pas et parlant la nuit de partition aux journalistes du Monde.

Manuel Valls, 14 janvier 2015 © Patrick KOVARIK/ AFP
Manuel Valls, 14 janvier 2015
© Patrick KOVARIK/ AFP

Le 7 janvier 2016, dans l’édito du numéro anniversaire, Riss s’en prend aux « fanatiques abrutis par le Coran » et aux « culs-bénits venus d’autres religions » qui avaient souhaité la mort du journal pour avoir « osé rire du religieux ». En réponse, un certain Michel Fize, sociologue de son état, se pince le nez dans Le Monde : « Quelle mouche a donc piqué M. Riss pour repartir en croisade ? » se demande-t-il. C’est vrai, ce gars est trop susceptible, on se demande pourquoi. Toute honte bue, l’auteur se rengorge d’être si bon en ce miroir : « J’ai une trop noble conception de la liberté d’expression, droit fondamental des hommes, pour accepter qu’elle soit ainsi, jour après jour, dévoyée » – comprenez dévoyée par ceux qui ont failli mourir et vu tomber leurs amis pour elle. Notre spécialiste en élégance morale livre finalement le fond de sa pensée : « Le vivre ensemble suppose, impose même, le respect inconditionnel d’autrui, de ses croyances. » Sauf que le respect d’autrui et celui de ses croyances ne sont pas du tout la même chose. Dans la laïcité à la française, le respect d’autrui va de pair avec le droit de se moquer de ses croyances ou de ses idées.

Une grande partie de la société, en tout cas, de ceux qui la gouvernent culturellement, s’est en réalité ralliée à l’opinion de ce triste Fize. Comme l’observe Richard Malka, l’avocat de Charlie – et de la liberté d’expression –, nous vivons sous « la tyrannie des minorités ». Tyrannie animée bien sûr d’excellentes intentions. Cependant, si elle devait triompher, ajoute Malka, « cela se terminerait en livres brûlés et en camps de rééducation ». Pour ne pas blesser le musulman du coin de la rue (et on comprend que ce soit difficile pour lui), il faut interdire de voir et de dire qu’il existe un lien entre islam et islamisme, ainsi qu’entre islamisme et terrorisme. Cela ne signifie évidemment pas que tous les musulmans soient des islamistes, ni que tous les islamistes soient des terroristes, mais que l’islamisme est issu de l’islam et le terrorisme de l’islamisme. Du reste, dans la réalité concrète, islam et islamisme vivent souvent côte à côte au point que la frontière est difficile à tracer avec netteté.

La force d’attraction islamiste menace l’existence même de la nation

Seulement, depuis cinq ans, de bruyants « pas d’amalgame ! » et autres accusations d’islamophobie font office de revolver braqué sur la tempe de ceux qui osent évoquer ce continuum et critiquer la religion de paix et d’amour. C’est ainsi qu’en mai 2017, la Ligue des droits de l’homme et Mohamed Sifaoui (qui semble depuis être revenu à la raison) se tenaient aux côtés du CCIF dans le procès que celui-ci intentait à l’historien Georges Bensoussan pour des propos sur l’antisémitisme répandu dans beaucoup de familles musulmanes. Bensoussan a été relaxé, en première instance et en appel, tout comme Pascal Bruckner, Mohamed Louizi et Judith Weintraub. « La Justice tient bon, se félicite Malka. Mais la Justice finit toujours par s’aligner sur la société. » De sorte qu’on pourrait voir un jour le délit de blasphème ou celui d’islamophobie faire leur entrée dans le Code pénal.

La force d’attraction islamiste menace l’existence même de la nation

Burkini, accompagnatrices voilées, séparatisme alimentaire à l’école publique : à chaque fois que des islamistes testent notre détermination, ils trouvent des flopées de belles âmes pour couvrir leurs manigances et tenter de faire taire leurs adversaires dénoncés comme islamophobes, donc racistes. Cette manœuvre d’enfumage a connu son apothéose le 10 novembre dernier, quand l’ancien républicain laïque Jean-Luc Mélenchon a battu le pavé avec le CCIF et autres représentants de l’islam radical, autrement dit avec des ennemis affichés de la République. Les deux blessés de la mosquée de Bayonne, pour lesquels la France entière s’est légitimement émue, ont été promptement instrumentalisés par tous ceux qui voulaient oublier les morts de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher, du Bataclan, de Nice, Montrouge, Saint-Étienne-du-Rouvray, Strasbourg, Lyon.

Résultat : l’ensemble des faiseurs d’opinion approuve la lutte antiterroriste et réclame même son renforcement, mais détourne pudiquement le regard quand elle n’exige pas qu’on fasse silence dès qu’il est question d’idéologie islamiste et de séparatisme. Le Monde annonçait récemment en une un sujet sur la lutte contre l’« islamisme » avec des guillemets, signifiant ainsi à ses lecteurs que la réalité de celui-ci serait sujette à caution (un fantasme raciste, vous dit-on). Or, non seulement celui-ci est le terreau où se fabrique la violence, mais il constitue un défi peut-être plus vital encore qu’elle. Le terrorisme a tué des centaines de nos concitoyens, plongeant autant de familles dans la tragédie. Il instille la peur dans le débat public, conduisant nombre d’entre nous à euphémiser leurs propos et peut-être leur pensée. Cependant, comme l’observait Élisabeth Badinter, la force d’attraction islamiste a, elle, abouti à créer un deuxième peuple. Elle menace donc l’existence même de la nation française – et peut-être un jour la paix civile : Daoud Boughezala a pu le constater à Lunel, aujourd’hui, ces deux peuples coexistent sans se mélanger. Tous les connaisseurs de la situation, notamment sécuritaire, dans nos banlieues craignent, à l’instar de Gérard Collomb, que le « côte-à-côte » ne se transforme en face-à-face. Sans doute sont-ils tous islamophobes.

Autant dire qu’en cinq ans, nous avons reculé ou au mieux stagné sur tous les fronts. C’est encore au plan sécuritaire que l’État se montre le plus efficace. Cependant, tout en reconnaissant les efforts consentis et les résultats obtenus avec un grand nombre d’attentats déjoués, Thibault de Montbrial s’étonne de nos priorités : « 60 % des dépenses du PIB sont orientées sur le social et seulement 6 % sur le régalien. Alors que la France est soumise à une tension inédite, que nos forces de sécurité sont exsangues, nos prisons surpeuplées, et que la délinquance violente explose, c’est une aberration. » Également soumise à la disette budgétaire la Justice est incapable d’assurer correctement le traitement et le suivi des détenus radicalisés, et ne parlons pas de ceux qui sont libérés. Ceci expliquant en partie cela, l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic observe que « les jugements rendus sur la dernière vague de djihadistes témoignent d’un certain laxisme ».

Des différences culturelles solubles dans la croissance?

Quant au combat politique et culturel, le plus déterminant peut-être, nous sommes certains de le perdre puisque nous ne le menons pas. Emmanuel Macron est très fort pour les grands discours, notamment devant des cercueils. Dans ces occasions solennelles, il ne mégote pas sur l’emphase et le lyrisme et on se prend à croire qu’il a compris la gravité de la situation. Et puis il ne se passe rien. On promet des investissements, on crée un bureau national contre la haine. Dans le fond, nos gouvernants sont toujours aveuglés par ce que le sociologue Hugues Lagrange appelait, en 2010, le « déni des cultures ». En bons progressistes, le président et le Premier ministre croient ou feignent de croire que les différences culturelles sont solubles dans la croissance (qui d’ailleurs ne vient pas). Ainsi, l’ex-haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye proposait-il de compenser notre démographie chancelante par l’importation de 50 millions d’immigrés, comme s’il s’agissait simplement de bras. Le reportage d’Anne-Sophie Nogaret sur la séparation des sexes en Seine-Saint-Denis montre que, pendant ce temps, des mœurs étrangères aux traditions françaises s’installent en France. Le changement arrive, il faut vous y faire, dirait l’impayable Léonora Miano, apôtre enthousiaste du « Grand Remplacement ».

La France, il est vrai, a bien d’autres soucis que la liberté d’expression et l’islam politique : les enfants à élever, les fins de mois à boucler, les retraites à assurer. Angoissé par le présent, effrayé par l’avenir, le peuple français demande protection. Cette réclamation est légitime. Mais il semble que l’obsession de la sécurité nous ait fait oublier la liberté. C’est peut-être là que se trouve la source profonde du mal français. Nous n’aimons plus la liberté. Et on dirait qu’elle nous le rend bien.

Terreur dans l'Hexagone: Genèse du djihad français

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Une minute quarante-neuf secondes

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Le Déni des cultures

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Le Chirac Tour continue!

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À Jérusalem, agacé par les agents de sécurité israéliens, Macron nous a fait une Chirac! Et si le Chirac Tour ne faisait que commencer?


Notre président a fait des siennes à Jérusalem. Hier, la vidéo de son altercation avec la police israélienne a connu le bruit médiatique qu’il espérait sans doute. L’acteur Emmanuel Macron, celui qui est né au lycée de la Providence à Amiens, au contact d’un professeur auquel il demeure très attaché, a réalisé une imitation de Jacques Chirac que nous qualifierons de belle facture. Sa pratique de la langue de Shakespeare, d’habitude si élégante, s’est muée en un anglais qui rappelait en effet celui de son lointain prédécesseur, mais aussi celui, encore plus drôle, de Jacques Delors. Certains ont moqué le manque de spontanéité. Telle n’est pas notre intention. Nous ne participerons pas ce concert de lèse-majesté.

Au contraire, nous souhaitons même encourager cette louable intention et lui prodiguer des conseils, en l’occurrence un agenda précis et les paroles à prononcer afin de réaliser le Chirac Tour que toute la France attend.

Jeudi 23 janvier – Aller au concert de Madonna. Prévoir que cette dernière lui jette sa culotte.

