Les enfants nés d’une PMA étant le fruit d’un concept technologique, de quelle liberté disposeront-ils réellement le jour où les parents pourront les choisir à la carte?


Le 30 Novembre et le 1er Décembre, les associations anti-PMA pour toutes organisent un nouveau week-end de mobilisation. A cette occasion, il est utile de rappeler que la conception naturelle, « bio » est le seul processus qui garantit véritablement la liberté des enfants.

Dans un précédent article, j’avais essayé d’expliquer qu’il y a, dans le projet de loi de la « PMA pour toutes », quelque chose de plus dangereux encore que la suppression de la référence obligatoire au père, c’est la consécration par la loi de la même valeur symbolique de la procréation artificielle, technologique, et de la procréation naturelle, « bio ». Ceci poussera de nombreuses familles, et pas seulement les couples de femmes homosexuelles, ni les femmes seules, à choisir cette solution, pratique, pleine de « possibilités » et « sans risques ».

L’envie de donner… et de recevoir

J’ai fait remarquer par ailleurs que le désir d’enfant est une « pulsion », naturelle et sociétale, extrêmement forte. Elle vient du fond des âges. Cependant, lorsqu’on emploie ce terme, on mélange deux notions :

– D’une part, on a envie, une idée incroyable, mais vraie, de donner la vie à un être pour qu’il grandisse, qu’il devienne libre, et qu’il puisse lui aussi, s’il le veut un jour, tenter à son tour, avec une âme sœur, la grande aventure de la vie. Cette « pulsion », très naturelle et profonde, est motivée par l’altruisme et le besoin de don de soi.

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– D’autre part, l’enfant étant aussi un reflet de nous-mêmes, physiquement, intellectuellement et culturellement, nous avons envie que l’enfant soit « beau », « bien », aussi « parfait » que possible, d’une certaine façon, parce que la fierté en retombera sur nous. L’enfant, ainsi, participera de notre statut social. Cette pulsion-là n’est pas à proprement parler altruiste, mais elle est aussi profonde, et très valorisante.

Ces deux pulsions sont toutes deux extrêmement puissantes, et nous avons tendance à les confondre, tant il est vrai que l’enfant est à la fois le fruit de notre envie de donner et de notre envie de recevoir. Tout cela est légitime, et nous ne faisons pas toujours la différence entre ces deux pulsions. Pourtant, cette différence existe, et elle est fondamentale :

Dans le premier cas, l’enfant, même s’il reste momentanément sous notre dépendance, est fondamentalement libre, parce que c’est nous qui lui donnons. Nous sommes à son service. Il lui restera à nous devoir, éventuellement, un peu de reconnaissance, et l’exigence de se comporter ensuite aussi « proprement » que possible dans sa vie d’adulte. Dans le deuxième cas, l’enfant n’est pas libre. Il est psychologiquement notre esclave, puisqu’il est à notre service: au service de notre besoin de statut, d’image, de perfection.
Notre « métier » de parents consistera souvent à donner l’avantage à la première pulsion et à réfréner autant que possible la seconde.

Conception naturelle ou technologique ?

Mais ceci entraîne, entre la philosophie de la conception naturelle et celle de la conception technologique, une différence extrêmement importante:

Dans la conception naturelle, « bio », l’enfant n’est pas le résultat d’un choix, mais du hasard, d’une loterie. Nous avons donné nos gamètes, mais pas contrôlé celles qui se sont rencontrées, ni la « cuisine » de la fabrication. Même s’il a reçu de sa mère, pendant sa gestation, « le gîte et le couvert », fondamentalement, l’enfant s’est fait lui-même. Il se présente dans la vie, il fait irruption dans les nôtres tel que la nature le propose, selon la façon dont « les dés sont tombés », avec ses caractéristiques physiques et psychologiques propres, que l’on remarque d’ailleurs immédiatement. Il n’est pas celui que nous voulons, mais celui que nous devons accepter, à nous de l’aimer ou de ne pas l’aimer. Mais si nous l’aimons, nous sommes condamnés, d’une certaine façon, à l’aimer « pour lui » et pas « pour nous ». C’est précisément le caractère aléatoire du processus de sa conception qui garantit sa liberté vis-à-vis de nous. Même si nous voudrions qu’il nous « ressemble », ce n’est fondamentalement pas possible. Il est « lui » et pas « nous ». Dans la conception technologique, au contraire, et ce sera le cas de plus en plus, au fur et à mesure que cette science progressera, l’enfant est le résultat du choix de ses parents. Aujourd’hui, ils choisissent le sexe et la couleur des yeux, demain, c’est certain, la plupart de ses caractéristiques seront à préciser sur catalogue, conformément à leurs vœux. Le processus de création de cet enfant n’est donc pas, fondamentalement, un processus de liberté, mais d’esclavage. Il ne naît pas d’abord « pour lui », mais « pour nous ». Demain, s’il ne répond pas à nos souhaits (et il n’y répondra jamais, car ce n’est pas possible), et même si ce sera indicible, notre frustration sera énorme, à la mesure du rêve brisé, et la pression sur lui sera insupportable, à la mesure de sa constatation de notre attente déçue.

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Dans un système familial du faible au fort, la conception naturelle donne à l’enfant, le faible, un argument imparable pour sortir de la prison dans laquelle les forts, ses parents, pourraient facilement l’enfermer. C’est de leur dire : « je suis le produit du hasard. Je suis votre enfant, mais pas votre chose. Même si vous m’avez voulu, ce n’est pas vous qui m’avez fait tel que je suis ». Avec la conception artificielle, au contraire, les parents ont un argument imparable pour que l’enfant soit leur chose, en lui disant : « tu nous appartiens, car nous t’avons voulu, mais aussi composé, selon notre projet, pour que tu sois ce que tu es ». Même si les parents ne le disent pas, la façon dont l’enfant a été conçu crée une prison dont il lui est impossible de sortir. La conception artificielle lui vole sa liberté.

Dans son débat du 17/10 sur CNews avec Eric Zemmour, Nicolas Bouzou commence son intervention en disant qu’il est favorable à la « PMA pour toutes » parce que, dit-il, « la famille basée sur l’amour a un immense avenir » et que l’ « on offre de nouvelles possibilités de fonder une famille basée sur un projet ». Outre le fait qu’il laisse entendre implicitement que les familles « normales » ne seraient pas autant « basées sur l’amour », surtout, il fonde la « famille du futur » sur la notion de projet. Eric Zemmour n’a pas la présence d’esprit de lui dire tout de suite que c’est justement là que se situe le problème, parce que si le désir et le hasard laisseront l’enfant libre, le projet, lui, l’enfermera dans la logique parentale.

La sexualité naturelle est la seule façon qui puisse garantir la possibilité de concevoir des êtres libres. La « PMA pour toutes » engendre de fait une société totalitaire.

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