Vendredi 24 janvier – Orléans – « Hier je me promenais avec Édouard Philippe à La Goutte d’or. Imaginez ce travailleur français qui vit à la Goutte d’or. Et qui a sur son palier une famille avec le père avec trois ou quatre femmes et une quinzaine de gosses, qui touche 20000 euros d’allocs sans naturellement travailler. Si on rajoute le bruit et l’odeur, le travailleur français, il devient fou. Il devient fou ! »

A lire aussi: Chirac: pourquoi la France sanctifie le plus nul de ses présidents

Mercredi 29 janvier – Parlement européen – « Tout nous conduit à penser que, derrière le masque des mots et le jargon des technocrates, on prépare l’inféodation de la France, on consent à l’idée de son abaissement. […] Comme toujours quand il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas. C’est l’engourdissement qui précède la paix de la mort ».

Jeudi 6 février – Élysée, discours aux forces vives – « Et je voudrais saluer Stanislas Guerini, qui est probablement le meilleur d’entre nous ».

Mardi 11 février – Tarmac de l’aéroport du Bourget, au pied de l’avion présidentiel – Prière adressée à genoux à l’adresse de Sainte Greta Thunberg – « Notre maison brûle. Et, nous regardons ailleurs ».

Samedi 22 février – Discours d’inauguration du salon de l’agriculture –  « J’aime les pommes. Chez moi en Picardie, on a des pommes avec lesquelles on fait un petit cidre sans prétention, mais que j’aime bien ».

Dimanche 8 mars – Discours prononcé à l’occasion de la Journée internationale du droit des femmes – « Pour moi la femme idéale c’est la femme picarde, celle de l’ancien temps, dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s’assied jamais avec eux et ne parle pas ».

Mardi 21 avril – Message télévisé aux Français – Élysée – « Après consultation du premier ministre et des présidents des deux assemblées, j’ai décidé de dissoudre l’Assemblée nationale ».

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Fin de la plaisanterie.

Dans les années soixante-dix, Pierre Tchernia réalisait un film inoubliable, écrit par Jean Poiret, La gueule de l’autre. Martial Perrin, joué par Michel Serrault, et qui avait des mimiques qui rappelaient celles de Jacques Chirac, craignait la vengeance d’un tueur et se faisait remplacer par son cousin Gilbert Brossard, joué par le même Serrault, comédien raté qui jouait dans des publicités pour déodorant. A la fin du film, il était opposé à un personnage joué par Roger Carel dans un débat et prononçait ces mots : « Vous trouvez que je ne suis pas un bon comédien ? ».

À Jérusalem, il y avait davantage de Gilbert Brossard que de Jacques Chirac, dans Emmanuel Macron !

Leurs guerres perdues

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Macron, où est ta victoire ?

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Emmanuel Macron gouverne en oubliant qu’il a été fort mal élu. Ce péché originel de 2017 permet de comprendre les clivages qui persistent dans la société française, illustrés par le mouvement des gilets jaunes ou la contestation de la réforme des retraites.


Il apparaît de plus en plus manifeste que Macron fait vivre la France dans un état de crise sociale permanente. Le candidat qui avait été élu comme un homme nouveau qui allait moderniser le pays se retrouve, littéralement, en état de siège. Après les gilets jaunes, la grève contre la réforme des retraites. Et après cette grève dans sa forme aiguë, la persistance du refus dans une guérilla à bas bruit.

La CFDT à la botte de Macron

Macron n’a rien lâché mais en face non plus on ne lâche rien. Il veut aller au théâtre, il faut l’exfiltrer. Il reçoit les grands patrons à Versailles, il y a un comité d’accueil. Il a un syndicat à sa botte, la CFDT, dont les économistes Jean Pisani-Ferry et Philippe Aghion sont des anciens conseillers à lui, et ce syndicat est lâché par sa base et voit ses locaux vandalisés.

La protestation va continuer, protéiforme, sporadique, violente. Les Français ne veulent pas être mis aux normes d’une mondialisation libérale comme on met aux normes une maison qu’on veut vendre

On ne compte plus les ministres ou les présidents d’université qui annulent leur cérémonie de vœux. Ici Blanquer est hué en visite au rectorat de Caen [une source a depuis signalé que le ministre n’était en fait pas présent NDLR] ; là, Marlène Schiappa est obligé de quitter le bistrot parisien où elle tenait une réunion électorale. Quand ce n’est pas un port bloqué, c’est une raffinerie, quand ce n’est pas une raffinerie, c’est un tribunal, quand ce n’est pas un tribunal, c’est un lycée, quand ce n’est pas un lycée, c’est un hôpital et quand ce n’est pas un hôpital, c’est à nouveau un dépôt de la RATP. Des coupures d’électricité se multiplient, on y répond par des poursuites judiciaires de syndicalistes et on a la surprise de voir s’opposer à cette répression… une députée LREM, Yaël Braun-Pivet, présidente LREM de la commission des Lois qui déclare : « Je ne crois pas qu’il faille les poursuivre. Ces modes d’action violente à mon sens sont contreproductifs car ils gênent considérablement la population et sont peut-être beaucoup trop forts dans leur expression. Maintenant, on ne peut pas ne pas entendre et faire la sourde oreille aux revendications de cette partie de la population. Il faut faire avec, parce que c’est l’état de la contestation aujourd’hui. »

A regarder sur REACnROLL: Retraites: pourquoi pas un référendum?

C’est dire à quel point, au sein même de la majorité, il y a des doutes à l’heure où Grivaux, candidat macroniste à la mairie de Paris, ne cesse de baisser dans les sondages malgré des ralliements aussi opportunistes qu’inefficaces. Puisqu’on parle de sondages, on a beau les tordre dans tous les sens, on en est toujours à plus de 60% des Français qui veulent le retrait de la réforme.

Situations indignes

C’est peu de dire qu’il ne reste, entre lui et la rue, que les forces de polices transformées en garde prétorienne. Le changement de doctrine du maintien de l’ordre contre les gilets jaunes, ordonné par le pouvoir un certain 8 décembre 2018, comme l’a raconté le Monde, a multiplié les violences policières sur les manifestants qui commencent à inquiéter jusqu’à Castaner lui-même, âne de Buridan de la place Beauvau qui oscille entre la condamnation d’actes inacceptables et la peur de vexer sa police, une police qui n’arrive pas à souffler depuis plus de deux ans et visiblement perd. On en arrive à des situations ubuesques qui feraient rire si elles n’étaient indignes d’une démocratie: un manifestant en sang continue d’être frappé à terre et ce sont les policiers qui portent plainte à cause d’une supposée séropositivité. Et ne parlons pas de la mort par écrasement du larynx d’un livreur, Cédric Chouviat, début janvier, lors d’une interpellation.

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Le conflit social sur les retraites n’est pas vraiment fini

Ce à quoi nous assistons, c’est à ce qu’on appelle un conflit asymétrique. On peut toujours faire mine d’avoir écouté les gilets jaunes et de leur avoir lâché quelques milliards, ils sont encore là. On peut toujours décréter que le mouvement social contre la réforme des retraites est fini, parce que Laurent Berger a applaudi le faux retrait de l’âge pivot – dans une grande solitude ridicule – et que les trains roulent à nouveau parce que les grévistes sont épuisés financièrement. Reste que la guerre d’usure continue.

Et elle va continuer, protéiforme, sporadique, violente. Les Français sont comme ça : ils ne veulent pas être mis aux normes d’une mondialisation libérale comme on met aux normes une maison qu’on veut vendre. Il serait plus que temps que Macron comprenne son péché originel qui est aussi un péché d’orgueil : il n’a pas été élu en 2017 pour son programme mais il a été élu contre Marine Le Pen. Et qu’il gouverne en conséquence, faute de pouvoir gouverner avant de lui laisser la place la prochaine fois, à elle ou à un autre.

Bloc contre bloc - La dynamique du Macronisme

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La force cachée des mobilisations

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Jérôme Leroy a fait il y a peu un joli papier dans Causeur intitulé « Quel poème as-tu lu ce matin ? ». Il me semble intéressant de revenir ici sur ses propos car ils éclairent, me semble-t-il, de façon tout à fait intéressante un des ressorts de la contestation actuelle.


Jérôme Leroy, manifestant lui-même, le dit explicitement : derrière les raisons connues de toutes ces manifestations, il y a dans l’esprit de beaucoup des raisons latentes et plus profondes : « le monde que nous désirons tous dans ces manifs qui vont bien au-delà de leur protestation ponctuelle… ».

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Cela n’est pas vraiment une découverte car la dimension émotive, humaine, voire existentielle est sans doute plus importante dans l’envie de manifester et de se battre qu’un simple désaccord sur des histoires de points de retraite. Les problèmes « ponctuels », conjoncturels de décision politiques, fiscales ou sociales ne sont jamais que des déclencheurs qui libèrent des frustrations et des désirs plus profonds.

Le temps de la révolte

Parmi ceux-ci, Jérome Leroy insiste à juste titre sur la dimension du temps. Le temps qui manque nécessairement aux travailleurs, aux salariés comme aux entrepreneurs, pour voir le temps passer, pour apprécier la beauté du monde et des êtres, pour vivre plus pleinement et mieux en accord avec soi, avec les autres, avec le monde et la nature.

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Tout ceci n’est pas nouveau, c’était déjà une de nos obsessions en mai 68, et cela a d’ailleurs fait émerger des concepts comme la « qualité de la vie », et même la création sous Mitterrand d’un « ministère du temps libre ». Marx déjà posait comme idéal de vie de pouvoir être « pêcheur le matin, chasseur l’après-midi, philosophe le soir… ». Comment ne pas partager, ou en tout cas comprendre, de telles aspirations ?

Jérôme Leroy naïf?

Pourtant il y a quelque chose qui cloche dans tout cela. C’est la façon qui me semble un peu légère de nommer ce qui s’oppose à ce bonheur désiré, et du même coup de suggérer un moyen pour l’obtenir. Car il semble bien que le malaise existentiel, le mal vivre des hommes, viennent d’une cause simple : « le capitalisme nous vole le temps, un système économique aberrant nous pourrit la vie ». Cela n’est pas plus compliqué : supprimez le capitalisme, changez le système économique et vous trouverez le bonheur, la sérénité, la joie de vivre et la beauté du monde.

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Cette utopie qui, me semble-t-il, est d’une grande naïveté, est aussi d’une grande force mobilisatrice. Toutes ces manifestations, ces mobilisations puisent en réalité leur énergie dans ce désir vital et tellement humain du bonheur. Ces foules qui protestent, reflètent l’image d’une France malheureuse et dépressive, peut-être surtout parce qu’elle n’a plus ni cohésion ni projet fédérateur.

Mila ou le retour du blasphème

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L'adolescente menacée Image: capture d'écran Twitter

Parce qu’elle a affirmé crânement sur Instagram « je déteste la religion, le Coran est une religion de haine (…) votre Dieu je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci au revoir », une adolescente de Villefontaine (Isère) sort de son anonymat et se retrouve menacée. Au point d’être déscolarisée. Les laïques s’inquiètent et craignent que l’affaire puisse réellement mal tourner. Pas que pour elle. Analyse.


Mila a 16 ans. Et sur les réseaux sociaux, l’ado provocante a simplement dit qu’elle détestait les religions, et plus particulièrement l’islam. Pour cela, elle est depuis harcelée et menacée de mort. Cela ne se passe pas au Pakistan, ni en Arabie saoudite, mais en France, aujourd’hui et maintenant. Et personne ne réagit. Ni la classe politique censée défendre un contrat social dont la liberté d’expression est une des bases, ni les groupes LGBT, pour qui manifestement la défense des homosexuels s’arrête aux portes du blasphème, ni les néo-féministes, qui préfèrent défendre le port du voile. Bref, aucun de ces professionnels de l’indignation n’a pris la défense de cette jeune fille alors que ce qui lui arrive est inacceptable.

Cette jeunesse qui affirme #jenesuispasmila

Qui sont ces personnes qui pensent faire la loi sur le sol de France et décider de qui a le droit de vivre ou non ? Qui sont ces milliers d’individus qui menacent et agressent ceux qui ne pensent pas comme eux ? Qui sont ces gens qui chassent en meute et attaquent en horde ? Plus précisément, quel est le profil de ceux qui ont diffusé son adresse et sont tellement virulents qu’elle a dû être déscolarisée parce qu’elle était en danger ? Nous le donnera-t-on, s’ils sont inquiétés ?

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Il faut bien le dire : ceux qui ont réagi en arguant du blasphème de la jeune femme pour réclamer sa mise à mort sont des personnes se réclamant de l’islam, mais pas uniquement des islamistes patentés ou des militants liés aux frères musulmans ou aux salafistes, non. Comme si nous étions dans un mauvais rêve, c’est toute une jeunesse qui nous révèle tristement à quel point les représentations et la vision politique des extrémistes sont en train d’imprégner en profondeur une partie pas si minoritaire – il faut le craindre – de personnes d’origine arabo-musulmane. L’islamisme progresse : il devient dominant et prescripteur chez les musulmans. Puisqu’elle n’est pas combattue, son emprise ne peut qu’augmenter.

Les pouvoirs publics silencieux

La réaction des pouvoirs publics le prouve. Le silence n’est pas qu’un effet de la gêne ressentie face à de difficiles réalités devant lesquelles on serait désarmé. Non: c’est une façon de refuser d’agir face à l’effroi. Ce qui arrive à Mila contrarie non seulement les représentations de notre gouvernement, mais son idéologie et ses projets.

Ce silence fait penser à celui de l’affaire des viols collectifs de Telford ou de Rotherham. Dans ces affaires de pédophilie et de prostitution commises par des gangs pakistanais en Grande-Bretagne, dont les victimes étaient des filles blanches entre 12 et 15 ans, la dimension religieuse était très forte, les violeurs allant chercher leurs justifications dans le Coran et n’étant point avares de récitations de sourates quand ils violentaient les enfants. Longtemps, il y a eu un refus d’agir. Parce que la figure du pakistanais musulman était une figure de victime, la police et les services sociaux anglais ne faisaient rien. Les agresseurs n’avaient pas le bon profil, ils n’étaient pas des hommes blancs riches et puissants. Par crainte d’être accusé de racisme, des dizaines de très jeunes femmes ont été humiliées, droguées et abusées pendant des années. De telles révélations auraient fait les affaires de l’extrême-droite, pensait-on. Même après avoir été dévoilé, le scandale n’a que très peu été relayé dans la presse.

Ne pas céder à la panique ou occulter un réel trop difficile?

Derrière le silence, il y a cette volonté d’occulter le réel. On essaie de temporiser. On ne veut pas reconnaître qu’en France, aujourd’hui, user de la liberté d’expression est devenu impossible si cela concerne l’islam. Cela vous met tout simplement en danger. La censure n’est plus étatique, comme elle le fut naguère. Ce pouvoir de faire taire est aujourd’hui terroriste et communautariste. Il prospère sur l’abandon. Non seulement le gouvernement baisse les yeux devant ces menaces, mais il renonce aussi à défendre des citoyens intégrés, pour protéger les fous furieux qui utilisent la foi pour attaquer et détruire notre société.

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Et il y a même pire. Les frères musulmans, mouvement islamiste fascisant et violent, naguère proche des nazis, est sur le point de devenir le représentant des musulmans de France par le truchement de l’Association musulmane pour un islam de France (AMIF). L’AMIF, qui doit faire émerger pour Emmanuel Macron un islam de France, est déjà largement entre les mains de la confrérie. L’idée d’islam de France vient d’eux. Ils n’ont jamais caché leurs intentions, pour qui prend la peine de se renseigner. En proposant de financer l’islam par une taxe sur le hallal, le président de la République instaurerait ce qu’il dit vouloir combattre : le communautarisme et le séparatisme. En effet, le hallal permet d’éviter de partager un repas, de faire table commune. Il empêche la première des socialisations, le premier lien, l’échange de nourriture. Alors, on ne partage plus ni la table ni le lit, parce que les purs ne se mélangent pas aux impurs.

Pas d’amalgame?

Éviter la stigmatisation des musulmans est l’excuse traditionnelle invoquée pour justifier l’abandon des victimes de cette violence, qui définit de plus en plus l’expression de l’islam chez nous. Le problème, c’est qu’aujourd’hui on laisse des personnes menacer et harceler par milliers des gens qui ne font qu’user de leur liberté d’expression, et que l’on refuse de traiter l’islam comme la France traita naguère l’Église : par un acte de souveraineté en imposant la loi devant la foi.

En refusant de regarder en face un phénomène ou une idéologie incompatible avec nos modes de vie, nos mœurs, notre culture et nos lois, la peur règne et la censure gagne l’espace public. Le rejet ne pourra que grandir et finira par toucher aussi les personnes arabo-musulmanes qui se battent pour la démocratie, la laïcité, l’égalité, la liberté et qui sont en train de perdre la bataille en Europe, parce que les islamistes trouvent des alliés au plus haut niveau.

Le « pas d’amalgame » est une escroquerie qui sacrifie les musulmans aux islamistes, en prétendant faire l’inverse. On a le sentiment que le « pas d’amalgame » a moins pour effet de protéger les personnes d’origine arabo-musulmane, qu’il ne permet de rendre intouchable les islamistes. Si le nécessaire n’est pas fait par les pouvoirs publics pour faire taire ceux qui menacent Mila sur internet, si des mesures fortes ne sont pas prises contre les islamistes qui rêvent de s’en prendre à elle dans le monde réel, son histoire montrera que l’ordre ne règne plus en France. Si aujourd’hui la jeune adolescente essuie une telle violence, ce n’est pas par hasard : les islamistes sont puissants et prescripteurs. Le blasphème serait-il donc officieusement de retour en France ?

Le parquet lance deux enquêtes distinctes…

Nous apprenons que le procureur de la République de Vienne (38) a ouvert deux enquêtes distinctes dans ce dossier. L’une pour identifier les auteurs des menaces et une autre au sujet de la mineure pour «provocation à la haine raciale»!

Silence coupable

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Nord: agriculteurs et éleveurs se serrent les coudes contre les néoruraux

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© AFP Photo/ ASP Aaron Chang

Les tracteurs sont de sortie lorsqu’un couple anichois se voit reprocher l’odeur et le bruit d’une porcherie. Les néoruraux sabotent toujours plus le fantasme vert d’ « élevage urbain ».


 

Après l’affaire du coq trop bruyant, le cochon puant. Le 26 novembre, le tribunal de Douai a condamné Nathalie et Romaric Delval, éleveurs dans la petite ville d’Aniche (Nord), à payer 58 700 euros à leurs voisins. En cause ? Leurs cochons grouinent un peu fort et émettent des odeurs douteuses, autrement dit des « nuisances sonores et olfactives ». Le couple avait déjà été condamné en 2017 à déplacer sa porcherie dans les quatre mois, avec une astreinte de 200 euros par jour de retard. Ce qu’ils ont fait, construisant un nouveau bâtiment pour 100 000 euros, mais en dépassant largement le délai. Résultat : comme le titre La Voix du Nord, leurs cochons les ont mis sur la paille.

Cependant, les agriculteurs d’Aniche ont pris fait et cause pour les Delval : une manifestation de soutien, qui a eu un certain écho médiatique, a vu défiler 115 tracteurs dans le centre-ville de Douai. Bingo ! La cagnotte Leetchi lancée pour payer les pénalités a recueilli plus de 25 000 euros. Face à la sévérité de la justice, l’opinion a pris le parti des paysans nourriciers contre les néo-ruraux ingrats. D’autant que ces derniers souhaitent faire construire des logements sur le terrain jouxtant la ferme… Or, loin d’être des croquants mal dégrossis, les Delval détiennent ce qu’ils appellent une « petite exploitation en milieu urbain ». Dans leur rue, s’étale une rangée de maisonnettes récentes en brique ou en béton propret, témoin de l’essor du marché immobilier local. En décembre, l’ancienne ville charbonnière a d’ailleurs été le théâtre d’une étrange affaire : un agriculteur qui voulait vendre ses terrains constructibles pour payer sa retraite protestait contre leur requalification en terres agricoles. En ces temps, pour la ville, de densification immobilière, le dernier rêve des écologistes qui consiste à installer partout des « élevages urbains » n’est donc pas près de se réaliser. Car malgré la popularité de nos amies les bêtes, les citadins n’ont pas envie d’aspirer à grandes goulées l’air fumeux d’une porcherie à chaque fois qu’ils ouvrent leurs fenêtres.

 À lire aussi: « Dans nos campagnes, des néoruraux multiplient les procès rageurs »

Bruno Le Maire, rantanplan devant les GAFA

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Bruno Le Maire le 21 janvier 2020 © Raphael Lafargue-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00941213_000032

Taxe GAFA. Quand Bruno Le Maire se couche devant Trump… et affirme qu’il se tient debout.


Il est comme ça le patron de Bercy car il sait que le ridicule ne tue plus en France.

Bombant le torse et montrant ses muscles, il roulait des mécaniques. On allait voir ce qu’on allait voir. La taxe Gafa, dont il est le père, ferait plier les géants du numérique américain. A genoux, ils viendraient humblement supplier d’obtenir des délais de paiements. Pourtant dans la Silicon Valley on ricanait doucement.

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Facebook, Google et autres ne montraient aucune inquiétude. Bruno Le Maire, à la façon d’un méchant bouledogue poussait d’énormes « wouaf », « wouaf », mais les Américains n’avaient aucun doute sur le fait que ces bruits destinés à les terroriser n’étaient pas autre chose que les pathétiques « kaï kaï » du chien froussard de Lucky Luke. Voilà qui est acté.

La France recule devant les Américains, la taxe GAFA finalement reportée jusqu’à la fin de l’année 2020

Le ministre de l’économie et des finances vient en effet d’annoncer depuis Davos qu’un « cadre commun global » sur cette épineuse question avait été trouvé avec les États-Unis. Une excellente nouvelle donc. Détaillons-là quand même.

Bruno Le Maire explique que la France « est prête à reporter le paiement des acomptes sur la taxe sur le digital ». Bravo ! En échange de quoi, toujours selon Le Maire, les Américains ont accepté de « suspendre leurs sanctions commerciales dans la durée durant laquelle la France reportera le paiement des acomptes ».

Macron et Trump se sont entendus

On relit et on se pince. Trump n’appliquera pas de sanctions commerciales contre une mesure qui n’est même pas appliquée. Génial non ? Bruno Le Maire, qui a quand même un sacré toupet, précise qu’ainsi « nous allons pouvoir travailler dans la sérénité ». Car une guerre commerciale « n’aurait fait que des perdants ». Trump perdant, Macron perdant… Quelle tristesse.

A écouter sur Sud Radio: Le regard libre d’Elisabeth Lévy

Le mérite de cette merveilleuse avancée revient selon Le Maire au président de la République qui a eu une « conversation décisive » avec le président des États-Unis. On peut en imaginer la teneur.

Trump : « Hello dear Emmanuel, tu arrêtes les enfantillages ? »

Macron : « Oui mais tu me promets de ne pas envoyer un vilain tweet disant que j’ai capitulé devant toi ? »

Le marché a été conclu à la plus grande satisfaction de Bruno Le Maire.

Juan Guaido à la conquête du vieux continent

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Juan Guaido à Davos le 23 janvier 2020. © Markus SCHREIBER/ AP/ SIPA

Juan Guaido était à Davos ce jeudi 23 janvier à l’occasion du Forum économique mondial (FEM). Après son entrevue avec Boris Johnson, l’opposant à Maduro poursuit donc sa tournée internationale, tout en bravant l’interdiction de sortie du territoire vénézuelien. Fera-t-il un détour par l’Élysée? Pourra-t-il rentrer dans son pays?


 

Bonne nouvelle pour les amateurs de feuilletons sans fin: la télénovela chaviste reprend!

Avouez que c’est plus excitant que les geigneries à répétition du duc Martinez et les remontrances de notre premier ministre: avec la grève RATP, c’est plus ou moins le même épisode qui nous est réchauffé tous les jours en près de deux mois. Dans le bouillonnement du Venezuela, les rebondissements s’enchaînent depuis déjà plus de vingt ans!

Nouvel épisode de cette interminable saga tragi-comique, la venue à Davos hier de l’élégant Juan Guaido. En ces temps de fraîcheur hivernale, quoi de mieux que cette brise du Nouveau monde?

Le président autoproclamé cherche le soutien de l’UE et des États-Unis

En début de semaine, le bruit courait que l’opposant préféré des dames souhaitait rencontrer à Davos un certain Donald Trump. Rappelons-nous qu’avant de s’embarquer dans ses aventures persanes, la bête noire des progressistes s’était mis en tête il y a un an de déloger le chavisme du Venezuela – cette vaste contrée où posa les pieds un certain Christophe Colomb avant de reprendre sa route vers Hispaniola…

A lire aussi: «Les gens ne sortent pas dans la rue au Venezuela parce qu’ils ont peur»

Devant son assemblée constituante toute soumise à sa cause, ce cabochard de Nicolas Maduro a ironisé: « l’Empire a échoué sur toute la ligne ». Si sa rhétorique tiers-mondiste n’est plus de première fraîcheur, difficile de lui donner tout à fait tort.

Autoproclamé président du Venezuela le 23 janvier 2019, Juan Guaido est tenu d’une sortie d’interdiction du territoire. Dans le très militaire laboratoire chaviste, comment a-t-il pu diable braver les obstacles? « En prenant beaucoup de risques », a simplement soufflé le vaillant Guaido aux journalistes venus s’enquérir. Sous la plume de Gérard de Villiers, son Altesse Sérénissime le prince Malko n’aurait pas dit mieux.

Un manque de crédibilité

« Dans quel pays au monde un gouvernement laisse-t-il un type se proclamer président et se balader tranquillement pour aller demander une intervention militaire ? », s’interroge de son côté un militant du Parti socialiste unifié dans les colonnes du Monde. Au paradis du chavisme, il semble justement que la corruption soit reine…

En février 2019, le sieur Guaido s’était fait remarquer en compagnie de deux paramilitaires du cartel colombien des « Rastrojos », une entreprise amazonienne consacrée aux extorsions, meurtres et trafics en tous genres. Si Guaido a assuré avoir ignoré le métier de ses deux passeurs, les photos ont terni son image auprès des partisans d’une paix colombienne.

Depuis la nébuleuse Bogota, Guaido et Mike Pompeo ont publiquement soupçonné le régime de Maduro de « soutenir le terrorisme » et d’héberger des militants du Hezbollah libanais. « Affabulateur », a tonné l’accusé depuis Caracas à destination du secrétaire d’État américain.

L’idylle Maduro-Trump

Quelques jours avant, le même Maduro d’habitude si fort en verve, suggérait dans une entrevue accordée au Washington Post, qu’il était envisageable de « créer un nouveau type de relation » avec les États-Unis. L’or noir dans le rôle du médiateur? Le commerce adoucit les mœurs, écrivit Montesquieu.

A lire aussi: Trump se défait de Bolton: et maintenant, que vais-je faire?

En attendant l’idylle, l’ancien fidèle de Trump, John Bolton, a repoussé les avances du héraut de l’inflation bolivarienne: « la seule négociation possible porterait sur ce que Nicolas Maduro aimerait manger dans l’avion qui l’emmènera à Cuba ou en Russie », s’est-il amusé sur son compte Twitter. Irréconciliables ou avides d’amour vache? Le futur nous le dira.

Le chantre d’un autre Venezuela a rencontré Boris Johnson mardi à Londres. Mercredi, il est arrivé au forum de Davos. Sur son compte Facebook, il s’est affiché tout souriant aux côtés de la chancelière Angela Merkel. Et maintenant? En début de semaine, il se murmurait qu’il irait à la rencontre d’Emmanuel Macron dans notre capitale. D’après nos confrères de RFI, il semble finalement qu’il opte pour le soleil d’Espagne. Dans la pure tradition d’un bon film d’espionnage, l’opposant fait planer le suspense jusqu’au bout.

Après sa pétillante tournée dans le vieux continent, Juan Guaido pourra-t-il rentrer chez lui? Le doute est semé. Si sa virée en Europe lui causait des problèmes, pourquoi ne pas lui accorder l’asile? Voilà qui aurait le don d’agacer notre chaviste nullement repenti, le camarade Jean-Luc Mélenchon. Un divertissement bienvenu en ces temps de conflit social au parfum morose. En attendant le prochain épisode de la saga vénézuélienne, tous les espoirs sont permis!

Pays hors-service

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Les auto-entrepreneurs auront-ils une retraite?

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Maire de Richelieu, Hervé Novelli (LR) a été secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie de 2007 à 2010. Il a créé le statut d'autoentrepreneur © Hannah ASSOULINE

L’ancien secrétaire d’État aux PME Hervé Novelli a créé le statut d’auto-entrepreneur. Dix ans après, il dresse un bilan globalement positif de l’uberisation de l’économie. Et annonce la fin du salariat.


 

Causeur. En tant que secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat, des PME et du Tourisme sous la présidence de Sarkozy, vous avez créé le statut d’autoentrepreneur. Cette mesure devait permettre aux Français de travailler plus pour gagner plus. Dix ans plus tard, quel bilan en dressez-vous ?

Hervé Novelli. Un bilan très positif. Aujourd’hui, il y a à peu près 1,4 million d’autoentrepreneurs en France ! Lorsque j’ai créé ce statut, j’entendais simplifier la création d’activité en supprimant les prélèvements avant les chiffres d’affaires et en recevant un numéro Siret trois jours après l’avoir déclarée. Et le succès de ce phénomène a été démultiplié par l’arrivée de la révolution numérique en 2009. Sont alors nées toutes les applications virtuelles mettant en relation des autoentrepreneurs ayant un service à offrir et des personnes qui en expriment le besoin.

La preuve que ce statut favorise l’économie, c’est que le gouvernement Hollande, faute de pouvoir supprimer la chose, a changé le mot. C’est devenu « microentrepreneur », admirez la trouvaille sémantique !

Même s’il n’a pas été remis en cause, le statut de microentrepreneur fait surtout le bonheur des plates-formes comme Uber, Airbnb ou Deliveroo. Leur émergence a transformé le marché du travail et les mécanismes de solidarité sociale. Cette mutation ne nuit-elle pas aux plus faibles ?

Le succès de l’autoentrepreneur révèle la crise du salariat. Or, le salariat a correspondu à une certaine période de l’état des forces productives : un contrat entre un patron et des salariés qui offraient leur force de travail quantifiable en heures fixes pour permettre la production de masse et l’industrie. En gros, Les Temps modernes de Chaplin. Tout au long du xxe siècle, on croyait que le salarié était l’horizon indépassable. Puis tout a subitement muté, passant d’une économie de production industrielle à une économie de services, accélérée par la révolution technologique. Le travail indépendant correspond mieux que le salariat à cette nouvelle époque.

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En a-t-on définitivement fini avec le salariat ?

Nous sommes dans une phase transitoire. Le salariat va devoir cohabiter avec le travail indépendant qui répond à l’aspiration à l’initiative individuelle. Pour de nombreux jeunes, le salariat n’est plus la panacée. Ils adorent travailler, puis s’arrêter deux ou trois mois, et reprendre. Du point de vue des entreprises, à l’ère de l’uberisation, le microentrepreneur répond mieux à la demande de services que le CDI et même le CDD : vous le payez, il paie ses charges et le travail est fait.

Avec les applications, vous pouvez travailler d’où vous voulez, et quand vous voulez, même la nuit. 25 % des salariés français sont déjà en télétravail. C’est dire la vitesse avec laquelle les entreprises s’adaptent. De mon point de vue, le stade ultime de l’entreprise est une plate-forme : en lieu et place du modèle vertical avec un patron en haut et des salariés en bas, un nouveau modèle horizontal met en relation des indépendants qui apportent leurs prestations à l’entreprise en réseau ou par internet.

Portées par ces technologies, les microentreprises ont-elles trouvé leur place sur notre marché du travail, au cadre légal réputé rigide ?

Pas entièrement. L’état actuel du marché du travail révèle un hiatus entre l’évolution de notre société et les formes contractuelles dans lesquelles l’activité s’incarne. Aujourd’hui, 80 % des entrants sur le marché du travail ont des CDD, alors que 80 % des salariés sont en CDI. On est au début de la plate-formisation de l’économie.

Cet essor pose plusieurs questions. L’un des avantages du salariat, c’est qu’il permet de traiter les problèmes de l’assurance maladie, des vacances, de la retraite, etc. Quelle protection sociale assurer aux microentrepreneurs ?

C’est un problème majeur. On est au début de l’ère du travail indépendant, une phase un peu similaire aux cadences infernales qu’ont connues les salariés au début du xxe siècle. Il faut donc organiser la protection sociale de l’indépendant. Sur le modèle canadien, notre protection sociale devrait s’ouvrir aux indépendants pour les assurances maladie, les congés maternité (de douze mois pour une travailleuse indépendante au Canada !), voire la retraite. Reste le sujet épineux du chômage. Un indépendant doit s’assurer pour continuer à toucher un revenu dans les périodes où il n’a plus de client ni d’activité. Faut-il faire contribuer les plates-formes ? Développer les assurances personnelles ? Il y a tout un travail de recherche à faire en la matière pour ne pas faire de la protection sociale de l’indépendant un décalque de celle du salarié. Marx disait : « Les infrastructures commandent aux superstructures. » Cela signifie que l’état des forces productives génère les superstructures, c’est-à-dire les cadres légaux. Or, notre état des forces productives a profondément muté, on n’est plus dans la relation salariat-patron telle que l’avait codifiée le Conseil national de la Résistance.

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Certes, mais depuis les Trente Glorieuses, les nations occidentales s’appuient sur des classes moyennes relativement prospères et stables. L’uberisation ne menace-t-elle pas l’équilibre de nos sociétés ?

Ce ne sont pas les autoentrepreneurs qui ont détruit les classes moyennes, mais l’incapacité de celles-ci à assurer un avenir à leurs enfants. Je suis très fier d’avoir créé des dizaines de milliers d’emplois non salariés dans les banlieues grâce aux VTC. L’indépendance a offert la possibilité à des jeunes, même au prix de souffrances et de difficultés, de s’élever dans la hiérarchie sociale alors qu’ils n’avaient aucun autre revenu que l’assistance ou le deal.

Plus globalement, dans la société de demain, le risque sera un peu plus présent, les notions d’indépendance et d’initiative occuperont une place plus forte.

Mon défi est de créer un cadre légal pour que cette société du risque qu’on décrit volontiers comme la société des nouveaux prolétaires, soit aussi celle du redémarrage de l’ascenseur social.

Par quels moyens ?

D’abord, il faut organiser le dialogue entre les travailleurs des plates-formes et les plates-formes. Un syndicat professionnel des plates-formes numériques va bientôt apparaître, car elles ont un besoin vital de se regrouper. Les plates-formes doivent signer une charte de bonne conduite, qui permette aux bonnes plates-formes de chasser les mauvaises si nécessaire. C’est un point crucial pour humaniser et rationaliser l’utilisation par les plates-formes des travailleurs indépendants. Dans le même temps, il faut que les organisations d’autoentrepreneurs se développent pour nouer le dialogue social. Tout ceci est prévu dans la future loi mobilités.

Censure: la loi Avia ou comment contourner le judiciaire

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Laetitia Avia et Mounir Mahjoubi (LREM) à l'Assemblée Nationale le 19 novembre 2019. © Stephane ALLAMAN/ SIPA

Pourtant torpillé par la commission européenne, très justement annulé par le Sénat, le dispositif phare de la loi Avia a été réintroduit par la commission des Lois de l’Assemblée nationale et a été adopté ce mercredi par les députés en deuxième lecture.


 

L’échec d’une commission mixte paritaire destinée à mettre les deux chambres d’accord sur un même texte, le 8 janvier dernier, a ouvert la voie à la commission des Lois de l’Assemblée nationale et à la réintroduction d’un dispositif liberticide, à savoir la création d’un délit sur mesure pour les plateformes internet (Facebook, Google etc.) en cas de non-retrait de contenus considérés comme étant « manifestement illicites » et signalés comme tels.

La commission des lois de l’Assemblée nationale a de nouveau ouvert la boîte de Pandore au motif que « les magistrats ne pourront pas examiner a priori tous les contenus qui déferlent sur la toile du fait de leur viralité » et donc qu’il faut « rétablir l’idée de supprimer au plus vite les contenus haineux sans attendre le juge ».

On ne pouvait être plus clair, le législateur nous indique sans ambiguïté que c’est l’autorité judiciaire (rappelons que dans une démocratie digne de ce nom, c’est elle qui est gardienne des libertés) qu’il convient de contourner. Plus de pouvoirs aux plateformes et toujours moins à la Justice. Voici le cœur de la loi Avia.

Si la rapporteure du texte avait promis une rédaction allégée, une définition revue des contenus haineux, une référence précise aux infractions, une prise en compte des moteurs de recherche ou encore une précision du caractère intentionnel du délit, il n’en demeure pas moins que le texte qui s’apprête à être voté conserve son architecture d’ensemble et ses deux vices originels.

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Un objectif louable, une définition imprécise

Destinée, selon son exposé des motifs, à mettre un terme à des propos rappelant « les heures les plus sombres de notre histoire » (mais de quelles heures exactement, la Saint Barthélémy, Waterloo ?), le texte n’apporte aucune précision relative aux contenus précisément visés.

Interviewée par BFM Business, Laetitia Avia se complaisait une fois encore à réciter la litanie des mots en phobe et à rappeler qu’il fallait lutter contre les injures à l’endroit de la race. C’était bien la peine de nous avoir pourtant rebattu les oreilles sur le fait que les races n’existaient pas et qu’il fallait les retirer de notre droit…

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La rapporteure du texte rappelle que ce qui est visé, c’est le champ de la dignité humaine. Objectif louable, mais définition imprécise. Pour la petite histoire, rappelons que, dans une affaire relative à un lancer de nain, le Conseil d’Etat avait posé ce principe de dignité humaine dans un arrêt célèbre de 1995, connu de tous les étudiants en droit, en donnant aux autorités de police une base légale pour interdire tout spectacle portant atteinte à la dignité humaine.

25 ans plus tard, on peut vraiment douter de l’efficacité en droit d’un tel principe. Personne ne peut affirmer que le nombre et la fréquence des distractions douteuses a vraiment disparu et, comme le soulignait très justement le regretté Guy Carcassonne en 2013, « le principe de dignité de la personne humaine inquiète plus qu’il ne sauvegarde ».

Mobiliser un tel principe, c’est nécessairement confier à celui qui en a la charge de se livrer à une interprétation particulièrement subjective des propos qui lui sont soumis et de donner à la proposition de loi un champ d’application particulièrement fluctuant.

On pourra également s’étonner que le texte se borne à se limiter au champ de ce qui est convenu d’appeler le « politiquement correct », c’est-à-dire aux propos visant des groupes prétendument minoritaires, alors que le bien commun (la France, la République, la justice, la démocratie) ne figure pas dans le champ d’application du texte.

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Une mise en œuvre douteuse et aléatoire

C’est donc clairement aux plateformes qu’il conviendra de procéder à l’interprétation des contenus et à déterminer s’ils s’avèrent ou non être une infraction. C’est donc à des opérateurs privés, soumis à des intérêts privés, qu’il conviendra d’appliquer la loi française. Curieuse conception de la démocratie que nous offre la loi Avia.

Un délit sur mesure a spécialement été créé pour eux en cas de non retrait dans les 24 heures du signalement.

Pour tenir un délai aussi bref avec un champ d’application aussi flou, les plateformes n’auront d’autre possibilité que de mettre en œuvre des méthodes de filtrage automatique des contenus et de privilégier, en cas de doute, la censure à l’expression. Autrement dit, le doute bénéficiera à l’accusation.

Lorsque l’on est opposant à ce texte, on ne peut que regretter d’être systématiquement renvoyé aux « heures les plus sombres de notre histoire » et que les années 30 soient encore et toujours convoquées dans le débat par les défenseurs du texte qui s’autoproclament résistants face à un péril fasciste imaginaire.

Le Conseil national des barreaux, le Conseil national du numérique, la Fondation Internet Nouvelle Génération, Internet sans frontières, la Quadrature du Net, la ligue des droits de l’Homme ou encore le syndicat des avocats de France (on ne peut pas les suspecter d’être des méchants d’extrême droite) ont adressé une lettre ouverte à la Garde des Sceaux faisant unanimement part de la dérive prise par la proposition de loi Avia et des risques graves qu’elle fait peser sur la liberté d’expression.

On pourra regretter fortement que les soutiens du texte persistent à entretenir un amalgame entre la nécessité du texte et sa proportionnalité. Il est sans doute nécessaire de lutter contre la haine, la méthode proposée n’est en revanche absolument pas proportionnée.

La loi Avia n’est rien d’autre qu’une loi liberticide, dogmatique, portée au mieux par idéologie, au pire par clientélisme.

Charlie, c’est fini?

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Marche républicaine du 11 janvier 2015 à Paris. © Patrick KOVARIK/ AFP

Au lendemain des attentats, tout le monde était Charlie. Cinq ans plus tard, le séparatisme islamiste progresse au même rythme que le déni. Si l’État marque des points sur le plan sécuritaire, la société est en train de perdre le combat culturel contre l’islamisation. Faute de l’avoir mené.


 

Dans les rues de nos villes, il y avait des bougies et des fleurs, des visages graves et de la colère silencieuse. Aucun de nous n’a oublié cette soirée du 7 janvier 2015. Rien ne sera plus comme avant, pensait-on, rien ne doit plus être comme avant. Cinq ans ont passé et bien sûr, tout est presque comme avant. Voire pire. Le 7 janvier, nous étions en position de combat sécuritaire, idéologique et même spirituel. Nous avons vite oublié les belles promesses que nous nous étions faites.

Le 11 janvier, tout le monde était Charlie. Et flic. Et juif. S’agissant des flics et des juifs, on sait ce qu’il en est advenu. La haine de la police est un lieu commun, voire un devoir civique. Et il semble que les objurgations gouvernementales n’aient pas plus fait régresser l’antisémitisme que les sommations du petit bonhomme de Sempé (« Couché ! ») ne font reculer l’océan.

Cinq ans après, la France est démobilisée (…). Emmanuel Macron est très fort pour les grands discours, notamment devant des cercueils. Dans ces occasions solennelles, il ne mégote pas sur l’emphase et le lyrisme et on se prend à croire qu’il a compris la gravité de la situation. Et puis il ne se passe rien.

Quant à l’esprit Charlie, il n’est plus qu’une ritournelle que l’on entonne pour les commémorations. Alors que vous lisez ces lignes, il est probable que, conformément au pronostic de Mathieu Bock-Côté, ce cinquième anniversaire est l’occasion des proclamations et sermons d’usage, avec en prime l’emphase adaptée aux chiffres ronds. Nous ne céderons pas. Les valeurs de la République. Tu parles Charles. On ne marche plus.

Tous juraient qu’ils mourraient pour la liberté d’expression

La France a été Charlie entre le 7 et le 15 janvier 2015. C’était déjà largement une illusion. C’est l’émotion qui constituait le ciment de l’union nationale proclamée. Or, l’émotion flatte notre désir de fusion et d’effusion, surtout face au danger, mais elle n’est pas une politique. Dans Une minute quarante-neuf secondes, paru à l’automne dernier, Riss livre un souvenir plus acide du climat de l’époque : « Terrorisme, fanatisme religieux, intolérance primitive. Nos tourments personnels auraient dû avoir l’élégance de s’effacer derrière la nécessité impérieuse de lutter pour des valeurs communes. Mais l’obscénité de notre époque, l’égocentrisme infantile érigé en valeur moderne d’épanouissement ont libéré des flots de narcissisme victimaire aussi déplacé que morbide. Seules la charité et la compassion ont été autorisées. Il ne fallait pas se révolter, ne pas désigner de responsables, ni tendre le doigt en direction des lâches et des coupables. Et encore moins dénoncer le prosélytisme des croyances archaïques, de concepts réactionnaires, afin de ne pas heurter ceux qui les pratiquent et veulent les propager pour se sentir moins seuls. »

Politiques, journalistes, commentateurs : tous juraient, stylo au poing, qu’ils mourraient pour la liberté d’expression, la laïcité et la minijupe. Le droit à la critique, à la caricature et même au franc déconnage, en particulier sur les religions et en particulier sur une (celle qui justement ne veut pas être critiquée), était inaliénable et sacré. L’humour serait notre code. Les plus candides semblaient dessillés au point qu’il était permis d’aborder les sujets qui fâchent comme l’antisémitisme répandu dans nos banlieues ou la sécession sourde à l’œuvre dans une partie croissante de notre jeunesse musulmane.

Il a suffi de quelques jours, semaines ou mois, selon les individus, pour que de valeureux combattants de la liberté se muent en vierges effarouchées soucieuses de ne froisser personne et de ne pas sembler fermées à l’Autre. Alors que François Hollande avait du mal à s’arracher le mot « islamiste », Manuel Valls, après un discours aux accents churchilliens, parlait le 20 janvier d’un « apartheid social, territorial, ethnique » dans nos banlieues. Bien entendu, le Premier ministre ne désignait pas l’apartheid volontaire instauré par la halallisation des esprits. Les médias se sont jetés sur ce propos pour en rajouter dans l’excusisme. Tout était de notre faute. Ils avaient des raisons d’avoir la haine.

Le parti de l’opinion éclairée étouffe l’affaire

L’attentat de 2015, comme tous ceux qui ont suivi, a produit un bref éclair de vérité. Une fenêtre s’ouvrait sur le réel. De fait, nous étions aux premières loges pour observer les fractures françaises. À chaque fois, notre humeur collective a suivi la même pente qui va de la lucidité au déni. Au début, nous voulions savoir, regarder en face ce qui nous arrivait. Les journaux enquêtaient, les éditorialistes s’engueulaient, les penseurs pensaient – certains en tout cas. Les chercheurs cherchaient et même trouvaient. Les enquêtes de l’Institut Montaigne et du CNRS, les études menées par Kepel, Fourquet et d’autres ont dessiné un tableau de plus en plus précis de la situation. Et plus il était précis, plus il semblait effrayant, voire insoluble.

Seulement, on commence par voir et on finit par stigmatiser. À chaque fois, le parti de l’opinion éclairée, comme dit Finkielkraut, habillant son impuissance en générosité et sa peur en lucidité, s’est employé avec force à fermer la fenêtre entrebâillée et à enfouir le réel sous les slogans, tel le fameux « pas d’amalgame » qui, comme « vivre-ensemble » fait rigoler tout le monde.

On n’en finirait pas de recenser les innombrables lâchetés, retournements de veste, bottages en touche qui ont, au cours de ces cinq ans, pavé la voie de la soumission. Quelques exemples choisis au hasard de la mémoire et de Google. Avec une mention spéciale pour un François Hollande déclarant le jour que les territoires perdus n’existent pas et parlant la nuit de partition aux journalistes du Monde.

Manuel Valls, 14 janvier 2015 © Patrick KOVARIK/ AFP
Manuel Valls, 14 janvier 2015
© Patrick KOVARIK/ AFP

Le 7 janvier 2016, dans l’édito du numéro anniversaire, Riss s’en prend aux « fanatiques abrutis par le Coran » et aux « culs-bénits venus d’autres religions » qui avaient souhaité la mort du journal pour avoir « osé rire du religieux ». En réponse, un certain Michel Fize, sociologue de son état, se pince le nez dans Le Monde : « Quelle mouche a donc piqué M. Riss pour repartir en croisade ? » se demande-t-il. C’est vrai, ce gars est trop susceptible, on se demande pourquoi. Toute honte bue, l’auteur se rengorge d’être si bon en ce miroir : « J’ai une trop noble conception de la liberté d’expression, droit fondamental des hommes, pour accepter qu’elle soit ainsi, jour après jour, dévoyée » – comprenez dévoyée par ceux qui ont failli mourir et vu tomber leurs amis pour elle. Notre spécialiste en élégance morale livre finalement le fond de sa pensée : « Le vivre ensemble suppose, impose même, le respect inconditionnel d’autrui, de ses croyances. » Sauf que le respect d’autrui et celui de ses croyances ne sont pas du tout la même chose. Dans la laïcité à la française, le respect d’autrui va de pair avec le droit de se moquer de ses croyances ou de ses idées.

Une grande partie de la société, en tout cas, de ceux qui la gouvernent culturellement, s’est en réalité ralliée à l’opinion de ce triste Fize. Comme l’observe Richard Malka, l’avocat de Charlie – et de la liberté d’expression –, nous vivons sous « la tyrannie des minorités ». Tyrannie animée bien sûr d’excellentes intentions. Cependant, si elle devait triompher, ajoute Malka, « cela se terminerait en livres brûlés et en camps de rééducation ». Pour ne pas blesser le musulman du coin de la rue (et on comprend que ce soit difficile pour lui), il faut interdire de voir et de dire qu’il existe un lien entre islam et islamisme, ainsi qu’entre islamisme et terrorisme. Cela ne signifie évidemment pas que tous les musulmans soient des islamistes, ni que tous les islamistes soient des terroristes, mais que l’islamisme est issu de l’islam et le terrorisme de l’islamisme. Du reste, dans la réalité concrète, islam et islamisme vivent souvent côte à côte au point que la frontière est difficile à tracer avec netteté.

La force d’attraction islamiste menace l’existence même de la nation

Seulement, depuis cinq ans, de bruyants « pas d’amalgame ! » et autres accusations d’islamophobie font office de revolver braqué sur la tempe de ceux qui osent évoquer ce continuum et critiquer la religion de paix et d’amour. C’est ainsi qu’en mai 2017, la Ligue des droits de l’homme et Mohamed Sifaoui (qui semble depuis être revenu à la raison) se tenaient aux côtés du CCIF dans le procès que celui-ci intentait à l’historien Georges Bensoussan pour des propos sur l’antisémitisme répandu dans beaucoup de familles musulmanes. Bensoussan a été relaxé, en première instance et en appel, tout comme Pascal Bruckner, Mohamed Louizi et Judith Weintraub. « La Justice tient bon, se félicite Malka. Mais la Justice finit toujours par s’aligner sur la société. » De sorte qu’on pourrait voir un jour le délit de blasphème ou celui d’islamophobie faire leur entrée dans le Code pénal.

La force d’attraction islamiste menace l’existence même de la nation

Burkini, accompagnatrices voilées, séparatisme alimentaire à l’école publique : à chaque fois que des islamistes testent notre détermination, ils trouvent des flopées de belles âmes pour couvrir leurs manigances et tenter de faire taire leurs adversaires dénoncés comme islamophobes, donc racistes. Cette manœuvre d’enfumage a connu son apothéose le 10 novembre dernier, quand l’ancien républicain laïque Jean-Luc Mélenchon a battu le pavé avec le CCIF et autres représentants de l’islam radical, autrement dit avec des ennemis affichés de la République. Les deux blessés de la mosquée de Bayonne, pour lesquels la France entière s’est légitimement émue, ont été promptement instrumentalisés par tous ceux qui voulaient oublier les morts de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher, du Bataclan, de Nice, Montrouge, Saint-Étienne-du-Rouvray, Strasbourg, Lyon.

Résultat : l’ensemble des faiseurs d’opinion approuve la lutte antiterroriste et réclame même son renforcement, mais détourne pudiquement le regard quand elle n’exige pas qu’on fasse silence dès qu’il est question d’idéologie islamiste et de séparatisme. Le Monde annonçait récemment en une un sujet sur la lutte contre l’« islamisme » avec des guillemets, signifiant ainsi à ses lecteurs que la réalité de celui-ci serait sujette à caution (un fantasme raciste, vous dit-on). Or, non seulement celui-ci est le terreau où se fabrique la violence, mais il constitue un défi peut-être plus vital encore qu’elle. Le terrorisme a tué des centaines de nos concitoyens, plongeant autant de familles dans la tragédie. Il instille la peur dans le débat public, conduisant nombre d’entre nous à euphémiser leurs propos et peut-être leur pensée. Cependant, comme l’observait Élisabeth Badinter, la force d’attraction islamiste a, elle, abouti à créer un deuxième peuple. Elle menace donc l’existence même de la nation française – et peut-être un jour la paix civile : Daoud Boughezala a pu le constater à Lunel, aujourd’hui, ces deux peuples coexistent sans se mélanger. Tous les connaisseurs de la situation, notamment sécuritaire, dans nos banlieues craignent, à l’instar de Gérard Collomb, que le « côte-à-côte » ne se transforme en face-à-face. Sans doute sont-ils tous islamophobes.

Autant dire qu’en cinq ans, nous avons reculé ou au mieux stagné sur tous les fronts. C’est encore au plan sécuritaire que l’État se montre le plus efficace. Cependant, tout en reconnaissant les efforts consentis et les résultats obtenus avec un grand nombre d’attentats déjoués, Thibault de Montbrial s’étonne de nos priorités : « 60 % des dépenses du PIB sont orientées sur le social et seulement 6 % sur le régalien. Alors que la France est soumise à une tension inédite, que nos forces de sécurité sont exsangues, nos prisons surpeuplées, et que la délinquance violente explose, c’est une aberration. » Également soumise à la disette budgétaire la Justice est incapable d’assurer correctement le traitement et le suivi des détenus radicalisés, et ne parlons pas de ceux qui sont libérés. Ceci expliquant en partie cela, l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic observe que « les jugements rendus sur la dernière vague de djihadistes témoignent d’un certain laxisme ».

Des différences culturelles solubles dans la croissance?

Quant au combat politique et culturel, le plus déterminant peut-être, nous sommes certains de le perdre puisque nous ne le menons pas. Emmanuel Macron est très fort pour les grands discours, notamment devant des cercueils. Dans ces occasions solennelles, il ne mégote pas sur l’emphase et le lyrisme et on se prend à croire qu’il a compris la gravité de la situation. Et puis il ne se passe rien. On promet des investissements, on crée un bureau national contre la haine. Dans le fond, nos gouvernants sont toujours aveuglés par ce que le sociologue Hugues Lagrange appelait, en 2010, le « déni des cultures ». En bons progressistes, le président et le Premier ministre croient ou feignent de croire que les différences culturelles sont solubles dans la croissance (qui d’ailleurs ne vient pas). Ainsi, l’ex-haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye proposait-il de compenser notre démographie chancelante par l’importation de 50 millions d’immigrés, comme s’il s’agissait simplement de bras. Le reportage d’Anne-Sophie Nogaret sur la séparation des sexes en Seine-Saint-Denis montre que, pendant ce temps, des mœurs étrangères aux traditions françaises s’installent en France. Le changement arrive, il faut vous y faire, dirait l’impayable Léonora Miano, apôtre enthousiaste du « Grand Remplacement ».

La France, il est vrai, a bien d’autres soucis que la liberté d’expression et l’islam politique : les enfants à élever, les fins de mois à boucler, les retraites à assurer. Angoissé par le présent, effrayé par l’avenir, le peuple français demande protection. Cette réclamation est légitime. Mais il semble que l’obsession de la sécurité nous ait fait oublier la liberté. C’est peut-être là que se trouve la source profonde du mal français. Nous n’aimons plus la liberté. Et on dirait qu’elle nous le rend bien.

Terreur dans l'Hexagone: Genèse du djihad français

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Une minute quarante-neuf secondes

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Le Déni des cultures

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Le Chirac Tour continue!

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Le président Macron visite Jérusalem, le 22 janvier 2020 © Eliot Blondet/Pool/SIPA Numéro de reportage: 00941388_000012

À Jérusalem, agacé par les agents de sécurité israéliens, Macron nous a fait une Chirac! Et si le Chirac Tour ne faisait que commencer?


Notre président a fait des siennes à Jérusalem. Hier, la vidéo de son altercation avec la police israélienne a connu le bruit médiatique qu’il espérait sans doute. L’acteur Emmanuel Macron, celui qui est né au lycée de la Providence à Amiens, au contact d’un professeur auquel il demeure très attaché, a réalisé une imitation de Jacques Chirac que nous qualifierons de belle facture. Sa pratique de la langue de Shakespeare, d’habitude si élégante, s’est muée en un anglais qui rappelait en effet celui de son lointain prédécesseur, mais aussi celui, encore plus drôle, de Jacques Delors. Certains ont moqué le manque de spontanéité. Telle n’est pas notre intention. Nous ne participerons pas ce concert de lèse-majesté.

Au contraire, nous souhaitons même encourager cette louable intention et lui prodiguer des conseils, en l’occurrence un agenda précis et les paroles à prononcer afin de réaliser le Chirac Tour que toute la France attend.

Jeudi 23 janvier – Aller au concert de Madonna. Prévoir que cette dernière lui jette sa culotte.

Vendredi 24 janvier – Orléans – « Hier je me promenais avec Édouard Philippe à La Goutte d’or. Imaginez ce travailleur français qui vit à la Goutte d’or. Et qui a sur son palier une famille avec le père avec trois ou quatre femmes et une quinzaine de gosses, qui touche 20000 euros d’allocs sans naturellement travailler. Si on rajoute le bruit et l’odeur, le travailleur français, il devient fou. Il devient fou ! »

A lire aussi: Chirac: pourquoi la France sanctifie le plus nul de ses présidents

Mercredi 29 janvier – Parlement européen – « Tout nous conduit à penser que, derrière le masque des mots et le jargon des technocrates, on prépare l’inféodation de la France, on consent à l’idée de son abaissement. […] Comme toujours quand il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas. C’est l’engourdissement qui précède la paix de la mort ».

Jeudi 6 février – Élysée, discours aux forces vives – « Et je voudrais saluer Stanislas Guerini, qui est probablement le meilleur d’entre nous ».

Mardi 11 février – Tarmac de l’aéroport du Bourget, au pied de l’avion présidentiel – Prière adressée à genoux à l’adresse de Sainte Greta Thunberg – « Notre maison brûle. Et, nous regardons ailleurs ».

Samedi 22 février – Discours d’inauguration du salon de l’agriculture –  « J’aime les pommes. Chez moi en Picardie, on a des pommes avec lesquelles on fait un petit cidre sans prétention, mais que j’aime bien ».

Dimanche 8 mars – Discours prononcé à l’occasion de la Journée internationale du droit des femmes – « Pour moi la femme idéale c’est la femme picarde, celle de l’ancien temps, dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s’assied jamais avec eux et ne parle pas ».

Mardi 21 avril – Message télévisé aux Français – Élysée – « Après consultation du premier ministre et des présidents des deux assemblées, j’ai décidé de dissoudre l’Assemblée nationale ».

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Fin de la plaisanterie.

Dans les années soixante-dix, Pierre Tchernia réalisait un film inoubliable, écrit par Jean Poiret, La gueule de l’autre. Martial Perrin, joué par Michel Serrault, et qui avait des mimiques qui rappelaient celles de Jacques Chirac, craignait la vengeance d’un tueur et se faisait remplacer par son cousin Gilbert Brossard, joué par le même Serrault, comédien raté qui jouait dans des publicités pour déodorant. A la fin du film, il était opposé à un personnage joué par Roger Carel dans un débat et prononçait ces mots : « Vous trouvez que je ne suis pas un bon comédien ? ».

À Jérusalem, il y avait davantage de Gilbert Brossard que de Jacques Chirac, dans Emmanuel Macron !

Leurs guerres perdues

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Macron, où est ta victoire ?

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Emmanuel Macron à Pau le 14 janvier 2020 © Thibaud Moritz-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00940108_000008

Emmanuel Macron gouverne en oubliant qu’il a été fort mal élu. Ce péché originel de 2017 permet de comprendre les clivages qui persistent dans la société française, illustrés par le mouvement des gilets jaunes ou la contestation de la réforme des retraites.


Il apparaît de plus en plus manifeste que Macron fait vivre la France dans un état de crise sociale permanente. Le candidat qui avait été élu comme un homme nouveau qui allait moderniser le pays se retrouve, littéralement, en état de siège. Après les gilets jaunes, la grève contre la réforme des retraites. Et après cette grève dans sa forme aiguë, la persistance du refus dans une guérilla à bas bruit.

La CFDT à la botte de Macron

Macron n’a rien lâché mais en face non plus on ne lâche rien. Il veut aller au théâtre, il faut l’exfiltrer. Il reçoit les grands patrons à Versailles, il y a un comité d’accueil. Il a un syndicat à sa botte, la CFDT, dont les économistes Jean Pisani-Ferry et Philippe Aghion sont des anciens conseillers à lui, et ce syndicat est lâché par sa base et voit ses locaux vandalisés.

La protestation va continuer, protéiforme, sporadique, violente. Les Français ne veulent pas être mis aux normes d’une mondialisation libérale comme on met aux normes une maison qu’on veut vendre

On ne compte plus les ministres ou les présidents d’université qui annulent leur cérémonie de vœux. Ici Blanquer est hué en visite au rectorat de Caen [une source a depuis signalé que le ministre n’était en fait pas présent NDLR] ; là, Marlène Schiappa est obligé de quitter le bistrot parisien où elle tenait une réunion électorale. Quand ce n’est pas un port bloqué, c’est une raffinerie, quand ce n’est pas une raffinerie, c’est un tribunal, quand ce n’est pas un tribunal, c’est un lycée, quand ce n’est pas un lycée, c’est un hôpital et quand ce n’est pas un hôpital, c’est à nouveau un dépôt de la RATP. Des coupures d’électricité se multiplient, on y répond par des poursuites judiciaires de syndicalistes et on a la surprise de voir s’opposer à cette répression… une députée LREM, Yaël Braun-Pivet, présidente LREM de la commission des Lois qui déclare : « Je ne crois pas qu’il faille les poursuivre. Ces modes d’action violente à mon sens sont contreproductifs car ils gênent considérablement la population et sont peut-être beaucoup trop forts dans leur expression. Maintenant, on ne peut pas ne pas entendre et faire la sourde oreille aux revendications de cette partie de la population. Il faut faire avec, parce que c’est l’état de la contestation aujourd’hui. »

A regarder sur REACnROLL: Retraites: pourquoi pas un référendum?

C’est dire à quel point, au sein même de la majorité, il y a des doutes à l’heure où Grivaux, candidat macroniste à la mairie de Paris, ne cesse de baisser dans les sondages malgré des ralliements aussi opportunistes qu’inefficaces. Puisqu’on parle de sondages, on a beau les tordre dans tous les sens, on en est toujours à plus de 60% des Français qui veulent le retrait de la réforme.

Situations indignes

C’est peu de dire qu’il ne reste, entre lui et la rue, que les forces de polices transformées en garde prétorienne. Le changement de doctrine du maintien de l’ordre contre les gilets jaunes, ordonné par le pouvoir un certain 8 décembre 2018, comme l’a raconté le Monde, a multiplié les violences policières sur les manifestants qui commencent à inquiéter jusqu’à Castaner lui-même, âne de Buridan de la place Beauvau qui oscille entre la condamnation d’actes inacceptables et la peur de vexer sa police, une police qui n’arrive pas à souffler depuis plus de deux ans et visiblement perd. On en arrive à des situations ubuesques qui feraient rire si elles n’étaient indignes d’une démocratie: un manifestant en sang continue d’être frappé à terre et ce sont les policiers qui portent plainte à cause d’une supposée séropositivité. Et ne parlons pas de la mort par écrasement du larynx d’un livreur, Cédric Chouviat, début janvier, lors d’une interpellation.

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Le conflit social sur les retraites n’est pas vraiment fini

Ce à quoi nous assistons, c’est à ce qu’on appelle un conflit asymétrique. On peut toujours faire mine d’avoir écouté les gilets jaunes et de leur avoir lâché quelques milliards, ils sont encore là. On peut toujours décréter que le mouvement social contre la réforme des retraites est fini, parce que Laurent Berger a applaudi le faux retrait de l’âge pivot – dans une grande solitude ridicule – et que les trains roulent à nouveau parce que les grévistes sont épuisés financièrement. Reste que la guerre d’usure continue.

Et elle va continuer, protéiforme, sporadique, violente. Les Français sont comme ça : ils ne veulent pas être mis aux normes d’une mondialisation libérale comme on met aux normes une maison qu’on veut vendre. Il serait plus que temps que Macron comprenne son péché originel qui est aussi un péché d’orgueil : il n’a pas été élu en 2017 pour son programme mais il a été élu contre Marine Le Pen. Et qu’il gouverne en conséquence, faute de pouvoir gouverner avant de lui laisser la place la prochaine fois, à elle ou à un autre.

Bloc contre bloc - La dynamique du Macronisme

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La force cachée des mobilisations

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Manifestation 17 janvier 2020 à Rennes contre la Réforme des retraites. © Mathieu PATTIER/ SIPA


Jérôme Leroy a fait il y a peu un joli papier dans Causeur intitulé « Quel poème as-tu lu ce matin ? ». Il me semble intéressant de revenir ici sur ses propos car ils éclairent, me semble-t-il, de façon tout à fait intéressante un des ressorts de la contestation actuelle.


Jérôme Leroy, manifestant lui-même, le dit explicitement : derrière les raisons connues de toutes ces manifestations, il y a dans l’esprit de beaucoup des raisons latentes et plus profondes : « le monde que nous désirons tous dans ces manifs qui vont bien au-delà de leur protestation ponctuelle… ».

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Cela n’est pas vraiment une découverte car la dimension émotive, humaine, voire existentielle est sans doute plus importante dans l’envie de manifester et de se battre qu’un simple désaccord sur des histoires de points de retraite. Les problèmes « ponctuels », conjoncturels de décision politiques, fiscales ou sociales ne sont jamais que des déclencheurs qui libèrent des frustrations et des désirs plus profonds.

Le temps de la révolte

Parmi ceux-ci, Jérome Leroy insiste à juste titre sur la dimension du temps. Le temps qui manque nécessairement aux travailleurs, aux salariés comme aux entrepreneurs, pour voir le temps passer, pour apprécier la beauté du monde et des êtres, pour vivre plus pleinement et mieux en accord avec soi, avec les autres, avec le monde et la nature.

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Tout ceci n’est pas nouveau, c’était déjà une de nos obsessions en mai 68, et cela a d’ailleurs fait émerger des concepts comme la « qualité de la vie », et même la création sous Mitterrand d’un « ministère du temps libre ». Marx déjà posait comme idéal de vie de pouvoir être « pêcheur le matin, chasseur l’après-midi, philosophe le soir… ». Comment ne pas partager, ou en tout cas comprendre, de telles aspirations ?

Jérôme Leroy naïf?

Pourtant il y a quelque chose qui cloche dans tout cela. C’est la façon qui me semble un peu légère de nommer ce qui s’oppose à ce bonheur désiré, et du même coup de suggérer un moyen pour l’obtenir. Car il semble bien que le malaise existentiel, le mal vivre des hommes, viennent d’une cause simple : « le capitalisme nous vole le temps, un système économique aberrant nous pourrit la vie ». Cela n’est pas plus compliqué : supprimez le capitalisme, changez le système économique et vous trouverez le bonheur, la sérénité, la joie de vivre et la beauté du monde.

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Cette utopie qui, me semble-t-il, est d’une grande naïveté, est aussi d’une grande force mobilisatrice. Toutes ces manifestations, ces mobilisations puisent en réalité leur énergie dans ce désir vital et tellement humain du bonheur. Ces foules qui protestent, reflètent l’image d’une France malheureuse et dépressive, peut-être surtout parce qu’elle n’a plus ni cohésion ni projet fédérateur.